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à celte heure. On lui doit envoyer encore cinq cent mille autres livres.

— Le sieurde Verderonne part le mercredi 28 pour son voyage d'Espagne. On lui a baillé mille écus à l'Épargne, en promesse 1 que madame de Guise a converti en comptant, livré au sieur de ' Verderonne. De cette promesse de l'Epargne, ladite dame a voulu que le sieur Dauphin lui demeurât garant par écrit : ce qu'il t fait, à ce qu'il a dit.

Le mercredi susdit 28, se publie parles rues en imprimé la relation de ce qui s'est passé au conseil du Roi, dès il y a quelques semaines (voyez en juillet au [" et les 27 et 3o avril précédents), sur les propositions faites par les sieurs Doublet de Troyes, Gazet ei autres principaux créanciers du Roi, intéressés aux prêts faits à Sa Majesté, et la requête par iceux présentée au Roi, dès l'an passé et qui a été réimprimée. Il s'est aussi publié une suite de cet imprimé.

Députés, lettres ou avis de l'armée que tous les officiers veulent quitter, si le Parlement ne révoque l'arrêt contre eux donné par lequel Ils sont rendus responsables des désordres commis dans les quartiers de l'hiver dernier et de leurs marches ensuite. Ils ont envoyé députés à Paris aucuns officiers principaux, tant di l'infanterie qui se sont adressés au duc d'Épernon, colonel [-général], quede la cavalerie, qui se sont adressés au duc d'Angoulême, colonel [-général] de la cavalerie légère (n'y ayant point de connétable, qui est pour la gendarmerie), afin de les avoir pour protecteur vers la Reine et son conseil. Le duc d'Angoulême alla pour ce sujet à Écouen pour voir le Premier Président à ChampUtreux, où ne le trouvant plus, il revint en cette ville et lui mena le député, auquel le Premier Président parla vertement et enfin, sur la remontrance que le désespoir feroit faire aux officiers ce que le Parlement ne sauroit empêcher, qui est de quiiter le service, il promit que l'arrêt dont ils se plaignent ne seroit que comminatoire.

La duchesse de Longucville a été conduite à Trie, maison du duc son mari, près Gisorsen Normandie, par le prince de Condé, son frère, pour y voir le duc son mari et l'éclaircir de sa conduite, dont jusques à cette heure il a été si mal content qu'il n'a point voulu coucher avec elle et à peine a-t-il mangé.

Ce jour, le duc de Mercœur, s'étant dérobé de son garde, s'évanouit et ne sait-on oCi il est allé, si ce n'est en Bretagne pour se battre avec le comte de Rieux-Elbeuf, qui vint de là le mois de

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mai dernier appeler le duc de Beaufort, qu'il attendit de pied ferme en lieu, à trois ou quatre lieues de Paris, plusieurs jours, ledit duc n'y ayant voulu aller. Cétoit un exempt qui gardoit le duc de Mercœur, les Princes ayant cette prérogative d^étre gardés par des exempts au lieu que les seigneurs et gentilshommes le sont par des archers simples de la garde de la Porte, c^est-Â-dire de la compagnie du Grand Prévôt de PHôtel, ou de la Garde du G>rps du Roi. Autres disent qu^il est allé voir la demoiselle Mancini près de son oncle le Cardinal.

Cependant ledit duc de Beaufort est toujours fort malade du pourpre, en l'hôtel de Vendôme, où la Reine a été pour le visiter. Le premier médecin du Roi, M. Vautier, y est d'ordinaire, ce qui fait croire qu^il n'y a pas de contagion en cette maladie. On propose de lui donner certaine poudre (je pense que c^est Fémétique ou algarot, ou crocus martis^ ou enfin antimoine préparé), qu^un abbé donne, telle que celle qui guérit le sieur de Bournonville. Bouchet et M. de Vendôme en étoient d^avis, mais enfin les méthodiques l'emportèrent et donnèrent la médecine selon l'ordre de la faculté de Paris. M. le coadjuteur et madame de Montbazon, quoique malade et hydropique selon aucuns, selon d'autres grosse, etc., y a été, après qu'il Ta eu demandée.

M. le Prince arrive en poste de Normandie et va voir la Reine, ayant su que M. le duc d^Orléans y avoit été, car il ne Tauroît fait sans cela, s'en étant dispensé quinze jours, durant que ledit sieur d'Orléans a gardé le lit.

— Vendredi 3o, la Reine ayant dit le matin qu'il y auroit conseil le soir, au lieu que hier jeudi, jour ordinaire, il n^y en avoit point eu à cause de la fête de saint Pierre, il n'y en a pourtant point eu encore, à cause que M. d^Orléans, pour être encore venu hier voir la Reine, ayant trop marché ces deux jours, gardoit aujourd'hui le lit par nécessité.

La Reine s^est hautement fait entendre qu^elle ne songe point pourtant au retour du cardinal Mazarin.

Madame de Longueville, de retour de Normandie, où M. le Prince son frère, Tavoit accompagné, se loue d'avoir été bien traitée de M. son mari ; néanmoins le bruit secret de la cour porte qu^il a exigé d'elle qu'elle chasseroit la demoiselle de La Verpillière, et un valet de chambre qui y a aussi sa femme, et que le duc de La Rochefoucauld se retireroit aussi de Paris, ou n'iroit plus à l'hôtel de Longueville.

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Le vent n'est plus pour le sieur de Chàteauneuf, et croît-on que M. [e Chancelier s'affermic dans les sceaux. Toutefois il y ea a qui parlent encore Je M. le Premier Président.

Force crocheteurs, porteurs et menue populace, assemblés prés l'hôtel d'Elbeuf. menaça d'y mettre le feu et fil grande rumeur à cause de la maladie du duc de Beaufori, qu'ils disoient avoir été empoisonné.

On le tient hors de danger de mourir, et sa maladie même non contagieuse, quoiqu'elle parût pourpre.

M. de Brienne entre en mois de secrétaire d'État.

M. de Gesvres en quartier de capitaine des gardes du corps du Roi.

La brigade de cinquante gendarmes de la garde du Roi, commandée par le capital ne- lieutenant comte de Miossens, entre en quartier, mais il n'en fait servir que trente-six.

— Samedi, premier Jour de juillet [grandevam]^ au matin, le Parlement assemblé, sous prétexte ému en la troisième Chambre des Enquêtes, et de là communiqué aux autres, que, contre la teneur de la déclaration du Roi en octobre 1648, on faisoii des remboursements à des particuliers sur le revenu du Roi, aînsî que les gens d'affaires, créanciers du Roi s'en sont plaints en plein conseil d'eu haut, le 27 avril dernier, au Palais-Royal, et le 3o ensuivant à celui d'Orléans, et par leur écrit sous titre de relation, publiée et débitée à Paris, en juin ensuivant. Un conseiller de ladite troisième Chambre étoit saisi d'une requête d'eux contre les fermiers des entrées, les sieurs de Launay-Gravé et de Halus auxquels on fait remboursement par chacun an de ce que le Roi leur doit de vieil, de six ou sept cent mille livres. Ils furent donc demander l'assemblée au Premier Président, qui aussitôt envoya quérir les deux Chambres de l'Édit et de la Tournelle en la grande, où ils délibérèrent et résolurent de faire l'assemblée en laquelle on ne parla que peu, sans rien résoudre de cette affaire des remboursements ; mais on y agita fort la plainte sur la contravention faite au dernier arrêt donné contre le cardinal Maza-

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rin, portanl défense à toutes personnes de le retirer, ni avoir commerce et correspondance avec lui ; au préjudice de qBoi il étoii tout constant et comme public que les nommés Brachet, envoyé de la duchesse de Chevreuse, Bartet, résident de Pologne et envoyé de la princesse Palatine, et le sieur Milet, qui est à M. le duc d^Anjou, dont il a été premièrement sous-gouverneur, et l'abbé Fouquet, avoieni été plusieurs fois à Bruel, vers ledit Cardinal. 11 fut donc arrêté que rarrèi cî-dessus, qui fut lu, seroît exécuté selon sa forme et teneur.

Avis de Brisach que Chartevoii, lieutenant, qui jadis a été au maréchal de Guébriant, ayant gagné la garnison, s'est saisi du sieur de Tilladet, gouverneur, et l'a mis dehors, demeurant maître de la place. On y veut envoyer le marquis de Vardes. On dit que le due de Mercœur y est allé le premier.

Ce jour, sur les quatre heures de relevée, et MM. les duc d'Orléans et prince de Condé, Mademoiselle, madame de LongueviUe et toute la cour, se trouvant au Palaîs-Royal, y fut passé ei signé le contrat de mariage d'entre le duc d'Engbien, âls unique dudit prince, et mademoiselle de Valois, deuxième fille dudit duc d'Orléans et de madame Marguerite de Lorraine, sa seconde femme, qui aussi y étoit présente.

Après cela, se tint le conseil d'en haut, tenu ce jour là extraordinairement, au lieu de vendredi pour jeudi qu'il étoit fête.

Mais des le matin, Lavenage, lieutenant des Gardes, fui par le commandement de la Reine et à l'instance de madame d'Aiguillon, quérir le duc de Richelieu, qui fut amené par le comte de Miossens, lequel intercéda fort pour lui. On lui demandoii trois choses : l'une qu'il s'abstint d'aller à Richelieu, où il pensoit en effet s'en aller ce jour ou l'autre, qu'il promit n'entreprendre jamais rien contre la personne de madame d'Aiguillon, et qu'il ne bougeât de Paris sans expresse permission de la Reine d'en sortir. Il promit les trois.

— Lundi 3, il y eut conseil d'en haut au cabinet de la Reine, à l'ordinaire. Le prince de Conti se montra bien chez la Reine avec la soutane et le manteau long, en habit de prélat, et comme ayant repris tous les bénéBces et envoyé à Rome pour le chapeau de Cardinal, mais n'assista point au conseil.

Le prince de Condé ne vint point là, s'étant trouvé mal et mis au lit i midi. Son carrosse de velours noir à broderie et franges par dedans, boucles, clous et autres oroements d'argent par dehors.

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et vingt habits neufs fon bcaui, en second deuil pour autant de pages, étant prêts pour son voyage en Guyenne.

Requête d'opposition à un arrêt du conseiJ d'État par les créanciers du Roi, le premier jour étant à vider, demeure par les affaires d'État.

Mort du sieur Dufay-Taillis, conseiller clerc au Parlement de Rouen et prieur du Plessis, diocèse de Baycux.

La maladie du duc de Beaufori continue et on en parle diversement; aucuns assurant qu'il est plus en danger que jamais et que le pourpre est rentré pour avoir été trop saigné. 11 fut recommandé es prônes des paroisses hier à la grand' messe.

— Jeudi 6, à deux heures du matin, les princes de Condé et de Conti, la princesse de Condé et duchesse de Longueville s'en vont hors de Paris à Saini-Maur-des-Fossés ; le maréchal de Turenne s'est à onze heures trouvé au lever de la Reine et lui a dit de la part dudit Prince qu'il supplîoit Sa Majesté de ne trouver étrange s'il s'éioit retiré de Paris, sur un avis qu'il avoit d'entreprise faite sur sa personne. Leduc de La Rochefoucauld en a dit autant au duc d'Orléans, qui a été voir la Reine et paru triste.

On dit que le Prince prend prétexte de l'attroupement de quelques soldats du régiment des Gardes, qui se fait es portes de Paris, où ils arrêtent les denrées y apportées des champs, principalement le pain et la viande, afin de les avoir pour eux et vouloient faire passer du vin sans payer d'entrée; il y avoit aussi quelques cavaliers des valets et chasseurs du jeune président Le Coigneux, qui passoient lors, allant vers Saint-CIoud et sembloient être là exprès; et dît que tels attroupements se font pour attenter contre lui,

— Vendredi 7, le Parlement assemblé sur le sujet de l'arrêt donné contre les officiers des troupes qui y on: commis les excès dont il est parlé le 28 juin, le duc d'Orléans présent, le maréchal de Gramont y étoit aussi, a dit qu'il y avoit trois députés de l'armée ici pour se plaindre de l'arrêt qui rend responsables les officiers, aussi bien les absents comme les présents, et non seulement eux, mais encore leurs enfants et héritiers. Sur quoi, les gens du Roi, ouïs après que le Premier Président a eu dit qu'il n'y avoit en l'arrêt qui a été exhibé lu et examiné rien que conformément aux ordonnances, ont parlé et dit que tout arrêt qui porte amende, intérêt ou restitution, passoit jusques à la postérité, parce qu'un

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homme ne pouvoit pas être mulcté d'une partie de son bien que ses descendants ne s^en sentissent et que ce ne fussent eux qui le payassent. Que quant aux officiers absents, s^ils Tétoient pour cause légitime, c'est-à-dire par maladie, congé du général ou envoyés ailleurs, il est certain qu'ils en étoient exceptés, non pas ceux qui contre leur devoir s'absentent, après avoir pris leur part du butin ou pour laisser butiner leurs soldats impunément.

On est passé de là aux commissaires de la cour pour les envoyer informer dans les provinces, et on a parlé de trouver un fond de vingt mille livres pour cette dépense. Là dessus un président a dit que les deux Chambres des Requêtes Tétoient venues prier de parler pour elles et remontrer que quoiqu'ils ne fussent, à cause de leurs commissions, que juges premiers et de sentences à appel, néanmoins, si on les considéroit de la sorte qu'ils le dévoient être, et comme du corps du Parlement, et conseillers ainsi que ceux des Enquêtes, ils ne dévoient pas être exclus d^aucune commission de laquelle les autres conseillers du Parlement sont capables. Il y a eu là-dessus grande rumeur un quart d^heure durant, et le Premier Président a dit que crier et faire bruit n'étoit pas le moyen de s'entendre ni vider d'affaires, et qu'ainsi il valoit mieux tenir là-dessus conférence particulière ce jourd'hui sur les 5 heures, ce qui a été arrêté.

Après cela, le prince de Q)nti, là présent^ en habit court, a dit qu*il y avoit un gentilhomme de la part de M. son frère, attendant pour entrer, et présenter une lettre de sa part au Parlement. Il a donc été Ëiit entrer et sa lettre lue, qui étoit un compliment et respea. Le prince de Q)nti a dit que le sujet de sa retraite à Saint-Maur étoit l'avis certain qu'il avoit d'entreprise sur sa personne, et qu'il y avoit eu gens assemblés pour cela jusques à nombre suffisant pour le venir attaquer en sa maison. M. le duc d'Orléans a dit qu'il avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour ôter de l'esprit de M. le Prince toute défiance, et le mettre en repos et sûreté du côté de la Reine et qu'il n avoit pu. Sur quoi, le Prince de Q)nti a dit qu'il ne s'en falloit étonner, puisque c'étoit l'esprit du cardinal Mazarin qui gouvernoit encore l'Etat, la Reine ne faisant rien que par le conseil et induction des sieurs Servien, Le Tellier et de Lyonne, confidents et créatures du Cardinal, et que tant que ces gens seroient près de la Reine il n'y auroit point d'assurance pour les Princes, dont le Cardinal étoit mortel ennemi. Le Premier Président a dit que si M. le Prince s'est

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retiré par le seul motif de l'appréhension qu'il auroii eu que l'on n'entreprît sur lui, cela étant naturel, il seroit excusable en quelque sorte, quoi que cela ne laissât pas de produire un très mauvais et important effet en ce que la nouvelle en étant, comme elle est déjà sans doute portée es pays étrangers, cela faisoit en eux contre nous un terrible effet et préjugé; mais qu'en fin de compte lasuite de ceiieaifaire et les événementsquien soniroient i feroient voir et connoîu-e s'il n'y avoit rien de prémédité en cela de la part de M. le Prince, qu'au reste la Reine ayant su que cette ! lettre devoit être apportée, et que M. le Prince de Conii se trc veroit en Parlement, avoit envoyé vers lui, priant que l'on ne 1 délibérât aucune chose là-dessus, que premièrement elle n'eut 1 déclaré ses intentions, On a donc arrêté que les gens du Roi | iroient sur les cinq heures de ce jour vers la Reine prendre ses ,| intentions pour le lendemain,

— samedi 8, le Parlement étant assemblé, être icelles référées ei délibéré dessus.

En effet lesdits gens du Roi furent au Palais-Royal à cinq heures; mais la Reine ne les voulut voir ou expédier qu'en présence de M. d'Orléans qui ne vint qu'à sept heures et demie, et lors elle leur bailla un papier commençant par : v Messieurs n et qui n'étoit pas signé, lequel a ce matin été représenté et lu en l'assemblée des Chambres, où M, d'Orléans s'est trouvé et M. le duc de La Rochefoucauld (le coadjuieur de Paris y étoii comme au précédent), avec le prince de Conti qui est venu en soutane et habit long, et a encore répété son accusation contre les sieurs Servien, Le Tellier et Lyonne et a dit que tant que ces gens là et autres seroi en t près de la Reine, il ne falloit espérer que les Princes pussent avoir sûreté à la cour, ni prendre confiance à la Reine.

Sur ce mot et autres, s'est levé grand bruit, et a-t-on dit que cela étoii trop général et faisoit bien voir que ce n'éioieni pas ces trois seules personnes qui tenoient au cœur à M. le Prince, mais qu'il cherchoit querelle et ne vouloit qu'il y eut personne à la cour que les siens, et tàchoit d'en chasser tous les autres. Et a le Premier Président fort vertement parlé sur cette retraite si soudaine, en conséquence de ce qu'il en a dit dès hier, jusques à dire que les ennemis de la couronne en prendroient espérance d'une guerre civile. Sur quoi le prince de Conti s'étant écrié, le Premier Président avoit dit que ce n'étoit à faire à lui de l'inter-

Joi de parler, et qu'il parleroii

lilliciLni El ^

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dirait, selon son avis et conscience, tout ce qui lui sembleroit à propos. Le Prince répliquant qu'il ne pouvoir souffrir qu'on parlât de guerre civile au sujet de M. son frère, qui ne pensoil point à la faire, le Premier Président a dit que Ton devoit parler des choses selon les apparences afin de les prévoir et détourner autant que l'on pouvoit, etc.; puis, à fin, disant que M. d'Orléans éioît pour terminer cette affaire, ramener M. le Prince à la cour et lui faire prendre confiance, que s'il y avoil quelque chose à faire en cela de la part du Parlement, il n'y seroit manqué en façon du monde. Et là'dessus se sont levés.

Le maréchal de Gramont part de grand matin pour s'en aller en son gouvernement de Héarn, très mal content du prince de Condé, vers lequel étant allé, de la part du Roi, de la Reine et de M. d'Orléans, lui représenter le tort qu'il se faisoîl de témoigner de la défiance, et lui protester de toute sûreté, il ne le voulut ouïr que toute sa maison et officiers, jusques aux marmitons ne fussent venus; elle fit parler tout haut et en leur présence, puis le voulut charger de quelques paroles rudes à porter à la Reine,

Ce matin samedi, le duc de Damville, de la part du Roi et de la Reine, ayant avec lui le sieur Goulas, de la part de M, d'Orléans, dont il est l'un des secriîtaircs des commandements, fut à Saint-Maur porter parole de réconciliation et sûreté au Prince qui envoya vers tout son monde ei le fit lever pour Être présent à ce que diroii le duc de Damville, lequel îl fil parler tout haut.

— Dimanche 9, billets imprimés par ordre des commissaires du Parlement s'envoyoient au nom et par la voie du Procureur Général aux curés de Paris pour les publier au prône, afin d'avoir révélation de ceux qui ont été vers le cardinal Mazarin depuis sa retraite hors le Royaume, et savoir de quelle part ils y ont été. L'abbé Fouquet, frère dudit Procureur Général, est, â ce qu'on dit, un de ceux-là.

Conseil de Conscience tient chez M. le Chancelier, où le comte de Brienne, qui est en mois de secrétaire d'État, prie M. du PIcssis Guénegaud d'assister en sa place, étant déplaisant de ce que M. de Lyonne, secrétaire des commandements de la Reine, emporte sur lui et ses compagnons d'être saisi du registre dudit conseil et d'en faire le rapport à Sa Majesté, à leur préjudice.

Prieuré du Plessis, près Bayeux, en commande, vacani par la mort du sieur Dufay-Taillis, conseiller au Parlement de Rouen, arrivée le lundi 3 de ce mois, y est agité.

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— Lundi matin lo, le Parlemeoi étant assemblé, le duc d'Orléans a envoyé s'excuser et remettre à demain. Cependant il a envoyé le sieur de Belloy, l'un de ses capitaines des gardes, à SaJnt-Maur vers le prince de Condé pour l'ioviier Prévenir en cour.

Ce jour, la Reine envoie vers ceux du Parlement qu'elle sait être royaux les prier d'être fermes.

Mort de cette nuit de ta maréchale de L'Hôpital, jadis dame des Essans, prétendue femme du feu cardinal de Guise, dont elle a eu des enfants encore vivants, comme elle en avoit eu du feu roi Henri IV. Elle étoit bâtarde et ne saii-on pas assurément qui éioit son père. Son commencement fut en Angleterre avec madame de Bcaumom-Harlay, femme de notre ambassadeur, et dès lors sa beauté donna des atteintes à la réputation de sa chasteté.

Ce soir nouvelle est arrivée que le duc de Mercœur étoit à Brisach : le lendemain fausse, mais la vraie est qu'il étoit à Bruel, près Cologne, oti il a publiquement épouse la demoiselle Mancini, nièce du Cardinal.

— Mardi matin 1 1, le Parlement étant assemblé, où le prince de Conti s'est trouvé en habit long, qui a dcsavouc certain manifeste du prince de Condé toucbani sa retraite ù Saim-Maur, où il est parlé de la négociation que le coadjuteur de Paris, là présent en Parlement, a avec le sieur de Lyonne contre le Prince, dont l'un est ennemi mortel et l'autre créature du cardinal Mazarin. Il a dit aussi que le gentilhomme qui vint vendredi apporter une lettre à la Compagnie de la pan de son frère le prince de Condé étoit encore là avec une autre lettre, qui a été fait entrer et il a donné sa lettre qui a été lue, contraire toujours à ceux qui sont près de la Reine. Le Premier Président a fort prié et insisté à M. d'Orléans d'accommoder cette affaire-là, et lui s'est toujours excusé disant y avoir fait tout sans gagner d'ôter la dé&ance au Prince.

Mademoiselle d'Orléans y fut voir dans une lanterne, ayant la duchesse de Chcvreuse avec elle, qui la mena même comme une inconnue en son carrosse.

Le sieur Laisnc, conseiller de la Grande Chambre, a dit en opinant que, si l'on amène les trois hommes dont est question et qu'ils se trouvent coupables, il n'y a rien qui l'empêche que tout le premier il n'aille à leur faire leur procès; maïs que d'opiner que l'on chasse de la cour trois hommes sans qu'il paroisse du

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crime dont ils sont prévenus, il ne le fera jamais. Enfin on a fait venir les gens du Roi sur ce que le prince de G>nti et aucuns de la Compagnie demandoient que l'on délibérât ce qui est à faire pour le Prince, pour donner leurs conclusions. Ils ont dit quMl Salloit faire comme la fois précédente, à savoir porter la lettre du Prince à la Reine et savoir aujourd'hui ses intentions ; et puis voir demain ce que l'on feroit. Et là dessus, qui a été arrêté, on s'est levé.

Le manifeste du prince de G>ndé, fort mal écrit par le nommé du Bosc Montandré, chétif homme, qui vit de ses compositions. Quelques jours après il a eu un grand coup d'épée qui lui a abattu le nez dans la rue par gens appostés ; et dit-on que c'est de la part du marquis de Vardes dont il parle fort indignement. Sur le désaveu et un petit écrit qui en a été imprimé, il a fait un second manifeste pour soi-même.

L'après-dîner, M. d'Orléans est allé à Reuilly, au jardin du sieur Rambouillet, où le prince de Condé l'est venu trouver et a été deux heures avec lui.

Naissance d'une infante Marguerite en Espagne.

Placards imprimés affichés à Notre-Dame et ailleurs, avec titres, « Advis aux gens de bien, » grossièrement et mal faits, trouvés le lendemain matin^

— mercredi 12, que le Parlement assemblé, le coadjuteur de Paris a longuement harangué, disant qu'il ne falloit point craindre que le cardinal Mazarin revint, cela étant hors de son pouvoir, et toutes voies lui en étant retranchées : et concluant à ce que contentement fût donné aux Princes touchant l'expulsion des trois créatures qu'il a près la Reine, les sieurs Servien, Le Tellier et de Lyonne.

Le conseiller Payen a fait récit de la gratitude que M. le Prince luy témoigna à son retour de la prison, en lui demandant en quoi il le pourroit servir. Ledit conseiller le pria de vouloir oublier ce qu'il pourroit avoir contre le sieur de Lyonne, mari d'une Payen sa parente, ce que le Prince lui promit. De dire à cette heure si Lyonne a fait nouveau déplaisir à M. le Prince qu'il n'en sait rien ; mais tant y a que, pour le bien de l'État, il conduoit aussi que Lyonne et les autres eussent à se retirer.

Deux opinions ont été ouvertes et suivies : l'une députer vers M. le Prince, le prier de retourner près du Roi, et que, tant M. d'Orléans que le Parlement même, feroient tout ce qu'il &ut

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pour sa sûreié ; l'autre que très humbles remontrances seroieni faites à Leurs Majestés à ce qu'il leur plûi donner contentement aux Princes. La conclusion remise a demain.

— Jeudi i3, Parlement assemblé, les deux opinions dès hier ouvertes se sont continuées avec une troisième qui est celle du Premier Président portant que M. d'Orléans seroit prié par la Compagnie d'accommoder cette affaire-là.

— Vendredi 14. arrêt en l'assemblée portant qu'il sera députe vers la Reine pour la remercier de ce qu'elle a déclaré de vive voix et par son écrit envoyé au Parlement par les gens du Roi le 7 dernier, que son intention est que jamais le cardinal Mazarin ne retourne en France et ta supplier d'en donner sa déclaration en bonne forme au Parlement, et donner au surplus lout contentement que les Princes demandent pour leur sûreté. A quoi M. le duc d'Orléans sera aussi supplié de s'entremettre et rendre tous ses offices vers la Reine.

De cet arrêté l'on dit que les Princes font semblant n'être pas assez contents ; mais quant â la Reine, elle en est fort mal satisfaite, parce que dans le contentement entier des Princes est comprise et enveloppée la retraite des personnes que lesdîls Princes veulent chasser d'auprès d'elle.

Bourgeois de Paris vont à Saîni-Maur voir M. le Prince qui les festoie et festine et leur donne encore bouteilles de son vin à emporter.

Placarts imprimés et affichés au bout du Pont-Neuf et à l'École et au parvis ou portail de Noire- Dame, à la fontaine Saint-Séverin, écrits à la main, contenant avis aux Parisiens comme les traitants et maltôtiers ont envoyé cent mille écus au cardinal Mazarin pour le mettre en état de retourner fort par deçà jusques prés de Sedan, d'oti le maréchal d'Aumont lui a mandé qu'il se hâtât d'aller à Paris, oii il seroit bien reçu et trouveroii le prince de Condé arrêté prisonnier.

Députation ici, en cour, du lieutenant et garnison de Brisach qui demandent pour gouverneur un neveu du maréchal de Guébriant. Le marquis de Vardes, neveu de la maréchale de Guébriant, y est donc allé. Celui-ci est mal avec M. d'Orléans, dont il a quitté le service et n'a pu âtre reçu de M. le Prince, à qui il se vouloit donner ; mais la Reine t'a recueilli, et on dit qu'elle lui a donné des provisions de Brisach.

— Samedi i5, encore une lettre, troisième, de M. le Prince,

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dont le prince de G)nti est chargé et doit être présentée au Parlement assemblé jeudi prochain 17. Toutefois il ne s^assembla point et ceue lettre^ feinte ou véritable, n^a été que pour hâter le Parlement d'envoyer prendre les dernières intentions de la Reine.

Cependant le prince de Condé met garnison dans la grosse tour de Bourges, se saisit de quelques châteaux entre Bourges et Montrond et y met garnison, retient ses régiments vers là ; et ceux de lui, son fils, frère et partisans, qui étoient avancés même en Picardie, pour joindre à notre armée, pressés de ce Êiire, ont refusé, disant qu^ils ne feroient rien que par Tordre de M. le Prince quUls attendoient. Font grands ravages et désordres partout.

Ledit Prince a constamment tiré de TÉpargne pour seize cent mille livres d^assignations, les meilleures, plus claires et prêtes qui fussent en TÉpargne, même celles qui étoient pour la Maison du Roi.

Avis que le sieur Arnaud-Corbeville, gouverneur du château de Dijon, qu'il retient pour M. le Prince, s'est voulu rendre maître de quelques portes et postes de la ville ; et y étoit favorisé par les anciens amis et partisans du Prince, contre lesquels le peuple s^est ému et a fallu qu'Arnaud se soit désisté. Cet avis n^est pas net et fort vrai.

— Mardi 18, à quatre heures de relevée, les gens députés du Parlement furent au Palais-Royal ; et â la harangue du Premier Président, la Reine répondit qu'elle donneroit la déclaration qu'ils demandoient portant Texclusion du cardinal Mazarin de retourner jamais en France et Tordonneroit au Chancelier, vers lequel ils pouvoient envoyer les gens du Roi au premier jour pour la concerter et composer à leur désir^ Et quant aux autres demandes des Princes qui y fondent leurs sûretés, elle en conféreroit avec M. le duc d^Orléans et suivroit en cela ses bons avis. Il y avoit grande foule en cette aaion.

Publication dans Paris par les colporteurs de la lettre circulaire de M. le Prince à tous les parlements de France, avec l'arrêt du parlement de Bordeaux du i3 contre les oc Mazarins », comme le peuple les appelle.

Madame de Longueville malade d'une grosse fluxion qui lui apostume en une joue.

— Mercredi matin 19, on trouve des placards pour la troisième

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fois affiches au bout du Pont-Neuf, portant force injures sales et

ordes au cardinal Mazarin et à ses amis et créatures, qui sont encore

en cour, et menaces, s'ils ne s'en vont, de les aller saccager en leurs

maisons.

Le soir, tous les amis des sieurs de Lyonne, Servien et Le Tellier leur vont dire adieu sur leur partement et le congé qu'ils doivent ce soir prendre de la Reine.

La nuit même, le sieur Le Tellier se retire en sa maison de Cbâville, par delà Meudon.

Les autres deux s'en vont le lendemain, qui est le jeudi 20.

A deux heures après midi, le duc d'Orléans va trouver la Reine et puis les Princes qui éioient à Reuilly, en la maison du sieur de Rambouillet, et revient sur les cinq heures chez la Reine oti le conseil d'en haut fut tenu, après lequel les députés du Parlement firent à la Reine leur remerciement de ce qu'elle avoit déféré à leurs remontrances du 18.

En ce temps le nommé du Bosc ou Montandré, auteur du manifeste de M. le Prince et d'une autre deuxième pièce ou « Manifeste de l'auteur qui a composé celui de M, le Prince, «en laquelle il se manifeste et déclare qu'il est celui qui a jadis fait la pièce iniitulce « Iran tyranni, » eut le nez abattu par gens qui l'accostèrent en la rue et lui dirent que c'éioii pour avoir parlé des gens de qualité avec indignité. On dit que ce sont les Vardes, dont il parle ainsi dans son deuxième manifeste.

— Le vendredi 21, le Parlement assemblé pour faire par la bouche du Premier Président la relation, tant de ce qui s'étoit passé le mardi iS, en la députation vers la Reine, que hier. Le prince de Condé s'y est trouvé, M. le duc d'Orléans n'y étant point, le prince de Conii non plus, ni le duc de La Rochefoucauld ; mais le maréchal de La Moihe y etoti. Le Premier Président a primé et dit à M. le Prince que lui et toute sa Compagnie se réjouissoient fort de le voir là bien retourné A Paris, ce qu'ils ne croyoïent pas qu'il eût fait sans voir le Roi et la Reine.

Le Prince a parlé bas et foiblement et dit qu'il ne trouvoit point des sûretés si, dans la déclaration que la Reine doit envoyer au Parlement, comme le cardinal Mazarin est exclus de retourner jamais en France, il n'y a aussi que les trois congédiés ne retourneront jamais en cour.

Le Premier Président a réparti que jusques à cette heure le Parlement, M. le dv.c d'Orléans, leurs Majestés môme avoicnt

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suivi de point en point les sentiments de lui ; que Ton avoit des lettres, sur lesquelles on s'étoit réglé et sur les demandes verbales de M. le prince de Conti; que tout avoit été accordé et exécuté et n^y avoit apparence aucune de faire après cela des propositions nouvelles et venir à Paris et en Parlement sans voir Leurs Majestés, puisque l'on avoit promis de se rendre près d'elles aussitôt que les trois hommes qui n'y sont plus en seroient dehors ; que la Compagnie croyoit les intentions de M. le Prince bonnes; mais que ce n^étoit pas assez qu^elles le fussent, s'il ne les manifestoit par des effets, dont on ne pût douter. Que d'être venu à Paris sans voir Leurs Majestés, c^étoit donner sujet aux brouillons et méchants qui sont dans les provinces d^y faire du mal et accroître le désordre que la retraite de M. le Prince y avoit déjà produit.

Là dessus M. le Prince a dit qu^il iroit trouver M. le duc d'Orléans et en conférer avec lui. Le Premier Président a répliqué que d^aller trouver M. d^Orléans, c'étoit bien £ait, non pour délibérer d'une chose qui se devoit feire, mais pour prendre Poccasion que ce fût avec lui et en sa compagnie que M. le Prince allât se présenter devant Leurs Majestés.

Là dessus on s'est levé et le Prince étant allé voir M. d'Orléans^ s'en est retourné à Saint-Maur dîner.

— Samedi 22, voyez la Galette.

— Le dimanche 23 se passe avec bruit, faux pourtant, que la Noblesse assembloit dans les Cordeliers.

Le duc de Beaufort s^en va prendre Tair pur, se fortifier en la maison d^Anet qui est à madame de Vendôme sa mère : et comme la tête lui étoit ébranlée par le mouvement du carrosse, on Ta mis à cheval et tenu à quatre, de peur qu^il ne tombât. Il fut dimanche à Notre-Dame et tout le peuple y accourut pour le voir.

— Lundi matin 24, le Parlement se devoit assembler et déjà les officiers de M. d'Orléans y étoient venus chercher leurs commodités es coins et lanternes, quand Son Altesse Royale manda quMl ne viendroit point; et ainsi n'y eut point d'assemblée. La raison de cela fut que le train du prince de Condé, à mulets chargés de meubles, étant arrivé dès le matin, Son Altesse arriva tôt après et fut au Palais d'Orléans. Le bruit courut qu'il iroit à trois heures au Palais-Royal voir le Roi et la Reine; mais au lieu de cela il passa devant ledit Palais^ accompagné de plusieurs carrosses, et, sans entrer, fut au Cours où le Roi étoit, qui s'en alloit baigner

juillet l65l] DE DUBUISSON-AUBENAY. çS

à Clichy. Ainsi se passa la journée sans qu'il vît Leurs Majestés.

La Reine avoit èié saignée et gardoit le lit.

Ledit Prince fut ce même jour voir la duchesse de Monbazon.

M. d'Orléans, fort hautement fâché du peu de respea que le Prince a rendu en cette action à Leurs Majestés, lui, n'ayant jamais voulu rien faire de semblable, ni approcher du Palais- Royal toutes les fois qu'il n'a pas été bien avec la Reine.

— Mardi 25, on trouvaau bout du Pont-Neuf et autres endroits des placards, comme M. le Prince ne trouvoit point ses sûretés d'aller au Palais- Royal, mais espéroii pourtant qu'il les auroit dans Paris oîi il n'y avoit point de bon citoyen et françois qui ne souhaitât sans doute sa conservation et n'y apportât ce qu'il faudroii pour y contribuer. Il a depuis été imprimé et vendu par les colporteurs très publiquement sous le titre de u quatrième affiche » qui est ici avec les trois autres'.

Avis que le parlement de Bourgogne avoit envoyé de Dijon à M. le Prince sa lettre telle qu'il l'a écrite à tous les parlements de France et que le parlement de Grenoble en avoit fait autant que celui de Dijon.

Autre avis de Rouen que le parlement y avoit donné un arréi portant défense de travailler aux fortifications du Pont-de-l' Arche sous peine d'être pendu ou étranglé sans autre forme de procès et injonction au régiment de Conii d'en sortir et vider dans certain jour.

Le Premier Président de Rouen est retourné de Paris, où il éioii venu lorsque M. de Longueville arriva à Rouen.

Bruiiqueles princesse de Condé et duchesse de Longueville sont parties de Saint-Maurj>our s'en aller à Mouron ou Montronden-Bcrry.

— Mercredi 36, au matin, les mêmes députés que ci-devant, des gens du Parlement furent mandés au Palais-Royal ou la Reine, par la bouche du Chancelier, leur dit que c'étoîi avec grand déplaisir qu'elle eût sujet de se plaindre de la conduite de M. le Prince, à qui Sa Majesté avoit, au désir et remontrances d'eux députés, donné tout ce qu'il avoit demandé pour lui ôier tous sujets et prétextes de se tenir loin de la Cour, mais au contraire l'inviter à s'en rapprocher et s'y rendre, comme encore à présent

t. Voyez la note Ju mois de mars ci-dessus, page 17.

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elle Ty invitoit^ lui promettant toutes les sûretés et en prenant à témoin le Parlement qu'elle en rend dépositaire. M. d'Orléans, là présent, recommanda que le Parlement réprimât la licence de faire des placards.

— Jeudi 27, au matin, se trouvent placards encore plus séditieux et horribles que les autres précédents.

— Vendredi 28, M. le Prince se fait voir au Cours avec son beau carrosse, livrée et suite^ faits pour son voyage de Bordeaux et en même pompe comme si il y fiaisoit son entrée; on dit que même il a passé comme cela par devant le Palais- Royal. On dit que demain les dames sa femme et sa sœur partent de Saint-Maur pour aller à Montrond et que de là la première au moins ira à Bordeaux. Quelques chariots chargés de leur bagage sortent de Paris pour commencer voyage.

On parle de changement pour les Sceaux, que Ton rebaille au Premier Président, pour la Surintendance^ sur quoi les mutionnaires sont allés déclarer à la Reine qu'ils ne fourniroient plus rien s'ils n^avoient de nouvelles sûretés du prochain surintendant futur, et du retour pour M. de Châteauneuf pour être ministre.

— Samedi 29, retour du duc d'Orléans de Limours à Paris, sur le soir, il étoit gai et fut voir la Reine et eut avec elle un gai entretien.

Arrêt du Parlement le 29, publié à son de trompe et affiché, portant défense de faire ni débiter placards ou libelles scandaleux, sur peine de trois mille livres d'amende et punition corporelle.

Cependant on ne laisse pas de trouver le lendemain, dimanche 3o, des placards affichés en divers lieux sous le nom du duc de Beau fort, faits par les partisans de M. le Prince et débités par les colporteurs.

L'arrêt d'entre MM. de Vendôme et d'Elbœuf du i3 Juin se publie aussi.

— Lundi 3i, le Parlement étant assemblé, le duc d'Orléans manda qu'il n'y pouvoit aller. L'assemblée fut remise au lendemain mardi.

août i6Si]

DE DUBUISSON-AUBENAV.

M. de la VrîUière en mois de secrétaire d'Étal.

— Mardi [Cybelen], i" août, le Parlement ne s'assembla point encore, mais fut remis au lendemain,

— mercredi 2, que M. d'Orléans et M. le Prince s'y trouvèrent ; et y eut arrêté que le registre seroit fait des paroles que la Reine donne pour la sûreté de M. le Prince et que les commissaires du Parlement travaiileroieni incessamment pour avoir la déclaration promise touchant l'exclusion du retour du Cardinal à perpétuité, ainsi que les Princes la désirent ; que M. le Prince seroit prié et exhorte d'aller au Palais-Royal voir Leurs Majestés; que M. le duc de Mercœur seroit averti de venir lundi prochain 7 prendre sa place au Parlement et faire relation de son voyage, en rendre compte et de son mariage; que les nommés Bartet, Brachet et Siron seroient assignés par devant les commissaires susdits, pour rendre compte de leurs voyages vers le cardinal Mazarin ; que les commissaires auroient soin d'empêcher sur la frontière à ce qu'il ne se fit plus de tels voyages ; que tous les domestiques du cardinal Mazarin étrangers, particulièrement le nommé OndéJei, seroient appréhendés au corps s'ils se trouvoienl en France (celui-ci ne fait qu'arriver de devers ledit Cardinal et a été épié et découvert], et qu'il seroit aussi informé contre ceux qui ont tenu conseil depuis la liberté de M. le Prince pour le faire arrêter de rechef. (Voyez ci l'arrêt en forme.)

Avis du Havre, du premier de ce mois, par une lettre du sieur de la Grange, oliicier dans la citadelle, comme le 29 du passé, le nommé la Ronce, maître tireur d'armes, chef et capitaine de sept autres criminels, eut la question ordinaire et extraordinaire et puis fut rompu vif et étranglé sur la roue, la lète mise sur la porte de la citadelle vers la ville; cinq des autres pendus et étranglés, et leurs tètes mises, à savoir : du nommé Le Travers, sur la porte de la ville dite d'Ingouville ; de Saint-Amour, au bastion royal ; Du Clos, au bastion de la Reine ; de la Fleur, de Monsiierviller, au bastion de Richelieu ; de Champagne, de Rouen, au bastion Saint-Jean. Et les deux autres, l'un dit Longchamps, banni du Royaume pour neuf ans, et l'autre, dit La Montagne, de Caen, condamné aux galères à perpétuité, assistèrent à l'exécution des

96 JOURNAL DES GUERRES CIVILES [aoÛt l65l

autres^ tout nus, en chemise, et firent aussi tous amende honorable, la torche ardente à la main, par sentence du prévôt des bandes et du conseil de guerre. On dit que ç^a été le chevalier de Frequiennes qui a fait toute cette entreprise. Il est à M. de Longueville et ne parolt point.

Ensuite a été arrêté le nommé Saint-Jacques, jadis valet du sieur de Bar, tandis qu'il gardoit les Princes prisonniers, lesquels il aidoit en toutes leurs correspondances, à cause de quoi ils le prirent à eux lorsqu'ils furent mis en liberté et lui donnèrent charges chacun, le prince de Condé de valet de chambre et garderobe, le prince de Conti de porte-manteau, et M. de Longueville de maréchal des logis. On croit qu'il étoit de cette entreprise, puis qu'il s'étoit rendu au Havre, où il est prisonnier, courant même fortune que les autres ci-dessus.

— Jeudi 3, qu'il y eut conseil d'en haut chez la Reine, le prince de Condé y alla avec M. d'Orléans; et la Reine les ayant bien reçus et menés tous deux dans son petit cabinet des Muses, ils en sortirent avec visages joyeux et contents.

— Vendredi matin 4, on a trouvé sur les boutiques et dans les allées ou avenues des maisons, en divers lieux de la ville, des libelles contre le prince de Condé, ce disent aucuns, ou pour lui contre le Coadjuteur, comme les autres disent.

Le prince de Conti fut ce jour en Parlement assurer la Compagnie que le prince de Condé, son frère, avoit déféré à leur prière et étoit allé au Palais- Royal, où il avoit vu le Roi et la Reine.

Le sieur Guyet, secrétaire du Parlement, est allé vers le duc de Mercœur pour l'avertir de se trouver lundi prochain en l'assemblée du Parlement, suivant l'arrêté du deuxième dernier.

Réception de M. François Vallée, sieur de Chenailles, en la charge de conseiller en Parlement^ ce qui a donné occasion d'assembler les Chambres.

Ce jour, le prince de Conti fut au Parlement, sans que Ton en sache au vrai la raison ;

— et samedi 5 encore. On dit que ce fut pour voir le cours du marché et faire entendre à la Compagnie la déférence que M. le Prince, son frère, avoit portée à ses désirs en voyant dès jeudi au soir le Roi et la Reine.

On dit que lesdits Princes frères ne sont pas assez satisfaits de l'accueil que la Reine leur fait.

Samedi au soir, sur les sept heures, le Roi retourna à cheval.

août l65t] DE DUBttSSON-AUBENAY. 97

au trot ou petit galop, à Clichy, oti il continua son bain commencé en la rivière depuis huit ou d iï jours, quoique à celte relevée il eût fait de la pluie. Le prince de Condé étoit lors au cours de la Reine avec son beau carrosse tout plein.

Carrosse du prince de Condé fait pour son voyage de Bo^• deaux, est de velours noir en broderie, molets et crépines d'argent, clous, boucles, agraffes et autres ornements, entre lesquels il y a des couronnes fleurdelisées d'argent massif. C'est pou.- le petit deuil de feu madame sa mère. Son train est de même : pages et valets de pied ont pourpoints de cuir et chausses de drap noir chamarces de galons d'argent; les pages de la Chambre ont des pourpoints de satin noir.

— Dimanche 6, le sieur de Monbrun-Souscarrière fait voir au Roi et â M. le duc d'Anjou en la rivière de Seine, au-dessous de Nigeon et Chaillot, une espèce de ballet de triions ei sirènes par des hommesayani loul le bas, jusques à la ceinture, dans des figures de queues de poissons, de clisse ou bois, soutenues de vessies pleines de vent qui les empêchent d'aller à fond et les soutiennent au milieu de l'eau, en sorte que les personnages montrent tout leur haut qui est de Hgure humaine.

La Reine d'.\ngleterrc se relire en la maison qui fut au maréchal de Bassompierre à Chaillot, où clic a, pour vingt mille ècus d'achat, depuis deux mois logé et installé six ou sept filles choisies du monastère des filles de l'Annonciation, dites de Sainte- Marie, de ia rue Saint-Anioine, près la Bastille,

Métayer, valet de chambre ou barbier du cardinal Mazarin, arrèié. Il est aussi chirurgien du Roi et a été arrête à Louvres en Parisis, par gens â cheval de M. le Prince qui lui ont pris soixante pistoles, ses pipiers et lettres, dont aucunes sont en chiffre, et l'ont mené à Chantilly. Il dit qu'il s'en alloit en Flandres, pour affaires qu'il y avoit particulières.

Navailles, gouverneur de Bapaume, que l'on croit être chargé de paquet, se sauve et retire heureusemem pour lui. — Faux.

— Lundi 7, Parlement assemblé, où le duc de Mercœur s'est trouvé; et là, en présence des duc d'Orléans et prince de Condé, a dit, en termes fort généraux, qu'étant du corps de la Compagnie, il éioil venu lui témoigner ia déférence qu'il ponoit ù ses arrêts, et lui rendre compte, que, même sans être averti, il lui auroil rendu volontiers comme il n'avoit fait aucune chose contraire à ses arrêts précédents. Interpellé par le Premier Président s'il

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M. de Lamoignon, maîire des Requêtes, avec sa compagnie colonelle de ce i|uariier li, d'y venir en diligence pour réprimer le désordre naissant, et qui mettoit cette maison au sac et pillage, ei ensuite en eût peut-être mis beaucoup d'autres. Le peuple s'en étant rendu maiire, la marquise s'est sauvée, on ne sait par où ni

Arrêt du Parlement, ensuite publié par la Ville à son de trompe, portant surscance d'un autre arrêt de la Cour des Monnaies, publié un jour ou deux auparavant et portant défense d'exposer aucuns des nouveaux réaux d'argent de la fabrique de Pérou : ladite surséance, jusqucs à ce qu'après avoir ouï les consuls et corps des marchands de Paris, il en ait été autrement ordonné.

— Samedi 12, le Parlement assemblé sur la requête d'opposition présentée par les gens d'affaires, créanciers anciens du Roi contre les fermiers des entrées et la remise que le Roi leur fait sur leurs fermes. — Voyez le mois précédent.

Le sieur du Parquet, gentilhomme de Normandie, vice roi ou gouverneur pour le Roi en l'île de la Martinique, arrivé par Holiandc à Paris en juillet dernier, part d'ici pour s'en aller aux eaux à Bourbon, se faire traiter d'une contraction ou faiblesse de nerfs qu'il a es mains et doigts repliés en dedans et ne pouvant s'étendre, ce qui lui est provenu de grandes coliques qu'il a eues.

Ce jour, le duc d'Orléans dit à la Reine qu'il falloil réassigner la tenue des Etats Généraux prochains, après la majorité du Roi dans Paris. Elle répondit que la Noblesse avoit demandé qu'ils se tinssent à Tours, et que cela avoit ainsi été résolu du consentement de lui-même. II répliqua que, s'ils ne se tenoient à Paris, elle se perdoit sans conserver l'État. Elle répliqua qu'elle vouloit conserver l'Étal et, pourvu qu'elle le fit, elle ne se soucioit pas de se perdre. Il persista â dire qu'il les falloit tenir à Paris.

On parle diversement de M. le Prince en cette occasion, dont il est, sans se faire paroitre.

On parle aussi de rappeler au ministérîat M. de Cbâteauneuf et le Premier Président.

M. le Prince a retiré les troupes qui sont à lui et à son frère et beau-frère de l'armée, où, sans se joindre aux grands corps, elles étoient en un petit séparé, sous le commandement du marquis de Tavanes, et les a envoyées dans les places de Champagne qui sont à lui et â son frère. Les Espagnols ont aussi de beaucoup

ùt i65i]

DE DUBOCSSON-*

renforce la garnison qu'ils ont à Stenay. Les dames, sa femme et

sa sœur de Longueville, sont à Montrond.

Le duc de Beaufon, reiourné d'Anct, où il ëtoit allé prendre l'air, et tout guéri.

Bruit que le duc de Mercœur s'en est allé. Mais il est dans Paris secràtemeni, savoir chez la dame d'Ampus. sa cousine, ou ailleurs, il ii toujours sa chambre au Palais-Royal, qui est celle où logeoit mademoiselle Mancini, à présent sa femme.

Le duc de Vendôme est aussi en cette ville oti il tâtonne voir si l'on romproit le mariage de son fils aîné par le défaut d'une cérémonie qui est celle des bans, lesquels n^ont point éié publics.

— Jeudi 17 au matin, le Roi a mandé au Parlement qu'il eût à lui envoyer ses députés; et le président de Guénegaud l'étoit de la troisième Chambre. Là le Chancelier, au lieu de parler, a baillé et fait lire par le comte de Brienne, secrétaire d'État, un écrit auxdiis députés en forme de déclaration du Roi, contenant premièrement la confirmation des promesses que le Roi ci-devant a faites de ne rappeler jamais le cardinal Mazarin en France; puis passant à dire comme le prince de Condé, après avoir reçu la liberté du Roi, avoir été remis en toutes ses charges, avoir tiré de l'Epargne en assignations ei fonds les plus clairs seize cent mille livres (ce nombre n'y est point spécifié, mais bien entendu, pour ceux qui le savent bien d'ailleurs, sous ces mots u sommes immenses «). ses frère et beau-frère en avoir eu de même et tous ses partisans et amis été comblés de grâces et bienfaits, avoir feint entreprise sur sa personne et mécontentement pour expulser et mettre hors du conseil du Roi ceux qui pouvoieni servir Sa Majesté contre ses mauvais desseins, s'est retiré à Saint-Maur, ou est demeuré à Paris sans voir le Roi, contre l'expresse promesse que publiquement il avoit faite et fait faire en plein Parlement; a fait bravade et insulte à Leurs Majestés à la face dudit Parlement et de toute la ville; a fait afficher et débiter des placards séditieux (le moi de placard n'y est pas non plus exprimé, mais bien entendu sous autres mots; il fut rayé par M. d'Orléans, comme aussi l'article du Havre de Grâce ici dessus meniionné); a 1 défendu à ses troupes de joindre notre armée et de servir le Roi, ■" et a commandé ou souffert qu'elles fissent toutes les insolences et pillages qui se peuvent faire sur les sujets du Roi; a dépéché courriers versTArcbiduc et le comte de Fuensaldagneet les ennemis pour traiter avec eux et les a fait escorter par sesdiics troupes

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ès passages; a empéirhé que la garnison espagnole ne sortît de Sienay ei Ta fait renforcer.

Le duc d'Orléans y étoii présent, ayant été averti dès hier au soir à six heures. Le prince de Conti s'y est aussi trouvé et a dit que M. son frère sauroii bien se justitîer. La Reine a répliqué que s'il le peut faire il lui fera grand plaisir, ei qu'elle ne souhaite rien plus qu'il se justilie bien et revienne à soi.

Ce jour, comme on a su depuis, la Noblesse étant assemblée en la ville de Chartres pour faire sa députaiion aux Étais Généraux, Il y eut querelle avec les lieutenants criminels et particuliers dont le peuple se mêle, de sorte que le sieur de Ronciéres et deux autres gentilshommes furent tués, plus de vingt blesses, le reste battu, outragé, pillé par la populace.

Après dîner, les autres cours ont été mandées au Palais-Royal, et le Gouverneur, Prévôt des Marchands et Corps de la Ville. Le* six corps des marchands furent chez le gouverneur de la ville l'assurer qu'ils étoient pour le Roi.

— Vendredi matin i8, émeute dans le Palais contre un homme qui parloit au désavantage du prince de Condé et qui eût été assassiné par les menus gens, s'il ne se fût sauvé dans un greffe de la Cour des AiiJes.

Autre honnête homme, nommé Rigaud, ami des commandeurs de Jars, de Souvré et d'Elbène, logeant dans le Temple, s'élant' trouve dans la salle du Palais avec quelques chevaliers et com- \ mandeurs de Malte, une dame Anne, femme des Halles, l'ayant aperçu a dit qu'il étoit le secrétaire du Mazar)n;et, aussitôt investi, a re<;u cent coups et a été traîné à la Conciergerie, d'oCi il n'est sorti que la nuit suivante secrètement, en carrosse de ses amis.

Ce même jour, les imprimeurs ordinaires du Roi fournirent aux ministres secrétaires d'État et grands officiers de la couronne et de la justice l'écrit du Roi baillé aux députés des Corps dès { hier. Il a été ensuite débité par la ville le lendemain par les colporteurs.

Le Parlement assemblé, a parlé de l'affaire des fermiers des entrées et de la remise que le Roi leur fait, sur la requête présentée par les créanciers du Roi intéressés aux prêts, com plaignants, d'un arrêt du conseil d'État en faveur desdits fermiers et de la consomption et pure perte que le Roi fait de dix-sept millions par an.

M. le Prince fut pourtant au Parlement ce Jour-là pour s'y

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justifier, ce dit-il. des choses à lui imposées, et dont il prenoit à témoin M. le duc d'Orléans. On envoya donc promptement vers Son Altesse Royale Tinviier de venir au Parlement, dont il s'excusa sur une saignée que l'on lui venoii de faire pour raison d'un dévoiement qu'il avoit eu la nuit jusques au sang et crainte de dyssenierie.

— Samedi 19, le Parlement assemblé au matin et les princes de Condé et Conti s'y trouvent. M. le duc d'Orléans, s'excusant sur son indisposition, y envoie un écrit signé de lui et d'un secrétaire de ses commandemens. Le Premier Président ayant fait sa relation de la députaiion d'hier et lu Pccrlt du Koi, a lu ensuite celui qui venoîi d'être envoyé par M. le Prince, puis M. le Prince a parlé sur les points contenus en l'écrit du Roi, demandant à se justilîer devant la Compagnie ; ei, après avoir parlé, a baillé un écrit pour réponse à celui du Roi, auquel celui de M. d'Orléans est de beaucoup différent et contraire, quoique celui du Roi ait été fait avec la participation de Son Altesse Royale, qui y raya même quelque chose avant que l'on le mît au net : puis demeura d'accord du reste, qui est à ce qui a été mis es mains des députés du Parlement, et lu à eux premièrement en sa présence, sans qu'il y trouvai rien à redire.

Quant h l'écrit de M . le Prince, il y accuse M. le coadjuteur de Pans d'un conseil violent et dont ledit sîeur Prince ne se voulut pas servir et qui est qu'à Pâques dernières, les Sceaux ayant été donnés au Premier Président sans la participation de M. le duc d'Orléans ci de lui premier Prince du sang, le conseil, assemblé au Palais d'Orléans, la nuit même, ledit sieur Coadjuteur opina à ce que l'on fît mettre la ville en armes et que, de force, on allât au logis dudit Premier Président pour lui 6ter lesdits Sceaux, ce que lui. Prince, n'auroit voulu faire.

A cela, ledit sieur Coadjuteur, là présent, a répondu qu'il est vrai que lui étant demandé son avis par Son Altesse Royale, sur ce sujet, il avoit dit que S. A. R. étant ce qu'il est, oncle du Roi et lieutenant général dans le Royaume, on ne pouvoit faire aucun changement ni établissement au conseil du Roi et es offices de la Couronne, tel qu'est celui fait du jour précédent, au changement d'un Garde des Sceaux, contre le gré de Son Aliesse Royale, non seulement contre le gré de sadiie Altesse Royale, mais même sans son exprès consentement ; et que, si l'on le vouloit faire, S. A. R. avoit assez de crédit en la ville de Paris pour l'empêcher ou rompre

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et cesser ce qui -en auroit été fait. M. le Prince a répliqué que ledit sieur Coadjuteur avoit opiné positivement qu'il falloit aller de force en la maison du Premier Président lui enlever les Sceaux; et qu^il s^en rapportoit au témoignage de ces trois Messieurs qui étoient lors audit conseil, en montrant et nommant les ducs de Brissac, de Beaufort et de La Rochefoucauld, là présents.

Le Coadjuteur a réparti qu'il s'en rapportoit à M. le duc d'Orléans, chez qui et en la présence de qui cela ^'étoit passé.

Après cela, Ton a demandé aux gens du Roi, là présents, leurs conclusions qui ont été que les écrits tant de M. le Prince que de M. d'Orléans et celui de ce matin dévoient être portés au Roi pour voir ce que Ton feroit là dessus; eux retirés, on a parlé de délibérer sur lesdites conclusions des gens du Roi, pour raison de quoi ils se sont retirés et aussi les princes de Condéet deConti, et aussitôt on a commencé la délibération, dont la fin a été remise à lundi prochain.

Avant rassemblée générale, les trois Chambres assemblées ont reçu le jeune président Le Coigneux en la place qu'il avoit en survivance de son père, qui est fort malade, a fait son testament et été saigné cinq fois hier. Ce jeune reçu au mortier étoit président es Requêtes du Palais. — Cela a été dit ; mais la vérité est que la réception, qui a été faite ce matin, est du fils aîné de M. de Mesmes d'Irval en la survivance de M. le Président, son père. Il s'appeloit M. de Cramailles et à présent M. d'Avaux, depuis la mort de son oncle.

Durant l'assemblée, les Prévôt des Marchands et échevins sont venus dire à la Compagnie, par ordre du Roi, que les États Généraux se tiendroient à Tours au temps promis. — Voyez la Galette du 26 qui raconte ceci plus certainement et avec députation à faire en l'Hôtel de Ville pour lesdits États Généraux. — Pour laquelle députation, voyez ladite Ga\ette au vingt-quatrième jour.

A la sortie, quelque canaille a crié sur le coadjuteur de Paris « au Mazarin », et certaine dame Anne, des halles, à qui la

Reine \ à son retour dans Paris après le blocus et qui hante à

présent chez M. le Prince, a dit tout haut qu'il se falloit prendre garde des Mazarins et du Premier Président qui étoit un traître.

— Dimanche 20 au matin, on a trouvé par la ville et sur les ponts de trois ou quatre sortes de libelles imprimés, l'un pour

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