Ordre de lever la garde des portes de Paris
3o« Mars i65i.
De par les Frérost des MarckMb et Éckeyins de U Ville de Paris. M. le président de Guénegaud. colooel, venant présentement d'ap-
mars i65i] de cubuisson-ai
Les articles du contrai de mariage du prince de Conti avec Mademoiselle de Chevreuse se passeni et se signent entre parties en particulier. Le prince envoie un diamant de vingt mille livres à sa maîtresse et dix (autres disent quinze) mille louis d'or en présent, pour mettre avec les bijoux et trésor des menus plaisirs de la demoiselle, que Tondit se monter à huit cent mille livres des présents qu'elle a eu des Pays-Bas, Angleterre, Lorraine et d'ailleurs. Son bien est estimé à deux millions. Elle avott été comme accordée au jeune grand maître de la MeiUeraje par Tentremisc du sieur de Vicquefort, résident en cette cour pour Télccteur de Brandebourg; mais, par cette même entremise, il y avoit plus forte parole et affaire comme faite pour autre mariage de cette demoiselle avec le deuxième fils de Lunebourg, bien partagé, héritier de son feu père, le duc Georges, résident à Hanovre. Il a vingt-quatre ans, parle françois et fait tous exercices comme un françois; fort bien fait de sa personne.
Ce jour étant de conseil ordinaire chez la Reine, MM. d'Orléans et Princes ne s'y sont point trouvés. Ils y vinrent enfin fort tard et après que les secrétaires d'Etat s'en furent allés. Ils tinrent une espèce de conseil d'une demi heure, où étoit le Garde des Sceaux et le maréchal de Villeroy. Madame d'Orléans a été chez la Reine sur les cinq heures ; et sur les sept, le Garde des Sceaux, le président de Bailleul, ministre d'Étal, MM. Le Tellicr et trois autres secrétaires d'État s'y sont trouvés, mais sont sortis à moins de demi heure. Les gens du Roi y sont venus à la Reine encore pour cette déclaration qu'ils demandent du Roi, pour exclure du minisiériat les cardinaux, même françois, sur quoi le Parlement se doit assembler encore demain,
— vendredi 3i, où les Princes ne se sont point trouvés, ni le coadjuteur de Paris ; et a été condnuc au lendemain r"' avril ciaprès, oîi a été arrêté que députation seroît faite encore vers la
prendre de H. le duc d'Orléans que la Reine et S, A. R. avoient résolu de faire lever la garde des portes de la ville ce jourd'buy matin 3o« mars, et dont M. le Gouverneur nous a aussi donné avis par lettre, nous vous prions de faire présentement avertir les capitaines et autres otficiiTs de votre colonelle, qui sont de présent en garde, qu'ils ayent à la lever incontinent, vous priant n'y vouloir faillir. Fait au Bureau de la Ville, ce jourd'huy 3o' mars i65i,
Le Maire.
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Reine pour obtenir la déclaration demandée contre les cardinaux £rançois. Sur ce que le Coadjuteur a été nommé, la risée a été universelle ce jourd^hui.
Le soir il n^ a point eu de conseil de guerre au Palais d^Orléans, quoique c^en fût un jour ordinaire. Sur les huit heures, M. le Prince a conduit au Palais- Royal des députés de la Noblesse pour remercier la Reine de ce qu^elle leur a accordé l'assemblée au 8 septembre pour les États-Généraux. M. d'Orléans est venu puis après.
On a délivré des billets à M. de Brienne-Loménie, secrétaire d^État ayant le département des étrangers, qu'il fidt et exerce pleinement depuis la retraite du cardinal Mazarin, pour faire aussi celui de la guerre, le sieur Le Roi, premier commis en icelui, demeurant à travailler sous lui. Carrelier, autre commis de M. Le Tellier, a porté audit sieur de Brienne les livres de ce département. On dit pourtant que ledit sieur Le Tellier demeure secrétaire d^État et qu^on lui laisse ses provinces encore à Êiire.
Ce soir, le Roi soupa dans le pavillon Brion, qui est bâti pour loger le comte de Brion, ou duc de Damville, au bout du Mail, dans le parc ou jardin du Palais- Royal ; et y étoient M. le duc d'Anjou, M. le duc d^Orléans et les Princes.
On dit que M. le Prince s'en va passer les fêtes à Chantilly, et que le Roi va aussi prendre Pair pour un jour ou deux.
Don Gabriel de Toledo, qui, l'an passé, vers la fin de Pété et mois de septembre, fut envoyé par Parchiduc, lors à Bazoches et à Fîmes, vers le duc d'Orléans, à Paris, sous ombre de parler de paix, et vint avec le sieur de Verderonne, là envoyé par le duc d^Orléans pour le même sujet, ce don Gabriel donc, étant arrivé à Paris, comme passant pour, de la part de l'archiduc, porter compliment à la Reine [d'Espagne] sur sa grossesse, s'est ici arrêté depuis plusieurs jours sur le sujet d^une trêve dont Pon parle; et dit-on qu^à Stenay le conseiller de Croissy-Marcilly est en traité avec un député du roi d^Espagne, conseiller du Conseil Privé des Pays-Bas, envoyé par Parchiduc, en présence du maréchal de Turenne. Or don Gabriel a vu ce jourd^hui, ou dès hier au soir vit la Reine, sous la conduite du comte de Brienne, secrétaire d^État pour les affaires des étrangers, et s^en doit partir demain dUci.
avril i65ij
DE DUBUtSSON-AUaKNAY.
M. de la Vrillière en mois de secrétaire d'État.
M, de Cbarost, ou son fils par survivance, en quartier de capitaine des gardes du corps.
Mazeroles, qui a traité en Espagne, Tété passé, pour le parti de Bordeaux, Paris, domestique du maréchal de Turenne et ayant tenu prison en Bastille tout Tété dernier, à cause de ses menées, et Cerisy, capitaine au régiment de Condé ou Conti, amené prisonnier de la bataille de Rethel, où il étoit combattant, tout sortant du château de Vincennes, sont les trois maitres-d'hôtel qui servent le Roi en ce quartier d'Avril.
— Samedi , G [Gota), premier jour d'avril, le Parlement a achevé la délibération commencée hier et arrêté une députation vers la Reine pour avoir la déclaration du Roi à exclure du ministère les cardinaux même françois; ce qui regarde le coadjuteur de Paris et le Garde des Sceaux, tous deux y prétendant.
Le prince de Monaco arrive ici en cour pour demander subsistance pour sa place contre les entreprises des Espagnols.
Le duc de Mercœur retourne en cour de son duché de Mercceur en Auvergne, où il étoii allé pour affaires domestiques depuis un mois.
Ce matin, le Roi est pompeusement et en apparat, avec tous SCS gardes et suite ordinaire, allé avec la Reine à Notre-Dame, qui csi la première fois depuis que la garde fut posée es portes de la Ville. Grande alïluence et satisfaction du peuple à voir Leurs Majestés.
On dit que le mariage du prince de Conti et de la demoiselle de Chevreuse est différé à célébrer jusques après Pâques.
— La semaine sainte commence le dimanche 2 In palmis dit Pâques fleuries.
Retour de M. de Chavigny en cour, par l'ordre de la Reine, le dimanche soir. Il éioit à Chavigny, en Touraine.
Ce jourd'hui doit être parti de cette ville de Paris, don Gabriel de Toledo, suivant que nous en avons parlé hier.
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Lundi 3 *, après trois heures de relevée, les députés du Parlement conduits et parlant par le Premier Président, sont allés demander la déclaration du Roi pour exclure tous les cardinaux,
I . [Nous insérons ici un fragment qui se trouve en manuscrit parmi les pièces annexes du Journal de Dubuisson pour Tannée i65i (Bibl. Mazarine, H. 2786^, p. 570-582). Il porte la date du 14 avril et relate des événements qui se produisirent du 3 au 1 3 de ce mois. L'écriture et la disposition matérielle sont exactement les mêmes que dans le corps du journal. Celui-ci cependant, on peut le constater, ne présente point de lacune pour cette période. S'agit-il d'une rédaction nouvelle qui devait se substituer à la première? Nous ne le pensons pas. Les faits exposés dans les deux textes sont différents, mais non contradictoires. Il est donc naturel de considérer le fragment séparé comme un complément d'informations, recueillies après coup, rédigées à part, et destinées, dans la pensée de l'auteur, à être fondues chronologiquement dans le récit quotidien. Cette explication devient encore plus vraisemblable si Ton se rappelle que Dubuisson, atteint d'une pleurésie le 20 janvier i65i, fut en danger jusqu'au 22 mars. Ce ne fut que le 3 avril qu'il put quitter sa chambre pour circuler dans l'hôtel de Guénegaud, et sa première sortie extérieure eut lieu précisément le 14 avril. Durant sa maladie, \e Journal ne put évidemment être tenu tout à fait à jour, et Dubuisson dut employer les loisirs de sa convalescence à rechercher les événements des dernières semaines, s'adressant, pour combler cette lacune, aux diverses sources où il avait coutume de puiser. Pressé sans doute de se remettre promptement au courant, il rédigea avant d'avoir réuni tous ses renseignements. A sa première sortie, il aurait reçu ces nouvelles informations, en tête desquelles il inscrivit la date du 14 avril, jour où elles lui furent données. Ce jour-lâ, suivant le Journal de sa maladie, il alla chez Jean d' Estampes- Valençay qui peut être l'auteur de ces notes. C'est apparemment par suite d'un oubli qu'elles ne furent point incorporées au Journal^ et comme elles offrent, avec un véritable intérêt, tous les caractères d'authenticité désirables, on nous saura gré de les publier.]
De Paris, le 14 avril 16S1.
Le troisième du courant, l'ambassadeur de Portugal fut à l'assemblée du Clergé, où il représenta que le Pape refusoit toujours au Roi, son maître, de donner des évêques en Portugal, et qu'il avoit ordre de demander, sur ce sujet, l'avis de l'Église Gallicane, qui étoit représentée par cette illustre assemblée; à quoi on répondit qu'on y délibéreroit. Mais ces messieurs, n'ayant pas voulu décider cette question, résolurent seulement d'écrire au Pape une lettre par
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même les françoîs, du minisiériat et du conseil d'Etat. La Reine, les duc d'Orléans, princes de Condé et de Conti présents, a dit que
laquelle ils le prieroient de vouloir accorder des évéques co Portugal, Cette assemblée finit lu G; mais l'archevL-que de Reims étant mort le S, endetté de 80,000 ccus, ses parents ont demandé à l'assemblée qu'elle le fît enterrer, à ses dépéris, comme son président; à quoi elle a répondu qu'elle avoit ordonné 4,000 livres pour ce sujet. Laquelle assemblée ils n'ont pas voulu finir jusques à ce que le Roi leur eût accordé un arrêt du conseil, par lequel le Roi cède le droit qu'il avoit au chapitre de nommer aux prébendes qui vaquent après la mort de leur évêque, et dans l'intervalle de son successeur. M. d'Aumale s'est trouvé empêché à obtenir l'archevêché de Reims, quoiqu'il ait le brevet pour la coadjutorerie, qui ne lui sert plus de rien, à cause qu'il n'a pas encore été approuvé en cour de Rome; et ainsi il faut qu'il en obtienne un autre de nomination, dont on croit néanmoins qu'il viendra à bout, d'autant plus qu'on a remarqué que, dans cette désunion de la Maison Royale, il n'a pas été du tout au Palais d'Orléans, s'étant toujours tenu dans le parti de la Reine, quoique le duc de Nemours, son frÈre, fût de l'autre parti-
— Le 7 du courant, il y eut dispute entre M. le Chancelier et le Premier Président sur ce que celui-ci prétcndoit, en qualité de Garde des Sceaux, que c'étoit à lui à distribuer les procès et commettre les rapporteurs des affaires, et l'autre ne le vouloir pas souffrir. Ce différend fut vidé l'onïiéme, le Premier Président ayant cédé au Chancelier.
Le même jour, on remarqua que M. le Prince accompagna M. le duc d'Orléans aus Carmes déchaussés, oil ils furent ensemble baiser la vraie croix, après de nouvelles protestations d'union entre euï, à cause que c'étoit k- Vendredi Saint.
— Le 8, le fils de M. de Chavigny fut au Palais d'Orléans, où il dit à S. A. R. que son père l'avoic envoyé là pour lui dire que, si elle désiroit qu'il se retirât, il étoit tout prêt de le faire. Son Altesse Royale dit qu'elle ne s'opposeroit plas au rétablissement de M. de Chavigny, et, si la Reine eût témoigné le moindre ennui de le vouloir rappeler, elle y auroit consenti très volontiers, mais qu'encore que la Reine l'eût fait revenir pour lui faire pièce, Sadite Altesse étoit 1res satislaite de l'offre qu'il faisoit de sortir. M. le Chancelier lui envoya fairt; le même compliment, auquel elle fît à peu prés la même réponse.
L'après-diner du même jour, Son Altesse Royale et M. le Prince (iirent ensemble à la chasse, et, au retour, la Reine renvoya le duc de Damville et le président Le Coîgneux au Palais d'Orléans pour solli-
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jusques ici elle avoit demandé et suivi Tavis desdits Princes qui lui ont toujours dit qu^elle pouvoit accorder cette déclaration,
citer raccommodement. Aussitôt Son Altesse Royale envoya quérir M. le Prince, lequel étant arrivé, ils entrèrent tous quatre en conférence particulière, dans laquelle Sadite Altesse déclara que tout ce qu'elle pouvoit faire étoit de consentir que MM. le Chancelier et de Chavigny demeurassent, à condition que la Reine ôteroit les sceaux au Premier Président et chasseroit MM. Le Tellier et Servien; Son Altesse Royale étant d'autant plus fâchée contre ce dernier, que c'est par son conseil que la Reine a fait tout ce changement, aussi bien que celui du maréchal de Gramont et du Premier Président.
— Le 9, au matin, on remarqua que M. le duc d'Orléans ne fit point ses dévotions, encore que ce fût le jour de Pâques, ayant dit qu'il ne vouloit pas tromper Dieu.
M. le Prince a reçu en argent ou en bonnes assignations treize cent mille livres, tant pour ce qu'il lui étoit dû devant sa prison, que pour ses pensions et revenus de ses gouvernements qui ont couru depuis. Il a employé une partie de cet argent à récompenser ceux qui l'ont servi pendant sa prison, et Ton a fort remarqué qu'il a voulu payer la rançon de don Estevan de Gamarra, ayant donné, le onzième de ce mois, une promesse de vingt mille livres, écrite de sa main, au maréchal d'Estampes, pour la mettre entre les mains du maréchal du Plessis.
M. le prince de Conti et M. de Longueville en ont reçu aussi pour six à sept cent mille livres.
M. Morant, étant arrivé à Cluny, y a trouvé les esprits des moines disposés à élire un d'entre eux pour leur abbé ; mais il les a enfin ramenés, et la plupart lui ont promis d'élire M. le duc d'Enghien.
M. le prince de Conti n'ayant pas visité mademoiselle de Chevreuse pendant ces fêtes, l'on a cru que le mariage ne se feroit point. Mais M. le Prince a dit qu'il observeroit ponctuellement et religieusement toutes les paroles que lui et ses frères avoient données. Ils en avoient obtenu, il y a plus de trois semaines, l'approbation de la Reine par écrit.
Le marquis d'Haucourt, qui étoit auprès de madame de Longueville à Stenay, où il avoit un régiment de cavalerie et d'infianterie, mourut ici le 10. Madame de Longueville lui avoit promis le gouvernement de Dieppe, à cause que les huguenots de cette ville-là lui demandoient un gouverneur de leur religion, quoique les catholiques s'y opposassent. Les lieux de Normandie, où cette princesse n'a point reçu de satisfisumon après l'emprisonnement de MM. les Princes, sont à présent menacés de gens de guerre.
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comme maîtresse qu'elle en étoit et non pas de leur avis; qu'elle avoit donc jusques ici diffère; qu'elle Taccordoil, non de l'avis
Le même jour, au soir, le président Le Coigneui étant retourné au Palais d'Orléans pour poursuivre sa négocîatiau, et Son Altesse Royale, en ayant envoyé avertir M. le Prince, qui s'y rendit aussitôt, et le premier leur ayant dit que la Reine ne vouloit point ôier les sceaux au Premier Président, Son Altesse Royale lui répartît qu'elle ne consentiroit jamais qu'ils demeurassent entre ses mains, et le renvoya sans vouloir entendre d'autres raisons.
M. le Prince a donné le gouvernement de Montrond, qu'il fait fortifier, avec celui de la tour de Bourges, avec la lieutcnance générale de Berry, au marquis de Persan et celui de Clermont au comte de Maillé.
Le cardinal Mazarin, étant parti de Bouillon dès le 3o du passé, devoii arriver dés le 8 de ce mois à Bonn et, de là, aller demeurer à Cologne.
— Le Ti, à dix heures du soir, M. de Chavigny fut au Palais | d'Orléans incognito, où il entra par un escalier dérobé et eut conC^ I rence particulière avec Son Altesse Royale et M. le Prince, dans I laquelle on disposa les choses à l'accommodement.
— Le 12 au madn, le Roi alla à la chasse au bois de Boulogne, et M. le duc d'Orléans alla aussi chasser d'un autre côté avec M. le
Le même jour, le Premier Président commença les expéditions du conseil, la Reine l'ayant ainsi voulu et lui ayant commande de faire sa charge, de laquelle îl n'avoït pas voulu faire la fonction auparavant, à cause que M. le duc d'OrCcans n'en eût pas été content. L'on remarqua qu'U ne scella rien sans l'avoir lu auparavanr, et qu'il j rebuta quelques arrêts du conseil qui choquoient le Parlement, dont ' les esprits étoient, pour la plupart, en résolution de l'obliger d'ôter 1 l'une de ses deux charges, à cause quelles sont incompatibles, à cause des différends qui naissent tous ks jours dans le Parlement touchant la juridiction du conseil. Il fut, l'aprés-dîner, au consed de Dircctii chez M. le Chancelier.
Le comte de Tavanes et le baron de Lanques ont été rappelés par M. le Prince qui les a satisfaits.
On écrit du I^nguedoc que les commissaires du Parlement de I Toulouse y continuoient leurs informations contre ceux qui, par , ordre des Etats, y avoicnt fait des surimpositions, et qu'il y a e grande division à Béîiers où le peuple {sic) ayant fait entrer quatre cents hommes pour empêcher les commissaires d'y faire leur charge, mais le peuple {sic} les ayant favorisé, ils y ont publié et enregistré
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des Princes, mais comme maîtresse. Les Princes sont sortis à rissue des députés et se sont tous mis dans le carrosse du chef, qui est le duc d'Orléans. Le duc de Beaufort y étoit aussi.
leurs arrêts. L'on y avoit reçu des lettres de cachet du Roi par lesquelles Sa Majesté mandoit à la province qu'elle avoit résolu de convoquer les États Généraux au 8 septembre, à Tours, et en avoit envoyé donner avis aux autres provinces. Le Parlement de Toulouse, ayant délibéré sur la lettre de Son Altesse Royale, a envoyé des députés en Cour pour représenter les griefs de la province. Cependant il y a arrêt du conseil qui casse tout ce que ce Parlement a fait en cette affaire.
Les commissaires du Parlement de Paris, qui sont allés informer contre le cardinal Mazarin et ceux qui l'ont suivi, arrivèrent à Doullens le lo, où ils y furent fort bien reçus par M. de Bar et le lendemain commencèrent leurs informations par l'audition de quatorze témoins, et après retournèrent à Amiens.
Hier, au matin, la Reine envoya quérir les sceaux chez le Premier Président, qui les rapporta lui-même à Sa Majesté, assez étonné de voir qu'elle s'étoit relâchée à son égard. On lui a offert diverses choses pour le récompenser, savoir la nomination au cardinalat, à quoi il a répondu qu'il avoit trop parlé contre les cardinaux pour l'être; la survivance de la charge de Premier Président pour son fils, ce qu'il a aussi refusé, disant qu'il n'en estoit point capable^ et cent mille écus d'argent comptant, que M. le Chancelier lui vouloit donner pour récompense, à condition de les reprendre sur quelque fonds qu'on trouvera, et qu'il n'a rien voulu accepter.
L'après-dîner, M. le Prince, le duc de Damville et le président Le Coigneux s'étant trouvés au Palais d'Orléans pour y achever l'accommodement de Son Altesse Royale avec la Reine, prièrent Sadite Altesse, de la part de Sa Majesté, de se vouloir relâcher des différends qui restoient et de pardonner à M. Servien et M. Le Tellier, ce qu'elle fit par un motif de générosité ; et, après une conférence de deux heures, elle envoya M. Goulas à Montrouge pour dire à M. de Châteauneuf que Son Altesse Royale étoit en termes d'accommodement, et qu'elle ne l'avoit pas voulu conclure sans sa participation et sans savoir, auparavant, s'il n'auroit quelque satisfaction à désirer. A quoi il répondit que sa plus grande satisfaction étoit de voir Son Altesse Royale réunie avec la Reine ; mais puisqu'elle lui faisoit cet honneur, il la supplioit de faire en sorte qu'il lui fût permis de rendre ses respects à Sa Majesté et à elle une fois le mois, et que c'étoit tout le contentement qu'il souhaitoit. M. Goulas étant de retour, l'accommodement fut conclu et Son Altesse Royale partit
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Le conseil ensuite, sur les huil heures, s'est tenu, où tous les secrétaires d'Éiat se sont trouvés, et M. de Chavigny comme ministre. On dit que M. d'Orléans avoit jà témoigné à la Reine s'étonner qu'elle l'eût fait retourner, et qu'elle lui a dit qu'il n'avoir pas sujet d'y trouver à redire, puisque Chavigny n'éloit
'.c MM. les princes de Condé et de Conti, les ilucs de Beaufort, de Joyeuse, de Longueville, de Nemours et de Bouillon, le maréchal de la Motte et autres qui l'accompagnèrent au Palais- Royal, où la Reine les reçut tous fort bien.
L'on a proposé au Coaseil de donner le gouvernement de Guyenne à M. le Prince, celui de Provence à M. le prince de Conii, ù condition qu'ils se démettront de celui de Bourgogne en faveur du duc d'Angoulême et de celui de Champagae en faveur du duc d'Épernon, dont toutes les parties intéressées sont d'accord à peu près; et l'on croit que cet échange se fera bientôt, les survivances de cens de Champagne et de Bourgogne étant promises par même moyen aux ducs de Joyeuse ei de Candale, au moyen de quoi ce dernier se doit démettre de celui d'Auvergne en faveur du duc de Nemours.
Ce matin, MM. le Chancelier, le maréchal de Graroont, Chavigny, Servien ei Le Tcllier et autres sont allés au Palais d'Orléans pour faire leur compliment à Sun Altesse Royale, qui lésa reçus avec des témoignages de grande satisfaction.
Le brevet de l'évèché de Séez fut délivré, il y a quatre ou dnq jours, à l'abbé de Médavy, dont l'abbé de Pontcarré ayant eu avis s'en est plaint ce matin à M. le duc d'Orléans, qui lui a promis d'en parler a la Reine.
Par l'accommodement qui s'est fait de M. le duc d'Orîéans avec la Reine, Sa Majesté a accorde à Son AltcssL- Royale la faculté de mettre dans le conseil une personne telle qu'il lui plaira, pourvu qu'elle ne soit point suspecte. S. A. R. n'en a point encore fait le choix, mais on croit que ce sera le maréchal d'Estampes.
Cette divbion a été cause qu'on n'a rien encore résolu touchant le commandement des armées, ni donné aucuns ordres pour la campagne prochaine, à quoi l'on va travailler en diligence \ mais il n'y a guère d'argent. L'on avoii promis au marquis de la Meilleraye huil . cent mille livres pour la dépense de l'artillerie ; mais on lui envoya dire avant-hier qu'on ne lui en pouvoit donner présentement que quatre cent mille. Cependant les ennemis font état d'avoir en Flandres dix-sept mille chevaux et dix mille fantassins, dont une partie marche vers la mer et menace d'assiéger Dunkerque.
Les Sceaux sont encore entre les mains de ta Reine, qui ne les a encore donnés à personne.
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pas Mazarin, et que tant de cela que de Poctroi de la déclaration, avec les paroles que la Reine y a dites aux députés, il s^en est allé soudain, comme dit est, et mal content; mais il n'avoit garde de s'arrêter au conseil, puisque M. Le Tellier y étoit.
La croyance a pourtant depuis été que le cardinal Mazarin, passant à Sedan, étoit demeuré d'accord avec le sieur Fabert, gouverneur, sa créature et grand ami de M. de Chavigny, que la Reine le rappelât pour l'obliger à elle; et le lieutenant de Roi à Sedan, étant à Pâques à Paris, Ta publié de la sorte.
M. de Brienne prend mémoire pour faire son rapport au Palais d'Orléans dans le conseil de guerre, le vendredi soir, qu'il tient. Cependant, M. Le Tellier en fera les fonctions.
Cette nuit, tendant à mardi, avant jour, grand conseil au Palais d'Orléans, oti le Coadjuteur se trouva avec sept ou huit et opina que les Sceaux venant d*étre portés chez le Premier Président, il y falloit aller à main forte les lui ôter, se saisir de sa personne et de celle du sieur de Chavigny ensuite ; — aucuns ajoutent pour les jeter en la rivière ; et qu'il vouloit qu'ensuite on allât au Palais- Royal pour s'assurer de la personne du Roi.
Son Altesse Royale envoya quérir quelques bourgeois des plus forts et notables qui dirent qu'il ne falloit pas penser à faire prendre les armes au peuple.
— Mardi 4, le matin à cinq heures, M. du Plessis de Guénegaud, secrétaire d'État, est averti de M. de Chavigny, par un gentilhomme exprès, que le soir précédent, la Reine avoit envoyé M. de la Vrillière, secrétaire d'État, vers M. de Châteauneuf, retirer de lui les Sceaux, lesquels elle avoit ensuite envoyés à M. le premier président Mole. — Sur les sept heures, un aumônier ou chapelain de chez le Roi, apportant audit sieur du Plessis, qui fait le département de la Maison du Roi, le livre de l'office de la Semaine Sainte, que la chapelle ou oratoire du Roi lui envoie en pareil temps tous les ans, a dit tout haut que le Premier Président étoit Garde des Sceaux. — Sur les huit heures, ledit sieur du Plessis, portant un livre manuscrit qui traite des Gardes des Sceaux en France et des provisions ou lettres de commission que Ton leur baille, est allé chez ledit Premier Président, et, à sa prière, lui a laissé ce livre, sur lequel ledit Premier Président a composé, fait écrire en parchemin et scellé lui-même sa commission^ qu'il a, sur une heure après midi, envoyée par le sieur de Sainctot, maître des cérémonies, audit sieur du Plessis,
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! DUBUISSON-AUDBNAV.
qui, l'ayant signée, la lui a reportée soi-même, en allant au conseil. Car, l'après-diner il y eut conseil chez la Reine, ei le Premier Président, qui tel demeure, avec condition expresse, fait serment de Garde des Sceaux.
La dame de Beauvais, lors seulement, ou du soir précédent, rétablie en sa charge de première femme de chambre de la Reine, lui présenta le carreau à s'agenouiller, ce qui lui vaudra cent ou deux cents pistoles de présent, (Voyez au 3 mars dernier.)
Cette même après-dîner, grande cour au Palais dOrléans à S. A. R-, que l'on croit être mal content de ce qui s'est passé ce jourd'hui au Palais- Royal. La suite a vérifié ce que dessus.
Cependant il y avoit grande assemblée au même Palais, où se tinrent divers conseils; en quelqu'un desquels M. le Prince fut avec les ducs de Joyeuse ei de Nemours, de Beaufort, de Brissac, de Chaulnes, etc., qu'il avoit fait dîner chea lui et boire d'autant.
Ce jour, le Palais d'Orléans est plein de monde. Il y a bien des gens aussi au Palais-Royal.
Ce soir, à sept heures, le Chancelier de France, M. Séguier, arrivé à Paris, mandé de Rosny, où il étoitavec toute sa maison, de la pan de la Reine. Et le soir mâme, le nouveau Garde des Sceaux le fut visiter.
Bruit que le maréchal de Villeroi est chassé d'auprès du Roi par la Reine qui y a mis le maréchal de Gramont, — faux, — , de la maréchale de Gramont en la place de la dame de Senecey, — encore faux.
Ce jour 4, le sieur Guillaume Boreel, ambassadeur pour les Etats Généraux, fit plainte à la Reine que les corsaires françois avoieni pris et déprédé cent trente vaisseaux hollandois. (Voyez au i3 de ce mois.)
— Mercredi matin 5, tout le monde va voir M. le Chancelier, rappelé à la Cour et le Premier Président, qui a cependant les Sceaux de France et Navarre en sa possession, retenant toujours sa charge de Premier Président.
M. de Chavigny, ayant dès le lundi soir ses expéditions de la main de M. du Plessis-Guénegaud pour rentrer en son gouvernement du château et parc de Vincennes, y a mené et rétabli M. de risle qui y avoit déjà commandé sous lui. 11 mène son fils aîné, conseiller en Parlement, et le présente à la Reine. 11 l'envoyé aussi chez M. le duc d'Orléans, qui le reçoit assez civilement.
On croit le mariage du prince de Conti avec mademoiselle de
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Chevreuse, qui avoit été différé seulement jusques après Pâques, rompu, pour ce coup, tout à fait; et ce^ par les intrigues de madame de Longueville qui a rapproché les Princes, ses frères et son mari du parti de la Reine, que Ton croit n'avoir pas entrepris ces grands changements derniers sans être assurée d'eux, comme elle Test du Parlement.
On dit que le coadjuteur de Paris pria M. d^Orléans de le laisser retirer et s^absenter de ses conseils, pour faire sa charge et vivre chez soi désormais en évéque. — Ce qui est vrai. — M. d'Orléans y consentit assez doucement. M. le Prince, que le Coadjuteur vit aussi pour cet effet, lui dit force choses pour le dissuader en apparence.
— Jeudi saint ou absolu, 6 du mois, il^ fait Tabsoute grande et publique dans le cimetière des Saints-Innocents.
Le Roi fait la Cène ou plutôt le dîner à douze pauvres hommes, comme aussi fait la Reine à douze femmes. Leurs Majestés vont aux Ténèbres des Feuillants et, s'en revenant, la Reine, lasse et échauffée, entre en son petit appartement, d^oti elle donne congé à toute sa cour, parce qu'elle se vouloit coucher ou reposer.
— Vendredi Saint, ou aoré, le Premier Président, Garde des Sceaux, qui, ce jour-là, devoit à Pordinaire des autres années sceller pour les grâces et rémissions que le Roi délivre à tel jour, n^a point scellé et a remis à lundi prochain; mais il a encore remis à mercredi suivant.
— Samedi 8, veille de Pâques, messire Léonor d'Estampes, archevêque, duc de Reims, premier pair de France, est décédé et a été lé lendemain
— dimanche, jour de Pâques, inhumé. Il avoit consenti à la coadjutorerie de son archevêché en faveur du duc d'Aumale, cadet de M. de Nemours, qui depuis naguère s'est mis in sacriSj moyennant le revenu d^une année, montant à quarante mille livres une fois payées et douze mille livres de pension par an.
— Lundi 10, M. le Prince et le duc de Longueville, assemblés au palais d'Orléans, où Son Altesse Royale est malcontent ; et tous les siens crient qu'il faut que la Reine satisfasse et que le Premier Président rende les Sceaux au Chancelier.
L^affaire du retour de M. de Chavigny est accommodée, et M. d^Orléans content de lui et de M. Servien. Reste donc l'af-