LA DIRECTION AUX ABONNÉS
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près douze années d'existence, le Journal des chasseurs, créé dans des circonstances difficiles qu'il a heureusement surmontées, croit de son devoir, en présence des évènemens qui viennent de s'accomplir, de s'entretenir un instant, à cœur ouvert, avec ceux auxquels, il se plaît à le reconnaître, il doit la majeure partie de son succès, avec ses abonnés.
Ce n'est pas pour leur annoncer qu'il va cesser de paraître, c'est encore moins pour leur demander des sacrifices onéreux; c'est au contraire pour leur apprendre qu'il ne compte pas de sitôt renoncer à vivre, et leur dire qu'il redoublera d'efforts et de zèle pour se montrer digne du constant intérêt dont tous , dans le cours d'une carrière enviée par plus d une revue rivale, se sont plu à lui prodiguer la preuve.
Nous avons la conscience, et dans les circonstances présentes, c'est là, nous l'avouons, un bien grand encouragement pour nous, nous avons la conscience de n'avoir jamais cessé un instant de mériter les sympathies honorables qui, dès notre apparition, nous ont accueilli et soutenu. Le Journal des chasseurs en effet, en même temps qu'il ne négligeait rien pour rendre sa rédaction plus attrayante en la variant , est resté une tribune ouverte à tous, et il peut dire avec un noble orgueil une chose qui le place en dehors de tous les autres recueils périodiques, c'est qu'il compte presqu'autant de collaborateurs que d'abonnés, confraternité flatteuse et touchante qui suffirait à elle seule à faire de notre confiance un devoir, si elle avait été un moment ébranlée.
Nous l'espérons, disons mieux, nous en avons la ferme conviction, la révolution de février ne portera aucune atteinte sérieuse à la prospérité modeste, mais honorable, du Journal des chasseurs. Fidèle à sa mission, il saura rester après ce qu'il était avant: le moniteur de la bonne compagnie, h chronique animée et pittoresque du Sport, le recueil des vieux souvenirs et des bonnes traditions qu'il faut aujourd'hui, moins que jamais, laisser se perdre dans un fatal oubli. Si l'époque présente ne suffit pas, eh bien î en attendant, il fouillera les annales du passé, et il en exhumera quelques uns de ces beaux et poétiques récits de chasse qui vibreront dans l'âme de ses lecteurs comme l'écho d'une lointaine fanfare; car si le chasseur, qui est tou-
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jours poète, quoi qu'on en ait dit, vit beaucoup par l'action, il vit aussi un peu par le souvenir.
A nous le passé donc! à nous aussi l'avenir! Dieu merci, les révolutions, ces maladies du corps social , ne sont pas des plaies incurables. Une seule chose est éternelle, c'est la passion , et la chasse est une passion aussi vieille que le monde. Comme toutes ses sœurs, elle a ses jours de langueur et d'abattement, mais elle sort de là plus vivace, plus jeune, plus triomphante. C'est parce que nous le savons, c'est parce que nous l'avons éprouvé maintes fois par nous-même, que nous sommes remplis de confiance à l'heure qu'il est, bien qu'autour de nous nous voyions toutes les confiances plus ou moins chancelantes.
Après la grande catastrophe de 1789, personne ne chassait plus en France : les chenils étaient déserts, les forêts muettes ; le braconnage seul jetait de loin en loin un coup de fusil dans le silence et dans l'ombre de la nuit. Qui n'aurait pas cru alors la chasse morte chez nous sans aucun espoir de retour? Cette mort, cependant, n'était qu'un long défaut, qu'on nous passe celte expression technique : la meute de Barras, toute mauvaise qu'elle était, l'a relevé; et, enose merveilleuse, malgré les proscriptions et les échafaudf , c'est qu'au premier coup de trompe il s'est trouvé là des ducs, des marquis, des comtes, de nobles veneurs enfin, pour sonner à beau bruit le relancer et donner au veneur conventionnel, comme jadis le marquis de Soyecourt à Molière, cet original oublié dans les Fâcheux, les premières notions d'un art nouveau pour lui.
Ce que nos pères ont vu, nous le verrons à notre tour. Ne désespérons pas plus du culte de saint Hubert qu'il ne faut désespérer de la patrie. Tout arrive, a dit le prince de Tallcyrand. Tout mnent, dirons nous. Tout arrive : ce sera pour nous l'agréable surprise de voir, quelque beau matin, messieurs nos gouvernans, tous républicains austères et sincères aujourd'hui, chercher dans un plaisir permis , une distraction aux soucis des affaires, et de les rencontrer précédés d'une meute, empêtrés d'une trompe, chevauchant par monts et par vaux à la suite d'un cerf, comme les gentilshommes du bon vieux temps. Tout revient : ce sera pour nous la joie bien plus vive encore d'apprendre que nos abonnés , dans l'Ame desquels nous aurons entretenu le feu sacré, ont repris leurs habitudes d'autrefois, et qu'ils font de nouveau retentir de leurs joyeux hallalis les vieilles futaies de la France, libre, heureuse, et par suite riche et pacifiée.
Le Gouvernement provisoire vient de rendre ie décret suivant, relatif aux bois et forôts de l'ancienne liste civile.