EN SEPTEMBRE ET OCTOBRE
Le gibier de Compiègnc a continué de faire les frais de la guerre pendant la seconde quinzaine de septembre : tandis que nos soldats brûlaient de la poudre, l'Etat-major, lui, semait du plomb ; aussi le véritable champ de bataille a-t-il été la forêt et uon la plaine.
Le 20 septembre, s'est effectué le tiré de la Faisanderie qui, entre deux campagnes, avait réuni, sous la présidence du général en chef, S. À. R. le duc de Nemours, tous les généraux des deux camps, vainqueurs et vaincus, heureuse et cordiale entente à laquelle nous nous empressons d'applaudir. Ce jour-là, le prince, dont l'amour-propre de chasseur avait été piqué au vif par une note maladroite des journaux à l'occasion d'une de ses chasses précédentes, a immole de sa main dix chevreuils, dont plusieurs ont été roulés à de fabuleuses distances. Nous constatons le fait avec d'autant plus de plaisir, que Lefaucheux, qui a l'honneur d'être à la fois l'arquebusier ordinaire de Son Altesse Royale et l'arquebusier extraordinaire du Journal des Chasseurs, quand il ne prend pas ses Prélat ou ses Devisme, avait été tout déconcerté, l'infortuné, par cette remarque quelque peu naïve des grands carrés de papier nos confrères : « On a remarqué que le prince avait tiré de très loin plusieurs chevreuils sans les atteindre.» Voici la carte de ce tiré qui, dirigé par M. Poirson avec son expérience habituelle, a produit au total 202 pièces : — 20 chevreuils, 67 lapins, 101 faisans et 14 perdrix.
CIBIKK Tl'K.
NOMS DES TIREURS
en ç
ta t.
mi
eu
se
S. A. R. Mgr le duc de Nemours. . . .
Totaux. . . .
Le 30 suivant a eu lieu un second tiré dans le (irand-Purc, dont les hôtes, à peine remis de la visite qu'on leur avait faite trois semaines avant, ont eu cette fois un assaut non moins rude à soutenir. Sept tireurs, le duc de Coigny,le comte Dumas, les comtes Henri et Jules de l'Aigle, M. Guérard, M. Reille cl le docteur Tasquier, accompagnaient S. A. R. le duc de Nemours qui a encore été le roi de la chasse a?ec SU pièces : — 3 chevreuils, 64 lapins et 17 faisans. Les autres pièces, au nombre de 406, parmi lesquelles figurent, il est vrai, 303 lapins, ont été ainsi réparties:
GIBIER TlK.
NOMS DES TIREURS
.îî *
Pièce»
diverses.
S. A. R. le duc de Nemours.
M. le duc de Coigny. . . ■ M. le comte Dumas. . . .
1 bécasse.
ai
.M. le comte H. de l'Aigle.
M. le comte J. de l'Aigle.
Le docteur Pasquier. . . .
1 bécasse.
Le 1er octobre, Compiègne ayant largement payé sa dette par un tribut de plus de mille pièces tuées en un mois (1), est venu le tour de la forêt de Laigue. Celte chasse, qui permet de réunir un assez grand nombre de tireurs, était en quelque sorte une fête d'adieu offerte par le prince aux officiers dû camp de Compiègne, ses compagnons d'armes. A une époque plus avancée de l'année, elle eût présenté de beaux résultats ; mais au Ie' octobre, et cette année surtout, vu la température tout exceptionnelle de la saison, pas un arbre n'avait encore perdu une de ses feuilles. La forêt de Laigue est par elle-même assez fourrée, et cette circonstance, en protégeant le gibier, les chevreuils principalement, animaux qui forcent presque toujours en battue, a nui un peu au succès de la journée. On a tué 91 pièces seulement : — 29 chevreuils, 3 lièvres, 9 lapins, 48 faisans et 2 braconniers à quatre pattes qui n'avaient pas eu le nez fin en allant ce jour-là en maraude. Voici, du reste,le bulletin de cette chasse, conduite par l'inspecteur en personne, M. de la Bouglise, du zèle duquel il n'a pas dépendu, nous en sommes certain, de la rendre encore plus productive (2).
(t) Le 29 août, tiré «le la Basse-Queue 88 pièces.
Le 7 septembre, premier tiré du Grand-Parc. . . 557
Le 27 septembre, tiré de la Faisanderie 202
Le 50 septembre, second tiré du Grand-Parc. . . 400
Total. . .1,055
(2) Dans l'intervalle de ces grands tirés, à Compiègne et à Laigue, il faut encore mentionner deux chasses particulière, l'une qui a eu lieu le 20 septembre, à Versailles entre le duc d'Aumalc et le prince de Joinville, accompagnés par M. Guérard, et qui a produit 41 pièces : — 2 chevreuils, 7 lièvres, 9 lapins, 5 faisans et 20 perdrix; — l'autre eflVcluée àMarly le 24 suivant, entre deux chasses de daim, par S. A. R. le prince de Joinville qui s'est contenté de tuer une douzaine de pièces, n'ayant, ce jour-là, pour tout parleur de carnicr, que la princesse sa femme.
(ÎFMER T
UÉ.
NOMS DES TIREURS
Chevreuils
Lièvres.
Faisans.
Chats.
Total.
S. A. R. le duc de Nemours
M. le lieutenant-colonel Vaudrimay
M. le commandant Labarge
M. le capitaine Vergés
Pendant que les faisans et chevreuils de Laigue avaient affaire à si nombreuse, nous n'osons dire à si forte partie, le même jour et à la même heure se passait, à l'Etang de Saclay, une expédition d'un genre tout différent. Il s'agissait là d'une simple chasse de marais, d'une de ces chasses comme nous les aimons, comme les aiment les Horace Vernet et les d'Houdelot, ces deux types de l'échassierchasseur, créés tout exprès pour enjamber une rigole; comme les chérissaient nos excellons amis, ces joyeux compagnons de spirituelle et regrettable mémoire, de Tallencourt et Théodose Burette, dont Saint-Quentin, Saclay, Orsigny, Trou-Salé, se rappellent encore les merveilleux exploits. S. A. & le prince de Joinville, qui a le pied marin, et par suite le coup d'oeil aussi sûr dans un bateau que sur la terre ferme, a une prédilection marquée pour ces mêmes étangs qu'affectionnait S. M. Charles X, le roi-chasseur, devant lequel doit s'incliner respectueusement toute la génération passée, présente et future des Nemrod modernes. Or donc, le 1er octobre, la vapeur brumeuse du matin s'évaporait à peine au dessus des eaux fumantes du lac, que déjà retentissait au loin la meurtrière pièce de quatre du prince, mettant en fuite toute la sauvagine du lieu. Son Altesse Royale a tué dans cette matinée 18 pièces : — 3 canards, une sarcelle, 12 foulques, une bécassine et une poule d'eau. L'inspecteur de Versailles, qui l'accompagnait, en a tué 3 : — un canard et 2 foulques; total : 21 pièces. C'est là un résultat satisfaisant, sans doute, pour une chasse au marais où l'on tient à ne point se mouiller les pieds ; mais les bottes imperméables d'Evrat n'ont pas été inventées pour aller au bal, et nous pourrions citer à nos lecteurs, certain chasseur de notre connaissance intime, qui, il y a cinq ans, à la môme époque de l'année et sur la même plaine liquide, se faisait à deux, lui et son chien Soliman, des carniers de trente à trente-cinq pièces par jour, bipèdes et quadrupèdes. Voilà la véritable chasse au marais telle que nous la comprenons, c'est celle où, tantôt dans la vase jusqu'à la cheville, tantôt dans l'eau jusqu'à la ceinture, on pelote un lièvre en même temps qu'on descend une bécassine, et quand S. A. R. le prince de Joinville voudra en user franchement comme nous, préfé-
ranl un bon rhume de cerveau aux deux rames du garde Germain, il nous en dira de bonnes nouvelles. Cette petite excursion à Saclay a, du reste, beaucoup intéressé madame la princesse de Joinvillc, qui avait accompagné le prince son mari et a suivi tous les incidens de la chasse des fenêtres du Pavlllon-du Roi dominant la chaussée.
Le li octobre, /tO pièces: — 6 lièvres, 1 lapin et 33 faisans ont été immolées dans le parc de Versailles entre LL. AA. RR. le duc de Nemours et le prince de Joinville, n'ayant entr'cllcs, comme juge du camp, que M. Guérard, qui n'a point fait grand tort, comme on pense, à leur contingent réciproque.
Le 13 suivant, S. A. R. le duc de Nemours, qui n'aime point à chasser seul, et qui n'avait pas fait un coup de fusil depuis le départ du duc d'Aumale et du prince de Joinvillc, a été passer une heure à Versailles dans les tirés de la Grille- Royale et du Gaulis-des-Closeaux. Le prince, nous a-t-on dit, était accompagné dans cette petite promenade par madame la duchesse de Nemours et madame la princesse de Joinville, et ce sont ces deux dames qui, faisant l'office de rabatteurs, et armant de pierres leurs blanches mains pour expulser du fourré le gibier rebelle, ont fait tuer à l'heureux chasseur 6 faisans et 2 lièvres.
Enfin, le 30 octobre dernier, ce n'est pas bien vieux, a eu lieu, — toujours dans Versailles en attendant que vienne le tour de Saint-Germain qui se repose depuis six semaines après avoir ouvert le feu, — un grand tiré dont S. A. R. le duc de Nemours a fait les honneurs aux ducs de Slesvie-IIolstein Glucxsbourg, altesses sérénissimes appartenant au Danemarck et un peu cousines-germaines de ces innombrables principautés de la Confédération germanique que don Carlos traite si cavalièrement dans cette admirable scène tiHernani que vous savez mieux que moi. La mêlée n'a pas été bien sanglante, à en juger par le nombre des victimes qui ne s'est élevé qu'à 192 pièces environ : —6 chevreuils, 150 lièvres, 26 faisans et 10 perdrix. On aurait dû tuer plus de 400 pièces ; mais, à l'exception du prince, tout le monde, à ce qu'il parait, a tiré en véritables écoliers en vacances. Nous publierons, le mois prochain, la carte de celte chasse qui ne nous est pas encore parvenue, et nous vous conterous comment, sans s'en douter, par une indiscrétion impardonnable dont nous avons sévèrement blâmé l'auteur, le Journal des Chasseurs y a joué un rôle qui n'était pas du tout dans son emploi.
NOUVELLES ET FAITS DIVERS
Jjo, chasse au marais. — Tel est le titre du charmant dessin à deux teintes par lequel nous inaugurons cette douzième année, dont nous avons l'intention d illustrer les pages par toute une série de petites chasses spéciales, dans le genre et dans le goût de celle-ci. A \&Chasse au marais succéderont la Battue en •plaine y la Battue au bois, la Chasse au miroir, ]&Chusse à la pipie, la Chasse aux bassets, la Chasse du loup par la neige, etc., etc. Nous espérons que nos abonnés goûteront ces sujets intimes dans lesquels ils ont plus ou moins souvent joué un rôle, et qui, confiés à l'exécution toujours si vraie et si fidèle de Grenier, ne peuvent que contribuer au succès de notre Album, qui compte à l'heure qu'il est plus de 125 lithographies.
Retour de Jules Gérard en France. — On lit dans le Nouvelliste de Marseille, du 28 octobre :
a Le maréchal-des-logis Gérard, le célèbre Tueur de lions, débarqué avanthier a Toulon, est arrivé aujourd'hui à Marseille. Le courageux spahis vient chercher, sous notre climat, un repos rendu indispensable par huit années consécutives de campagnes en Afrique. Gérard emmène avec lui un jeune lion, dont le père et la mère ont successivement succombé sous les coupsdu téméraire chasseur, qui s'est alors chargé de son éducation et l'a appelé Hubert, sans doute en
reconnaissance de la protection toute particulière dont le patron des chasseurs n'a cessé de l'entourer dans ses terribles rencontres avec les fauves seigneurs de l'Atlas. La taille du jeune élève promet beaucoup , et atteint déjà celle de bon nombre de ses confrères arrivés à tout leur développement; une crinière commence à orner sa majestueuse encolure. Le maréchal-des-logls Gérard a été chargé par M. le duc d'Aumale de faire la remise du jeune lion au directeur de notre Muséum, qui doit plus tard l'expédier à Paris, au Jardin-des-Plantes. C'est ce même lion que le chasseur avait offert à M. le duc d'Aumale, qui, à son tour, en a fait présent au roi.»
Le fait annoncé par le Nouvelliste est exact Une lettre particulière nous avait appris la rentrée en France de iules Gérard, débarqué à Toulon par le Labrador.
Le Journal des Chasseurs est dans l'intention d'offrir un banquet par souscription à son vaillant confrère, aussitôt son arrivée à Paris. Un avis ultérieur préviendra nos abonnés, afin que ceux d'entre eux qui voudraient prendre part à cette joyeuse réunion puissent se faire inscrire à l'avance au bureau même du journal.
Courses du Champ-de-Mars et de Chantilly. — Retraite de M, Aumont. ■ — Aux Courses de Chantilly, qui ont eu lieu ainsi que nous l'avions annoncé les 2 et 3 octobre, le Saint-Léger a été remporté par Glands, à M. le baron Nathaniel de Rothschild
Favorisées cette année par un temps superbe pendant leurs trois journées, les courses du Champs-de-Mars, Gxées aux 10, 14 et 17 octobre, ont été plus brillantes encore que de coutume. Le dernier jour, dimanche 17, les courses, présidées par M. le ministre de l'agriculture et du commerce, ont été honorées par la présence de S. A. R. le duc de Nemours. Au milieu des notabilités à citer, figurait aussi l'ambassadeur de Perso, pour qui cette solennité paraissait être un curieux spectacle. Le Grand prix Royal de 14,000 fr., a été remporté par Prédestinée, à M. le prince Marc de Beauvau.
La vente de l'écurie de M. Aumont, qui a eu lieu à la fin du mois, a confirmé une triste nouvelle pour le public d'élite qui s'intéresse en France aux progrès du Sport ; c'est la retraite définitive de cet éleveur distingué, qui abandonue la lice au plus beau de ses triomphes. Nous ne nous permettrons point de rechercher les causes qui ont pu tout-à-coup décider M. Aumont, ce roi du Tur/français, à cette abdication imprévue. Nous constaterons seulement les regrets universels qu'elle a causés. La confiance qu'on avait dans les produits sortans de cette remarquable écurie, s'est manifestée, du reste, par des argumens sans réplique. La vente totale des chevaux, parmi lesquels quatre entre autres, Morok, Fitz-Emilius, Couche-Tout- Nu et Alexandrine ont été achetés 70,600 fr. par le prince Galitzin, a produit une somme de 137,840 francs.
Équipage du prince de Joinville. ~ Le petit équipage de Saint-Cloud a fait trois nouvelles chasses de daim, depuis celle que nous avons consignée dans notre dernière chronique. La première a eu lieu le 23 septembre à Marly, en présence du prince de Joinville et du duc d'Aumale, et a été sans résultats , la retraite manquée ayant sonné à cfnq heures et demie par suite du change. La seconde, effectuée même forêt, le surlendemain 25, en présence du prince de Joinville seulement , s'est terminée par la prise d'un daim, troisième tête, qui, attaqué à l'Etoile de Maintenon, a été porté bas dans l'Abreuvoir du Cœur- Volant. Enfin, la troisième s'est passée à Saint-Germain, le 10 octobre. Le rendez-vous était, à midi, à la Muette. L'équipage seul a attaqué, à midi et demi, à l'Etang d'Hcrblay, un daim dix-cors qui a été pris, à une heure et demie, au Font du Belvéder. On dit que la remonte , dont nous avons annoncé l'arrivée , promet à l'équipage du prince quelques bons chiens de plus.
Les princes égyptiens à l'Etang de Saclay. — Les princes égyptiens, qui prennent goût à la chasse, dit-on, et parmi lesquels le Journal des C/utsseurs a l'avan-
tage de compter un abonné, le prince Halim-Bey, ont chassé trois fols, les S, 16 et 17 octobre dernier sur les Etangs de Saclay. 26 pièces : — 21 foulques, un canard, une sarcelle, une hirondelle de mer et 2 poules d'eau, — tels ont été les maigres résultats de cette triple excursion, dont la Liste civile aurait dû dédommager depuis les jeunes princes. Si leur éducation est confiée à la France , elle doit aussi, ne fût ce qu'à titre d'hospitalité, faire quelque chose pour leurs plaisirs. Or, il nous semble que l'administration des forêts de la couronne, dans les attributions de laquelle ce soin rentre naturellement, ne se montre pas à cet égard fort libérale. Jadis , si nous avons bonne mémoire, Marly et Saint-Germain étaient ouverts aux princes, qui n'abusaient point de la permission, tant s'en faut Restreindre aujourd nui à l'Etang de Saclay leurs grandes et petites entrées, nous parait très peu digne de la munificence royale, et nous connaissons, pour notre part, un banquier gentilhomme, M. le comte Pillet-Wild, qui, tout jaloux qu'il est de sa chasse, exerce, à l'égard des fils d'Ibrahim, une hospitalité un peu mieux entendue que celle dont la Liste civile use aussi mesquinement envers eux.
Rallie-Bourgogne à Bligny-sur-Ouche. — On lit dans le Courrier de la Câte- &0r du 15 octobre : c La Société de Rallie-Bourgogne, qui promène, chaque année, son luxe et ses équipages de Valençay en Champagne, de Champagne en Bourgogne, et de Bourgogne en Berry, est venue, il y a déjà une quinzaine de jours, dresser sa tente dans notre modeste village. L'arrivée, parmi nous, de cette jeunesse brillante, a été un événement heureux, on peut le dire, car les illustres voyageurs ne campent nulle part sans laisser des preuves oc leur munificence. Ils sèment l'or sur leur passage, et les populations qu'ils visitent s'aperçoivent tout de suite que ces messieurs ne font point partie de tout ce personnel douteux que l'on est convenu d'appeler les gentilshommes d'aujourd'hui. En vérité, il faut en Convenir, les seigneurs de la vieille roche étaient magnifiques dans leurs manières ; ils avaient ce bon côté, et ce n'est précisément point par ce côté-là que leur ressemblent ceux qui se font donner un coup de savonnette, dans notre siècle si pingre, si chiche, et cependant si vaniteux.
» Oui, depuis quelque temps, les échos de nos forêts, de nos montagnes, ne font que répéter de joyeuses fanfares, des galops échevelés, des hurlemens à faire dresser les cheveux sur la tète. C'est qu'aussi nous avons une forte garnison, nous avons quatre-vingts chiens de race, composant l'équipage du jeune marquis de Mac- Mahon et du brave Hacot (Test beaucoup de bêtes pour un village comme Bligny. Mais c'est égal; nous aimons tout ce vacarme, tout ce bruit qui se fait dans notre localité par trop paisible habituellement Nous ne craignons pas les fortes émotions, nous autres montagnards, celles de la chasse principalement. Le son du cor nous fait dresser les oreilles, il nous donne le frisson ; les habitans de Bligny doivent descendre en ligne directe de ce fameux Nerarod dont parle l'Ecriture. C'est un point historique à éclaircir. Je reviens à mes chiens.
» Jamais nous ne reverrons parmi nous le spectacle qui nous a été donné mercredi soir, 6 octobre. La fanfare sonnait, des chiens écloppés, estropiés, étaient hissés sur la selle des chevaux, la meute s'avançait sous le fouet des piqueurs ; mais elle ne ressemblait pas à l'esclave qui obéit en tremblant ; non, elle était pleine de fierté ; on voyait bien qu'elle avait la conscience du triomphe qu'elle venait d'obtenir.
» Toute la société, composée ce jour-là de vingt maîtres, allait au pas des chevaux, et, chapeau bas, elle saluait le héros de la journée, M. de Montmort, dont le brillant costume était couvert, en ce moment, d'une boue qu'on peut appeler glorieuse. M. de Montmort avait, ce jour-là, fait un exploit de chasse qui mérite d'être raconté.
» Le sanglier était aux abois. Harcelé par la meute, il se précipite dans une fondrière de six pieds carrés, les chiens l'y suivent, M. de Montmort est à leur tête. H descend de cheval, s'arme de son couteau et s'élance avec intrépidité au milieu des chiens pour leur arracher leur proie.
» Le sanglier est énorme, c'est presque le sanglier de Calydon; il est ahuri, il est menaçant ; mais, comme Hippolyte, M. de Montmort pousse au monstre, lui saisit l'oreille et lui plonge son arme dans le flanc L'animal, se sentant blessé, se retourne contre son adversaire, le renverse dans la boue, lui porte un coup de boutoir à la poitrine, lui déchire son habit et le foule sous ses pieds. M. de Montmort, que le danger ne rend que plus intrépide, ne lâche point son arme, il la plonge de nouveau dans les côtes du sanglier; et, par un effort athlétique, repousse bien loin de lui l'animal, qui finit par succomber sous une triple décharge de carabines. •
» C'est ce brillant fait d'armes qui a été, comme je le disais tout à l'heure, le sujet de la fête célébrée, dans notre village, le soir du 6 octobre, par la Société de Rallie-Bourgogne; le récit que je viens d'en faire, quelque imparfait qu'il soit, pourra offrir de l'intérêt à ceux qui sont enrôlés sous la bannière du grand saint Hubert (1). »
Un incorrigible. — Le nommé Louis est sans contredit le plus redoutable braconnier qui ait jamais aimé à se promener dans les bois par un beau clair de lune. A force de ruse et d'adresse, il était toujours parvenu à mettre en défaut la sagacité des gardes des forêts de la couronne, et il est probable qu'il n'aurait pas été troublé dans ses hécatombes de gibier, s'il n'avait poussé la hardiesse jusqu'à la témérité.
Dernièrement, en plein jour, Louis tire un magnifique chevreuil dans le bois de Vincennes; l'animal n'est que blessé, et notre maraudeur, ne pouvant parvenir à l'emporter dans cet état, se hate de lui couper le cou, afin de le charger, une fois mort, sur ses épaules.
Malheureusement tin paysan l'avait vu ; il donne la chasse à son tour au chasseur qui s'engage maladroitement dans la plaine, son couteau ensanglanté à la main, menaçant d'en frapper quiconque oserait l'arrêter. Le paysan bat prudemment en retraite, mais s'en va prévenir le brigadier de gendarmerie. Celui-ci ordonne à quelques hommes de monter à cheval, et s'élance immédiatement à leur tête à la poursuite du fugitif. Louis luttait avec trop de désavantage; il va bientôt être atteint.. Alors, s'arrêtant et se rendant de lui-même, il dit au brigadier : « Vous pouvez m'arrêler, je ne vous ferai pas de mal, à vous, parce que c'est votre métier de me poursuivre ; mais les bourgeois, plus souvent, je les aurais éventrés ui plus ni moins qu'un lapin s'ils avaient osé me mettre la main dessus. »
Le tribunal condamne Louis à deux mois de prison et à 200 francs d'amende. Dans la peau mourra le renard.
Usage de la cliair de cheval en Saxe. — On écrit de Weimar, le 11 octobre : « L'usage de la chair de cheval commence à se répandre dans notre ville. Depuis le printemps, où l'on en a pour la première fois fait l'essai , on a déjà abattu cinq chevaux dans l'abattoir public. Au commencement, on distribuait la viande gratis, et on avait de la peine à la placer ; maintenant la marchandise est bien vite enlevée, et cependant il faut la payer. Dans les classes élevées, quelques familles ont décidé d'en faire usage, dans le but de combattre les préjugés qui retardent le développement de la consommation. »
Un cadeau de Cempereur de Russie à la ménagerie de Londres. • — Les journaux de Londres annonçaient ces jours-ci, que la grande ménagerie du Regenl's Park, qui compte plus de onze cents animaux de toute espèce, vient de s'enrichir dernièrement d'une belle acquisition. Le bison, dont on ne trouve plus
(1) L'équipage de Sully est en ce moment, si nous sommes bien informés, chez M. le comte de Joufl'royoù l'attendent sans doute de nouveaux triomphes. Nous espérons que les échos de llsle-Savary ne seront pas a>scz égoïstes pour ne pas en redire quelque chose à la chronique du Journal des Chasseurs.
Gustave, poulain bal, 4 ans, par Oak Stick et Ketty. Ce cheval a gagné plusieurs prix à Autun, à Rouen et à Gaen; 1,100 fr., à M. Ducasse.
Morok, poulain bai, 3 ans, par Beggarman et Vanda, est engagé dans le prix des haras royaux, 4,000 fr.; entrée, 400 fr.; moitié forfait, à Chantilly, automne 1868. Jusqu'aux dernières courses d'automne à Paris, ce cheval avait toujours été vainqueur dans les luttes où il avait figuré ; il a gagné le Derby, à Chantilly, celte année; 20,000 fr., à M. le prince Galitzin.
Rosa la Rose, pouliche baie, 3 ans, par Physician et Rosa hangar ; 1,000 fr., à M. Anselme de Thiéville.
Marcella, pouliche bai-brune, 3 ans, par Napoléon et Frantic; 820 fr. , à M. Darblay.
Pâquerette, pouliche alezane, 3 ans, par Napoléon et Moselle ; 3,700 fr. , à M. Cutler.
Couche-tout-Nu, poulain alezan, 2 ans, par Quoniam et MarceUa, engagé dans le Saint-Léger, 1848, à Chantilly; 11,000 fr., à M. le prince Calitzin.
Alexandrine, pouliche, 2 ans, par Master Waggs et Zarah, engagée dans la poule d'essai, 1848, 3,000 fr.; entrée, 1,000 fr., moitié forfait; 15 souscripteurs, à Paris, et dans le Saint-Léger, 1848, à Chantilly; 13,600 fr. ; à M. le prince Calitzin.
Lord Waggs, poulain alezan, né en 1846, par Master Waggs et Marcella, engagé dans le Saint-Léger, 1849, à Chantilly. 8,150 fr.; au baron de Veauce.
Waggsine, pouliche baie, née en 1846, par Master Waggs et Zarah, engagée dans la poule d'essai 1849, le Saint-Léger 1849 et un Produce Stakes, à Dusseldorf en 1849; 12,400 fr., à M. Carter.
Chesnutlock, pouliche alezane, née en 1846, par Master Waggs et Shirine ; 1 ,5 90 fr. , au baron de Veauce.
Holbein Filly, pouliche baie, née en 1846, par Master Waggs et Clorinde ; 3,450 fr., au baron de Veauce.
Ne m'oubliez pas, pouliche, née le 12 février 1847, par Master Waggi et Marcella ; 1 ,520 fr. , au marquis de Saint-Cloud.
Fitz Hercule, né au mois d'avril 1847, par Hercule et Miss Exile ; 800 fr. , au baron de Veauce.
Volante, pouliche, née au mois de mai 1847, par Y. Emilius et Rosa Langar; engagée dans la poule des produits 1850, à Paris ; 1,450 fr., à M. Rivière.
Marguerite, pouliche, née le 10 mars 1847, par Master Waggs et Shirine ; 2,000 fr. , à M. Latache de Fay.
La Clôture, poulain, né le 20 mars 1847, par Master Waggs et Clorinde, non vendu.
cheval'x de demi-sang : Waggs Frère, poulain, 4 ans, frère de Waggs fils ; 2,200 fr. , à M. I^achèze.
Aïka, pouliche, 4 ans, par Master Waggs et une jument non tracée; 1,200 fr. , à M. Odiot