DÉCEMBRE
M. de La Vrillière en mois de secrétaire d^Etat.
— Le vendredi (frangens), premier jour de décembre, le Parlement assemblé, M. le duc d^Orléans dit que le duc de Damville, ci-devant envoyé vers lui de la part du Roi, avoit hier reçu une lettre de la Reine, comme il auroit à presser l'enregistrement de la déclaration du Roi ; et ce, suivant et pour les raisons qu'elle écrivoit par le courrier qui suivoit à son frère le duc d^Orléans ; partant, prioit de remettre l'assemblée à demain, que ledit courrier étant arrivé, il auroit la lettre de la Reine et pourroit faire
L n'ay
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savoir à la Compagnie lesdiies raisons pressantes pour l'enregisirement de la déclaration du Roi.
Le conseiller Coulon, qui n'est plus en charge, mais entre en l'assemblée comme vétéran, a fort parlé contre l'approche et entrée prétendue en France du cardinal Mazarin, qui est à Dinant.
— Le samedi z, le Parlement assemble, M. d'Orléans a dit avoir reçu lettres de la Reine, mais non les raisons que M. de Datnville disoil y être pour l'enregistrement; et sur ce que le Premier Président et les gens du Roi ont insisté audit enregistrement, et que les gens du Roi ont dit avoir reçu, par un courrier inconnu et apposté, un paquet tout ouvert dans lequel il y avoLt une lettre au Parlement, fourrée et remplie d'une remontrance de M. le Prince et manifeste de ses armes au Roi, M. d'Orléans a demandé à voir les registres des aimées i6i5 et i6r6, pour y voir comme tout s'étoii passé en l'afiaire du prince de Condé, ce qui a consommé l'heure jusqu'à dix, que M. d'Orléans étoii hors de sa place et sepromenoii parla Chambre.
Sur quoi quelques conseillers ayant dit que c'étoit une honte de s'assembler ainsi pour ne rien faire, et prié le Premier Président de reprendre sa place, et lui et eux s'étanl rassis, le duc d'Orléans, voyant cela, s'est aussi remis en sa place. El y a eu arrêt par lequel l'assemblée étoit remise pour tout délai à lundi prochain 4 du mois, pour y travailler depuis huit heures du matin jusqu'à onze heures, voire jusqu'à midi, s'il y a apparence de finir et conclure sur ledit enregistrement.
On dit que. vendredi au soir, une requête de récusation contre le Premier Président fut dressée, signée et mise ês-mains du conseiller de Longueilau Palais d'Orléans.
— Dimanche 3, au matin, courrier de M. de Brienne, secrétaire d'Etat, arrive de la cour à M. du Plessis de Guénegaud, autre secrétaire d'État, restant a Paris, qui tout aussitôt est allé chez le maréchal de L'Hôpital et de là chez le Garde des Sceaux. Le paquet porte que le comte d'Harcourt, étant arrive dans La Rochelle, a fait passer en un bateau un mineur vers les cent cinquante officiers et soldats gardant la tour de Saint-Nicolas, et leur dire que la mine étant prête à jouer, il les faisoit avertir, étant marri s'ils se perdent, qu'après cela il n'y avoit plus de quartier; lequel il leur ofîroit cependant, s'ils se rendoient et contraignoient le commandant d'en faire autant. Ce qu'eux n'ayant pu gagner sur lui, ils l'ont tué et jeté par une ouverture
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dans le fossé, d^où le peuple Ta retiré et traîné par les rues et mis en pièces. Le tout confirmé par une relation envoyée de la cour, fors l'article du peuple qui ne se confirme pas.
Lettres de la cour du 27 novembre arrivent ici. J'en ai du comte de Miossens-Albret.
Avis de Barcelone qu'une sortie des assiégés avoit enlevé tout un quartier et tué huit cents des assiégeants, qui, déjà incommodés des eaux en leurs logements, s'étoient retirés. — N'est pas tout vrai.
Avis que la garnison de Damvillers s'étoit, comme l'an passé, saisie du commandant et même Ta voit tué, puis crié : « Vive le Roi, » et envoyé vers Sa Majesté. — Faux.
Que les troupes venues de Flandres et conduites par Castelnau- Mauvissière sont jointes à celles du comte d'Harcourt. Il y a quatre mille cinq cents hommes.
Que le prince de Condé est à Saintes ou dans Brouage, oti le comte du Daugnon le régale. — Ce dernier fort incertain ou faux.
— Lundi 4, M. d^Orléans n^est point allé au Parlement, mais y a envoyé son chancelier, M. deChoisy, pour l'excuser et lui dire que Ton eût à faire ce qui seroit expédient.
La requête de récusation contre M. le Premier Président n^a point paru. Il y a eu trente-sept ou trente-huit voix contre l'enregistrement. Le reste a été pour et a passé.
L^arrét porte que, si ensuite il y a lieu de faire le procès aux dénommés en cette déclaration, les formes anciennes y seront gardées et ne pourra celui des princes du sang être fait, que les pairs, les autres princes et le Roi présents ; celui des complices par le Parlement.
— Mercredi 6, nouvelles de Bordeaux ici manuscrites. Autfes de la cour du 2 de ce mois portent que l'armée du Prince,
de neuf à dix mille hommes, ayant passé à Tonnay-Boutonne, étoit près du quai Charroux, grand marais du pays desséché, dit la Petite-Flandre; et celle du comte d'Harcourt, de sept à huit mille hommes, de toute autre valeur, de l'autre côté dudit quai, vers Surgères, où ledit comte avoit laissé ses bagages pour marcher et combattre plus légèrement, le Prince qui s'étoit retiré au delà de la Boutonne ayant fait rompre après soi le pont de Tonnay.
De relevée, qui fut belle, M. d'Orléans prêt à sonir en carrosse pour aller promener en plaine de Grenelle, une populace du
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faubourg, en nombre de deux cents ou près, enirôrent en sa cour. L'un de leurs chefs s'approcha depuis et lui parla; puis le reste cria : « La paix, Monseigneur, nous mourons de faim, u H leur dit qu'il y avoii fait tout son possible et n'y pouvoit faire davantage. Ils s'en allèrent adonc, disant qu'ils alloient voir la médaille {sic). Et en chemin, à ceux qu'ils accosioîent, ils disoient que l'on les envoyoit chez le Premier Président, où ils furent, le conseil y étant indici pour le payement des Suisses dont le colonel général, maréchal de Schonberg, là présent, fit fermer les portes de la cour dudit Premier Président, qui les fit ouvrir, afin que, de celte populace, qui voudroîent, entrassent; et lui se tint en une fenêtre, parlantàM.du Plessis-Guénegaud, secrétaire d'Etat, résidant à Paris par ordre du Roi durant l'absence de Sa Majesté, et à d'autres, sans s'émouvoir.
Ceux de l'enclos du Palais vinrent lui parler avec émotion et lui ne leur en témoigna point et les renvoya tout en raillant.
Le maréchal de L'Hôpital sortit et fut en l'Hôtel de Ville pour y donner les ordres nécessaires. Le marquis de La Vieuville, surintendant des finances, arrivant chez lui, il lui dit : a Ces gcns-Ik sont du faubourg Saint-Germain et songent à vous, comme ils font à moi. n Ils ne firent aucune insoIence;mais comme lesurimcndant s'en alla, partied'euxlegucttoient à une des portes du Palais, que les laquais tinrent ouverte, et le carrosse qu'ils pensoient arrêter fut de toute sa roideur et leur échappa. Ils jelèrent coups d'épée, d'estoc et de taille, que les portières et le manteau de Garsalan, commis es finances qui y étoit, reçut. Us menacèrent que l'on les verroil samedi.
Dès le soir même, M. d'Orléans envoya faire compliment et s'offrir à M. le Premier Président, ce qui fut diversement interprété.
— Jeudi matin 7. arrêt du Parlement portant défenses, sur peine de la vie, de s'attrouper. Ordre à tous officiers, archers et sergents de se saisir des premiers attroupés, les conduire aux prisons pour y être leur procès fait et parfait sur-le-champ, et eux, comme criminels de lèse majesté et perturbateurs de l'État, punis du dernier supplice.
— Ledit arrêt imprimé, trompette pa- la ville et affiché le vendredi 8.
— Le samedi 9, dès huit heures du matin, le Parlement assemblé avec grandes contestations, le duc d'Orléans représenta
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que le cardinal Mazarin, par attentat contre les arrêts du Parlement et déclaration du Roi enregistrée au Parlement le 6 septembre, avant sa majorité, étoit sur la frontière pour rentrer dans le Royaume ; demanda que les informations qui ont été faites par le sieur Broussel, conseiller de la Grande Chambre, fussent représentées et lues, ce qui a été fait et ne s'y est rien trouvé. On s'est levé à dix heures et remis la partie à lundi prochain.
Cependant on a crié par les rues une lettre de M. le Prince à Messieurs du Parlement; mais cela n^a point duré et peu de gens l'ont cru. On dit qu'elle a été portée à Messieurs du Parlement, qui ne l'ont point voulu voir, comme étant pièce fabriquée dans Paris. Autres disent que c^est la lettre avec les remontrances reçue dès le 2 de ce mois, lors de rassemblée du Parlement, — et est vrai.
Dès le jour précédent, vendredi matin, M. d^Orléans envoya quérir M. d^Aligre, l'un des six commissaires nommés par le Roi en ses lettres de l'onzième octobre, lues en Parlement le 14, pour assister Son Altesse Royale en l'accommodement qu'il a pouvoir de faird pour M. le Prince avec Sa Majesté-, et ce, pour le même sujet, et sur une lettre que Sadite Altesse Royale, à ce qu^on dit, a reçue pour cela de M. le Prince.
— Samedi 9, après dîner, le maréchal de UHôpital, gouverneur de Paris, assembla dans l'Hôtel de Ville les colonels et capitaines et autres officiers quarteniers et leurs subalternes, pour donner ordre aux assemblées et attroupements de la canaille, avec ordre aux bons bourgeois de se tenir prêts pour telles occasions, afin de réprimer le désordre et faire main basse, en cas de besoin, sur les séditieux.
— Lundi II, le Parlement éunt assemblé, M. d^Orléans a envoyé sVxcuser sur la goutte qu^il a en la main; et rassemblée a été remise à vendredi prochain.
Le nommé Maillard, chef de la canaille qui fut au Palais d'Orléans et puis chez le Premier Président mercredi 5 dernier, a été pris et amené aux prisons du Châtelet. Son propre nom est Le Fèvre ; mais il a pris le nom de sa mère, par lettres du Roi, qui portent aussi anoblissement.
Le soir, à 5 heures, courrier de la cour arrive chez M. le Garde des Sceaux, apportant la défaite des troupes du prince de Condé, sa retraite par Tonnay-Charente, où il fait sauter la tour et rompre son pont de bateaux, que le comte d'Harcourt, survenant,
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a fait refaire et passer'son armée en Saintonge, I^ relation en fut aussitôt imprimée et débitée le lendemain par les colporteurs.
L'a près -dîner, les colonels des quartiers envoient leurs ordres à leurs lieutenants et capitaines de leur quartier de venir le lendemain,
-~ mardi 1 2, & midi, au logis de chacun d'eux, pour aviser et établir l'ordre qu'il y a à prendre entre eus, afin de réprimer les assemblées de la canaille.
En ce moment, courrier arrive de Dijon apportant la reddition du château au duc d'Épcrnon, gouverneur de la vîllc et de la province, suivant la capitulation faite du commandant La Planchette avec le duc d'Epernon, dès le 8 dernier, imprimée à Paris, et débitée le
— mercredi i3, auquel jour, le matin à huit heures, le Parlement assemblé, le coadjuieur de Paris, qui recommença dès le samedi à venir au Palais, où il n'étoît point entré depuis qu'il y courut risque de sa personne, ayant en tête M. le Prince, il y a trois mois environ, lorsque tant l'un que l'autre allèrent accompagnés de leurs amis. Ce jour donc il s'y est trouvé et a longtemps parlé sur les calomnies basses dont on l'attaque. Après quoi, l'on est venu aux opinions sur la proposition faite dès samedi et les conclusions des gens du Roi. Et comme ça été au sieur de Fleury-Machault, conseiller es Requêtes, il a dit force choses à l'avantage de M. le Prince, ainsi qu'il fit dés novembre, lorsque le sieur Gaumin parla aussi. Et a noté bien fort le Coadjuteur, sans pourtant le nommer, mais pariant généralemeni des choses qui se preuvoieni interpréter de lui, qui, se semant piquer, l'a interrompu. Lors s'est élevée grande rumeur, laquelle enfin le Premier Président, par signes, a apaisée et puis a dit que ce n'éioii point la coutume d'interrompre aucuns de la Compagnie; à quoi le Coadjuieur a réparti que l'outrage que l'on lui faisoit en présence, après s'être plaint de celui que l'on lui avoit fait en absence, ne le laissoient pas maître de soi-même; et que de ce transport il étoit marri et en fatsoit excuse k la Compagnie. Ainsi Machauli a repris son discours et a dit que ce n'étoient point calomnies, mais vérités très claires, et s'adrcssant à lui, lui a reproché la brigue qu'il faisoit du chapeau de cardinal, à l'aide du cardinal Mazarin et de sa cabale.
Lors le Coadjuieur l'a de rechef interrompu, disant en criant que c'étoit M. le duc d'Orléans qui lui avoil fait l'honneur de le
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porter ei assisier de sa faveur au cardinalai; mais le murmure s'étant une seconde fois élevé plus fort que la première, on en a cette fois donné le tort à Machault, qui avoît nommé et trop outré le Coadjuteur.
On a poursuivi les opinions et un a dit que jadis on avoit mis à pris la létc de Tamiral Coligny, et que son avis étoit que l'on y mit celle du cardinal Mazarin. Un autre et puis un autre ont opiné qu'il le falloit condamner à la mon, et que tous ceux de la Compagnie qui étoient bénéticters et ecclésiastiques eussent
Le Premier Président a dit la différence qu'il y avoil pour l'amiral de Coligny, qui éioît rebelle, ennemi du Roi et de la Religion, l'un des chefs du pani contraire au royal, et à qui l'on avoit fait le procès par toutes les formes, et puis comme il fut condamné à mon ei que l'on ne le pouvoit prendre, on mît sa téieà prix. Que le cardinal Mazarin n'éioit point condamné, et qu'il n'y avoit contre lui que de simples informations, sans autre procédure. On a cru que ces propositions de condamner un homme à mort sans preuves ni formes juridiques précédentes, et, qui plus est, le lenir et iraiicr déjil comme condamne, étoit un moyen inventé pour faire sortir le Coadjuteur de la Compagnie.
Enfin arrêt a êié donné, suivant les conclusions des gens du Roi, tendant à députer vers le Roi pour lui faire très humbles remontrances pour maintenir sa déclaration du 6 septembre et empêcher le retour du cardinal Mazarin; à quoi les avis ont ajouté que Sa Majesté seroii suppliée d'écrire à tous les princes de la chrétienté les raisons qu'elle a eu d'exclure à jamais de retour le cardinal Mazarin ; et M. d'Orléans vouloit aussi que le Roi leur écrivii de ne point recevoir et souffrir en leurs Étals ledit Cardinal, ni même recevoir aucune parole ou proposition de lui pour négocier et traiter ni de paix, ni de guerre, ni d'affaire quelconque qui concerne la France. Ce qui n'a pas été.
Les députés sont le président de Beilièvre, Meunier- Lartige et Sainctot, de la Grande Chambre, et de chacune des Enquêtes : un de la première, Scvin, jeune conseiller; de la deuxième, Voisin, d'âge vert; de la troisième Ponail; de la quatrième de Brillac; de la cinquième, Caumanin, tout jeune.
Le sieur de Gaucoun va en cour ou vers M. le duc d'Orléans, en vertu du pouvoir de faire l'accommodemeni apporté de la cour à Son Altesse Royale par le sieur de Verderonne.
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— Jeudi 14, Tarrêt du Parlement d'hier, imprimé, a éié vendu et débile par la ville.
Mort de M. Dupuy Taîné, conseiller d'État, garde du trésor des chanes et de la bibliothèque du Roi, rue de la Harpe, audessu<; de Saini-Côme.
— Vendredi et samedi i5 et 16, grand et commun bruit que le Cardinal revient; aucuns assurent qu'il est à Péronne. — Faux. Lettres de Dinant du 8, comme il y est; autres de Sedan du gouverneur, le sJeur Fabert, du 12, parlant de lui comme étant à Dinant.
Lettre dudit Cardinal à M. d'Elbeuf portant qu'il a à sa dévotion cinq à six mille hommes, qu'avec son adresse et ses amis il & assemblés et levés et avec lesquels il peut entrer en France pour y servir le Roi, si ledit duc d'Elbeuf le lui conseille. A quoi ledit duc a répondu qu'il seroil toujours avoué et loué de conserver lesdites troupes au Roi et empêcher que nos ennemis ne s'en prévalent; mais que, quant à ce qu'il proposoit de les amener luimême en France, il ne croyoit pas qu'il fût encore temps et ne lui conseilloit pas. Puis ledit duc a envoyé au Premier Président, Garde des Sceaux, à Paris, la lettre dudit Cardinal, avec copie de la réponse.
Mon de la marquise de Cœuvres, fille de la maréchale d'Esirëes de son premier mariage avec le marquis de Thémines, dont elle étoii unique hériiiére. Elle a laissé trois enfants mâles pour tout. Le dernier, né depuis peu, dans sa maladie. On l'a ouverte et s'est trouvé son poumon tout pourri et plein de pus.
— Samedi matin 16, Lambert, courrier du comte de Brienne, secrétaire d'État, arrive à Paris, apportant dépêches.
Le bruit est que le Garde des Sceaux est mandé en cour. Le maréchal de L'Hôpital écrit pour empêcher cela.
Ce matin, le marquis de La Vieuvilie part en poste et va en cour.
Lettres de Bordeaux du 7, et de la cour du i3, comme le prince de Condé est en un château dit la Bergerie, à une lieue de Saintes, vers Brouage, et appartenant à un du nom de La Rochefoucauld ; poste avantageux entre Talmont de Garonne, oti les Espagnols 9om fortifiés, et Saintes, et ayant Brouage derrière soi, tout proche, par oii il se peut retirer, comme aussi le peut-il par Talmont, s'il se veut fier aux Espagnols,
Cependant les siens sont journellemeni aux escarmouches avec
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ceux du comte d'Harcourt, dont il y avoit, selon le bruit de ce matin, faux et malignement supposé, deux mille défaits.
On fait Parmée du comte d^Harcoun de dix à douze mille hommes, grossie des transfuges de celle du prince de Condé et des nouvelles levées de toutes parts. Il y a encore cinq ou six régiments de l'armée de Flandres, naguères passés par les marches de Picardie et Normandie et près Paris, qui s'y en vont.
— Dimanche 17, M. le duc d'Orléans dépêche le duc de Damville pour s^en retourner en cour et le maréchal d^Estampes pour s^en aller vers M. le Prince, pour son accommodement. Mais le duc de Dam ville, emmenant avec soi le sieur de Saumery lepère, part seulement lundi ou mardi 19, et le maréchal d'Estampes, encore retardé jusques après l'assemblée de mercredi 20 en Parlement ,
— car dès lundi 18, les trois Chambres étant assemblées pour aviser à couper pied et arrêter Pénorme augmentation des monnoies, les députés des Enquêtes vinrent demander l'assemblée générale, sur une lettre du duc d^Elbeuf accompagnant une dû cardinal Mazarin, qui témoignoit le désir qu'il a de rentrer en France.
Le Premier Président leur fit récit de cette lettre, disant que le Cardinal avoit écrit de Dinant-sur-Meuse, oti il est, au duc d'Elbeuf en Picardie, comme il avoit des troupes allemandes toutes prêtes pour entrer avec lui en France au service du Roi, s'il le jugeoit à propos. Ledit duc lui avoit répondu que c'étoit bien £tiit de s'assurer des troupes, mais que de venir en personne avec elles et entrer en France il ne croyoit pas qu'il fut de saison, et ne lui conseilloit point.
La lettre du Cardinal, avec copie de la réponse du duc, envoyée par lui à Paris ont été envoyées en cour au Roi par le Garde des Sceaux, ainsi qu'il a dit auxdits députés, lesquels firent encore instance pour Passemblée. Mais elle fut remise au lendemain,
— mardi 19, que M. d'Orléans n'y étant point venu, il fut arrêté que ce jour-là il seroit invité et prié de venir le lendemain
— mercredi [20], qui est ce jourd'hui, que le Parlement étant assemblé, le conseiller de Longueil a fortementparlécontreceuxque l'ambition fait agir au préjudice du bien public; a touché lecardinalat, et comme le Roi a privé justement les cardinaux du ministère d'État et de son conseil; et a dit force choses qui ont bien désigné le Coadjuteur, là présent, qui pourtant s'est à ce coup retenu mieux
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qu'il ne fit contre Machault-Fleury le mercredi i3. Enfin a éié arrêté, en la présence et de l'avis de M. d'Orléans, que commissaires du Parlement iroient en la frontière pour informer de la levée faite nouvellement de troupes : par qui, comment et pour- , quoi r exhorter les gouverneurs des pays et places de tenir la main forte et eux-mêmes avoir l'œil à ce que la déclaration du Roi du ' 6 septembre et Iss arrêts donnés contre le retour du cardinal Mazarin soient exécutés à la rigueur. — Voyez l'arrêt imprimé.
Le mardi 19, il fui encore parlé des monnoies; auquel jour on publia un avis bien raisonné, sans auteur pourtant, contenant les raisons puis les moyens de réduire les monnoies à leur ancien pied.
Avis de conséquence, comme les troupes lorraines ont passé A Mariencoun, par le pont sur la Meuse, à Givei et de là tirent à Luxembourg vers Arlon, puis, descendant entre Metz ou Thionville, vont gagner les sources de Marne et les voisinages de la Saône pour entrer par le Bassigny en Bourgogne, pour l'aSaîre de Seurre-Bellegarde, que l'on dit être bloque parle marquis d'Hu- | xelles, lieutenant général sous le duc d'Epernon, pour le com- ■ mandement des troupes du Roi,
Avis de dom Estevan de Gamarra du 1 6, de Bruxelles, à poste, à certains marchands (comme Plumers, etc.), Flamands habitués à Paris, fait ii poste pour divulguer que le cardinal Mazarin a ses passeports de TArchiduc et du Roi même pour entrer en France; mais un chanoine de Cambrai, homme sincère et bien sensé, écrit du 18 au sieur Caverot ici, que le cardinal Mazarin est à Dînant, sans qu'il paroisse qu'il en doive partir ^ et le bourguemestre de Dinant écrit du 1 2 au marchand Plumers, à Paris, que, quoi qu'on dise en France du cardinal Mazarin, ils le trouvent honnête homme et bonne personne, qui vit bien en leur ville, paie bien, ses gens bien doux et réglés, et qui font comme leur maître venir beaucoup de hardes el meubles de Paris pour s'accommoder en leur ville, ainsi que s'ils n'en dévoient jamais partir.
— Vendredi 22, après le parlement du maréchal d'Estampes, vint avis de la cour, par courrier de M. de Brienne, qu'il a rencontré en chemin M. Le Tellier, à trois carrosses, y allant ; que les Garde des Sceaux, surintendant des finances et M. du Plessis de Guénegaud, secrétaire d'Etat, sont mandés aussi en cour pour ces fêtes prochaines,
Que les États se remuent à Tours, oti les députés de Bretagne vont et ont leurs logis marqués.
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— Samedi matin 23^ on crie par les rues l'imprimé de l'arrêt donné contre le retour du cardinal Mazarin, mercredi dernier 20.
Ce jour, du matin, ou dès le soir précédent, arrive Pierrot, jadis laquais, pour le présent valet servant de courrier au comte de Brienne, secrétaire d'État, qui envoie de la cour étant à Poitiers, Tordre au Garde des Sceaux d'y aller avec tout le Conseil.
Le soir arrive Hairon, courrier en titre d'office dudit comte de Brienne, apponant dépêche à M. du Plessis, secrétaire d^État, laquelle ayant vue, il est dès le soir même allé chez le maréchal de L'Hôpital, et, dit-on, que leur partement, qui se devoit faire jeudi prochain est retardé jusqu^au dernier jour de cette année ou au deuxième jour de Tan i652.
— Samedi 23 arrive de la cour le sieur de Brégy, jadis ambassadeur en Pologne, et apporte au Garde des Sceaux, surintendant des finances et secrétaire d^État resté à Paris, les ordres verbalement réitérés et recommandés de la part de la Reine pour se rendre à Poitiers.
— Lundi 25, jour de Noël, au soir, arrive le courrier du surintendant des finances oui lui apporte ordre et au Garde des Sceaux et au secrétaire d'Etat restés à Paris, M. du Plessis de Guénegaud, qu'il faut partir sans délai mercredi prochain.
— Ainsi se passe en apprêts le mardi 26.
— Et le mercredi 27, avant jour, le surintendant sort à cheval, lui quatrième en son carrosse, avec ses commis suivant; et sort par la porte Saint-Jacques.
A dix heures, le Garde des Sceaux son en carrosse.
M. du Plessis, secrétaire d^État, pense aussi à sortir; mais, arrêté par affaires domestiques, demeure secret et enfermé jusqu'à samedi 3o, qu'il sort en carrosse à six heures du matin et va à cheval à Châtres prendre son carrosse de relais, parti le vendredi matin avec les sieurs de Mergey et Thonnier.
— Vendredi matin 29, le duc d'Orléans fut à l'assemblée du Parlement, oti le deuxième président de Bailleul tint la place du Premier. Et sur ce que ledit duc assura avoir certain avis que le cardinal Mazarin étoit dans Sedan du jour de Noël, le conseiller Fouquet de Croissy ouvrit l'avis proposé dès le mercredi i3 ci-devant, portant que la tête du cardinal fût mise à prix, comme avoit été jadis celle de l'amiral de Coligny, dont il a cité l'histoire tirée de M. de Thou ^
I. [Note de Oubuisson :] Aug. Thuani historia L. xlv. C. 23. ad
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Sur quui le coadjuteur de Paris et les autres conseillers clercs et bénéficiers de Paris se sont levés de leurs sièges ei retirés au milieu de la chambre.
Les conclusions des gens du Roi se trouvant conformes, a été arrêté que, nonobstant la lettre de cachet du Roi, dont l'ouverture et la lecture a été faite après que les gens du Roi l'ont eu présenice, portant que Sa Majesté dispensoit les députés nommés le mercredi 1 3 pour aller vers elle, parce qu'elle entendoit tenir sa parole, et tout ce qu'elle avoit promis touchant le cardinal Mazarin liendroit, les députés ne lairoient pas d'aller, avec retranchement' aux président de Bellièvre, conseillers Sainctoi, de Briltac et I Coinard, des Requêtes du Palais (ils s'assemblèrent à l'issue cbes le président de Bellièvre, qui ce )Our-U même alla coucher  Berny, sa belle maison, à quatre lieues de Paris, sur le chemin d'Orléans, vers la cour, et les autres résolurent de l'y aller joindre le lendemain) ; que les commissaires ordonnés par la cour le 20 dernier iroient sur les frontières pour empêcher Tenirée et retour dudit Cardinal, et que la bibliothèque et les meubles restant au palais dudit Cardinal seroient vendus, pour y être pris dessus, préférablement à tous créanciers, la somme de cent cinquante mille livres, alin de faire fonds à la récompense de celui ou ceux qui représenteroicnt à justice ledit Cardinal.
L'arrêt imprimé a été débité par les rues le dimanche 3j, — Voyez-en le sommaire dans la Galette du 3o et l'exemplaire entier imprimé et publié.
— Dimanche 3i, et dernier jour de ce mois et an, dès le matin, le président de Bellièvre et les conseillers codépuiés sont partis pour aller en cour.
Bruit que le cardinal Mazarin, qui étoîi à Sedan le 35, en est
annum iSâg, — Pauloanteidusscpiembris, inSena^u,.EgidioBurdi^lo,cognito^e regio, postulante in Gasparcm Coliniuni, tanquam perduellem et IiB5« Majestatis reum pcractum, sentenlia lata, i^uœ ille ad mariem damnaïui, prEmiumque quinquaginla millia aureorum et constitututn, qui virum stitiiset. Pofiiea, quarto calendas octobris, eodem fiurdino postuJinte, ut ontnii ambiguttas et dubitandi occasio tollcretur, decrctum utidcm de eo inielligeretur, qui Colinmm occidissel, sivc Es exlernui ilve indigen« essel, cul ei prsier pra:mium si în idem crimen incurrisseï, gratia delicti (îcret. Eadem in Joannem Ferrerium, Carnutum vke dominum et Gabrielem comitem Mongomerium senientîa lata est; quorum, ut et Coliniî eflîgicE îgnominiose in plaustro traducta: et publiée patibulo affixz sunt. I. Sic. 11 fnul comprendre sans doute : la dcputation se réduisant aux...
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pani pour aller en cour, lui seulement douzième, et ainsi a passé à Saint-Seine pour gagner la rivière de Loire. Autres disent qu'il avoit quatre-vingts chevaux de sa troupe autour de lui et deux cents qui le suivoient, et que toutes ses forces ensemble sont de trois mille hommes. Que le maréchal d'Hocquincourt est allé audevant de lui, conduisant lesdites troupes et se déclarant hautement pour lui.
Ledit maréchal a acheté le gouvernement de Ham pour cent mille livres.
Avis que le cardinal Mazarin coucha encore le 28 à Sedan et que les princesse Palatine et duchesse de Chevreuse sont parties de Paris pour l'aller trouver en Champagne, où il doit entrer.
Pour la duchesse de Chevreuse, il est certain qu^elle est allé au Pont-aux-Dames, abbaye de filles en [Brie].
janvier [652]
DE DUBUISSON-AUBENAV.
ANNEE i652.
L'an i633, bissextile. — Lettre dominicale G., depuis lej i" janvier jusqu'au 24 février; compris que F. l'est pour le r de l'an.
Épacte 29, cycle lunaire 19, solaire 9.
Janvier.
M. du Piessis-Guënegauti, parti de Paris dès le samedi ] 3o décembre pour aller en cour, entre en mois de secrétaire d'État.
Capitaine des gardes du corps du Roi : entre en quartier, en la place du marquis de Chandenier disgracié, lesieurde Villequier.
Maître de la garde-robe...'.
Maître d'hôtel: celui qui défendit longtemps Mouzonl'an i65o, Mason...'.
Gentilshommes servants, quatre gendarmes du Roi.
— Lundi, premier jour de l'An [Acri\, M. le duc d'Orléans, contre sa coutume, ne fui point aux vêpres ou autre si nom de Jésus, es Jésuites de la rue Saint-Antoine. — Grand bruit et trémoussement en son palais pour l'entrée du cardinal Mazarin en France.
Mademoiselle de Longueville est allée ou s'en va vers M. soa père en Normandie.
— Mardi malin 3, après l'audience tenue en la Grande Chambre, se tint l'assemblée du Parlement, où M, d'Orléans se irouva et dit qu'il avoit avis certain comme le cardinal Mazarin, parti de Sedan, éioit arrivé à Épernay, pour passer la Marne, et que trois à quatre mille hommes, conduits par le maréchal d" H ocqu incourt, s'avançoient là pour l'escorter.
Ce jour, le nommé Théophile, breton de nation et prince ds I faction, ayant pris créance avec la populace, crocheteurs, porteun, bateliers, etc., a été pris avec eux par Saint-Amour, exempt des
Il manuscrit.
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gardes, qui Ta mis dans le carrosse de Marsillac et emmené au Grand-Châtelet. Chez lui, Ton a trouvé de la fausse monnoie, de Tarsenic et autres poisons et des mémoires : les moyens d^établir la sûre liberté dans Paris sous le gouvernement de vingt-six personnes. Il est avocat de profession.
— Mercredi 3 et Jeudi 4, lettres de Rethel, comme le cardinal Mazarin a été reçu avec merveilleuse allégresse et y a séjourné un jour, et comme le nommé Talon, qui est à lui de longtemps, lui a procuré dans la ville de Châlons deux mille rations de pain pour ses troupes, lesquelles néanmoins on fait monter à cela d'infanterie ou de dragons et à quinze cents chevaux en outre.
Bruit que le Cardinal arrive ce jour à Méry, pour passer la Seine, — faux; — autre qu'il est à Sillery, entre Reims et Châlons ; — autre qu'il est à Epernay ; — autre qu'il a reçu dépêche et ordre de la cour de s'en retourner d'où il est venu.
M. d'Orléans met la main sur la recette générale des finances de Paris^ dont le receveur est le sieur Marin, qui est en cour, et son premier commis le sieur de La Croix, resté à Paris; mais ledit sieur de La Croix s'en est excusé.
Les troupes du duc d'Orléans, au nombre de deux mille hommes, s'étendent en la Brie et jusqu'à Lagny et Corbeil. Mais Melun leur a refusé les portes ; comme on dit aussi que Fontainebleau, où ils vouloient loger, a fait.
— Samedi 6, jour des Rois, auquel le Roi boit, de la veille a été transféré à cause du charnage. Mademoiselle a bal chez madame d'Orléans, sa belle-mère, où M. son père étoit ; et les Roi d'Angleterre et duc d'York dansèrent à force et le premier fort bien.
M. d'Orléans traite avec M. de Longueville par l'entremise de Chamboy.
— Dimanche 7, les commissaires établis pour la vente de la bibliothèque du cardinal Mazarin y furent, et le sieur Naudé, bibliothécaire, les harangua, leur disant s'il étoit raisonnable qu'eux, gens de lettres, ruinassent en trois jours un trésor des lettres amassé par dix-sept ans, avec tant de soins et de dépenses, etc., qu'ils appréhendassent le jugement des autres hommes de lettres et françois et étrangers, et ce que la postérité diroit d'eux. Ce qui n'empêcha pas que, dès le lendemain, lesdits commissaires n'en vendissent pour quinze cents livres.
— Lundi 8 et mardi 9, bruit que le cardinal Mazarin est passé
janvier lâSî] de DUBUissoN-ArsENAv. 14g
à Pont-sur-Seine ci lire le chemin de Pont-sur- Yonne, pour gagner Loire ei la passer, ou à Gîen, ou au pon Saint-Thibaut sous Sancerre. — La vérité est qu'il a passé à Méry-sur-Seine.
Grand et subit bruit que M. le Prince est arrivé le soir du mardi à Paris chez les Prud'homme, les baigneurs.
Ce soir même, le maréchal d'Estampes retourne à Paris de Poitiers, qu'il n'a point passé depuis le mois de décembre i65i, ■ que M. d'Orléans l'y envoya pour traiter de l'accommodetnent ] de M. le Prince et aller pour cela jusqu'à lui.
— Mardi 9, assemblée au Parlement, où le sieur [Gilbert] Vialei, trésorier général de France à Moulins, présenta requête pour être reçu à acheter la bibliothèque du cardinal Mazarin en bloc, et y coucha enchère de trente mille livres ; sur quoi, fut arrêté surséance à la vente encommencée dès le lundi, ordonné 1 que ceuï qui avoient eu des livres les rapponeroieni durant troi» | jours, que tous enchérisseurs en gros seroieni reçus; ce qui étan^ I su par les Enquêtes, les a fort remuées, et tant qu'elles ont résolu' T de s'assembler au lendemain.
Lettres du cardinal Mazarin au Prévôt des Marchands de Paris, que l'on n'a pas souffert d'être imprimées, oui bien celles au Roi Cl à M. k duc d'Orléans, que l'on ne croit pas être fidèlement ei mot pour moi empruntée de l'original, comme l'est celle au Roi.
— Mercredi 10, les trois chambres étant i donner un arrci provisionnel (attendant un édit du Roil, qui fixe les louis d'argent à 3 liv. S s., les louis d'or à 1 1 liv. 10 s. ei les pistoles d'Espagne à 1 1 liv. 6 s., les Enquêtes survinrent, disant vouloir aussi connoitre dudit règlement; puis proposèrent l'affaire de la bibliothèque, sur laquelle fut enfin arrêté que les conseillers Doujat, Baron, Portail, Petau, eic, commissaires pour la vente d'iccUe, la feroient ou en gros ou en détail, ainsi qu'ils jugeroîent être le plus à propos.
M, le duc d'Orléans n'y étoit pas. •
— Jeudi rt. comme les Chambres toutes assemblées dêlibêroiem sur la plainte rendue par requête du sieur Vialet contre le commissaire Portail, conseiller en la troisième des enquêtes, de ce que le jour d'hier il l'avoît traité de Mazarin et mis sa personne en danger du peuple, et ordonnoit que ladite bibliothèque seroit incessamment vendue en gros et en détail. M. d'Orléans est survenu ei a été par quelques-ijns parlé d'ordonner audit sieur duc
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aucuns deniers et droits royaux des recettes et fermes pour lui aider à lever nouvelles forces.
Sur quoi est entré un envoyé de M. le Prince avec lettre de sa part au Parlement, requête signée Bourdon, qui est le procureur dudit Prince en Parlement, et la créance de lui par écrit, tout cela conforme et portant que tout ce que M. le Prince avoit bit jusquMci n^étoit que pour le bien de PÉtat, afin de servir le Roi et empêcher le retour du cardinal Mazarin en France ; mais que cependant ledit Cardinal étoit retourné, ce qui justifioit les justes oppositions dudit Prince; il supplioit le Parlement de donner surséance au terme d^un mois, porté par la déclaration du Roi, enregistrée contre lui avant la fin de l'an dernier passé, jusqu^à ce que Tautre déclaration de Sa Majesté, enr^strée le 6 septembre précédent, contre ledit Cardinal, fut pleinement exécutée.
Les opinions n^étant achevées et la chose remise au prochain jour d^assemblée, est, pour troisième incident, comparu certain homme, soit disant officier dans les troupes de M. le duc d'Orléans, et que, comme il avoit été laissé commandant la garnison de cinquante hommes dans Pont-sur-Yonne, s^y seroit présenté le maréchal d'Hocquincourt avec les troupes conduisant le cardinal Mazarin, qui, sur ce que ledit commandant n'avoit voulu lui ouvrir le passage, et même fiaisoit rompre le pont, les habitants se seroient accordés avec ledit maréchal, auquel ils auroient donné des otages et ensuite pris les armes contre la garnison, qui se défendoit, et contraint ledit commandant de se retirer, comme il auroit fait. Mais, comme il sortoit de la place pour s'en venir ici, il auroit rencontré des cavaliers menant prisonnier le sieur Chisey-Bitaut, conseiller, député du Parlement de Paris, avec le sieur du Coudray-Genier, autre conseiller; lequel ledit Bitaut auroit dit être tué, ce qui l'auroit occasionné d^envoyer ici donner avis.
Notez qu^en entrant au Palais, il auroit crié au peuple que le conseiller Genier auroit été tué et le conseiller Bitaut bien blessé et emmené prisonnier par les troupes de Mazarin; ce qui fait croire à plusieurs que c'est une machine pour exciter le peuple ou obliger le Parlement de donner à la chaude quelque arrêt de prise de corps contre le maréchal d'Hocquincourt et autres officiers dans lesdites troupes, ce qu'aucuns conseillers ont proposé, mais n'ont été suivis, non plus que ceux qui ont proposé de donner les droits et deniers royaux à M. d'Orléans, qui, voyant que
janvier lôSa] de dobuissok-aubehay. r5i
loui alloit avec poids et mesure, s'est levé tout le premier, comme l'on en opinoit encore, enire trois et quatre heures de relevée, jusques où l'assemblée a duré, depuis le matin huit heures.
Ledit seigneur dtic d'Orléans a dépêché un trompette vers le J maréchal d' H ocqu incourt pour bire donner liberté au conseiller I Biiaui.
Ce jour, la lettre du cardinal Mazarin au Roi, imprimée, a été | vendue publiquement par les colporteurs; mais suspecte d'étro j fausse, comme l'est celle qui fut hier débitée, comme si c etoit la j lettre qu'il a écrite à monseigneur d'Orléans. Celle au Prévôt des j Marchands ne se débite pas.
— Vendredi 12. dès le matin, le Parlement reçoit, par un \ courrier de Sens, lettres du conseiller Le Coudray-Genier. Pen- i dant que son collègue et lui alloieni le long de la rive gauche d'Yonne pour donner ordre qu'il n'y eût là passage pour les troupes du Cardinal, ils auroienc été investis par aucunes, pas* j sées plus loin (c'étoient dragons du comte BrogUo), Bicaut, ren- I versé et pris. Lui, son cheval ayant été tué et son valet aussi, auroit pris un autre cheval d'un cavalier tué par son valet et ae seroit sauvé à Sens.
Arrêt portant entérinement de la requête de M. le Prince; sursdance à lui donnée du terme d'un mois f)orté par la déclara* lion du Roi donnée contre lui, le 1 1 novembre, Â Poitiers, enregistrée au Parlement le 4 décembre ensuivant, jusques et à ce que celle dudit seigneur Roi, donnée à Paris contre le cardinal Mazarin, enregistrée le 6 septembre précédent, ait été pleinement et entièrement exécutée, avec les arrêts du Parlement aussi contre lui donnés.
On tait dessein de se saisir de l'abbé et autres lîls du maréchal d'Hocquincourt, étudiant au collège de Navarre; mais leurs oncles les en retirèrent et mirent en sûreté.
Cependant la comtesse d'Harcourt, de qui le mari commande les troupes du Roi en Poitou, a été enlevée de son logis et conduite comme prisonnière en la maison de Ville. Aucuns disent qu'elle étoit sortie pour se retirer aut champs. Et est vrai qu'en passant elle envoya dire à M. de Beaufort qu'elle alloit voir ses en&nts qui sont à Beaumont, et que lui envoya promptement des hommes qui l'attrapèrent à la sortie du faubourg et la ramenèrent en l'Hôtel de Ville; ce que Le maréchal de l'Hôpital ayant su, il a été chez M. d'Orléans qui lui a dit ne savoir ce que
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c'ëioit, et le duc de Beauibrt se trouvant la, est soudain allé à rilôtel de Ville, d'où son carrosse l'a ramenée chez elle, où elle a persisté à déclarer qu'elle s'en iroii de la ville.
— D'effet, elle s'en alla le lendemain matin, samedi 1 3, à Beaumont, abbaye qui esi à Tun de ses fils et où il est avec les autres enfants, non loin de Chantilly et de Senlis.
Divers avis touchant la marche de la personne et des troupes du cardinal Mazarin; divers écrits aussi publiés dans Paris de part et d'autre : les lettre, requête et créance envoyées par M. le Prince au Parlement et y reçues et enregistrées le vendredi 12.
— Lundi i5, M. le duc d'Orléans envoie des gardes chez le sieur Des Martins, banquier au quartier des Halles, pour lui faire avouer qu'il avoit fait sortir de l'argent dans une charrette couverte de fiens, et que c'étoit pour amener au cardinal Mazarin. Des Martins n'ayant pas fait de cas de ces questions, les gardes allèrent chez un commissaire du quartier pour le faire aller chez ledit Des Martins et l'interroger. Le commissaire refusa, s'il n'avoii ordre de ce faire, exprès et par écrit de M. d'Orléans. Eux étant retournés au Palais d'Orléans, le sieur Poruil, conseiller de la troisième des enquêtes, s'y trouva et s'offrit d'aller, comme en eSet il alla, chez ledit Des Martins, auquel il fit prêter serment et aussi au sieur Pidou, jadis premier commis du sieur Barbier, qui s'y rencontra, et qui répondirent ne savoir rien de cet envoi d'argent, ni de la prétendue charrette de tiens. Mais le mardi t6, le corps des négociants, ayant appris ceci, s'assembla et en fit beaucoup de bruit.
— La nuit du dimanche au lundi i i, ou plutôt le matin dudit lundi, entre deux et trois heures. M. de Lingendes, premier commis de M. du Plessis, secrétaire d'État, couché près de sa femme, se trouva mal et fut trois heures combattant; puis lout à coup, se sentant pressé, demanda son chirurgien pour être saigné, qui vint comme il espéroii. 11 eut l'absolution par un ecclésiastique de ses voisins en cette extrémité.
— Le matin du mardi 16, à dix heures, le duc d'Orléans hit au Parlement et l'assembla pour dire que le trompette, qui avoit été par lui envoyé au maréchal d'Hocquincoun, étoit de retour avec réponse dudit maréchal qu'il s'étonnoii que M, d'Orléans a'attachoii et adhéroii si fortement au Parlement et non pas au Roi, qui étoit son neveu et son souverain : que pour le conseiller Bitaut il le tenoit honnêtement et sans qu'il lui soit fait déplaisir;
janvier i65a]
DE no BOISSON-,
mais qu'il ne le pouvoii pas rendre qu'il n'en cù[ ordre exprès du Roi, qu'il alloii trouver. Là-dessus a été arrêté que M. d'Orléans seroit prié de la Compagnie de renvoyer vers ledit maréchal, et qu'il seroit écrit aux députés du Parlement qui sont en cour et au Garde des Sceaux, Premier Présideni, de faire office prés du Roi pour la liberté dudit Bitaut, leur confrère.
— Mercredi 17. avis qu'il y a des Anglois armés à Bordeaux les uns disent un seul vaisseau qui en promet d'autres; les autres quarante, etc.; que le prince de Condé est fort et tient la campagne dont il est maître, le comte d'Harcoun se contenant à Saini-Jean-d'Angély; que l'on parle d'accommodement et que le sieur de Ruvigny vient de la cour à Paris proposer au duc d'Orléans que le cardinal Mazarin se retirera seul avec sa famille en une ville de sûreté dont il sera convenu, et n'entrera point dans les affaires, ni ira en cour, pourvu que M. le Prince mette les armes bas et renvoie chez eux les étrangers qui sont venus à son secours.
Ce soir, arrive le sieur de Ruvigny, chargé de traiter comme ci-dessus. Les lettres qu'il appone de la cour sont du 14 au soir et portent que le i3 précédent cinq régiments de cavalerie du prince de Condé furent au-delà de k Charente, oii il est repassé, et vers Pons, défaits par le maréchal de camp Bougy, qui a pris et tué quatre cents chevaux et trente officiers prisonniers,
— Jeudi i8. arrêt du Conseil d'Etat tenu à Poitiers, le Roi y étant, portant cassation de celui du Parlement de Paris du 29 décembre dernier, par lequel la bibliothèque du Cardinal doit être vendue avec ses meubles, et, sur cela, prise par préférence aux créanciers la somme de cent cinquante mille livres pour donner à celui ou ceux, ou aux héritiers d'iceux, qui amèneront ledit Cardinal vif ou mort à justice ; icelui arrêt du Conseil d'Etat lu, publié et affiché, imprimé à Poitiers, d'où il a été envoyé à Paris aux gens du Roi pour le signifier au Parlement.
Avis' que le marquis de Sourdis, avec quelques gens du duc d'Orléans, s'étant jetés dans Gien pour tenir le passage contre le cardinal Mazarin, les habitants les ont fait retirer par la rivière en une cabane, ayant vu l'ordre du Roi, ont ouvert le passage audit cardinal Mazarin et à ses troupes conduites par le maréchal d'Hocquincourt, qui ont passé par-dessus le pont, les 1 2 et 1 3 de ce mois, l'infanterie désertant un peu, mais la cavalerie se maintenant bien.
JOURNAL DES GUERRES crviLEs [janvier |652
Le sieur de Ruvigny voit M. d'Orléans et lui délivre une lettre de cachet du Roi dont il lit quelque excuse à Son Altesse Royale. Elle pone qu'il ait à mettre ses troupes, qui rôdem, pillent et ruinent tout, par la Brie, Hurepois, Gàtinois, etc., dans les quartiers d'hiver; et que pour faire nouvelles levées ou recrues on y pourvoiera quand il sera temps.
— Vendredi matin ig, M. de Nemours est arrivé en bateau par Seine en baissant, venant de Bordeaux par l'Auvergne. La duchesse sa femme arriva d'un autre côté, venant de Vendôme chez sa mère.
— Samedi 20, M. de Guénegaud, trésorier de l'Épargne, part après diner pour aller coucher en sa maison de Chilly ; et le lendemain ai, il prend la poste pour la cour.
Montreuil, courrier ordinaire en tiire d'ofSce de M. du Plessis, secrétaire d'État, arrive au matin de la cour à Poitiers, dépêché par lui.
Les avis sont que M. le Prince est malade, retiré dans Pons, ayant mis son infanterie dans Taitlebourg et Saintes, et sa cavalerie vers la Garonne, laquelle on croit qu'elle aura repassé dans le Médoc et Bordclois, trouver sûreté et vivres.
Lettre de cachet du Roi à M. de Chavigny-Bouibillier, avec ordre de s'en aller en cour pour être ministre d'État, comme ci-devant.
— Dimanche 31, te président de Belliévre et ses co-députés retournent de la cour à Paris.
— Lundi 23, matin, le Parlement s'assemble pour ouïr ses députés; mais M. d'Orléans mande qu'il n'y pourroit aller et qu'il éioit empêché tout ce jour-là. Il a été prié que ce fut donc pour demain ; mais il n'a pas promis ni répondu lÂ-dessus. Ainsi l'assemblée a été remise on ne sait pas à quand.
— Mardi 23, la Grande Chambre travaille à la satisfaction de M. le duc de Bouillon, en lui donnant, pour la récompense de Sedan, le duché d'Évreux, etc.
Cependant le courrier de M. de Brienne appone des lettres de la cour du 23, ponant que le prince de Condc a quitte Pons, dont le chevalier d'Albrei s'est saisi; que ledit prince s'est retiré dans Libourne ou dans Bourg. Que la dame de Jonzac, assistée de ses domestiques et vassaux, a coupé la gorge à trois cents cavaliers du Prince qui y éioîeni mal sur leurs gardes, après trop de bonne chère. Que Barbezieui s'est rendu, et le marquis de
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I Lévis-Charlus, qui y commandoit pour M. le Prince, esi prison- I nier de guerre avec trois ou quatre cents oflîciers et soldats, et [ que force autres châteaux se sont ainsi libârés de leurs garnisons. I Que deux régiments, les tneilleursdu Prince, Mazarin et Bal- I tbazar, ont éid tout à fait défaits par le comte d'Harcourt; que I ce qui reste de cavalerie du Prince s'est retiré au-delà de la Dor- I dogne, et le reste de l'infanterie est dans Saintes et dans Taille* I -bourg, places que le comte d'Harcourt presse et que l'on croit I qui se rendront.
Avis du sieur d'Eyquem qu'il y a grand remuement dans Borteaux, et que, sur l'avis du renfort du cardinal Mazarin et d'un I «utre de M. de Saint-Luc, que l'on dit être aussi de six mille l hommes, les Bordelais sont en terrible alarme.
Ce jour, le duc de Nemours devoit partir de Paris pour aller, disoit-on publiquement, aux Pays-Bas pour y commander les troupes que le prince de Condé y a jointes aux Espagnols. Mais il demeura caché encore ce jour chez des baigneurs. Il a éié encore plus de quatre jours dans Paris.
— Mercredi matin 24, le Parlement fut assemblé et eurent les députés retournés de la cour leur audience. Le président de Bellièvre fit le récit de leur voyage et de tout ce qui s'y est passé avec témoignage d'y avoir éié bien traités. Qu'il est vrai que le Roi leur dit qu'ils n'auroient pas dû mettre à prix la tête du cardinal Mazarin, ni de qui que ce soit, qu'ils ne lui eussent auparavant fait son procès par bonnes informations, témoignages suffisants et avec toutes les formes ; que Sa Majesté les excusoit pourtant en ce qu'ils avoîent sans doute cru que ledit Cardinal auroit fait ses levées de troupes ei son entrée au Royaume sans permission ou ordre de Sadite Majesté, laquelle à présent déclaroil que tout s'cioit fait par son ordre.
Après cela, l'on a lu lettres du parlement de Toulouse à celui-ci, portant qu'il avoit donné pareil arrêt contre le Cardinal à celui de Paris, et avoii conformément envoyé des députés pour cela au Roi. — Item autres lettres du parlement de Rouen portant qu'il avoit aussi donné arrêt à ce que, par députation, ses humbles remontrances seroient faites au Roi sur les conséquences du retour du cardinal Mazarin en France. — Enfin les troisièmes ont été du parlement de Rennes, qui ne disoient mot de cène affaire, mais seulement rcmercioient ce Parlement de Paris de la part qu'il lui avoît donne à Rennes de ce qui se passoit à Paris,
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et que, par revanche, lui, désirant aussi foire part de ce qui se passe à Rennes, il l'infomnoit des insultes et bravades que lui auroit fait le maréchal de La Meilleraye, qui étoit venu prendre séance en Parlement avec ses gardes et serviteurs, le plus fort (sic); que, sachant donc qu'il se devoit faire recevoir duc et pair en celui de Paris, il le prioit qu^il le refusât jusqu'à ce qu'il eut satisfit celui de Rennes.
Les gens du Roi ayant donné leurs conclusions à ce que députation nouvelle fut faite au Roi pour réitérer les humbles remon* trances sur le retour et emploi en cour du Cardinal, comme Ton opinoit, M. le duc d'Orléans s^est levé, après dix heures sonnées, et a remis Tafifaire à demain.
On dit que ledit duc d'Orléans n^a point signé l'union avec M. le Prince et TEspagne, que le duc de Nemours a ordre de lui persuader de faire; mais il est vrai qu'il Ta, ce soir même, signée avec M. le Prince, M. de Nemours en étant, avec exception qu'il n'entreroit point avec l'Espagnol ni TAnglois, et que s'il se faisoit accommodement avec la cour, ce seroit lui qui en conviendroit et M. le Prince ne pourroit demander aucune chose particulière ni pour lui ni pour les siens.
On a envoyé vers M. de Longueville pour le faire signer; il a demandé temps jusqu-à ce qu^un sien envoyé fût de retour de la cour. Autres disent que si.
— Le comte de Fiesque, arrivé en cette ville avec une lettre de créance de M. le Prince au Parlement, s'y trouve inconnu et secret en l'assemblée tenue le jeudi 25, que Ton a été jusqu'à midi.
On y a résolu que la lettre du parlement de Rennes à celui-ci seroit mise en registre pour servir d'opposition de duc et pair au maréchal de La Meilleraye, et que dorénavant il ne se feroit plus aucune réception de duc que les Chambres assemblées, ni tandis que le cardinal Mazarin seroit en France, sans expliquer si [l'on entendoit] les trois grandes seulement, ou si toutes les Enquêtes aussi.
Sur les conclusions des gens du Roi prises hier, il a été arrêté que de rechef remontrances seroient faites au Roi et de vive voix et par écrit. Mais le second, qui y a opiné, a dit son avis être que cependant tous les arrêts ci-devant donnés seroient exécutés, ce qui est enfin passé en arrêt. Sur quoi mention ayant été faite de celui du 27 décembre, qui met à prix la tête du Cardinal, le coadjuteur de Paris et tous les conseillers, clercs et bénéficiers
janvier lôSa] de dubuisson-aubenay. iSy
. aoni sortis. Mais ils n'ont pas été longtemps dehors qu'ils ont l'été avertis que l'on traitoit dedans une autre proposition de l'union du Parlement avec M. le Prince. Sur quoi, le conseiller Le Prévost-Saint-Germain, abbé de Samer, étant rentre, a dit au nom de tous que ce n'étoit point la forme de faire une proposition pour faire sortir les clercs, pour, durant leur absence, travailler sur une autre proposition ; que lui et tous les autres clercs s'opposoient à ce qu'il y eut aucun arrêt sur ce sujet, et que, si aucun y avoit, ils en protesioient comme de chose nulle.
Quatre régimcnis viennent pour le duc d'Orléans, tous quatre étrangers, allemands. On dit aussi que les troupes lorraines viennent.
Le duc de Bouillon et toute sa famille, sollicite de l'union par le duc d'Orléans, se retire de nuit et ne laisse rien en sa maison. On croit qu'il est alJé en cour.
Un secrétaire de M, d'Orléans vient tenter Mademoiselle sa tille pour voir si elle voudrait vendre ou engager de son bien pour assister Monsieur son papa. Elle répond que si c'étoit lui qui lui enparloit, elle sait le respect avec lequel elle lui répondroit; mais qu'elle trou voit fort mauvais qu'un autre que lui tùcfaàt à la persuader de lui ôter le bien qu'elle a, qui ne feroit point grand secoursàMonsieursonpapa, etqui Tincommoderoittri^ fort, elle, dont Monsieur son papa serolt un jour marri tout te premier.
— Samedi au soir 27, le conseiller Coud ray-Ge nier, camarade de Bitaui, et s étant sauvé des dragons de Broglio de Poni-sur- Yonne, êsSens, puis de la ville, oCi l'on fait perquisition de lui, en une maison secrète de la campagne, retourne à Paris.
— Lundi matin ag, comme le sieur de La Vieille-Tour et un autre gentilhomme provençal, tous deux gens de crédit en la côte de leur pays, particulièrement à Toulon, que, pour cet eifei, M. de Beaufort a fait rechercher et qui n'ont voulu se détacher de M. d'.\ngoulême, étoient à cheval et par la rue, afin de s'en aller en Provence, le nommé Vaubelle ou Valbelle, de Marseille, parlementaire, qui les gueitoit, assisté des gens du duc de Beaufort susdit, a crié sur eux » Aux Mazarins qui s'en vont trouver le « Cardinal!... Arrête, arrête les Mazarinsi " De sorte que ces gens, qui étoient déjà les plus forts à l'aide de quelque canaille qui s'est encore amassée, les ont menés prisonniers en la Conciergerie, dont toutefois La Vieille-Tour, par son assurance et le grand bruit qu'il a fait en montrant ses hardes, lettres et papiers
i58 JOURNAL DBS GUBRRE8 CIVILES [féviîer l652
pour justifier qu'il s'en alloit en sa maison en Provence pour ses affaires particulières, a été relâché; Tautre, qui ne s^est pas si bien aidé, est demeuré prisonnier.
Février.
M . Le Tellier en mois de secrétaire d'État.
— Premier jour de février, jeudi (Danubium), belle et claire journée, sèche gelée, et le lendemain deuxième jour, de même, et encore le troisième.
— Le 2, le cardinal Mazarin fut pour la première fois au conseil du Roi.
— Le 4y qui est dimanche, il dégèle et le temps se met à pluie. Ce jour, au matin, aux poteaux et aux coins des maisons du
Pont-Neuf et du Pont-Marie, «t autres plusieurs endroits de Paris, des placards imprimés en une grande feuille intitulés : « Avis à c Messieurs de Paris, » et portant que le Cardinal a dessein de ruiner la ville et se venger des Parisiens en se défaisant des principaux, commençant par M. le duc d^Orléans, puis le duc de Beaufort, M. de Chavigny, etc., comme il a déjà attenté à la vie de M. le Prince par le nommé du Mas, qui, avec un des Salles (?) tous deux, ou Pun d^eux, conseillers en la Cour des Aides de Guyenne, réfugiés à Libourne, ont été conduits à Bordeaux pour y être punis. Qu^il faudroit faire à Paris comme on a fait à Bordeaux : chasser tous les suspects, comme le coad juteur de Paris, le maréchal de L'Hôpital, le marquis de Chandenier, et piller les maisons et les familles des ducs d^Elbeuf, comte d^Harcourt, maréchaux d'Hocquincourt, etc., Guénegaud, Doujat, le conseiller de la Grande Chambre, et autres.
Les avis de la cour sont du 3 1 janvier ; que le Roi doit partir de Poitiers pour aller en Anjou le 3 février, qui étoit hier samedi; que le duc de Rohan envoie en cour faire soumission de remettre le Pont-de-Cé et autres places par lui saisies^ entre les mains de qui il plairoit au Roi, sUl plait à Sa Majesté avouer et agréer qu'il retienne par devers lui quarante-cinq mille écus qu'il a employés à £aire la dépense desdites places saisies, quUl a crû être du service de Sa Majesté, et lui continuer au reste ses charges^
février lôSa] de dubuisson-aubenav. i5g
gouvernement, et l'honneur de ses bonnes grâces; [il] obiient ces choses de Sa Majesté. Elle est pour aller droit à Tours, le voyage de Cognac ayant été changé depuis l'arrivée du cardinal Mazarin.
Que M. de Chàieauneuf faisant instance de se retirer, a enËa eu congé de s'en revenir ici à Montrouge près Paris.
Ce soir, le duc de Beaufort devoii partir d'ici pour aller com- j mander les troupes de M. le duc d'Orléans vers Anjou, auquel etfet ledit duc d'Orléans a emprunté cent mille livres aux cautions de son chancelier et de ses deui trésoriers, de son intendant et de ses deux secrétaires, dont le sieur Goulas s'étani un peu fait tirer l'oreille, a été traité de mauvais serviteur et ingrat par ledit duc d'Orléans, et Madame et autres de la maison, qui enfin l'ont caressé ci amadoué, après qu'il a eu contribué pour sa part quinze mille livres.
Ce même soir, il y a eu assemblée, qui a encore continué le lendemain,
— lundi 5, en présence de M. d'Orléans, par les sieurs comte de Fiesque et de Cumont, conseiller du Parlement, de religion huguenote, de la part de M. le Prince, avec le Coadjuieur de l'archevêché, pour ajuster leurs différents ; ce qui est cause que le duc de Beaufort n'est point encore parti, parce qu'il sert aussi à cet accommodement prétendu.
Le lieutenant civil de Paris se présente en la Grande Chambre du Parlement et y fait verbalement la requête, remontrance et plainte sur la licence qu'il y a de faire et afficher placards, publier et débiter libelles diffamatoires et chanter es carrefours chansons scandaleuses et séditieuses; qu'il a plusieurs fois appréhendé des colporteurs, imprimeurs et débiteurs de telles choses et fait condamner au Châtelet, dont ayant appelcàlaTournelle, ils auroient été absous ou relâchés; qu'il demande à ce qu'il lui soit permis d'appréhender tels chansonniers, colporteurs, vendeurs et imprimeurs susdits, trouvés saisis et pris sur le fait, et de les faire punir sur-le-champ, même à l'instant, par le carcan, le fouet et autres peines qui seront méritées, souverainement et sans appel, Arrêt, selon sa demande, qui a été lu, publié et affiché le lendemain,
— mardi 6, auquel jour le Parlement étant assemblé pour délibérer ce que l'on pourroit faire pour la délivrance de M. François Biiaui, sieur de Chisey, conseiller en la troisième des enquêtes, emmené de dessous la rivière d'Yonne, où il fut pria
i6o jocKMAL DES GciBBis oTiLB [firner i65a
par ks troupes do maréchal d'Hocquinooiirt, lesquelles j ptsséreni Ters le 8 et 9 janvier dernier.
M. Fouquet, procureur général, a présenté reqoéie aux fins de s^opposer à la vente de la bibliochèque do cardinal Mazarin, comme en ajant charge de la part du Roi, dont il a rqxésenté une lettre de cachet. Sur quoi grand bruit s*est élevé, ks Enquêtes voulant que l'on achevât la délibération pour kur confrère, sur quoi, rheure étant passée, on s^est levé et on a remis k délibération à
— mercredi matin 7, que M. d^Orléans, envoyé prier de s'y trouver, y est venu. Le duc de Beauftnt y étoit. Et a k procureur général insisté par sa requête, représentant encore k lettre de commandement qu'il en a de k part du Roi, qui dit vouloir JEure une bibliothèque qu'il donnera au public, de celk qui se vend à présent et dont il défend de continuer k vente. Mais ks Enquêtes ont persisté, et, sur k contestation, l'heure aussi s^étant passéoii l'affaire a été remise à samedi prodiain.
Le soir du mardi 6, il y a eu bal chez Mademoiselle, qui k donne trois fois k semaine. Le duc de Beaufort n^ étoit point, ce qui a fait dire qu'il étoit parti : k vérité est qu'il n'a pas accoutumé de s'y trouver souvent.
Avis de k véritable reprise de Pons sur le chevalier d'Albret, . qui y est demeuré prisonniq-, par k prince de Tarente.
Lettres de Nontron prés Périgueux, de Tabbé de La Pérouse, qui a son abbaye dans Pérîgueux, et d'aucuns gentikhommes de k campagne réfugiés en kdite villette de Nontron, du 27 janvier, portant que M. le Prince y est venu pour assister le sieur de Bourdeilles, gouverneur, et le reste de son parti, contre le parti royal, et que le comte d^Harcourt le suivant, est en même temps arrivé à une lieue de kdite ville de Périgueux, avec toute Tarmée du Roi, qui est de douze mille hommes, ce qui sera cause que M. le Prince, qui ne se voudra pas laisser assiéger, se retirera. Et là-dessus, aucuns veulent que, comme le duc de Nemours, il s'en vienne secrètement et inconnu à Paris. Les autres croient qu'il se retirera à Bergerac et de k à Liboume ou à Bordeaux.
Les livres manuscrits du recueil de M. de Loménie, au nombre de trois cent cinquante volumes in-folio ou environ, et vendus au feu Roi pour vingt mille écus, mis en la bibliothèque du feu cardinal de Richelieu, et, après sa mort, transportés en celle de
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M. le Chancelier, d'où ils avoient été mis en celle du cardinal Mazarin, en ont été séparés, par le soin particulier du procureur général, qui lésa fait porter au Trésor des Chartes du Roi, dans la Sainte-Chapelle. Le resie de la bibliothèque est comme vendu ; et y en a bien pour vingi mille écus ; sur quoi, il faut prendre les fraisdes commissaires qui vont à lo livres' chacun par jour; et sont trois conseillers, Petau, Pithou, Portail ; puis des huissiers et greffiers et des priseurs libraires. Il reste quelques livres manuseriis et des langues étrangères dont le sieur Naudé offre deux mille écus.
— Jeudi matin 8, le Parlement assemblé a travaillé pour les renies sur l'Hôtel de Ville, à la réquisition du Prévôt des Marchands, et donné arrêt, portant ordonnance de prendre les fonds du Roi et d'en faire le paiement desdites rentes avant toutes choses, même avant l'Épargne, c'est-à-dire la propre Maison du Roi, et défenses à tous receveurs généraux de payer que pour lesdiies rentes.
— Vendredi g, comme trente mille écus de la recette des Gabelles, conduits vers Paris, en éioient proches, et ce, pour les fonds destinés au paiement des rentes, le duc d'Orléans les a fait arrêter comme argent destiné pour le Mazarin. On dit pourtant qu'il les enverra à la maison de Ville aux rentiers, comme les leur donnant.
Ce soir, fut lu en l'Hôtel de Ville larrèt du Parlement donné pour le paiement des rentes.
Le matin, arrêt du Parlement portant défenses à qui que ce soit de faire levée des gens de guerre que par l'expresse commission du Roi, dont il yeui grand bruit parmi le Palais d'Orléans.
Le vicomte d'Hostel, capitaine des gardes du duc d'Orléans, pensant entrer dans Béthune, dont il ctoit gouverneur, Montgobert, lieutenant audit lieu, lui a refusé la porte par ordre du maréchal d'Aumont, et ledit vicomte s'étant retiré en Arras, y a été arrêté par ordre de la cour, et ensuite d'Amilly, son secrétaire, aussi retenu prisonnier'.
Le comte d'Harcouri est venu en cour, d'où il s'en est retourné en l'armée non satisfait.
s doute parce qu'il hjsitsii
. Au-dessus de lo le copiste a fcrit i
re CCS deux cbil!res.
1 A ['Appendice plusieurs documents relatifs au marfchal :etu campagne ci principalement à i'afiairc de Béthune.
i62 JOcxvM. SCS <a.mm crnus DEvrier i653
— Sftsed; lo, Tnaria. il dV a prâit ca d^jMcmfalée en Fuie-
mect. rar Tarif qoe k oooscîlkr Bîmn étoit ca liberté, et à la mite àt la coar. sur sa parole; antres disent qu'il s'en Ta méoie à quelque sienne maison.
Le sosr, CDorrier de la oour arec leores, amuoe die ett arrhpée k 3 â Loodun, arant passé à MirelxaiL» ei tardé aodh Loudon k 6. pour aller k 7 à Saumor. Que k sieur de Sennectene est aDé à Angcn, rers k duc de Rohan« pour k réduire à obâr au BaL
— Dimanche au scrir, en direis lieux de la ville, petits ballets et comédies, comme chez la dame de La Trousse, me Michelk-Comte. et chez madame d'Ecquevilly, dans Tlk Notre-Dame.
Placard affiché en certains lieux, oomm^ es coins près Fhôiel d'Orléans, portant un imprimé intituk : c Atîs de Monseigneur • l'archevêque de Paris, comme M. Farcfaevëque de Corinthe, « son neveu, et reçu son coadjuteur en rarcfaevécbé de Puis, ne « Test plus, et est, quant à présent, coadjuteur de M. de Châteanc neuf au pays de Rhodes : • œ que les malins interprètent comme étant le Coadjuteur à présent devenu amoureux et âivori de la dame de Rhodes, fille de la feue.maréchak de L^'Hôpitd, qui a été tout cet an passé k fivorite du Garde des Scxaux Châteauneuf.
— Lundi soir 12, lettres de Tours, où le surintendant et tous ceux des finances sont, dès le 8, logés au quartier Saint-Saturnin ; la cour à Saumur, d oti elle part le 9 pour k Flèche, oti le Roi attendra k réponse du duc de Rohan par M. de Senneaerre, qui y est allé.
Cependant le comte Broglio conduit et commande deux mille cinq cents hommes des troupes que le Cardinal a amenées ; et on en attend encore d'autres avec le maréchal de La Meilleraye, qui vient du côté de Bretagne, avec quatre pièces de canon, pour Caire obéir ledit duc de Rohan.
M. de Châteauneuf est resté à Tours.
M. Bitaut, conseiller, ci-devant prisonnier, mis en liberté, ayant pris congé du cardinal Mazarin dont il se loue fort.
Le maréchal d'Hocquincourt et le sieur de Bar s^en sont retournes en leurs gouvernements. M. de Châteauneuf est à Tours, dont il ne bouge.
Pour les deux premiers, cela est faux et sont employés près du Roi, Tun }X)ur commander l'armée contre le duc de Rohan à Angers, l'autre comme son lieutenant général.
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— Mardi soir, autres lettres de Saumur du 9, comme cinq compagnies du régiment des gardes, conduites par le sîeurde Bar, lieutenant général, sont parties le matin pour aller forcer le passage de Forges au confluent de l'Authion à la Loire, au-dessus du Pont de Ce et à deux lieues d^Angers; mais qu'ils Tont trouvé forcé par soixante hommes du régiment de Médavy, qui ont, que îué, que pris, que chassé les gardes el soldais, au nombre de quatre cents hommes, du duc de Rohan qui le gardoient.
Le duc de Damvillc, à Paris, mené souper chez Mademoiselle, où l'on a dansé jusqu'à quatre heures du malin du mercredi.
H sollicite Son Altesse Royale à toute heure et n'en a point de réponse. Il lui offre de la part du Roi tout ce qu'il sauroit demander el désirer, pourvu qu'il se raccommode avec le cardinal Mazarin ; et il dit qu^il fera lout ce qu'il plaira au Roi pourvu qu'il chasse le cardinal Mazarin.
— Jeudi [5, le Parleiçeni assemblé sur la lettre de cachet du Roi, du II février, signée de Guénegaud, et ponant que Sa Majesté étoit venue en Anjou pour réprimer la rébellion du duc de Rohan, de laquelle il espéroii, avec Taîde de Dieu, venir en bref à bout et aussitôt s'acheminer, de retour en sa bonne ville de Paris, de laquelle il avoit sujet de se contenter et louer jusqu'à présent.
Les Enquêtes ont prétendu connoitre de deux arrêts ; l'im donné en la Grande Chambre vendredi dernier et l'autre le jour suivant, comme je crois, en la Tournelle, ou, sur requête présentée par le sieur Boislève, évéque d'Avranchcs, complaignant contre le.duc de Rohan de ce qu'il auroît emprisonné et déliendroit dans le château d'Angers, comme gouverneur de la ville et de la province, le sieur Boislève, son frère, lieutenant général, auroit été arrêté que procès-verbal scroit fait sur les lieux susdits par deux conseillers du Présidial et ici envoyé, et cependant le lieutenant général Boislève mis en liberté,
M. d'Orléans a, là-dessus, montré une lettre du duc de Rohan (laquelle il a fait imprimer par de La Caille, imprimeur ordinaire du Roi), et dit que ce qu'il en avoit fait étoit pour servir l'Etat, à cause que le lieutenant Boislève favorisoil le cardinal Mazarin et ne déféroii point aux arrêts du Parlement donnés contre lui. Mais le président de Novion et les conseillers de la Tournelle ont défendu leur arrêt et maintenu qu'étant souverain, il n'étoit pas sujet à revue par les autres chambres.
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Quant à Tarrét de la Grande Chambre, il porte défenses à toutes personnes^ de quelque condition et dignité qu^elles soient, de faire aucune levée de gens de guerre sans Fexpresse commission du Roi, sous le grand sceau. Mais cet arrêt n'ayant point été signé et comme c'est une matière d^afiaire publique et qui regarde rÉtat, les Enquêtes demandent que Ton délibère tout de nouveau là-dessus. Le président de Bailleul, qui, comme second président* fait la fonction du Premier absent, a rendu les raisons de cet arrêt à M. d^Orléans; et les gens du Roi, sortis puis rentrés, ont dit, par la bouche de M. Talon, que, pour ce qui est de la discipline et mutuelle prétention des chambres entr^elles, ils ne donnoient point de conclusions si la Grande Chambre seyie pouvoit donner tels arrêts ou si les Enquêtes avoient droit d!^y être présentes, comme aussi en la Tournelle, es choses qui touchent l'Etat; mais quMls avoient autre chose à dire à savoir qu^il se faisoit ici des assemblées d'aucuns évêqpes aux fins de faire des remontrances au Roi, sous le nom du Clergé, contre le Parlement, comme étendant, sans y avoir droit, sa juridiction trop avant et sur Phonneur et vie des ecclésiastiques ; qu'ils requéroient que tels évéques fussent congédiés de Paris et renvoyés chacun en son diocèse. De plus, ils ont dit qu'étant, comme ils sont, les gens du Roi, ils ne pouvoient passer les bruits qui couroient de l'entrée des troupes espagnoles en France, sous la conduite de quelqu'un qui, d'ici, les seroit aller quérir; qu'ils requéroient qu'il fût, par un sévère arrêt, fait très expresses défenses à toutes personnes, de quelque état et qualité qu'elles soient, gouverneurs de provinces, villes, places, châteaux et communes, da recevoir lesdites troupes et leur prêter ou donner vivres, aide et confort; mais qu'au contraire il leur fût très expressément enjoint et ordonné de leur courir sus et les repousser en toutes manières, comme ennemis du Roi et de l'État.
M. d'Orléans a dit que ce n'éioient point Espagnols, mais Allemands, qui venoient comme amis pour servir en France, et qu'ils le pouvoient, puisqu'il y en étoit bien venu avec le cardinal Mazarin. Et il a fait le récit de toutes les offres que le duc de Damville lui fait de la part de la cour, pourvu qu'il consente au retour dudit Cardinal.
Après cela, l'on a parlé d'opiner; mais le doyen, qui est M. Chevalier, et autres conseillers, ont emporté qu'étant plus
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de onze heures, il failoit remetire la partie à demain. Auires disent que ce fut l'opinion du vieux conseiller Broussel,
On lut toutefois la lettre du parlement de Rouen, portant qu'il avoit donné arrêt conforme, à savoir que très humbles remontrances par écrit seroieni faites au Roi.
Grande alarme de l'entrée des Espagnols en France, au nombre de neuf mille, ou, selon la plus commune voix, six mille, — fausse, — Même, par les lettres de Bruxelles et du Rhingrave Frédéric, gouverneur de Macstrichi, qui parlent de ces six mi'le hommes, comme des plus chétives troupes qui furent jamais, et comme encore rôdant dans les environs de la Meuse. Ces lettres sont du 10. et celles de Cambrai, du 1 1 , portent que le duc de Nemours est encore h Bruxelles, que les troupes s'apprêtent pour être par lui conduites en France, et qu'il y a ordre de cuire deux cent mille livres de biscuit pour leurs vivres.
— Vendredi i6, M. d'Orléans ne vint point au Palais, disant n'être pas en étal pour cela, ce qui fut remis au lendemain
— samedi 17, auquel M. d'Orléans, parlant contre les conclusions des gens du Roi, a dit que les troupes qui entroient en France avec M. de Nemours n'dtoient point des Espagnols, mais lies Allemands, non ennemis de cène couronne, et qui venoient pour la servir contre le Mazarin.
Après cela, sur ce que le Prévôi des Marchands s'est présenté et a remontré qu'il y avoîi un arrêt du Conseil d'Etat par lequel tous les fonds ci-devant affectés au payement des rentes et des gages des cours souveraines étoieni arrêtés, au préjudice des arrêts du Parlement, ci-devant, portant qu'en tous les bureaux l'argent seroit pris pré fera biement à l'Épargne pour le payement des rentes, on a opiné et arrêté que le Prévôt des Marchands et échevins assembleroient les rentiers en l'Hôtel de Ville, et que, tout de même en même temps, le Parlement invitcroit les autres cours souveraines à s'assembler avec lui en la chambre Saint-Louis, où se tient l'ordinaire audience de la Tournellc. Cependant défenses sont faites à tous receveurs, fermiers et commis es bureaux des recettes de vider leurs mains des deniers qui y sont ou doivent être, i peine d'en répondre en leur propre et privé nom. etc., que N. et N., trésoriers de France à Lyon, auront veniat à la cour, pour rendre raison d'une ordonnance d'eux émanée en venu dudit arrêt du Conseil d'État.
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Et n'a été parlé d'aucune autre chose de celles qui auroient été proposées le jeudi i5.
Avis que le comte de Rieuz-Elbeuf étoit déclaré pour le parti des Princes et entré dans Angers pour le défendre avec trente gentilshommes; qu'Angers se défend et incommode les assiégeants avec deux pièces de canon qui tirent sur leur poste incessamment.
Les maîtres des Comptes bien intentionnés pour le service du Roi, prévenant les autres, ont dépéché un homme bien entendu pour aller en cour avec les instruaions et protocoles nécessaires pour faire que le Conseil d^État donne un autre arrêt que celui qu'il a ici envoyé et qui donne lieu à rassemblée des rentiers en l'Hôtel de Ville et des cours souveraines en la salle Saint-Louis pour lundi et mardi prochain. Et cependant ont envoyé quérir les fermiers des gabelles et les ont instruits des moyens et passeports quUls doivent prendre de M. d'Orléans et de M. le Prince pour faire venir du sel de Brouage et d'ailleurs sûrement, pour continuer le payement des rentes et des gages desdites cours.
Ce jour même, M. d'Orléans fut à T Arsenal visiter les munitions quMl y a et choisir, des pièces de canon, ce qu^il en a de besoin pour ses troupes qui sont à Montargis et environs, conduites par le duc de Beaufort. Mais il n'y a rien trouvé de prêt.
— Dimanche i8, quelque désordre à Mantes par les troupes du duc d'Orléans, qui y veulent entrer de force.
Le soir arrive à Paris Montreuil, courrier en titre d^office de M. du Plessis, secrétaire d'État, avec lettres de la cour, qui toujours est à Saumur, du i6, lesquelles disent que le maréchal d'Hocquincourt est avec deux mille chevaux (autre lettre met mille seulement) allé amont la rivière de Loire pour empêcher que le duc de Beaufort ne secoure Montrond ; que le maréchal de La Meilleraye arrive avec troupes et canon devant Angers, oti le duc de Rohan a demandé que le comte de Quincé entrât pour à lui parler, ce qu'il a fait. La duchesse sa femme a écrit à de ses amis en cour qu'elle n'avoit pu jusqu'à cette heure gagner son esprit, mais que si Ton vouloit envoyer quelqu'un dans la ville vers lui, elle s'emploieroit pour le porter à traiter.
Des lettres du 17 de la cour ajoutent qu'Angers parlemente, et de Tours, que la ville est rendue et qu'il n'y a plus que le château qui tienne, le gouverneur y étant, à qui l'on ne veut faire aucune grâce. Que le Pont-de-Cé est aussi rendu au maréchal de
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La Meilleraye, qui est venu avec deux mille cinq cents hommes et six pièces de canon.
Ledit courrier a apporté un arrêt du Conseil d'État par lequel le Roi donne main levée aux fermiers des gabelles et autres recettes de leurs deniers et effets arrêtés par autre arrêt sur eux; et ordonne qu'ils en vident leurs mains pour le payement des renies ei autres charges; mais l'envoyé de la Chambre des Comptes en doit apporter un autre qui sera fait sur son protocole plus exact que celui-là.
Grand bruit, sur lettres diverses, de Tours, que la ville d'Angers est rendue à discrétion au Roi, et qu'il n'y a plus que le château qui tienne; aucuns même voulant que le gouverneur s'en soit secrètement enfui, lequel bruit court principalement le
— lundi 19, auquel jour il y eut assemblée au Parlement toute prête; mais M. d'Orléans, ayant mandé qu'il ne pouvoit venir, elle ne tint point.
Avis de la mort du baron de La Tour en son gouvernement et ville d'Arras. Il étoit gentilhomme de Caux en Normandie et y avoit été gouverneur de Dieppe et puis de Casai. Homme de rare probité et de service exemplaire en France, il avoit depuis peu épousé une fille de Sainte-Mesme-rHôpital, nièce de M. de Morangis-fiarillon.
— Mardi 20, le Parlement étant assemblé, M. d'Orléans absent, on y a lu les lettres du Parlement de Rennes (il y en a eu aussi du Parlement d 'Ai x-en- Provence) portant remerciement à celui-ci de la part qu'il lui donne de ce qui se passe. Qu'il a, conformément à lui, donné arrêt de faire très humbles remontrances au Roi sur le retour du cardinal Mazarin, et que, cependant, pour conserver la Bretagne en repos et sûreté, il a fait très expresses défenses de faire, sous quelque prétexte que ce soit, aucune levée ni marche de gens de guerre par ladite province, sans Texpressc commission et lettres patentes du Roi, sous le grand sceau, et même sans l'attache de la Reine, gouvernante de la province, et enfin sans que lesdites lettres du Roi et attache de la Reine eussent passé par le Parlement.
Là-dessus, les gens du Roi ont remontré qu'il leur est préjudiciable que le parlement de Bretagne prévienne celui de Paris es choses qui sont et de justice et du service du Roi ; et, partant, requièrent qu'il soit incessamment délibéré sur les conclusions
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par eux prises jeudi 1 5 dernier contre les troupes étrangères qui
prétendent entrer et marcher en ce royaume.
Le président de Bailleul a dit que M. d'Orléans sera de rechef invité de se trouver à l'assemblée demain; et, s^il diffère encore, demain, jeudi l'on délibérera. Le Qerc de Courcelles-Boisrideau a voulu contredire le président, qui lui a dit qu^il ne Tempécheroit pas de faire ce qu'il falloit et ne le craignoit point.
Aucuns frondeurs ont aussi fait bruit quand les gens du Roi ont fait leur réquisition.
En cette même assemblée ont été reçus conseillers honoraires les sieurs d'Aligre, premièrement conseiller au Grand Conseil, puis maître des Requêtes, ambassadeur à Venise, conseiller d'État ordinaire et enfin directeur des finances, et Barillon de Morangis, aussi jadis maître des Requêtes, puis conseiller d'État ordinaire et enfin second directeur des finances; ce qui ne s'est pas passé sans rumeur et allégation qu'il falloit voir et fisiire un règlement pour lesdits conseillers honoraires et jusqu^à quel nombre ils pouvoient être reçus.
Ce jour, plusieurs carrosses de voiture [envoyés] à Tours partirent pour y conduire et charrier les procureurs et avocats, greffiers et solliciteurs du Grand Conseil qui y est mandé par le Roi. Les présidents et conseillers y sont allés en leurs propres carrosses, les clercs à cheval.
Ce jour a été publié la censure de l'archevêque de Bordeaux et autres évêques et docteurs de théologie, donnée à Poitiers le 27 janvier dernier contre un libelle fait et imprimé à Bordeaux, intitulé : « Question canonique : Si M. le Prince a pu prendre les « armes, etc. »; icelle censure premièrement imprimée, publiée et aflichéc à Poitiers et partout où elle Pa pu être dans la province d'Aquitaine bordelaise.
Le coadjutcur de Paris a remandé Tabbé Charrier, qui, depuis plusieurs mois, sollicitoit à Rome le chapeau pour lui; mais le pape s^est déclaré contre lui, et disent aucuns que c'est lui qui a fait dire à Tabbé Charrier de s^en aller. Il a envoyé en cour demander l'évêché de Poitiers pour l'abbé de Chailly, frère de madame de Rhodes.
M. de Longueville envoie Prioleau, son secrétaire, à la cour à Saumur, pour y témoigner et assurer que la Normandie est tranquille.
— Mercredi matin 21, M. d'Otiéans n'est point venu en Parle-
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ment, où l'assemblée n'a pas parlé que de certains arrêts fraîche- 1 ments donnés au Conseil d'Etal et envoyés ici, oU ils sont 1 imprimés et publiés de ce jour même, pour la sûreté des rentes! sur rHôiet de Ville et des gages des officiers. Le sîeur d'Alîgre, conseiller d'État, directeur des finances et reçu d'hier conseiller ] honoraire au Parlement, a dit que, si Icsdiis arrêts nesaiisfaisoient pas la Compagnie, le Conseil d'État en donneroit d'autres.
On a publié par les colponeurs ce matin une « Relation véri- ■ table de tout ce qui s'est passé à Angers jusqu'au 17 du cou- « rant, » maïs on doute que ce titre lui convienne; elle est [publiée], ce dit la veuve Guillemot, l'imprimeressequi n'a point j de privilège, par ordre de Son Altesse Royale. Elle donne souvent j des pièces de cette sorte d'aveu.
Ce soir, on a les lettres de Cambrai, du tS, qui portent l'arrivée J du duc de Nemours là avec le comte de Fuensaldagne et l'ap- j proche des troupes, au nombre de six mille hommes, qu'ils | doivent conduire en France, après que les mille ou douze cents du I comte de Tavanes les auront jointes ' .
PI. A Cambray, le 18 février i652.
iReçm 5 Pari, le zi.)
Monsieur, nous avons ici le duc de Nemours depuis le jouf de mardi gras, qu'il y arriva avec le comte de Fuensaldagne et quantité I d'officiers; nous avons aussi toute l'ermée qui doit l!lrc livrée à o duc, logée ici aux environs, du côté du Cateau-en-Cambrésîs. Cette 1 armée est composée d'Allemands et Lorrains, c'est-à-dire de ceux qui I sont à la solde du Roi; car de ceux qui sont à la solde du duc dé 1 Lorraine, il n'y en a point. Tous ces gens sont commandes par le 1 baron de Clinchamps. On fait état que cette armée est de six m soldats, partie infanterie et partie cavalerie, avec quatre pièces de 1 canon. Outre cela, il y aura les François, commandés par le coi de Tavanes, qui ne sont point encore arrivés au rcndei-vous.
Hier se tit la revue générale de toutes les troupes à deux lieues ] d'ici; et le duc de Namours et comte de Fuensaldagne sortirent pour 1 aller voir cette revue. On croit que demain ou apris-dcmain ils entre- j ront dans la France tous ensemble, et que le comte de Fuensaldagne ira jusqu'à la frontière pour livrer l'armée au duc de Nemours, puii 1 arrêtera ici quelques jours et de là s'en retournera à Bruxelles.
On doit donner une montre à l'infanterie et demi-paye à la cava- 1 lerie; et, pour cela, il est arrivé ici force ar^^cnt, dont on dit que le ] duc et ses officiers ont déjà touché une bonne partie.
Entre les ofBciers qui sont ici avec lui, il y a le comte de Coligny,
170 jotntNAL DBS ousRRBS ciYiLBs [fémcr i65a
Lettres du 1 9, de Boulogne^ portent que, dès le 8, le lieutenant de Roi au gouvemement de Béthune, sieur de Montgobert, avisé que le prince de Ligne, avec troupes, s'approchoit de là (il est depuis allé vers le Boulonnois pour occuper le maréchal d^Aumont) parce que le vicomte d'Hostel venoit pour mettre Béthune en ses mains, comme ville d'otage, auquel effet un capitaine du régiment d'Hostel étoit allé à Douai traiter avec le gouverneur, comte de Roeux, s^assura des officiers de la garnison, particulièrement des Ecossois, qui firent tenir leur régiment quatre jours sous les armes et jusqu^à ce que le maréchal d^Aumont, mandé, y fut arrivé pour donner ordre, comme il fit. Et ledit vicomte, étant contraint de se retirer d'auprès Béthune, sans y entrer, en Arras, il y fut arrêté par le gouverneur, M. de La Tour, depui» décédé, et Sainte-Agathe (sic) mis en prison étroite*.
le marquis de Villars, Chavagnac, d'Aiguillon et autres ; on doit aussi donner des habits aux soldats, et force provisions de biscuits et d'avoine les doivent accompagner.
Outre ces troupes, il y en a d'autres qui sont entrées dans le Boulonnois, commandées par le prince de Ligne, pour faire diversion et occuper le maréchal d'Aumont, afin qu'il ne puisse donner quelque empêchement au passage de ses troupes. On dit ici que le maréchal étoit arrivé à Arras avec deux cents chevaux, et qu'il avoit été prendre prisonnier à Béthune et conduit à Arras le gouverneur dudit Béthune, du parti des Princes, qui avoit tâché d'attirer sa garnison du même parti, à quoi cette garnison se seroit opposée et auroit pris les armes contre son gouverneur.
Les François, commandés par le comte de Tavanes, qui doit venir joindre le duc de Nemours, sont au plus de mille à douze cents gens, a ce qu'on dit, fort défaits.
On croit maintenant que le maréchal dAumont, dans le Boulonnois, est pour donner quelque empêchement au prince de Ligne.
Toutes ces troupes qui doivent entrer en France doivent, à ce qu'on dit, aller rencontrer en chemin Tarmée du duc d'Orléans.
Pour ce qui est de leur route, on en parle diversement. Nous verrons si ces braves gens feront des merveilles et s'ils chasseront le Mazarin. Dieu veuille qu'ils nous puissent bientôt procurer une bonne paix.
Voilà ce qu'il se passe en cette frontière. Je suis, etc.
[Cette lettre est transcrite par Dubuisson, Bibl. Mazarine, manuscrit n* 2786', p. 557. Elle paraît lui avoir été adressée par quelque correspondant de Tcntourage des Bournonville.]