SUIVIE D'UNE
NoTICE SUR LA Maison DE NICOLAY, DonNT UNE BRANCHE DESCEND Du Marécuas DE LÉVIS
La maison de Lévis tire son origine du village de Lévi, aujourd’hui Lévy-Saint-Nom, dans l’Ile-de- France, à une lieue au nord de Chevreuse (département de Seine-et-Oise).
Le premier membre de cette famille que l’on connaisse d’une manière certaine est Philippe de Lévis, mentionné dès 1179, dans une charte de l’abbaye de Saint-Denis. Il accompagna Philippe-Auguste en Terre- Sainte pendant la troisième croisade, et, en mai 1200, figura comme caution au traité du Goulet, conclu entre Philippe-Auguste et Jean-Sans-Terre.
Gui I‘ de Lévis, son fils. fonda l’abbaye de Notre- Dame de la Roche. près de Lévis, et y bätit une
chapelle qui appartient encore aujourd'hui à la famille (1). Il avait épousé Guiburge, qui passe pour avoir été sœur de Simon de Montfort. Lorsque Simon, dont les possessions étaient voisines des siennes (2), partit, en 1208, à la tête de l’armée qui allait combattre les hérétiques albigeois, il emmena avec lui son voisin, Gui de Lévis, et lui donna la charge de maréchal de l’armée qu’il commandait (3). Comme cette armée marchait contre les hérétiques et s’appelait l’armée de la foi, Gui de Lévis fut nommé le Maréchal de la Foi, et ce titre, confirmé par le roi de France et par le Pape, s’est perpétué chez ses descendants par ordre de primogéniture. Dans le partage des biens des barons du Midi, dépossédés par les croisés, Gui de Lévis obtint la seigneurie de Mirepoix, au pays de Foix, et plusieurs châteaux, dont un des principaux, Léran, est encore aujourd’hui patrimoine de la
famille. Ces possessions lui furent confirmées par le roi de France et par le Pape. Un siècle plus tard, à la prière d’un de ses descendants, le pape Jean XXII, en 1317, fit de la ville de Mirepoix le siège d’un évéché, qui fut plusieurs fois occupé par des prélats du nom de Lévis (4) et a été supprimé en 179%.
(1) Voyez le Cartulaire de Notre-Dame de la Roche, publié par M. le duc de Luynes.
(2) Montfort-l'Amaury (Seine-et-Oise).
(3) Voyez P. Meyer, Chanson de lu Croisade des Albigeois.
(4) Gallia Christiana, tome XIII, p. 238.
Ne,
MANUSCRITS DU MARÉCHAL DE LÉVIS. 21 Son petit-fils, Gui IIT, épousa Isabelle de Marly, de la maison de Montmorency. Il en eut plusieurs enfants. Le premier, Jean, seigneur de Mirepoix, fut l’auteur de la branche aînée de la famille, sur laquelle nous reviendrons plus tard. Un autre, Thibaut, fit la branche de Montbrun, qui ne tarda pas à s’éteindre, Un troisième, Pierre, fut évêque de Maguelonne, en 1306, puis évêque de Cambray et de Bayeux. Enfin, le quatrième, Philippe, fut auteur de la branche de Lautrec-Villars, d’où sont issus d'abord les rameaux de Florensac (1), de Couson (2), et de Quélus, puis les deux branches ducales de la Voûte-Ventadour et de Charlus. A celle de Charlus se rattache le ramenu de Châteaumorand, éteint peu avant la Révolution.
La terre de Ventadour, entrée dans la maison de Lévis, en 1492, par le mariage de Louis de Lévis, baron de la Voûte, avec Blanche de Ventadour, fut érigée en duché-pairie, en 1589, par le roi Henri III, pour Gilbert de Lévis. Un de ses petits-fils, François- Christophe de Lévis, comte de Brion, fut créé duc de Damville en 1648, et vice-roi d'Amérique en 1655 ; il mourut sans postérité. La branche de Ventadour s’éteignit en la personne de Louis-Charles de Lévis,
(1) Philippe de Lévis, dernier des Florensac, périt en 1451 au siège d’Acqs, en sauvant la vie du Dauphin, depuis Louis XI.
(2) Philippe de Lévis, cardinal et archevêque d’Arles, et son frère Eustache, également archevêque d’Arles, étaient de la branche de Couson. Ils furent inhumés tous deux à Rome. On y voit
mort le 28 septembre 1717, sans enfant mâle, de Charlotte-Éléonore-Madeleine de la Motte-Houdancourt, qui fut, après sa mère, gouvernante des enfants de
France, et éleva successivement Louis XV et le dauphin, père de Louis XVI.
leur mausolée dans la basilique de Ste-Marie-Majeure, portant l'inscription suivante:
Philippus de Lévis TT. S. Petriet Marcellini Car. Arelatensis E Gallia ortus illustris moribus virtute illustrior Ro. Pont. Et Xrianiss. Francorum regibus magno in pretio habitus
In senatum apostolicum probitate adscitus obiit suo natali À Magno sui desiderio relicto quippe qui corporis et animæ bonis 2 Preditus summaque auctoritate pollens profuit quibus potuit je Obfuit nemini. vix.an. XL.MCCCCLXXV pridie non. Novembris
Duo fratres hic jacent eodem clausi 4 Sepulcro Philippus et Eustachius Primus cardinalis fuit sed archiepiscopus Arelatensis uterque,
Sedento Innocent, VIII pont. max.
Eustachius natione Gallus nobili Levorum gente Arelaten. archiepus Hic situs est. O quanta fuit in hoc antistite fides pietas religio Sanctitas obque cum merito pont. max. inter sacrosanctos sibi di- Vinar. cerimoniar. adsistentes communerari voluerit qui cum
Fratrem Philippum S. R. E. card. qui juxta se cubat unice s
dilexisset in vita .
In morte quoque ut tumulo illi jungeretur mandavit. à Vixit ann. XLII obiit MCCCCLXXXIX die XXIT mensis D
aprilis.
La branche de Lévis-Charlus, issue de celle de Ventadour, par Jean, fils puîné de Louis de Lévis et de Blanche de Ventadour, eut aussi son duché-pairie, érigé en février 1723, sous le nom de Lévis, en faveur de Charles-Eugène, comte de Charlus. Les fils de ce duc de Lévis moururent avant lui et la branche de Charlus s’éteignit en sa personne, ainsi que ce titre ducal.
Dans la branche aînée, Jean Ier, premier fils de Gui III de Lévis, seigneur de Mirepoix, épousa Constance, fille du comte de Foix, Roger-Bernard. Il en eut deux fils. L’aîfné, Jean II, continua la branche des seigneurs de Mirepoix, qui subsista jusqu’au milieu du XVIII siècle et s’éteignit à la mort de Gaston- Charles-Pierre-François de Lévis, marquis de Mirepoix, né en 1700, successivement colonel du régiment de Saintonge en 1719, brigadier en 1734, ambassadeur à Vienne en 1737, maréchal de camp en 1738, chevalier des Ordres du roi en 1739, lieutenant-général en 1744, ambassadeur à Londres en 1749, créé duc à brevet en septembre 1751, maréchal de France le 24 février 1757, et mort à Montpellier le 25 septembre suivant. Il avait épousé une Beauveau, veuve du prince de Lixheiïm, de la maison de Lorraine, femme aussi distinguée par sa beauté que par son esprit. La correspondance du chevalier de Lévis pendant la guerre du Canada, qui fera partie de la présente publication, contient un certain nombre de lettres adressées à la maréchale de Mirepoix, et plusieurs font autant
d'honneur à celui qui les écrivait qu’à celle qui les recevait.
En vertu du testament du maréchal de Mirepoix, le titre et la terre de Mirepoix passèrent à la branche des marquis de Léran, issue de Gaston de Lévis, second fils de Jean I", et dont le représentant, à cette époque, était Louis-Marie-François-Gaston de Lévis, marquis de Léran. Cette branche est la seule qui subsiste aujourd’hui. Elle est représentée à l'heure actuelle par Henri de Lévis, duc de Mirepoix et grand d’Espagne, ñls unique de Gui de Lévis, duc de Mirepoix, et par les trois fils de Sigismond, comte de Lévise-Mirepoix, à savoir: Gaston, marquis de Lévis; Félix, comte de Lévis-Mirepoix ; et Adrien, comte de Lévis-Mirepoix.
De cette branehe de Lévis-Léran était issue celle d’Ajac, à laquelle appartenait le chevalier, puis marquis de Lévis, compagnon d’armes de Montcalm au Canada. Son père, Jean-Gaston, baron d’Ajac, eut deux fils, dont l'aîné, Pierre, ne laissa qu’une fille qui épousa le fils du marquis de Montcalm. Le second fils, François, d’abord appelé le chevalier de Lévis, naquit le 23 août 1720. Dès 1735, il fut nommé lieutenant au régiment de la Marine; il prit part à la campagne du Rhin et obtint le grade de capitaine le 1 juin 1737. En 1741 et dans les années suivantes, il fit les campagnes d'Autriche, de Bohême et d’Allemagne; en 1747, il fut nommé aide-major à l’armée d'Italie, colonel et chevalier de Saint-Louis en 1748.
FA
MANUSCRITS DU MARÉCHAL DE LÉVIS. 25 En 1766, il fut choisi par le comte d’Argenson pour accompagner en Canada le marquis de Montcalm, avec le grade de brigadier. Deux ans plus tard, i: fut nommé maréchal de camp. Nous n’avons rien à dire de ce que le chevalier de Lévis fit en Canada; son journal, le récit des campagnes de Montcalm mis en ordre par lui après la mort du général en chef, la correspondance de celui-ci, du chevalier et des autres chefs des troupes françaises, qui font l’objet de la présente publication, le feront connaître avec plus de détails et d’exactitude que nous ne pourrions le faire. Revenu en France en 1761, après la perte définitive de la colonie, le chevalier de Lévis reçut le grade de lieutenant-général et prit art à la campagne de 1762, en Allemagne, sous le, ordres du prince de Condé. A la paix (1765), il fut pourvu du gouvernement de la province d’Artois vacant par la mort du duc de Chaulnes. En 177, il fut nommé capitaine des gardes de Monsieur, comte de Provence, depuis le roi Louis XVIII. Enin, comme couronnement de sa glorieuse carrière, il fut créé chevalier des Ordres du roi en 1776; maréchal de France, le 13 juin 1783; duc héréditaire, le 24 avril 1784. Il mourut à Arras, trois ans après, le 26 novembre 1787, à l’âge de soixantesept ans. Il avait épousé, le 28 février 1762, Gabrielle- Augustine-Michel de Tharon, morte sur l’échafaud révolutionnaire, le 10 juillet 1794, Il eut pour fils Gaston-Pierre-Marc de Lévis, qui fut, avant la Révolution, capitaine des gardes de Monsieur, comte de Provence,
puis député aux États-Généraux de 1789. Ayant émigré, il prit part à l’expédition de Quiberon, et y fut grièvement blessé; mais on le rapporta enveloppé dans le drapeau royal à bord d’un vaisseau anglais, et il échappa ainsi aux exécutions sanglantes où allait périr la fleur des anciennes armées, et particulièrement de la marine. Il rentra de bonne heure en France. A défaut de la carrière des armes, les lettres ornèrent sa vie. On a de lui plusieurs ouvrages qui lui valurent d'entrer à l’Académie française, en 1816. Les principaux sont : Maximes et Essais sur différents sujets de morale et de politique ; Souvenirs et Portraits ; Lettres de Kang- Hi. Ce dernier ouvrage est écrit dans le genre des Lettres Persanes.
Lors de la Restauration, en 1814, le roi Louis XVIII nomma le duc de Lévis pair de France héréditaire, 2 ministre d’État et chevalier du Saint-Esprit, et enfin à chevalier d'honneur de Mme la duchesse de Berry, en 1817. Cette princesse étant devenue veuve dès 1820, les fonctions de chevalier d'honneur, qui paraissaient devoir être purement honorifiques, acquirent une importance réelle. Le duc de Lévis s’en acquitta avec dévouement jusqu’au jour de sa mort, arrivée le 15 février 1830. Il avait épousé Françoise de Paule Charpentier d’Ennery, fille du comte d'Ennery, ancien gouverneur de Saint-Domingue. +
De ce mariage étaient issus Gaston-François-Chris- k tophe-Victor de Lévis, et Adèle-Charlotte-Augustine de Lévis, qui épousa, en 1809, le marquis de Nicolay.