AOÛT. — QUÉBEC
Après le départ du sieur Le Mercier pour les Rapides, M. de Montbéliard, capitaine dans le corps
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de l'artillerie de France, resta chargé du commandement général de l'artillerie dans la partie de Québec.
Les ennemis passèrent tout le mois d’août, persistant dans leurs premières dispositions, ainsi qu’on a vu le mois passé, canonnant et bombardant la ville et la gauche de notre armée, faisant plusieurs mouvements sur l’eau et du côté des gués de la Rivière de Montmorency, propres à nous donner de l’inquiétude.
Ils tentèrent par deux fois, le 7, de descendre à la Pointe-aux-Trembles avec un gros détachement ; mais la bonne contenance de nos détachements, qui défendoient cette partie, les en empêchèrent. On avoit, depuis quelques jours, renforcé cette partie; M. de Bougainville y avoit été envoyé pour y commander et relever M. Dumas, major des troupes de la colonie.
Le 10
Ils débarquèrent à Sainte-Croix, vis-à-vis la susdite paroisse, au sud, où ils parurent vouloir s'établir pen-
dant quelque temps ; mais ils en décampèrent vers la fin du mois.
Le 19
Iis firent un débarquement à Dechambeau, paroisse à quatorze lieues au-dessus de Québec et où les officiers de l’armée avoient envoyé leurs équipages qu'ils brûlèrent ; et ils se rembarquèrent le même jour.
On avoit formé le projet de faire descendre nos frégates pour attaquer les quatre vaisseaux des ennemis qui étoient au-dessus de la ville, dont un vaisseau, deux frégates et un senau ; mais, ayant fait passer le 28 cinq nouveaux bâtiments, et quatre le 31, ce projet fut nul. Il nous en coûta cependant une frégate que les pilotes laissèrent toucher en descendant.
M. le chevalier de Lévis, arrivé à Montréal le 14, prit connoïissance des vivres et des secours en tout genre qu'il pouvoit espérer du gouvernement; et voyant l'extrême disette où alloient se trouver les armées par le défaut de vivres, étant obligé pour vivre de tirer sur la récolte qui n’étoit pas même coupée et n’y ayant personne dans les campagnes pour le faire, il résolut de laisser quatre cents hommes de son détachement pour être employés à ce travail, en attendant qu’il eût quelque nouvelle positive de la marche des ennemis. Pour les faire marcher, il encouragea les femmes, les religieuses, les prêtres et généralement tout le monde de la ville, à aider directement ou indirectement à ce travail dont dépendoit le soutien du pays. Après avoir donné des instructions à M. de Rigaud, gouverneur, et au sieur Martel, commissaire de la Marine, et ordonné que les autres quatre cents hommes, compris les cent des troupes de terre, seroient envoyés, avec les vivres, outils et munitions ordonnées, aux Rapides, il partit le 14 de Montréal à midi et fut coucher à la Chine avec M. le chevalier de Longueuil, gouverneur des Trois-Rivières,
qui l’accompagna comme connoissant parfaitement les Rapides.
Le 15
Il partit de la Chine et coucha aux Cèdres. Pendant cette journée, il observa la position de l’église des Cèdres, favorable pour y construire une place, et, à une île qui est auprès, un fort qui barreroit totalement la rivière.
Il partit des Cèdres, observa le côteau du lac et les rivières qui l’avoisinent. Il a redescendu pour reconnoître l’île qui est vis-à-vis, remonté et redescendu par un chenal vers le sud, peu pratiqué, et il fut coucher à l’Anse-aux-Bateaux, à l’entrée du lac Saint- François.
Le 17
Il partit de ladite anse pour traverser le lac, observa la Rivière-au-Baudet et celle des Raisins qui aboutissent dans le lac, entra dans les chenaux, passa les rapides du Moulinet et du Rigolet, et coucha au bas de celui du Long-Saut, au nord.
Le 18
Ï1 monta le Long-Saut jusqu’à l’Ile-au-Chat, d’où il
redescendit par le sud pour connoître les chutes dans cette partie; il remonta ensuite et coucha près de ladite île.
Il passa le Rapide plat et celui des Galots, au-dessus duquel il trouva l’île où le camp du chevalier de la Corne étoit établi, reconnut les environs, prit connoissance du poste, et des nouvelles des ennemis.
Il partit pour Frontenac et pour aller reconnoître cette partie, il passa aux deux barques qui étoient mouillées à une lieue au-dessus, donna ordre pour qu’elles se disposassent à aller en croisière vers Choagen, passa à la Présentation et à la Pointe-au-Baril, poste qu'on avoit occupé l’hiver et que le chevalier de la Corne avoit abandonné à son retour de Choagen etoù on porta du monde pour mettre à l’eau une barque qui étoit restée sur le chantier.
11 passa les îles de Toniata, entra dans les Mille- Roches et coucha à l’Tle-aux-Citrons,
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Le 22
Il arriva à midi à Frontenac et reconnut les environs; il fit embarquer des boulets, du fer et douze pièces de canons, dont une étoit cassée, qui avoit été abandonnée par les Anglois avec d’autres; il repartit à trois heures et demie et coucha dans une île au bas de la Grande-Ile.
Le chevalier de la Corne avoit envoyé des sauvages en parti ; ils nous aperçurent ; s'étant arrêtés dans leur marche, ils vinrent nous voir. Après les compliments et promesses accoutumés, ils firent part de l’envie qu’ils avoient de boire, il leur fut donné deux bouteilles d’eau-de-vie. Ils revinrent de grand matin pour en chercher encore. Comme cette île n’avoit point de nom, on la nomma l’Ile-à-Ovaratory, nom du chef sauvage dudit parti.
Il suivit le chenal du sud et fut de retour le soir à l'Tle-uux-Galots, poste du chevalier de la Corne.
Le 24
Il reconnut une grande île qui étoit à côté où l'abbé Piquet s'étoit établi avec sa mission; et, voyant qu'il falloit nécessairement l’occuper pour défendre le pas-
sage de la rivière, il ordonna des fortifications pour embrasser cette défense.
Le 25
Il travailla à faire des dispositions de défense, à mettre chaque partie en règle, à connoître les vivres et magasins, à préparer des batteries et des bateaux portant du canon et à reconnoître au juste la force du détachement du chevalier de la Corne et des sauvages qui étoient dans cette partie.
Le 26
Il visita les bords de la Grande-lle, le matin, et, l'après-midi, celles qui sont en avant, examina avec attention celle qui est la plus avancée et résolut d’y établir un fort. Par la position de cette île, on peut battre avec de l’artillerie les deux bords de la rivière et protéger les barques qui peuvent mouiller audessous ; elle est si petite que le fort l’occupera presque toute. En revenant il trouva l’abbé Piquet avec des envoyés des sauvages qui venoient annoncer que les femmes de cette mission lui demandoïient un conseil. On se rendit chez ledit abbé, on le fit asseoir sur un fauteuil avec ceux de sa suite d’un côté et les missionnaires de l’autre. Le respectable conseil femelle entra, la susdite sybille à la tête (sic). Après que chacun eut pris sa place et qu’elle fut assise, elle dit :
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‘ Mon Père, c’est de tout notre cœur que nous remer- “ cions le Maître de la vie de t'avoir conservé; tu nous ‘es cher; nous t’aimons, et nous comptons que tu ‘ penses de même pour nous. Nous avons eu un grand ‘ plaisir de te voir, et sommes sensibles à l'affection ‘ que tu nous as témoignée de la part d’Onontio, et ‘ que tu sois venu pour nous défendre et mourir avec ‘ nous. ” Elle sortit en même temps un grand collier pour lui dire que par ce collier elles l’arrétoient auprès d'elles jusqu’à la paix. Et, sortant ensuite quatre branches de porcelaine pour lui notifier qu’on le recevoit comme naturel adoptif dans leurs cabanes et qu’elles le mettroient à la place et lui donneroient le nom d’un grand chef Onontogué, qui étoit très entendu et traitoit de bonnes affaires, lequel s’appeloit Orakouintone, qui veut dire en françois Le Soleil suspendu. Il y avoit lieu de croire que la cérémonie ne se finiroit pas sans qu'on lui proposât quelque alliance, attendu qu’elles avoient eu grand soin de mener leurs jeunes sauvagesses et les plus jolies qui s’étoient bien vermillonnées. Il les remercia de toutes ces faveurs, que, quant à la première, il y répondroit le lendemain, et que, pour la seconde, il étoit très sensible qu’elles voulussent bien l’associer à leurs cabanes, qu’il ne les oublieroit point et les regarderoit dès à présent comme ses frères et sœurs.
Nous fûmes reconnoître l’île dont il a été parlé
qu'on baptisa l’Ile Orakouintone. L’on ordonna que l'établissement seroit fait. Le sieur Désandroins, ingénieur, fut chargé de la fortification. Les sauvages y avoient semé, on leur acheta la récolte, qui n’étoit point mûre et qu’on fit arracher le lendemain 28.
Le 29
On traça l’ouvrage. Ce jour arrivèrent les cent hommes des troupes de terre commandés par M. Beauclair, capitaine de la Sarre, et cent miliciens. Les autres deux cents étoient déjà arrivés. Le 23, le parti revint et amena deux prisonniers, qui nous informèrent de l’inaction des ennemis qui se fortifioient à Choagen.
Le 30
On travailla au tracé dudit ouvrage. On renvoya de la poudre à Montréal, en ayant trop dans cette partie.
Le 31
M. le chevalier de Lévis fut reconnoître la côte du Nord, en remontant jusqu’à la Galette, et revint par le Sud.
SEPTEMBRE
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étant arrivés depuis plusieurs jours, on les disposa à faire un parti. Ceux de la Présentation dernandèrent conseil et lui dirent qu’ils avoient appris qu’il devoit repartir, et qu’ils voyoient bien qu’on alloit les abandonner; qu'il ne devoit pas ignorer tout ce qu’ils avoient à craindre; et ils le prièrent de leur dire ce qu'il avoit dans l’âme et l’exposé de toutes ses démarches. Il les rassura et les détermina à partir le soir pour la Présentation pour aller joindre les autres, et qu’il se trouveroit au festin de guerre pour les lier par un collier; qu'il n’avoit qu'un veau, qu’il leur donneroit avec plaisir.
Nous fûmes le soir à la Présentation. L’Anoyot se chargea d’être l’orateur pour M. le chevalier de Lévis, finissant suivant l’usage du conseil Iroquois, par prendre un ton de romance pour faire ses récitatifs.
Nous fûmes prendre l’abbé Piquet pour bénir le fort et dire la messe à l’Ile. Les sauvages avoient pour lui la plus haute considération, et il les a fait servir très utilement dans toute cette partie. L’après-midi nous fûmes reconnoître le dessous de l’Ile-aux-Galots.
On reçut un courrier de Montréal. M. le chevalier de Lévis se disposa à partir en conséquence des nou-
velles qu’il reçut, sa présence devenant nécessaire dans le gouvernement,
Nous partîmes et observâmes en descendant les endroits propres à défendre; nous fâmes coucher le même jour aux Cèdres.
Le 5 A Montréal.
On travailla à Montréal à faire parvenir des farines à l’armée et à préparer des vivres pour l’hiver au poste des Galots.
On partit pour aller à l’Ile-aux-Noix, et l’on coucha à Chambly. On donna des ordres pour les vivres.
Le 9
On coucha à Saint-Jean où nous apprîmes dans la nuit que le susdit parti des Galots avoit relâché ayant trouvé des envoyés des cinq nations en chemin.
Le 10
Nous fûmes dîner à j'Ile-aux-Noix et revînmes coucher à Chambly. M. le chevalier de Lévis trouva les
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DU CHEVALIER DE LÉVIS 203 no en à fortifications de l’Ile-aux-Noix très avancées par la diligence qu'y avoit faite M. de Bourlamaque, et donnna différents ordres relatifs à la défense, à la subsistance et aux établissements pour l'hiver. Nos chébecs continuèrent paisiblement leur croisière sur le lac Champlain, et les ennemis leurs travaux à Saint-Frédéric.
Le 11
M. le chevalier de Lévis fut de retour à Montréal.
Point de nouvelles ni des Rapides ni de l’Ile-aux- Noix. |
Il arriva deux soldats de Béarn de la garnison de Niagara avec deux Canadiens qui avoient échappé aux ennemis en route.
Le 15
M. le chevalier de Lévis reçut un courrier de M. de Vaudreuil, à six heures du matin, qui lui faisoit part de la perte de la bataille du 13 où M. de Montcalm avoit été tué et lui mandoit que cette malheureuse affaire l’obligeoit d'abandonner Québec à ses propres
forces, et de se retirer avec les débris de l’armée derrière la rivière de Jacques Cartier, où il le prioit de venir le joindre au plus tôt. M. le chevalier de Lévis, après avoir donné des ordres pour les frontières de ce gouvernement et pour la subsistance des armées et donné des instructions à ce sujet ordonna qu'il fût envoyé des outils, du canon, des vivres et des munitions à l’armée battue, partit à neuf heures du matin et arriva à 11 heures du soir à Maskinongé, n'ayant pu faire plus de diligence par les orages qu'il fit, et ne put continuer à marcher la nuït à cause des mauvais chemins.
Le 26
Il partit de grand matin, trouva le sieur de Pontleroy aux Trois-Rivières et conféra avec lui; il avoit été envoyé pour chercher une position en arrière de Jacques Cartier, où on ne se croyoit pas en sûreté; il avoit reconnu la Rivière Batiscan et trouvé cette situation meilleure que la précédente.