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LE MÊME JOUR
M. le chevalier de Lévis a écrit à M. de Vaudreuil et à Monsieur l’intendant et a fait passer des lettres pour les Ministres de la Guerre et de la Marine.
Le 29
M. du Sablé est arrivé avec son détachement ; il a fait un prisonnier et deux chevelures à quatre milles de Baston.
Tous les mouvements expliqués ci-dessus et nombre de partis et positions de petits camps en avant servirent beaucoup à faciliter la prise de Choagen. L’ennemi, informé que nous nous fortifions à Frontenac et à Niagara, avoit porté toutes ses forces sur le lac Georges où il comptoit agir offensivement et placé un corps de troupes à la Fourche pour pouvoir le porter vers celle des deux parties qui seroït menacée.
Les ennemis qui étoient au lac Georges et qui faisoient des dispositions pour marcher en avant, apprenant que nous nous fortifiions sur le lac Ontario et voyant le nombre de partis que nous avions continuellement en campagne et ayant observé beaucoup de mouvements dans notre armée propres à leur faire croire que nous avions porté dans cette partie toutes les forces de la colonie et que nous avions en vue de faire une nouvelle attaque, restèrent dans l’inat et apprirent la prise de Choagen en même bem
l'attaque, et peu après l’arrivée des renforts que notre armée reçut après le siège. -
Le 1" SEPTEMBRE
On apprit les détails du siège de Choagen.
M. le marquis de Montcalm, ayant fait mettre par M. le chevalier de la Pause, aide-major de Guienne, faisant les fonctions d’aide-major général, le plus d’ordre possible à la milice qui lui avoit été envoyée, armé les barques et embarqué l’artillerie et des vivres pour un mois, partit le 4 de Frontenac avec la première et seconde division; la troisième partit le 5, avec la grosse artillerie ; arrivés à la baie de Nyanwauré, d’où on partit le 9, ils débarquèrent le 10 au soir sans obstacle à une lieue du fort Ontario, situé sur la rive droite de l'embouchure de la rivière de Choagen et vis-à-vis le fort de Choagen, qui étoit à la rive gauche.
Il envoya reconnoître le fort par les ingénieurs, le premier, M. de Combres, fut tué par méprise par un de nos sauvages. On ouvrit un chemin et on travailla à force à faire des gabions et fascines. M. Desendroin, ingénieur, devint en chef par la mort de M. de Combres et fut secondé par M. de Pouchot, capitaine au régiment de Béarn.
La troisième division arriva avec l'artillerie; on fit le chemin et nombre de saucissons et fascines.
On ouvrit la tranchée à l’entrée de la nuit en forme de sape volante.
Les ennemis qui n’avoient point tiré de la nuit, ayant travaillé à faire une coupure intérieure parallèle à l’attaque, firent un feu considérable.
Vers les onze heures, ayant cessé de tirer, on s’aperçut qu’ils passoient la rivière et abandonnoïent ledit fort, dont on prit possession tout de suite.
M. le marquis de Montcalm ordonna qu’on fit surle-champ tous le: préparatifs pour construire une batterie sur le fort de Choagen, voulant profiter du trouble où les ennemis paroïissoient ; elle fut en état tant bien que mal le lendemain matin par la célérité qu’y apporta M. le chevalier Lemercier, commandant l'artillerie du Canada.
Ledit fort étoit une maison terrassée et crénenchée, autour de laquelle, à trois toises de la maison, on avoit fait une seconde enceinte où l’on avoit fait deux demi-bastions à un bout ; les ennemis avoient fait un retranchement dans lequel les troupes étoient campées.
Ils avoient sur une hauteur près de ce fort un
fit
ne
retranchement qu’ils appeloient fort, et qui n’étoit ni l’un ni l’autre.
On tira du canon; les ennemis firent-de leur côté un feu très vif de canon et de bombes. Notre canon qui les plongeoïit et prenoïit de revers leurs ouvrages, les incommodoit beaucoup. Ils arborèrent à huit heures le drapeau; on travailla à la capitulation et l’on se mit en possession du fort à une heure.
On travailla à démolir lesdits forts, ce qui fut fini le 18. On renvoya les habitants faire la récolte et les troupes s’acheminèrent vers Carillon, excepté la Sarre qui resta à Saint-Jean.
On envoya des détachements à Niagara et Frontenac ; on approvisionna ces postes et ceux de la Belle- Rivière avec les vivres pris à Choagen. Il ne se passa rien vers cette partie. Nos sauvages faisoient des partis de temps en temps sur les habitants de la Caroline et de la Virginie.
M. le marquis de Vaudreuil qui, avant le siège de Choagen, avoit paru tranquille sur la situation de Carillon, quoique les ennemis eussent leurs principales forces dans cette partie et quoiqu'il parût surprenant qu'ils aient été, comme ils l'ont fait, dans l’inaction, ce qu’on ne peut attribuer qu’aux différents mouvements et positions en avant de M. le chevalier de Lévis, qui les a tenus dans l'incertitude si nous n’allions pas
réellement faire un mouvement en avant, fut, après la prise dudit fort, en grand souci pour cette partie.
SEPTEMBRE
Nous avons perdu au siège de Choagen un ingénieur, treize morts et huit blessés ; les ennemis ont perdu environ quarante hommes, non compris les prisonniers.
M. le chevalier de la Corne a fait part qu'il y avoit trois barques et dix bateaux sur le lac Saint-Sacrement; on lui envoya le soir les trois compagnies de grenadiers.
Le 4 Les compagnies de grenadiers sont rentrées. Le
mêre jour, il est arrivé cent-cinquante sauvages du Saut-Saint-Louis.
Le 5
M. le chevalier de Lévis a été aux postes avancés et, de là, sur le lac, où il n’a rien vu.
Béarn est arrivé : on l’a envoyé camper sur les hau-
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teurs près de la Chûte, à la rive droite, pour étre en mesure pour soutenir les camps avancés.
Malgré les défenses, deux officiers du régiment de la Reine, MM. de Biville et de Tarsac ayant été en pirogue à la chasse dans une anse vis-à-vis le fort, ils ont eu la chevelure levée par des sauvages ennemis.
Le 7
On a envoyé tous les sauvages aux camps avancés. LE 8
Un parti sauvage, qu’avoit envoyé M. de Lévis au fort Georges, a rapporté que les ennemis y avoient un camp considérable,
M. le chevalier a été aux camps avancés et a pris des arrangements pour envoyer au fond du lac un parti considérable.
Le 10
Guyenne est arrivé et a été camper avec Béarn. M. de Montcalm et M. de Bourlamaque sont aussi arrivés avec les grenadiers et un piquet de la Sarre.
Le 11 Er LE 12
Il est arrivé beaucoup de sauvages. M. le marquis
de Montcalm a suivi en tout les projets de défense de M. le chevalier de Lévis.
Le 17
Le parti commandé par M. de la Perrière est parti ; il est composé de soixante soldats, de quatre centcinquante sauvages et de plusieurs officiers.
Le détachement de M. dela Perrière a fait quatorze prisonniers et vingt-six chevelures. Il a rencontré dans sa route cinquante hommes qu'il a pris ou défaits. Ce détachement a rapporté qu’ils avoient abandonné le projet de nous attaquer et que milord Loundon étoit encore à Albany.
Les sauvages scnt venus mener leurs prisonniers au fort et en ont fait présent d’un à M. de Montcalm.
Les sauvages sont tous partis, selon leur usage, et l’on ne peut en retenir que trente-six en leur donnant des branches de porcelaine.
Il est arrivé le même jour un convoi de vivres et environ cent officiers de 1. olonie.
Le 25
Le sieur Florimond est parti avec dix-sept sauvages pour aller vers le fond du lac et le fort Lydius.
Le 29
Il est arrivé dix-huit sauvages Poutouotamis.
Le sieur Florimond, officier de la colonie, est revenu ; il a trouvé le bas de la Rivière au Chicot occupé par les ennemis.
LE 2 oCTOBRE
Il est arrivé un convoi de vivres, le même jour, les sauvages ont trouvé en venant à Carillon quatre barges abandonnées au-dessous de Saint-Frédéric, à la rive gauche, où il y avoit dedans des espingardes, des barils de poudre et de balles.
Le 3
Ilest parti un détachement commandé par M. de Léry, officier de la colonie, avec vingt soldats troupes de terre, vingt soldats de la Marine, soixante Canadiens et quelques sauvages, pour aller vers l’endroit où ont été trouvées lesdites barges qu'on prit hier dans le lac Champlain.
Un second détachement, composé de Canadiens et de sauvages commandé par M. Langy, officier de la colonie, a été vers le fond de la baie pour voir si l’en-
nemi faisoit quelque établissement vers la Rivière au Chicot.
Un parti de dix sauvages ayant été porter un paquet de lettres des prisonniers anglois près du fort, ils ont aperçu leur camp dans la même position.
Le détachement de M. de Langy a tué un sauvage près de la Rivière au Chicot. Il a passé plus loin pour connoître la position des ennemis.
Le7ET1E8
Rien de nouveau.
M. de Montcalm a passé la revue aux régiments de Guyenne et de Béarn.
Le 11 Au régiment de la Reine.
LE MÊME Jour
Un soldat de Béarn ayant été pris près la Chûte par trois sauvages anglois, lesdits sauvages ayant, à une lieue, vu partir un chevreuil et s'étant avancés pour
le tuer, ledit soldat leur a échappé et est revenu. Il est arrivé un convoi de vivres.
M. le marquis de Vaudreuil mande qu'on peut déblayer l’armée.
M. de Montcalm a fait la revue de Royal-Roussillon et l'on a fait partir trois cents hommes de la Marine et trois officiers pour Montréal.
Un soldat et un domestique du régiment de Béarn ont eu la chevelure levée par un parti sauvage entre les camps de Saint-Martin et de Contrecœur. On a fait courir après par des troupes légères qui ont fait diligence, mais on n’a vu personne.
Le 13
M. de Montcalm fit la revue du régiment de Languedoc. M. de Boucherville, qui avoit été au fond du lac avec onze Iroquois, rapporte qu’il n’y a aucun établissement des ennemis.
On a replié ce jour le camp de Contrecœur sur celui du chevalier de la Corne, qui étoit alors commandé par M. de Beaujeu, le premier étant parti.
Le détachement de M. de Langy est rentré avec un prisonnier qu'il a fait à cinq milles d'Orange, lequel disoit que milord Loundon s’étoit rendu au fort
Lydius, et qu’on disoit qu’il alloit faire faire un mouvement à son armée pour nous attaquer, que son fils
avoit été tué par accident. M. de Langy dit avoir vu un camp considérable à Lydius.
Le sieur de Langy est reparti avec quelques sauvages pour aller reconnoître au fond de la baie.
Deux Canadiens, allant du camp de Contrecœur à la Chôûte, ont été fusillés par un parti de douze ou quinze Anglois, dont ils ont été blessés.
Le 21
Le sieur de Langy est revenu et n’a rien vu.
Le sieur Perthuis, interprète, est arrivé du fond du lac Saint-Sacrement, et a rapporté que l’armée ennemie étoit toujours dans le même état.
Le 25
Il est arrivé un convoi qui a apporté du vin, à la grande satisfaction des officiers, qui étoient à l’eau.
LE MÊME JOUR
Reçu la nouvelle d'Europe de la prise du fort Philippe et de l’île Mahon, du 29 juin; que suivant la capitulation, la garnison devoit sortir avec les hon-
neurs de la guerre, quatre canons et quatre charriots couverts et que les bagages devoient être portés à Gibraltar, que les Grecs et les Juifs avoient six mois pour sortir et emporter leurs effets, et que nous avions perdu cinq cents hommes, compris trente-sept officiers.
Le 26
M. le marquis de Montcalm est parti pour Montréal avec les grenadiers et le piquet de la Sarre.
M. le chevalier de Lévis est resté chargé de l’armée ; il a été le lendemain aux camps avancés, et a fait partir, le 26, un parti de sauvages pour aller à la découverte au fond du lac.
Le 30
Le parti des sauvages est rentré, sans avoir rien vu.
Le 31 On a fait partir lestroupes de la Marine qui doivent hiverner dans le gouvernement de Québec et les milices du gouvernement.
NovEMBrE 1756
Le 1 novembre, le régiment de Guyenne est parti
pour Québec où est la garnison avec le reste des milices de ce gouvernement. M. de Bourlamaque a conduit jusqu’à Saint-Jean cette division.
Le 2 Le régiment de la Reine est parti de Carillon pour se rendre aux paroisses au-dessus de Québec, à la rive gauche du fleuve, lieux de ses quartiers. LE MÊME JOUR M. de Saint-Martin a replié son camp et est arrivé à Carillon, d’où il est parti, le 3, pour se rendre aux Trois-Rivières. Ledit jour, Béarn est parti pour aller à Saint-Frédéric bûcher du bois pour ce fort. Le reste des camps avancés s’est replié à Carillon. Il fut résolu d'envoyer chaque jour un détachement
: le long de chaque rive de la rivière jusqu’au lac.
LE MÊME JoUR
Est parti un détachement de deux sauvages et dix François commandé par M. de Langy pour aller au fond de la baie et vers le fort Lydius reconnoître si les ennemis se retiroient,
Deux compagnies de grenadiers et deux piquets ont été en découverte aux camps avancés.
LE MÊME JOUR
Le reste des troupes de la Marine est parti pour Montréal. Il ne resta que Royal-Roussillon et Languedoc et un piquet de la Reine destiné pour la garnison du fort de Carillon, devant pareillement en faire rester un de Royal-Roussillon et de Languedoc, celui de Guyenne et Béarn ayant fourni à Niagara après la prise de Choagen, ainsi que la Sarre.
Le 6
M. le chevalier de Lévis a été aux camps avancés avec les compagnies des grenadiers et a reconnu la Rivière des Bernets fort au loin.
Le détachement de M. de Langy est rentré ; il a rapporté qu’il avoit aperçu un détachement au fond de la baie ; ayant voulu aller plus loin, la neige qui tomboit les a fait relâcher, les sauvages craignant qu’on ne reconnût leurs traces.
Deux piquets du régiment de Béarn qui étoient restés sont partis.
Les compagnies des grenadiers ont continué leurs découvertes.
Le 8 Rien de nouveau.
Le 9 Continué les découvertes.
Le 11
Il est tombé quantité de neige, ce qui a empêché les découvertes de sortir.
LE MÊME JOUR
M. le chevalier de Lévis a donné des instructions à M. de Lusignan, qu’il a laissé à Carillon avec une garnison composée, tout compris, de 315 hommes; ila donné une instruction particulière à Messieurs les officiers des troupes de terre.
M. le chevalier de Lévis est parti avec le reste de l’armée, Royal-Roussillon devant aller camper au Rocher-Fendu et Languedoc à l’Anse-à-la-Bouteille. Nous avons été obligés d’y camper dans la neige et le
lendemain nous en sommes partis à trois heures du matin.
Le 13
Le vent étoit très bon et nous aurions fait beaucoup de chemin si nous n’avions pas été obligés de relâcher vers les quatre heures après-midi.
Le lac Champlain étant extraordinairement agité, nous avons été obligés de relâcher dans une ange à laquelle nous avons donné le nom d’Anse-à-la-Consolation, parce que nous avons été tous bien aise d'y arriver.
Nous sommes venus à une lieue au-dessous du
moulin de Foucault; il a neigé toute la journée.
Nous sommes arrivés à Sainte-Thérèse, en suivant les rapides de Saint-Jean. M. le chevalier de Lévis a fait passer de Saint-Jean à la Prairie tous les officiers et les soldats du régiment de Languedoc qui étoient en état de bien marcher.
Nous sommes arrivés à Chambly, qui est à deux
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petites lieues üe Sainte-Thérèse, avec de la neige et de la pluie continuellement sur le corps; comme ce n’est qu'un rapide depuis Sainte-Therèse jusqu’à Chambly, il a fallu faire transporter les équipages par terre et tout le monde a fait cette route à pied.
Le fort de Chambly est un petit fort de pierre à quutre bastions où il n’y a point de fossés ; il est situé sur la rive gauche de la décharge du lac Champlain.
Nous sommes arrivés à Montréal après avoir été de Chambly à la Prairie sur des chevaux. Ce sont des chemins détestables ; nous avons presque tous fait des chutes dont aucune dangereuse.
M. le chevalier de Lévis a passé l’hiver à Montréal. Il a été seulement passer le mois de janvier à Québec avec M. le marquis de Vaudreuil. Ils ont été de retour le quatre du mois de février à Montréal où en arrivant ils ont appris de Carillon la nouvelle qu’un détachement de soixante hommes d'élite des troupes angloises, avec dix sergents et sept officiers, composant en tout soixante-dix-sept hommes, s'étant mis en marche pour faire quelques prisonniers auprès de nos forts, où iis avoient pris, le 21 janvier, entre le fort de Carillon et celui le £aint-Frédéric, sept de nos soldats. Sur l’avis qu’en eût M. de Lusigran, capitaine de la colonie commandant à Carillon, il détacha cant
hommes aux ordres de M. de Basserode et de la Granville, capitaines au régiment de Languedoc et de la Reine, avec quelques sauvages et Canadiens ; et ce détachement joignit celui des ennemis sur les trois heures après-midi et tomba sur leur avant-garde, bayonnette au bout du fusil. Comme nous avions négligé d'occuper une petite hauteur à portée du chemin, les Anglois s’y retirèrent et on fusilla jusqu’à la nuit; les ennemis ont profité de l’obscurité pour se retirer, laissant sur le champ de bataille quarantedeux hommes tués dont trois officiers. Nous leur avons fait huit prisonniers et repris les nôtres. On a su depuis que des soixante-dix-sept hommes dont ce détachement étoit composé, il n’en est rentré que trois au fort Georges, les autres ayant péri de froid, de misères et peut-être de leurs blessures. Nous avons eu neuf hommes tués et dix-huit de blessés, dont quelques-uns sont morts de leurs blessures; M. de Basserode, capitaine au régiment de Languedoc, qui y commandoit, l'a été dangereusement.
Nous étions à la fin de la campagne, dans l’incertitude si les Anglois avoient avancé ou détruit leurs forts d’entrepôts sur la Rivière de CÜhoagen, appelés les forts Bull et William. Les sauvages des Cinq Nations nous ont assurés qu’ils les avoient évacués et brûlés sitôt après la prise de Choagen.
Les Cinq Nations (c’est ainsi qu’on nomme les Iroquois), ont envoyé à Montréal, le 8 septembre 1756, une ambassade composée de cent-quatre-vingts per-
sonnes, y compris les femmes et les enfants. Il y a eu à cette occasion un grand conseil, pour se servir des termes du pays, c’est-à-dire qu’on a tenu à Montréal une espèce de congrès auquel nos Iroquois domiciliés, les Népissings, les Abénaquis, les Algonquins, les Poutouotamis et les Ottawais, nations sauvages attachées à la France, ont assisté par des députés. Cette ambassade est la plus mémorable qu'il y ait jamais eu en Canada, tant par le nombre des ambassadeurs et la nature des objets qui s’y sont agités que par les bonnes dispositions dans lesquelles les Cinq Nations ont paru être. Il y a lieu d’attendre de leur part la neutralité la plus exacte. On peut même espérer que, quoique ces nations ne veuillent pas prendre la hache contre l’Anglois, plusieurs de leurs jeunes gens nous suivront à la guerre ; c’est tout ce que nous pouvons espérer d’un peuple enclavéau milieu des habitations angloises.
On avoit formé, au commencement de l'hiver, le projet d’enlever le fort Georges par escalade avec un détachement d’environ quinze cents hommes, soldats des troupes de terre, de la Marine, Canadiens et sauvages, aux ordres de M. de Rigaud, gouverneur de Montréal, et de M. de Pourailliès, capitaine de grenadiers du régiment de Royal-Roussillon, qui devoit se mettre en marche dans le mois de janvier ; mais une maladie considérable, survenue à M. le marquis de Vaudreuil, en différa le départ, qui ne fut que le 25 février, et de Curillon le 15, après avoir pris les
échelles nécessaires ; dans cette expédition, on brûla deux ou trois barques qui étoient coupées du fort et un hangar rempli de vivres; de retour à Carillon, on laissa partir des troupes de terre pour en renforcer la garnison ; le reste revint à Montréal.
M. le chevalier de Lévis remit un mémoire à M. de Vaudreuil pour lui démontrer l’impossibilité de ce projet; on le trouvera au... ....... titré tenté On trouvera aussi la relation de cette tentative
Cette expédition coûta beaucoup; il fallut équiper; cela dévasta les magasins et fit une consommation de vivres considérable.
A peine avions-nous des vivres pour tenir un mois; mais comptant sur les secours de France, on forma les préparatifs pour faire le siège du fort Georges ; les matériaux furent mis en mouvement à bonne heure.
M. de Bourlamaque fut envoyé à Carillon avec les régiments de Royal-Roussillon et Béarn pour faire tout disposer pour le portage.
On apprit dans ce temps par des prisonniers que les ennemis comptoient faire le sière de Louisbourg et attendoient une flotte et un renfort considérable de la Vieille-Angleterre.
Cette nouvelle fut confirmée par les premiers navires
qui arrivèrent avec des vivres ; on avoit disposé toutes
choses pour commencer à rassembler l’armée avec un petit secours de vivres qu’on avoit tiré de chez les habitants.
M. le chevalier de Lévis eut ordre de partir le 3 juillet de Montréal pour aller à Saint-Jean où toutes les troupes se rassr abloient de même que les milices ; il en partit le 4 avec quatre bataillons pour se rendre à Carillon, où il est arrivé le 7. Il prit le commandement de cette frontière et fit les dispositions nécessaires pour l’expédition projetée.
M. le chevalier de Lévis fit camper à la Chûte avec les quatre bataillons qu’il avoit amenés; il laissa M. de Bourlamaque avec deux bataillons campés à Carillon pour faire continuer les travaux du fort et faire accélérer ce qui étoit nécessaire pour l'artillerie et généralement pour toutes les autres munitions.
Le 9
M. le chevalier de Lévis employa les quatre bataillons qui étoient campés à la Chûte à ouvrir un chemin au portage du lac Saint-Sacrement pour pouvoir y faire passer l'artillerie et les bateaux. Le chemin fut fait en trois jours, de façon que, le 12, l'artillerie commença à y passer et successivement toutes les munitions, de même que les bateaux que les troupes
et les miliciens, qui arrivoient par division, amenoient. Pour qu’il n’y eut point d’embarras et que le chemin restât libre le jour pour y passer l'artillerie, chaque division à mesure qu’elle arrivoit passoit pendant la nuit ces bateaux.
M. le chevalier de Lévis avoit envoyé un détachement de cent Canadiens ou sauvages aux ordres de M. de Langy pour reconnoître le chemin qui pouvoit conduire depuis la tête du portage, suivant la côte du nord du lac Saint-Sacrement, au fort Georges, pour voir s’il ne seroit pas possible d’y faire passer un gros corps de troupes.
Après que M. de Langy eut marché cinq lieues par ce chemin, il rencontra un parti ennemi de trente hommes, dont il y en eut dix-huit tués et huit prisonniers ; les quatre autres se sauvèrent dans les bois. Il n’y eut qu'un Canadien et deux sauvages blessés légèrement.
Le 12 M. Marin arriva avec quatre cents sauvages des
pays d’en haut. M. le chevalier de Lévis les fit partir le 15 avec cent cinquante Canadiens et trois cents....*
* Ici un blanc dans le manuscrit.
pour aller par le fond de la baie et la Rivière au Chicot reconnoître le for Lydius et faire une découverte sur cette partie pour cacher aux ennemis nos mouvements du portage du lac Saint-Sacrement.
M. Marin rencontra une garde d’environ cent hommes qui étoient à environ un quart de lieue du fort ; les sauvages les mirent en fuite, en tuèrent plusieurs et firent quatre prisonniers. M. Marin s'avança avec son détachement jusqu’à la portée du fusil du retranchement des ennemis, sous le fort Lydius. Il fusilla environ une demi-heure; après quoi, il se retira par le même chemin et se rendit à la chûte de la Rivière au Chicot, où il avoit laissé ses bateaux. Nous n’eûmes dans cette affaire qu’un Canadien de tué et cinq sauvages blessés légèrement.
M. le marquis de Montcalm et M. de Rigaud arrivèrent à Carillon le 18 avec le reste des sauvages et le reste des troupes de la Marine ; il trouva le portage de l'artillerie et les bateaux finis; il ne restoit plus que quelques munitions de guerre et les munitions de bouche à passer.
M. le marquis de Montcalm resta à Carillon, où il s’occupa à concilier les nations sauvages et à donner une forme aux troupes de la Marine qui furent mises par bataillon et les milices par brigades. Il continua d'envoyer des partis sauvages et Canadiens pour cacher nos mouvements.
Il y eut un parti de sauvages des ennemis qui vinrent au camp de la Châûte où ils rencontrèrent une patrouille de quinze grenadiers du régiment de Guyenne qu’ils surprirent ; il y eut deux grenadiers qui furent tués et eurent la chevelure levée et deux autres de blessés. Le reste de ces grenadiers firent ferme derrière des arbres et fusillèrent avec les sauvages ennemis. Comme c’étoit auprès du camp et que l’on entendoit les coups de fusil, M. le chevalier de Lévis fit partir sur-le-champ pour aller à la poursuite du parti ennemi qui se retira à la faveur des bois.
M. le chevalier de Lévis envoya ordre en même temps à M. de Rigaud, qui étoit au camp de la tête du portage avec une partie des sauvages, de faire partir tout-de-suite deux détachements en leur faisant prendre des routes différentes pour faire en sorte de couper chemin au parti ennemi.
M. de Villiers e ‘ le commandement de l’un, qui eut ordre de se porter au chemin des Agniès et de s’y embusquer et de ne rentrer au camp qu’en prenant le chemin de Carillon.
M. de Corbière, enseigne de la colonie, eut le com. mandement du second détachement et eut ordre de suivre le bord de la côte du nord du lac Saint-Sacrement et d'aller s’embusquer au-delà du chemin des Agniès, derrière le Cap des Arbres Matachés, sur le bord du lac vis-à-vis l’Ile-à-la-Barque, pour tâcher de
même de couper la retraite aux ennemis, et découvrir s’il ne venoit point de partis sur le lac Saint- Sacrement. A l’entrée de la nuit, les découvreurs les plus avancés l’avertirent qu’il paroïissoit sur le lac plusieurs bateuux. Sur cela M. de Corbière détacha des sauvages à toutes jambes qui vinrent apporter cette nouvelle au camp du portage, et demanda du secours. Tous les sauvages qui se trouvèrent au camp avancé, au nombre d’environ quatre ou cinq cents et une cinquantaine de Canadiens ou soldats se rendirent très promptement dans des canots d’écorce et dans quelques bateaux au secours de M. de Corbière qui faisoit toujours observer par ses découvreurs les mouvements des ennemis qui s’étoient arrêtés et attendoient le jour pour se mettre en marche.
Dès que nos sauvages furent arrivés, M. de Corbière fit retirer les bateaux d’écorce à terre et les fit cacher avec des branches. Les sauvages se cachèrent aussi dans le bois pour attendre que les ennemis eussent dépassé le cap où ils étoient pour pouvoir alors remettre leurs canots à l’eau et aller attaquer les ennemis.
Effectivement, à la pointe du jour, les ennemis, qui avoient été toute la nuit en panne, se remirent en marche. Les sauvages n’attendirent pas que les bateaux des ennemis les eussent totalement dépassés ; ils remirent leurs canots à l’eau et furent les attaquer avec la plus grande vivacité ; les ennemis qui ne s’attendoient pas à être rencontrés, furent surpris et ne
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firent presque point de résistance. Les sauvages en prirent ou noyèrent trois cents. Leur détachement étoit de quatre cents hommes ; il s’en sauva environ une centaine dans les derniers bateaux.
Ce détachement venoit pour reconnoître nos forces à la chûte du lac Saint-Sacrement. Ils ignoroient encore tous nos mouvements puisque le colonel qui le commandoit avoit ordre d’attaquer le moulin à scie de la chûte auprès duquel nous avions depuis quinze jours quatre bataillons campés ; nous n’eûmes dans cette affaire que trois sauvages et un cadet blessés légèrement.
Le commandant de ce détachement trouva le moyen . de s'échapper ; parmi les prisonniers, il y eut un colonel des troupes de la Nouvelle-Angleterre qu’il ne fut pas possible de retirer des mains des sauvages quelqu'offre que M. le chevalier de Lévis leur fit faire pour cela, et il fut emmené prisonnier dans le pays des sauvages. Ils étoient composés de vingt-deux nations différentes et des pays les plus éloignés, accoutumés à faire la guerre avec la plus grande cruauté, et quelques efforts que firent les généraux, il ne fut pas possible de les empêcher d’en commettre dans le cours de cette campagne.
Le portage étant entièrement fini le 28, il y eut un grand conseil avec les sauvages de toutes les nations pour fixer le jour du départ; il fut résolu que la moitié de l’armée iroit par terre pour favoriser le débar-
SRI DEN EN EN R entenitnmnnns quement de la partie qui iroit sur le lac par les bateaux.