I. L« phrase esl reMie incamplétc ci le
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Le Premier Président, menacé par les firondeurs du Parlement d^étre ôté de sa charge ou de sa commission de Garde des Sceaux, a, dit-on^ porté ce matin au Palais- Royal à la Reine la clef du coffre des Sceaux. Cest que la Reine l'envoya quérir pour lui dire que son accommodement avec M. d^Orléans n'étoit conclu qu^à condition quUl remettroit les Sceaux ; ce qu'il consentit sur le champ et en rendit la clef, que le Garde des Sceaux porte toujours sur soi, à la Reine; et, Paprès-diner, il lui reporta la cassette même oti sont lesdits Sceaux. La Reine lui offrit plusieurs belles choses pour le récompenser, comme de le faire cardinal et combler de bénéfices, lui donner la survivance pour son fils en la Première Présidence, ou faire sondit fils, le sieur de Champlâtreux, cinquième secrétaire d'État, etc.; toutes lesquelles il a généreusement refusées, disant que, pour rendre les Sceaux, qu^il avoit gardé si peu de jours et eus de la pure grâce de Sa Majesté, il ne prendroit ni prétendoit jamais aucune récompense ; mais, qu^ayant une autre charge de longue main, si Sa Majesté croyoit qu'en icelle il eût rendu bon service au Roi, ou pût en rendre ci-après, lors qu'à cette considération Leurs Majestés le voudroient honorer de leurs bienfaits, il ne les refuseroit pas, etc.
Autres assurent que ces propositions ou parties d^icelles lui avoient dès auparavant été faites par M. de Brienne, secrétaire d'État.
Avis de Hollande que, sur la proposition faite par notre ambassadeur, le président de Bellièvre, de prendre pour médiateurs de la paix entre nous et l'Espagne Messieurs des États Généraux, Pambassadeur d'Espagne, le sieur Brun, a déclaré qu^il ne pouvoit les accepter, attendu le grand intérêt que lesdits États Généraux avoient dans les affaires et grandeur de la France.
Sur la plainte que le sieur Boreel, ambassadeur en cette cour pour les États Généraux, a faite, dès le quatrième de ce mois, à la Reine de la déprédation faite par aucuns corsaires françois sur des vaisseaux hoUandois, dont il demande la restitution et dédommagement estimés à douze millions, on a envoyé réprimer et retirer de la mer tous ceux qui y font course, et on a supprimé leurs commissions.
Les Anglois sont avec dix-sept vaisseaux de guerre en la mer Méditerranée, oti ils y ont pris trois vaisseaux françois. Le prince Robert, avec les restes de sa flotte pour le Roi de la Grande- Bretagne, est à Toulon et à Marseille, dont il n'ose sortir en mer.
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Ce même jeudi au soir, les Princes oni été voir la Reine ei y ont paru fort gaîs et contents. Après le conseil y tenu, ils ont été, M. d'Orléans el M. le Prince avec la Reine à part, eux trois seulement, k Roi présent. Mademoiselle y étoit, les princes de Coati, duc de LongueviUe, de Joyeuse, etc.
— Vendredi 14, à mi-relevée, le Chancelier, M. Séguier, étani allé trouver la Reine, elle lui a rendu les Sceaux.
— Samedi i5, depuis huit heures de relevée que M. d'Orléans s'est rendu au Palais-Royal, le conseil y a tenu chez la Reine. Le prince de Gondé en es! sorti une heure avant les autres qui y sont demeurés jusques à la nuit. On croit que c'est d'inquiétude de la maladie du duc d'Enghien, son fils, qui a le pourpre à Montrond.
Le secrétaire d'État Le Tellier y étoit, ce qui a fait croire que sa réconciliation étoit faite avec les Princes. On assure qu'il a vu Son Altesse Royale au palais d'Orléans.
On parle fort de l'abbé de la Rivière comme se rapprochant.
Ce jour, la Reine fit expresse défense au prince de Conii d'épouser mademoiselle de Chevreuse. Sa Majesté avoii, le jour précédent, envoyé dire à la duchesse, mère de la demoiselle, qu'elle lui défendoit de passer outre au mariage de sa fille avec le prince de Conti.
Ladite duchesse de Chevreuse dit qu'elle a de bonnes promesses par écrit des princes de Conti et de Condé, qu'elle leur représentera et reprochera à la face de toute la Chrétienté. Celui-ci dit qu'il veut tenir sa promesse, autant qu'en lui est.
Cependant le sieur Morant, maître des Requêtes, est de retour ici de Cluny, où, avec grande peine, il a désuni les religieux qui tous conspiroiem àélire leur prieur pour abbé, sur la démission du prince de Conti ; et, les ayant mis en trois faaions, en a eu pour soi la plus forte, qui étoit de vingt voix, qui ont élu le duc d'Enghien leur abbé.
Don Estevan de Gamarra ayant été mis à la rançon de deux mille pistoles pour le maréchal du Plessis, est parti pour s'en retourner à Bruxelles.
— Leduc d'Enghien, maladede pourpre paroissani le dimanche [16], un valet de pied en arriva avec lettre de son médecin et précepteur, Bourdelot, comme c'étoit petite vérole. Ce même jour est prti de Paris, en poste, le sieur Dupray, médecin ordi-
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naire et actuel près M. le Prince, pour aller à Montrond assister ledit sieur Bourdelot.
Courrier s'en va en Berry, Bourbonnois, Auvergne, et autres en Guyenne et ailleurs &ire sortir les troupes des garnisons et avancer en Champagne, où est le rendez- vous. Le maréchal d^Aumont a sa commission toute scellée pour les y aller commander, comme le maréchal d'Hocquincourt la sienne pour aller en Catalogne ; mais il ne veut partir qu^il n^ait Pargent y destiné.
Les valets de pied du prince de Condé enlèvent le lieutenant bailli de M. de Metz au faubourg Saint-Germain, en revanche de ce que, durant la prison de leur maître, il avoit arrêté un d^eux et emprisonné comme espion.
Autres laquais et valets dudit Prince attaquent au cimetière Saint-Jean un honnête homme de gaîté de cœur et le poursuivent se sauvant dans une boutique ; mais les bourgeois sortirent sur eux et en tuèrent un.
M. le duc d^Orléans s^en va à Limours.
Le président de Maisons, surintendant des finances et capitaine des maisons royales de Versailles et de Saint-Germain, fait conduire à la première tout ce qu^il faut pour traiter demain le Roi à dîner et collation,
— lundi 17, que le Parlement recommence. Mais il n'y fut point et la Reine fut es Minimes de la place Royale oti se foisoit le fête de saint François de Paule, transférée en double octave du lundi, fête de Pâques fleuries, deuxième de ce mois.
Courrier que le duc d'Enghien se porte mieux et est hors de fièvre. Madame la Princesse, sa mère, au Cours de la Reine, où il y avoit six cens carrosses par le beau temps.
Le grand bruit des propositions faites par le sieur de Croissy- Fouquet, autrement Marcilly, dans les Galettes du mois de mars, en fumée par le refus que Friquet, député de TArchiduc, fait à Stenay de la médiation des États Généraux, nous renvoyant à celle de Venise, pour traiter tout de bon la paix et non point la trêve.
De même, en Hollande, le sieur Brun, ambassadeur d'Espagne, a fait réponse à Messieurs les députés des États Généraux vers lui, pour l'obliger à recevoir leur médiation proposée par M. de Belltèvre, notre ambassadeur, dès le 27 mars de cette année, que le Roi Catholique son maître ne pouvoit pas, à cause de l'intérêt et inclination que messieurs les États Généraux avoient à l'avantage de la France.
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— Mardi 18, dès cinq heures du matin, le Roi part pour aller chassera Versailles, ofi le capitaine, sieur président de Maisons, lui a donné à dîner. (Voyez la Galette du 22 de ce mois.]
L'après-diner, le duc d'Anjou, frère unique de Sa Majesté, va promener à Bagnolet, où la princesse de Carignan le reçoit.
Au Palais^Royal, conseil chez la Reine, au lieu d'hier quHl éioit Jour ordinaire.
— Mercredi matin 19, se tient la première mercuriale d'après Pâques, où le Premier Président a harangué et congratulé l'union de la Maison Royale. Puis la déclaration du Roi contenant l'exclusion des cardinaux même fran^ois du conseil du Roi a été lue et enregistrée,
— Jeudi 20, le Roi, la Reine, le duc d'Anjou furent à Maisons, où le président de Longueil, surtniendant, les traita, quoique la partie n'eût été fatie, il y a six jours, que pour M, d'Anjou.
Ce jour, quoique très chaud, comme les trois précédents, et sec, et jour de la nouvelle lune, le duc d'Orléans, retourné de Limours depuis deux ou trois jours, prend médecine.
Le prince de Condé va à Chantilly et y mène les ducs de Nemours et de Beaufort avec une troupe de comédiens, pour cinq pu six jours.
Le chevalier deGramont se retire mal content du service du prince de Condé, dont il éioit premier écuyer. Le chevalier de Rivière se retire aussi, remeiiant la charge de premier gentilhomme de la Chambre. On dit que le comte de Tavanes et autres sont aussi fort malcontents.
Madame la Princesse est fort chérie dudit Prince, son mari.
Le sieur de Barrière sort fort bien d'avec madame de Longueville et donne sa démission, pour commander le régiment de Contî, en faveur du chevalier de La Rochefoucauld, moyennant six mille livres de pension passée en cour de Rome, sur les hénéhces dudit Prince.
Ce jour, partit le marquis de Sillery-Brùlari, pour aller à Bruxelles, aux fins d'offrir et engager l'Archiduc à se irouver à Cambray en tel temps, que MM. d'Orléans et de Longueville se trouveront à Pcronne, pour le traité de paix entre les Couronnes.
— Vendredi 31, le coadjuieur de Paris vit M. d'Orléans et lui dit que l'archevêque, son oncle, lui avoii remis et quitté toutes ses fonctions épiscopales; et pour ce sujet il venoit prier Son Altesse Royale de trouver bon que, sans cesser, et sans se plus
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mêler d^autre chose, il y vaquât ; et demeurât cependant en la bonne grâce de Sadite Altesse Royale, qui le lui a sans résistance accordé.
Ce même jour, la duchesse de Chevreuse vit aussi la Reine tête à tête en son petit cabinet et lui conta tout au long toute l'affaire des trois traités qui ont été faits, par intervalle de plus de six semaines, avant la sortie des Princes, et dont le premier et le deuxième ont été participés par le duc de Beaufort avec M. d^Orléans. Le troisième et dernier, qui est le mariage de sa fille avec le prince deConti, pour sceau des deux traités, a été au i8 janvier et ignoré par ledit duc de Beaufort, qui s*en est mal mis avec le Coadjuteur qui Ta fait.
En ce temps, le chevalier de Gramont, qui, durant la prison de M. le Prince, a été à Bruxelles et ailleurs hors le royaume pour solliciter et remuer pour sa liberté, a quitté la charge qu'il avoit de son premier écuyer et son service, sans rupture. On dit que le chevalier de Rivière, premier gentilhomme de sa chambre, en veut faire autant.
On parle fort des grandes demandes et grandes prétentions que M. le Prince fait éclater et qui donnent jalousie à M. le duc d^Orléans. Il est en sa maison de Chantilly, d'hier, pour cinq ou six jours, donnant la chasse et autres divertissements aux ducs de Nemours et de Beaufort. Ce sont ses pensions passées et présentes dont il veut avoir dès comptant pour huit cent mille livres.
— Mardi 25, jour de Saint-Marc, douze compagnies du régiment des gardes partent de Paris pour s^en aller à Dunkerque^ ville menacée par l'Archiduc. Le sieur de Vitermont-Coquereaumont, capitaine de lune d'elles, les commande, et le sieur de la Vaupaillière-Bomières, lieutenant en celle de Boisselot-Droué, est en apparence de demeurer seul officier pour les commander lors, et si ledit sieur de Vitermont n^ est, ou n'y sera plus. Toutefois la Reine lui a promis mille écus pour y demeurer dans le service.
— Jeudi 27, festin pour un rôle qui s'examinoit chez M. Guénegaud, trésorier de l'Épargne, où MM. les duc d^Orléans et prince de Condé, qui y étoient attendus à dîner, ne vinrent qu'après ; celui-là parce qu'il avoit pris le matin quelque remède, et le Prince parce qu'il ne faisoit que retourner de Chantilly et étoit venu dîner avec madame de Longueville, sa sœur.
Ce jour, fut le matin fait le service funèbre à messire Léonor
avril 1 65 ij de DUBUissON-AUBENAY, Sg
d'Estampes-Vaiençay, archevéque-duc de Reims, pair de France, premier président en l'assemblée dernière du Clergé, laquelle lui a décerné cet honneur à ses frais ei ordonné un fond de quatre mille francs pour cela. L'archevêque d'Embrun, qui fut deuxième président, y ht la harangue funèbre.
Toujours bruit du mariage de la demoiselle Mancini, nièce du cardinal Mazarin, arrivé sur les terres de Cologne, en une maison de l'archevéque-électeur appelée Bruel, d'où, selon que l'on dit, la duchesse de Chevreuse travaille à le rappeler en France.
Mort du sieur Doublet, célèbre avocat en Parlement.
Le maréchal de l'Hôpital se va guérissant. Plusieurs sont comendants pour le gouvernement de Paris ; les maréchaux d'Estrées, deGramont etdu Plessis-Praslin. Celui-ci ayant la meilleure part. Les marquis de Viiry ei de Persan y ont aussi prétendu.
Le soir, les gens d'affaires intéressés aux prêts eurent audience de la Reine, le sieur Doublet, de Troyes, portant la parole. Et comme il est homme d'esprit et hardi, il alla, dit-on, si avant que de parler du changement en la surintendance, étant d'un côté piqué contre le président de Maisons, dont il se plaint comme d'un ingrat, méconnoissani dc,< offices et services à lui rendus par ledit Doublet avant et pour S3 surintendance, et d'autre part incité par les belles promesses du marquis de La Vieuville qui, 50US main, aspire toujours à la surintendance.
IIe dévoient être encore ouïs dimanche prochain, dernier jour de ce mois, et le furent en conférence au palais d'Orléans, puis encore chez la Reine, mais ce sont gens perdus qui jouent de leur reste et promettent tout, sans apparence de rien effectuer.
Mariage du marquis de Nouant, âgé de dix-sept ans, avec la demoiselle de Lyonne, plus jeune de trois mois, ce jour au matin, en présence de toute la parenté des deux mariés, et ensuite consommé. Une heure après, M. le duc d'Orléans envoie faire défenses de passer outre audit mariage, attendu que le comie de Selles, fils du comte de Béihume, y étoit engagé et que la mar-. > quise de Nonani, mère (aucuns disent le marquis même), avoit promis au comte de Selles, par madame de Puisieux, qu'elle ne préiendoit rien audit mariage.
Le mariage et grossesse de la demoiselle de Mancini avec le duc de Mercœur tenus pour assurés.
Grand bruit quelle revient ici en Cour, ce qui fait croire que son oncle, le cardinal Mazarin, pourroii aussi revenir ; ce que
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Ton dit être négocié par la duchesse de Chevreuse. Il est à Bruel, maison de larchevéque, électeur de G)logne, à deux ou trois lieues de G>logne et de Bonn.
Mai.
M. du Plessis Guénegaud, secrétaire d'État en mois.
— Lundi, premier jour du mois de mai (Barbarusjj courrier du marquis de Sillery, arrivé à Bruxelles, portant, selon le bruit populaire, que TArchiduc consent à une entrevue avec M. le duc d^Ôrléans, entre Péronne et Cambrai; mais la vérité est qu'il porte que P Archiduc a reçu civilement cette proposition de M. d^Orléans, et qu^il envoie en Espagne pour savoir ce qu^il aura à y répondre. On tient qu^il n^a nul pouvoir pour la paix, et que, de son estoc, il ne l'avancera pas, mais Pempéchera pour son intérêt. ^
— Mardi 2, ballet dansé par le Roi et force autres gens. Princes, grands, baladins, intitulé des Fêtes de Bacchus et imprimé par Ballard, publié par les rues le lendemain.
Ce soir, le maréchal de Turenne arrive à Paris^ ayant quitté le service des Espagnols. On dit que douze cens chevaux se sont retirés en France avec lui.
Courrier des Suisses portant ordre à leur milice en cour et par toutes les garnisons de France de se retirer en leur pays si, dans huit jours, on ne leur donne quelque solide assurance de satisfaction.
Le mariage de la demoiselle Mancini toujours tenu pour constant. Elle n'est point avec son oncle, mais ou à Paris secrètement, ou à Sedan, laquelle ville la Reine a proposée et demandée en plein conseil pour Pavoir et tenir par elle pour sa sûreté. On devine que c^est pour la bailler au cardinal Mazarin, à qui, tout nouvellement, elle auroit envoyé en petit son portrait avec celui du Roi. La duchesse de Chevreuse lui offre son château de Kerpen pour sa demeure. Il est toujours à Bruel, plus près de Cologne. Autres écrivent Brugel ; mais c'est Bruel, que Ton prononce Brûle,
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Le duc d'Épernon tient ferme à ne pas bailler sa démission pour Guyenne; et les siens disent que certains frondeurs du Parlement le sont allés trouver pour l'assurer que, s'il se veut pourvoir en plainte au Parlement, ils l'y serviront.
Le marquis de Roquelaure traite de la Iteutenance générale en ce gouvernement avec M. de Saint-Luc, comme le duc de La Rochefoucauld qui y prétend aussi, à cause de M. le Prince, traite de son gouvernement de Poitou avec le comte de Pailuau, qui lui en offre d'argent cent mille écus, et avec le duc de Richelieu, dont il veut avoir le généralat des galères, en lui baillant cinquante mille écus de retour.
— Mercredi 3, le duc d'Orléans s'en va à Limours, ayant avec soi le duc de Beaufort et le maréchal d'Estampes.
M. le Prince a fait dresser le contrat de mariage de son fils, le duc d'Enghien, avec mademoiselle de Valois, deuxième fille de M- et Madame d'Orléans, lesquels il presse de le signer et faire signer par la Reine. Le sieur d'Auieuil-Combaud, gouverneur de ce prince, vient à Paris, apportant les lettres desa pan à M., Madame d'Orléans ci à madcmoiseile de Valois, sa maîtresse, pleines de compliments d'enfant (voyez ci-après). Le vrai sujet de sa venue à Paris esi pour régler la maison de ce petit Prince,
— Jeudi 4, se devoit célébrer la cérémonie des baptêmes du duc de Valois, filleul du Roi et de la Reine, et de mesdemoiselles d'Orléans, de Valois et de Remiremont, filles de Leurs Altesses Royales; mais elle a été différée à autre temps.
Ce jour, qui est ordinaire pour le conseil d'en haut, il n'y en eut point : ei le Roi dansa pour la deuxième fois son ballet au Palais- Royal.
Le prince de Condé n'y a point été et dii-on qu'il est sur la défiance que l'on le veuille de rechef arrêter; M. d'Orléans ayant pris jalousie de lui et s'étant tout à fait uni avec la Reine.
— Vendredi 5, jour ordinaire de conseil de guerre, il n'y en eut point.
Le matin, le marquis de Sillery est revenu à Paris de Bruxelles, ne rapportant rien autre chose, sinon que l'Archiduc a reçu la proposition faite par M. d'Orléans de s'entrevoir sur la frontière pour traiter de la paix et qu'il envoya en Espagne pour avoir du Roi les pouvoirs et résolutions sur ce nécessaires. Celte proposition avoit été faite par le sieur de Croissy-Fouquet, à Sienay,
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après qu'il vit que celle quUl avoit faite pour la suspension générale d armes, tendant à traiter ensuite la paix, n'avoit été acceptée. Mais le voyage du marquis de Sillery étoit pour faire à TAxchiduc compliment de la part de madame de Longueville et des Princes, et pour retirer la parole qu'ils avoient donnée, et au maréchal de Turenne aussi, d'unir leurs armes et ne les séparer que par la paix faite.
— Samedi matin, [6], le comte de Flamarens tint la campagnevers Vincennes pour un combat assigné entre lui huitième et les Canillacs, dont il a tué un en un duel célèbre, depuis trois ou quatre ans. Il avoit de son côté les ducs de Brissac, de la Rochefoucauld et chevalier de la Rochefoucauld, marquis de Roquelaure et de Jarzé, comte de Miossens et d^Aubijoux. Le comte de Vaillac, hère de celui que Canillac tua, et pour raison de quoi ledit Canillac fut tué par Flamarens, y survint, fort en colère de ce que Ton ne Tavoit pas mis de la partie, dont la plupart furent en carrosse trouvés près ledit Vincennes, à neuf heures du matin, par le marquis de Praslin, le duc de Candalc et sieurs de Mergdy, Dauphin, etc., allant pour les séparer.
Retour du sieur de Croissy-Fouquet de la conférence de Stenay.
— Dimanche 7, après midi, force gens courent par les rues pour la querelle entre les ducs de Vendôme, de Mercœur et de Beaufort, et les duc d^Elbeuf, prince de Harcourt et comte de Lillebonne d'autre, qui se vouloient battre.
M. le Prince est à mi-relevée, et durant ce brouhaha, arrivé à cheval de devers Saint-Maur et entré en ville par la porte Saint- Antoine, a pris son carrosse qui Ty attendoit et est droit allé à l'hôtel de Vitry. Il semble qu'il vint de ce côté là pour cette querelle, dont le sujet est que le duc d'Elbeuf a intenté action et veut poursuivre en parlement pour sa femme, sœur du duc de Vendôme, disant que ce duc étant né de dame Gabrielle d^Estrées, duchesse de Beaufort, lorsqu'elle étoit encore mariée avec le sieur de Liancourt ou Leaucourt et que ladite Gabrielle, mère, étant encore femme au sieur de Liancourt ou Leaucourt, il est spurius et, comme né en adultère, n'est capable d'avoir reçu la donation du duché de Vendôme, par le Roi à lui faite, ni même la succession de la duché de Beaufort, particulièrement de cell&-ci, comme donnée à ladite Gabrielle par le Roi, avec clause de la posséder par elle et ses descendants ayant cause ; laquelle cause
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M. de Vendôme n'a pas, pour les raisons susdites, et que le tout appartient à la duchesse d'Elbeuf, comme née depuis la dissolution du mariage d'entre ladite duchesse, leur mère, et ledit Liancourt. Autres ajoutent que ledit duc d'Elbeuf préiend en outre que te duc de Vendôme est fils du feu duc de Bellegarde, confident de la duchesse de Beaufort ou de quelqu^autre amant et non du roi Henri IV, et citent un passage du duc de Sully là-dessus (vol. i des • Royales et loyales militaires Œconomies, > chap. 58, — item 79).
M. Rollot, premier commis de M. de Guénegaud en année d'exercice à l'Epargne, travaille à donner des asssignations assurées et faciles sur fonds tout prêts pour huit cent mille livres à M. le prince de Condé.
Tantôt il renonce au gouvernement de la Guyenne et tantôt on dit que cela est fait. Il en a fait sa déclaration en plein conseil, devant la Reine, disant la supplier de ne lui point commander en plus avant de changer son gouvernement avec celui du duc d'Epernon.
M. d'Orléans propose le rétablissement du duc Charles en tous ses États sans aucune condition, purement ei simplement. Cette affaire ayant été donnée à M. de Chavigny, pour être rapportée au conseil devant la Reine, il l'a découpée étrangement; dont M. d'Orléans ayant témoigné être satisfait, l'autre l'est allé voir, et Madame, qui pousse la première à la roue, et leur a dit qu'ils peuvent, par leur crédit près du Roi et de la Reine, faire rétablir M. de Lorraine ainsi qu'ils proposent, mais que s'ils font rapporter Vaffaire au conseil, il n'y a point d'homme intelligent et de probité qui en puisse parler autrement que comme il a fait.
Le duc de Richelieu, qui s'étoit allé saisir de cette maison, en est chassé par ordre et troupes y envoyées de la Reine.
Entreprise sur le Havre par Bretteville et autres qui sont notoî* rement à M. de Longueviile.
Le Premier Président de Rouen vient à Paris et y prend maison , à l'année. On dit qu'il traite de sa charge, dont il est dégoûté, à cause du rétablissement de M. de Longueviile, avec M. des Hameaux.
Le sieur de Navailles ayant proposé à M. d'Orléans de donner au cardinal Mazarin une place de sûreté en France, en a été refusé avec aigreur et déféré à la Reine, qui l'a désavoué et envoyé hors de la cour.
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Le comte du Daugnon £ait travailler à fortifier La Rochelle. — Faux.
— Lundi au soir 8, Tarchevéque de Sens donne à souper, servi de cinq plats grands et quatre petits ou assiettes, à la duchesse de Longueville, à la dame de Châtillon et autres huit ou dix, seules assises à table. Les princes de Condé et de Conti, qui s'y trouvèrent, mangèrent debout à une deuxième table ou buffet de la même salle.
— Mardi au soir 9, le ballet du Roi se danse encore et le siéur Cabou, avocat au conseil, un des baladins, ayant voulu de haute lutte et avec empressement faire entrer sa femme ou quelque parente, et Bragelonne, enseigne des Gardes du Corps, qui la refusoit, ayant été poussé ou menacé par le baladin, Pofficier lui auroit tiré Tépée, dont Cabou auroit été coupé à la main, ou blessé au bras par ses archers qui Tauroient fort gouspillé, puis à la grande prévôté mené prisonnier, par ordre de la Reine, qui, priée par le Roi et par Bragelonne même, auroit enfin accordé que le baladin revint, comme il a fait, danser son rôle au ballet, le bras dans une écharpe de gaze, comme il a fait encore le jeudi ensuivant.
Le conseiller de Longueil, grand et premier frondeur, frère du surintendant et président de Maisons, est fait chancelier de la Reine, en la place de président de Bailleul, par cinquante mille écus.
— Mercredi 10, qui est le jour du conseil des dépêches, il s'est tenu chez M. le Chancelier; et M. Du Plessis, secrétaire d'État en mois, s'y est trouvé. (Voyez en janvier dernier.)
— Jeudi 1 1 , le ballet du Roi se danse encore et de bonne heure. On en revient à dix heures du soir. Sa Majesté étoit échauffée et suante, et le premier médecin Vautier sollicite que ledit ballet ne se danse plus, de peur que le Roi, qui y va d'ardeur, n'en devienne malade. La Reine n'y étoit point.
L'affaire entre les ducs d'Elbeuf, demandeur, et de Vendôme, défendeur, est sursise; et dit-on que la Reine se sert de MM. le Chancelier et maréchal de Gramont pour la juger et terminer dans lundi prochain.
On a résolu au conseil de faire un échange général de tous les prisonniers qui sont de part et d'autre. Nous en aurons plus de deux cents que nous rendrons pour les nôtres^ prisonniers des Espagnols, du nombre desquels est le duc de Guise, comme la
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Reine l'a assuré au chevalier son frère. Le roi d'Espagne le con- i sent et veut ainsi ; et on envoya à cet effet le sieur de Verderonne- L'Aubespine.
Rapt de la dame Yves, veuve, tille du sieur Loetus, écossois, médecin, et femme riche, par l'écuyer du maréchal de Gramont, qui l'a ramenée, n'en n'ayant pu rien tirer. Elle est du cloître de Saint-Honoré et poursuit son ravisseur en justice.
Autre de la dame Giliot, veuve du quatrième mari et riche femme de cinquante ans, par un jeune homme de vingt-cinq.
Autre rapt en Champagne, fait par le baron de Bligny, capitaine . de la compagnie des chevau-légers du duc de Guise, dont son j père éioit lieutenant, et son grand père lieutenant de la justice de , Chaumont-en-Bassigny, de la tille aînée de M. de Cessac, de la maison de Cazîllac, héritière de vingt mille livres de renie en fonds de terre au moins et courant hasard de quarante mille livres, k cause d'une petite sœur qu'elle a moribonde. Elle a vingt ans et a été tirée de religion nouvellement, après la mort d'un sien frère unique.
Elle demeuroit à Polisy, prés de Bar-sur-Seine, avec sa mère; son père absent en Languedoc. On a envoyé lettres du Roi et attache de M. le prince de Conti, gouverneur de la province, pour mettre tous les prévôts et même les gens de guerre en campagne pour la rescourre et par force la faire rendre au ravisseur, qui la tient en quelque heu fort.
Le conseiller de Longueil, clerc en la Grande Chambre, est pourvu de la charge de chancelier de la Reine, par la démission du vieux président de Bailleul, avec récompense de cinquante mille écus.
— Vendredi 1 2, qui est jour de conseil de guerre, il n'y en eut point.
— Samedi i3, se fit l'anniversaire de l'obit des feus Rois Louis XIII et Henri IV, tous deux morts en même jour, le 14 qui est demain dimanche, h cause de qaoî on a anticipé d'un jour et fait office cejourd'hui que M. le duc d'Orléans et la courontétéà Saint-Denis; comme dès hier la Reine en célébra la veille, ayant été au service et prières des filles du monastère du Val de Grâce, au faubourg Saint-Jacques. Que si les Rogations n'eussent point été le lundi suivant, on eût plutôt différé au 1 5 ledit obit que de l'anticiper au 1 3. L'archevêque de Bourges, nouveau, ofiîcioit et tous les Vemadour ses frères assisioient. La dame de Lansac et
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environ cinquante autres de la cour y étoient et le duc d'Angoulême, qui avoît une estrade ou prie-Dieu avec un drap de tabis et de pied et des carreaux^ tant sous les coudes que sous les genoux, qui est sa façon d'être ainsi par toutes les églises de Paris, quand il y va sur la représentation mortuaire.
Il y avait deux couronnes d'or couvertes de crêpe, une es pieds, Pautre à la tête, ou à cause des deux Royaumes, ou parce que l'office se faisoit pour les deux Rois.
A Pissue de Péglise, il y eut festin aux dépens du Roi pour les officiers et assistants.
Le duc d'Angoulême et autres furent voir le trésor, depuis quatre jours rapporté de Péglise et monastère des Blancs-Manteaux de Paris, oti il avoit été transporté Pété dernier, lorsque Pon eut peur à Paris de PArchiduc qui étoit en Champagne.
Le soir il y eut conseil de guerre au Palais d'Orléans.
La nuit d^entre lundi et dimanche, le sieur Berthaut^ gendre du sieur Angran, et receveur des consignations, craignant d'être arrêté pour la banqueroute qu'il fait de dix huit cent mille livres, s^est secrètement absenté.
— Lundi matin i5, le Parlement assemblé, oli les duc d'Orléans, princes de Condé et de Conti, duc de Beaufort, coadjuteur de Paris etc., étoient, les sieurs Pithou et Bitaut ont représenté les procès-verbaux de leur voyage à DouUens, et par les villes et passages que le cardinal Mazarin a tenus en se retirant de France, avec Pinformation de ce qui s^ est fait et passé. II y a quelque témoin qui rapporte qu'il avoit vu des cofifres-fbrts pleins et pesants et qu^un valet de chambre du Cardinal auroit dit qu'il y avoit làdedans trente mille pistoles. — On. en a lu environ la moitié et la partie pour achever le reste a été remise à demain.
Ce jour^ après dîner, il y a eu prix et gage de mille écus pour course de chevaux au bois de Boulogne, entre les prince de Harcourt et duc de Joyeuse, sur chacun un cheval nourri au village de Boulogne, ainsi que Pon nourrit les chevaux de course en Angleterre, à savoir depuis trois semaines ou un mois de pain fait avec anis, et de faveroles, au lieu d^avoine, et les deux derniers jours d'œufs frais, au nombre de deux ou trois cents. Ils ont mené leur course de la barrière de la Muette ou Meute et poussant par le grand chemin droit vers Saint-Cloud. Tournant sur la droite, au dedans de l'enclos, par la grande route qui revient au château de Madrid^ ont été également et sans avantage. Le
mai i65i] de DimiiissoN-AtiBENAy. 67
prince d'Harcoun, vêtu d'un habit fait euprès et très étroit, un bonnet en tête juste et ses cheveux dedans, mais ayant trois livres de plomb en sa poche pour peser autant que le Plessîs du Vernet, maitre d'Académie, qui couroit en la place et sur le cheval du duc | de Joyeuse. Mais au tournant de Madrid, oCi ils passèrent devant le sieur Dauphin, là attendant à cheval, selon leur paction, le Plessis prit le devant et arrivant cent pas devant l'autre à la barrière de la Meute, gagna le prix. Force gens de la cour y étoient.
A deux heures après midi, M. le Prince s'est trouvé au Marais chez le feu sieur de Cle rm o nt-d' En tragu es- Balzac pour la lecture des articles au contrat de mariage entre la demoiselle, Bile de lui défunt et de la fille du président de Boulencourt, et le général Marchin, qui s'en va dans peu de jours lieutenant-général commander en Catalogne, avec six cent mille livres, dont il y en i cent mille devant, que l'on lui donne pour sa campagne, entrant 1 avec promesse de le faire maréchal de France l'an prochainement venant. Et, en faveur de ce mariage, le roi lui promet pour trente mille livres de rente en bénéfice, dont la faculté et permission pour les tenir à vie, encore qu'il soit marié, lui sera fait expédier en cour de Rome. Mais cela a été différé jusques à ce que Les lettres de naturalité dudit sieur Marchin aient été vérifiées en la Chambre des Comptes, où elles ont été présentées le lendemain mardi 16, La médisance porte quec'est qu'il a quelque mal vénérien dont il s'est fait panser et n'est pas bien guéri.
Le sieur d'Auteuîl-Combaud, gouverneur du duc d'Enghien, dont j'ai déjà parlé, est venu de Montrond pour régler sa maison vers M. le prince de Condé, son père, en cette ville, et s'en va & Auteuil, près Beauvais, sa maison, pour ses affaires domestiques, afin de repasser à Paris avant la fin du mois et s'en retourner à Montrond, où ce pendant le sieur Bourdeloi est comme médecin avec trois cents livres d'appointé ment, faisant aussi la charge de précepteur ; mais on a choisi un père Des Champs, jésuite, pour l'aller (aire désormais.
Aucuns indifférents, aussi appelés illuminés, jettent des billets dans les carrosses, boutiques, églises et places portant qu'il se faut détromper 'du Jansénisme, aussi bien que du Molinisme, et demeurer dans un miUeu et neutralité entre ces deux sectes, croyant en Dieu et à l'Église.
— Mardi 16 au malin, le Premier Président a fait en pleine
fis JOURNAL DES GUEBRES CIVILES [mai l65 I
assemblée du Parlement, comme hier, achever de lire par un conseiller, le procès-verbal de la chevauchée des conseillers Bitaut et Pithou par les passages du cardinal de Mazarin. Les témoins ouïs racontent choses frivoles : l'un dit avoir vu, en certain gîte où le Cardinal arriva et ne pouvoil rien avoir, qu'il tira une perdrix enveloppée en du papier et froide, cuite et dont il soupa ; il eut mâme peine à avoir du sel qui lui éioit dénié par haine. Un autre témoin dit avoir vu dans son bagage des malles, et qu'à son avis il y avoit de l'argent dedans. Un autre rapporte que comme quelqu'un lui demanda pourquoi il avoit quitté la partie et s'étoil ainsi retiré de la cour, le Cardinal répondit qu'il l'avoit &it par le conseil de ses meilleurs amis; et enfin un autre qui dit avoir su que le Cardinal avoit fait donner un arrêt du Parlement ponant que certains bois, dépendant d'une sienne abbaye, seroient abattus pour servir aux réparations d'icelle abbaye, et que ledit Cardinal les y avoit fait employer.
Les charges et informations aussi faites par le sieur de Broussel, conseiller en la Grande Chambre, ont été lues. Et n'y a de témoignage qu'un qui dit avoir vu sortir du château de Vincennes des malles pesantes ei que l'on disoit être pleines d'argent, pour être menées au Cardinal sur sa retraite. Un autre qui rapporte avoir entre Cosne et Briare, cl y a plus de trois ans, trouvé des archers disant venir d'escorter un convoi d'argent jusques à Lyon pour les garnisons et fortifications de Plombin et Porto Longone et puis, peu après, ledit témoin avoit oui dire ailleurs que cet argent avoit été à Lyon embarqué sur le Rhône, et, à la bouche de ce Beuve, mis en un vaisseau du cardinal Mazarin. Un autre témoin, qui parle du temps du siège de Paris et que lors, Cantarini, banquier, confident du cardinal Mazarin, avoit fait tenir plusieurs millions par change en Italie; qu'un autre banquier avoit aussi remis en pays étranger beaucoup d'argent.
Tous lesquels témoins sont plus pour le Cardinal qu'ils ne lui nuisent et donnent lieu à ce qu'il demande ci-après à être jugé, suivant les charges et informations, c'est-à-dire absous.
Il a été permis audit sieur Broussel de continuer ses informations. — Les Princes, là présents, s'y sont fon ennuyés, et les maîtres des Requêtes qui y assistoient ont dit que ce n'est pas te métier des conseillers de faire informations par les provinces.
Les gens d'affaires, noyés dans les prêts dont le Roi leur a lait banqueroute, portant la parole par le sieur Doublet de Troyes,
mai i65i] Dt doboisson-auben*y. 69
assisté de Moniauron, etc., continuent toujours leurs offres et poursuites au conseil, consistant en ce que la surintendance soît oïde au président de Maisons et un autre, que l'on croit être le marquis de La Vicuville, qui Ta déjà été jadis sous le roi Louis XII I , et qui est de leur intelligence, mis en sa place, moyennant quoi ils olTreni d'entretenir au Roi cinquante mille hommes de pied à dix montres par an, selon le pied et le règlement du roi Henri iV, et quinze mille chevaux à huit montres ; payer les gages de tous les officiers, suivant le règlement porté par la déclaration d'octobre 1648, Cl faire subsister splendidement la Maison du Roi, à qui, pour ses menus, ils donneront encore quaire millions, lesquels ils avanceront dans ce mois de mai pour employer à la campagne qui entre; et donneront cinquante cautions les plus fortes et sûres de Paris et du Royaume.
Le sieur Bertaui, frère de la dame de Motteville, obtient un brevet de la charge de lecteur du Roi, que le sieur de Chaumont a, depuis quinze ans que le sieur Bernard est mort, possédée et comme réunie à la charge de bibliothécaire du cabinet ou étude du Roi.
Ce même matin de mardi 1 6, M. le Chancelier a tenu le Scequ, où les lettres du gouvernement de Guyenne pour M. le Prince ont été scellées,
Lettres d'Intendant, etc. pour les bâtiments royaux, scellées.
L'après-dîner a été employé par M. le Chancelier et le maréchal de Gramoni, le maréchal d'Esirées, oncle maternel des parties, présent, pour vider le différend d'entre les ducs de Vendôme et duchesse d'Elbeuf, ci-dessus rapporté au 7 de ce mois.
La Reine a distingué l'affaire des ducs de Vendôme et d'Elbeuf en deux points : l'un d'honneur, à cause qu'en la requête de la duchesse d'Elbeuf au Parlement, elle se qualifie seule héritière légitime de la duchesse de Beaufort, et de ce point sont juges les deux maréchaux de France; Taulre de droit, qui se traite pardcvant M, le Chancelier, par deux avocats de chaque part : Gauthier et Bataille pour M. d'Elbeuf, et Monthelon et Pucellc pour M. de Vendôme. On dit qu'il se trouve aise comme le sieur de Liancourt d'Amerval, après que son mariage eût été déclaré nul avec la duchesse de Beaufort, s'étani remarié avec une d'Authun, demoiselledePoyanne, sur la poursuite d'elle, fut visité par experts chirurgiens et matrones et trouvé, déclaré aussi impuissant et incapable de mariage et que en conséquence de cet acte, ledit mariage second fut déclaré nu! à Paris. Ces pièces ont été mises
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entre les mains du sieur de Monthelon, avocat de M. de Vendôme, par le sieur de la Hogue, procureur en Parlement, qui les a trouvées avec des vieilles paperasses en son grenier ^
Cette même après-dîner, M. le Prince a fait serment au Roi pour ledit gouvernement de Guyenne, et M. d^Épemon pour celui de Bourgogne. On parle de donner celui de Foix au duc de Caudale, au lieu de celui d^ Auvergne que Ton veut bailler à M. de Nemours, et pour récompense au sieur de Tréville, on remettra sus sa compagnie des cent mousquetaires du Roi.
Députés arrivés de Provence prient M. le duc d'Orléans de fiûre envers le Roi que le gouvernement de leur pays soit donné au duc de Valois son fils, auquel cas ils ofErent de lever sur ledit pays la somme qu^il faudra pour contenter le duc d'Angouléme et l'obliger à donner sa démission.
On parle que M. le Prince traite de Blaye avec le duc de Saint- Simon, et de Brouage avec le comte du Daugnon, et qu^il propose de bailler le duché de Cbâteau[roux] pour Change de Brouage; et que le duc de La Rochefoucauld traite aussi de la lieutenance générale de Guyenne avec M. de Saint- Luc.
— Jeudi i8, jour de l'Ascension, à six heures du soir, furent feûtes les fiançailles du général Marchin (que M. de Viquefort, résidant de Brandebourg, connoît pour bien gentilhomme, et de douze mille livres de rente en fonds de terre) avec mademoiselle de Qermont d'Entragues, qui a sa sœur aînée mariée à M. d^Avaugour, comte de Vertus, frère de la duchesse de Montbazon. Ils furent mariés la nuit suivante et visités de M. le Prince, de madame la Princesse et de toute la cour ensuite.
— Vendredi 19, il n^y eut point de conseil au soir, ni chez la Reine (ou au lieu de jeudi, jour ordinaire, il y en devoit avoir extraordinairement), ni chez M. d'Orléans, pour l'ordinaire de la guerre. — Son Altesse Royale joua toute Taprës-dîner chez M. de Chavigny avec le conseiller Coulon, jadis frondeur et auteur du mot de Fronde,
I. D 7 a ici une double inexactitude. Liancourt, après la rufmire de son mariage avec Gabrielle, épousa une La Marck. Or, Charies-Robert de la Marck, comte de Braine, fiit le troisième mari d'Elisabeth de Pluviers, Teuye : i* de Jacques d*Authun^ seigneur de Chanclos, 2* de Bertrand de BaylenSy baron de Poyamie. — On voit la cause de la confusion fiûtc par Dubuisson.
mai i65ij de dubuisson-a
Ce matin, le Procureur Général, à l'instance du président Galiffet de Provence, demanda l'assemblée des Cliambres au Premier Président, qui, ne faisant pas réponse catégorique, ledit président Galiffct est allé prier les Enquêtes, qui ont demandé l'assemblée au premier jour. C'est pour y lire une lettre du parlement de Provence, ici arrivée depuis quelques jours, touchant un gouverneur qu'ils demandent au Roi; et, dit-on, que c'est le duc de Valois, fils du duc d'Orléans.
La nuii de vendredi 19, Lavenage, lieutenant des Gardes du Corps, assisté de ses Archers, empêcha que lesdits sieurs de Vendôme et d'Elbcuf ne se battissent, comme ils en avoieni fait dessein et lié partie.
— Samedi 20, le nommé Gauville, ci-devant gentilhomme, servant en la maison du cardinal Mazarin, ayant fait appeler au combat le maréchal d'Aumont, celui-ci a pris ta campagne pour y voir l'autre; mais on ne croit pas qu'ils se puissent battre, y ayant force monde à cheval de tous côtés pour les empêcher. Autres disent que c'est Andonville, et qu'il a fait faire son appel par le chevalier de La Rochefoucauld. Le second du maréchal d'Aumoni fut le comte de Quincey, destiné Ueuienant général en l'armée de Flandres, sous ledit maréchal d'Aumont ; ils se dévoient battre à cheval avec le pistolet et ont été arrêtés au bois de Boulogne. Ils ont donc été ramenés et Gauville ou Andonville conduit à la Bastille.
La Reine a fait grande réprimande au maréchal d'Aumont de s'aller baitre à la veille d'une campagne, où il est destiné général, et a envoyé sa partie adverse prisonnier en la Bastille.
La dame Cornue!, retournant de souper de chez le comte et ■ comtesse de Maure, en carrosse, volée par huit filous, tout près de son logis, cl le sieur de Vandy, retournant aussi du même souper à cheval, échappe un pareil accident.
— Dimanche 21 et lundi 22, les maréchaux de France s'assemblent pour savoir comment on traitera le prisonnier de la Bastille.
— Mardi 23, primiceria Sancti SCepkani Metensts domino Francisco de Guenegaud, prcesidenti, in coadjutorîam dataper abbatem de Coursa», ministrante Vassorc, nolario apostolico. In pace valet ad sex mille Jlorenos metenses per annum.
On publie par les rues la déclaration du Roi pour et en faveur de madame de Longueville et du maréchal de Turenne.
y 2 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [mai l65 1
— Mercredi 24, la cause de MM. de Vendôme et d^Elbeuf ne s'est point plaidée à cause que Gautier, avocat de celui-ci, ne s y est pas trouvé, et a été remise à quinzaine.
Assemblée au Palais d^Orléans pour remédier aux désordres de Languedoc, ou le Parlement et les trois États sont aux épées et aux couteaux l'un contre Pautre.
Don Gabriel de Tolède est de retour d^Elspagne et, repassant à Paris cejourd'hui, dit à M. de Brienne, secrétaire d'État, qu'il avoit tous les pouvoirs nécessaires pour faire la paix.
Le sieur de Verderonne n^est point encore parti pour Espagne.
— Jeudi 25, M. d^Orléans, invité dès le 22, et qui depuis a été à Limours, ayant promis de se rendre et trouver ce jour en Parlement, y arrive, étant venu à Paris de nuit, après avoir soupe à Palaiseau. On a lu en cette assemblée du Parlement des lettres du présidial de Senlis au Parlement, portant comme leur garnison ayant ouï dire que Ton envoyoit un commissaire du Parlement, qui est M. Ménardeau-Champré, conseiller de la Grande Chambre, pour informer des exactions, violences, pillages et excès commis par elle, s'étoit retranchée en un quartier de la ville comme pour s^ défendre, et menaçoit de mettre en pièces le commissaire. Les gens du Roi ayant donné avis de cela, le sieur Ménardeau a dit qu'il n^iroit pas qu^il n'y eût autre arrêt ou ordre du Parlement. Le prince de Condé a traité cet avis de bas, disant que c'étoient les officiers du présidial de Senlis qui craignoient que le commissaire n'y allât informer et n^apprît beaucoup de leurs malversations : que c'étoient les gens de son frère (le régiment du prince de Conti, qui ne s'est point trouvé au Palais, non plus que le coadjuteur de Paris), et qu'il les feroit bien obéir. Enfin il y a eu arrêt depuis imprimé et ici rapporté.
— Vendredi 26, les colporteurs ont publié par les rues un imprimé intitulé : a Les plaintes de la Noblesse et du peuple de France contre les excès et désordres des gens de guerre, > qui est une pièce vieille et raccommodée ; mais pour l'arrêt sur ce donné en Parlement dès le 25, et aussi publié samedi le 27, il est véritable et bon ici.
Ce même jour, rapport fut fait par le sieur Vincent, supérieur des prêtres et écoliers de la maison de Saint- Lazare, et promoteur du conseil de Conscience, à la Reine, de ce qu^il avoit été dès mardi passé résolu de recevoir la résignation que fait maître François de Harlay de son archevêché de Rouen à son neveu,
l'abbé de Jumièges. fils du sieur de Chanvallon, avec retenue de vingt-cinq mille livres de pension annuelle, en lui quiiiant celle qu'il avoit retenue sur Jumièges lorsqu'il la lui a baillée. Et ta Reine a fort agréé et confirmé ; le brevet en a été envoyé le lendemain à M. du Plessis-Guénegaud, qui est en mois de secrétaire d'Etal, pour être de lui signé.
Le sieur de Saint-CIair-Turgoi, conseiller ordinaire d'État, ayant été vu longtemps et à part parler à la Reine, a mis toute la cour en soupçon ; il est fort de la prîvauté et confidence de M. de Château neuf.
Le président de Bellièvre, retourné depuis peu de jours de son ambassade de Hollande, se loue des Etats Généraux, en ce qu'à son départ, et lorsqu'ils lui ont fait la dernière visite, ils lui ont volontairement, et sans qu'il s'y attendit, donné la main droite et la première place chez lui, ce qu'à son arrivée ils lui avoient contesté et emporté sur lui, parce que l'ambassadeur d'Espagne leur quitte et donne franchement. Ils lui ont aussi, à son départ, envoyé une jolie chaîne d'or, estimée sept cents pisioles.
Retour de l'exempt du grand prévôt de l'Hôtel, qui éioît allé à Polisy vers la dame de Cessac avec ordre de prendre et arrêter le marquis ou baron de Bligny, et la demoiselle de Cessac par lui enlevée dans le château de Thémilly, et partout où il les sauroit être, ayant lettre de cachet du Roi aux commandants les garnisons et gens de guerre de ce quartier de Champagne, vers Bar-sur-Seine, attaché du prince deConti, gouverneur, et tous les autres ordres nécessaires pour se rendre le plus fort avec ses cinq archers contre ledit sieur de Bligny ; lequel s'est sauvé avec sa proie en la Franche-Comté.
— Le lundi 29, l'abbesse de Saint-Amand de Rouen, fille de I M. de Souvré, fut bénite dans l'église du Val-de-Grâce, en pré- j sence et à l'assistance de plusieurs autres abbesses. La Reine y ] fui, et le Roi en voulutétre aussi. Mais il fut prié d'y mener peu , d'hommes, comme il fil. [Voyez la Ga\ette qui sera samedi prochain 3 juin.)
Ce jour et suivant, M. le Prince est à Saint-Maur-des-Fossés.' 11 y a donné aux ducs de Nemours, de Beaufort et autres, ses amis, le plaisir de la chasse sur jour, et celui de la comédie de nuit.
Don Gabriel de Tolède est passé outre vers l'Archiduc dans les Pays-Bas, et la Reine a dit que véritablement il est saisi des pou-
74 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [juin l65l
voirs du roi d^Espagne pour traiter de la paix; mais que c^est à des conditions si désavantageuses pour la France, qu^il n'y a point d'apparences d'y rien espérer.
Juin. M. Le Tellier, en mois de secrétaire d'État.
— Jeudi, premier jour de juin (ensé), la Reine mena le Roi à Ruel, oh la duchesse d'Aiguillon avoit invité M. le duc d'Anjou pour prendre le plaisir de la promenade et des eaux du parc ; mais Leurs Majestés en voulurent être aussi, et y allèrent après dîner, M. d'Anjou y ayant été dès le matin et dîné.
Le marquis de Fors, frère de la duchesse de Richelieu, a eu ou a été cru avoir dessein de se saisir de la duchesse d'Aiguillon, à cause de ses poursuites contre son neveu, le duc de Richelieu, pour raison de quoi il y a eu appel pour combat entre ledit marquis et le marquis de Richelieu, qui est pour sa tante. Ils ont été accordés par les maréchaux de France.
Le maréchal de Turenne, mécontent de M. le Prince.
Avis que vingt remberges des communes d'Angleterre sont devant Dunkerque et occupent le canal, si bien que rien n'y peut entrer. On a envoyé leur demander pourquoi elles sont là ; elles ont répondu : de peur que les Royalistes n'occupent ce poste là. On dit que sept vaisseaux royalistes, retirés dans la rivière de Gravelines, sont guettés par elles.
Ce jour, fut plaidé au Parlement la cause de la princesse Palatine, Anne de Gonzague de Mantoue, contre son neveu le duc de Mantoue, pour les fiefs et terres qui sont en France, et qu'elle prétend avoir et posséder, faute de lui avoir été payé comptant son mariage, suivant l'accommodement fait entre elle et lui, remise à demain huitaine, auquel jour, si Didier, avocat de M. de Mantoue, l'excuse encore, il en sera pris un autre, ou la cause jugée par défaut.
— Dimanche 4, la Reine au Val de Grâce.
Le Roi dîne chez le duc de Damville, au Palais Brion. C'est un pavillon fait en i65o, dans le parc du Palais- Royal du Cardinal, pour la retraite du comte de Brion, duc de Damville.
juin l65l] DE DUBUISSON-AUBENAY. j5 ^^H
Ce tnéme jour de dimanche au soir eu le ^^H
— lundi 5, la cause de MM.de Vendôme et d'EIbeuf fut agitée ^^| et non décidée devant la Reine, qui ne s^est voulu charger de ce ^^M jugement, et M. de Vendôme a déclaré qu'il en vouloit un arrêt ^^| du Parlement qui doit être donné en audience, au premier jour. ^H
— Mercredi 7, cette cause fut plaidce, et le factum de M. de ^^M Vendôme, en quin2e cahiers in-4'', pubhé par les colporteurs. Son ^^M avocat, Pucelle, plaida sérieusement et ai/ rem. L'avocat Bataille, ^H pour M. d'EIbeuf, commença par vanterie et dit qu'il n'y avoit ^^M personne outre lui pour plaider cette cause, pour être toute à lui ^^M et de son étude. Le barreau trouva cela fort mal dit à lui. ^H
Le duc de Vendôme fait imprimer et débiter son factum : les ^^H
actes de sa légitimation par le Roi Henri IV, son contrat de ^^M
mariage, où la duchesse le reconnoît pour son héritier, la pré- ^^H
séance de la pairie de Vendôme sur celle d'EIbeuf, et, tout en der- ^^H
nier, sa requête tendant à ce que le gouvernement de Bretagne, que ^^H
le Roi, son père, lui assura par son dit mariage, lui soit rendu. ^^H
M. d'EIbeuf publie de même son factum : des aaes et instruc- ^^|
tioQS du roi Louis XIII à la duchesse sa femme, faisant lors devoirs vers Sa Majesté, pour la liberté de son frère, le duc de Vendôme, prisonnier au bois de Vincennes; le testament du sieur de Liancourt d'Amerval, mari de la duchesse de Beaufon, etc. Il y a aussi des abolitions du Roi à M. de Vendôme.
— Vendredi 9, la cause susdite reprise.
— Lundi 12, elle se continue, la Reine ayant envoyé défendre aux parties de s'y trouver.
— Mardi matin j3, la cause fut jugée par arrêt très bref, déclarant le duc d'EIbeuf non recevable en sa poursuite, et les parties, sur leurs instances respectives, hors de cour et de procès, sans dépens.
Ce jour, un colporteur, criant en la place Mauberl le factum et pièces de M. d'EIbeuf contre M. de Vendôme, fut battu par la populace, in gratiam ducis de Beau/ort.
— Mercredi 14, en Parlement, la Reine change son douaire assigné sur le Bourbonnois, et, par une déclaration du Roi homologuée en Parlement, le fait assigner sur !a ville et domaine de Sedan. — Voyez vendredi 16,
L'affaire de la préséance pour les duchés et pairies des ducs de Vendôme et d'EIbeuf demeure encore à juger, ayant été disjointe de l'autre point, i la vive instance du duc de Vendôme.
y6 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [juini65l
Avis que tous les officiers de Parmée signent par ensemble, et se liguent pour se défendre et venger contre le Parlement qui a donné arrêt qui les rend responsables des maux que leurs troupes font, et que les gens de Rosen ne veulent point obéir ni se rendre au rendez-vous de l'armée. Le marquis de Praslin envoyé à Troyes pour cela.
Le maréchal d'Aumont [)arti pour aller commander cette armée. Le sieur de Villequier, son fils aîné, se guérit. Le maréchal d^Hocquincourt y est aussi allé et y a dit-on porté la délibération des Princes, ducs et pairs, maréchaux de France et autres officiers de la couronne, signée d^eux et de bien soixante de la plus haute noblesse, comme ils déclarent tenir et tiennent en effet pour méchants et indignes chrétiens, lâches et malheureux serviteurs du Roi et de TÉtat, et les plus bas et vils d^entre les hommes^ ceux qui, pour pointillé ou intérêt particulier, se battront désormais en duel.
Petit ballet dansé par le Roi. (Voyez la Galette.)
— Vendredi r6, la cause des Reine de Pologne et Palatine du Rhin se devant plaider contre leur neveu, le duc de Mantoue, est remise à la quinzaine.
Ce jour, les Enquêtes, particulièrement la troisième Chambre, continuent et Font éclater le bruit que le cardinal Mazarin revient en France, sur ce que la Reine a pris Sedan à elle, au lieu du Bourbonnois qui lui étoit assigné pour son douaire. Les chefs étoient le jeune Dorât et le vieux Brisart, instigués par Fouquet- Croissy de la même Chambre, en laquelle les deux premiers, quoique de la Tournelle, se rendirent dès mercredi, oli leur proposition n^ayant point passé, ils Pont fait passer aujourd'hui, et députés envoyés par les autres Chambres, les exciter à se joindre, et tous ensemble demander au Premier Président rassemblée du Parlement. Aucuns se sont moqués de cela, comme la quatrième, autres y ont consenti, et allant par députés en la Grande, sous prétexte d^assembler pour voir les informations faites par le vieux conseiller Broussel, contre le cardinal Mazarin, lui qui y étoit présent, a déclaré qu'il n'y avoit encore rien qui méritât ou requît d'être vu, et le Premier Président a dit qu'il ne pouvoit pas empêcher la peur de ceux qui appréhendent le retour du cardinal Mazarin; mais que les arrêts donnés en empêcheroient bien l'effet. L'affaire en est là demeurée.
juin l65l] DE DUBUISSON-AUBENAY. 77
— Dimanche i8, au soir, la Reine fait la collation chez la duchesse de Chaulncs, en la Place Royale.
— Mardi 20, elle en fait autant au château de Vincennes, où les sieurs et dame de Chavtgny la régalèrent. Le Roi s'y trouva sur la mi-relevée. Leurs Majestés furent au doni'on voir les chambres.
— Mercredi 21, au matin, le Parlement assemblé, où étoît le duc de Beaufort, furent choisis, de chaque Chambre, un député commissaire pour aller par les provinces informer contre les gens de guerre, leurs pillages et désordres, l'exaction qu^ils ont faite de la taille en leurs quartiers, etc., et rendre leurs officiers responsables, jusquesà la quatrième génération, suivant l'arrêt pour ce donné et public. Lesdits députés ont demandé pouvoir de juger, ce qui leur a été accordé, qu'ils pouvoicnt faire des cas prévôiaux, et ce, dans les présidiaus desdîies provinces oti ils seroient.
On demandoii l'assemblée pour y agir contre les envoyés vers le cardinal Mazarin, qui sont les sieurs Brachet et Bartei, résident de Pologne. Aucuns y veulent mettreaussi l'abbé Fouquet. Mais cette fois ci on n'en a point parlé. La Reine est soupçonnée d'avouer lesdits envoyés, et les Princes même, quoique les ducs d'Orléans et prince de Condés'en défendent hautement, sont suspects, et aucuns même des frondeurs, avec la duchesse de Chevreuse. Même on y mêle madame de Longueville. (Voyez en juillet, le premier jour.)
Grande pitié des désordres commis par les allemands de Rosen, et encore plus par les François des régiments de Navarre, Languedoc, Valois, Etampes, Palluau, etc., en Thiérache, Laonnois et Champagne Rémoise, etc.
Notre armée est sur la Somme, et vers Amiens, belle et leste, ayant pour six semaines de pain de munition. Celle des Espagnols, conduite par le comte de Fuensaldagne, est près de Valenciennes, en gros ; il y en a néanmoins un peiit corps de sept ou huit mille hommes vers Gravelines et somment les fons de se rendre^ ils se vantent d'aller prendre Gravelines et Dunkerque. L'archiduc est à Bruxelles encore,
Le duc de Beaufort, malade, est transporté de son logis, Quinquempoix, en l'hôtel de Vendôme, dans un brancari porté par douze hommes. Il a des syncopes fréquentes, et le 26 on disoit
78 JOURNAL DES GUERRES CHTILES [juio l65l
que le pourpre paroissoit. On dit que le duc de Vendôme, père, est aussi malade, et M. de Nemours aussi d^une apoplexie.
Après dîner, M. d'Orléans étant au lit depuis quelques jours pour goutte et hémorrhoîdes, se firent là, par le sieur Mallier du Houssay, évéqtie de Tarbes, premier aumônier de madame d'Orléans, deux baptêmes, Fun delà fille aînée de ce dernier mariage, appelée mademoiselle d'Orléans, tenue et nommée Marie (Marguerite-Louise, selon la Galette) ^ par sa demie sœur Mademoiselle, et par le prince de G>ndé : Tautre, mademoiselle de Valois, deuxième fille, tenue et nommée Anne (Françoise selon ladite Ga:[ette)^ par madame de Guise et le duc de Damville, pour le prince de Conti qui étoit malade. Le baptême du duc de Valois, dont le Roi, qui fut là visiter M. son oncle, et la Reine, qui y fut hier, ses parrain et marraine, fut différé à cause qu'il * se porta mal et fut saigné ledit jour, 21 juin.
— Vendredi 23, les Princes ne vont plus au conseil depuis quelques jours ; ce qui donne sujet à plusieurs gens de gloser, les uns que c'est qu'ils appréhendent d'être arrêtés, les autres qu'ils font la grimacç à cause du retour prochain du cardinal Mazarin duquel néanmoins ils sont consentants. Il n'y a que M. le duc d'Orléans qui dit toujours qu'il n'y consentira point, et qu'il sera du côté de tous ceux qui l'empêcheront.
Le maréchal d'Aumont, qui commande notre armée qui est fort belle, a envoyé une proposition au conseil qui est que, moyennant sept millions par an, il entretiendra vingt mille hommes effectifs toute l'année en bonne conche^ et exacte discipline, sans que le peuple en soit aucunement incommodé. On dit que la Reine étant allée voir le duc d'Orléans malade et lui ayant fait valoir cette proposition, il a demandé si Ton vouloit que le maréchal d'Aumont demeurât maître d'une armée en France à perpétuité.
Avis que le marquis de Saint-Mégrin est de retour chez son père, ayant empêché les desseins de l'ennemi sur Balaguer et donné fort bon ordre en toute la Catalogne, qui est en état de se bien défendre et subsister. Les cent mille livres que l'on y avoit envoyés sont, à ce que Ton dit, pour le général Marchin qui y est