‹ Journal des inspecteurs de M. de SartinesChapitre 20 sur 27 · I.cs Demoiselles Laudumier, Saints-Loi*, Lacroix, Duhikei · texte numérisé non relu

I.cs Demoiselles Laudumier, Saints-Loi*, Lacroix, Duhikei

M. Bertin de Blagny, frère du trésorier des parties casuelles, s'est chargé depuis quinze jours de la demoiselle Laudumier, danseuse dans les ballets de la Comédie-Italienne, et malgré qu'il ne soit pas riche, il en agit très-honnêtement avec elle. Il lui donne quinze louis par mois et lui a augmenté son mobilier au moins de 1 ,200 livres. Cela n'empéche pas cette demoiselle de conserver un doux penchant pour un jeune homme nommé Roland, violon au même spectacle, avec qui elle couche journellement. Elle espère même l'épouser lorsqu'elle aura un peu arrondi sa fortune. Cette demoiselle Laudumier est fille de l'ancien dentiste de ce nom. Elle est d’une jolie figure, mais extrêmement petite et menacée d'un embonpoint qui certainement nuira à ses grâces.

M. Bauclers, Anglais, le 2o du mois dernier, a pris la demoiselle Sainte-Foix à ses appointements. 11 lui donne 2o louis par mois. Cet Anglais est sans gêne dans ses amours, il laisse toujours ses maîtresses libres de se conduire à leur fantaisie ; pourvu qu'il les trouve chez elles le soir, quand il sort du spectacle, il est content et ne s’informe jamais de ce qu’elles ont fait dans le courant de la journée, aussi toutes dos demoiselles se l’arrachent. La demoiselle Sainte-Foix est encore la plus jolie maîtresse qu’il ait eue, mais il est certain qu’elle ne lui sera pas plus fidèle que les autres.

M. Tavistock , sans avoir l'air d'entretenir la demoiselle Lacroix des Italiens, la voit assidûment et la paie très-bien. Le mois dernier, elle a reçu de lui mieux de soixante louis d’or, car il la voit ordinairement deux fois par semaine et lui donne chaque fois au moins quinze louis ; il est vrai que cela ne lui fait pas le même profit, comme s'il l’entretenait décidément, parce que cette demoiselle est obligée de partager toutes ses passades avec Brissault qui est son entremetteur. Mais MM. les Anglais aiment la liberté jusque dans leurs plaisirs, c'est le génie dominant de leur nation.

M. le marquis de Bougainville traite grand train l'amour avec la demoiselle Dumirey, danseuse à l’Opéra, demeurant rue NeuveSaint-Eustache. On prétend même que, quand le jeu l'a maltraité à un certain point, il trou vedes ressources chez elle. Cette demoiselle a toujours été dans le goût d'avoir des guerluchons. M. de Cramayel, fermier général, qui a tant fait de sottises pour elle, et qu'elle a tant trompé, aurait bien dû être un exemple pour M. Bernard de Manille, receveur général des finances, qui l’entretient aujourd'hui. Ce financier est certainement d’une belle figure et compte que l'amour lui est dû. Il voit avec bien du dépit qu’on n’aime en lui que son argent et malgré cela, il redouble journellement ses bienfaits pour celte infidèle, espérant par ses beaux procédés se l’attacher intimement. Mais, non, jamais il n'y parviendra. J’ai entendu dire cent fois, à la Dumirey : « Je ne comprends pas comment une femme, un peu délicate, peut aimer un homme qui la paie et comment on peut prendre des plaisirs avec lui; que l'amour voulait de l'égalité. Qu’une femme entretenue était exactement un bijou qui so prêtait à la commodité d'un homme riche, mais sans affection pour lui etqu'il troquait quand il voulait. » Cette conversation me fit prendre la liberté de lui dire, en plaisantant, que comme je m’apercevais qu’elle vendait et

(roquait souvent du vieux, je la forcerais, élanl de mon quartier, d’avoir un registre où elle inscrirait ses marchés.

Les Demoiselles Si'uitkkeav, Lafond, Jombardk, I'lxixy, Foutaise.

M. Bertin, trésorier des revenus casuels, est très-amoureux d’une jeune femme, nommée Sugueueau , dont j’ai donné anciennement l’histoire sous le nom de la demoiselle Casson, fille d’une sage-femme et d’un sergent aux gardes, entretenue alors par M. de Cromot, premier commis des finances, qui, après en avoir usé près de trois ans, a fini par la marier audit sieur Sugueneau, son parent, auquel, en faveur de ce mariage, il a obtenu un emploi au moins de 3,000 livres. C’est à celte époque que mon dit sieur Cromot s’est chargé de la demoiselle Camille, des Italiens, qui n’est pas, à beaucoup près, si jeune et si jolie que la dame Sugueneau et qui lui coûte dix fois autant, mais tel est le caprice des hommes. Il semble que M. de Cromot et M. Bertin n’aiment que par le canal l’un de l’autre, car il est bon d’observer que la demoiselle Camille ■était entretenue par M. Bertin, lorsque M. Cromot s’en est enmouraché, et que, ce qui fait que M. Bertin est si empressé pour ladite Sugueneau, c’est parce qu’il croit qu’il n’est pas possible que M. de Cromot ait quitté entièrement un objet si charmant pour la demoiselle Camille et qu’il brûle de prendre sa revanche. La dame Sugueneau, qui est instruite de ses projets et conseillée par M. de Cromot, lui tient la dragée haute et M. Bertin, sans son mariage projeté avec Mlle de Jumilhac

qui l'empêche de fuire un certain éclat, aurait déjà employé les moyens de la séduction pour la réduire. Cependant, s’il veut jouir, il faut qu’il se détermine à faire une rude saignée à sa caisse.

La demoiselle Lafond, des Italiens, depuis qu’elle a quitté M. Sainson, a eu une assez bonne aubaine. M. de Bulerlin, ambassadeur de Russie pour l’Espagne, logé à Paris, rue de Richelieu, à l’hôtel de Nassau, lui a donné deux cents louis pour passer une nuit avec elle. U aurait même poussé celte fantaisie plus loin si on ne lui avait dit que cette demoiselle avait attrapé une galanterie dans les ébats qu’elle a pris avec M. de Saint-Cric, officier aux gardes françaises, qui lui ont fait perdre le petit Sainson. Mais, c’est une calomnie toute pure, car l’un et l’autre sont en très-bonne santé. Quoiqu’il en soit, Son Excellence a cru qu’il était prudent d'en rester là, et pendant plusieurs jours, il n’a point été sans inquiétude.

M. Arnould du Roussel, conseiller au parlement, logé à Paris, rue du Colombier, à l’hôtel de Londres, vient de mettre dans ses meubles une jeune personne, nommée M11* .lombarde, qui est arrivée depuis peu de Bordeaux à Paris. Elle demeure présentement rue des Moulins, à la Butte Saint-Rocb, et M. du Rousset ne se contente pas de cette intrigue, car il guéri uchonne encore la demoiselle Dupin, entretenue par M. Sageret, conseiller au parlement de Paris, qui va la voir souvent dans son hôtel garni.

M. Jobard, commissaire des guerres, employé la campagne dernière sur le bas-Rhin à Dusseldorf, vivait à l’armée avec une fort jolie fille qu'il avait enlevée à ses parents qui tenaient auberge à Clèves. Il lui avait donné le nom de Fleury et la traînait partout avec lui. Je l’ai vue plusieurs fois à Wesel et

se.

M. Fumeron, commissaire ordonnateur dans cette place, fameux paillard, en a tiré, à ce que je crois, parti. Du moins, c'était la chronique et il prêtait volontiers de l'argent à M. Jabard. A la fin de la guerre son amant l’a emmenée à Paris et lui a fait reprendre son vrai nom qui est celui de Reybbres. Sa jolie figure lui a procuré, dans cette capitale, nombre de courtisans. M. Jabard, épuisé du côté des finances, n'a point été ridicule et pour se la conserver, il lui a conseillé au contraire de profiter de tous ses avantages et de se décider toujours pour le plus offrant. La petite personne a suivi trèsexactement ses leçons. M. de Bougainville, qui a commandé les grenadiers au Canada à l’affaire deM.de Montcalm, s’est présenté sur les rangs. La demoiselle Revbbres, pour faire preuve de son éducation, n'a point voulu ce dernier qu'au préalable il ne lui ait donné pour mieux de 13,000 livres de meubles qui ont été placés dans un très-bel appariement donnant sur le jardin du Palais-Royal, chez Dulac, parfumeur, rue Neuvedes-Pelits-Champs. 11 lui donne en outre 60 louis par mois et comme il doit partir ces jours-ci pour la Guadeloupe, afin quelle ne manque point pendant son absence, il lui laisse 12,000 livres avec ordre à son banquier de lui en fournir davantage par la suite, mais il ne sait pas qu’elle voit toujours M. Jabard et, il y a lieu de craindre, qu’aussitôt que M. de Bougainville sera embarqué, elle ne parte de son côté avec mondit sieur Jabard pour Longwi où il vient d'être employé en sa qualité de commissaire des guerres, par la protection de M. de Stainville, auprès de M. le duc de Choiseuil, à moins que, rogiplie d’amour-propre comme elle est, ce commencement de fortune ne lui en fasse espérer une plus grande encore à Paris.

Dernièrement, il a manqué arriver une scène sanglante entre Milord Tismore et le chevalier de la Tour occasionnée

parce que Milord s'est aperçu que la demoiselle Fontaine, sa maltresse, avait trop de familiarité avec le chevalier. Ils en sont venus même aux gros mots, mais le chevalier a temporisé parce que Milord lui doit 40 louis d’argent prêté et qu’il n’a pas voulu se battre contre son argent. D'un autre côté, M1,e Fontaine a tant employé de caresses feintes auprès de Milord qu’il s’est cru plus aimé que jamais. Cependant, il est bien certain que le chevalier est tout au mieux avec elle et qu’elle ne lui laisse rien à désirer. Celte fille est Italienne et possède parfaitement toutes les ruses de sa nation pour tromper son amant; on dit même qu elle a manqué à Milord, jusqu’avec ses laquais. Si cela est vrai, on peut dire que sa physionomie est bien trompeuse.

Le 5 de ce mois, le comte de Blot, le comte de Lyon et le marquis de Vierville, ont soupe à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Sainte-Foix, Jeannette et Senneterre.

Le 6, M. Brumlet et M. Mitelé, Anglais, ont soupé et couché a la même petite maison avec les demoiselles Sainte-Foix et Verdault.

Le 7, M. le marquis de Vierville a donné à souper au Palais- Royal à M. de Valence et au comte de Lyon avec les demoiselles Jeannette et Sainte-Foix. Cette dernière a couché chez M. de Valence.

Le 8, M. le comte de Staremberg, ambassadeur de l'empereur, et M. le marquis de Ferrette ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Sainte-Foix et Verdault. Son excellence s’est amusée avec Sainte-Foix. 11 a encore recommandé très-fort le secret à la femme Brissault.

Le 11, M. de Wilkes et Milord Miledy ont dîné à la petite maison de Brissault avec la demoiselle Sainte-Foix.

Lu Dame d* Raoult. — Les Demoiselles Lkcleec, Lafond, Ahkovl b, Dumiuei,

Mn,e la marquise de Raoult, Agée de <8 ans, d’une très-jolie figure est depuis quelques mois à Taris, logée rue gaint- Nicaise, même maison qu'occupait anciennement la Deschamps. On dit que le mari de celle dame tient un rang distingué parmi la noblesse de Bretagne. Mgr le prince de Condé. à son arrivée, a cultivé ses charmes. 11 y prend même encore quelque intérêt, mais non pas assez pour captiver entièrement les désirs et l'intérêt de cette dame. C.ar, malgré cette liaison, les avantages de la naissance, de la jeunesse et ceux de la figure, elle a eu recours cette semaine, chose incroyable et cependant véritable, à l'ami Brissault. Elle est descendue chez lui, en plein jour dans son équipage en grande livrée, pour le prier de s'intéresser à elle et de lui trouver un amant généreux dont elle dit avoir grand besoin. Brissault lui a promis ses soins et compte sur les Anglais pour trouver son affaire. Cet homme m’a dit aussi lui avoir vu entre les mains plusieurs lettres de M. le prince de Condé et qu’il ne comprenait pas pourquoi il négligeait tant de charmes.

La demoiselle Leclerc, entretenue par M. le comte de Benthbim, parait avoir repris pour M. Sainson ses anciens errements. Tout le monde sait qu'il guerluchonnait cette demoiselle auparavant d'entretenir la dame I.afond, des Italiens. Mais, ce qu’il y a de singulier, c’est que le sieur Duperrier, connu pour être l’ami de cœur de la demoiselle Leclerc, ne

bouge pas de chez la demoiselle Lafond depuis qu'il sait que Sainson re’lourne chez la Leclerc. C’est exactement l'histoire des Troqueurs (I). Hier, j’ai vu uneletlreque la demoiselle Leclerc a écrite à Sainson, par laquelle elle l’appelle bistouri de son cœur. M. de Buterlin, ambassadeur de Russie pour l'Espagne, pourchasse toujours la demoiselle Lafond. En attendant qu’il finance à son goût, elle a profité, mardi dernier, de cent louis que lui a donné M. Bauclers, Anglais, pour coucher avec elle. C’est Brissault qui a fait cette affaire.

La demoiselle Arnould, de l’Opéra, malgré son air de prudhommie et de sentiments pour M. le duc de Lauraguais, son amant, exilé à la citadelle de Metz, Iraile fort humainement M. de Montville. Il y aurait même de l’irréligion à ne pas les croire bien ensemble. On assure même que pour faire nargue à la demoiselle Dumirey, danseuse à l’Opéra, qu'elle n’aime point, elle a accordé ses faveurs à M. de Bougainville, favori de la demoiselle Dumirey. Il faut croire que ces messieurs courent après les talents de cette demoiselle, car je ne vois rien en elle qui soit si fort attrayant. Je l’ai vue au sortir de son lit, elle a la peau extrêmement noire et sèche, et a toujours la bouche pleine de salive, ce qui fait qu'en vous parlant elle vous envoie la crème de son discours au visage.

(1) Ce rappel d’un conte assez connu montre chez les rédacteurs de ce rap. port plus d’amour pour la poésie que pour l’orthographe. I

Les Demoiselles Benoit, Lablottièri, Carlin, Caron.

M. de Neuville, maître des comptes et gentilhomme ordinaire du roi, s’est chargé depuis un mois de la demoiselle Benoit, demeurant rue Poissonnière, avec sa mère. Cette demoiselle est extrêmement jolie, grande, bien faite, et n’est âgée que de 17 ans. Mais tous ses charmes sout obscurcis par la cupidité de sa mère qui la prostitue il tout le monde. M. le duc de la Vullière et M. le comte de Jumilhac, qui en ont été fort amoureux, ont été obligés de la quitter, voyant que la mère employait toutes sortes do moyens pour les tromper et gagner de l'argent avec sa fille. M. de Neuville éprouve aujourd'hui la même chose. Son prix était fait avec la mère que moyennant 20 loufs qu’il donnerait par mois, il serait libre de faire venir chez lui manger et coucher la jeune fille toutes les fois que cela lui plairait. En conséquence, il a payé exactement les 20 louis, mais il ne lui a pas encore été possible de jouir chez lui de la demoiselle. La mère a jusqu’à présent trouvé des raisons pour éluder, par la raison qu’elle craint que si sa fille était une fois hors de ses yeux, elle ne voudrait plus rentrer chez elle, sachant très-bien qu’elle la déteste et que le caractère de son enfant serait de vivre tranquillement avec un honnête homme, qui lui ferait quelque bien. Je sais, à n’en pas douter, que cette jeune fille a été souvent maltraitée par son infâme mère pour l’obliger de se prostituera des personnes qui lui répugnaient très-fort. Aussi M. de Neuville, qui n’ignore pas toutes ces raisons, pour retirer cette demoiselle d’un escla-

vage aussi dur, doit lui faire contracter par le canal de M. de Laferté un engagement aux Italiens, ensuite lui faire prendre un appartement particulier, et si la mère vient la tourmenter, elle sera conseillée, monsieur, de s’adresser à votre tribunal pour la mettre à même de jouir des privilèges du théâtre. Si ce projet réussit, comme il le désire, ce sera sans contredit la plus jolie personne qu’il y aura sur les planches.

M. de Lormois, écuyer de la petite écurie du roi, a quitté absolument la demoiselle Labloltière avec laquelle il a vécu plusieurs années, parce qu'il s’est aperçu qu’elle guerluchonnait avec un jeune homme, nommé Laperelle. Croyant être plus heureux ou pour mieux dire moins trompé, il s’est chargé de la demoiselle Richardière, pour laquelle il fait une très-forte dépense, mais c’est comme l’on dit, tomber de fièvre en chaudmal, car la demoiselle Richardière est depuis un siècle guerluchonnée par le sieur Frémin, garçon et associé du sieur Bourgeois, marchand d'étoffe de soie, demeurant rue Saint-Honoré, en face de celle de l’Échelle. Ce M. de Lormois est le père des inquiétudes. Malgré cela, je l’ai toujours vu trompé et il est certain qu’en amour, plus on témoigne de méfiance, plus une femme se plaît à nous en rendre la dupe. En outre, M. de Lormois s’adresse toujours à de vieilles créatures qui connaissent toutes les ruses du métier, car la Labloltière et la Richardière ne peuvent aujourd’hui être regardées tout au plus que comme deux vieux mouvements de Genève.

M,ne Carlin, femme de l’arlequin des Italiens, ne fait plus mystère de ses amours avec l'ambassadeur des États généraux. Elle est enceinte de plusieurs mois des faits de Sou Excellence et Carlin parait très-content de cette intrigue. Celle façon de penser est d’autant plus méprisable qu’il est fort à son aise, et qu’il a épousé sa femme par inclination. Peut-être alors la

croyait-il encore vierge; en ce cas, pour peu qu'il fût un peu connaisseur, il ne doit pas avoir tardé à la mépriser, car la jeune personne avait souvent fait des échappées chez l'ami Brissault. Ainsi le proverbe est vrai : qui a bu, boira. Et en partant de ce principe, Carlin est moins blâmable et perdrait son temps à vouloir la contenir dans des bornes honnêtes. L'ambassadeur, à ce qu’on dit, lui fait de gros biens.

L’intérêt est un puissant mobile dans le cœur d’une jolie femme. La demoiselle Caron, épouse du sieur Caron, en est un exemple frappant. Cette femme est jeune et jolie, son mari est jeune aussi et fort aimable et jouissant d’une fortune honnête ; il est vrai que la passion du jeu l’emporte quelquefois, ce qui le prive de donner à sa femme mille brinborions pour ses ajustements. Comme elle aime extrêmement la parure, elle se dédommage de cette négligence de son mari en se prêtant aux désirs de M. Chancelle, receveur du roi, qui est déjà âgé et qui lui fournit tout l’argent dont elle a besoin. Elle le voit deux fois par mois chez une femme commode, nommée Duvieux, qui demeure rue Saint-Germain-l’Auxerrois. Ce couvreur demeure rue Neuve-Saint-Roch, et M. et Mme Caron, rue D’Argenleuil.

Les Demoiselles Biiham, Labi.ottière, Sainti-I’oix, Saeon.

M. de Mondran, frère de Mrae de la Popeliuière, qu’on dit être depuis quelque temps intendant des menus plaisirs du roi, demeurant rue des Bons Enfants, chez M. Masson, riche ban-

quier, dont il a épousé la fille, il y a environ dix huit mois, entretient depuis un mois la demoiselle Buhart, danseuse dans les ballets de l'Opéra, dont M. do Pressigny, fils de M. de Maisonrouge, avait soin auparavant. Ce M. de Mondran est un homme fort aimable, très-grand musicien et bon violon. Ce sont ces talents qui lui avaient captivé l’amitié de M. de la Popelinière, qui avant de mourir lui avait fait les fonds pour acheter sa charge, ce qui lui avait procuré de faire un bon mariage. Mais depuis la mort de son protecteur et sans égard pour son épouse, il dépense très-gros avec la demoiselle Buard, qu’on peut dire être un très-mauvais sujet et qui le trompe sans ménagement avec tout le monde. On assure même qu’il est très-dangereux d’avoir commerce avec elle et que Mme de Mondran pourrait fort bien se ressentir des liaisons que son mari a avec cette fille. Ce qui serait bien malheureux pour elle, car elle est regardée comme une dame très-estimable.

J’ai annoncé, par mon dernier travail, que M. de Lormois, écuyer de la petite écurie du roi, avait quitté la demoiselle Lablottière pour se charger de la demoiselle Richardière. C’est aujourd’hui M. de Saint-Lois, chevalier de Saint-Louis, qui défraie la Lablottière. Il lui donne 15 louis par mois sans les robes et on peut dire qu’il la tient très-brave. Elle en est enchantée et a très-grand soin de se montrer partout où elle sait rencontrer M. de Lormois afin de lui faire connaître qu’elle n’a rien perdu par sa retraite et faire crever de dépit sa nouvelle maltresse qui, voulantêtre aussi parée qu’elle, tourmente sans cesse M. de Lormois.

La demoiselle Sainte-Foix qu’on voit si souvent dans le travail de Brissault, vient de se mettre dans ses meubles, rue Pavée-Sainl-Sauveur. Elle a donné 20 louis à son tapissier à-compte de 15 à t,800 livres qu’elle lui doit. M. de Sainte-

Foix, des affaires étrangères, est très-attaché à cette demoiselle. 11 lui a même permis de porter son nom, car auparavant elle s'appelait Courcy et doit payer au tapissier ce qu'elle lui reste devoir, sans cependant prétendre la gêner. C’est pour un homme d’esprit témoigner bien de la faiblesse.

La demoiselle Saron, figurante dans les ballets de l'Opéra, se voyant décriée parmi nos agréables, cherche présentement à captiver la vieillesse. C’est sur M. d’Harnoncourt qu’elle a formé son plan. Cette créature, qu’on ne peut regarder que comme une Messaline et une impudique, est acharnée à ce vieillard que l’imbécillité conduit aujourd'hui et qui s'est fourré dans son crâne usé que celte fille l’aimait. C’est bien plutôt ses écus. Enfin, elle va souper chez lui, et il va aussi la voir chez elle. Certainement elle le conduira à faire quelque sottise en sa faveur. Ou, si elle trouve le bonhomme récalcitrant du côté de l’argent, elle finira par lui en faire autant que la demoiselle Lacroix. M. Berthier, fils de l’intendant de Paris, son petit-fils, est fort intrigué de celle liaison. Il a môme cherché à faire entendre à lu Saron le ridicule qu elle se donnait par cet air d'attachement, mais, comme elle a flairé le coffre fort, elle n’a point tenu compte de ses représentations. Il m’a fait connaître qu’il s'adresserait à vous, monsieur, pour en imposer à cette fille et lui épargner, à lui, le désagrément d’être témoin de semblables ardeurs, car il est bon d'observer qu’il demeure présentement chez M. d’Harnoncourt, et il ne lui va point du tout de voir de ses yeux combien on cherche à faire dupe ce vieillard.

Le 26 de ce mois, le baron de Wangen a soupé chez lui avec la demoiselle Sainte-Foix.

Ledit jour, M. Bauclers a soupé chez Brissaull avec la demoiselle Dufort. Cet Anglais est parti pour l'Ilalie.

Le 27, M. Filzmorice, Anglais, a soupé chez lui avec la demoiselle Sainte-Foix.

Ledit jour, 27, milord Farnham a soupé chez Brissault avec la demoiselle Verdault.

Ledit jour, le marquis de Vargemont a soupé et couché à la petite maison de Brissault avec la demoiselle Senneterre.

Ledit jour, M. Wilkere a couché au même lieu avec la demoiselle L’Etoile.

Le 28, milord Cowentry a soupé chez Brissault avec la demoiselle Lacroix, des Italiens.

Ledit jour, M. le duc d'Arenberg s’est amusé chez Brissault avec la demoiselle Sainte-Foix et a donné dix louis.

Ledit jour, 28, milord Farnham a soupé et couché à la petite maison de Brissault avec la demoiselle Verdault.

Le 29, M. de Boufllers s'est amusé chez Brissault avec la demoiselle Verdault.

Ledit jour, milord Tavislock a soupé avec la demoiselle Sainte-Foix chez Brissault.

Le 30, M. le duc d’Arenberg s’est amusé chez Brissault avec lu demoiselle Dufort.

Ledit jour, M. de Chanlot, valet de chambre du roi, M. de Chamilly, trésorier des écuries du roi, et M. le comte de Moron ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Sainte-Foix et Sennetorre.

Le 31 août, milord Cowentry a soupé chez lui avec la demoiselle Lacroix.

Les demoiselles Sufebvillk, Saist-Cm, Tf.3TA.rt, Dubois, Dchablat.

M. le marquis de Bezqps aurait bien dû prolonger son voyage de Normandie ; peut-être aurait-il évité le désagrément d’avaler des pilules. Mais non, il y a dans tous les événements de la vie une destinée qu'on ne saurait fuir. Car, à peine est-il arrivé, le 23 du mois dernier, qu’il court chez la Superville, sa bonne amie demeurant faubourg Saint-Denis. II y trouve la demoiselle Sainl-Cyr, avec laquelle il s'amuse, et comme il regorgeait de tempérament et qu’il aime le changement, il engage la Superville à lui faire venir une autre fille. Elle lui envoie chercher la demoiselle Testart, demeurant rue Tiquetonne. Le marquis la trouve charmante. Il rassemble toutes ses forces et pique si fort la princesse qu’il la force d’avoir de la reconnaissance. Il en est enchanté. Mais, hélas! il ne s’aperçoit pas qu'il vient de pomper dans ses flancs un venin qui ne se corrige qu'au bout de six semaines. Pour témoigner sa satisfaction, il donne à la Superville trois louis d’or en lui promettant de venir déjeûner, le 30 dudit mois d'août, chez elle. Effectivement, il a tenu parole et pendant le cours du déjeûnor il a déclaré à la Superville qu’il avait gagné, la dernière visite qu'il lui avait rendue, une galanterie des mieux conditionnées et lui a fait toutes sortes de reproches dans la crainte qu’il a queM”1* la marquise ne s’en aperçoive. Pour moi, je trouve cette dame fort heureuse si elle en est quitte pour la peur. La Superville est furieuse contre la demoiselle Testart et l’a accablée d’injures. Je crois même qu’elle l’a battue, parce qu’elle

craint que cette aventure ne lui fasse perdre la pratique de M. de Bezons qui paie très-bien. J’ai aperçu depuis M. le marquis, au bal de Passy, et je lui ai trouvé les yeux cernés et le bec un peu allongé.

Samedi dernier, 3 de ce mois, la demoiselle Dubois, actrice aux Français, est venue chez la Darigny, dite Gourdan, pour y faire une entrevue avec M. Pelletier de Morfontaine, maître des requêtes. Ils se sont convenus au moyen de 30 louis par mois que mondit sieur de Morfontaine doit lui donner, dont le premier mois a été payé d’avance et sous les conditions aussi qu’il ne la verra que deux fois par semaine et jamais chez elle, afin de ne la point empêcher de trouver quelqu’un qui lui en donne davantage. Leurs entrevues doivent se faire dans une petite maison qui sera lou ée exprès et dont les meubles appartiendront à la demoiselle Dubois. M. de Morfontaine se prête volontiers à ce mystère parce qu’il serait fâché que cette intrigue vint à la connaissance de certaine dame de qualité avec laquelle il est lié. La Darigny est furieuse parce que la Dubois ne lui a pas donné les honoraires de ce marché, et que M. de Morfontaine, qui n’a plus besoin d'elle, ne lui a pas payé non plusses démarches. Elle prétend qu’il n’y a plus de bonne foi dans les procédés et que cela devient criant.

M. le comte de Rochefort, gentilhomme breton, anciennement officier de gendarmerie, paraissait inconsolable do la mort de la demoiselle Duharlay, sa maîtresse, arrivée depuis environ deux mois, à la suite d'une couche, par l’ignorance du sieur Gabon, accoucheur, qui ne l’avait délivrée qu'à moitié. Cette infortunée est morte le neuvième jour et M. de Rochefort prend un soin particulier d’un enfant femelle qu’elle a mis au jour. Mais comme il n’y a point d’éternelles douleurs, M. le comte de Rochefort a pris à ses appointements, du premier de

ce mois, la demoiselle Collet, chanteuse dans les opérascomiques aux Italiens. Il lui donne 30 louis par mois et s'est chargé de payer ses dettes qui montent à plus de 6,000 livres. C’est certainement une lionne aubaine pour cette demoiselle, car M. de Rochefort est riche et fort généreux, et avec sa petite figure d'araignée et ses yeux percés comme avec un villebrequin, elle ne devait pas se flatter d’une aussi bonne fortune. Elle commençait môme à devenir fort triste aux Italiens, où elle ne se soutenait plus que par la protection de M. Bertin, des parties casuelles, etdeM. de la Ferté, intendant des menus, qui l’ont fourragée.

Le 3 de ce mois, M. Fauskee, M. Staples, Anglais, et deux de leurs amis ont soupé à la petite maison de Brissault avec les demoiselles Deschamps, Dufort et Verdault.

Le 5, M. le duc de la Trémouille et deux officiers de son régiment, ont soupé au même lieu avec les demoiselles Sainte- Foix et Leclerc. C’est le premier coup de canif que le duc donne dans le contrat depuis son second mariage et il serait très-fâché que cela fut su.

Le 6, le baron de Wangen a donné à souper chez lui aux deux MM. Walbeko avec les demoiselles Marquise et Dufort.

Ledit jour, milord Cowentry a soupé chez Brissault avec la demoiselle Lacroix, des Italiens.

M. Isnard, intendant de M. d’Argenson, a donné à souper, le 6, à la belle maison de Neuiily, à M. Dubois, delà guerre, et à M. Dangé avec les demoiselles Duplessis etSennetorre.

Le 7, M. Staples, Anglais, a soupé chez Brissault avec la demoiselle Lacroix.

Les demoiselles Dubois, Darigny, Collette et Fleuri.

M. Pelletier, fermier général, a pris depuis quelques jours des arrangements avec une jeune personne nommée Dubois, qui est extrêmement jolie. Elle demeure présentement, rue des Vieux-Augustins, dans un petit appartement où elle est meublée très-succinctement. Mais M. Pelletier doit lui meubler une petite maison dans un quartier retiré et les effets dont elle sera garnie ne lui appartiendront qu’au bout de six mois de bonne conduite. En attendant, il lui donne 20 louis par mois et il lui a fait présent de linge et de quelques robes. M. Pinteau qu'on dit être juif et fort riche est aussi fort amoureux de cette demoiselle. lia été la voir trois fois cette semaine et lui a proposé 30 louis par mois et une augmentation de meubles- Mais elle ne veut point consentir à ses désirs à moins qu’il ne lui donne tout d'un coup pour 3,000 livres de meubles et pour autant de diamants. Si M. Pelletier ne se presse pas bien fort de faire meubler la petite maison, cette affaire pourrait se faire, car la Darigny, qui traite avec elle pour M. Pinteau, m’a dit qu’il n'en était pas éloigné et que la petite personne, de son côté, n’aimait pas la gène dans laquelle M. Pelletier tenait ses maîtresses. Cette demoiselle Dubois a toujours été un peu aux ordres de la Darigny, quoiqu’elle fut entretenue par un jeune homme, nommé Simon, peintre en pastel de sa profession et assez habile. Mais il vient de se marier et l'a laissée en lui abandonnant l’appartement qu’ils occupaient conjointement.

M. Pelletier de Morfontaine continue de voir secrètement la demoiselle Dubois, de la Comédie-Française, mais je ne sais pas comment il se trouve de ce commerce, car cette demoiselle passe aujourd’hui les grands remèdes. Et c’est le nommé Benoit, chirurgien, demeurant rue des Canettes, qui la traite par extinction. Ce serait fort malheureux, pour certaine dame, si M. de Morfontaine se trouvait entiché de venin.

La demoiselle Collette, des Italiens, ne perd pas de temps avec M. le comte de Rochefort. Ce seigneur a déjà payé pour elle plus de 6,000 livres de dettes, et lui a fait présent d'une paire de boucles d’oreilles en diamants, estimés 4,000 livres. Depuis cette aubaine, cette petite personne n’est plus praticable. Elle regarde du haut de sa grandeur ses compagnes et est toute émerveillée. C’est un vrai spectacle de la voir à la sortie de la comédie, appeler ses gens et dire : Mais faites donc avancer mon carosseet cela avec un grasseyement qui annonce combien elle est excédée d’être obligée de parler.

Le 10 de ce mois, M. Staples, Anglais, a soupé et couché à la petite maison de Brissault avec la demoiselle Lacroix, des Italiens.

Deux princes allemands , portant tous deux l’ordre do Marie-Thérèse, depuis peu à Paris ont soupé, le 10, chez Brissault, avec les demoiselles Duplessis et Verdault.

Le môme jour, le duc de Fronsac a donné à souper à sa petite maison à M. le marquis de Céran et au comte Danezau avec les demoiselles Deschamps et Sonneterre.

Le 11, milord Tavistock a soupé et couché chez lui avec la demoiselle Lacroix, des Italiens.

Le 12, milord Cowentry a soupé à la petite maison de Brissault avec la demoiselle Lacroix.

Le 43, les deux princes allemands ont soupé à la petite

maison de Brissault avec les demoiselles Dufort et Sainte- Foix.

Le 14, M. Staples et M. Siales ont soupé avec les demoiselles Lacroix et Verdaull.

Le 15, M. le comte de la Coste et un de ses amis ont soupé avec la demoiselle Sainte-Foix.

Le même jour, 15, M. le marquis de Vaudreuil, officier de gendarmerie, a soupé avec un de ses amis avec les demoiselles Sainte-Foix et Laforest.

M. de Vaudreuil, le même jour, a fait voir à la Brissault le portrait de Mlne Pater et lui a fait connaître qu’il avait tout lieu de se louer des bontés de cette dame pour lui. Qu’elle devait être sous deux mois à Paris, et qu’alors il lui ferait banqueroute.

Dans le moment, il vient de m'être confirmé que M. le chevalier de Lemps avait pris à ses appointements la demoiselle Fleuri, fille très-élégante. Elle était ci-devant entretenue par M. Goderman, lequel vient de partir pour aller joindre son régiment. Et comme cette demoiselle n’aime pas la viduité, elle a accepté de M. le chevalier de Lemps 25 louis par mois et une augmentation considérable de mobilier, tant en robes qu’en bijoux. Elle demeure toujours rue Guénégaud et ne sort jamais qu'en carosse de remise. Elle est grande, bien faite, et si on ne la connaissait pas, on la prendrait pour une femme de condition.

Les demoiselles Guimard, Collette et Duharlaï.

M. le comte de Buterliu, ambassadeur de Russie pour l’Espagne, depuis son séjour à Paris, fréquentait la demoiselle Guimard, danseuse à l'Opéra, et la demoiselle Lafond, de la Comédie-Italienne. Mais il parait que Son Excellence s’est décidée en faveur de cette dernière. 11 ne voit plus la demoiselle Guimard et, au contraire, il va tous les jours chez la demoiselle Lafond. Le 17 de ce mois, il a donné à souper chez elle à plusieurs de ses amis. En outre, il lui a payé pour 4,000 livres de meubles, qu’elle avait pris à crédit en quittant M. Sainson, avec qui elle vivait ci-devant, et voilà plus de 400 louis qu'il lui donne depuis six semaines, soit en argent ou eu bonnes nippes. Cette demoiselle n’a jamais mieux fait que de quitter le petit Sainson. Elle végétaitavec lui et souvent elle en recevait beaucoupde duretés, sans profit, car ce petit personnage se pique de n’être point aisé. Il croit qu’une femme est trop heureuse de l’adorer et il ne mange son bien qu’en superficie, c’est-à-dire, en chevaux, voitures et à habiller magnifiquement ses gens. En un mot, c’est un vrai fat. Aujourd’hui, il est désespéré que la demoiselle Lafond l’ait quitté. Cependant, elle a la bonté de le recevoir quelquefois en guerluchonnage.

M. le comte de Rochefort, après avoir payé les dettes et fait nombre de présents à la petite Collette, des Italiens, vient de l'abandonner pour prendre la demoiselle Guimard dont R

vient d’étre parlé. 11 y a lieu de croire que celte intrigue durera plus que la précédente. Mais malgré qu'il soit riche, il ne tarderait pas à se ruiner, car il a débuté avec elle par lui faire présent d’un très-beau collier de diamants et d’une paire de boucles d’oreilles très-belles, ainsi qu’il avait donné anciennement à la demoiselle Duharlay, sa maltresse.

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