JOURNAL DE“ CAMPAGNES
de la Sarre et le premier de Berry. Il fit occuper la rive gauche par le bataillon de Royal-Roussillon et de Languedoc. Le second de Berry étoit resté à Carillon avec ce qu’il y avoit des troupes de la Marine et de Canadiens.
M. le marquis de Montcalm avoit donné ordre à M. de Pontleroy, ingénieur, de reconnoître la position d’un camp retranché sur les hauteurs de Carillon et de le tracer, et ordonna à M. de Trécesson, commandant du second bataillon de Berry, d’y faire travailler avec toute la diligence possible.
Le 5
Au soir, on eut avis par M. de Langy qui étoit allé à la découverte, que l’armée des ennemis étoit en marche. M. de Bourlamaque fit partir, à cinq heures du soir, un détachement de trois cents hommes, dont cent cinquante troupes de terre, et le reste miliciens ou soldats de la colonie, le tout aux ordres du sieur Trépezet, capitaine au régiment de Béarn, avec ordre d’aller à la Montagne Pelée, pour observer les mouvements des ennemis et les empêcher de débarquer dans les environs, s’il étoit possible. A la pointe du jour, le 6, ils parurent à la portée de nos camps avancés, faisant une démonstration de vouloir faire la descente, au nord et au sud, et ils la firent à neuf heures du matin, à l’ancien camp de M. de Contrecœur. M. de Bourlamaque fit sa retraite de la
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décharge du lac Saint-Sacrement sans être suivi des ennemis et se replia sur M. de Montcalm, qui fit passer la Rivière de la Chute à toute l’armée et en fit rompre le pont, et fut se mettre en bataille sur la hauteur de la Chute, où étoient déjà les bataillons de Royal-Roussillon et de Languedoc et resta dans cette position jusqu’à cinq heures du soir.
Le sieur de Trépezet avoit envoyé le matin demander des ordres à M. de Bourlamaque; mais son envoyé ayant été pris et voyant que l’armée ennemie avançoit, il prit le parti de se retirer. Il ne put retourner au camp dont il étoit parti, ayant trouvé les ennemis entre deux, et voulut aller gagner la Chute, mais il s’égara dans le bois. Il n’avoit pour guide que deux ou trois sauvages qui l’avoient abandonné le matin.
Le détachement arriva par hasard sur la Rivière de la Chute qu'il tenta de passer; mais ayant trouvé le passage trop difficile, il rétrogradoit, lorsqu'il fut surpris et attaqué. Le général Howe ayant poussé une avant-garde en avant suivoit avec une colonne cette rive pour aller jeter un pont sur la Rivière de Bernets. L'avant-garde, ayant su que notre détachement étoit derrière, rétrograda. Il se trouva par là entre l’avantgarde et la colonne, et ayant été surpris en mauvais ordre au bord de la rivière et attaqué de tout côté, notre détachement fut bientôt dispersé malgré la bonne contenance qu’il fit au commencement ; une partie so sauva et vint nous joindre, le reste fut pris.
Le commandant nous joignit ; mais il mourut de sa blessure le même jour.
On resta un certain temps à la Chute pour recevoir les débris de ce détachement qui, ayant passé la rivière, vint nous joindre, faisant en tout environ cent hommes et cinq officiers, compris quelques-uns qui joignirent le lendemain.
M. le marquis de Montcalm, ayant appris que les ennemis travailloient à jeter un pont sur la Rivière de Bernets, replia son armée sous Carillon, la position qu’il occupoit n’étant pas favorable pour y attendre un ennemi supérieur.
Les ennemis ayant perdu dans ladite action mylord Howe, officier général de distinction, restèrent audelà de la Rivière de Bernets.
Le 7
Au point du jour, on désigna à chaque bataillon, l’endroit qu'il devoit retrancher et défendre. On battit la générale au point du jour et l’on se porta sur le terrain, que le sieur de Pontleroy avoit tracé et reconnu, en ordre de bataille; on envoya des volontaires et des grand'gardes et grenadiers en avant pour couvrir les travailleurs et chacun travailla aux retranchements. Les officiers encourageoient les soldats par leurs exemples, travailloient eux-mêmes, de sorte que le soir même on fut en état de recevoir l’ennemi,
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LE MÊME JOUR
Les ennemis passèrent la Chute avec un gros corps et portèrent des camps avancés jusqu’à trois quarts de lieue de nous.
M. le marquis de Vaudreuil reçut, le 28 juin, des nouvelles de M. de Montcalm qui, en lui envoyant les dépositions des ennemis, lui faisoit part de sa situation et de ses dispositions.
Le 29
En conséquence, il prit le parti d'envoyer toutes les forces de la colonie au secours de cette partie et ordonna à M. le chevalier de Lévis de faire rétrograder son détachement et de se mettre en mouvement pour Carillon avec les troupes de terre seulement, consistant en quatre cents hommes, y en ayant partie qui étoit déjà rendus à la Chine. Il ne put en faire partir que la moitié de Montréal, le 1* juillet. Ceux qui étoient à la Chine partirent le 2, et comme ils furent obligés de faire le tour de la Rivière de Richelieu, ils ne purent arriver que la nuit du 7 au 8 à Carillon. M. le chevalier de Lévis fut sur le champ sur les hauteurs pour conférer avec M. de Montcalm et l’on eut dans l’armée beaucoup de satisfaction de le voir arriver avec son détachement, auquel on donna un poste particulier dans la ligne.
Après que M. le marquis de Montcalm eût fait part
de ses dispositions à M. le chevalier de Lévis, il fut convenu que la brigade de la Reine, composée de Guyenne et Béarn auroit la droite et plus loin dans la pleine les milices et troupes de la Marine qui appuyoient à la Rivière qui va à Saint-Frédéric aux ordres de M. le chevalier de Lévis; que M. de Bourlamaque commanderoit la gauche avec la brigade de la Sarre et Languedoc qui appuyoit à la Rivière de la Chute, et que M. le marquis de Montcalm commandei0it !2 centre avec Royal-Roussillon, le détachement susdit de quatre cents hommes et le deuxième bataillon de berr, le troisième étant resté dans le fort.
Au matin, nous continuâmes à perfectionner nos abattis ; les ennemis vinrent nous reconnoître de dessus une montagne qui étoit du côté opposé de la rivière et ne nous ayant pas jugé retranchés favorablement, ils résolurent de nous attaquer. En conséquence, ils mirent en mouvement leur armée sur trois colonnes, et les volontaires et troupes légères dans l'intervalle.
A midi et demi, nos gardes avancées ayant été repoussées, tout le monde fut à son poste; l’attaque commença dans l'instant par un feu des plus vifs dans toutes les parties, fait par les troupes légères et autres qu'ils avoient destinées à cet effet, qui s’étoient placées derrière les arbres à la sortie du désert.
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Ce feu nous cacha le premier mouvement de leurs colonnes, dont je ne crois pas qu’elles eussent de points désignés pour leur attaque, mais seulement la droite, la gauche et le centre. Celle de la gauche commença à apparoître vers la plaine, et ayant aperçu qu'il falloit prêter le flanc à la droite des hauteurs pour aller vers cette partie, se replia vers celle du centre qui parut vis-à-vis la droite des retranchements de la hauteur. M. le chevalier de Lévis, qui commandoit dans ces deux parties, ayant aperçu ce mouvement et voyant que les ennemis alloient faire un effort considérable dans cette partie, fit appuyer Béarn à Guyenne et doubler la Reine qui occupoit la branche qui alloit communiquer par la crête des hauteurs à la ligne de la plaine, sur le régiment de Béarn, et ordonna à la colonne qui occupoit la plaine de faire une sortie par les bois pour donner de l’inquiétude à l’ennemi par ses derrières, ce qu’il fit répéter plusieurs fois pendant tout le temps que l’ennemi attaqua la droite des hauteurs.
A la gauche, une colonne se présenta pour attaquer ; mais, dans cette partie ainsi qu’à celle de la droite, notre feu fut si vif que la colonne ennemie ne put paroître à la sortie du désert que par pelotons qui s'approchèrent par différentes fois jusqu’à vingt pas des retranchements, mais qui, accablés par notre feu, furent toujours dispersés ou détruits. Vers les cinq heures du soir, ils se retirèrent, laissèrent les troupes légères pour continuer à fusiller afin de couvrir et
cacher leur retraite; et ces mêmes troupes légères se retirèrent aussi à sept heures et demie. Elles emportèrent le plus de blessés qu’il leur fut possible, et furent au portage, dont, après avoir déblayé dans la nuit leur artillerie, munitions et blessés, ils s’embarquèrent au point du jour pour retourner à leur camp du fort Georges.
De notre côté, étant trop foibles pour aller à la poursuite de l’ennemi et croyant qu’il nous rattaqueroit au point du jour, nous passâmes la nuit au bord des abattis, les soldats nettoyèrent leurs armes.
Le 9
Au point du jour, on battit la générale, ce qui fit hâter le départ des ennemis qui crurent que nous allions marcher en avant, sachant que nous attendions à chaque instant un renfort considérable; nous bordâmes nos retranchements.
Le sieur de la Roche Beaucourt fut envoyé porter le soir la nouvelle dé ce combat à M. le marquis de Vaudreuil.
M. de Bourlamaque fut blessé dangereusement.
Nous perdîmes neuf capitaines, cinq lieutenants, quatre-vingt-douze soldats et nous eûmes de blessés dix capitaines, six lieutenants, et deux de la Marine, et deux-cent-quarante-huit soldats.
Dès qu’il fut jour, l’on fit sortir les volontaires qui furent jusqu’à moitié chemin de la Chute où ils trou-
vèrent un retranchement fait par les ennemis abandonné. On retira les blessés qu'ils avoient laissés sur le champ de bataille. On travailla pendant ce jour à perfectionner les retranchements. On n’avoit point de sauvages pour envoyer en ayant à la découverte.
Le 10
Au point du jour, il fut commandé les compagnies de grenadiers, les volontaires et cent Canadiens pour marcher aux ordres de M. le chevalier de Lévis pour aller aux nouvelles de l’armée ennemie. Il fit apporter des blessés qu’il trouva sur son chemin et se porta par différents endroits au bord du lac Saint-Sacrement, où il trouva les débris de la retraite précipitée des ennemis. Il fit pêcher nombre de quarts de farine qu'ils avoient jetés à l’eau et les fit conduire au camp, ainsi que tout ce qui pût être utile. Il envoya des détachements jusqu’à trois lieues en avant. s M. Wolf qui avoit été retenu fut renvoyé le même jour par le général Abercromby, avec son détachement.
On fit enterrer les morts des ennemis, qu’on trouva monter à environ huit cents. Leur perte tués ou blessés peut être évaluée à environ quatre mille hommes. Les troupes changèrent de camp ce même jour. On
les porta sur une ligne entre le fort et les retranchements.
Cette action a été très vive. Nos dispositions étoient aussi bonnes que la situation du terrain, l’étendue et le nombre des troupes pouvoient le permettre. Les grenadiers et les piquets étoient en réserve derrière chaque corps, prêts à protéger les parties attaquées et dont on se servoit très utilement pour renforcer celles où l’ennemi fit ses plus grands efforts.
M. le marquis de Montcalm qui étoit au centre fit passer à propos dans les parties attaquées les secours nécessaires.
M. le chevalier de Lévis, dans sa partie qui fut la plus vivement attaquée, n’a cessé d'observer avec attention pendant toute l’action les mouvements des ennemis et a eu plusieurs coups de fusil dans ses habits et dans son chapeau.
Par les dispositions qu’il fit en conséquence, il les obligea, par le feu qu’il leur opposa dans les parties où ils se présentèrent, à se retirer avec la plus grande perte.
M. de Bourlamaque en agit de même à la gauche où il fut blessé dangereusement.
On doit les plus grands éloges aux commandants des corps, aux officiers majors et particuliers, de même qu'aux soldats, ayant tous agi et combattu avec ardeur et un zèle qui donnoit tout lieu d’espérer que le succès de cette journée nous seroit heureux.
MM. de Montreuil et de Bougainville y ont par-
faitement rempli les devoirs de leurs charges ; le dernier y a été blessé. Le sieur Désandroins, ingénieur, s’est porté dans tous les endroits de la ligne qui ont été attaqués pour voir s’il n’y étoit pas utile. a! |
M. de Trécesson, qui étoit resté au fort avec le troisième bataillon de Berry, a servi utilement en pro- ù curant à la ligne les munitions et autres choses nécessaires pour une défense aussi longue, de même que M. Lemercier, commandant l’artillerie. |
Pendant l’action, les ennemis ayant voulu paroîttre À sur la rivière avec quelques berges, le canon du fort en coula une bas et les autres disparurent.
Il nous arriva successivement environ trois cents soldats de la Marine ou miliciens qui se hâtèrent de joindre pour y avoir part ; ceux qui avoient été postés dans la ligne de la plaine s’y comportèrent avec beaucoup de zèle et de courage.
Le 12
M. le marquis de Langy-Laurent arriva avec environ trente sauvages de dif'érentes nations. Il y apporta la dépêche de M. de Rigaud à M. de Montcalm pour lui demander ses ordres sur les mouvements qu’il devoit faire pour nous joindre avec un corps d’environ trois mille Canadiens ou soldats de la colonie et sauvages, croyant l’armée investie.
M. de Rigaud arriva le 13 avec la première division ; le reste joignit dans les trois jours suivants.
M. de Courtemanche fut détaché le 17 avec deux cents sauvages et deux cents soldats de la colonie ot Canadiens pour se porter sur le chemin de Lydius en passant par le fond de la baie pour être à même de connoître les mouvements des ennemis sur leurs derrières et les harceler sur ce passage.
Il attaqua une escorte entre Lydius et le lac Georges dont il en prit ou tua trente et dispersa le reste; nous y eûmes deux sauvages et deux Canadiens de blessés; on y prit un sauvage des Cinq Nations parmi les prisonniers ; ils nous apprirent que leur armée étoit au bout du lac Georges où elle se retranchoit. Le général Abercromby, qui y étoit resté, avoit détaché un corps considérable de milice aux ordres du général Bradstreet, et environ quatre cents sauvages avec Johnsor et 12 pièces de canon, ajoutant que ce détachemer avoit pris la route d'Orange, d’où il devoit remonter la Rivière de Corlac et de Moack pour aller se retrancher vers Germainflex à la hauteur des terres, ou plus vraisemblablement aller au fort de la Butte et de là pénétrer par la Rivitre de Choagen dans le lac Ontario.
Les prisonniers et les dépositions furent envoyés à M. le marquis de Vaudreuil auquel M. le marquis de Montcalm fit part de ses réflexions, et de celles de M. le chevalier de Lévis au sujet de leur crainte sur ladite partie.
M. le marquis de Montcalm fit former deux bataillons des troupes de la Marine de mille hommes cha-
DU CHEVALIER DE LÉVIS 143 cun, tant soldats que Canadiens; il en confia le commandement à M. de Rigaud, gouverneur de Montréal, et le fit camper avec le premier, que commandoit M. de la Valterie, à la Chute. Il détacha le second, que commandoit M. de la Corne, pour aller camper à la tête du lac Saint-Sacrement avec ordre d’avoir des découvertes sur ce lac pour avoir des nouvelles des ennemis. M. de Rigaud eut ordre dans ses instructions d'envoyer des découvertes par terre et devoit aussi faire de fréquentes patrouilles jusqu'aux Arbres Matachés pour n'être pas surpris dans son camp de la Chute.
Les milices de Montréal restèrent à Carillon pour fournir aux différents partis, avec les sauvages que M. de Montcalm projetoit d'envoyer à la découverte sur le chemin du fort Lydius pour faire en sorte d’intercepter les convois des ennemis.
M. le marquis de Montcalm forma un second détachement d’environ cinq cents hommes tant sauvages que soldats de la Marine ou Canadiens avec plusieurs officiers et cadets dont il confia le commandement au sieur de Saint-Luc, capitaine des troupes de la Marine. Ce détachement partit le 25 de Carillon et prit la même route que celui de M. de Courtemanche pour remplir les mêmes objets. M. de Saint-Luc, s'étant rendu sur le chemin du fort Lydius au lac Georges, attaqua, le 28, un convoi des ennemis qu'il défit ; il consistoit en 12 charriots chargés de vivres, boissons et marchandises qui étoient escortés par cent hommes
qui furent pris ou tués ; la charge des charriots fut dispersée et pillée par notre détachement ; les prisonniers, parmi lesquels il y avoit un officier, confirmèrent ce qu’avoient dit ceux qui avoient été pris par le détachement de M. de Courtemanche.
Nous avons perdu dans cette affaire deux sauvages et trois soldats tués et un Canadien blessé. Après que ce détachement fût rentré, M. le marquis de Montcalm en forma un troisième d'environ quatre cents hommes Canadiens, sauvages et soldats des troupes de la Marine dont il donna le commandement à M. Marin, lieutenant des troupes de la colonie. Ce détachement avoit ordre de se porter de même sur le chemin de Lydius ; et, pour n'être pas découvert, M. Marin laissa ses bateaux en deça des Deux Rochers, et il prit sa marche par la côte du nord pour se rendre à l’ancien fort de La Reine Anne, situé à la Rivière au Chicot, d’où il projetoit de continuer sa marche pour se rendre par terre sur le chemin du fort Lydius. Il n’étoit plus qu’à une demi-lieue du fort La Reine, après trois jours de marche, lorsqu'il entendit, à la pointe du jour, tirer quelques coups de fusil derrière lui ; il se douta bien que c’étoient les ennemis. Il fit sur le champ embusquer son détachement longeant le vieux chemin du fort La Reine au fort Lydius. A peine étoient-ils embusqués que les ennemis parurent, marchant assez en désordre et ne se doutant pas que nos gens étoient si près d’eux ; la tête du détachement des ennemis étant arrivée vers le centre du nôtre, nos troupes firent trop
précipitamment feu sur eux, ce qui fut cause que la tête du détachement des ennemis se replia sur son centre et la queue marcha en avant pour la secourir. Ce détachement se trouva beaucoup plus fort que M. Marin ne le comptoit, car il étoit composé de sept cents hommes aux ordres du major Roger. Le combat s’engagea et devint très vif de part et d'autre. M. Marin fut obligé de céder au grand nombre et de se retirer après une heure de combat, après avoir fait retirer ses blessés. Nous perdîmes dans cette action trois sauvages tués et six blessés, et une vingtaine de soldats et Canadiens. Les ennemis eurent une cinquantaine d'hommes tués ou blessés. Nous fimes six prisonniers parmi lesquels étoit le commandant en second du détachement, qui étoit le major de milice du Connecticut, qui nous confirma tout ce que nous avoient dit les prisonniers ci-devant. Le détachement des ennemis étoit partis du lac Georges sur la nouvelle que le général Abercomby avoit eue par un de nos déserteurs du départ de notre détachement. Le major
Roger étoit resté deux jours au fond de la baie embus-
qué pour l’attendre. Ne le voyant point arriver, il pensa que la nouvelle étoit fausse. Il en partit pour se rendre au fort Lydius. Il avoit couché, le jour qu'il fut atta-
qué, auprès de l’ancien fort La Reine, où il se croyoit fort loin des François, puisqu'il permit à ses soldats de tirer au blanc ; c’étoit les coups de fusil que M. Marin avoit entendus le matin et qui lui donnèrent lieu de s’embusquer.
M. Marin rentra le 9 avec son détachement au camp de Carillon. Depuis ce temps, nous n’avons eu que des petits détachements d’une vingtaine d'hommes qui se sont portés vers le fort Lydius et vers le camp des ennemis au lac Saint-Sacrement, où ils ont fait quelques prisonniers et des chevelures. Il est aussi arrivé quelques déserteurs qui nous ont confirmé que le colonel Bradstreet continuoit sa marche vers le lac Ontario et que son projet étoit d’attaquer quelques-uns de nos postes. Ils nous dirent aussi que le bruit étoit général dans leur armée que Louisbourg avoit capitulé le 27 juillet. On fit part de ces nouvelles à M. de Vaudreuil.
M. Wolf et M. de Bougainville, aide-maréchal-deslogis de notre armée, avoient été envoyés une fois chacun au général Abercromby, pour y porter des dépêches de M. le marquis de Vaudreuil au sujet de
l'échange des prisonniers que le général Abercromby avoit proposé, qui n’eut pas lieu à cause que ce général ne vouloit échanger que les officiers et non les soldats. M. de Vaudreuil demandoït que les uns et les uns et les autres le fussent au prorata des prisonniers que les ennemis pouvoient avoir à nous tant officiers que soldats.