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Journal des opérations de l'armée américaine

La postérité se ressouviendra du trouble qu'à causé en Canada la guerre civile entre les colonies de l'Amérique septentrionale et la cour d'Angleterre sous prétexte de la liberté dont les provinciaux faisaient leur idole, qu'on voulait, disaient-ils, leur ravir en voulant se soustraire à la domination de leur roy pour s'ériger en république, afin de donner des lois à toute la terre, ôtant et distribuant les trônes et les couronnes suivant leur caprice, voulant rendre le roi esclave et l'esclave roi, s'approprier les biens de l'un pour en gratifier l'autre, et ne formant que des objets ambitieux.

Je ne sais si c'est le peu de goût que j'ai pour cette farine de gouvernement qui me fait penser ainsi ; mais j'avoue que si je trouve des vertus dans plusieurs des républicains, je trouve des grands défauts dans une république en général ; j'y vois beaucoup plus de faute et d'ostantation que de véritable grandeur d'âme, je dirai môme que la plupart des actions des républicains me paraissent tenir plus tôt du barbarisme que de la noblesse de leurs sentiments.

Il me semble que la solide gloire a quelque chose de plus doux, de plus sage et de modeste et que cet amour excessif de la liberté porte les cœurs à des entreprises plus hardies que généreuses, et

presque toujours sanguinaires ; au lieu que dans un peuple soumis à un seul maître, je ne vois que zèle, qu'amour et fidélité, et dans celui qui gouverne seul que tendresse et qu'attention pour son peuple.

Tant de têtes qui gouvernent un peuple ne peuvent l'aimer également et le peuple ne saurait aimer tant de maîtres à la fois ; le cœur ne peut s'attacher à tant de différents objets, il n'en peut en aimer qu'un, et tous peuvent être aimés d'un seul.

D'où je conclus que puisque le ciel nous a fait naître pour obéir, il nous est mille fois plus doux de n'avoir qu'un seul maître que d'être soumis aux volontés de plusieurs, tel qu'on le voit dans les républiques. C'est mon sentiment, et je souhaiterais de tout mon cœur que tous mes compatriotes pensassent comme moi, je ne craindrais point d'insérer dans ce journal des faits que je prévois qui déshonorera la nation canadienne, car je m'aperçois déjà à présent que les canadiens ont changé de sentiment par la lettre qu'ils ont reçue du congrès en date du 26 sept. 1774 dont chacun a interprété à sa fantaisie. Fasse le ciel que je puisse me tromper et que les canadiens puissent conserver leur honneur et fidélité.

Vers la fin de mai 1776, Monsieur Wans-hazen, officier du 44e régiment, passa en cette ville, venant de Montréal qui nous apprit qu'un parti de Bostonnois étaient venus s'emparer des forts Carillon et La Pointe, qu'ils étaient même venus jusqu'à St. Jean, s'étaient emparés des troupes qui y étaient au fort ainsi que des vivres et munitions du roi et qu'ils s'étaient retiré à la pointe où ils construisaient des berges pour venir pénétrer dans cette province.

Aussitôt que M. de Carleton fut averti de cela, il fit monter les troupes qui étaient à Québec, pour aller défendre l'entrée des Bostonnais en cette province. La compagnie du capitaine Strong qui était en garnison en cette ville est partie le 20 may.

Les troupes de Québec passèrent le 26 de mai et le capitaine Belly logea chez moi, il ne s'est rien passé depuis ce temps jusqu'au 9 de juin, jour auquel M. le Général fit sortir une proclamation pour établir les milices, cette proclamation fut adressée à M. de Tonnancour, qui me chargea d'en faire la lecture le 13 de juin fête de St. Antoine, ce que je fis en sortant de la messe chez les Récolets.

Le 23 de juin, M. de Montefron, chevalier de St. Louis, reçut un paquet de commissions en blanc, de M. le général, qui lui marquait dans sa lettre de me prendre avec lui pour faire le tour du gouvernement et former les élections des officiers de milice, mais M# de Baucin, de la Rivière du Loup, qui se trouva en ville m'épargna,

malgré moi, cette peine et fut avec M. de Montessore, à leur retour, ils firent l'élection des officiers de cette ville.

Toutes les affaires furent assez tranquilles pendant le mois de juillet et d'août, M. le général avait assemblé son conseil à Québec pour travailler à établir des règlements pour cette province, mais il fut obligé d'abandonner son conseil pour courir à la défense du fort St. Jean qui était menacé par les Bostonnais.

Le 6 de septembre M. le général arriva de Québec, il fut loger chez M. de Tonnancour qui lui fit mettre un factionnaire canadien, ce fut Charles l'Etourneau, forgeron, qui se trouva alors à faire sa faction. M. le général voyant cette homme qui passait et repassait devant ses fenêtres et ne sachant ce que c'était, il demanda à M. de Tonnancour ce que faisait cette homme armé devant la porte ? M. de Tonnancour lui dit : " C'est un factionnaire pour Votre Excellence," alors il sortit à la porte, appela le factionnaire et lui dit : Voila le premier canadien que j'ai l'honneur de voir sous les armes, il tira de sa poche deux guinées et lui en donna une pour lui et l'autre pour ses compagnons de garde. Si toutes les factions avaienL été payées sur ce pied là, ils auraient monté la garde avec plus de courage qu'ils n'ont fait.

Le 7 de septembre M. le général partit pour Montréal et eut la douleur de voir que plus il s'avançait par en haut, plus il trouvait les habitants opposés à ses dessins.

Le 8 on fit un commandement tant dans les villes que dans les costes pour aller au fort St. Jean; mais les paroisses de Chambly s'étant mis du côté des Bostonnais firent annoncer dans toutes les autres paroisses de ne point prendre les armes contre les Bastonnais, que ces gens là venaient pour nous tirer d'oppression, le peuple canadien crédule quand il ne faut point, donna dans le sentiment des paroisses de Chambly et presque tout le gouvernement des Trois-Rivières refusa de marcher, à l'exception de quelques volontaires des paroisses de la Rivière du Loup, Machiche et Masquinongé, les paroisses de Nicolet, Bécancour, Gentilly et St. Pierre PEbequet n'en fournirent pas un seul, malgré les remontrances qu'on leur faisait, tout était inutile.

Sept. 10 — Aujourd'hui M. de Tonnancour fils aine et M. Bellefeuille enseigne de la milice avec une douzaine d'hommes de la ville et de la pointe du lac, sont partis pour se rendre à St. Jean où sont déjà rendus plusieurs messieurs volontaires du Montréal, ce même jour, M. Champlain ayant refusé de marcher, a chanté la grand messe et les vêpres dans le corps de garde parceque c'était le dimanche.

Sept. 12 — Nous apprenons par le courrier de Montréal, qu'un

détachement de volontaire sous la conduite de M. de Longueuil qui était allé en découverte, a été surpris par l'ennemi, un nommé Perthuis, interprête des sauvages y a perdu la vie et M. le Chevalier La Bruyère y a eu les deux bras cassés.

22. — L'on nous apprend de Montréal que les Bastonnais et les habitants de Chambly ont bloqué le fort St. Jean et qu'ils se sont emparés de plusieurs voitures chargées de vivres, hardes et amunitions ; que la garnison du fort ayant été informée de cela, fit une sortie sur les Bastonnais, les repoussèrent vigoureusement et prirent plusieurs prisonniers entre lesquels se trouva M. Massesazen du 44e régiment avec son domestique ; nous avons perdu dans cette occasion, M. Beaubien,de Québec, et un nommé Tessier, de la Pointe du Lac y a été blessé.

Le 26 de ce mois les Bostonnais et Canadiens, de Chambly, au nombre de 200, se rendirent à la Longue Pointe à environ une lieue de la ville de Montréal pour tenter à surprendre cette ville et en avoir le pillage ; mais la noblesse et la bourgeoisie avertis de leur démarche, sortirent avec une- intrépidité sans pareille et donnèrent sur l'ennemi et le repoussèrent très vigoureusement ; firent 30 prisonniers parmi lesquels se trouva le colonel Etan Allan et 20 où 25 canadiens de Chambly qui furent menés à Montréal et ensuite remis dans les bâtiments, les fers aux pieds et aux mains. Les Royalistes ont perdu dans cette action, le capitaine Carder, ci-devant du 8e régiment ; M. Paterson, blessé à mort, M. Beaubassin y a été blessé légèrement. Les Bostonnais se dispersèrent dans le bois ; sans quoi ils auraient tous été prisonniers.

Le 27, je fus de garde volontairement et le sergent me fit l'honneur de me faire caporal de poste, je laisse à penser si j'étais content d'avoir cette charge, n'ayant jamais été que simple soldat, comme nous étions obligés de faire la patrouille d'heure en heure, quand je fus de retour vers sur les onze heures, il partit un autre détachement pour faire le tour de la ville, mais nous apercevant qu'il tardait de revenir et qu'il était temps de relever les factions, M. de Troust, officier de garde et moi, nous partîmes pour aller voir où ils étaient, en passant devant chez Macbean, nous entendîmes parler, nous prêtâmes l'oreille au contrevent en l'entrouvrant un peu, et nous vîmes que nos gaillards faisaient la patrouille à pleins verres, ne craignant point d'ennemis; ils revinrent un moment après nous, avec chacun une bouteille de vin dans le ventre de leur propre aveu ; la nuit fut très belle.

Sept. 2. — Au commencement de ce mois, nous fûmes plusieurs personnes chez M. St. Onge, grand vicaire, pour le prier de nous accorder quelques prières publiques, ce qu'il lit très volontiers, il

ordonna même que les reliques de St. Clément et St. Modeste qui reposaient dans notre église, seraient descendues, vu qu'on avait plusieurs fois reçu des preuves évidentes du crédit que ces grands saints ont auprès du Seigneur, ainsi elles furent descendues, et on fit une procession où elles furent portées par M. le Grand-Vicaire et le Révérend Père Isidore, curé de cette ville, nous partîmes de la paroisse en chantant l'hymne Sanctorum meritis. Nous nous rendîmes chez les Pères Récollets, de là, nous fûmes chez les Dames Ursulines, où, après que les religieuses eurent chanté quelques motets, M. le grand vicaire entonna le Te Deum que nous chantâmes en retournant à la paroisse, y étant arrivés, nous reçûmes la bénédiction du très St. Sacrement et nous fûmes avertis que l'on ferait une neuvaine dont cette procession était l'ouverture. Pendant toute la neuvaine le monde a été fort assidu à la messe et aux saluts, il s'y trouvait de très-bons chrétiens, mais combien y en avait-il d'autres? J'ai ouï dire moi-même à plusieurs personnes sortant de l'église, qu'elles y allaient, mais c'était pour prier Dieu que les Bastonnais gagnassent. Voilà le point jusqu'où on a poussé l'irréligion et puis doit-on être étonné si Dieu appesantit sa main sur cette misérable province ; après la neuvaine finie, nous fûmes remercier M. le grand-vicaire qui nous reçut très favorablement.

Le 8. — Mr. le général envoya des ordres dans toutes les paroisses pour faire commander quinze hommes par cent ; elle refusèrent presque toutes principalement la paroisse de Nicolet ; le capitaine vint faire son rapport à M. de Tonnancourt, colonel, il m'envoya chercher, j'y fus, il me demanda si je voulais aller avec Mr. son fils chevalier, pour faire entendre aux habitants de Nicolet la teneur de l'ordre de M. le général : je lui dis que j'irais volontier ; on nous fit préparer aussitôt un canot et nous partimes Comme le vent était extrêmement fort sud-ouest, nous débarquâmes un peu plus haut que Ste. Thérèse et nous allâmes à pied jusqu'à Nicolet, non sans beaucoup de peine, car il nous fallut traverser des marais qui étaient très profonds, nous passâmes sur des arbres, tantôt un pied sur l'arbre, tantôt dans l'eau, tout cela ne nous coûtait point pourvu que nous vinmes à bout de notre embassade. Etant arrivés à Nicolet, nous allâmes en droiture au presbytère croyant y trouver M. le curé, mais il était à St. François et ne fut de retour que sur les 4 heures, cependant la fille de chez lui nous fit à diner et nous mangeâmes, pendant que les sergents avertissaient les habitants de s'assembler, ils furent chez plusieurs qui les envoyèrent au diable, d'autres ne voulurent point y venir, de manière que nous eûmes très peu d'assistants à notre prédication.

Néanmoins nous commençâmes notre Harangue en leur disant que nous n'étions pas venus dans le dessein de les commander, que nous n'en avions pas le pouvoir ; que ce n'était que par amitié pour eux que nous étions venus leur faire voir le tort qu'ils avaient de désobéir aux ordres d'un si bon maître ; et que leur religion leur ordonnait d'être fidèles au Roy, qu'ils en avaient pieté le serment et que s'étaient à eux à le soutenir ! Que l'ordre de M. le Général déclarait rebelles ceux qui refuseraient aux ordres et qu'ils seraient punis comme tels, et que la punition d'un rebelle était la potence : Que nous aurions été fâchés d'en voir quelques uns d'entre eux à subir cette punition ; que c'était la seule chose qui nous avait décidée à les aller représenter. Enfin après bien des débats entre les uns et les autres, il y en eut 10 qui se décidèrent à venir avec nous ; nous profitâmes de leur bonne volonté et nous demandâmes le grand canot de M. Brassard curé, qui nous le prêta volontiers, mais il ne voulut pas nous laisser partir sans souper ; nous nous mimes à tables et nous mangeâmes un peu à la hâte crainte que nos gens ne changeassent de sentiment ; après le souper nous remerciâmes M. le curé et comme nous étions sur le bord de l'eau prêts à embarquer, nos jeunes gens se jetèrent aux genoux de leur curé et lui demandèrent sa bénédiction, qu'il leur donna, nous poussâmes au large en poussant plusieurs cris de joie ; il y en avait quelques uns qui pleuraient ; d'abord que nous fûmes sur la grande rivière, nous récitâmes les Litanies de la Ste. Vierge et après l'oraison gratiam tuam, nos guerriers se mirent à chanter jusqu'à la ville où nous arrivâmes à 10 heures du soir, les cris de joie de nos jeunes gens firent sortir tout le monde qui était dans les maisons du bord de l'eau, après notre arrivée, je fus avec M. le chevalier de Tonnancourt rendre compte de notre mission, puis je fus me coucher.

Le 10. — Le détachement composé de 67 hommes du gouvernement des Trois-Rivières, commandé par M. de Lanaudière fils et M. Godfroi de Tonnancour fils, partit de cette ville pour se rendre à Montréal. Ce même jour est passé un bâtiment venant de Montréal où sont les prisonniers Bastonnais et Canadiens qui ont été pris dans l'action du 26 du mois dernier près la ville de Montréal.

Le 12. — Ce matin a 6 heures sont arrivés M. Leproust officier de Milice et Joseph Balvin milicien du dit détachement qui est parti avant hier nous apprirent que les habitants de la paroisse de Chicut sous les ordres d'an nommé Mertel qui était capitaine de la paroisse les avait arrêté dans le bois entre Bathelier et Chicut, où ils attendaient depuis trois jours ; qu'après les avoir arrêtés ils avaient désarmé Messieurs Lanaudière et Godefroy de Tonnancourt et les av it

faits prisonnier, ensuite les ont mené chez Buron capitaine de St. Cuthbert, où se trouva par chance M. Fauget curé qui sollicita si fort auprès de M. le capitaine Mertel qu'il obtint enfin leur élargissement, ce qui devait être mortifiant pour nos messieurs c'est qu'après qu'ils furent faits prisonniers, toutes les femmes qui se trouvaient sur les chemins par où ils passaient criaient à leurs maris, certes vous avez fait bonne chasse aujourd'hui, et cela en dérision. M. Le Proust dit qu'étant chez Buron à prendre un coup de vin, le capitaine Mertel lui demanda qui êtes vous; il lui fit réponse, je suis officier du Roy. Eh ! bien reprit Mertel foutez votre camp d'ici, et sans lui donner le temps de prendre un second verre de vin, il le prit par le bras et le mit à la porte. Il regrettait bien son verre de vin, ayant beaucoup d'attention, mais il fut très satisfait de l'avoir laissé et d'être hors des mains de M. Mertel. Je ne sais si c'est la peur ou la fatigue qui avait si fait changé nos arrivants, mais je puis assurer qu'ils étaient bien blêmes quand je les rencontrai au bord de l'eau.

Le 13, M. Godefroy de Tonnancourt est arrivé en cette ville du chicot, le même jour est arrivé le courrier de Québec qui nous annonce qu'il est arrivé une frégate de 64 pièces de canon avec quantité de monde ; dans le même moment, M. Daine, officier dans les Royaux émigrants est arrivé qui nous apprend que le colonel Maclean est à Champlain avec sa troupe. Le 14, le colonel Maclean est arrivé en cette ville avec son monde ; il fut question de faire un nouveau commandement, et je fus avec M. Godefroy de Tonnancourt porter les ordres au capitaine du cap la Magdeleine pour les faire passer jusqu'à Ste. Anne. Gomme plusieurs personnes de ceux qui étaient commandés en cette ville refusaient de marcher, le colonel Maclean ordonna un commandement général et M. Pratt sergent major le fit si général qu'il n'y admit seulement pas les personnes qui en sont exemptes par leurs charges publiques, ce qu'il fit qu'il vint à huit heures du soir m'ordonner de me trouver le lendemain sur la Place d'Armes avec mes armes. Je lui fis réponse qu'elles ne me seraient pas d'un grand secours, car je n'avais pour toute arme, qu'un canif qui avait la pointe cassée, néanmoins il m'ordonna de m'y trouver, mais comme le colonel Maclean me fit partir pour Québec dans la nuit, je fus exempt de cette apparition que je n'aurais pas faite quand bien même je serais resté.

Le 15. — Le parti du colonel Maclean et les gens desTrois-Rivières sous le commandement de M Godefroy de Tonnancourt, partirent de cette ville pour se rendre à Sorel, et le colonel avec M. le Chevalier de Tonnancourt et quelques émigrants, fut à Nicolet pour soumettre les habitants de cette paroisse qui refusaient de marcher.

Y étant arrivé, il apprit qu'un nommé Rouillard s'opposait fortement à ce que quelques-uns des habitants marchassent. Il s'y transporta avec M. de la Noudieu, M. le chevalier de Tonnancourt et quelques soldats ; quand il fut à la maison il n'y trouva que la femme, les hommes ayant eu soin de se cacher ; il demanda où était son mari et son fils, elle répondit qu'elle n'en savait rien ; eh hien, dit le colonel, si vous ne me dites pas où est votre mari et votre fils, je vais mettre le feu à votre maison, elle lui réponditeh bien mettez, pour une vieille vous m'en rendrez une neuve, alors le colonel ordonna d'allumer le feu, quand elle vit le feu au pignon de sa maison, elle en sortit et courut vers le bois en criant : St. Eustache, préservez-moi du feu, voici une bande de bougres qui veulent me faire brûler. Le colonel voyant qu'il ne retirait aucun succès de faire brûler cette maison, ordonna de l'éteindre, ce qui fut aussitôt fait. Ji s'en retourna au presbytère où il fut averti que les habitants (sur la nouvelle qu'on voulait les faire brûler) s'étaient tous assemblés dans une isle avec leurs armes, il partit aussitôt pour s'y rendre avec M. de la Renaudiére et M. le chevalier de Tonnancourt avec quelques soldats émigrants, quand ils furent arrivés au vis-à-vis de l'isle où étaient les habitants, ils ne trouvèrent rien pour traverser qu'un petit canot de bois dans lequel M. le colonel Maclean s'embarqua avec M. de La Naudière, M. le chevalier de Tonnancourt, traversa à gué et à son exemple, le reste du parti en fit autant, lorsque les habitants s'aperçurent que le colonel et son parti traversaient, ils donnèrent des marques de leur bravoure, car sans donnera nos gens le temps de traverser, ils se mirent à courir dans le bois comme si le diable leur avait promis cinq sols ; il y a tout lieu de présumer qu'ils courent encore ; car on en voit aucun dans cette ville depuis cette action si glorieuse à la paroisse de Nicolet ; comme.il était tard, le colonel ne jugea pas à propos de les poursuivre, il s'en revint au presbytère, de là, il continua sa route pour se rendre à Sorel.

Le 20. — Nous apprenons que les paroisses £e Chambly ont offert leurs services au Colonel Maclean, Dieu veuille que ce soit vrai.

Le 24.— Les nouvelles de ce jour sont bien différentes de celles du 20, car l'on dit que plusieurs canadiens des paroisses de Chambly ont été au camp du colonel Maclean sous prétexte de lui prêter la main, mais qu'après avoir été armés par le colonel Maclean ils étaient désertés au camp des Bastonnais ; ce qui est de plus triste, c'est qu'on nous assure qae les gens même du parti du colonel Maclean désertent tous les jours, si la chose est telle, nous avons tout lieu de craindre pour notre pauvre province.

Le 28. — Nous apprenons que le Général Carleton, le colonel

Prescott et les Montréalistes ayant voulu faire une descente à Longueil, ils y avaient été repoussés par les Bastonnais et que Mr. J.-Bte. Despins et un nommé Lacoste perruquier de Montréal y ont été faits prisonniers.

Le 29. — Aujourd'hui, il est arrivé des gens du parti du colonel Maclean >qui disent que le colonel ayant voulu passer par St. Denis pour aller à St. Jean, qu'il avait trouvé le pont démanché ce qu'il l'a obligé de faire sa retraite à Sorel.

Nbre % — Les gens des Trois-Rivièresqui étaient restés les derniers avec le colonel Maclean viennent d'arriver en cette ville, ils disent que le colonel voyant la désertion de son monde avait été contraint de lever le camp, qu'il avait fait embarquer tous les canons à bord des bâtiments et qu'il avait fait briser les affûts et autres ustensils de guerre.

Le 5. — Nous apprenons aujourd'hui la rédition du fort St. Jean aux Bastonnais.

Le 8. — Aujourd nui est descendu le colonel Maclean avec le reste de sa troupe dans les bâtiments d'Etienne Papillon, avant que de débarquer du bâtiment, il a envoyé un bateau pour savoir s'il y avait des Bastonnais en cette ville ayant été averti qu'il n'y en avait point il descendit avec quelques-uns de ses officiers et soldats, il a fait embarquer toutes les vivres du roi, les fournitures de caserne et môme a fait prendre jusqu'à la poudre des marchands.

9. — Voyant qu'il n'y avait plus d'espérance ni de ressources pour nous, nous nous assemblâmes dans la maison des Révérends pères Récollets pour délibérer sur le parti le plus avantageux à la conservation de nos biens ; il fut décidé que n'ayant aucune force ni munition et ne pouvant espérer de pouvoir faire une capitulation que l'on députerait deux personnes vers M. de Montgomery qui seraient porteurs d'une requête conçue en ces termes.

u Humble adresse à son Excellence le Général de Montgomery, u supplient très-humblement les citoyens de la ville des Troisu Rivières qu'il vous plaise d'exposer à votre Excellence, que depuis u quelques jours ils s'attendent à voir arriver dans leur ville un " détachement de troupes qui ont l'honneur d'être sous vos ordres u et que dans l'incertitude où ils sont si votre excellence serait en " tête ; ils osent vous supplier de vouloir bien ordonner qu'ils u fussent traités aussi favorablement que ceux qui ont tombé entre " vos mains dans le cours de vos différentes conquêtes.

u C'est pourquoi les suppliant espèrent que votre excellence a voudra bien ordonner à l'officier commandant qui prendra pos- " session de cette place ; de donner ses attentions pour que ses " soldats ne fassent aucunes insultes ni troubles dans la propriété

" de leur biens et dans la jouissance de leurs intérêts particuliers " ainsi que leur santé personnelle.

" Connaissant les sentiments d'honneur et d'humanité insépa- " râbles de votre personne les suppliants ont tout lieu d'espérer la " grâce qu'ils vous demandent avec le respect qu'ils ont l'honneur " de se dire très sincèrement de votre Excellence les très-humbles u serviteurs." — 21 Signatures.

Après que cette requête fut signée, on me nomma pour être un des députés, je remerciai l'assemblés de la confiance que les" per sonnes qui la composaient avaient en moi, mais je leur remontrai qu'il m'était impossible d'entreprendre ce voyage dans le temps où mes affaires ne me le permettaient pas ; que j'étais obligé de partir dès le lendemain pour aller à la Rivière du Loup retirer les rentes des dames Ursulines, que si cela se fut rencontré dans un autre temps de tout mon cœur je l'eus accepté. Enfin on nomma messieurs Pierre Baby et Guillaume Morris, auxquels il fut enjoint par l'assemblée de partir incessament, et à cet effet nous fîmes un passe-part conçu en ces termes :

" Nous soussignés, certifions que Messieurs Guillaume Morris et tc Pierre Baby de la ville des Trois-Rivières ont été nommés par un " comité des principaux citoyens de cette dernière ville, pour " députés, à l'effet de se transporter vers son Excellence le Général " de Montgomery ou autres commandants des forces américaines. " Nous prions tous les officiers des premiers postes de vouloir bien " laisser passer les dits députés et de leur procurer les voies les " plus courtes pour se rendre au lieu où sera son Excellence Mont- " gomery ou autres commandants des dites forces, étant les dits " députés chargés d'une représentation de la part du dit comité.

" Fait aux Trois-Rivières le 9 Novembre 1775." — 15 signatures.

Messieurs les députés devaient partir le soir, mais ne pouvant avoir des chevaux ils remirent au lendemain matin, cependant M. Baby ayant changé de sentiment ne voulut point partir qu'on eut fait une somme pour son voyage, ainsi les affaires restèrent en cet état jusqu'à 18 du mois, jour auquel je suis parti pour Montréal, comme je le dirai ci-après.

N'y ayant rien d'intéressant depuis le 7 jusqu'au 17, je passe tous ces jours sous silence. Ce jourd'hui 17 de novembre est arrivé en cette ville sur les midi M. le Général Carleton, accompagné de M. le Chevalier de Niverville et de M. Lanaudière fils, ils étaient en berge et conduits par le capitaine Latourtre ; l en débarquant au port M. le Général ayant fait rencontre du sieur Malcolm Fraser,

1 C'est le surnom du capitaine Bouchett.

lui demanda si les Yankees étaient venus jusqu'ici ? celui-ci lui fit réponse que non, mais que l'on avait appris qu'ils étaient à la pointe aux Trembles près de Québec3 M. Maillet en allant lui rendre sa visite lui annonça qu'il y en avait 600 à Machiche qui ne tardaient que le moment d'arriver ; M. le Général dina et partit sur les trois heures, espérant marcher toute la nuit et se rendre à Québec sans dangers, que Dieu le veuille.

Le 18 en montant à la haute-ville je m'aperçus que les citoyens anglais tramaient quelque chose entre eux, je fis mon possible pour savoir ce que c'était ; après bien des pas et des démarches, j'appris qu'ils avaient fait faire une requête pour envoyer au général Montgomery en leur nom ; alors craignant que si cette requête fut présentée sans qu'il parut un seul canadien, que cette division aurait pu causer du trouble dans cette ville ; je fus incontinent chez le sieur Morris et lui demandai pourquoi est ce que notre requête n'était pas rendue ; il me dit que M. Baby n'avait pas voulu partir sans argent ; eh bien si c'est la raison, je suis prêt à partir avec vous et j'espère que le public n'ira pas au contraire de nous rembourser quand nous serons de retour, il y consentit ; et nous partîmes à midi de cette ville ; nous fîmes rencontre à la première rivière d'un courrier de Québec allant à Montréal de la part des Bastonnais, avec qui nous avons fait route tant en montant qu'en descendant ; en arrivant à Machiche nous rencontrâmes un courrier Bastonnais, qui descendait, étant à cheval et ayant une carabine en bandouillère, il s'arrêta à nous, et nous demanda s'il y avait quelques nouvelles à Québec, (pensant que nous en venions) nous lui dimes que non, nous lui demandâmes les nouvelles d'en haut, il nous dit que la ville de Montréal était rendue et qu'ils espéraient avoir bientôt les bâtiments dans lesquels était le général Garleton, nous le laissâmes dans cette persuation sans lui dire que le général était passé, nous fûmes très satisfaits de voir qu'il se trompait ; nous allâmes coucher à Maskinongé malgré les mauvais chemins ; le lendemain 19 nous continuâmes notre route, jusqu'à Berthier ou nous fûmes arrêtés par les braves canadiens qui nous conduisirent à deux maisons plus haut où était le capitaine Merlette, on nous fit descendre de nos calèches pour rendre nos respects à M. l'officier commandant, (qui était Martel) nous entrâmes dans la maison pour demander ses ordres; mais apparemment que Monsieur avait veillé tard, car nous le trouvâmes au lit qui dormait ; un de ses gardes fut l'éveiller, il vint en se frottant les yeux et demanda ce qu'il y avait de nouveau, on nous présenta comme des personnes qui allaient à Montréal avec des dépêches pour le Général Montgomery, alors il nous permit de

passer mais avant que de partir il nous fit prendre chacun un coup de rhum et nous eûmes l'honneur de trinquer avec lui ; nous partîmes donc de Berthier pour nous rendre à Montréal dans la journée, mais étant arrivé à la Valterie on nous arrêta encore une fois pour prendre les ordres du Colonel Eston ; nous y allâmes et fûmes très bien reçus du Colonel et des autres officiers, il nous fit des excuses de ce qu'on nous avait arrêté ; mais comme il avait envoyé le major Brasin en embassade aux bâtiments ; il nous pria de vouloir bien attendre son retour pour en porter les nouvelles au Général Montgomery nous restâmes donc environ deux heures ; pendant ce temps là on parlait d'affaires ; les officiers demandèrent au courrier de Québec qu'est ce que les Canadiens d'en bas disaient? celui-ci leur dit qu'ils étaient tranquilles et qu'ils ne voulaient point se mêler dans la querelle ; les officiers repartirent : tant mieux si les Canadiens ne s'en mêlent pas nous sommes en pied ; nous les enjôlerons pendant quelque temps ; ils ne savaient pas que j'étais Canadien car je pense qu'ils auraient retenu ce terme " d'enjoler." A la fin le major Brassin arriva des bâtiments qui apporta que le Colonel Prescott étant prêt à se rendre à condition qu'il seraient mené à Québec avec sa troupe, le Colonel Eston rejeta la proposition disant qu'il ne cherchait que ce qui appartenait au roy, qu'ainsi si sous quatre heures les bâtiments ne se rendaient qu'il les ferait prendre à l'abordage. Après le conseil fini on nous donna notre congé et nous ne pûmes aller plus loin qu'a Arpentigni où nous couchâmes. Le 20 nous partimes d'Arpentigny en traines pour aller à la pointe aux Trembles où nous arrêtâmes environ une demi heure pour déjeuner, on nous prit pour des Bastonnais et on manquait pas que de nous faire beaucoup de compliments et de remerciments de ce que nous étions venus (disaient-ils) pour leur accorder la liberté. Quand nous eûmes fini de déjeuner, je tirais une piastre et dit à Thotesse payez vous de ce que vous avez eu, elle prit cette piastre, la tenant dans deux doigts elle la montrait à toutes les personnes qui étaient dans la maison en leur disant : Voyez vous comme ces messieurs les Bastonnais n'ont point d'argent, on voulait nous faire entendre qu'ils n'avaient que des billets, en voici la preuve, regardez s'ils nous parlent de papier, ils paient en bon argent, nous les laissâmes dans la persuasion que nous étions Bastonnais et que nous avions beaucoup d'argent.

Nous arrivâmes à Montréal comme l'angelus sonnait, nous fûmes en droiture chez M. de Montgomery, auquel nous fûmes présentés, nous le saluâmes et lui remîmes la requête dont nous étions chargés, il en fit la lecture, après quoi il nous dit qu'il était bien moi-

tifié de ce que nous étions venus de si loin, que nous ne devions point craindre que ses troupes nous fissent aucun tort ; nous lui repartîmes que notre crainte n'était pas de sa troupe mais bien des canadiens qui descendraient avec elle ; il nous dit, s'il y a quelques canadiens quand je descendrai, je saurai donner mes ordres pour la tranquilité des citoyens de votre ville, je vais vous donner une réponse par écrit ; en voici les termes traduits de l'anglais : Messieurs.

Je suis très mortifié que vous soyez dans quelque appréhension de votre propriété, je suis convaincu que les troupes du continent ne seront jamais ternies d'aucune imputation d'oppression. Nous sommes venus pour conserver et non pour détruire. Si la providence continue de favoriser nos travaux, cette province sera sous peu un heureux gouvernement libre. J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble serviteur. Rich. Montgomery, Brigadier Génl., à Montréal, le 20 Sept., 1775.

Ayant reçu cette réponse nous prîmes congé de son Excellence et partîmes aussitôt de Montréal pour venir coucher à la Pointe aux Trembles, où étant rendus vers les onze heures du soir, nous rencontrâmes le colonel Eston, qui nous fit beaucoup d'amitié et môme nous fit part de la capitulation que les bâtiments avaient fait en se rendant; nous y trouvâmes aussi M. Walker qui sortait des bâtiments où il avait été détenu prisonnier, les fers aux pieds et aux mains, on nous fit beaucoup d'accueil dans la maison où nous étions parceque nous parlions l'anglais, ils pensaient que nous étions Bastonnais, il n'y avait rien de trop cher pour nous.

21. — Enfin le 21, nous avons été de retour aux Trois-Rivières ; nous avons donné communication de la réponse de M. de Montgomery, tout le public a été satisfait, mais il s'en faut de beaucoup que je le suis moi, car on ne se presse guère à me rembourser l'ar gent que j'ai dépensé dans ce voyage ; cependant, je n'en suis pas absolument inquiet, parce que je trouverai un moyen pour m'en faire rembourser.

Depuis notre arrivée, nous attendons de jour à l'autre la passée des Bastonnois qui doivent descendre à Québec pour en former le siège ; cependant, bien que des personnes pensant que la saison est trop avancée pour une pareille entreprise ; néanmoins, les Bastonnais sont descendus dans les bâtiments qu'ils ont pris le 20 de Novembre et sont passé devant cette ville au commencement de Décembre. M. Price, marchand de Montréal, et à présent un membre du congrès, a débarqué pour faire acheter du rhum, des couvertes, des bonnets et autres articles nécessaires à la troupe. M. Montgomery a passé tout droit dans un bâtiment.

Quelques jours après la passée des bâtiments, il est arrivé ici une soixantaine de canadiens dans un Bogalet et d'autres par terre, commandés par le capitaine Loiseau, le lendemain qu'ils furent arrivés, M. Loiseau fut dans presque toutes les maisons (que l'on savait être Royalistes) pour ôter les armes, ayant été chez M. de Tonnancourt, il n'y trouva qu'un couteau de chasse et un vieux canon de pistolet qu'il prit ; de là, il fut chez M. de Niverville, lui prit deux ou trois fusils ; chez M. Gressé, une épée à poignée d'argent, chez M. Leproust, deux fusils, je fus avertis de cette recherche, je mis mon fusil, ma corne et mon sac à plomb à sûreté, mais ce fut inutilement, ils ne vinrent point chez moi. Le soir, M Loiseau étant à parler avec quelques personnes de cette ville (que je ne nommerai point pour leur épargner la peine et la honte d'une si noire trahison) lui dirent qu'ils étaient sûrs que Mr. de Tonnancourt avait d'autres armes et qu'il avait même de la poudre cachée : eh bien, dit le sieur Loiseau, j'y retournerai demain et si je ne trouve pas les fusils et la poudre je ferai piller chez lui, par ces paroles il mit ces personnes au comble de leur joie, qu'ils ne demandaient pas autre choses; mais grâce à la providence les choses n'ont point été au point qu'ils désiraient.

Le 4 de décembre j'appris que M. de Gugy avait été pris par les intrigues du sieur Larau de la Rivière du Loup, le lendemain comme je montais la haute ville je fis rencontre de M. Gugy ; je lui demandais s'il était vrai qu'il avait été arrêté, il me dit que oui ; il me pria d'aller avec lui chez M. Hart, que M. Larau devait s'y trouver pour prouver les faits qu'il avait avancé contre lui, je m'y transportais avec Mr. Bancin, un instant après que nous fûmes entrés, le sieur Larau arriva, M. Livingston colonel des Canadiens, demanda au dit Larau quels étaient les grief qu'ils avaient contre M. Gugy ; il commença par déployer un paquet de papiers rempli de sottises les plus atroces, disant que Mr. Gugy avait forcé les Canadiens à marcher contre les Bastonnais, qu'il les avait menacé de les faire fouetter s'ils ne voulaient marcher : qu'il avait dit que les Bastonnais étaient une bande de gueux ; que Dugand était un coquin et Levingston un banqueroutier qui s'était mis du côté des Bastonnais pour ne point payer ses dettes ; Mr. Gugy repartit qu'il avait dit que M. Gugand était un perruquier et qu'il le disait encore, tout le monde le sachant bien, que pour ce qui était de M. de Livingston on ne le connaissait pas assez particulièrement pour avoir dit les choses qu'on imputait.

M. Levingston dit au sieur Larau qu'il pouvait bien se dispenser d'insérer dans ses écrits ce qui le regardait en particulier, qu'il regardait cela au-dessous de lui, que pour ce qui était du reste on

ne voyait pas cause légitime à faire arrêter M. Gugy ; il dit au sieur Larau de se tenir tranquille qu'il n'avait pas besoin de son service et qu'il ne devait point agir de la sorte, et donna à M. Gugy un écrit pour faire publier à la porte de l'Eglise et donner à connaître au public le caractère du sieur Larau. Ainsi M. Gugy fut déchargé des fausses imputations faites contre lui.

Depuis ce temps là jusqu'à la fin du mois il a passé des Bastonnais et Canadiens qui vont à Québec.

Nous avons appris diverses fois que Mr. de Montgomery avait sommé Mr. Carleton à se rendre, ce qu'il avait toujours refusé, qu'il s'était même adressé aux bourgeois de la ville de Québec pour lui faciliter l'entrée, ce qui lui fut pareillement refusé, enfin ne trouvant aucun moyen pour entrer dans la ville, il forma l'escalade le premier jour de l'an 1776 à quatre heures du matin, mais tout le succès qu'il en a retiré c'est d'aller dans l'autre monde chercher les étrennes de cette nouvelle année accompagnée de plusieurs officiers et soldats. On nous rapporte qu'il y a eu 420 prisonniers de fait dans cette action, les royalistes n'ont perdu que deux hommes. Depuis cette époque, il monte des Bastonnais et Canadiens qui s'en retournent les uns la tête bandée, les autres le bras en écharpe ; j'ai fait rencontre d'un Bastonnais qui me dit qu'il avait laissé le bout de son pouce dans Québec et qu'il était bien content de n'en avoir pas laissé plus long.

Janvier 1776. Le Général Woster a fait publier une ordonnance pour empêcher de parler contre le congrès sous peine d'être transporté hors de la province ; cette ordonnance a été publiée à la porte de l'Eglise le 14 de janvier.

Tous les jours on nous annonce qu'il monte quantité de Bastonnais du continent pour aller à Québec ; les cœurs Bastonnais, ou pour mieux dire les Congréganistes sont bien contents de ces nouvelles ; mais cependant voilà la fin du mois de Janvier, et il n'est encore arrivé qu'une brigade. Dans le cours de ce mois, le frère Alexis, Récollet, au couvent de Québec, est arrivé dans cette ville, il nous assure que les gens de Québec ne manquent point de vivres et très peu de bois ; il a été pris prisonnier ici par M. Price, sous suspicion ; deux autres frères qui étaient sortis avec lui de Québec ont été aussi pris et on les a mené tous trois à Montréal.

Le 8 Février, il est arrivé en cette ville un détachement pour en prendre possession, sous le commandement du capitaine Guillaume Duforth et M. Macdugal sous lieutenant. Le 9, ils ont été préparer les casernes et s'y sont logés le même jour.

Le 10, le capitaine Guforth m'envoya chercher pour le prier de

lui traduire en français une publication qu'il fit publier à la porte de l'église le 11, qui était un dimanche. Il en envoya dans chaque paroisse ; cette publication ordonnait à tous les officiers de milice de remettre leurs commissions qu'ils avaient reçu du général Carieton ; et défendait de vendre des boissons au détail sans une license du général David Wooster.

Le 12, les officiers de milice de cette ville furent remettre leurs commissions au commandant.

Le 13, M. le commandant voyant que M. de Tonnancourt n'avait pas encore remis sa commission de colonel, lui envoya son lieutenant, M. Macdugall avec une lettre de sa part, adressé à M. de Tonnancourt, par laquelle il lui faisait de grands compliments, et lui disait à la fin qu'il envoyait son lieutenant pour recevoir sa commission et qu'il espérait qu'il ne refuserait point de la remettre. Comme était écrite la lettre et en anglais et que le lieutenant n'entendait pas le français, M. de Tonnancourt m'envoya chercher pour les interpréter ; quand j'eus expliqué la teneur de la lettre, M. de Tonnancourt lui fit réponse qu'il ne croyait pas être obligé de rendre sa commission, attendu que c'était une chose qui lui appartenait et faisait partie de sa propriété ; qu'au surplus M. de Montgomery avait promis de maintenir tous les cytoyens dans leur propriété (comme il parait par sa réponse aux pages ) M.

Macdugal dit que tels étaient ses ordres et qu'il allait en donner avis à M. le commandant. M. de Tonnancourt fit mettre un cheval à une carriole et s'embarqua avec le lieutenant pour aller chez M. le commandant, M. le chevalier de Tonnancourt et moi les suivirent. Nous allâmes au château où logeait le capitaine Guforth. En arrivant, M. de Tonnancourt me fit dire au commandant qu'il était bien mortifié de la peine qu'avait eu M. Macdougall en venant lui demander sa commission, que s'il avait pensé que c'eut été une chose de droit, il l'aurait apporté lui même, mais que ne croyant pas être obligé de se dénantir d'une commission qui lui faisait honneur, il s'était tenu tranquil. M. le commandant lui fit réponse qu'il avait des ordres positifs du général Wooster pour les retirer et qu'il ne pouvait s'en dispenser sous aucun prétexte. M. de Tonnancourt voyant qu'il en pouvait rien gagner malgré toutes les raisons qu'il alléguait, lui dit, eh bien, monsieur, comme je suis d'un âge trop avancé pour faire le voyage de Montréal, voici mon fils que je veux faire partir pour aller représenter mes raisons au général ; le commandant le refusa et lui dit, qu'il fallait qu'il y fut lui-même en personne, parce qu'il était assuré que le général ne le dispenserait pas de les remettre, et que s'il s'opiniatrait, qu'il le ferait passer au congrès, il lui accorda deux fois 24- heures pour se

décider soit à partir, ou à remettre sa commission au commandant. Dans cet interval, il vint des temps abominables par la neige et le grand froid, ce qui occasionna M. de Tonnancourt à remettre sa commission au commandant, ne pouvant avoir un plus long délai. Le 18, M. le commandant convoqua une assemblée pour faire l'élection de nouveaux officiers de Milice, ce fut à la sortie de la Ste. Messe, comme je n'avais aucune affaire dans cette assemblée, je me rendis chez moi ; je n'y fus pas plus tôt rendu, que je vis un envoyé du commandant qui me faisait prier d'aller au château pour faire l'assemblée. Je ne pus le refuser, principalement dans les conjectures où on était, j'y fus et aussitôt on ouvrit l'assemblée ; toutes les personnes qui étaient présentes, demandaient que M. Laframboise fut continué capitaine, ce qui leur fut accordé, ensuite on nomma M. Charles Louval lieutenant et M. Pierre Baby enseigne, et trois sergents, après quoi il fut question d'en nommer un pour la banlieue. Le Sr. St. Pierre qui l'avait toujours été dit qu'il n'était plus d'âge à servir en cette qualité, qu'on pouvait remettre cette charge à un autre. M. Baby prit la parole et lui dit : comment, vous avez servi le roi de France, le roi d'Angleterre, et vous refusez de servir le congrès, ne vaut-il pas autant comme eux ? Une pareille sottise n'eut pas grande approbation, car personne ne souffla, il se trouva contraint de l'applaudir lui-môme. Après l'assemblée j'eus l'honneur d'être invité à diner avec M. le commandant, son lieutenant, M. Laframboise, Mrs. Leproust et Bellefeuille fils et Freeman ; nous nous rendîmes chez M. Sills, où nous devions diner, pendant le repas, la conversation ne fut pas intéressante et malgré les Bastonnais, nous bûmes à la santé du général Carleton. Le commandant fit une gagure qu'avant qu'il fut peu, il serait dans Québec, nous lui dîmes que nous ne croyions pas qu'il y entrât du tout, et que nous pensions qu'il viendrait du secours. Il nous fit réponse qu'il était sûr qu'il ne viendrait pas de secours, alors, M. Leproust gagea 24 bouteilles de vin que le 5 mai, il y aurait des vaisseaux d'Europe arrivés à Québec, le commandant accepta la gagure ; ainsi nous sommes sûrs d'avoir 24 bouteilles de vin à boire une fois le 5 de mai arrivé ; plût à Dieu que ce soit du vin nouveau arrivé dans un navire.

Le 20 de Février, le commandant fut à Bécancourt pour faire les officiers de la milice, je fus avec lui et beaucoup de messieurs de la ville, après l'élection faite, nous fîmes une espèce de déjeuner et nous revînmes en ville.

Le 21, il a passé 30 Bastonnais, à compte sans doute de 200 qu'on nous annonçait.

Le 29, le commandant m'ayant demandé d'aller avec lui à St.

Pierre le Becquet, pour l'interpréter dans l'élection des officiers de milice, j'y fus avec M. Bellefeuille fils ; nous partîmes à 9 heures du matin. En passant à Ghamplain, ayant appris qu'on faisait l'enterrement de M. Morisseau, curé, le commandant arrêta à l'église pour voir la cérémonie, nous partîmes et nous rendîmes à St. Pierre à 1 heure après midi, étant arrivé, les habitants se trouvèrent partagés en deux parties, les uns voulaient que l'assemblée se fit au presbytère, suivant l'usage, les autres le voulaient dans une autre maison ; après avoir examiné les raisons, M. le commandant ordonna que l'assemblée se tiendrait au presbytère suivant l'usage. Rendus au presbytère, plusieurs habitants dirent qu'ils ne voulaient point du capitaine qui avait été nommé il y a 3 jours ; le commandant en demanda la cause, un nommé Etienne Chandonnet qui portait sans doute la parole dit au commandant : Monsieur la raison que nous avons de ne pas recevoir cet homme pour capitaine, c'est qu'il a le cœur anglais et qu'il a reçu des commissions du général Garleton, pendant que nous les avons refusées. Le commandant leur fit une réponse très-judicieuse ; il leur dit que quoique cet homme eut accepté des commissions du général Garleton et qu'il ait servi le roi, cela n'est pas une raison suffisante, il peut être aussi bon sujet pour le congrès qu'il a été fidèle au général Carleton : mais pour lever toutes difficultés, je vais procéder à une nouvelle élection.

M. le commandant m'ordonna d'ouvrir l'élection, ce que je fis et reçus les voix malgré le bruit des habitants qui se querellaient pour que le premier capitaine ne le fut point, néanmoins, s'il avait eu encore une voix, il l'aurait emporté, mais ce fut Augustin Brisson qui fut nommé capitaine, Joseph François Maillot, lieutenant, Augustin Frustrer, enseigne. Aussitôt après l'assemblée, nous repartîmes et nous arrivâmes en ville à 9 heures du soir, d'un grand froid.

Mars. Le premier jour de Mars M. Grevier Deschenau de St. François, me pria d'aller avec lui chez M. le commandant pour lui servir d'interprète, abjustifier contre les calomnies que Joseph Traversy capitaine de St. François avait fait contre lui : je fus avec lui et demandai à M. le commandant de la part de M. Grevier quels étaient les griefs qu'on lui imputait.

M. le commandant fut me chercher des certificats de plusieurs avocats de St. François, qu'il me donna à lire, les certificats portaient qu'ils avaient ouï dire que le sieur Grevier Deschenau avait dit qu'il voulait marcher jusqu'aux genoux dans le sang des Bastonnais canadiens et sauvages ; après avoir fait la lecture de ces certificats, je remontrai respectueusement au commandant, qu'ils

n'étaient pas suffisants, attendu que les personnes qui les avaient donnés, ne disaient pas qu'elles avaient entendu dire cela au sieur Crevier, mais seulement qu'elles avaient ouï dire, que par conséquent ce ne pouvaient être des preuves que très-équivoques qu'il fallait que Joseph Traversy et ses témoins comparussent en personne pour prouver leur avancé.

Le commandant me dit que ça était juste et me pria de faire un ordre en Français pour ordonner à Traversy de paraître demain à îl heures avec ses témoins.

Ce même jour, il est passé environ 30 Bastonnais qui vont à Québec avec environ 100 canadiens qui avaient déserté du camp cet automne qu'ils réunirent avec eux.

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