I . Mots passés par le copiste
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avis aux bons Parisiens comme on faisoîi encore toutes choses pour faire retourner le Mazarin en France, ce qui auroît été déjà fait sans l'opposition de M, d'Orléans et de M. le Prince; un autre contre lecoadjuteurde Paris et le Premier Président, comme Mazarins; un autre, comme l'on vouloit chasser M. d'Orldans et M. le Prince qui sont de !a maison Royale pour y faire régner les étrangers.
— Lundi 21, dès huit heures, le prince de Condé, accompagné de plus de cinquante gentilshommes de marque et force autre monde, est entré au Parlement. Le prince de Conti n'y étoit point. Le Coadjuteur y est aussi venu fort accompagné. Comme l'assemblée n'y a point vu M. d'Orléans, elle a témoigné qu'elle attendroit un autre jour qu'il vint.
Cependant on a oui bien du bruit et les huissiers ont rapporté qu'il y avoit forces épées tirées dans la Grande Salle. On a envoyé deux conseillers pour faire cesser le bruit et retirer ceux qui le faisoieni. Là-dessus M, le Prince a dit qu^il y avoit quelques gens qui, sans cire requis, mais par grandeur d'affection envers lui, l'avoicnt suivi; mais qu'il se faisoit tellement fort d'eux, qu'il s'assurott et assuroit la Compagnie qu'aussitôt que lui. Prince, leur auroii fait dire de se retirer, ils le feroient.
Le Coadjuteur a dit qu'aucuns de ses amis l'avoicnt aussi suivi, malgré qu'il en eût, et qu'il n'assuroii pas qu'on les put si légèrement apaiser; maïs qu'il iroii voir et y donner ordre par soimême. Là-dessus il s'est voulu lever : mais la Compagnie a fait rumeur et huée pour l'empêcher de sortir de sa place, où il s'est remis.
Lors, M. le Prince, reprenant ces paroles que ses amis ne s'apaiseroient pas si aisément, a dit : u Quoi donc! ils tiendront téie de la sorte? Or je ne sache homme en France, qu'après avoir rendu mes devoirs au Roi, à la Reine et à M. d'Orléans, je ne mette à bas d'un seul de mes regards. » Autres racontent cela plus vraisîmblablcment, et que le Prince a dit qu'il ne croyoii pas qu'il y eût en France personne après M. d'Orléans qui lui pût disputer le pavé.
Le Coadjuteur sonit à la (in et dit tout haut que, s'il y avoit là quelques-uns de ceux qui l'avoieni accompagné, il les prioit de se retirer, ce qu'ils firent, et le marquis d'Alembon fut rencontré par le sieur de Masinghem, lui quinzième, tous gens de main, qui lui dit ce que dessus, et parloit comme s'il eût voulu y retourner.
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JOtlItNAL DES GUERRES CIVILES
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Mais ledit Coadjuteur, après être sorti pour congédier ses amis, les épées venant à se lirer de part et d'autre, il se trouva dans la presse assez loin des siens et voulut rentrer en la Grande Chambre. Mais le duc de La Rochefoucauld, soit qu'il eût peur, soit qu'il le fit à dessein pour laisser exposer au danger ledit Coadjuteur, ferma la porte en laquelle il paroissoit, pour congédier aussi M. le Prince et rentra en la Grande Chambre, laissant dehors ledit Coadjuteur, qui rentra à peine et grondant comme si La Rochefoucauld eût fait cela pour le faire assassiner, tellement qu'ils s'en prirent de paroles, auxquelles le duc de Brissac, allié du Coadjuteur, se mêla fort avant et jusquesà « poltron n et « fils de putain », se menaçant du combat. Mais M. d'Orléans les envoya quérir l'après-diner et les accorda.
Le conseiller Foucaut, qui est un goinfre, a dit que durant la guerre de Paris on avoit qui vouloit de ces amis-là à quinzesols par tête tous les matins. On dit aussi, et peut-être l'invente-t-on, que le Prince a dit que c'étoit une douzaine ou deux des maçons qui travaillent au terrain de Notre-Dame qui avoient quitté leur atelier pour cette matinée. Mais la vérité est qu'il y avoit plus de gens en nombre pour le Coadjuteur qu'il n'y en avoit pour le Prince; et, entre eux, y en avoit force du Bas-Poitou, vers Retz, et aucuns aussi du Boulonois: et aucuns d'iceux de bonne qualité.
Après cela, dix heures ayant sonné, l'on s'est levé et les conseillers s'en sont retournés, chacuns en leurs chambres, avec leurs présidents, juger procès et tenir audience où il y en devoit avoir. L'assemblée remise à demain.
Le vieux président Le Coigneux étant mort à quatre heures du matin, son âls, de longtemps reçu en survivance, a pris sa place au Parlement, au moment que les présidents de Bailleul et de Maisons ou de Nesmond consultoient s'ils le laisseroient prendre possession et feroicnt point plutôi, par acte de démission, faire prendre possession à leurs (ib, auparavant icelui Le Coigneux, après lequel il faudra qu'ils soient dorénavant. Les quatre présidents de la Grande Chambre sont ; le Premier, messieurs de Bailleul, de Nesmond, de Beliièvre,
L'après-diner, M. d'Orléans étant allé au Palais-Royal, le Roi lui a demandé s'il coniinueroit toujours à être contre lui pour ^ , son cousin le prince de Condé. M. d'Orléans lui a dit qu'il étoît pour Sa Majesté et seroit toujours, mais qu'il étoit nécessaire qu'il vint au Parlement et même au Palais-Royal pour s'euire-
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menre à apaiser touies choses et foire un bon aceommodemeni : le Roi a répliqué qu' « il ne s^en pouvait pas faire à cause que son cousin le prince de Condé avott trop offensé sa maman. »
Le soir, on travaille à faire barrières de bois es portes et avenues du Palais, pourempâchcr d'entrer autres queccux qui doivent ■voir séance en l'assemblée des Chambres, car les deux conseillers députés ce jourd'hui pour faire retirer les querellants de la grande salle ne les ont pu faire sortir de la cour et enclos du Palais.
— Mardi 22, le Parlement assemble et le prince de Condé s'y trouve. M. d'Orléans n'y vient point et mande au Coadjuteur de n'y praint aller. Lui s'en va faire la grande procession de l'octave de Notre-Dame, partant de l'église dédiée à Sainte Madeleine, allant chanter la messe aux Cordeliers. (Voyez la Galette de samedi 26.)
Arrêt du Parlement que les trois écrits : celui du Roi, celui de M, le duc et celui de M. le Prince seroient reportés à Leurs Majestés en députatton, pour là-dessus recevoir leursordres.
Cependant M. le duc d'Orléans supplié de s'entremettre pour accommoder tout.
Les portes du Palais étoient fermées toutes, fors celle de la rue Sainte-Anne, dans la cour du Palais, dont les avenues étoient gardées par les commissaires du Châtelei.
Il y Hvoit barrières gardées, par archers du guet, dont l'un, nommé Papillon, ayant voulu faire taire des laquais qui crîoient ■ Vivent le Roi et les Princes, k a été par eux attaqué à coups de pierre et il en a bien battu un qui est au duc de La Rochefoucauld.
Comme M. le Prince s'en retournoii, une compagnie du régiment des gardes retournoit aussi par le quai des Augustins, et un coup de mousquet a été délaché ; ce qui a fait hâter le cocher, qui s'est avancé pour gagner l'hôtel de Nemours, Cela a fah courir le bruit que l'on avoit voulu arrêter M, le Prince et là-dessus force peuple du pont Saint-Michel s'est assemblé et allé vers lui qui leur a dit que ce n'étoit rien. De là, poursuivant son chemin, il a rencontré la procession où étoit le Coadjuteur, auquel ses pages et estafiers ont crié « au Mazarin ». Lui a mis la tête hors du carrosse pour les faire taire.
Ordonnance du Prévôt de Paris, ou son lieutenant civil, de ce jour, pour assembler les trois états de la prévôté et vicomte de Paris en la salle de l'Archevêché, le 4 septembre, afin de procéder à députation pour assister aux États Généraux à Tours.
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— Mercredi 23, M. d'Orléans, au lieu de s'eniremettre pour l'accommodement de M. le Prince avec la Reine, que madame sa femme avoir été voir raprés-diner du jour précédent, s'en est allé du malin à Limours. La Reine témoigne désirer cet accommode- Le prince de Condé passant au poni Saint-Michel, un bahutier
sortit de sa boutique et lui cria que c'éioit lui qui étoit hier sorti et avoit fait qu'autres aussi sortissent pour le secourir lorsque la compagnie des gardes passoit : M. le Prince lui jeta un louis d'or. Arrêt du conseil d'Etat sur l'aflaire avenue à Chartres le 17 dernier.
— Jeudi 34, le duc d'Orléans, retourné de Limours du soïr précédent, va ce matin au Palais-Royal pour travailler à l'accommodement du prince de Condé avec la Reine.
Mort du sieur Gédoyn, jadis premier commis de l'Épargne sous M. de La Bazinière, et depuis quelque temps à demi retiré ; ddccdéen sa maison de Crétcil, âgé de soixante-dix ans, laissant six fils vivants et cinq filles.
— Vendredi aS, jour Saint Louis, grande fête es Jésuites, rue Saint- Antoine; le Roi y vint au sermon de l'abbé de Chanvallon, naguère archevêque de Rouen.
Feu d'artifice en l'Arsenal. (Voyez la Galette du 26.) Ce jour, la châsse du roi Saint Louis étant descendue et exposée, selon la coutume, en l'église de l'abbaye de Saint-Denis, près Paris, madame la comtesse de Brienne y est arrivée de la part de la Reine pour prier les religieux de laisser ladite châsse ainsi exposée, afin qu'elle invitât à prier Dieu incessamment jusques après la majorité du Roi, lequel elle a dit avoir dessein de laire son sacre en ladite abbaye.
— Samedi 26, à mi-relevée, le Parlement fit sa députaiion vers la Reine, suivant l'arrêté du 23, qui répondit qu'elle en communiqueroit à son conseil.
— Dimanche malin, M. d'Orléans, ayant eu le soir précédent brouillerie avec la Reine, qui ne lui veut pas accorder que les États Généraux se tiennentà Paris, s'en est allé se divertira Limours sur les neuf heures. Et une heure ou deux après, M. de Châteauneuf, qui souvent vient en cour depuis quelques mois, est venu de la pan de la Reine trouver madame d'Orléans, laquelle a dît qu'elle verroii la Reine après dîner.
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iOS-AUDENAY.
Monsieur de Brienne, secrétaire d'Étai, obtient la survivance de sa charge pour son âls tout jeune.
Bruit qu'une lettre du cardinal Mazarin à la Reine a été înierceplée par M. le Prince, et portoii qu'elle ne devoit jamais souffrir que les Etats Généraux se tinssent autre part qu'en quelque petite ville comme Pontoise : mais c'est une lettre supposée qui a été imprimée.
La Reine va au Palais Brion et y soupe avec le Roi dans la privaulé de quelques particuliers qui sont couverts et assis. Elle va à la chasse au bois de Boulogne avec le Roi, oti Mademoiselle mit pied à terre et, ayant quitté la première, courut légèrement.
M. le Coadjuieur, malade d'un choléra morbus, est purgé ce jourd'hui.
Le duc de Damville va de la part de Leurs Majestés à Limours pour inviter M. d'Orléans à retourner à Paris.
— Lundi matin 28, M. le Prince va en Parlement, qui pourtant n'a point assemblé. Il dit qu'il veut assembler et se justifier de l'accusation à lui laite par Técrit du Roi envoyé au Parlement le 17 précédent; et a pour cet etfet encore un autre écrit de M. d'Orléans fait en sa laveur.
— Mardi matin 29, le Parlement assemblé, M. le Prince présent, on lui a dit que l'on ne pouvoîi rien faire pour la justification qu'il demande, que le Roi n'eût donné sa réponse sur la députation du 26. Or il ne peut pas rendre sa réponse qu'il n'ait pris conseil et il ne le peut prendre tant que M. d'Orléans sera à Limours. Les gens du Roi (le second avocat général, M. Bignon, car le premier, M. Talon, est malade), et le procureur général, M. Fouquet, ont été chez M, le Chancelier sur le midi, puis vers le Roi et la Reine après, d'où ils ont rapporté que leurs Majestés altendoient le retour de M. d'Orléans pour délibérer en leur conseil et former leurs réponses sur la députation du 26; et que demain elle envoiroit le comte de Brienne vers M. d'Orléans pour prendre son avis en ce sujet.
En cette même assemblée, la déclaration du Roi demandée par les Princes et le Parlement pour l'exclusion à jamais du cardinal Mazarin, a été lue en sa minute et corrigée pour être mise au net et expédiée au gré dudit Parlement et des Princes.
M. le Prince et le duc de Beaufort vont trouver M. d'Orléans ù Limours;
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— Mercredi 33, M. d'Orléans, au lieu de s'entremettre pour l'accommodement de M. le Prince avec la Reine, que madame sa femme avoii i^té voir l'après-diner du jour précédent, s'en est allé du matin à Limours. La Reine témoigne désirer cet accommodement.
Le prince de Condé passant au pont Saint-Michel, un bahutier sortit de sa boutique et lui cria que c'étoit lui qui étoit hier sorti Cl avoil fait qu'autres aussi sortissem pour le secourir lorsque la compagnie des gardes passoit : M. le Prince lui jeta un louis d'or.
Arrêt du conseil d'Etat sur l'affaire avenue à Chartres le i7der-
— Jeudia4, le duc d'Orléans, retourné de Limours du soir précédent, va ce matin au Palais-Royal pour travailler à raccommodement du prince de Condé avec la Reine.
Mort du sieur Gédoyn, jadis premier commis de l'Epargne sous M. de La Bazinîére, et depuis quelque temps à demi retiré ; décédé en sa maison de Crëteil, âgé de soixante-dix ans, laissant six fils vivants et cinq filles,
— Vendredi aS, Jour Saint Louis, grande féie es Jésuites, rue Saint-Antoine; le Roi y vint au sermon de l'abbé de Chanvallon, naguère archevêque de Rouen.
Feu d'artifice en l'Arsenal. (Voyez la Gabelle du 26.) Ce jour, la châsse du roi Saint Louis étant descendue et exposée, selon la coutume, en l'église de l'abbaye de Saint-Denis, près Paris, madame la comtesse de Brienne y est arrivée de la part de la Reine pour prier les religieux de laisser ladite chasse ainsi exposée, afin qu'elle invitdt à prier Dieu incessamment jusques après la majorité du Roi, lequel elle a dit avoir dessein de faire son sacre en ladite abbaye.
— Samedi 26, à mi-relevée, le Parlement fit sa députation vers la Reine, suivant l'arrêté du 22, qui répondit qu'elle en communiqueroli à son conseil.
— Dimanche matin, M. d'Orléans, ayant eu le soir précédent brouillerie avec la Reine, qui ne lui veut pas accorder que les États Généraux se tiennent à Paris, s'en est allé se divertir à Limours sur les neuf heures. Et une heure ou deux après, M. de Château-
neuf,
qui
de la part de la Reine
qu'elle verroit la Reine après dîner.
lur depuis quelques mois, madame d'Orléans, laquelle a dit
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Monsieur de Brienne, secrétaire d'État, obtient la survivance dt sa charge pour son fils tout jeune.
Bruit qu'une lettre du cardinal Mazarin à la Reine a été interceptée par M. le Prince, et portoit qu'elle ne devoit jamais souf- '^r que les États Généraux se tinssent autre part qu'en quelque l'peiite ville comme Ponioise : mais c'est une lettre supposée qui Aéié imprimée.
La Reine va au Palais Brion et y soupe avec le Roi dans la privauté de quelques particuliers qui sont couverts et assis. Elle va à la chasse au bois de Boulogne avec le Roi, où Mademoiselle mil pied à terre et, ayant quitté la première, courut légèrement.
M. le Coadjuieur, malade d'un choléra morbus, est purge ce jourd'hui.
Le duc de Damvîlle va de la part de Leurs Majestés à Limours pour inviter M. d'Orléans à retourner à Paris,
— Lundi matin 28, M. le Prince va en Parlement, qui pourtant n'a point assemblé. Il dit qu'il veut assembler et se justitier de Taccusation à lui faite par t'écrit du Roi envoyé au Parlement le 17 précédent; et a pour cet effet encore un autre écrit de M. d'Orléans fait en sa faveur.
— Mardi matin 29, le Parlement assemblé, M. le Prince présent, on lui a dit que l'on ne pouvoit rien faire pour la justification qu'il demande, que le Roi n'eût donné sa réponse sur la députaiion du 26. Or il ne peut pas rendre sa réponse qu'il n'ait pris conseil et il ne le peut prendre tant que M. d'Oriéans sera à .Làmours. Les gens du Roi (le second avocat général, M. Bîgnon, car le premier, M. Talon, est malade], et le procureur général, M. Fouquet, ont été chez M. le Chancelier sur le midi, puis vers le Roi et la Reine après, d'où ils ont rapporté que leurs Majestés attendoient le retour de M. d'Orléans pour délibérer en leur conseil et former leurs réponses sur la députation du 26; et que demain elle envoiroit le comte de Brienne vers M. d'Orléans pour prendre son avis en ce sujet.
En cette même assemblée, la déclaration du Roi demandée par les Princes et le Parlement pour l'exclusion ù jamais du cardinal Mazarin, a été lue en sa minute et corrigée pour être mise au net et expédiée au gré dudit Parlement et des Princes.
M, le Prince et le duc de Beaufort vont trouver M. d'Oriéans ■Jl Limours; en retournent li
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— Mercredi 23, M. d'Orléans, au lieu de s'entremettre pour l'accommodement de M. le Prince avec la Reine, que madame sa femme avoit été voir l'après-dîner du jour précédent, s'en est allé du matin à Limeurs. La Reine témoigne désirer cet accommodement.
Le prince de Condé passant au pont Saint-Michel, un bahutier sortit de sa boutique et lui cria que c'étoit lui qui étoii hier sorti et avoil fait qu'autres aussi sortissent pour le secourir lorsque la compagale des gardes passoit : M. le Prince lui jeta un louis d'or.
Arrêt du conseil d'Etat sur l'affaire avenue à Chartres le 17 dernier,
— Jeudi 24. le duc d'Orléans, retourné de Limours du soir précédent, va ce matin au Palais-Royal pour travailler à l'accommodement du prince de Condé avec la Reine,
Mort du sieur Gédoyn, jadis premier commis de l'Épargne sous ivl, de La Bazinière, et depuis quelque temps à demi retiré ; décédé en sa maison de Créteil, âgé de soixante-dix ans, laissant six fils vivants et cinq filles.
— Vendredi 25, jour Saint Louis, grande fête es Jésuites, rue Saint-Antoine; le Roi y vint au sermon de l'abbé de Chanvallon, naguère archevêque de Rouen.
Feu d'artifice en l'Arsenal. [Voyez la Galette du 26.) Ce jour, la châsse du roi Saini Louis étant descendue et exposée, selon la coutume, en l'église de l'abbaye de Saint-Denis, près Paris, madame la comtesse de Brienne y est arrivée de la pan de la Reine pour prier les religieux de laisser ladite châsse ainsi exposée, afin qu'elle invitât à prier Dieu incessamment jusques après la majorité du Roi, lequel elle a dit avoir dessein de faire son sacre en ladite abbaye.
— Samedi 2Ô, à mi-relevée, le Parlement fit sa députation vers la Reine, suivant l'arrêté du 22, qui répondit qu'elle en communiqueroit à son conseil,
— Dimanche matin, M. d'Orléans, ayant eu le soir précédent brouillerie avec la Reine, qui ne lui veut pas accorder que les ÉtaisGénéraux se tiennent à Paris,s'en est allé se divertir à Limours sur les neuf heures. Et une heure ou deux apnis, M. de Châteauneuf, qui souvent vient en cour depuis quelques mois, est venu de la pan de la Reine trouver madame d'Orléans, laquelle a dit qu'elle verroit la Reine après dîner.
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d'État, obtient i
Monsieur de Brienne, secrétaire de sa charge pour son fils tout jeune.
Bruit qu'une lettre du cardinal Mazaria à la Reine a été interceptée par M. le Prince, et porioit qu'elle ne devoir jamais souffrir que les États Généraux se tinssent autre part qu'en quelque petite ville comme Pontoise ; mais c'est une lettre supposée qui a été imprimée.
I^ Reine va au Palais Brion et y soupe avec le Roi dans la privauté de quelques particuliers qui sont couverts et assis. Elle va à la chasse au bois de Boulogne avec le Roi, où Mademoiselle mit pied à terre et. ayant quitté la première, courut légèrement.
M. le ûjadjuieur, malade d'un choléra morbus, est purgé ce jourd'bui.
Le duc de DamviUe va de la pan de Leurs Majestés à Limours pour inviter M. d'Orléans à retourner à Paris.
— Lundi matin a8, M. le Prince va en Parlement, qui pourtant n'a point assemblé. 11 dit qu'il veut assembler et se jusiiHer de l'accusation à lui faite par l'écrit du Roi envoyé au Parlement le 17 précédent; et a pour cet effet encore un autre écrit de M. d'Orléans fait en sa faveur.
— Mardi malin 29, le Parlement assemblé, M. le Prince présent, on lui a dit que l'on ne pouvoit rien faire pour la justification qu'il demande, que le Roi n'eût donne sa réponse sur la députation du 26. Or il ne peut pas rendre sa réponse qu'il n'ait pris conseil et il ne le peut prendre tant que M. d'Orléans sera à Ljmours. Les gens du Roi (le second avocat général, M. Bignon, car le premier, M. Talon, est malade), et fe procureur général, M. Fouquet, om été chez M. le Chancelier sur le midi, puis vers le Roi et la Reine après, d'où ils ont rapporté que leurs Majestés attendoient le retour de M. d'Orléans pour délibérer en leur conseil et former leurs réponses sur la députation du 26; et que demain elle envoiroît le comte de Brienne vers M. d'Orléans pour prendre son avis en ce sujet.
En cette même assemblée, la déclaration du Roi demandée par fcs Princes et ie Parlement pour l'exclusion à jamais du cardinal Mazarin, a été lue en sa minute et corrigée pour être mise au net et expédiée au gré dudit Parlement et des Princes.
M. le Prince et le duc de Beaufort vont trouver M. d'Orléans à Limours; en retournent la nuit suivante.
To8 JOURNAL DES GUERRES crviLEs [aoùt l65l
— Mercredi 23, M. d'Orléans, au lieu de s'entremetue pour l'accommodenient de M. le Prince avec la Reine, que madame sa femme avoir étii voir l'aprés-di ner du jour précédent, s'en est allé du matin à Limours. La Reine témoigne désirer cet accommodement.
Le prince de Condc passant au pont Saini-MicLcl. un bahutîer sortit de sa boutique et lui cria que c'étott lui qui étoit hier sorti et avoit fait qu^auires aussi sortissent pour le secourir lorsque la compagnie des gardes passoîl ; M. le Prince lui jeta un louis d'or.
Arrêt du conseil d'Etat sur l'aflaire avenue à Chartres le 17 dernier.
— Jeudi 34, le duc d'Orléans, retourné de Limours du soir précédent, va ce matin au Palais-Royal pour travailler à l'accommodement du prince de Condé avec la Reine.
Mon du sieur Gédoyn, jadis premier commis de l'Épargne sous M. de La Baziniére, et depuis quelque temps à demi retiré ; décédé en sa maison de Créteil, âgé de soixante-dix ans, laissant six fils vivants et cinq tilles.
— Vendredi 35, jour Saint Louis, grande féie es Jésuites, rue Saînt-.\ntoine; le Roi y vint au sermon de l'abbé de Chanvallon, naguère archevêque de Rouen.
Feu d'anifice en l'Arsenal. (Voyez la Gabelle du 26. j Ce jour, la châsse du roi Saint Louis étant descendue et exposée, selon la coutume, en l'église de l'abbaye de Saint-Denis, près Paris, madame la comtesse de Brienne y est arrivée de la part de la Reine pour prier les religieux de laisser ladite châsse ainsi exposée, afin qu'elle invitât k prier Dieu incessamment jusques après la majorité du Roi, lequel elle a dit avoir dessein de faire son sacre en ladite abbaye.
— Samedi 26, à mi-relevée, le Parlement fit sa députation vers la Reine, suivant l'arrêté du 23, qui répondit qu'elle en communiqueroit à son conseil.
— Dimanche matin, M. d'Orléans, ayant eu le soir précédent brouiUerie avec la Reine, qui ne lui veut pas accorder que les EtalsGcnéraux se tiennent à Paris, s'en est allé se divertir à Limours sur les neuf heures. Et une heure ou deux après, M. de Châteauneuf, qui souvent vient en cour depuis quelques mois, est venu de la part de la Reine trouver madame d'Orléans, laquelle a dit qu'elle verroit la Reine après dîner.
aOÛl l65t] DE DUBUrSSON-AUBENAY. TO9
Monsieur de Brîenne, secrétaire d'État, obtient la survivance de sa charge pour son tîls tout jeune.
Bruit qu'une lettre du cardinal Mazarin à la Reine a été intercepiée par M. le Prince, et ponoit qu'elle ne devoit jamais souffrir que les États Généraux se tinssent autre pan qu'en quelque petite ville comme Pontoise ; mais c'est une lettre supposée qui a été imprimée.
La Reine va au Palais Brion et y soupe avec le Roi dans la privauté de quelques particuliers qui sont couverts et assis. Elle va à la chasse au bois de Boulogne avec le Roi, où Mademoiselle mit pied à lerre et, ayant quitté la première, courut légèrement.
M. le Coadjuteur, malade d'un choléra morbus, est purgé ce jourd'hui.
Le duc de Damville va de la part de Leurs Majestés à Limours pour inviter M. d'Orléans à retourner à Paris.
— Lundi matin a8, M. le Prince va en Parlement, qui pourtant n'a point assemblé. 11 dit qu'il veut assembler et se justilicr de l'accusation à lui faite par l'écrit du Roi envoyé au Parlement le 17 précédent; et a pour cet effet encore un autre éail de M. d'Orléans fait en sa faveur.
— Mardi matin 29, le Parlemem assemblé, M. le Prince présent, on lui a dit que l'on ne pouvoit rien faire pour la justitication qu'il demande, que le Roi n'eût donné sa réponse sur la députation du 26. Or il ne peut pas rendre sa réponse qu'il n'ait pris conseil et il ne le peut prendre tant que M. d'Orléans sera à Limours. Les gens du Roi (le second avocat général, M. Bignon, car le premier, M. Talon, est malade), et le procureur général, M. Fouquet, ont été chez M. le Chancelier sur le midi, puis vers le Roi et la Reine après, d'où ils ont rapporté que leurs Majestés attendoient le retour de M. d'Orléans pour délibérer en leur conseil et former leurs réponses sur la députation du 26; et que demain elle envoiroit le comte de Brienne vers M. d'Orléans pour prendre son avis en ce sujet.
En cette même assemblée, la déclaration du Roi demandée par les Princes et le Parlement pour l'exclusion à jamais du cardinal Mazarin, a été lue en sa minute et corrigée pour être mise au net et expédiée au gré dudii Parlement et des Princes.
M. le Prince et le duc de Beaufort vont trouver M. d'Orléans à Limours: en retourneni la nuit suivante.
IIO JOUBNAL DES GIJERHES CIVILES [aoûi l65l
Le Roi accompagne la Reine qui est alWe aux nouvelles filles de Saime-Marie de la Reine d'Angleterre à Chaillot; et lui, passe au bois de Madrid pour faire la chasse,
— Mercredi 3o, la Reine envoie M. de Brîenne Loménie, secrétaire d'Etat, à Limours vers M. d'Orléans, où Mademoiselle, par la même voiture et relais de la Reine, est aussi allée pour l'inviter à retourner ici, ou au moins lui envoyer son avis pour faire réponse aux députés du Parlement.
Ce matin, le Parlement étant assemblé à huit heures, le duc de Vendôme s'y est trouvé et a dit qu'en 1649, comme il revint d'un long exil à la cour, il fui requis de consentir au mariage du duc de Mercœur, son tils, avec la nièce du cardinal Mazarin, mademoiselle Mancini ; qu'il en avoit parlé à M. d'Orléans qui l'avoit trouvé bon et à M. le Prince qui ne l'avoii pas trouvé mauvais. Que, depuis lors voyant le cardinal Mazarin en mauvais chemin, il n'en avoit point parlé et ne pouvoit dire s'il s'y seroit passé quelque chose. Cela dit, il s'est levé et relire ; et aussitôt son autre fils, le duc de Beaufort est arrive qui a dit être revenu de Limours ob M. le duc d'Orléans l'avoit chargé de dire à la Compagnie qu'il la prioit de ne pas discontinuer, mais au contraire continuer en la justittcation, quoique lui, qui y est désiré, eit soit reculé ou absent. M, le Prince a confirmé cela, et a dit autres choses. On lui a dit que Talfaire n'éioit pas en pouvoir d'éire avancée jusques à ce que le Roi eût donné sa réponse à leur députaiion du 36, et qu'il falloit arrêter, comme il a été, que les gens du Roi retourncroient ce soir au Palais- Royal pour prendre ta réponse de Leurs Majestés avec celle de M. d'Orléans.
A la sortie du duc de Vendôme, la canaille a crié qu'il ne devoit pas souffrir l'alliance de Mazarin ; on en a dit autant au duc de Beaufort; à M. le Prince, qu'il ne devoit pas jamais sortir de Paris et que le peuple est à lui et le protégera.
Au Premier Président ils ont crié : • Au Mazarin. n
Le président de Nesmond a dii hautement qu'il falloit faire descendre en bas, c'est-à-dire en prison, ces criards; l'un a répondu : « Tel menace qui a peur. « Le Premier Président s'est, auparavant la levée (qui a été à dix heures, après quoi les Enquêtes se sont retirées en leurs chambres pour faire leurs affaires), excusé longtemps de faire la relation de la députation du 3Ô, disant qu'il fallait pour ce faire attendre k réponse promise par Leurs Majestés; mais k la fin, pressé, l'a faite.
septembre lôSi] de dubuisson-aubenay. tii
— Jeudi 3 1 , bruit que M. d'Orléans étoit de retour d^hier au soir; mais c'étoii seulement Mademoiselle, sa lîlie.
Le Palais gardé, le prince de Condé s'y est trouvé en l'assemblée qui a lu et corrigé pour la dernière fois la déclaration touchant l'exclusion éternelle du cardinal Mazarin, envoyée par la Reine en papier original, dont les gens du Roi ont été chargés pour la
I reporter à M, le Chancelier et la faire mettre en parchemin et
I sceller.
I L'après-dioer, M. le comte de Brîenne est retourné de Limours
^^^^L avec le duc de Damvillc.
I >ie
I hei
Septembre.
— Vendredi (/Hgi/), premier jour de Septembre, le Parlement I D^assembla point et on fut seulement dire par les Enquêtes que le
sieur de Saînaoi avoit éié en la Grande Chambre dire qu'à trois heures de relevée les députés du Parlement allassent pour prendre la réponse que le Roi donneroit à leur députaiion dernière du mois passé, suivant l'avis de M. d'Orléans, rapporté de Limours par le duc de Damville et le comte de Brienne, secrétaire d'Etat, retournés d'hier. C'est que la Reine voyoit par les suites et que le Roi seroit ravi de voir que M. le Prince se trouve net des choses dont on le peut soupi^oiiner et desquelles il se peut laver en faisant cinq choses : i" qu'il voie le Roi ï l'ordinaire et se rende assidu près de lui ; 2° que ses troupes entrent et servent dans l'armée du Roi; 3° qu'il fasse sortir ia garnison espagnole de Stenay ; 40 qu'il réduise les garnisons de toutes les places, qui sont sous son pouvoir, au nombre des soldats ei officiers porté par les Eiats du Roi ; 5° qu'il fasse cesser la fortification qu'il fait desdites places lant à Monirond qu'à Bellegarde, obéissant pour le sujet de celle-ci à l'arrêt que le Parlement de Dijon en a donné pour empêcher ladite fortification.
Les députés y ont donc été et, le
— samedi 2, le Parlement assemblé, le Prince de Condé présent, comme le Premier Président alloit faire la relation de la réponse de la Reine, aucuns ont proposé de ne point passer outre que M. le duc d'Orléans qui pourroit cire ici et venir lundi pro-
lis JOURNAL DES GUERRES CIVILES [septembre i55i
chain au Parlement, n'y fût présent. Et ainsi a été arrêté ; et deux ou trois conseillers, Doujai, Ménardeau-Champréet Meunier-Larlige, députés pour aller ce soir à Limours prier M. d'Orléans d'être lundi à l'assemblée.
Ce matin même du vendredi ou samedi, M. deQuendael, vulgd Candale, et de la Valette, a été reçu duc et pair. Quendael est en Angleterre, dont le duc d'Épernon se dit prince et en a fait faire monnoie ou médailles, La Valette est son ancienne seigneurie paternelle et a été ce nom appliqué à Vtllebois en Limousin, que l'on appelle duché de la Valette.
— Lundi 4 au matin, le duc d'Orléans, retourné de Limotirs du soir précédent, se trouve en l'assemblée du Parlement, où étoit aussi le prince de Condé. Le Premier Président ayant fait sa relation de la réponse que la Reine fit aux députés vendredi dernier, M. le Prince a nié tout ce qu'on lui imputoît, disant s'être offert à faire sortir la garnison de Stenay ou par traité ou par force, en lui donnant deux mille hommes de renfort; que les garnisons de ses autres places n'étoient plus grosses que suivant l'état du Roi ; qu'il ne se faîsoii point aucune fortification nouvelle à Bellegarde ni ailleurs. — Sur quoi le Premier Président a tiré un papier signé B François de Montmorency n, ponant ordre aux villages et endroits d'autour de Bellegarde d'envoyer hommes de corvée pour travailler aux fortifications de la place. — £i touchant ses devoirs à rendre près du Roi, a dit que ses ennemis jurés étoient dans le conseil du Roi, que c'étoit eux qui suggéroient à la Reine toutes ces choses à l'enconirc de lui et qu'ainsi il n'y avoit aucune sûreté pour sa p>ersonne au Palais-Cardinal. Ce que M. d'Orléans a confirmé en mêmes ou plus forts termes en faveur dudît Prince, lequel, étant sorti de sa place pour laisser la Compagnie opiner librement en son affaire, est allé se mettre derriÉrc les derniers bancs des conseillers, montrant seulement le haut de la tête qu'il ne pouvoil cacher pour voir et écouter ce qui se passoit et disoit.
Enfin il a été arrêté que l'après-diner les gens du Roi iroient vers Sa Majesté la supplier de donner une déclaration conforme aucunement à ce que la Reine répondit vendredi, savoir qu'il paroissoit par les suites, que M. le Prince étoit net des choses dont il sembloii que l'on le soupçonnoit; laquelle déclaration seroit portée en Parlement, le Roi y séant, jeudi prochain, jour de sa majorité; et que cependant ledit sieur Prince seroit prié par la Compagnie de voir le Roi et la Reine.
:olporteurs un imprimé intitulé :
l'avis désintéresse de M. leCoadjuieur;»
i une pièce bien écrite contre lesdits
15 par ledit Coadjuteur; la réponse
septembre i65i] de diibuissos-hubenay.
Ce jour se publie j t Réponse deM. le Princeà
lequel ■ Avis désintéressé »
Princes, désavouée néanmi est fort mal faite.
Ledit Coadjuteur ne va plus aux assemblées du Parlement.
Ce même jour fut publié un extrait de la déclaration du leu Roi, du mois d'avril 1643, vérifiée en Parlement le 22 dudît mois, audit an, portant que le sieur de Châteauneuf ne pourra être tiré de sa prison du château d'Angoulême qu'après la paix faite et pour êtreconduit horsou dedans le Royaume; ni à la duchesse de Chevreuse permis de retourner en France qu'aussi après ladite paix faite et à la charge de n'être jamais près de la cour.
Ce même jour, lundi 4, est arrivé un courrier de l'armée, ici, au Roi, apportant la défaiie entière de six cents chevaux des ennemis.
Autres nouvelles bien contraires que les ennemis tout de bon assiègent Fumes et le prendront sur nous.
Ce jour, dès le matin, se tint assemblée en la grande salle de l'Archevêché, oti les trois ordres se trouvèrent; mais les Prévôt des Marchands et corps de Ville de Paris ont protesté qu'ils avoient privilège de faire assemblée dcsdiia trois ordres sans panicipallon de ceux de la prévôté et vicomte, pour lesquels se faisoient lors ladite assemblée en l'Archevêché ; sur quoi il y a eu un arrêt du conseil d'Etat, publié et affiché le sixième ensuivant, portant qu'il faut recommencer ia députation lundi prochain 1 1 du mois, oCi il sera procédé à nouvelle éleaion pour le Tiers État ; et n'y assisteront aucuns bourgeois de Paris, ni personne de la prévôté et vicomte de Paris, autres que les deux échcvins députés par l'Hôtel de Ville.
— Mardi 5, le Parlement étant assemblé, le duc d'Orléans a mandé qu'il y vouloit âne ; ei de fait y est arrivé un peu tard. Trois déclarations y ont été apportées : l'une de l'exclusion perpétueUedu cardinal Mazarin de jamais retourner en France, l'autre de la justification de M. le Prince, touchant les points et articles du 1 7 du mois d'aolît dernier, envoyés en Parlement, qui ont été lus et enregistrés; et la troisième, contenant la continuation du Parlement, a été remise à demain, ou une autre fois, pour être enregistrée.
Ce jotir, les colporteurs ont publiquement, par les rues, débité un arrêt du parlement de Bordeaux avec lettres au Roi, à la
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Reine, aux duc d^Orléans et prince de Condé, touchant Tinnocence dudit sieur Prince, datées du 3o août dernier.
Le président de Maisons-Longueil remet la surintendance des Finances à la Reine.
— Mercredi 6, M. le Prince et cinq ou six de ses plus privés partent du matin et vont à Trie, voir M. le duc de Longueville, ou à Chantilly. Cela est demeuré tout ce jour incertain, et même aucuns ont voulu dire qu^il alloit à Vallery près Sens ; mais il est allé à Trie. Il prétend y demeurer durant Faction de la majorité du Roi et que le lendemain d'icelle, le Roi lui écrira une lettre de cachet lui ordonnant de le venir trouver et demeurer près de sa personne, où il aura toutes sûretés et tous honneurs dus à sa qualité.
Jeudi 7, le Roi ayant accompli treize ans dès le mardi 5 au soir, et étant, selon l'ordonnance du Roi Charles V, passée en loi fondamentale, de Tan [1374], devenu majeur, est sorti sur les neuf heures du Palais-Royal pour aller en Parlement, lui seul, à cheval, en habit et housse magnifique et royale, tenant à sa main droite une canne d^Inde noueuse et menue pour baguette, ses gardes du corps marchant immédiatement devant lui et jusques à lui, et quatre de ses écuyers de la grande écurie, dont le sieur Dauphin étoit Tun, à pied des deux côtés de Sa Majesté, suivie d'un gros de ducs et pairs tout à fait braves, après lesquels venoient les Suisses et François de la garde du corps de la Reine^ précédant et environnant son carrosse, oti étoit le duc d^Ânjou, le duc d'Orléans et force princesses et dames. Puis les gens d'armes du Roi, ayant à leur tête le capitaine lieutenant comte de Miossens, faisoient la clôture.
Majorité du Roi. — Voyez la relation imprimée par le gazetier et une autre très succinte et sans auteur.
Tout au commencement du cortège, il y avoit bien deux cents gentilhommes volontaires à cheval, et environ cent sur chevaux harassés et en habit de campagne. On dit qu'ils étoient gentilshommes de Normandie venus exprès pour s'offrir au Roi, à qui le comte d'Harcourt les présenta.
La Reine d'Angleterre et Mademoiselle, fille du duc d^Orléans, étoient à une fenêtre de l'hôtel Schonberg à voir passer le Roi ; et puis, par le derrière dudit hôtel, rue de Bailleul, sont aussi sorties et allées prendre leur place au Palais, en une lanterne de la Grande Chambre*
sepiembre i65i] de dubuisson-aubënav. i i5
Le prince de Condé, pani d'hier matin pour s'en aller à Trie fc'i'Oir M. de Longueville, écrit au Roi. Etcomme Sa Majesté mon- ' toit à cheval, le prince de Conii, arrivant en soutane, a présenté la letlre au Roi, qui, par la main du sieur Dauphin, l'un des écuyers de sa grande écurie, l'a consignée au maréchal de Villeroy, son gouverneur, sans l'ouvrir. Elle a été en ce même temps imprimée par Vivenay, dans l'hôtel de Condé, où il a son imprimerie, et criée, débitée par les colporteurs dans Paris dès l'heure du diner.
— Vendredi 8, le Roi est allé en l'église Notre-Dame, au matin. — Voyez la Galette du 9.
Au soir, le Roi envoyé quérir M. du Plessîs de Guénegaud, secrétaircd'État. et l'envoie chez M, le Chancelier lui demander les Sceaux et les apporter à Sa Majesté, qui tout aussitôt a lui-même Kellé les lettres de duc et pair pour son gouverneur, le maréchal de Villeroy; une commission à M. de Châteauneuf pour être le Premier de ses conseils, fors en celui que le Garde des Sceaux tiendra : ce sera M. le Premier Président, que l'on a envoyé quérir pour prendre lesdits Sceaux, et cependant ledit sieur du Piessis a dit audit sieur Chancelier qu'il pourroii demeurer en cette ville s'il vouloir, ou bien s'absenter pour dcuï ou trois jours et puis revenir.
M. de Brienne, aussi secrétaire d'État, a été aussi chez M. le président de Maisons, lui annoncer la révocation de la surintendance, avec offre de le faire ministre d'État ; et Gaboury, officier de cher la Heine, est allé quérir le marquis de La Vieuville.
— Samedi 9 au matin, tout le monde va voir le marquis de La Vieuville père comme surintendant, et ses lettres le soir en furent expédiées et signées par le sieur du Plcssis de Guénegaud, secrétaire d'État, et à lui portées par le sieur de Lingendes, son premier commis, accompagnées de deux autres brevets, l'un pour le ministériat, auquel il a place, et l'autre de préséance es conseils des finances et privé, avant tous conseillers d'État, et immédiatement après les officiers de la Couronne.
On va voir aussi le Premier Président, qui, dès le soir précédent, reçut les Sceaux de la main du Roi.
Le matin, le Roi a été à la messe et déjeuné, M. le duc d'Orléans l'accompagnant, selon la protestation qu'il a fait de n'assister plus au conseil à cause du Premier Président et autres qui y ont été sans sa participation. Ce qui a fait courir le bruit que Son Altesse
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Royale étoit mal contente et s'en alloit retirer à Limours pour ne se plus mêler des affaires. Mais Mademoiselle sa fille est toujours fort affectionnée à la cour à cause du mariage d^elle avec le Roi, dont la Reine et toute la cour lui donnent force espérances.
Le prince de Conti et le duc de Nemours sont allés à Chantilly, où est le prince de Condé, et les bruits de sa retraite sont différents.
Avis que le maréchal de la Ferté-Senneterre qui avoit levé le siège de devant Châtel-sur-Moselle y est retourné et Ta pris, comme n'ayant reculé que pour mieux sauter.
Autre avis que Furnes est prise sur nous par le marquis de Sfondrate, en Flandres, près Dunkerque. — Autre avis, porté par le milord Germain, premier écuyer de la Reine d^ Angleterre, au Roi et à la Reine ce matin, que le Roi d* Angleterre, ayant franchi les passages que Ton lui disputoit et défait ceux qui s'étoient opposés à sa marche, va grossissant son armée de troupes considérables qui s'y vont rendre de diverses parts et que le fils de milord Howard, du parti républicain, s'est venu rendre à Sa Majesté Britannique avec quatre mille hommes, dont le général Cromwell averti, s'en est en poste allé à Londres, pour se justifier de tout ce qui se passe et donner ordre pour empêcher les suites.
Le soir, direction des finances se tient chez M. de Châteauneuf, au logis du maréchal de l'Hôpital, oti le nouveau surintendant assiste.
— Dimanche lo au matin, on dit que le prince de Condé est à Saint-Mauretque M. d'Orléans l'est allé voir. Sur le soir, M. d'Orléans se trouve au Palais-Cardinal, où, sitôt qu'il voit entrer M. de Châteauneuf, il en sort et s'en va, selon qu'il a protesté qu'il ne veut plus assister au conseil. On dit alors que le prince de Condé et celui de Conti sont allés à Augerville, maison du sieur président Perrault, et qu'ils s'en vont en Berry tout à fait. Mais le prince de Conti est revenu coucher à Paris, et le lendemain,
— lundi matin 1 1, il est retourné vers son frère. M. d'Orléans, à son ordre, est allé au Palais- Royal voir le Roi.
Après dîner, le Chancelier est retourné d'Auteuil sous Boulogne, où il s'étoit, par ordre du Roi, retiré samedi matin, jusques à autre ordre. On dit qu'il tiendra les conseils des parties et des finances.
— Mardi 12, les maréchaux des logis de la cour ayant eu corn-
septembre i65i] de dubuisson-aubenav. 117
mandement d'aller à Tours marquer les logis, ont été chez le surintendant pour avoir leur ordonnance et recevoir à l'Epargne de l'argent pour leur voyage. — M. le duc d'Orléans est allé à Limours, où les princes de Condé et de Conti le doivent venir trouver.
— Mercredi i3, on dit que les Princes sont à Limours avec M. d'Orléans; maïs cela est faux, et le courrier que M. d'Orléans avoit envoyé à Augerville, vers M. le Prince, pour l'inviter à venir à Limours, ne l'y trouvant plus, l'a suivi et renvoyé à Son Altesse Royale l'avis de tout.
On dit que ce Prince est allé droit à La Charité, pour s'en saisir, — faux, — et avoir un passage sur la rivière de Loire. Le prieur et seigneur de cette ville-là, qui est le conseiller Deslandes- Payen, grand ami du Prince, y est depuis la majorité, ayant dit la veille d'icelle. lorsque les patentes du Roi pour la continuation du Parlement furent lues en pleines assemblées, portant défenses à chacun des présidents et conseillers, de s'absenter sans permission de la Compagnie, « Je la demande donc, monsieur, dit-il, à M. le Premier Président, car il faut que je m'en aille à La Charité, où j'ai nécessairement affaire. »
Le duc de Damviile,que M. d'Orléans avoit mené quand et soi à Limours pour y être présent et témoin à tout ce qui s'y passeroit, M. le Prince y venant, est ce soir retourne, et a rapporté réloignement de M. le Prince, cotnme ci-dessus, avec une lettre qu'ilécrit, s'excusant, à M. d'Orléans, qui l'a, pour sa justification, renvoyée au Roi. — Ladite lettre imprimée et débitée en la ville le i5 suivant.
— Jeudi 14, conseil d'en haut au soir, à la sortie duquel le Roi a dît tout haut : ■ Eh bien. Messieurs, à jeudi prochain que nous partirons. »
Le bruit donc s'est répandu que la cour s'en iroii de Paris à la huitaine, les uns ont dit que c'étoit à Tours, les autres en Normandie, où la nouvelle est que M. de Longucville remue et lève des troupes,
— Vendredi r5, le Parlement assemblé vérifia la déclaration que le Roi y envoya, révoquant la gabelle introduite en Poitou, dont le gouvernement a été vendu cent mille écus, par le duc de la Rochefoucauld au duc de Roannez. — Voyez la Ca\ette du 16 de ce mois.
Bruit qu'après la prise de Fumes par le corps flamand com-
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mandé du marquis Sfondrate, il a pris aussi Mardick, d^autres disent Bergues.
M. le Prince supplie le Roi de trouver bon qu'il se retire et demeure en son gouvernement de Guienne et écrit à M. d^Orléans, rappelant à témoin de ses déportements.
— Dimanche 17, bruit dès hier que le sieur de Lionne étoit de retour dans Paris, et que la demoiselle Mancini, autrement duchesse de Mercœur, y étoit aussi arrivée, avec escorte de soixante chevaux et son frère avec elle. — Faux.
Que le duc d'Anjou, frère unique du Roi, étoit déclaré gouverneur de Provence, et que le duc de Mercœur étoit son lieutenant Le sieur Betaudier, syndic ou agent de Marseille en cette cour, m^a dit que M. d^Angoulémc étoit encore en passe d'y retourner gouverneur, et n'y avoit que le seul Parlement d'Aix qui y appor* tât difficulté, et qu'en attendant qu^elle fût levée, le maréchal du Plessis-Praslin iroit gouverner par commission.
— Lundi 18, conseil d'en haut. Avis que le prince de Condé a foit faire dans Bourges le serment de fidélité au Roi et à lui. — Faux. — Qu'il s'en va de là à Bordeaux, les ducs de Nemours et de la Rochefoucauld avec lui, et laisse à Montrond sa femme, sa sœur et son frère, le prince de Conti, outre son fils, le duc d'Enghien, qui y est.
Le conseiller Fouquet de Croissy, que le duc d^Orléans avoit vers lui dépéché, retourne avec réponse quUl ne pouvoit s^aboucher avec Son Altesse Royale, de peur de se nuire et donner soupçon à son parti ; qu'il ne demande rien pour lui, mais que Ton contente le prince de Conti son frère ; que Ton donne au duc de Nemours un gouvernement, et que Ton ôte du conseil du Roi les personnes qui y sont.
— Mardi et mercredi 19 et 20, grand bruit à Paris que le cardinal Mazarin est rentré en France, les uns disant qu'il est à Metz et les autres à Péronne.
Voyage du Roi et de la cour se devoit faire à Fontainebleau, le jeudi 21, et est différé à samedi 23. Là^ ce dit le peuple, le Cardinal doit venir en cour.
Grand bruit quMl est à Metz. Aucuns même disent à Péronne.
Notre armée de Flandres se débande, on ne voit que troupes de soldats par les champs.
Avis du sieur d'Estrades, gouverneur de Dunkerque, par Tévéque de Condom, son frère, comme il y a douze frégates
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armées au canal de «ne vilIc-là qui empdcheni les vivres, et comme les troupes de terre la bloquent et le fort de Mardîck aussi.
— Jeudi 2 1 , jour de saint Mathieu, le sieur Seguin, lieutenant des gardes de la porte au Palai»-Royal, recueillit un billet en fort grosse et belle écriture, comme moulée, s'adressam au Roi ei lui disant que s'il s'en alloit de Paris, il éioit mon ou il mourroit. Il fiit baillé au capitaine comte de Nogent-Bautru, qui le porta à la Reine.
— Vendredi 22, le Parlement assemblé, les Enquêtes firent tout ce qu'elles purent pour faire délibération sur la retraite de M. le Prince et on fut prêt à dépuier vers lui. Enfin M. d'Orléans, qui là étoit, se chargea d'y envoyer, comme d'effet il y envoya l'un des jours suivants le sieur de Vousy, qui est a lui, dont le retour de Bordeaux est attendu pour la fin de la semaine prochaine.
— Samedi [23], dimanche [24], lundi [25], avis de la débandade de notre armée de Flandres ; des desseins et entreprises des ennemis vers Bergues-Saint-Vinox , fort de Link, Mardick et Dunkcrquc.
Mauvais bruit aussi du général Marchin et qu'il auroit quitté la Catalogne pour aller à Bordeaux trouver M. le Prince.
Madame la Princesse et leducd'Enghien aussi à Bordeaux, les princes de Comi et duchesse de Longucville à Montrond.
Divers bruits de la ville de Bourges. Aucuns disent que M. le Prince y a fait entrer garnison, autres qu'ils ont refusé de prêter le serment qtj'il leur demandoît et qu'il est parti mal content d'eux.
— Mardi matin 26, les chambres du Roi et de la Reine partent ;pour Foniainebleau.
Mercredi matin 27, le duc d'Orléans va au Palais-Royal, fort peu accompagné, parle assez longtemps à la Reine, et prend congé d'elle et du Roi, qui parient à neuf heures, M. d'Anjou en carrosse avec Leurs Majestés.
— Jeudi 28, M. du Plcssis-Guénegaud, secrétaire d'Étal, M. de Miossens, capitaine lieutenant des gendarmes du Roi. avec lui en son carrosse, partent de Fontainebleau; ledit sieur du Plessis devant retourner ici dimanche ou samedi, pour assister au conseil qui y demeure et en aller faire rapport à M. d'Orléans, qui en veut bien avoir la relation, quoiqu'il n'y veuille pas assister.
Ce jour de jeudi, la colonelle du régiment des gardes part de
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Paris, conduite par le sieur René, lieutenant colonel et va cou« cher à Corbeil.
— Vendredi 29 et samedi So, bruit de la mort du cardinal Mazarin, différemment racontée : des uns par une colique violente, des autres par assassinat commis de cinq ou six braves, et enfin des autres par un des siens propres, qui avoit été injurié de lui comme il lui demandoit de Pargent. On dit que ce fut le sieur Le Fèvre, conseiller au Parlement et commissaire es Requêtes du Palais, qui fit courre cette nouvelle, pour ôter de l'esprit du peuple que ledit cardinal Mazarin fût à Pluîs, Péronne ou Metz, comme on disoit communément, ou qu^il dût venir en cour à Fontainebleau.
— Samedi 3o, retour de Vousy, envoyé de M. d'Orléans au prince de Condé, duquel il rapporte une lettre de simple compliment à Son Altesse Royale, de sa propre main, contenant excuse s'il ne lui répond pas présentement sur Tétat de leurs affaires (« sur l'état de nos affaires >, dit la lettre, que M. d^Orléans a envoyée au Roi, datée du 22 septembre) : mais que ce sera dans cinq ou six jours qu^il lui dépéchera un courrier exprès.
Un député de ceux de la ville de Bourges arrive cependant à Fontainebleau et rapporte au Roi que le valet de pied dépéché par Sa Majesté vers eux, ayant été arrêté f>ar le prince de Conti, ils étoient bien marris de n'avoir pas reçu la lettre de Sa Majesté et qu^ils venoient à elle savoir ce qu^elle leur commanderoit, rassurant de leur affection, obéissance et fidélité, et la suppliant d'aller vers eux, les prendre en sa proteaion royale.
Le coadjuteur de Paris, à onze heures, travesti, s'en va dans un cabaret obscur, au quartier Saint-Honoré, trouver Ondédei, agent du cardinal Mazarin ; lequel, aussi travesti, il mène chez le Garde des Sceaux et puis chez le surintendant; et demeurent trois ou quatre heures en telles conférences.
M. d^Épernon va en Bourgogne prendre possession de son gouvernement.
Octobre.
Secrétaire d'État en mois devroît être le sieur Le Tellier. Son premier commis M. Le Roi fait sa charge.
octobre 1 6 5 1 ] de doduisson-i
— Dimanche [Atys], premier jour, avis de Fontainebleau que le Roi et la Reine partent le lendemain de Fontainebleau, pour, par Gien, aller à Bourges.
Le comte d'Harcourt, déjà gouverneur d'Alsace, achète par cent mille livres le gouvernement de la place de Philips bourg, au-delà du Rhin, du sieur de la Carrière.
Cependant la maréchale de Guébriantest ou va à Brisach, vers le lieutenant CharJevois, qui en a mis dehors le sieur de Tilladet, gouverneur en chef.
— Lundi 2, Leurs Maiestés vont coucher à Montargis; et M. du Plessis-Gucnegaud, secrétaire d'Etat, arrive de retour à Paris, le sîeur de Ruvigny et autres avec lui. On dit néanmoins que le Roi ne fut qu'en l'abbaye de Ferrières, et le lendemain,
— mardi 3, à Montargis.
Ledit sieur du Plessis de Guénegaud vient ici près de M. le duc d'Orléans, pour assister, lui et le maréchal de l'Hôpital et le Garde des Sceaux, es conseils et affaires qui se présenteront durant l'absence du Roi.
— Mercredi 4, le Roi fut à Gien, où il séjourna pour avoir nouvelles de Bourges.
Ce jour, le Parlement s'éiant assemblé à neuf heures du matin, M. le duc d'Orléans dit avoir reçu lettres du Roi le soir précédent, par le sieur de Sainctot, qui en apporta aussi un paquet pour M. du Plessis-Guénegaud, et un pour M. le maréchal de l'Hôpital, comme Sa Majesté trouvoit bon qu'il négociât avec M. te Prince, duquel aussi il avoit reçu une lettre portant qu'il leprioit d'excuser s'il ne mandoit à Son Altesse Royale l'état de ses affaires et qu'il le feroit pour la fin de cette semaine. On a donc remis l'assemblée du Parlement à samedi prochain.
Sur la fin et à dix heures, le vieux conseiller Broussel a rapporté une requête d'aucuns gentilshommes poitevins, qui, non conienis de la déclaration du Roi enregistrée le mois précédent pour l'exemption de leur gabelle, demandent encore quelque chose là-dessus. Mais le Premier Président et toute la compagnie ont trouvé à redire à ces secondes demandes et on s'est levé làdessus.
Les trois maîtres d'hôtel de quartier, faits par M. le Prince, comme grand maître de France, à quoi la Reine n'a voulu toucher, sont du calcul, de la bûche et de la taille : le premier, un commis de l'Épargne de M. Jeannin, nommé Fleureau, le deu-
laa JocnuL ses Gcmn OTiLB [octobre 1 65 1
juème, marcfaaiid de bois, oommé Philippe, k txoisièiiie, le nommé Bateme, jadis valet de chambre de M. de Metz, et pcûs bâtisseur, entrepreneur de cou va imes et charpemes, qiii a fourni nouvellement à M. le Prince forces manaaTrcs pour Eure bruit pour lui contre la Reine et le QMdimear, dans le Palais même et ailleurs partout. On dit que le Roi a défendu à celai-â de servir.
Le coadjuteur de Paris ne va plus en Parlement dqxiis l'avertissement que M. le duc d'Orléans lui donna Ton des mois derniers passés, quand il eut prise avec M. le Prince et qu'il y eut rumeur dans la grande salle entre leurs amis.
— Jeudi et vendredi on est (on en doute da voyage do Roi et force méchante bruite en courent.
Vendredi 6, le père Jacques Sirmond, le plus bel esprit et des plus belles lettres des Jésuites, meon au collège de Qermont et est enterré le samedi matin, ayant accompli quatre-vingt-douze ans de sa vie.
— Samedi 7 au matin, le Parlement assemble, où le duc d^Orléans dit qu'il avoit ample pouvoir de la part de M. le Prince de négocier et de tout faire pour son accomodement. Que de la part du Roi il avoit bien une lettre de cachet qui lui donnoit plein pouvoir de négocier et ramener le prince de Condé, avec assurance que tout ce qu^ils négocieroient seroit agréable au Roi et avoué pour bon ; mais que ce nMtoit pas assez et qu^il désiroit avoir un pouvoir plus ample et plus génâ^ en patente sous le grand Sceau, lequel il prioit la Compagnie de lui obtenir du Roi. Cela mis en délibération, la Compagnie ne trouva point à propos de s^immiscer de cela, ni se commettre entre l'oncle et le neveu, pour les conséquences qui en pouvoient venir et arrêta que M. d^Orléans seroit prié d^agir et écrire à M. le Prince, conformément à la lettre de cachet du Roi. Sur quoi, le duc d^Orléans dit tout haut : «c Messieurs, je ne veux point vous tromper, )e n'agirai ni écrirai que je n'aie un pouvoir tel que je le demande » ; et en sortant tout en colère, il dit aux siens : « Ils veulent que j^écrive et je n'en ferai rien, je ne suis pas leur valet. >
Le soir un courrier de Sainctot apporte à M. d'Orléans, que M. du Plcssis fut aussitôt trouver, avis que le Roi devoit, ce soir là même, entrer dans Bourges, d'où le prince de Conti s'étoit retiré ayant emmené avec soi prisonnier dans Montrond le sieur de Saintonge-Maubranche, lieutenant général, qui n^avoit pas voulu
octobre i65i]
s DUBUTSSON-AUflENAY.
agir selon sa fantaisie, ei n'ayant laissé que quatre hommes dans la grosse Tour, d'où il a retiré les munitions et fait emmener avec lui à Montrond.
Le sieur Perrault, président en la Chambre des Comptes et iatendanl des affaires de M. le Prince, a eu permission, par lettre de cachet du Roi, sollicitée par le sieur de Gillîers et apportée par le sieur Inselin, maître de la chambre aux Deniers, de venir à Paris et y demeurer, comme il y est venu et y demeure.
Le sieur de Bougy, maréchal de camp, défait es environs de Botirges quelques gens de guerre qui se levoieni en trois compagnies, dont il fait prisonniers aucuns ofticiers, entre lesquels cet le capitaine Guépean, peiit-fils d'un président Gucpean,
— Lundi soir 9, courrier de M. de Bouillon arrive de Bourges, où il dit que le Roi est, et en apporte lettres du Roi à M. le duc d'Orléans ei au maréchal de L'Hôpital.
— Mardi matin 10, le maréchal de L'Hôpital et M. du Plessis-Guénegaud , secrétaire d'Etat, vont à Limours trouver M, le duc d'Orléans, qui y fait bâtir par le sieur Mansart et planter. M, du Plessis lui montre et lit la lenre qu'il avoit reçue de la cour, touchant l'entrée et réception du Roi dans Bourges. Us en reviennent, par relais posés i Palaiscau le soir même et M. du Plessis descend chez M. le Premier Président, Garde des Sceaux, laissant aller et passer outre le maréchal de L'Hôpital, qui l'en va chez soi.
— Mercredi matin 11, nouvelles d'Allemagne portent que le nduc de Bavière est mon; il étoii âgé de soixante-quinze ans.
— Jeudi 12, à midi, courrier arrive comme le général Marchin, vice-roi en Catalogne, Ta abandonnée et est, en Guyenne venu trouver M. le Prince avec douze cents chevaux; autres y ajoutent des gens de pied.
— Vendredi i3, l'avis de l'abandonnement que Marchin faîl de la Catalogne continue.
Le duc d'Orléans vient de Limours diner à Palaiseau et coucher & Paris pour être demain,
— samedi 14, à l'assemblée du Parlement.
Ont été lues deux lettres de cachet du Roi, de Tonziéme, signées
■ deLoménie, ■> (pour l'absence de la cour de M. du Plessis de Gué-
ncgaud, à qui il appartiendroît de faire et signer les lettres adressées
Parlement de Pari8,qui est son département de provinces) , l'une
à M. le duc d'Orléans, l'autre au Parlement même, ponant en
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même substance toutes deux que Sa Majesté donne plein pouvoir à Son Altesse Royale de négocier avec le prince de Condé pour le ramener à son devoir; et à cet effet se trouver, si bon lui semble, en lieu propre à cela et qui lui sera le plus commode et agréable; et nomme six personnes pour y assister Sadite Altesse Royale : le maréchal de L'Hôpital, les sieurs de la Marguerie et d^Aligre, conseillers d^État, les sieurs président de Mesmes et conseillers Ménardeau-Champré et de Cumont. Et sur ce que le conseiller Coulon a dit que le pouvoir du Roi à M. d'Orléans étoit un pouvoir ordinaire et pour une personne commune, et qu^il en fialloit un autre beaucoup plus authentique et en différente sorte pour Son Altesse Royale, elle a répondu qu^elle se contentoit de celui-là et serviroit le Roi.
Là-dessus la Compagnie, qui avoit entre ses mains la déclaration du Roi contre M. le Prince prête à lire et à enregistrer, a été d'avis de surseoir et attendre que M. d*Orléans ait écrit à M. le Prince et eu sa réponse, pour savoir ses intentions.
Le sieur de la Serre-Aubeterre est dépéché de M. le duc d^Orléans pour aller vers M. le Prince lui offrir le choix de deux endroits, Châtellerault ou Loudun, afin de s'aboucher et traiter d^accommodement. Il retourna le 26 ensuivant.
Avis de Berry que le comte de Palluau est allé avec onze ou quinze compagnies du régiment des gardes et tout ce quHl y a de cavalerie à la suite du Roi, prendre Saint-Amand et investir Montrond, d'oti le prince de Conti et la duchesse de Longueville s^en sont allés en Guyenne.
Autre que le chevalier de La Rochefoucauld est mort dans Montrond, oti les vivres se sont gâtés et empuantis, et Arnauld dans le château de Dijon.
Retour de M. de Verderonne de Madrid et Espagne, où il a eu permission de voir un jour entier M. de Guise et l'entretenir; mais n'a pu obtenir sa délivrance ni par échange ni même pour rançon.
— Dimanche, lundi et mardi i5, 16 et 17, bruit que don Estevan de Gamarra, avec les troupes du prince de Condé retirées de notre armée, couloit le long des frontières de Champagne pour s'en aller en Bourgogne. Après, on a dit que, repoussés par nos communes bien armées, ils avoient été dissipés.
L'abbé de Sillery, grand vicaire du prince de Conti, arrêté
octobre i65rl
DE DUBUISSON-AUBENAV.
j près de Lyon par l'abb»! d'Ainay, gouvernant en la place du V Aiarquis de Villeroy, son frère.
Lettre du Roi, de Bourges le 17, à M. de Montbazon, gou- I Tcrneur de T Ile-de-France, pour lui faire avoir soin d'empêcher \ toutes levées et mouvemenis.
— Mercredi 18 et jeudi 19, avis de Bourges, par lettres du 17, I que les députés des pays de Saintonge et Angoumois et de la I ville de la Rochelle étoient en cour, assurant le Roi de leur 1 fidèle atleciion et l'invitant d'aller vers eux. Que les derniers
ajoutent s'être saisis des deux [ours de leur port, que le comte f du Daugnon, gouverneur de Brouage, avoit fait fortifier et bien munir.
Les nommés Sassier et Gentils, imprimeurs, et La Quenette, femme colporteuse ou vendeuse de libelles volants, sont constitués prisonniers par le lieutenant civil : et dit-on que c'est pour avoir imprimé et débité un libelle intitulé « Le mariage savoirdu f Cardinal avec la Reine. ■
Bruit que le duc de Richelieu est mort de maladie en Brouage;
I que Marchin est à rextrémité en Languedoc; autres disent que
\ le J'arlement y ayant donné arrêt qu'il seroit pris, y passant, vif
* ou mon, toutes les communes L-toient en armes pour l'exécuier.
Le nommé Lenct, de Dijon, qui l'an passé fut près madame
la princesse de Condé dans Bordeaux, y étant prés du prince a
présent, s'est embarqué par son ordre, pouraller ou en Angleterre
ou en Espagne traiter.
— Vendredi 20 et samedi [21], le comte d'Harcourt part de Paris pour aller commander l'armée du Roi en Guyenne. Et cependant le marquis de Castclnau-Mauvissiérc ramasse les troupes du Roi de divers lieux et les mène à lui avec du canon; l'armée du maréchal d'Aumont ne bougeant de ses postes et frontières de Flandres et Artois.
Le voyage du Roi à Poitiers, conseillé par M. de Château neuf, qui a été malade et se porte bien à présent, n'est point encore résolu, M. de Senneterre proposant de retourner à Fontainebleau. Cependant tout le Poitou désire et attend la venue du Roi.
Le bruit de la mort du duc de Richelieu en Brouage continue, — est faux.
— Dimanche 22, M. d'Orléans retourne de Limours, ramenant les duc de Bcaufort et sieur de Chavîgny, chez lequel le sieur Tubeuf ayant gagne,
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— lundi matin 23, trois cents pistoles, il les a reperdues chez soi, oti M. d'Orléans s^est trouvé, contre ledit sieur de Chavigny.
Courrier de M. du Plessis de Guénegaud, secrétaire d'État, retourne de Bourges, apportant lettres de la cour du samedi soir 21, comme la villette de Saint-Amand, où quelques officiers et soldats du régiment des gardes avoient été tués par la garnison de Montrond, qui commande au-dessus de ladite villette, étoit enfin réduite; et que le voyage du Roi en Poitou n^étoit pas encore résolu.
On prépare et accommode néanmoins les chemins devers Issoudun et Le Blanc en Berry, entre Bourges et Poitiers, pour les passages des rivières du Cher, de Plndre et de la Creuse.
M. le comte de Hennin du Bourget passe à Chaillot, où il couche et en repart le lendemain,
— mardi 24, après dîner, pour aller coucher à Juvisy, avec deux carrosses de louage. M. le marquis et le baron son frère, les vicomte de Gand et comte de Beaussart avec lui.
Le sieur delà Serre* Aubeterre, envoyé de M. d^Orléans à M. le Prince à Bordeaux, rapporte que ledit prince y attend les prioce de Conti et duc de Nemours et duchesse de Longueville, et que quand il aura conféré avec eux, il enverra sa réponse à Son Altesse Royale, ce quUl espère fiaire en trois jours ci-après.
— Jeudi 26, avis que le Roi doit être parti pour Poitiers le jour précédent 25.
Lettres de cela à M. le duc d'Orléans, imprimées et publiées par la ville le 27 ensuivant.
— Les samedi et dimanche, 28 et 29, avis que les Flamands ont pris le fort de Link et tiennent Dunkerque bloqué par terre et le canal bouché par leurs vaisseaux et frégates ;
Que Barcelonne est tout de même bloqué par les Espagnols ;
Que le général Marchin a pris Moissac, ville entre Agen et Montauban et située entre les confluents du Tarn et du Dropt, rivières qui vont un peu au-dessous confluer aussi en Garonne.
Le maréchal de la Force fort ébruité d^étre du parti de M. le Prince. Son fils, le marquis de la Force, qui est chassant en sa maison de La Boulaye, près Acquigny-sur-Eure, en Normandie, nie cela fort et ferme.
Courrier de M. le Prince arrive à Paris et découvert par aucuns, auxquels il dit aller trouver M. d^Orléans, puis, par eux
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suivi, est uouvë remonter à cheval et aller la route de Flandres et Brabant.
Du Mesnil, jadis écuyer menant Madame la Princesse, la douairière, ei puis capitaine des gardes du prince de Condiî, durant le blocus de Paris, est arrêté sur le chemin de Bruxelles, oti il alloii de ia part des Princes. Autres disent que c'est Du Fay, lieutenant de Du Mesnil, — et est vrai. — Sa sœur, naguère mariée, sollicite â Paris pour lui.
Bruit que levêque de Rodez, précepteur du Roi, a eu congé de s'en aller de la cour pour avoir dit au Roi que le bruit étant à Paris que le cardinal Mazarin ëioit revenu à Dînant, seize lieues de Sedan, rapprochant par ce moyen de la France, tellement que cela donnoit sujet à beaucoup de gens de croire et même de publier qu'il vcnoii à Sedan, cela nuisoii extrêmement aux affaires de Sa Majesté et donnoit avantage à M. le Prince. On veut croire que ce discours, fait au Roi par M. de Rodez, a été concerté par lut avec les maréchal de Villcroy et marquis de Châieauncuf.
Le Roi ne veut pas que son précepteur, évêque de Rodez, le quitte, et lui a dit qu'il vouJoii étudier avec lui plus que ]amais.
On commence à curer et approfondir les fossés de la ville, pour le dessein du canal nouveau proposé aux fins d'empêcher l'inondation de la ville par les crues de la rivière de Seine, telles qu'elles ont été au commencement de l'an 1649 et dès la fin de i65o. On prend au bout du fossé et dernier bastion de l'Arsenal, et poursuivant par le grand boulevard de la porte Saint- Antoine, On suit le fossé par la porte du Temple. Six cents hommes y travaillent. On a, par arrêt du Parlement, établi v, taxe sur toutes les maisons de Paris, sur le pied et de même que la taxe des boues, à la charge des propriétaires.
Novembre.
M, de Brienne-Lomcnie, en mois, fait la fonction de la guerre, pour le manquement de M. Le Teliicr, et de la Maison du Roi en l'absence de M, du Plessis-Guénegaud, lequel a eu ordre de la cour de se tenir à Paris prés M. d'Orléans.
— Le premier, mercredi [dindym Condé s'est saisi de la ville de Saintes.
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Le nommé Du Fay, lieutenant des gardes du prince de Conti et autres six ou sept, arrêtés par les gens du prévôt de Lille, comme retournant de négocier des Pays-Bas.
Le vieux gazetier Renaudot se remarie à une jeune et agréable femme, ayant depuis quelque temps remis à son troisième fils le soin de son bureau d'adresse et de l'imprimerie des nouvelles et gazettes. Cette femme est veuve du sieur Noiron, exempt des gardes de la Reine, vieillard, père d'une belle et jolie fille, femme de chambre de la Reine en la place de sa défunte mère, qui rétoit. Renaudot fait don de dix mille livres en argent à son épouse et lui assure mille livres de rente viagère dès à présent, pour entretenir une chaise à la porter en ville et autres siens menus plaisirs.
— Le 2, se publie une lettre très mal faite et dictée du Roi, signée « de Loménie, > datée du Blanc en Berry, du 29 du passé, à M. le duc d^Orléans, et lui donnant avis du passage du Roi en ce lieu là, pour Poitiers et de ce que la flotte d^Espagne paroit en la côte de Guyenne, prête à entrer dans la bouche de Garonne.
M. le duc d^Orléans part de Paris à dix heures du matin pour s'en aller à Limours y faire la Saint-Hubert et revenir à Paris <limanche soir.
— Dimanche matin 5, le bruit que le prince de Condé sY^oit saisi de Saintes à Paide de la défection du prince de Tarente, aîné de la Trémoïlle, qui avoit levé deux ou trois mille hommes en Poitou, par commission et de Targent du Roi. La reddition de Saintes vraie.
Qu'à Limours est arrivé un envoyé que Ton soupçonne être le président Viole, incognito ^ — mais qui se seroit bien hasardé, — du prince de Condé, pour traiter avec Son Altesse Royale, qui s'étoit plaint depuis quelques jours que madame de Longueville traitoit en cour sans participation. Cet envoyé se trouvera ci-après être le sieur de Vineuil.
Ce jour, M. d'Orléans retourne de Limours à Paris ; et n'y a personne arrivé vers lui de la part de M. le Prince.
— Mardi 7, avis que le sieur de Vineuil-Ardier, envoyé par M, le Prince à monseigneur d'Orléans, ayant été arrêté à Loches comme suspea, étoit, sur ordre venu de la cour, relâché et poursuivoit à ses journées son chemin en deçà.
— Mercredi 8, après dîner, le Prévôt des Marchands tient assemblée, ainsi qu'il a déjà fait ci-devant, quelquefois chez le
novembre i65i]
Garde des Sceaux, pour le paiement des rentes sur l'Hoiel de Ville.
— Jeudi 9, les lettres du prince de Condé à M. d'Orléans sont lues chez Son Altesse Royale en plein conseil ; le résultat duquel, avec lesdites lettres, sont envoyées en cour et portées par le sieur de Saumery,
— Vendredi lo, lesdites lettres imprimées et débitées par les colporteurs en ville le jour suivant.
— Samedi 1 1, le nommé Le Cochon, à cause du visage qu'il a de cochon, qui avoii été au chevalier de La Rochefoucauld et est capitaine au régiment de Conti, dans la ville de Daravillers, est arrêté à Paris, déféré comme espion et négociant, à Sillery, près Reims ei ici à Paris, de la pan du prince de Conti, par le cornette du comte de Grandpré, vers lequel il s'étoît adressé, demandant passeport et escorte pour s'en aller, disoit-il, trouver le prince de Conti, dont il passoii pour écuyer; mais, chemin faisant, avoit été découvert autre.
On dit qu'il y a aussi un baron de Gènes, liégeois, parent du général Marchin, qui est arrêté et prisonnier en la Bastille.
— Lundi i3, ta messe se dit solennelle en la grande salle du Palais pour l'ouverture du Parlement. Le Premier Président fort chagrin et de mauvaise humeur. On le menace de le faire ôier. Il souhaite le retour du Roi à Paris. Le maréchal de La Mothe- Haudancourt part de Paris avec quatre cent mille livres pour aller vice-roi en Catalogne.
Au matin, on trouve billets semés par les rues portant que le [>euple se doit armer et demander la suppression de tous les impôts.
Autres billets en gros caractères, imprimés comme les billets de semonce aux enterrements, portent que quiconque voudra obtenir quelque chose es finances du Roi, il n'a qu'à s'adresser au sieur chevalier de La Vieuville et au sieur de Bordeaux, intendants, suivant le tarif du prix des expéditions qu'ils ont dressé.
— Mercredi matin 1 5, courrier de ta cour dit que, panant de Poitiers, arrivoit le courrier du comte d'Harcouri qui, de Nion, s'étoii rendu à La Rochelle, et saisi des deux tours, faisant état d'al'er à Cognac-sur-Cbarenie pour en faire lever le siège ou combattre les duc de La Rochefoucauld et prince de Tarente qui sont devant.
Autre avis de ta cour du 14 ponc que M. d'Estissac est dans la ville de La Rochelle avec quatre compagnies du régiment des
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gardes ; mais que les gens du comte du Daugnon sont encore dans les tours de Saint-Nicolas et de la Chaîne, sans faire aucun acte d'hostilité contre la ville. Que le comte d'Harcourt marche vers Cognac. Qu'un soldat qui est au comte du Daugnon avoit tiré sur lui un coup de pistolet et avoit été pris. Que Ton ne parle point à Poitiers que le Roi en parte.
— Samedi i8, avis que deux mille chevaux des ennemis, venant du côté de Cambrésis et Hainaut, sont entrés entre Oise et Somme et venus jusqu^aux portes de Noyon, ayant brûlé iauxbourgs, villages et granges, plus de mille.
— Dimanche 1 9, à la nuit, billets imprimés jetés par la rue et demandant un autre surintendant que le marquis de La Vieuville, et qui soit hors du Mazarinisme.
— Lundi matin 20, les trois chambres assemblées, le Premier Président a mis en délibération de ce que Ton devoit faire d^un prisonnier (c'est le comte Pagano, napolitain réfugié en France] conduit hier au soir en la Bastille, sur la déclaration faite au maréchal de L'Hôpital parle sieur de Vineuil que cet homme lui avoit proposé de se dé&ire du Roi, de Monsieur son frère le duc d'Anjou, du duc d^Orléans et du duc de Valois son fils, et sans employer ni le fer ni le poison, mais par magie, afin de pacifier toute chose en laissant la place vide et la couronne libre à M. le Prince.
Après cela, toutes les chambres se sont assemblées, ceux du Parlement qui étoient allés aux champs s^étant, sur les billets à eux envoyés par les huissiers et secrétaire de la cour, rendus à Paris. La déclaration du Roi contre le prince de Condé et autres de son parti portée, M. le duc d'Orléans a dit qu'il ne falloit encore rien hâter, mais attendre l'arrivée pour ce soir du duc de Dam ville envoyé par le Roi, et le retour du sieur de Saumery, écuyer de Son Altesse Royale et gouverneur de Chambord, envoyé vers Sa Majesté dès le jeudi ou vendredi 10 passé. Ce qui fait remettre la partie à jeudi prochain.
M. d'Orléans a dit cependant que le cardinal Mazarin étoit à Dinant, prêt d'entrer en France avec un passeport, aucuns ajoutent qu'il a dit du Roi, les autres quMl a dit ou voulu.dire de l'archiduc, et que aucuns gouverneurs des places françoises Pétoient allé trouver. On dit que c'est le sieur de Bar, de Doullens et le comte Broglio, de la Bassée. De Bar il est faux, mais il est vrai de Navailles, gçuverneur de Bapaume.
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Après dîner, les Premier Président ei président de Bailleul ont été en la Bastille pour interroger le prisonnier d'hier; les conseillers Le Nain et le vieux Broussel avec eux.
Deux pièces de canon tirées de l'Arsenal oni passé par le poni Notre-Dame, rue et porte Saint-Jacques, avec marrisseœent des marchands qui appréhendent la longue absence du Roi.
— Mardi 31, au matin, Lambert, courrier de M. de Brienne, secrétaire d'État, arrive, apportant lettres du Roi à M. d'Orléans et autres aux Prévôt des Marchands et échevins de Paris, avec une relation y jointe, le tout imprimé le lendemain,
— mercredi 22 et publié, porianr que le comte d'Harcourt secourut Cognac sur la Charente, assiégée par M. le Prince, et lui fit périr sept cents hommes en sa présence ; que le sieur d'Estissac, qui est dans La Rochelle, avoit pris la tour de la Lanterne et étoit près d'avoir celle de la Chaîne, à laquelle ses mineurs sont attachés.
Il y a une autre relation envoyée du 20, de Saint-Jean d'Angély, par le premier président de la cour des aides de Bordeaux, Pontac, réfugié et intendant de Tarmée du comte d'Harcourt, qui y étoit lors, très particulière et exacte de tout ce qui s'est passé à Cognac.
— Jeudi 23, Parlement assemblé, M. d'Orléans dit et se fait fort de faire Venir M. le Prince à un accommodement; promet lui envoyer M. de Chavigny pour t'y résoudre. On demande si làdessus on surseoira te rapport et enregistrement de la déclaration du Roi contre M. le Prince. M, Ménardeau-Champré, qui en étoit saisi, déclare qu'il n'en est point rapporteur.
On propose de mettre en délibération s'il est compatible que M. Ménardeau, nommé par le Roi dans le pouvoir de Sa Majesté registre en Parlement, et envoyé dès le mois de septembre à M. d'Orléans pour traiter d'accommodement avec M. le Prince, pour a.ssister, lui sixième, Son Altesse Royale, soit rapporteur de la déclaration du Roi contre M. le Prince proposée ù enregistrer et demeure néanmoins commissaire de Sa Majesté pour l'accommodement déjà registre avec ledit Prince.
On propose encore si le Premier Président ayant, comme Garde des Sceaux, scellé la déclaration susdite proposée à registrer présentement, peut donner sa voix et être juge pour ledit enregistrement. L'atl'aire remise à demain,
— vendredi 24, que le Parlement s'assemble encore; mais il
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est remis au mardi prochain, et, de ce mardi 28, au vendredi premier décembre.
Cependant M, d'Orléans dépêche M. de Vcrderonne en cour pour assurer qu'il portera M. le Prince à accomraodemeni ou l'abandonnera; à l'effet de quoi il a chargé de faire trouver bon au conseil du Roi que M. de Chavigny soit employé et envoyé vers ledit sieur Prince pour le porter audit accommodement.
Ledit duc d'Orléans a encore envoyé un courrier en cour pour demander quinze jours de temps au Roi aân de ramener M. le Prince.
Cependant le duc de Damville demeure à Paris, oti il fait enjoliver son Palais Brion, qui est un pavillon que le Roi lui a fail bâtir dans le jardin du Palais-Cardinal, et où il donne souvent à manger au Roi dans la familiarité et petit particulier.
On parle du mariage du duc d'York, qui se rend fort familier et ordinaire chez Mademoiselle, avec elle. Elle danse avec lui en grand bal chez elle. Le temps a découvert que c'est avec mademoiselle de Longueville.
Mauvais ménage de la duchesse de Chevreuse avec son mari, qui cherche à se séparer d'elle et lui ôicr sa fille. La princesse de Gucméné tâche de les raccommoder.
— Mardi soir 28, lettres du 19 de Bordeaux portent que la nuit du 1 3 au 14, M. le Prince passa l'eau à la Bastide, les conseillers de Raymond et d'Espagnet, le vice-sénéchal de Guyenne, ci nquatite archers et deux bourreaux avec lui; qu'il les laissa à l'autre bord, et lui, sixième, prit la poste pour Cognac, oti il arriva le i5, après avoir coLiru risque des eaux débordées par les pluies de six semaines et de la rencontre des gens du vicomte d'Aubeierre.
Il vit de la Charente le comte d'Harcourt défaire le régiment de Guyenne cl (aire lever le siège de deçà la Charente; — dont voyez les relations imprimées ici joinies et l'Extraordinaire très ample du bureau d'adresse publié dans Paris le 3o.
Les Espagnols, entrés à Talmoni et h CastiUon de Médoc, s'y fortifient. Courriers entre eux et Bordeaux tous les jours. Cent mille écus demandés par le prince de Condé au Parlement, rejetéa par arrêt d'icelui sur la ville. [Ce Parlement] ordonne que treize officiers de la cour des aides, restés dans la ville, sortiroient dans quatre jours avec toutes leurs familles, et qu'aussi les suspects du
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Parlemeni et de la bourgeoisie seroieni Dommés par madame la Princesse pour être mis dehors la ville.
Avis de Provence quelecommandeurdeChastell.,.'aprisen la côie deux galères chargées de six cents hommes de guerre, qui se sont fort défendus, et de la valeur de six cent mille livres en argent ei munitions, qui alloient de Naples renforcer les Espagnols au siège devant Barcelone,
Le lendemain de la Saint-Martin, la novembre, se fait l'ouverture du Palais par une messe célébrée par un évêque en la salle, à l'autel de la chapelle ordinaire, avec musique. J'y en ai vu une lois jusqu^à huit choeurs sépares par les bancs et pilliers, et ce, vers l'an 1620 ou i63o. Quand le lendemain de la Saint- Martin est un dimanche, l'ouverture se fait le jour d'après. Ledit lendemain, à savoir le i3, tous présidents et conseillers y assistent d'ordinaire en robes rouges. Toutefois les présidents des Enquéies n'y vont guère, à cause qu'ils n'y ont rang que selon l'ordre de leur réception.
Du jour de l'ouverture du Palais, il faut laisser accomplir huit jours francs jusqu'à l'ouverture des audiences, que le Premier Président fait à sa Compagnie en un lundi, et puis les gens du Roi parlent aussi, par la bouche du premier avocat général.
Le mercredi ensuivant, après l'ouverture des audiences, se tient la première mercuriale, oii le Premier Président parle aux avocats et procureurs, leur remontrant ce qui est de leur devoir et leur faisant prêter nouveau serment. Les gens du Roi parlent aussi.
Genc année, la Saint-Martin étant un samedi, l'ouverture du Palais se fit le lundi i3, parce que l'ouverture des audiences ne se fit jamais qu'au lundi, quoique l'ouverture du Palais se fasse à tel jour et férié qui se rencontre au lendemain de la Saint- Martin, et que cette année cette férié ou jour de l'ouverture du Palais échut à un lundi D'autant que de ce lundi i3 à l'autre prochain 30, il n'ya pas huit jours accomplis entre deux, comme il faut qu'il y ait pour l'ouvenure des audiences, cette ouverture ( a été remise au lundi suivant 27, qu'elle a été faite; et le mercredi d'après qui fut le jg, se tint la première mercuriale où le
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Premier Président parla fortement sur les affoires du temps et les gens du Roi tout de même.
Cependant, dés le lundi 20, il se tint assemblée du Parlement pour travailler à l'enregistrement de la déclaration du Roi contre M. le Prince, qui fut remise à une autre fois. — Voyez cela aux premiers jours du mois prochain de décembre.
— Le 3o, les lettres de Bordeaux du 23, et du 27 de Poitiers, portent que le parlement de Bordeaux poursuit l'exécution de son arrêt contre les conseillers et officiers de la cour des aides, et non seulement contre ceux qui restent encore en la ville, mais aussi contre ceux qui sont retirés à Liboume, d^oti toutefois le peuple, qui gagne avec eux et seroit bien aise que cette cour fut chez eux établie, ne les veut point laisser sortir. ^
Que M. le Prince, ayant embarqué son in&nterie, marche avec sa cavalerie de Tonnay-Charente vers La Rochelle au secours de la tour de Saint-Nicolas, et dit qu'il combattra le comte de Harcourt, lequel d'ailleurs est parti le 23 de Saint-Jean-d^Angély pour se rendre aussi à La Rochelle avec douze cents hommes de pied, mille chevaux et trois cents gentilshommes volontaires.
M. d^Estissac est toujours dans La RocheUe, assiégeant cette tour qui est aux abois.
Les troupes de Flandres, au nombre de quatre mille cinq cents, tant de pied que de cheval, étoient arrivées à Chizé-sur- Boutonne, quatre ou cinq lieues de Saint-Jean-d'Angély.