RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Ubcrté, Egalité, Fraternité.
AU NOM t)L PEUPLE FRANÇAIS.
Le Gouvernement provisoire arrête :
Les bois et forêts qui faisaient partie des biens de l'ancienne Rste civile, seront remis immédiatement à l'administration des forêts de l'Etat pour être régis et administrés dans tes mêmes formes et d'après les lois ou rcglemcns qui concernent les autres forêts nationales.
Fait à Paris, le 27 mars 1848, en conseil de gouvernement.
Les membres du Gouvernement provisoire.
— Aux termes d'uuc ordonnance royale, la ( liasse étant affermée dans les forêts de l'Etat, il est évident qu'où ne négligera point celle source de revenus, et qu'avant peu l'on procédera à des enchères nouvelles, ayant pour but de louer la cliasse des forêts de l'ancienne liste civile.
Le Journal des Chasseurs est, dès aujourd'hui, dans l'intention de se présenter comme adjudicataire, soit pour la forêt de Saint-Germain, soit pour celle de Marly qui, étaut closes toutes deux, offrent un avantage réel, celui d'y pouvoir chasser en tout temps, même en admettant que l'on ne fera aucune modification à la loi du 3 mai 18M. Sans parler de leur étendue, ces deux forêts, par leur proximité de Paris, par la facilité du transport, sont très propres à l'établissement d'une société de chasse modèles qui réunirait tous les élémens de succès, comme chasse a courre et comme chasse à tir. Nous avons déjà parmi nos abonnés de Paris, plusieurs amateurs qui nous ont prié de les compter comme futurs sociétaires. Nous invitons ceux qui voudraient participer à cette location, à vouloir bien nous en prévenir immédiatement, et à nous soumettre leurs idées sur un projet qu'il faut à l'avance préparer et mûrir.
Inexécution de la prohibition la plus importante de la loi du 3 mai. — Un arrêté du nouveau préfet de police, en date du 15 mars courant, interdit l'entrée, la vcnle et le colportage du gibier dans le département de la Seine. Cette sage mesure, qui n'a pu être prise plus tût par suite des évènemeus, n'est malheureusement point exécutée. Eu ce moment, la plupart des marchands de volailles exposent encore ostensiblement toute espèce de gibier. Nous signalons le fait à M. Caussidière ; c'est un homme ferme cl logique, et nous nous plaisons à croire qu'il tiendra la main à ce que l'on exécute l'ordonuance quHl a rendue.
Stecple-chasedc la Croix-de-Berny. — Courses du Champ-de-Mars. — Ainsi que nous l'avions prévu, le Steeplc-chase de la Croix-de-Berny est renvoyé aux calendes grecques. Les courses du Champ- de-Mars sont elles-mêmes fort compromises pour ce printemps. Elles ne pourront avoir Heu sur leur théâtre habituel, trop bouleversé en ce moment par les travaux qu'on y exécute, pour être prêt à l'époque voulue. 11 est question, dit-on, de faire ces courses, partie a Chantilly, partie à Versailles, sur l'hippodrome de Satory. Nous voyons avec regret tous ces obstacles venir, après tant d'années de sacrifices, paralyser des efforts dont on était sur le point de recueillir les fruits, et nous faisons des vœu\ sincères pour que les courses de chevaux, ce spectacle populaire qui avait pris un développement très sérieux en France, soient' encouragées comme- par le
passé. Nous avons plus que jamais, en présence des évènemens qui changent la face de l'Europe entière, besoin de nous affranchir, par nos propres ressources chevalines, du tribut payé à l'étranger.
Statistique des permis de chasse. — Le nombre des permis de chasse délivrés pendant l'année 1867, dans le département de Seine-et-Marne, s'est élevé à 4,271, et le produit à 103,775 fr., dont 61,065 fr. attribués au Trésor, et 42,710 aux communes. En 1866, le nombre des permis délivrés ne s'élevait qu'à 3,699 ; augmentation pour 1867, 572 ; produit en plus, 16,200 fr.; savoir : pour le Trésor, 8,500 fr., et 5,720 pour les communes.
Sic transit gloria mundi. — On Ht dans le Courrier des États-Unis. — • La lutte qui a eu lieu dernièrement entre Fashion et Passenger, ces deux gloires rivales, avait conduit sur le turf de Cenlreville, plus de dix mille personnes. Un grand intérêt s'attachait au résultat de cette course. Fashion, jument née dans le nord de l'Union, âgée maintenant de près de onze ans, avait conquis en Amérique une réputation égale à celle qui a rendu en France le nom de Miss Annette si célèbre. Une seule fois elle avait été vaincue dans sa longue carrière; mais, quelques jours après, elle prenait une revanche éclatante et décisive. Mercredi dernier se présentait un nouveau concurrent, Passenger, que de nombreux succès ont rendu illustre dans les courses du Sud. Avant l'ouverture de la course, les paris pour Fashion étaient dans la proportion de 100 contre 30, et plus de 200,000 dollars étaient engagés. Le résultat a trompé l'attente du plus grand nombre. Fashion a été battue d'une demi-longueur seulement, et quoique ses partisans attribuent sa défaite aux fatigues d'un excès & entraînement, on pense généralement que cette fois il lui sera difficile de prendre sa revanche. •
Siège d'un éléphant en fureur. — Un véritable drame s'est passé dernièrement à Philadelphie, dans la ménagerie de MM. Raymond et Waring, établie dans Walnut strecL II était environ une heure après midi, lorsque William Kelly, gardien de l'éléphant Columbus, se mit en devoir de nettoyer son écurie et de faire les préparatifs nécessaires pour la représentation du soir. L'animal s'impatientant des soins qu'on lui donnait, devint tout-à-coup rétif, et comme à ce moment il n'était pas enchaîné, il s'efforça de sortir de son écurie. Le gardien lui parla, et voyant qu'il ne s'arrêtait pas, lui donna des coups de bâton. L'animal devint alors exaspéré, et saisissant son malheureux gardien avec sa trompe, il le lança deux fois en l'air et assez haut. La secoude fois, Kelly tomba sur une cage à compartimens qui contenait une hyène et un loup ; l'éléphant s'acharna sur lui, brisa la cage et la lança en l'air avec Kelly qui, en retombant , se trouva pris sous la cage qui lui brisa les deux jambes. A ce moment, l'éléphant essaya d'entrer dans le cirque, mais sa lourde stature brisait les bancs et les chaises sur lesquels il appuyait ses énormes pattes. On lança alors contre lui des chiens qui avaient l'habitude de ce genre de chasse , et force lui fut alors de rentrer dans l'intérieur de son écurie. Il devint alors complètement furieux, brisa deux autres cages, tua deux malheureux singes qui s'y trouvaient enfermés et mit en fuite un lapin d'une espèce très rare qui fut dévoré, en passant, par un des chiens.
La fureur de Columbus ne connaissant plus de bornes, il fit une nouvelle tentative pour s'échapper. La hyène et le loup couraient dans le cirque tellement effrayés qu'on put s'en emparer sans résistance et les mettre en lieu sûr. Enfin, un homme courageux, Herr Driesbach, le célèbre dompteur d'animaux féroces, et M. Waring se procurèrent un câble qu'ils parvinrent, au risque de leur vie, à placer au centre de l'écurie, et à coups de harpons on réussit à y faire rentrer l'éléphant, qui, en ce moment, s'efforçait de briser la porte de la ménagerie donnant sur Walnut street. L'éléphant, à peine rentré dans son écurie, y fut immédiatement saisi à l'une des pattes de devant par le cable qui y avait été placé : le sang qu'il perdait par ses blessures et les souffrances qu'il endurait le rendirent enfin tout-à-fait docile. Alors Herr Driesbach, se présentant aux personnes présentes, improvisa le petit discours suivant : ■ Messieurs, je n'ai pas
l'habitude de parler en public, mais je pute dire que ce jour est le plus glorieux de ma vie. Napoléon et d'autres gentlemen ont leurs titres de gloire gravés sur la pierre ; le mien est d'avoir subjugué un éléphant vivant • Le dommage causé par la fureur de la bête féroce fut immédiatement réparé, et, le soir même, la ménagerie était ouverte au public qui s'y porta en foule. L'alarme occasionnée t par cet incident avait été telle qu'on avait braqué un canon à chaque porte, pour tirer sur l'éléphant dans le cas où il serait parvenu à sortir, et qu'une partie de la milice était sous les armes, prête à faire feu sur la première bête féroce qui se serait échappée.
Quant au malheureux Kelly, il est dans un état désespéré, l'amputation d'une de ses jambes a été jugée nécessaire; mais on ne l'a point faite encore, les chirurgiens craignant qu'il ne puisse la supporter (1).
Tristes suites delà morsure d'un serpent à sonnettes. —Le docteur Wainwright, de New-York, est mort victime d'un déplorable accident Un de ses amis qui demeure dans le Sud lui ayant envoyé un serpent à sonnettes, le docteur était allé le prendre à bord du navire qui l'avait apporté, et retournait chez lui, lorsqu'on passant, il s'arrêta au Broadway- House. Là, sur les instances de quelques curieux, il tira le reptile de sa boite : l'animal était magnifique ; il mesurait environ six pieds, et paraissait complètement engourdi Le docteur commença à le manier et à le tourmenter ; mais au moment où il s'apprêtait à le prendre par derrière la tête, le serpent se retourna et le mordit au médium de la main droite. Un chirurgien, appelé sur-le-champ, opéra l'amputation; mais malgré la rapidité et l'énergie des secours, cinq heures après le malheureux docteur était mort
Le Gaston Phœbus de la Bibliothèque de Neuilly. — On lit dans le National : c Un assez grand nombre de tableaux et de livres ont échappé à l'incendie qui a dévoré le château de Neuilly et aux mains rapaces qui ont achevé la ruine de cë palais. Les tableaux, presque tous modernes, sont en ce moment transportés au Louvre, où l'on en fait un dépôt provisoire. La bibliothèque du roi et celle de la reine formaient, à Neuilly, quatorze mille volumes. On peut estimer qu'environ douze mille de ces volumes ont été sauvés ; mais dans quel état ! Arrachés précipitamment aux armoires qui les contenaient, jetés pêle-mêle dans des charrettes, pour être transportés à la mairie de Neuilly, et entassés confusément dans les salles hautes et basses de cette mairie, tous ces volumes portent l'empreinte de quelque mutilation. On les dépose en ce moment dans une des salles de la Bibliothèque nationale,, rue Richelieu, où ils seront inventoriés, et, autant que faire se pourra, restaurés.
» Nous sommes heureux d'annoncer aux curieux que l'on a retrouvé dans ces monceaux de volumes le fameux manuscrit du livre de Gaston Phœbus, inscrit sur l'ancien catalogue de la Bibliothèque nationale, et enlevé à cette bibliothèque par Louis XIV, en 1665. »
Prodigieuse vitalité d'un chevreuil.— M. de Tallencourt, sous-inspecteur des forêts d'Armalnvillers et de Grécy (Seine-et-Marne), nous a signalé, il y a déjà quelque temps, un fait de chasse assez original que jusqu'à présent l'abondance des matières nous avait empêché de citer. Nous laisserons cet agent forestier raconter lui-même cet incident curieux.
« Le 20 octobre dernier, nous voulions tuer un chevreuil. M. l'inspecteur, quelques chasseurs invités et les gardes, présens au rendez-vous ainsi que mol, les chiens lancèrent dans une enceinte de la Rucherie un chevreuil qui gagna les bois de la Planchette, y fit une randonnée et revint par le pré du Vivier où j'étais
(<) Le Courrier des Etats-Unis a annoncé, depuis la relation de cet événement, que William Kelly, le cornac de l'éléphant Columbus était mort de ses blessures, mais que l'animal semblait, du reste, avoir remords de son fatal emportement, ayant, depuis lors, montré une docilité exemplaire.
allé me poster. Après une demi-heure d'attente, jenteud*s ou plutôt mon compagnon de chasse, car je suis un peu sourd, mon chien d'arrêt me fil comprendre par ses mouvemens de tête, par sa pantomime expressive, que l'animal retenait (1). Je prêtai tonte mon attention, et au moment oti je commençais à distinguer la voix des chiens, j'aperçus le chevreuil débuchant et arrivant sur mol de toute sa vitesse. Je le tirai à vingt pas cuvlron au moment où il sautait un rû qui se trouve au milieu du pré ; il tomba sur ce premier coup, puis, comme U se relevait, je loi en envoyai un second. Mon chien, qui est habitué a ne partir que lorsque je n'ai plus rien dans mon fusil, se mil à la poursuite dc ranimai, et au bout de quelques minutes, ne le voyant pas revenir, je présumai qu'il l'avait pris. En effet, j'entrai sous bols, et a quelque distance de la, je le trouvai couché à côté de son chevreuil qu'il avait porté bas, et qui ne donnait ptas signe de vie. Surpris qu'il ne fût pas resté sur place, ayant été tiré avec du triple zéro à une distance aussi rapprochée, je le retournai pour examiner mon coup, et je constatai qu'il avait reçu six à sept grains dans les flancs et dans les reins. Cependant il s'agissait dc rejoindre les gardes, dont l'un, le sieur Lorgnet, garde de M. Hennccarl, à Combrcux, avait sonné r hallali, en entendaut les cris du chevreuil pris par mon chien. Je chargeai l'animal sur mes épaules, cl je le portai à cent cinquante mètres de là sur la route dc l'Etang-de-Nisou.
» Voici le plus curieux de mon histoire. Je suivais le rù : arrivé à la route, et ne pouvant avec mon fardeau monter la berge du fossé qui est asst z escarpée, je dis à l'un des gardes : à vous, et dc ma hauteur, je lui jette sur la route le che vreuil qui, prompt comme l'éclair, n'a pas plutôt touché terre qu'il se relève, bondit, puis franchissant lestement le fossé, se jette sous bols, suivi d'.* quatre chiens partis a vue à ses trousses. Il y avait deux gardes avec moi. Nous lûmes tellement ébahis tous, que l'un de nous ne pensa à tirer l'animai que lorsqu'il avait déjà disparu. Nos autres chasseurs, qui ne savaient rien de ma mésaventure, entendant les chiens chasser à pleine voix, s'imaginèrent naturellement que c'était une seconde chasse. Ils ne voulaient point croire l'un des gardes qui, ayant pris l'avance, fut les prévenir que c'était toujours le même chevreuil ; et ce ne fut qu'après un assez long intervalle, et à une demi-lieue an moins de l'endroit où j'étais resté, que l'animal, tiré par l'un d'eux au moment où n arrivait à la route de la Ruchcrie, resta cette fois pour tout dc bon sur la place.
• Quand j'arrivai, on rit beaucoup, comme vous pensez, de ma mésaventure. Comment celle résurrection s' est -elle opérée ? est-ce par le choc que l'animal a reçu en tombant dc ma hauteur sur la route, je l'ignore. Ce qo'il y a de positif, c'est qu'au moment où je l'ai trouvé, 11 ne donnait plus signe de vie, que je l'ai
(l) « 11 est bon do vous dire que ce chien, élevé par moi, ne nie quittto guère, et que. fait à toutes mes habitudes de chasse, il a une intelligence \raiment extraordinaire. Il connaît, je crois, mon infirmité, il a compris que j'ai l'oreille dure, et il cherche, par une coopération très active, à suppléer a ce défaut. Lorsque je chasse aux chiens courans, si ranimai s'éloigne, il m'indique non seulement où en est la chasse , mais il mo prévient quand le lièvre ou tout autre animal a fait son retour et se dirige de mon côte. Je n'ai qu'à l'observer attentivement, ses mouvemens de tète, d'yeux, d'oreilles, toujours calculés sur la direction des chiens ou du gibier, ne me Irouqicnt jamais, et grâce à ces indications , j'ai aussi souvent occasion de tirer qu'un autre. J aurais cent traits à citer, qui dénotent chez cet animal un instinct vraiment supérieur. J'ai lu, dans le Journal des Chasseurs et dans le Chasseur au chien d'arrêt de Blaze, bien des faits allégués pour prouver l'intelligence du chien. Je pourrais rivaliser avec tons les faits cités là et ailleurs, si je comptais les traits vraiment merveilleux quo me fait mon camarade de chasse. Je m'en amuse souvent moi-même, car il ne lui manque que la parole.
» Ce chien, demi-épagncul, provient d'un père qui était excellent ; il arrêtait parfaitement dans le principe. Mais, chassant très souvent au bois, je l'ai forcé sar son arrêt, convaincu qu'on tue davantage avec un chien qui force, qu'avec un chien trop ferme. Excessivement docile, il no poursuit le gibier que lorsque je le lui permets, et est d'an rapport si sur que, depuis que je l'ai, il ne m'est pas encore arrivé do perdre avec lui une seule pièce blessée, suit au bois, soit »n plaine. •
l ou r né être tourné plusieurs fois, et que Je le croyais si bien mort, que je l'ai transporté à cent cinquante mètres de distance. Depuis que je chasse, et voilà longtemps, c'est la première fols qu'un pareil tour m'arrive. »
Horrible combat entre un homme et un ours. — Dans le courant du mois de lévrier dernier, le docteur Isaac Hamberlin, de ïasoo, Missouri, accompagné de deux autres personnes, se rendit sur les bords du lac George pour y faire une chasse a l'ours. Peu de temps après avoir quitté le bateau qui l'avait amené, le docteur lâcha ses chiens dans un épais taillis, et ceux-ci oc tardèrent pas à tomber sur une piste. Le chasseur suit ses chiens avec ardeur, et bientôt après se trouve en présence <F un ours d'une grosseur effrayante. Il lui tire un coup de fusil qui lui entre dans la tète un peu au dessus du nez, mais sans le blesser grièvement. Néanmoins ranimai, irrité de la blessure qu'il a reçue, s'élance sur le docteur, qui veut s'éloigner, mais qui ne peut percer l'épais taillis dans lequel il se trouve. L'ours furieux le saisit a la cuisse, le jette à terre, et dépouille entièrement l'os des chairs et des muscles. Pendant ce temps, les chiens arrivent et le détournent de sa victime. Le docteur essaie alors de se relever : cela lui est impossible. Il saisit son couteau de chasse, et attend l'animal qui revenait a la charge ; il lui fait deux blessures au cou, mais peu importantes. Les chiens s'élancent de nouveau sur l'ours; celui-ci quitte encore sa victime pour fondre sur eux, les met en fuite et revient une troisième fois sur M. Hamberlin, qui veut encore faire usage de son couteau de chasse; mais l'ours lui arrache le couteau avec ses dénis, le jette loin de lui, saisit le malheureux par un bras et le broie en mille morceaux. A ce moment, les compagnons du docteur arrivent ; l'un lire un coup de fusil qui atteint Tours au cou. Cette fois, blessé dangereusement, l'animal prend la fuite, et il est frappé, par un troisième chasseur, d'un autre coup de feu qui l'élend raide mort. Le malheureux Hamberlin fut transporté dans son bateau, et demanda qu'on mit à côté de lui le cadavre de son terrible adversaire. Malgré les soins qui lui furent donnés, il mourut, quatre jours après, des suites des horribles blessures qu'il avait reçues. Il avait eu affaire à un animal monstrueux, car, dépouillé et vidé, il pesait encore 340 livres.
Vue scène à la correctionnelle du Havre. —
W. Le président, à l'un des huissiers audienders : Appelez le prévenu. L'huissier : Lcchien!...
Lechien ne répond pas.
— M Lcchien est là, qu'il se présente, continue l'officier ministériel. Lechien ne dit mot.
Une voir dans l'auditoire : Sifflez-le.
L'huismer : Silence, Monsieur!
Attendu que Lechien ne comparait pas, le tribunal déclare qu'il sera passé outre.
U* témoin, gendarme de profession : Le 30 janvier, j'entendis un coup de fusil dans la plaine. Bien sûr, que je me dis, il y a quelque chasseur. » Nous nets approchons le plus doucement possible, mon camarade et moi, e\ nous voyons Lechien qui tenait encore son fusil d'une main et de l'autre un râle qu'il venait de tuer. Aussitôt nous nous mettons en devoir de lui faire les interpellations d'usage : < Etes-vous porteur d'un permis de chasse ? Lcchien lève la tête, nous regarde et ne répond mot — Croyant qu'il ne nous avait pas compris nous recommençons notre interpellation. — Au lieu de répondre à nos questions, Lechien se lève et prend la fuite. ■ — Nous le poursuivons quelque temps ; mais, plus leste que nous, il grimpe la falaise à quatre pattes, parce qu'en cet endroit la falaise est à pic comme une muraille, et il se sauve, emportant toujours son râle d'une main et son fusil de l'autre.
— Mais s'il gravissait la falaise à quatre pattes, ainsi que vous le dites, comment pouvait-il tenir son fusil de l'une et son râle de l'autre.
Le gendarme : Ah ! c'est pourtant vrai ; mais il n'en a pas moins grimpé et dis-
paru, de tout quoi nous avons dressé un procès-verbal pour servir ce que de raison et avons signé.
Le bon gendarme débite toute sa formule.
M. le président : Assez!.... allez vous asseoir!
Le tribunal condamne par défaut le nommé Lechien à 16 fr. d'amende et à la confiscation de son fusil pour infraction à la loi sur la chasse.
Hubert, Vèlève de Jutes Gérard. — Nous donnons ce mois-ci, à nos abonnés, le portrait du lion que notre ami Jules Gérard a pris en février 1866, dans le Jebel-Méziour,*Uiui, offert par lui au ducd'Aumale, appartient en ce moment à la Ménagerie. Hubert est aujourd'hui un magnifique animal dont le dessin de AL Lehnert, fait sur nature au Jardin-des-Plantes, donne du reste une assez juste idée* Il est aussi bon enfant qu'il est beau, pour son ancien maître du moins, dont les visites sont toujours accueillies par lui avec des démonstrations de tendresse qui honoreraient le chien le plus fidèle. Quand viendra l'heure de la séparation, c'est à dire quand notre brave Gérard retournera en Afrique avec les épaulettes d'officier, avancement qu'il devra, nous l'espérons avant peu, à sa popularité méritée et modeste, ce sera de part et d'autre un désespoir réel qui pourra influer d'une manière fâcheuse sur le caractère du pauvre Hubert Gérard parti, où trouvera-t-il un autre lion?