‹ Journal des chasseursChapitre 71 sur 74 · POUR LE RENOUVELLEMENT D'OCTOBRE · texte numérisé non relu

POUR LE RENOUVELLEMENT D'OCTOBRE

Nous prévenons nos abonnés que les banquiers refusant d'accepter nos traites sur la province, et nos recouvremens devenant ainsi très difficiles, nous n'enverrons point cette année les mandats imprimés qui accompagnaient ordinairement la présente livraison de septembre.

Nous prions tous ceux de nos souscripteurs dont l'intention est de continuer leur abonnement, de vouloir bien soit nous adresser un bon de 22 francs sur la poste, ce qui est à la fois la voie la plus sûre, la plus directe et la moins coûteuse, soit faire renouveler leur souscription pour 1848-49, par les messageries nationales ou l'entremise de quelque libraire.

A partir du 1er octobre, tout abonnement qui n'aura pas été renouvelé ainsi Officiellement, sera de droit suspendu.

AUX ABONNES.

Le Journal des Chasseurs commencera le mois prochain sa treizième année, et il se présente à ses lecteurs avec la ferme conviction qu'il n'a point failli à la confiance qu'on lui a accordée dès ses débuts. Créé en 1836, dans des circonstances difficiles encore, il n'a reculé devant aucun sacrifice pour captiver l'intérêt du public, et tout récemment, après une révolution nouvelle qui a bouleversé presque toutes les fortunes, il n'a pas craint de passer de la théorie à la pratique, en fondant à côté de son œuvre littéraire la plus vaste association de chaise qui ait jamais existé : nos abonnés ont compris que nous voulons parler du Ciub des chasseurs, dont la forêt de Saint-Germain est devenue à la fois et le théâtre et le siège.

A la suite de février dernier, alors que l'émeute, se transformant en braconnage, s'ébaudissait triomphante dans les forêts royales, nous avions pour la seconde fois entendu retentir autour de nous ces sinistres clameurs : C'en est fait du gibier, la Chasse est morte! Effectivement, de toutes parts nous arrivait la nouvelle que l'on vendait les meutes, et que les piqueurs sans place cherchaient à détourner des emplois de commissaires de la république; les armuriers pillés n'avaient plus en montre que des fusils de munition et des pistolets de poche, enseignes visibles ou symbole mystérieux de la fraternité proclamée sur les barricades. Le luxe aux abois ne comptait plus que sur la vente de son superflu pour se procurer le nécessaire, et dans l'immense famille canine une seule espèce avait encore quelque valeur, c'était le chien d'aveugle, parce qu'on pensait que la monomanie d'impôts de la république consentirait à l'épargner.

C'est d'une situation aussi critique que le Journal des Chasseurs n'a point désespéré. Au gouvernement qui mettait ses forêts conquises en adjudication, Il a dit : Je les loue; aux maîtres d'équipage qui se défaisaient de leurs chiens pour nourrir leurs pauvres, chaque jour plus nombreux, 11 a dit : Je vous achète la tête de votre meute; à tous les chasseurs consternés, enfin, Il n'a pas craint de faire entendre ces paroles d'espérance : Je vous ferai tuer du gibier malgré vous : la chasse est morte, vive la chasse !

Et le plus magnifique parc du monde a été affermé à un prix énorme ; et les meilleurs chiens du royaume, n'en déplaise à monsieur le procureur général de la république, ont été réunis en meute ; et la joyeuse fanfare a réveillé les échos de Saint- Germain :le Club des chasseurs est né contre toute attente, comme ces plantes vigoureuses qui poussent sur des ruines que Ton croyait à jamais stériles.

Inauguré le 6 septembre par un grand déjeuner offert à la presse parisienne, le Club a fait l'ouverture de ses chasses à tir, le lendemain 7. En huit séances, plus de quinze cents pièces ont été tuées, et cependant le tir du faisan et du chevreuil ne sera permis qu'après le premier octobre! (1) La chasse du dimanche 2a, a été

(1) Du 6 septembre au ln octobre inclusivement, les chasses de Saint-Germain, avec une moyenne de douze à quinze chasseurs, ont déjà produit un total de 1,610 pièces, savoir : 1,207 lapins; 56 lièvres, 322 perdrix rouges et grises, et 25 faisans.

particu lièrement remarquable. Favorisés par unjteœps magnifique, quatorze tireurs ont parcouru, depuis onze heures du.matin jusqu'à la nuit close, les anciens tirés des princes, c'est à dire cinq lieues de broussailles ne dépassant pas le genou du chasseur, et toutes grouillantes de gibier, qu'on nous passe cette expression vulgaire, la seule qui puisse approcher de la vérité. Messieurs de Noailles et Mallet, qui ont assisté aux plus belles chasses de (l'Angleterre ; M. James Odler fils, qui a parcouru la carabine sur l'épaule ces forêts du Nouveau-Monde où chaque buisson est une bauge et chaque touffe d'herbe un gite; M. Eugène Périer, qui a pris part, aux environs de Vienne, aux hécatombes de gibier de l'Allemagne; notre ami et collaborateur le marquis de Foudras, dont la mémoire est remplie des hauts faits de la vénerie d'autrefois, nous ont affirmé n'avoir rien à regretter dans leurs souvenirs cynégétiques depuis cette chasse du 24 septembre, et ma foi, nous sommes de leur avis.

De semblables résultats nous dispensent d'enirer dans de plus longs détails sur tous les efforts que nous avons faits depuis douze années pour entretenir le feu sacré de la chasse dans les cœurs qui en gardaient encore une étincelle. Après avoir défendu avec la plume les saines doclriues de la vénerie, nous avons pensé que ces doctrines mises en action seraient encore plus vivaces, et sans nous inquiéter si le moment était opportun ou non, nous avons saisi la première occasion qui s'est présentée de traduire nos idées en fait II fallait d'ailleurs protester contre les folles prétentions de ces soi-disant réformateurs qui veulent détruire tout ce qui a l'apparence du luxe, et tout ce qui peut rappeler au peuple, un moment égaré, qu'il y eut jadis en France autre chose que de mauvais journalistes déguisés en pauvres hommes d'Etat. Chassez la royauté, détruisez la noblesse, messieurs les parvenus, vous n'empêcherez pas leurs belles traditions de vivre, de germer et même un jour de refleurir.

Les soins que le Journal des Chasseurs donnera au Club dont il est l'organe officiel, ne l'empêcheront pas de continuer ceux qu'il a toujours prodigués à sa rédaction. Les noms dont il s'enorgueillit ajuste titre paraîtront souvent au bas de ses pages, et ses colonnes seront ouvertes aux nouveau-venus qui voudront lutter de talent avec l'ancienne collaboration. Le mois prochain, nous reprendrons V Album d'un Chasseur, du marquis de Foudras ; nous continuerons le Brevet de Fontenoy, de M. Martial Boucheron, et nous espérons finir une Chasse à la bécassine en Irlande, de lord Hercules Gunbarrel, ce spirituel et paresseux sportsman, auquel nous ne reprochons que de se laisser un peu trop absorber par les beaux yeux de lady Eva.

Les chasses à courre de la forêt de Saint-Germain commenceront toujours, dans la première semaine de novembre, par une Saint- Hubert en règle. Notre lithographie du mois, dont Grenier a eu l'heureuse idée de faire un portrait auquel personne ne contestera le droit de prendre place dans l'Album du Journal des Chasseurs, donne le modèle exact de l'uniforme imposé par le règlement et adopté par les veneurs.

N'EMBOD.

Page 1