AFFAIRE DU 31 JUILLET
Le 31
Les ennemis ayant résolu de nous attaquer, deux navires à fond plat portant du canca furent destinés
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à être échoués vis-à-vis une de nos redoutes qui étoit sous la portée du canon du Saut et un vaisseau de soixante pièces de canon fut placé entre ces deux bâtiments. Ils se mirent en mouvement à onze heures du matin et commencèrent à canonner à midi. Les camps qui étoient à la Pointe de Lévis et à l’Ile d’Orléans furent embarqués dans ce même temps dans des berges; le camp du Saut parut vouloir faire un mouvement du côté des gués du haut de ia Rivière du Saut-Montmorency où étoit posté le sieur de Repentigny. À une heure, M. le chevalier de Lévis fut informé qu’il y avoit deux mille hommes en mouvement vers cette partie. Il fit partir cinq cents hommes vour renforcer ces postes et les sauvages, et ordre au sicu’ Dunrat, capitaine de volontaires, de suivre le m.. ment. des ennemis et de l’informer de ce qui se passeroit. Il envoya aussi ordre au régiment de Royal- Roussillon, qui étoit campé le plus à portée, de s’avancer, et renforça les volontaires de la compagnie de grenadiers de ce régiment. Mais, dans le moment, ayant apercu que les troupes des camps de l’Ile d’Orléans, de la Pointe de Lévis et des vaisseaux, qui étoient embarquées, faisoient un mouvement avec leurs berges vers la pointe de l’Ile d'Orléans, la partie de nos retranchements qui étoit vis-à-vis de cette île n'étant pas bien garnie, il y fit marcher ledit régiment avec ordre au commandant de communiquer ses postes avec le bataillon de Montréal et, par sa
droite, avec les troupes qui s’avançoient du centre de l’armée.
M. le marquis de Montcalm ayant joint à deux heures, il lui rendit compte de ses dispositions et lui dit qu'il avoit fait avancer le bataillon de Guyenne, deux compagnies de grenadiers et cent hommes de milice. Il fut convenu qu’on observeroit exactement les mouvements des ennemis; que si la gauche étoit attaquée, il la renforceroit des troupes du centre, et de même de la droite; après quoi il fut rejoindre M. le marquis de Vaudreuil.
M. le chevalier de Lévis renforça le bataillon de Béarn, qui étoit de garde à la gauche an bord du Saut, de la compagnie des grenadiers ; la compagnie de la Sarre fut placée entre le bataillon du gouvernement de Montréal et celui de la ville, qu’il avoit fait descendre pour border les retranchements entre les deux redoutes. Les cent hommes des Trois-Rivières restèrent en panne pour être à portée de renforcer M. de Repentigny ou la ligne. Après ces dispositions, il fut se placer entre les deux redoutes pour observer les mouvements des ennemis. Leurs berges faisoient différents mouvements pour nous menacer en différents endroits. Ayant été averti que la colonne qui avoit marché vers les gués, rétrogradoit et rentroit dans le camp, il envoya ordre aux troupes qui étoient dans cette partie de revenir ; les ennemis comptoient que le feu croisé desdits navires avec celui de l’artillerie du Saut, qui nous enfiloït dans nos retranche-
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DU CHEVALIER DE LÉVIS 187 ments et dont le total montoit à environ soixante à soixante-dix pièces de canon, mortiers ou obusiers, nous obligeroit à abandonner nos retranchements.
Il est effectivement étonnant que, sous un si grand feu d'artillerie pendant plus de six heures, nous n’ayons pas perdu plus de monde. Les troupes et les Canadiens y ont montré beaucoup de fermeté et de bonne volonté.
La petite flotte des berges fit différents mouvements jusques vers les cinq heures du soir, où elles dirigèrent leur route dans le chenal pour venir débarquer à environ six heures du soir entre les deux navires échoués. Le camp du Saut s’étoit acheminé à inarée busse pour passer le gué et pour, en côtoyant l’eau, aller joindre ladite colonne sans être à la portée du fusil de nos retranchements. Dès que les premiers eurent débarqué, ils se mirent en mouvement pour attaquer la redoute qui étoit en bas de l’escarpement des retranchements sur la grève, qui fut abandonnée par ordre. Nous étions sur une hauteur à une portée de fusil, où nous bordions un mauvais retranchement. M. le chevalier de Lévis voyant que les ennemis se déterminoïient à ne faire qu’une attaque, fit avancer le bataillon de Royal-Roussillon et celui de Guyenne, qu'il doubla, derrière cette partie, pour la soutenir. Le feu de l'artillerie, qui avoit été très considérable depuis midi dans l’espérance de nous chasser de nos retranchements, redoubla de plus fort. Dès qu'ils furent maîtres de la redoute, ils marchèrent en colonne vers
la hauteur; mais, à leur approche, le feu de notre mousqueterie fut si vif qu'ils plièrent ; et, dans le même instant, il survint un orage furieux qui nous les déroba et nous cacha leurs mouvements. Mais, après qu'il fût dissipé, nous les aperçûmes derrière leurs navires où ils embarquoient leurs blessés dans les berges et toutes les troupes qui purent y contenir. Le reste se retira avec la colonne du Saut par la même route qu’elle étoit venue, et ils mirent le feu aux deux bâtiments échoués. Leur perte fut d'environ douze cents hommes morts, tués, blessés ou prisonniers, et la nôtre de vingt à trente soldats et quelques officiers blessés.
Pendant ce mois, le sieur Pouchot étoit à Niagara, tranquille dans son fort, comptant sur l'affection des sauvages et sur les promesses qu'ils lui avoient faites de l’avertir à temps: Et cependant les Anglois étoient en marche, partie par terre, le reste descendant la Rivière de Choagen avec l'artillerie et les vivres. Ils laissèrent en passant à l’ancien Choagen un dépôt avec un détachement de deux mille hommes qui s’y fortifièrent à l'endroit où étoit le fort Ontario. Après quoi, l’armée partit pour aller faire le siège de Niagara. Peu de jours après, le chevalier de la Corne, ignorant leurs mouvements, résolut d'aller vers Choagen, d’où il comptoit aller au-devant des ennemis pour les harceler ou arrêter dans leurs routes. L’ennemi, ignorant de même ses mouvements, tra- ‘vailloit négligemment dans le bois dans le temps que
cet officier faisoit ses dispositions pour les attaquer,
« . les ayant découverts. Mais, au moment de l’action, ous la terreur s'étant emparée de son détachement, il prit fais, la fuite sans sujet et ne put se rallier qu’au dépôt. Il Dani ière voulut retenter le lendemain; mais il s’en désista, és l'ennemi étant sur ses gardes et retranché, et il se L 4 enir. retira à la tête des rapides.
ême leux PRISE DE NIAGARA PAP LES ANGLOIS né Le sieur Pouchot ne fut averti qu'il alloit être ciers assiégé que par les ennemis qui parurent aux environs de son fort et qui lui firent des prisonniers, le para, 6 juillet sur le soir.
dt Le 7 AOUT aites ient Il envoya un courrier pour la presqu'île pour faire it la venir les détachements qui étoient vers la Belles. Ils Rivière, pour qu’ils eussent à le joindre par Che- ” épôt nandai. ; U
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Nia- Les ennemis se disposèrent à approcher de la place,
géné) ayant débarqué le 6 au Petit Marais.
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tra- Les ennemis le sommèrent, et, dans la nuit, ils
ouvrirent un boyau ; le 10, ils le perfectionnèrent.
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Le 11
Ils ont continué leurs ouvrages et l'après-midi ils ont démasqué une batterie à bombes. Pendant la nuit, ils ont avancé considérablement le boyau commencé, qu’ils poussèrent jusqu’à l’Arbre-sec ; les sauvages des cinq netions entrèrent dans le fort pour parler avec le sieur Pouchot, y étant excités par les Anglois, pour les porter à se rendre; mais il renvoya les sauvages sans vouloir les écouter, et leur reprocha la trahison qu'ils faisoient à leur père Onontio.
Le 12
Ils ont commencé d’avancer à la sape; on fit une sortie sans fruit; leurs bombes ne faisoient que peu d'effet.
Le 13
ls ont avancé leurs attaques ainsi que le 14; notre feu étoit toujours très vif.
Ils ont changé leurs batteries de mortiers et com-
mencé d'élever un cavalier pour enfiler le chemin couvert; ils ont continué le 16.
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Le 17
Leurs canons ont commencé à tirer ayant une batte-
.rie de quatre pièces et une de cinq, leurs ouvrages
étant à cent vingt toises de l’angle saillant du bastion du lac.
Le feu fut très vif les jours suivants; les ennemis augmentèrent leurs travaux et leurs batteries.
Le 22
Le détachement de la Belle-Rivière parut ; il voulut marcher en peloton pour percer la circonvallation ; il fut investi et écharpé par les sauvages ; très peu se sauvèrent. Le fort se rendit le 25, après cet événement, n'ayant plus de secours à espérer. Les ennemis avoient environ trois mille hommes. Ils ont très peu perdu et nous aussi.
On eut nouvelle dans le commencement du mois de la marche de l’armée du général Amherst, composée d'environ dix mille hommes. Elle parut, le 20, aux environs de Carillon ; notre armée se replia suivant le projet ; le fort fut évacué et on le fit sauter le 26. On en fit autant en passant à Saint-Frédéric d’où l’on fut à l’Ile-aux-Noix. Le général anglois passa ce mois à fortifier Saint-Frédéric.
La défaite du secours qui marchoit à Niagara et la reprise de ce fort firent une sensation considérable
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dans la colonie; on crut que l’ennemi alloit se présenter tout de suite à la tête des rapides. Le chevalier de la Corne, qui ne croyoit pas son poste bon, ni ses forces en état de résister à l’ennemi, avoit mandé qu'il ne pouvoit que se retirer jusqu’au côteau du lac, si l'ennemi marchoit à lui. Comme ce poste est à l’entrée des premières habitations de la colonie, on la regarda comme perdue si l’ennemi parvenoit jusque là, d’où il auroit été à portée de se joindre bientôt avec l’armée qui devoit attaquer l’Ile-aux-Noix. Il étoit en même temps indispensable de soutenir Québec. Dans le critique de cette circonstance, on résolut de donner un peu à la bonne fortune ; on décida que M. le chevalier de Lévis se porteroit dans cette partie avec huit cents hommes dont cent de trouns° 2 terre, le reste milice, pour faire usage de tous les moyens propres à pallier le mal. M. le marquis de Vaudreuil lui donna un ordre pour commander en chef sur les frontières du gouvernement de Montréal. Il partit le 9 août au soir avec MM. de Ja Pause et le chevalier Le Mercier, arriva le 12 à Montréal et en partit le 14 pour les Rapides. Il examina avec la plus grande attention tous les endroits qui pouvoient être susceptibles de quelque défense.