‹ Journal des campagnes du chevalier de Lévis en Canada de 1756 à 1760 [microforme]Chapitre 27 sur 46 · LE 15 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LE 15 FÉVRIER

M. d'Hébecourt renvoya par un détachement de six hommes commandés par M. Outlas, enseigne des troupes de la Marine, un sauvage Loup soupçonné par d’autres sauvages d’avoir correspondance avec les Anglois; il manda en même temps que tout étoit tranquille sur la frontière du lac Saint-Sacrement.

M. de Benoit, capitaine des troupes de la Marine, commandant à la Présentation, fit passer à Montréal, le 16 février, cinq sauvages des Cinq Nations qui étoient venus porter des branches de porcelaine à leurs frères de la Présentation de la part des Anglois pour les avertir de se retirer d’avec les François ; qu’étant dans l'intention de venir attaquer la Pointe-au- Baril et la Présentation, ils seroient fâchés d’être obligés de frapper en même temps sur leurs sauvages et sur les François, qui ne pouvoient plus résister à leurs grandes forces ; et qu’à la fonte des glaces, ils attaqueroient le Canada par tous les côtés; qu’ils ne dou-

toient pas que les François ne se défendissent bien, mais que leur petit nombre ne pourroit pas longtemps tenir contre toutes les forces des Anglois.

Ces cinq sauvages des Cinq Nations rapportèrent en même temps que les Anglois faisoient de grands préparatifs au fort qu’ils avoient nouvellement construit au portage de la hauteur des terres de la Rivière des Agniès, demi-quart de lieue au-dessus où étoit situé le fort William; qu’il y arrivoit beaucoup de troupes avec de la grosse artillerie et toutes sortes de munitions de guerre et de bouche. Ces sauvages convinrent que les colonels Johnson et Bradstreet leur avoient bien recommandé de voir ce queles François faisoient à la Présentation et à la Pointe au Baril, que nous avions choisie pour la construction des barques auxquelles on travailloit depuis les premiers jours du mois de décembre pour remplacer celles qui ont été prises à Frontenac. On espère qu’elles seront en état d’être lancées à l’eau dans les premiers jours du mois d'avril.

M. Benoit qui commande à la Présentation et à la Pointe au Baril envoya de fréquents partis vers la hauteur des terres de la Rivière de Choagen et des Agniès pour être informé à temps des mouvements des ennemis. Nos différents partis de sauvages n’ont point fait de prisonniers dans ces parties; ils ont seulement levé quelques chevelures pendant le cours de l’hiver.

M. le marquis de Vaudreuil ne renvoya les cinq

DU CHEVALIER DE LÉVIS 169 sauvages qu’en mars. Ils parurent fort contents de la réception que leurs frères les sauvages et les François leur avoient faite, de même des présents que M. le marquis de Vaudreuil leur donna. Ils promirent à l’avenir d’être bien intentionnés pour les François et qu’ils ne manqueroient pas de raconter à leurs frères des Cinq Nations la façon dont leur père Onontio les avoit traités et qu’ils lui promettoient de venir l’avertir de tous les mouvements et préparatifs que les Angiois feroient vers la Rivière des Agniès et de Choagen.

M. le marquis de Montcalm arriva de Québec à Montréal le 7 du mois de mars.

LE 31 DU MÊME Mois

Arriva à Montréal un courrier de M. d’Hébecourt qui commande à Carillon pour apprendre qu’un détachement des ennemis de trente hommes aux ordres du major Roger s’étoit avancé jusqu’à la Chute et sur les hauteurs de Carillon et qu'il n’en a été averti qu’à 8 heures du matin par deux sauvages qui étoient à la chasse, Il fit sur-le-champ tirer deux coups de canon pour avertir des charpentiers qui, contre ses ordres, avoient été ce jour-là couper des pièces de bois, lesquels ne rentrèrent point à ce signal et furent un moment après attaqués par des sauvages et par une partie du détachement des ennemis. M. d'Hébecourt envoya une trentaine d'homme: et le peu de sauvages

qui lui restoient (le plus grand nombre étant pour lors allé à la chasse ou en parti) pour favoriser la retraite des charpentiers. Les ennemis en tuèrent cinq et en amenèrent six prisonniers; nous avons eu un sauvage blessé et trois soldats ; les ennemis ont eu quelques hommes blessés et un sergent qui a été fait prisonnier ; dans sa déposition, il dit que dans ce détachement, il y avoit un ingénieur qui étoit venu pour lever le plan du fort et des retranchements, et il assura que les ennemis se disposoient À venir nous attaquer au printemps; que l’on attendoit pour cela des provisions et des munitions au fort Lydius ; que l'on devoit lever une grande quantité de milice; que le général Amherst étoit à New-York; que l’on ne parle point de paix en Europe, mais qu’au contraire la guerre est générale; que les Hollandoiïis se sont déclarés pour la France et qu’on croit que les Espagnols en feront de même. M. d’Hébecourt mande qu'il fait partir un sergent et huit soldats pour faire conduire à Montréal un commis convaincu d’avoir fait de faux billets; il mande en même temps qu'il est fort inquiet d’un parti de trente sauvages commandés par M. Hertel, lequel est parti depuis plusieurs jours; il craint que les ennemis ne soient informés par nos prisonniers et qu’ils n’aient coupé le chemin de ce parti. M. d'Hébecourt demande aussi que l’on lui fasse passer le plus promptement qu’il sera possible des remèdes parce que les maladies continuent et que

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nous avons perdu une vingtaine d'hommes dans les hôpitaux pendant l'hiver.

M. le marquis de Vaudreuil a reçu, le 2 mars, des nouvelles des pays d’En-haut. On lui mande que les sauvages continuent à être bien disposés pour nous, et on lui écrit des Illinois qu’on fera passer des vivres pour 8e rendre par la Belle-Rivière dans celle des Ouabaches et par le portage des Miamis au lac Erié. Le commandant des Illinois lui fait espérer qu'il lui en fera passer la même quantité que l’année dernière et que ce sera M. Aubry qui sera chargé de ce convoi avec le secours des hommes.

Par la dernière lettre de M. Benoit, il paroissoit craindre d’être attaqué à la Pointe au Baril à la fonte des glaces. Les sauvages de la Présentation demandoient encore du secours, ce qui détermina M. de Vaudreuil à faire partir M. Pouchot, capitaine au régiment de Béarn, le 26 mars, avec cent cinquante Canadiens pour aller prendre le commandement de la Pointe au Baril et accélérer le plus qu'il sera possible la perfection des barques pour qu’elles soient en état de partir à la première navigation, pour aller prendre le commandement du fort Niagara et croiser dans le lac Ontario. Cent cinquante Canadiens aux ordres de M. Marin, lieutenant des troupes de la Marine, devoient aussi se rendre à la Pointe au Baril de même que cent cinquante soldats des troupes de terre aux ordres de M. de Villars, capitaine au régiment de la Sarre, qui devoient partir le premier d’avril de Mont-

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