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Le deux il est passé 50 Bastonnais qui vont au camp

A deux heures de l'après-midi, je fus chez le commandant pour l'affaire entre le sieur Crevier Deschenau et Traversy qui ne parut point, sa femme ayant envoyé Joseph Halard pour dire au commandant qu'il était allé à la chasse à l'orignal.

Le commandant fit une obligation de la somme de 1000 louis -sterling, dans laquelle intervenait M. Laframboise comme caution pour répondre de la bonne conduite du sieur Deschenau, j'expliquai la teneur de l'obligation en Français à tous ceux qui étaient présents ; le sieur Deschenau dit qu'il ne demandait pas mieux de signer cette obligation, mais que cela ne le mettait pas à l'abri de la malice de Traversy, qui pouvait trouver quelques coquins qu'en les payant, viendraient faire des faux rapports contre lui et que par là, il se trouverait dans le cas de payer cette somme innocemment. Le commandant lui dit : Eh bien, puisque vous ne voulez pas signer cette obligation attendez ici jusqu'à lundi et si votre accusateur ne parait point, vous vous préparerez à aller à Montréal pour vous justifier vis-à-vis du général, et le congédia.

J'ai été en campagne le 3, 4 et 5 et le 6 de mars je n'ai pu savoir comme s'est passé au juste l'affaire du sieur Crevier ; j'ai seulement appris en arrivant qu'il était condamné à aller à Montréal.

Le 7. L'on a su aujourd'hui que tous les Bastonnais qui sont descendus depuis le mois de janvier ne forment que 500 hommes en tout. Hier j'appris à Nicolet qu'il était passé dans la nuit deux personnes que l'on supposait aller dans la ville de Québec, Dieu veuille qu'ils s'y rendent.

Le 8. Il est passé en cette ville trois émigrants qui ont désertés de Québec sous prétexte qu'ils étaient maltraités, disent-ils, du colonel Maclean ; ils ont dit que dans Québec, il ne manquait pas de vivres, que même il en entrait tous les jours dans la ville. Sur quelques demandes qu'on leur a fait, si les gens de Québec comp-

taient se défendre ; ils ont répondu qu'ils comptaient faire plusque de se défendre car ils espéraient battre les Bastonnais.

Nous avons appris ce même jour que les troupes de Montréal se sont révoltés, sur ce que le général ayant voulu les faire descendre à Québec, il lui avait répondu que quand on les fait venir en ce pays-ci, qu'on leur avait fait entendre que Québec était pris et que ce n'était que pour garderies villes et non pour se battre, sur cette réponse le général en avait fait mettre six en prison, mais que leurs camarades ayant défoncé les portes les en avaient fait sortir et que les officiers voulant s'en mêler, plusieurs d'eux furent battus, cependant le général en fit fouetter six des plus opiniâtres et le tumulte finit par là.

Aujourd'hui M. Pélissier a envoyé au commandant de cette ville deux milliers de fer, pour faire dit-on des pioches pour le siège de Québec.

Le 9. Aujourd'hui il est passé 105 voitures chargées de quarts et barils pour le camp, avec 36 Bastonnais qui les conduisaient.

Nous avons appris qu'à Québec il y avait un bâtiment en rade sorti du cul de sac, cela a fait former plusieurs conjectures, les congréganistes disent que c'est monsieur de Garleton qui veut se sauver avec sa troupe, mais ceux qui connaissent la générosité des sentiments de M. le général Carie ton pensent autrement et mol aussi.

Le 10. Il est arrivé deux compagnies de Bastonnais qui annon^ cent que le général Lee est arrivé à Montréal et qu'il doit descendre sous peu de jours pour faire le siège de Québec.

Nous avons eu ici aujourd'hui un sermon prêché par M. le Grand Vicaire. Au commencement de son discours, il a donné sur le nez de quelques congréganistes qui avaient tourné en ridicule quelques expressions dont il s'était servi dans un sermon qu'il nous donna le mardi gras.

L'on nous assure que les deux personnes dont j'ai parlé le 7 qui allaient à Québec sont de Montréal et qu'elles sont entrées.

11. Il est passé 7 Bastonnais qui montent et s'en vont chez eux en disant que leur temps est fini.

12. M. MacDougall lieutenant de cette villle est arrivé hier au soir de Montréal, il rapporte qu'il est parti 3 messieurs de Montréal, pour aller dans les pays d'en haut porter des colliers aux nations sauvages pour les engager à descendre dès le petit printemps pour donner secours aux Royalistes.

Il est descendu aujourd'hui 30 voitures chargées d'affûts de canon, de boulets, aubusiers et autres ustensils ; il est passé aussi deux canons dont un de 24 et un de 12.

12. Nous avons appris que les deux personnes dont nous avons parlé le 7 du courant étaient envoyées du général Carleton dans les pays d'en haut pour avertir le capitaine d'Arnould de descendre dès le petit printemps avec les nations.

Mars. Nous apprenons de Québec qu'un nommé Muenil qui était auprès du général Arnold s'est échappé du camp des Bastonnais et est entré dans Québec, qu'il a emporté avec lui toutes les gazettes de York et les lettres du congrès, que quatre matelots qui étaient sortis de Québec y sont rentrés, après avoir resté trois jours dans le camp. Que le fils de M. Larivière étant sorti de Québec sous prétexte de folie, mais bien pour examiner ce qui se passait dans le camp des Bastonnais, avait été pris comme il s'en retournait à Québec qu'il est à présent aux fers aux pieds et aux mains au camp.

L'on dit aussi que les gens de Québec ont fait faire un cheval de bois qu'ils ont mis sur les murs, du côté du faubourg St. Jean, avec une botte de foin devant lui et une inscription en ces termes :

" Quand ce cheval aura mangé cette botte de foin nous nous rendrons."

Il est passé aujourd'hui 100 voitures chargées de haches, pioches, pics, affûts de canon, boulets et autres ustensils, il y avait 50 Bastonnais, deux canons de 12 et un pierrier.

15. Le 16 à 2 heures de l'après-midi il est venu un éclair et un gros coup de tonnerre lui a succédé.

17. Le 17 il est arrivé 36 voitures chargées de quarts pour le camp et 120 Bastonnais.

18. Le 18, jour de St. Patrice, les Irlandais dans les troupes du congrès, qui sont arrivés hier en cette ville, se sont promenés dans toute la ville avec leur sabre et bayonette à la main au son des tambours et fifres. Ils avaient tous à leur chapeaux une branche de sapin à l'exception des officiers qui avaient tous chacun un aigrette artificielle. Un mouchoir de soie qui était percé, faisait leur drapeau, il était enmanché en haut d'une tête de sapin, audessous du mouchoir étaient deux bayonettes en croix, ils ont été donner une aubade aux dames religieuses en criant trois fois auras ; de là ils passèrent devant chez M. de Tonnancourt et s'étant arrêtés à sa porte ils se mirent à crier : God dam that house and ail that is in it, (sachant que M. de Tonnancourt était royaliste.) M. Godefroy son fils qui était à la fenêtre de sa chambre les ayant entendus leur répondit, God may for ever damn you ail. Ils se retirèrent et furent chez M. Laframboise qui fit délivrer aux soldats deux sciaux de rhum et fit entrer chez lui les officiers et les régala d'une demie douzaine de flocons de liqueur ; c'était payer l'honneur qu'on lui

faisait bien cher ; après midi ils furent chez M. Delpine lui donner j une aubade, mais j'ignore s'ils ont eu la pièce, il y a tout lieu de le présumer étant bon congréganiste.

Aujourd'hui il est arrivé dix train es chargées de quarts.

Le 19. Les troupes ont démandé la charité dans toutes les maisons de la ville disant qu'ils crevaient de faim. Je leur ai donné malgré moi environ 4 ou 5 livres de lard en différentes fois. Une dizaine ont été chez M. de Tonnancourt qui leur donna à mangerr mais non content de cela, ils voulaient à toute force ôter la viande qui était à la broche, malgré la cuisinière ; à la un on les menaça du commandant; ils s'enfuirent en donnant des coups de bayonette dans les cloisons et dans les portes.

M. le grand-vicaire en ayant rassasié quelques-uns et en se croyant pas obligé de nourrir toute la garnison, fut contraint de faire fermer la porte pour pouvoir manger tranquillement.

Le 20. Il est arrivé 20 voitures chargées d'ustensils de guerre et 30 Bastonnais.

Aujourd'hui les habitants de St. Pierre les Becquet ayant été commandés pour mener du bagage au camp sont arrivés en cette ville ; plusieurs d'eux sont venus me trouver pour me prier d'aller avec eux chez M. le commandant le prier de les exempter de ce voyage. Gomment leur ai-je dit, quand on vous a commandé de la part du roi l'été dernier, vous n'avez eu besoin de personne et vous avez refusé tout net de marcher ; aujourd'hui il vous faut des interprêtes pour faire des sollicitations pour vous autres, allez mes amis il est très-naturel que vous ressentiez aussi bien que nous les effets de la liberté ; ainsi me voyant si peu disposé à leur rendre ce service ils s'en sont allés.

M. le commandant m'ayant envoyé chercher pour l'interpréter dans quelque affaire me pria de faire bien des excuses pour lui à M. de Tonnancourt des insultes que les soldats avaient fait chez lui et de l'assurer qu'il n'avait aucune part à tout cela, et que si pareille chose arrivait à l'avenir de l'avertir et qu'il y mettrait bon ordre.

21. Le 21 il n'y a eu rien de nouveau sinon quelques voitures de cette ville qui ont parti pour mener des vivres au camp par ordre de M. le commandant.

22. Le 22, un habitant a dit en revenant du camp que les Bastonnais se préparaient à faire feu sur la ville de Québec, lundi prochain, qui sera le jour de l'Annonciation de la Ste. Vierge.

Les voitures qui ont passé le 15 du courant sont de retour et nous dit qu'ils n'avaient pas été payés de leurs voyages.

Une personne venant de Montréal nous a appris que le lacChanu

plain et la rivière Ghambly étaient partis et que les Bastonnais ont perdu à la pointe aux fers deux canons qu'ils amenaient pour Québec.

23. Le 23 il est parti de cette ville 60 Bastonnais pour Québec.

24. Le 24 nous avons appris que M. Muzes Hazen, ci-devant du 44e régiment ayant obtenu du congrès une commission de colonel avait levé dans les paroisses d'en haut 6 compagnies de Canadiens; et qu'ayant démontré au général Waster qu'il était nécessaire d'envoyer au devant des sauvages qui doivent descendre avec la troupe, il était parti avec son monde, mais non dans l'intention de s'opposer à eux, mais plus tard pour s'y joindre ; afin de venir secourir la ville de Québec.

25. Le 25, il est arrivé en cette ville 90 Bastonnais qui vont à Québec, qui ont dit qu'il y avait 15,000 hommes à la pointe, qui attendaient la navigation pour venir à Québec et que le général Waster devait descendre dans peu de jours.

26. Le 26, il est passé deux sauvages du saut St. Louis qui disent qu'il y a 5,000 hommes tant de troupes que de sauvages qui attendent la première navigation pour venir à Québec.

L'on nous assure qu'il y a une flotte française pour venir en Canada et qu'ayant fait rencontre de quelques bâtiments anglais, il y avait eu un engagement et que les Français avaient remporté victoire, cette nouvelle demande confirmation.

Nous apprenons que le bâtiment qu'on a annoncé être en rade le 9 du courant, avait été dans les paroisses d'en bas pour charger de vivres, qu'il n'a été que trois jours dans son voyage et qu'il est de retour à Québec.

L'on nous dit aussi que les gens de Québec ayant fait une sortie d'environ 400 hommes, ils avaient tué 10 Bastonnais, et fait 5 prisonniers, après quoi ils ont rentré dans la ville.

Le 27, il est arrivé en cette ville 85 Bastonnais qui descendaient à Québec ; ce même jour M. Gugy est venu en ville pour avoir un ordre du commandant pour faire sortir son meunier de son moulin, s'étant aperçu qu'il n'agissait pas honnêtement. Comme il lui avait dit d'en sortir, il fut se conseiller à Larose capitaine de la Rivière du Loup qui lui dit n'en sortez pas, parceque le congrès ôtera à M. Gugy son moulin et vous le garderez. Non pas qu'il crut que ce devait être ainsi, mais afin de faire tomber M. dans quelque piège et d'avoir prise sur lui, car il pensait que quand le meunier s'obstinerait à rester pour cette raison, que M. de Gugy disait quelque chose de désavantageux au congrès et que par là il aurait lieu de le faire prendre ayant manqué son coup dans le mois de décembre dernier.

28. Le 28 le général Woaster est arrivé dans cette ville et tous les congréganistes ont été lui rendre visite chez lui.

Il est passé M. Larivière fils, venant de Québec qui a été fait prisonnier avec un nommé Létourneau, qui était sorti de Québec.

Il est passé aujourd'hui un nommé sergent Brown qui a été fait prisonnier au fort St. Jean et qui a déserté du Gonnecticut ; il s'était rendu jusqu'à pointe de Levy où il demanda à un habitant de le traverser, à la ville de Québec, qu'il lui donnerait cinq guinées, l'habitant lui dit qu'il allait chercher son aviron mais il fut avertir les Bastonnais et l'a fait prendre prisonnier ; il dit qu'il y avait en bas de Québec 1000 hommes prêts à y entrer, Dieu le veuille.

30. Le général Woaster est parti pour Québec après avoir assuré que si M. Garleton ne se rendait pas qu'il allait prendre la ville d'assault.

M. Pélissier lui a donné sacariole couverte et deux chevaux avec son cocher pour le mener jusqu'au camp.

Il est arrivé 60 Bastonnais qui descendaient et 8 officiers qui montent.

Il y a quelques jours que M. Laframboise donna un grand dîner où il y avait plusieurs Bastonnais parmi lesquels il se trouva un ministre ; lorsque le temps de se mettre à table fut venu, ce ministre fit une espèce de singerie en bénissant la table, quand ils en sortirent M. Laframboise dit pourquoi il ne faisait pas la même cérémonie ; le sieur Ailles qui était de la compagnie lui dit, si vous saviez ce qu'il dit vous ne demanderiez pas qu'il le repéta : il dit Dieu écoute mes prières, damne tous les canadiens et les royalistes, fait tomber le feu de sa colère sur cette province. Laframboise se mit à rire fort spirituellement.

Nous apprenons que les Bastonnais ont fait un coup sur quelques canadiens qui venaient s'emparer de la garde de la pointe Lévis, qu'ils en ont tué plusieurs, fait 50 prisonniers et que les autres se sont échappés dans le bois; l'on dit que M. Bailly prêtre et un autre dont on ignore le nom ont été tués dans cette action. Gomme cette nouvelle se rapporte si différemment, on ne peut y faire aucun fondement jusqu'à ce que nous voyions entrer les prisonniers.

L'on nous assure qu'il est parti une frégate de Québec pour aller en bas chercher plusieurs habitants qui se sont soulevés ; l'on dit qu'il y a 13 personnes soulevées contre les Bastonnais.

31. Aujourd'hui le nommé Ligatle est arrivant de Montréal sous prétexte d'aller à Gharlesbourg pour voir un de ses enfants, il a un passeport du général Woaster. Il est porteur d'un écrit pour M. le

général Garleton, pourquoi il offre 300 livres à celui qui voudra le porter à Québec ; par cet écrit on informe son Excellence de la situation des Yankees et de la quantité de troupes du roy qu'il y a dans les colonies.

Mars 2. Qu'il y a 2000 hommes de troupes de sauvages tout prêts à descendre — 3 Que dans les paroisses de La Chine, de La pointe Claire et autres, il y a plusieurs cents hommes qui attenden t ceux d'en haut pour descendre avec eux. 4 Que 600 hommes de troupes ont hyvernés à Louisbourg pour venir en Canada : 5 L'on exhorte son Excellence à ne point se rendre, et on lui donne connaissance du plan qu'ont pris les Yankees pour prendre Québec. 1° Ils doivent faire sommer le Général Carleton de se rendre, et s'il refuse, il doit envoyer par ce moyen, des flèches, des lettres aux bourgeois pour les inviter à se rendre, sinon que leurs biens seront pris, confisqués et vendus au profit du congrès. 2° ils doivent envoyer des déserteurs supposés, pour tacher de corrompre les cytoyens de la ville. Si tout cela ne suffit pas, ils doivent tenter l'assault, et s'ils sont repoussés, ils doivent décamper par le sault de la Chaudière, y ayant des vivres de partis de la Nouvelle-Angleterre pour venir à leur rencontre.

Le môme écrit dit qu'il est arrivé quatre des plus fameux négociants de Londres au congrès, pour faire rentrer les colonies en elles mêmes, vu que l'Ancienne Angleterre est partie pour leur faire la guerre. Il avertit aussi son excellence le Générai Carleton que la majeure partie des troupes finiront leur temps le 15 d'Avril, -et donne connaissance de la situation de la ville de Montréal. Je prie le Seigneur que toutes ces connaissances puissent parvenir à Québec, pour engager les citoyens à soutenir.

Avril 1. Le premier d'Avril, il n'y a rien eu de nouveau, sinon qu'il a passé douze Bostonnais, fifre jouant, tambour battant.

Le 2. J'ai été aujourd'hui chez Mr le Commandant, pour lui demander, de la part des dames Ursulines, le paiement des malades qui ont été à l'hôpital depuis l'automne dernier ; il m'a fait réponse qu'il n'y avait point d'argent d'arrivé. Je lui ai répondu Mr., comment voulez-vous que ces dames fassent, elles avancent leur argent pour nourrir et soigner vos soldats, et elles ne peuvent être payées. Il est impossible qu'elles puissent continuer à prendre soin de vos malades? Eh bien, m'a-t-il dit, dites-leur qu'elles prennent patience et qu'elles seront payées, et bien lui ai-je répondu, je vais dire à ces dames qu'elles nourrissent vos soldats avec de la patience, l'on verra comme ils seront bien gras ; il se mit à rire et me dit que sous peu il y aurait de l'argent. Comme je voulais prendre congé de lui, il me demanda pourquoi est-ce que les mar-

chands ne voulaient pas prendre des billets du congrès ; je lui dis^ que ma raison en particulier était parce qu'ils n'étaient pas encoremaîtres du pays, et que la ville capitale était encore au roi qui seul pouvait changer la monnaie de la colonie et que je ne croyais pas que le congrès put établir aucun cours de monnaie dans cette province, jusqu'à ce qu'elle fut conquise. Eh bien, m'a-t-il dit, sous peu, on vous forcera de les prendre ; à la bonne heure, lui dis-je, quand on nous forcera il faudra bien le faire.

Le 3. Le 3, les prisonniers du coup que les Bastonnais ont fait dont nous avons parlé le 30 du mois dernier sont arrivés ici aujourd'huy au nombre de 21 au lieu de 30 qu'on nous avait nommé, il n'y a rien de plus exécrable et qui répugne plus à la nature que de voir de pauvres malheureux conduits par leurs compatriotes sans qu'ils en soient le moins touchés; au contraire, les misérables les mènent avec une jubilation sans pareille et comme s'ils menaient des gens dont ils n'auraient jamais entendu parler ou leurs plus grands ennemis.

Ces prisonniers disant qu'ils avaient reçu des ordres de Mr le Général Carleton pour venir secourir la ville de Québec et qu'ils étaient 500 hommes sous le commandement de Mr de Beaujeu qui en avait envoyé 50 pour l'avant garde (dont ils étaient du nombre) et que les gens de la Rivière du Sud en ayant eu nouvelle, ils les avaient arrêtés ; que Mr Bailly, prêtre, qui était leur aumônier avait été blessé.

Il est passé un capitaine Bastonnais avec ces prisonniers et sa compagnie, qui a un plan de la ville de Québec, et qui dit qu'il est impossible pour les Bastonnais les puissent prendre, (à moins que ce soit la famine), que la ville de Québec étant trop bien fortifiée sur toutes les faces, ce capitaine s'en retourne avec sa compagnie en la Nouvelle Angleterre, puisqu'il dit que c'est fort que de vouloir tan ter la prise de cette ville, d'autant plus que la moitié des Bastonnais sont malades et sans état de combattre.

Mr Couillard, l'un de ces prisonniers, a fait demander Mr de Donnancourt de l'argent à emprunter, ce qui lui a été accordé très facilement.

Le 5. Le 5 il est passé 20 Bastonnais qui descendent.

Le 6. Le 6 il n'y a rien eu de nouveau.

Le 7. L'on a dit que le colonel Maclean avait voulu déserter 3 fois de Québec et qu'il avait été rattrappé. Je ne mets cette nouvelle que pour faire voire les faussetés qu'on nous a rapportés, car je n'y crois point cela, je suis trop persuadé de la bravoure du colonel Maclean.

L'on nous a dit aussi que les canons de dessus les murs de Que'

bec étaient retournés du côté de la ville, je pense que cette nouvelle est encore fausse.

Le 8. Le 8 le sieur Belette, père, est passé venant de Québec, fait prisonnier pour la seconde fois, il dit que les Bastonnais l'ayant soupçonné d'avoir été dans Québec l'avaient fait prendre.

11 est monté un courrier qui rapporte que les gens de Québec ayant envoyé une bombe dans le camp des Bastonnais, il avait démonté entièrement une de leurs batteries ; qu'il était sorti deux jeunes gens de la ville de Québec qui ont dit que la ville ne manquait point de munitions de guerre et de bouche, et qu'elle n'était point dans les sentiments de se rendre.

Il rapporte aussi que le général Wooster avait envoyé deux de ses soldats dans la ville de Québec sous prétexte de désertion et leur avait fait la langue pour aller mettre le feu dans Québec, que pendant que les gens de Québec seraient occupés à éteindre le feu, il devait tenter l'escalade de la ville ; que ces soldats avaient fait ce qui leur était ordonné et avaient mis le feu dans la haute ville et dans la basse dans la nuit et que les Bastonnais avaient tenté l'approche des murs, mais que la ville avait fait un feu si vif qu'ils avaient été contraint de se retirer en désordre.

Le même jour, il est arrivé 20 voitures chargées de lard pour le camp avec une trentaine de Yankees. Il est passé un nommé Rainville, des paroisses d'en haut, avec sa femme qui ont été sous prétexte de faire un vœu à la grande Ste. Anne, cet homme a envoyé dans la ville de Québec des intelligences pour notre général Carlelon de la ville de la part de Mr. Mayes-Hazen, commandant actuel de la ville de Montréal, et est chargé d'une lettre de M. Carleton pour le sieur Hazen, cet homme a dit qu'aussitôt la navigation libre, que les troupes et les sauvages d'en "haut doivent descendre et que Mr. Hazen avec plus de trois mille canadiens des paroisses d'en haut doivent se joindre à eux pour aller secourir Québec. Que Dieu le veuille.

Le 9, il est passé deux officiers Bastonnais qui viennent du camp et qui ont dit en passant qu'ils étaient bien contents d'être éloignés et qu'il était impossible que leurs gens prissent la ville de Québec.

L'on nous assure que les habitants de Varennes se sont mis enuniforme et qu'ils sont prêts à secourir Québec au premier signal qu'on leur donnera ; nous apprenons aussi que les citoyens de la ville de Montréal montent la garde tous les soirs.

Les nouvelles que l'on répand aujourd'hui touchant l'impossibilité de la prise de Québec et du secours qui doit venir affligent beaucoup les cœurs Bastonnais ; mais n'importe, le peu de royalistes qui se trouvent en cette ville rendent grâce au Seigneur inté-

rieureinent de toutes ces nouvelles. M. St. Onge, le grand vicaire a annoncé et chanter un salut les trois fêtes de Pâques, dans l'église des dames Ursulines pour demander la bénédiction du ciel sur nos armes. L'antienne Domine salvum fac Regem y a été chanté pendant les 3 jours.

Le 10 un habitant venant du camp des Bastonnais dit qu'ils ont fait commandé 300 hommes à Charlesbourg pour porter les échelles le long des murs de Québec, mais qu'ils ont refusé, leur disant qu'il était inutile de se faire tuer pour porter les échelles, que quand bien môme elles seraient portées aux murs, qu'ils n'étaient point capables d'y monter, et que les Bastonnais craignant un soulèvement dans cette paroisse y avaient envoyé 300 hommes de garde.

Ce même habitant dit qu'ils font un brûlot à la Pointe aux Trembles pour faire brûler la frégate qui est devant Québec, mais l'on nous assure que plusieurs bâtiments de Québec se préparent à venir à la Pointe aux Trembles pour détruire les bâtiments des Yankees.

L'on dit que Messieurs Price et Walker sont retenus au congrès, parce qu'ils sont les auteurs que les Bastonnois sont venus dans cette province ; ayant fait entendre au congrès que tous les Canadiens étaient prêts à recevoir leurs troupes.

Mais aujourd'hui qu'ils voient la prise de Québec impossible, ils s'en prennent à eux.

Le 11, rien de nouveau.

Le 12, les 22 Bastonnois qui étaient dans cette ville depuis 2 jours, se sont fait traverser les chevaux pour aller au camp.

L'on nous dit que c'est aujourd'hui ou demain que les Baston. nais doivent tenter à prendre la ville de Québec par escalade, par la raison que la majeure partie de leur monde finissent leur temps le quinze de ce mois. Les soldats de cette garnison finissent aussi leur temps lundi qui sera le 15, mais le capitaine Gosforth ne veut pas les laisser partir jusqu'à ce que la décision de Québec soit faite.

Seigneur Dieu des armées protégez la ville de Québec et conservez s'il vous plait ceux qui la défendent; Grand saint Joseph, vous à qui Dieu a confié le soin de cette province en vous en établissant le patron, faites par votre intercession qu'elle soit délivrée des ennemis qui l'environnent et conservez ceux qui en soutiennent la «défense par le seul motif de la gloire de Dieu et la fidélité de notre roi ; nous vous en prions et nous vous conjurons par l'amour que vous avez eu pour Jésus et Marie et que Jésus et Marie ont eu pour vous, de la protéger dans ce moment où l'ennemi de notre religion voudrait s'en rendre maître. Daignez écouter nos prières et nous obtenir la grâce que nous vous demandons.

Le 13 il n'y a rien eu de nouveau ; nous sommes dans l'impatience de recevoir des nouvelles du sort de Québec. St. Luc est parti à 3 heures de l'après-midi et n'a pas laissé que de faire beaucoup de bruit parmi les Bourguignons.

Le 14, point de nouvelles d'aucune part ; à 6 heures du soir le général Arnold est arrivée du camp et va à Montréal ; aussitôt son arrivée, il a envoyé un exprès aux forges chercher M. Pélissier qui arriva à 8J heures et soupa avec lui, accompagné de M. Laframboise, GoUrval, Delzen et autres.

Le 15, le général Arnold a été dîner aux forges et avant de partir a dépêché un exprès pour Montréal ; nous n'en savons point la cause. Joseph Jutras, autrement dit La Patate, a trouvé fort ingénument qu'il fallait que Québec fut pris, parce que dit-il il n'y aura point de secours. M. Balz avec son grand nez a senti qu'il ne viendrait pas de secours par en bas, parce que le Roy a envoyé toutes ses forces dans les colonies. Ces nouvelles doivent nous déconcerter venant de deux si bons politiques.

Nous avons appris que les batteries des Yankees ont été culbutéespar les canons de la ville de Québec.

Le 16, le général Arnold est parti pour Montréal ; ce matin à 9 heures il s'est fait mener en canot jusqu'à la pointe du Lac, le* eaux étaient trop hautes pour aller par terre.

Le 17, la garnison de cette ville ayant fini son temps avant-hierr est parti ce matin à 7 heures avec une grande jubilation.

— Nous apprenons pour le sûr qu'une personne de la ville de Montréal est passé la semaine dernière pour entrer dans la ville de Québec et qu'elle porte des instructions au Général Garleton conte nant 14 articles qu'elle a mis dans un bouton de culote de crainte d'être prise et fouillée, nous attendons cette personne avec impatience.

L'on dit que M. Pélissier a reçu hier du général Arnold, une commission du Golonel Général des milices du Canada.

— Le 18 il est arrivé un courrier de Montréal avec un paquet de lettres pour M. Pélissier que le commandant lui a envoyé en toute diligence. Ce même jour est arrivé le ministre des Bastonnais qui étaient au camp de Ste Foy qui va à Montréal. L'on nous dit qu'il y a beaucoup de Bastonnais arrivés à St. Jean qui attendent que le lac soit passé pour descendre.

L'on nous assure que le Général Howe est parti de Boston pour venir en Canada, les Bastonnais disent qu'il est parti de Boston mais qu'on ne sait pas où il est allé, tout cela n'est que pour endor-

mir le peuple Canadien, il faut espérer qu'il se réveillera une fois qu'il faudra le bien bercer pour le rendormir.

Le 18 un nommé Brindamour, capitaine dans le régiment de M- Levingston, est arrivé de Québec, il dit que le Général Carleton a -demandé aux citoyens de Québec de soutenir jusqu'au 22 du courant et que s'il ne venait point de secours qu'il rendrait la ville, il dit aussi que les personnes de Québec n'ont qu'une chopine de blé à manger par jour, comme ces nouvelle sortent d'un auteur •si peu croyable nous n'y faisons pas de fond.

19. — Point de nouvelle, de toute parts, on nous annonce une grande quantité de Bastonnais qui viennent en bateau, il faut vraieinent que le nombre soit considérable ; car on dit qu'ils ont avec eux 500 prêtres catholiques, parce que dit-on la majeure partie de Tarmée est catholique. Nous voilà bien dans nos affaires, nous ne manquerons pas de curé de sitôt.

J'ai oublié une circonstance du 12, M. Courval, après avoir soupe avec le Général Arnold s'en retourna chez lui, mais comme les eaux avaient extrêmement monté, ils ne purent s'y rendre, il eut beau appeler ses domestiques pour venir le chercher en canot, ce fut inutile, tous le monde dormait, il s'en retourna chez Sills pour ■demander un tel, le commandant l'ayant aperçu, et quelques -autres lui demandèrent pourquoi il était revenu, il leur dit la raison alors ils lui dirent : il faut aller voir comme les eaux ont monté, ils furent avec lui, lorsqu'ils furent au bord de l'eau, ils prirent M. Courval par dessous les bras et le trainèrent dans l'eau jusque chez lui et le laissèrent sur son perron à attendre qu'on lui ouvrit la porte et s'en furent, voilà de la façon comme ils badinaient avec les amis de la cause commune.

23. — 11 est arrivé deux courriers du camp de Ste. Foy à une heure l'un après l'autre pour avertir le capitaine Gafarth de descendre à Québec avec le reste de ses soldats qui étaient ici.

24. — Il est passé deux cents Bastonnais en bateau qui descendaient au camp, qui disent qu'il doit en descendre 2,000 demain.

Nous avons appris que les Régiments du roi qui étaint dans le pays d'en haut et les sauvages étaient arrivés au lac des deux montagnes et qu'ils attendent les nouvelles de la flotte qui vient par en bas pour descendre. L'on nous assure que M. le Général Carleton a eu des nouvelles du renfort qui lui vient.

Les canadiens Bostonnais disent que le général Howe a été pris en sortant de Boston avec 15,000 hommes et 15,000 piastres; nous n'en croyons rien.

25. — Il est arrivé 3 bateaux avec 76 Bostonnais qui descendent;

je fus au bord de l'eau les voir arriver, l'un d'eux me demande des nouvelles de Québec, je lui dis que je n'en savais point, cela me mit dans le chemin de discourir, je lui demandais s'il descendait beaucoup de leurs gens, il me dit, comment voulez vous qu'il m'en vienne beaucoup, l'on ne nous paie point, voilà 7 mois que nous sommes engagés, on ne nous a pas donné un sol, et même plusieurs de nos gens ont déserté ; il y a 16 hommes de notre compagnie qui nous ont laissé à Carillon ; mais, lui dis-je, pensez vous prendre Québec ? quand bien même, ajouta-t-il, nous le prendrions, nous serions assurés de ne point le garder longtemps, parce qu'il y aune flotte en bas qui vient au secours de Québec. Eh bien, lui dis-je, quel est donc votre dessein ? Ma foi, dit-il, je n'en sais rien ; on nous fait espérer que nous aurons Québec le 10 mai, et puis voilà tout ; je le laissais, voyant qu'il ne me donnait aucune bonne raison.

M. St. Onge, vicaire Général, a annoncé ce matin une neuvaine pour demander à Dieu sa sainte bénédiction sur cette province et la conservation de notre religion, cette neuvaine doit commencer Dimanche 28 du courant, les dames Religieuses doivent s'y joindre par une neuvaine de communions.

Les amis de la cause commune se moquent et raillent de nos prières, mais nous nous en soucions fort peu, nous espérons que Dieu les écoutera et qu'il favorisera les armes du Roy ; si toutefois il ne lui plait point de le faire, nous aurons toujours l'honneur et la gloire de dire que nous avons été fidèles sujets de sa majesté jusqu'à la fin et que nous n'avons point donné notre âme au diable en devenant rebelles à notre roy sous un faux prétexte d'oppression comme ont fait une quantité de nos concytoyens.

26. Les 26 hommes arrivés d'hier sont partis aujourd'hui pour le camp ; tous les cœurs Bastonnais ont été les voir partir comme s'ils attendaient avec beaucoup de jubilation comme s'ils attendaient une fortune par le retour de ces gens là; comme j'étais au bord de l'eau, M. Freeman fils vint me demander si je pouvais lui enseigner quelqu'un pour piloter ces trois bateaux à Québec ; je lui dis que oui, je lui montrais un homme qui est sourd -muet et je le laissais, il partit pour aller lui demander, mais il vit bien que je m'étais moqué de lui, car il ne put jamais rien lui faire comprendre.

M. Hart est arrivé de Montréal, il rapporte la vérification que le General Howe est retiré de Boston, il dit que les Bastonnais ont envoyé des bâtiments pour découvrir quelle route il prenait et que s'il vient en Canada que le Général Washington est tout prêt avec 10,000 hommes pour venir en cette province.

A 9 heures du soir, est arrivé un nommé Lacouture, courrier pour les Bastonnais qui vient du camp ; il dit qu'il y a une goélette qu'ils ont armé qui monte et qu'elle est à Champlain pour aller à Montréal, il rapporte aussi que Joseph Papillon a été fait prisonnier et mis dans le fond de calle d'un bâtiment les fers aux pieds et aux mains et ne dit point pour quelle raison.

27. — On nommé Biondeau est arrivé de Montréal; il y a un grand tumulte causé par les Sauvages qui sont avec le régiment du roy et que tous les jours on s'apperçoit qu'il manque beaucoup de monde dans la ville, qui vont les joindre.

L'on nous dit qu'il est entré dans Québec deux messieurs de Montréal, d'une façon assez comique ; ces messieurs ont été trois ou quatre jours, dans le camp des Bastonnais habillés en mendiants, le dernier jour, ils s'avancèrent jusqu'à la dernière garde; là ils firent cuir un morceau de lard, lorqu'il fut cui, l'un d'eux le prit et se mit à fuir, l'autre courut après lui, le ratrappa et firent semblant de se chamailler, celui qui avait le lard s'échappa et l'autre donna encore après; lorsqu'il fut arrivé aux dernières sentinelles, il lui dit : faites moi le plaisir de tenir mon sac pour que je puisse courir après mon camarade qui emporte mon lard ; le factionnaire prit le sac, et ainsi mon homme se mit à courir après l'autre ; le factionnaire lui criait, u cours, cours, tu vas le ratrapper"; effectivement, ils ont si bien couru qu'ils sont entrés dans Québec le lard en main. La ruse n'est pas mal inventée.

28. — Un officier est arrivé du camp qui rapporte que sept bâtiments sont en route pour monter et qu'ils vont chercher de l'artillerie à Montréal pour faire brèche à Québec ; Nous espérons qu'avant que leur artillerie soit passée que nous aurons du secours, aujourd'hui notre -curé a annoncé une Gd. Messe qui se chantera mardi en honneur de St. Joseph, patron de cette province pour le prier de la prendre sous sa protection.

Il vient d'arriver un courrier de Montréal qui rapporte que le Général Thomas est arrivé avec 2000 hommes et qu'ils doivent descendre ces jours-ci. Quand nous les verrons nous le croirons, car ils ont dit tant de menteries qu'on ne peut les croire d'un seul mot.

29. — Le Général Thomas est arrivé en ville ; aussitôt il a dépêché un exprès pour aller chercher M. Pélissier ; mais comme il partait M. Pélissier est arrivé. Le général est parti pour le camp ; il a emmené 3,000 hommes qui doivent descendre.

30. — 13 bateaux sont arrivés et 240 hommes avec deux canons de 24, à ce que l'on dit, mais je les ai vus ils sont de 9 et pas plus.

Nous apprenons qu'une personne de cette ville a donné à Mr. l'officier commandant une liste des Royalistes de l'endroit savoir :

Chez M. de Tonnancourt 3

Le Père Tridant et le frère Adrien 2

Le 3me Vicaire 1

M. Le Proust 2

M. Bellefeuille 1

M. Maillet 1

M. Badeaux.. , 1

Stansfeeld, Fraser et Morris 3

Mrs. Niverville et Normandvillle 2

Cette personne n'a pas donné une liste exacte, car j'en connais d'autres que je ne divulguerai que lorsqu'il le faudra.

L'on est venu m'apprendre cela en me disant que j'étais du nombre, j'ai répondu que cela ne me faisait point de peine, au contraire, que le nom de Royaliste me faisait honneur et que je serais bien mortifié si on pensait autrement de moi.

Nous venons d'apprendre qu'il y a 8 jours le colonel Maclean a fait une sortie de Québec, avec 18 bateaux armés, qu'il a été attaqué la garde du Foulon qu'il la repoussé et qu'il a pris à l'ennemi 9,000 rations; cela leur aidera à subsister jusqu'aux secours.

Il est monté 45 Bastonnois qui avaient fini leur temps qui ont dit qu'il était déserté deux hommes de leur camp dans Québec et que le capitaine Tipper devait aussi se rendre à Québec avec un bâtiment chargé de vivres, mais qu'ayant été découvert, les Bastonnais l'avaient fait prisonnier.

La goélette de Belette est passé à 6 heures du soir qui monte à Montréal, il y a plusieurs Bastonnais dedans, qui ont fini leur temps et qui s'en retournent à la Nouvelle-Angleterre.

Mai. — Le premier de mai, nous avons eu une forte bordée de neige.

M. Pélissier avait commencé à faire aujourd'hui des bombes de de 13, 9 et 7 pouces pour les Yankees; mais les forgerons anglais disent que ces bombes ne pourront point éclater et que de plus elles ne seront prêtes que dans 5 semaines. Ainsi ils pensent qu'elles serviront plus tôt au roi qu'aux Yankees, je le souhaite.

2. — Nous avons apris que les Bastonnais s'étaient révoltés dans le camp par le manque de vives, et qu'ils avaient dit au général que s'il ne les nourrissait pas mieux qu'ils abandonneraient le service.

L'on dit que le capitaine Maclean étant sorti de Québec pour aller

chercher des vivres à l'Ile d'Orléans, a été pris par les Bastonnais et conduit au général Wooster, qui lui a demandé comment il osait faire entrer des vivres dans Québec, le capitaine lui a demandé comment il osait lui faire lui-même une pareille question, qu'il devait savoir qu'il ferait son devoir en servant son prince, ce qu'il ne faisait pas lui-même n'étant qu'un rebel ainsi que toute sa troupe pouilleuse, mais a-t-il dit au général Wooster, voici le temps bientôt venu et le jour n'est pas loin où je verrai votre chevelure levée de dessus votre veille carcasse. Le général l'a fait mettre aux fers dans le camp.

Il est passé aujourd'hui 50 Yankees qui montent, les pauvres malheureux font encore pitié de les voir comme ils sont tous nuds et chétifs.

3. — Nous avons appris par les Gazettes de la nouvelle York qu'il y avait 30,000 hommes sur mer, tant pour le Canada que pour les autres provinces, et qu'ils devaient se rendre à Halifax pour pren. dre les ordres de chacun leur parti. La Gazette est datée du 15 d'avril, il y est fait mention aussi que le Glasgow , bâtiment du roi a batu une frégate aux Yankees, commandé par le capt. Hapkins ; il est arrivé à 7 heures du soir, 27 bateaux dans lesquels il y a 340 yankees de la Pensylvanie qui descendaient à Québec, ils disent qu'ils ont fait rencontre de la goélette de Belette dans le lac et que croyant que ce fut un bâtiment royaliste, ils avaient fait un long circuit pour l'éviter.

4.— Il est arrivé deux bateaux de Yankees de la province du Connecticut au nombre de 40 en débarquant de leur bateaux ils se sont informés s'ils n'y avait pas de crainte pour eux de la part des royalistes ; leurs gens leur ont répondu que non, ensuite ils ont donné des nouvelles de Québec et comment il était fortifié. Un de ceux qui sont revenus du camp lui a répondu que les gens de Québec tiraient comme des diables et qu'il était impossible de prendre la ville, à moins que ce ne fut par famine, ce qui ne tarderait pas parce qu'ils manquent de vivres et que la maladie est très grande dans Québec, suivant le rapport d'un de leurs gens qu'en est déserté depuis peu.

Il n'est pas possible d'exprimer combien la canaille triomphe de la passée de ces gens là ; il semble que chaque brigade leur apporte une fortune ; cependant ils devraient voir qu'ils ne sont guère portés à leurs intérêts car ils ont mis aujourd'hui le feu dans les cheminées du corps de garde et des casernes et ne se sont pas mis en peine de l'éteindre, au contraire, ils sortaient chacun avec leur paquet sans s'embarrasser du reste, si ce n'eut été les messieurs

Tonnancourt, M. de St. Ours et quelques autres canadiens, c'en était fait des casernes.

5. — II est arrivé 220 hommes, je ne sais de quelle nation ils sont car il y a des nègres, des sauvages, des Panis, des mulâtres ; je crois qu'ils ont écuré l'enfer tant ils sont noirs et salopés.

6. — Il est arrivé 300 hommes qui reviennent du camp et qui s'en retournent, l'un d'eux m'a dit qu'il y avait un bâtiment Français de 70 canons à 40 lieues de Québec, mais je pense que cela est faux.

7. — Sur les trois heures de l'après midi est arrivé du camp M. Call qui annonce l'arrivée d'un vaisseau de guerre de 72 pièces de canon, quatre transports à Québec, cette nouvelle attriste beaucoup les cœurs Bastonnais, mais nous en sommes aussi réjouis qu'ils en sont affligés.

Ce môme jour 54 Bastonnais sont descendus dans 5 bateaux.

Le capitaine Wats et M. Foucher étant au bord de l'eau lorsqu'ils sont arrivés, leur ont demandé s'ils étaient à Boston lorsque le Général Howe en est parti, ils ont dit que oui, et bien ont ils dit, il a fait plus de diligence que vous car il est à Québec et vous n'êtes encore qu'ici, ces pauvres malheureux ont changé de couleur à cette nouvelle.

A 8 heures il est arrivé 8 bateaux et 1 G0 hommes qui descendaient, l'un d'eux m'aborda et me demanda si j'avais ouï parler de la nouvelle qui était répandu des vaisseaux arrivés à Québec. Je lui dis que oui et qu'il y en avait 16 autres qui devaient être arrivés actuellement. Il me donna un God dam et dit " nous sommes bien foutus, il vaudrait beaucoup mieux abandonner cela, cependant me dit-il nous sommes aussi du monde pour eux." Gela est vrai, lui dis-je, mais vous ne faites pas attention que le général Garleton peut faire marcher les Canadiens d'en bas. Oh by God, a-t-il dit, cela est vrai, nous allons nous trouver pris ici comme dans une cage.

A 10 heures trois courriers se sont succédé qui rapportent que sitôt que la troupe du roy a été arrivée à Québec elle a fait une sortie sur les Bastonnais, les a massacré, pris tous leurs vivres et leurs canons et que deux frégates sont en route pour monter avec •deux transports.

8. — Le 8 un courrier du camp apporte les ordres à ceux qui sont descendus hier de remonter et que le reste d'en bas est en chemin pour y remonter, sans doute que le général Wooster a pris le devant, car il est arrivé ici hier au soir.

A la réception du succès des royalistes, les Dames Ursulines ont chanté ce matin le Te Deum pendant la messe.

Les Bastonnois ont reçu ordre de rester dans cette ville jusqu'à nouvelle ordre.

A deux heures après midi, le Colonel Campbell est arrivé, qui rapporte que presque toute l'armée des Bastonnais était fait prisonnière et que le reste montait.

9. — Le 9 les Bastonnais arrivés d'en haut avant hier, se sont en retournés aujourd'huy, ils disent qu'ils vont se retrancher à Sorel.

Plus de 900 Yankees sont passés aujourd'hui qui s'en vont; ils confessent qu'ils ont eu une diable de peur.

10. — 12 bateaux chargés de Yankees sont passés ; il faut espérer que nous en verrons bientôt la fin, car ils décampent grand train..

11. — Quatre sauvages du sault St. Louis sont arrivés en cette ville, qu'ils disent avoir des lettres du Générai Washington qu'ils portent au Général Thomas qui est encore à Déchambauit pour lui apprendre qu'il y a un renforcement prodigieux de Bastonnais à la pointe et de se retrancher à Sorel en attendant qu'ils arrivent.

Des Anglais m'ont dit ce matin que la dernière brigade des Bastonnais qui monte devait mettre le feu aux casernes, au corps de garde et à la poudrière ; ces nouvelles nous attristent beaucoup.

12. — M. Banneûeld venant de Québec nous apprend qu'il y a 15,000hommes de troupes pour cette province et 50,000 pour les colonies d'Amérique ; ainsi il faut espérer que les Yankees seront détruits.

Nous avons eu une alerte en voyant 14 bateaux qui descendaient,, pensant que c'était les Bastonnais qui revenaient, mais notre peine a été changée bien vite, en apprenant que ces bateaux allaient chercher le reste des Bastonnais qui étaient en bas. Les cœurs Bastonnais étaient bien contents et criaient en frappant des mains^ hal ha! nous savions bien que les Bastonnais reviendraient et qu'ils étaient montés que par feinte.

Sur les deux heures après-midi, le fermier de Mr. de Tonnancourt vint l'avertir que les Bastonnois étaient allé piller chez lui Je fus chez le commandant avec les messieurs de Tonnancourt pour lui en porter plainte. Le commandant dit qu'il ne connaissait point ceux qui avaient pillés et qu'il ne pouvait envoyer de monde parce que dit-il ses gens étaient fatigués. Mrs. de Tonnancourt lui dirent : eh bien, monsieur, nous allons prendre du monde et courir après; nous leur ferons bien rendre ce qu'ils ont pris. Le commandant reprit la parole et dit : ces gens-là pourront bien faire feu sur vous, et bien dirent-ils (les messieurs de Tonnancourt) nous sommes hommes comme eux, et s'ils font feu sur nous nous sommes en état de leur rendre ; alors le commandant voyant leur résolution leur dit qu'il allait écrire une lettre et envoya son lieutenant avec un détachement pour courir après et leur faire rendre ce qu'ilsavaient pris, les priant de ne point prendre de monde avec eux

parce que cela causerait un grand tumulte. Ils sont partis pour les rejoindre avec M. de Normanville chez qui ils ont pareillement pillé.

14. — Messieurs de Tonnancourt et Normanville ont ratrappé les voleurs et leur ont fait rendre un miroir, deux chevaux, des nappes et des serviettes ouvrées ; un lit en tombeau et d'autres articles. Les malheureux se préparaient à aller piller chez M. Gugy, à Machiche, mais comme ils ont été pris dans cette paroisse, on pense qu'ils auront passé tout droit. Hier deux Bastonnois vinrent me demander à loger, comme toutes les maisons étaient pleines, je les reçus et les questionnai sur la déroute, ils me dirent qu'ils ne savaient pas ce qui les avait chassés ; qu'ils n'ont presque point vu de monde et qu'il y avait quelque chose de surnaturel qui les avait frappés de crainte, que la peur s'était emparée d'eux d'une façon singulière. Je leur demandai s'ils comptaient se retrancher à Sorel, ils me firent réponse que pour eux ils allaient se retrancher chez eux, que c'était pour la troisième fois qu'ils avaient été repoussés de Québec, la première quand ils sont arrivés par St- Igan, la seconde dans l'action de M. de Montgomerry et puis cette chasse cy. Ils me paraissaient bien contents du service du congrès, car ils le donnent à tous les diables.

Mr. Gugy étant à la ville a reçu avis que les habitants de Machiche ont excité des Bastonnois et les ont persuadé d'aller piller chez lui ce qu'ils ont fait ce matin à dix heures.

M. Jacques Bannefeeld venait de Montréal rapporte que les Bastonnois ont 8 régiments en marche et quatre généraux pour descendre à Québec. Ces nouvelles font sauter les cœurs Bastonnois de joie.

Une personne de crédit nous assure qu'un sauvage est passé de jeudi dernier pour porter la nouvelle au général Garleton que le régiment du Roi, les sauvages et 700 canadiens sont à la galette et •qu'ils attendent ses ordres oour descendre.

Les habitants de Machiche à ce qu'on dit se proposent de faire prendre M. de Tonnancourt et M. Leproust fils. L'on doit juger de notre situation de voir tant de malheureux qui courent à la perte de cette misérable province. Nous sommes entre la mort et la vie depuis que les gueux de canadiens montent, ils sont comme des enragés et ne cherchent que le pillage et le meurtre. Fasse le ciel que nous puisssions être bientôt délivrés de leurs mains. M. Gugy qui était en cette ville depuis quelques jours pour se soustraire à plusieurs coquins qui le voulaient prendre, est parti aujourd'hui

pour s'en retourner chez lui, après avoir obtenu un ordre du conv mandant pour que ses ennemis ne lui fassent aucun domage.

15. — Le Général Thomas est arrivé avec le reste de la troupe qui était restée à Déchambault ; nous avions espérance qu'une foisqu'il serait passé que nous serions quitte d'eux ; mais notre espérance s'est trouvé vaine puisqu'il reste ici et qu'il attend encore du monde d'en haut; il a fait prendre toutes les maisons vides pour loger sa troupe ; Il a amené le sieur Stansfield qui était parti pour aller à Québec porter des nouvelles au Général Garleton (dit-on)»

L'on dit que M. Pélissier est allé au camp de Sorel pour engager les Généraux à redescendre ; cela peut bien être.

16 — Le Général Thomas est parti en bateau pour Sorel ; il a laissé environ 600 hommes qui sont logés en cette ville ; nous ne savons point quel est leur dessein.

Un habitant venant de Sorel dit qu'il n'est point arrivé de renfort aux Bastonnais, qu'il y a tout au plus 7 à 800 hommes, qui seretranchent et qui n'ont que 6 pièces de canon.

11 s'est fait beaucoup de nouvelles sur l'absence de M. Leproust fils et M. Paradis; les uns ont dit qu'ils étaient fait prisonniers par les Bastonnois et que M. Leproust avait eu le bras cassé ; les autres qu'ils étaient prisonniers dans les bâtiments les fers aux pieds et aux mains ; mais enfin nous avons appris par une personne sure qu'ils étaient rendus à Québec.

Le sieur Stansfield qui était parti de cette ville pour aller à bord des bâtiments et qui a été fait prisonnier en revenant, a été élargi aujourd'hui, les Yankees n'ayant point trouvé de preuves contre lui ; il me dit que le 11 de ce mois les Bastonnais avaient pillé tout ce qu'ils avaient pu trouver au moulin de Lotbinière, bled, farine etc.

17.— Un nommé Laliberté de Bécancourt, venant de Montréal pour se faire payer des effets que les Yankees lui ont pris l'automne dernier à Québec, dit avoir passé par Laprairie et qu'il n'y a pas plus de 500 hommes ; qu'à Sorel tous ceux qui montent suivent presque tous leur route à la Nouvelle Angleterre, qu'il ne s'est point aperçu qu'ils fassent aucun retranchement. 11 n'a pas été payé.

Trois Hurons venant de Québec ont dit qu'il y était arrivé neuf transports chargés de troupes, nous espérons au premier vent du Nord-Est les voir arriver ici.'

L'on dit que deux habitants de la paroisse de St. Louis dans la< rivière Ghambly sont passés par le côté du sud pour aller à Québec demander grâce à M. le Général Carleton ; je souhaite qu'ils la.

puissent obtenir, du moins les autres paroisses rentreront peutêtre en elles-mêmes.

M. Gugy craignant que ses ennemis qui ont causé le pillage chez lui n'attentent à sa personne, est venu en ville jusqu'à ce que le reste des troupes du congrès soit passé.

18. — M. Pélissier arrivant de Montréal, rapporte qu'il y a 10,000 hommes à Sorel pour descendre à Québec.

19. — Nous avons aperçu une Goélette qui descendait et comme M. Pélissier avait rapporté la nouvelle ci dessus, nous pensions que c'était du monde ou des vivres qu'elle apportait ; mais notre crainte n'a pas duré longtemps en voyant qu'elle était allège et qu'elle venait chercher le bagage des officiers qui sont en cette ville.

20. — Des lettres venues de Montréal disent que mercredi il a passé 150 Bastonnois de la ville pour aller aux Cèdres au devant du régiment du roy, les sauvages et les canadiens qui y sont, et que jeudi l'on avait entendu tirer plusieurs coups de canon d'où l'on présume qu'il y a une action.

Des gens de cette ville qui ont été à Montréal mener des canots d'écorce et qui sont de retour aujourd'hui rapportent qu'il n'y a pas plus de cent hommes Bastonnais à Montréal.

Aujourd'hui les sieurs Proust et Paradis revenant de Québec se sont enretournés par la crainte d'être fait prisonniers par les Bastonnois, vu que bien des personnes savaient qu'ils étaient de retour.

Un bateau venant de Sorel est arrivé à dix heures du matin qui a apporté la nouvelle que les Royalistes avaient repris Montréal et tué tous les Bastonnois et Canadiens du congrès qui se sont trouvés dans la ville ; aussitôt cette nouvelle arrivée, les Bastonnois se sont préparés à partir pour Sorel, ils sont partis de cette ville à trois heures après-midi.

Nous attendons avec impatience les troupes du roi, d'en bas. Comme il restait quatre officiers malades à l'hôpital de cette ville hors d'état de pouvoir suivre l'armée, les Bastonnois par l'avis de M. Banfield avaient dessein d'emmener avec eux quatre personnes des plus notables de la ville pour être otages de leurs malades ; Mr. Pélissier s'étant trouvé avec eux lorsqu'ils en parlaient ; leur dit qu'ils feraient très-mal qu'ils allaient irriter le reste de la nation contre eux ; ce conseil fut accepté et l'on prit personne. Les malades ont été bien rassurés, quand on leur a fait voir la proclamation .de M. le Général Carleton ; ils ne pouvaient se lasser de dire que M. de Carleton était un grand homme généreux et humain.

24. — La prise de Montréal qu'on avait annoncée se trouve fausse, mais il est certain qu'il y a eu un action aux Cèdres et que les

Royalistes ont remporté victoire ; les Bastonnois y envoient beaucoup de monde pour empêcher que la troupe du roi n'y pénètre.

Ce matin à huit heures quatre Bastonnois sont arrivés dans cette ville venant d'en haut, ils ont dit qu'ils venaient de la pointe de Lévis, mais nous pensons que ce sont des espions qui viennent voir ce qui se passe ici. 11 en est arrivé un autre d'en bas, armé, il dU être déserté de Québec, il est dommage qu'on ait point de troupes ici pour les prendre.

Des Hurons de Lorette venant d'en haut nous apprennent que les Royalistes ont tué et fait prisonnier tout le parti Bastonnois qui avait été envové aux Cèdres et qu'ils devaient les attaquer ce matin à heures dans le retranchement qu'ils ont fait à Lachine ; dans l'action des Cèdres, les Royalistes ont pris deux pièces de canons aux Yankees.

27. — Ce matin à la pointe du jour, il est arrivé deux bateaux avec 24 Bastonnois armés qui ont voulu surprendre les Royalistes. Ils se sont adressés d'abord chez Mr. Leproust pour prendre son fils ; ayant été averti de leur recherche, il est passé par une fenêtre sans bas ni souliers et s'est retiré dans le bois.

Ils avaient cependant investi la maison, mais il s'est sauvé sans qu'ils s'en soient aperçus. Voyant qn'ils ne le trouvaient point chez son père, ils sont allés chez Mr. de Bellefeuille faire la recherche partout sans succès ; enfin ils se sont lassés de chercher le sieur Proust ; ils ont été à l'hôpital prendre quatre malades, les ont embarqué dans leurs bateaux et sont partis.

A 8 heures du matin nous avons apperçus à Champlain douze bâtiments qui montait, cela a fait changer notre crainte en joie, les Royalistes qui se sont trouvé au bord de l'eau voyant les bâtiments ont crié : Vive le Roy ; Mrs. Leproust et Paradiqui étaient dans le bois, ont été avertis et sont revenus vers onze heures, nous n'avons pas eu la consolation de voir arriver les bâtiments ; le vent du Nord-Est ayant tombé.

28. — Le sieur Bazile Duchainy a été arrêté par un parti commandé par M. Godfroy de Tonnancourt, ayant été soupçonné d'être d'intelligence avec M. Medet comme l'ayant servi tout l'hiver, il a été envoyé aux frégates qui sont à Champlain. A deux heures de l'après midi, je vis arriver deux personnes dans une calèche venant d'en haut, j'en donnai aussitôt avis à M. de Tonnancourt, qui envoya M. Laframboise avec moi chez M. Lellspour savoir qui c'était, nous reconnûmes que c'était deux royalistes de Montréal, qui nous apprirent que les Bastonnois avaient perdu deux parties de 500 hommes chaque, tant aux Cèdres qu'a Lachine ; ils nous donnèrent avis aussi qu'il y avait un Bastonnois tout acoutré qui entrait

OPÉRATIONS DE L'ARMÉE AMÉRICAINE. 4î

dans la ville, M. Marchand, de Batiscand, et moi nous le fûmes prendre, il se rendit volontiers, il nous dit qu'il était déserté de Sorel avec quatre autres dont deux avaient traversé au Sud et que les deux venaient d'arrière lui, il dit qu'il était malade depuis quelques jours ; M. Laframboise le fit mettre à l'hôpital en conformité à la proclamation de M. le Général Carleton.

Le garçon de M. Marin arriva de la Rivière du loup sur les deux heures et demi, qui est venu l'avertir de ne point aller chez lui> qu'il y avait un détachement de 40 hommes Bastonnois et Canadiens qui était venu la nuit passée pour le prendre ainsi que M* Baucin : qu'ils avaient été chez M. Gugy à Machiche et qu'il croit qu'ils y ont pillé ; il dit avoir entendu dire aux canadiens Bastonnois qu'ils devaient venir ce soir à la ville, nous nous tenons sur nos gardes.

Nous avons appris avec joie qu'il était arrrivé à Québec la semaine dernière 40 bâtiments chargés de troupes. .

29. — Mr. Farguson et deux autres personnes de Montréal qui s'en sont échappés sont passés aujourd'hui pour aller à bord des bâtiments qui sont à Ghamplain ; ils nous conGrment les deux faits que les Bastonnois ont perdu du coté d'en haut, et ils nous ont dit que les sauvages qui sont avec le parti du roi se comportent très humainement envers les prisonniers qu'ils font.

30. — Plusieurs personnes de la pointe aux Trembles de Montréal sont arrivées en cette ville, pour se sauver des ennemis qui les veulent prendre ; on dit que M. Cuthebert de Berthier a été fait prisonnier et qu'on lui a pris 3,000 minots de bled.

31. — Monsieur Lavalterie et plusieurs autres messieurs venant de Montréal nous apprennent que les Bastonnois ont fait un accord avec les Royalistes qui sont du coté d'en haut, c'est à savoir qu'ils ont promis de renvoyer les prisonniers qu'ils ont fait à St. Jean l'autonne dernier, et les Royalistes se sont engagés à remonter lesprisonniers qu'ils ont fait tant aux Cèdres qu'a La Chine ; qu'en outre que les Royalistes leur ont proposé de se renfermer dans Montréal et qu'ils se retireraient à la Galette sans quoi ils allaient continuer à les harceler.

Le Sieur Bélisle, interprête des sauvages de St. François, vient d'arriver; il était parti il y a deux jours pour porter les ordres à M. le Général Carleton ; étant arrivé à St. François, il a été averti qu'on le voulait prendre, les sauvages lui dirent : ne crains point nous te défendrons si Ton vient pour te prendre, mais ayant su pendant qu'il était au village que 300 hommes Bastonnois l'environnaient, il prit une baguette à sa main et faisant semblant de-

badiner, il passa à travers les ennemis sans qu'ils le reconnurent étant passé il,prit le bois et de là et venu resortir à la baie et de là

Juin 2. — Les bâtiments qui étaient à Champlain depuis 8 jours aujourd'hui, à leur passée de la ville, les volontaires les saluèrent de trois volées de mousquet en criant 3 fois vive le Roy; les bâtiments y ont répondu de quatre coups de canon. Les cœurs Bastonnois ne les regardaient que de coté ils ne sont pas si contents que quand leurs frères descendaient en bateau.

4. — Aujourd'hui étant le jour de la naissance du roi, toutes les troupes se sont rendues dans la Commune, ont fait trois décharges de fusil et les bâtiments la même chose de leurs canons.

Nous apprenons qu'il y a 600 Yankees à Nicolet que quelques habitants de la paroisse ont été chercher, ils ont voulu s'emparer de M. Bellarmin, capitaine de milice, de son beau père et de deux de ses beaux frères, mais ils sont échappés par le bois et sont venus en ville. Plusieurs Montréalistes qui ont abandonné leurs maisons sont venus se réfugier ici.

8. — A quatre heures du matin, le sieur Landeau, capitaine de milice de la Pointe-du-lac, est arrivé en cette ville, qui a donné avis qu'il y avait un fort parti de Yankees débarqué pour venir ici. Aussitôt le colonel Fraser a fait battre la générale et rassemblé son monde au nombre de 7,000 ; plusieurs piquets ont été envoyés dans les différents endroits où les Yankees pouvaient pénétrer.

Sur les 8 heures, ils ont paru au bord du bois derrière la terre de M. Laframboise ; nos troupes y ont fait un feu continuel pendant deux heures, tant du canon que de la mousqueterie et de bâtiments, ce qui a obligé les Yankees de se retirer dans les profondeurs ; nous n'avons qu'environ que douze blessés ; point de mort, grâce à Dieu. Ce parti était conduit par le nommé Larose et Dupaulqui avaient juré Antoine Gautier de les conduire à travers les bois ; mais qui la fait d'une manière à donner le temps à nos troupes de se préparer au combat, en faisant plusieurs caracales dans le bois; et feignant de ne pas connaître le chemin, sans quoi ils nous auraient surpris avant le jour.

A trois heures après-midi nous avons appris que nos troupes ont pris aux Yankees, 20 batteaux, 20 quarts de lard et outre deux ou trois hommes prisonniers et 8 pièces de canon ; nos volontaires ont fait des merveilles.

A 6 heures M. le Général Carleton est arrivé de Québec accompagné de Mr. son frère et Mr. Lanaudière ; il est parti aussitôt pour se rendre à la pointe du lac.

9. — Les prisonniers que l'on a fait hier sont arrivés dans cette ville parmi lesquels étaient le général Thompson, son aide de camp «t un colonel qui a été pris à la pointe du lac par un nommé Baiville de Laprairie et un nommé Chabot, il y avait aussi parmi ces prisonniers un nommé Langlois, capitaine des milices du cap Santé.

Nous apprenons par les habitants de Machiche que depuis le jour de la bataille donnée le 8, il sort des Bastonnois du bois, qui sont blessés et qu'il y en a plusieurs de morts, en conséquence un parti de canadiens de cette ville sont allés dans le bois faire la recherche des blessés pour les amener en ville.

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