‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 101 sur 120 · ORGANISATION DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE L'ARMÉE

Levée en Catalogne; solde assignée aux officiers et soldats,

La Jante suprême du gouvernement de la principauté de Catalogne, résidant en cette ville de Lérida, en conséquence de son arrêté du 20 du courant, relatif à la formation d'nne armée active de quarante mille hommes^etde celle de réserve, ordonne ce qui suit :

i« Des quarante mille hommes fournis par la population de la principauté, pour le service de ligne ou actif, il sera formé quarante bataillons {iercios) qui prendront le nom de bataiUom de Catalogne.

2* Chaque bataillon aura dix compagnies ; chaque conn pagnie un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, no premier sergent, trois seconds sergents, huit caporaux, cent soldats et deux tambours. 11 y aura de plus un aamânier et un chirurgien par bataillon.

3* L'état -major sera choisi par S. £xc. le capitaine général.

4<» Les autres officiers, jusqu'au grade de capitaine inclusivement, seront nommés par les juntes d'arrondissement, qui choisiront les plus jeunes et les plus aptes parmi ceux qui sont actuellement au service, ceux qui ont déjà servi dans l'armée ou dans les corps de miqaelets levés en 1794, suivant le mérite respectif et la réputation des individus dans le pays, la confiance qu'ils inspirent à leurs concitoyens, et finalement parmi les jeunes gens

portés sor l'enrôlement général : il en sera de même, proportion gardée, pour les grades de sergent et de caporal.

S"" Afin que Tinstruction nécessaire soit plus tôt acquise par ceux gui doivent entrer dans la formation des bataillons et compagnies de service actif, chaque commune enverra, dans le délai précis de six jours, au chef-lieu de TaiTondissement, les honmies de son contingent, conformément à la circulaire de ce mois.

6* Dans le cas où Une se présenterait pas dans lacommune le nombre de volontaires suffisant, elle y suppléera par les moyens qu'elle jugera convenables, sans toutefois offrir de prime, ni aucun autre avantage pécuniaire, et elle veillera à ce que de toute manière son contingent soit complet.

7* Chaque soldat recevra par jour quatre réaux de veilr Ion; le caporal cinq, le sergent six ; et tous, deux livres de pain. Sur cette solde, il sera retenu un réal par jour, tant pour les objets d'habillement qui seront fournis en temps nécessaire et sous la surveillance des corps, que pour l'achat on la réparation des armes détériorées hors d'action de guerre. Il sera tenu compte de cette petite masse ; et à la fin de chaque trimestre, l'excédant, s'il en existe, et s'il n'est pas aflTecté aux fournitures extraordinaires d'habillement et de chaussure, sera déUvré à chacun.

8* Les officiers desdits bataillons jouiront des appointements ci-après, savoir : les capitaines, quinze réaux ; les lieutenants, douze : les sons-lieutenants, neuf ; le chirurgien et l'aumônier, douze. Il n'y aura de ration d'orge et

de paille pour l'infanterie qu'en faveur des officiers d'état-

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mnjor ; ceux-ci les recevront conformëmeilt à leur grade, en suivant Tordonnance.

9^ Le soldat en campagne jouira de l'étape sans l'intervention des commissaires des guerres et des chefs des corps ; la valeur de ladite étape sera déduite de la solde; on aura soin qu'elle soit de bonne qualité et réglée, d'aprè« l'usage, à un prix équitable, afin qu'il reste au soldat le plus d'cu'gent possible pour satisfaire ses autres besoins.

iQP Pour le moment il ne sera délivré à chaque soldat caporal ou sergent, qu'un habit-veste, suivant le costume actuel de chaque arrondissement ; sur le collet sera inscrit le numéro du bataillon ; et ces numéros se rempliront sûùcessivement à mesure que chaque corps sera au complet

11« A mesure que les miquelets recevront leur habilI^ ment en entier, l'uniformité s'établira : l'uniforme génénl sera, autant que possible, analogue par la couleur, la façon et les ornements, au costume du jour, et coupé solvant la forme la plus élégante et la plus moderne paniii les jeunes gensde cbaque classe, dans leur arrondissemeoi respectif : les officiers adopteront, sinon la coupe de Habillement, au moins les couleurs et ornements employé> pour les soldats. Les juntes s'occuperont de cet objet dans chaque arrondissement, et toutefois attendront l'approbation du capitaine général de la province.

12* Les corps qui se distingueront par leur bonne discipline, leur instruction, ou dans une action de guerre dignt de récompense, et jugée telle par le capitaine générât auront droit à recevoir des effets de grand et de petit bi-

biUement, qui leur seront donnés par la province à titre de gratification.

13* II est accordé aux ofiiciers et soldats au service de la province, la même solde et les mêmes avantages que ceux dont jouissent les corps de miquelets.

14^ Les villes, bourgs ou villages, dans lesquels se trouveraient simplement en garnison les bataillons ou les compagnies de miquelets, leur fourniront logement, lit^ feu, sel et lumière : ainsi les cbefs auront soin que les soldats n'aillent point couper de bois ou causer du dommage aux propriétaires.

15* n n'y aura nul décompte ou retenue soit pour les InvaUdeSj soit pour le Mont-^e-Piété ; mais la province se charge d'assurer les retraites ainsi que tout ce qui correspond au mon t-de -piété, pour les soldats, officiers et gens attachés à l'armée, qui ont des droits à ces avantages, en suivant les règles observées dans l'établissement des Invalides ou retraités, et Mont-de-Piété, et proportion gardée avec le traitement respectif de chacun.

IG" Les officiers, soldats et personnes attachées à l'armée recevront le logement chez le bourgeois (bospitalidad) qucmd la chose sera possible, et dans ce cas, ils n'aui-ont ni pain ni solde pendant la durée de leur établissement chez le bourgeois.

A Lérida, le 23 juin 1808.

Par la Junte suprême de la province.

Signés : Géronimo Maria, évéque de Lérida, président, et Joseph-Xavier de Berga, secrétaire.

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DECRET Sur la formation d'une compagnie de femmes de GnoincE.

sous us NOM DE SaINTE-BARBE. RiOLEMENT PROPOSÉ A CET EFFET PAR LE GOUVERNEUR DE LA PLAGE, DON Ma*

RjANO Alvarez.

Don Mariano Alvarez de Castro, etc.^ S. Exe. le marquis de Coupigny, général de Tarmée de Catalogne, a connaissant le courage et le patriotisme dont les femmes (( de Gironne ont donné des preuves à toutes les époqoe^, « surtout quand cette ville a été assiégée, et particdiè* (( rement pendant le siège actuel ; voulant en outre qnli (( soit rendu un hommage public à leur héroïsme, et que « leur valeur soit employée avec plus d*ensemble et (( d'utilité pour la cause commune et pour le soulagement (I des défenseurs de la patrie ; désirant également que. (( par la suite, Sa Majesté étant exactement infonnée (( de rintrépidité desdites femmes de Gironne, puisse (( récompenser leur mérite et leurs services par dlio- (( norables distinctions, ou les doter convenablement « pour qu'elles puissent s'établir conformément à l'étal de (( leur famille, et enfin pour que la gloire de ces héroïnes (( soit étemelle ;

<( A résolu, par son ordre du 22 du courant, qu'il 0 serait formé une compagnie de deux cents femmes, K toutes jeunes, robustes et d'un mâle courage, sans « distinction de classe ; lesquelles seront employées à « donner des secours ou des soins aux soldats et bour- 0 geois sous les armes, qui auraient le malheur d'être « blessés, ainsi qu'à porter aux différents postes les mu- « nitions de guerre et de bouche, afin que de cette maa nière le nombre des combattants qui font face à l'en- « nemi, éprouve moins de diminution. Trois d'entre elles a seront chargées du commandement de la compagnie, K avec les titres de premier, deuxième et troisième a commandants : elles distribueront les ordres à chaque a poste désigné où elles auront à faire le service. u MM. Farro de Roca et Ferez Claras dirigeront Torga* tt nisation de la susdite compagnie. »

J'ordonne que cette disposition de Son Excellence soit rendue publique par un édit. Le beau sexe, instruit des tfentiments de Son Excellence, pourra se présenter aux commissaires ci-dessus nommés , dans la salle capitulaire de l'hôtel de ville, pour s'enrôler dans la nouvelle compagnie de Sainte«Barbe. Aussitôt que le nombre de femmes volontaires s'élèvera à cent, elles seront convoquées à l'effet de choisir et nommer elles-mêmes leurs chefs. J'espère, de leur patriotisme bien connu, que toutes celles qui sont propres à cette espèce de service se présenteront à l'envi, et qu'elles se dévoueront sur-le-champ h l'exercice de leur glorieuse tâche. Je

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n'omettrai aucane occasion de rendre compte de leor mérite à Son Excellence, qui de son côté en ëlèTera la connaissance jusqu'à Sa Majesté, dont les grâces et les faveurs seront le digne prix de ce dévouement extiaiH^ dinaire.

A Gironne, le 28 juin 1809.

Signé : M ariano Alyauxz.

Par ordre de S. Exe. le docteur don André Gavallo, secrétaire.

RAPPORT Fait a S. Exe. le comte de lIempire, iei5Istre-d»k-

TEUR DE l'administration DE LA GUERRE , PAR L£ COX* MISSAIRE -ORDONNATEUR DU GINQUliME CORPS DE l'AUSE

d'Espagne.

Monseigneur, il est impossible de se trouver dans aur position plus fâcheuse que la mienne ; je suis chargé de l'administration d'une armée où il n'existe rien à administrer, dans laquelle je n'ai presque aucune ressooice. et où je n'ai pas les moindres moyens pour en créer- Ainsi que j'ai eu l'honneur d'en prévenir Votre Excellence, je me suis fait rendre compte de la situation de?

divers services de rarmée ; je lui ai annoncé un rapport sur cet objet : voici, Monseigneur, l'état des choses.

Vtvres-pam et légvmes. Le service des vivres se fera exactement dans Tintérieur, tant que Tannée ne se mettra pas en mouvement; passé la frontière, il ne se fait dans ce moment qu'au moyen de quelques voitures à loyer, provenant des réquisitions faites dans le département de l'Hérault ; mais aussitôt que nous aurons dépassé Figuières, nous serons réduits à quelques faibles approvisionnements que , par l'ordre du général en chef, on transporte dans ce fort ; car il ne faut nullement compter sur les ressources de l'Espagne, qui se trouve entièrement dévastée dans la partie de la Catalogne.

Vivres-viande, Les entrepreneurs des vivres-viande fourniront tant que nous serons dans l'intérieur; ce n'est qu'avec des peines infinies que j'ai décidé le chef de ce service à continuer sa fourniture sur les points de Junquéra et de Figuières, parce qu'il dit avec raison qu'il n'est chargé que du service de l'intérieur. 0 en sera donc pour ce service comme pour celui des vivres-pain, lorsqu'on se mettra en marche ; et cependant l'armée peut encore moins espérer pour cet objet que pour le précédent, car^ jusqu'à Gironne, la contrée ne peut procurer aucuns bestiaux.

Fourrages. Jusqu'à ce moment le service des fourragea s'est bien fait au moyen des réquisitions que Votre Excellence a frappées sur les départements voisins. Aigour-

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d'haï celle ressource est épuisée , et je ne sais plus comment j'y pourvoirai, ce département n'ayant aucuns moyens. On trouvera encore un peu de paille, mab il faudrait de l'avoine pour suppléer au foin, et il n'existe pas plus de fonds pour l'un que pour l'autre. S. Exe. le colonel général a fait acheter pour cinquante mille francs d'avoine qu'il réserve pour le moment où il commencera ses opérations. On ne peut toucher à ce faible approvisionnement, qui à peine suflbn pour dix jours.

Si les troupes de cavalerie et d'artillerie n'avaient pas été traitées comme en campagne, et eussent continué à pourvoir à leurs besoins, au moyen de lenis masses, jusqu'au moment où elles se seraient mises en mouvement, on aurait conservé des approvisionnements qui aujourd'hui seraient bien précieux ; et il en est de môme pour les autres vivres que les troupes reçoivent

Hôpitaux» Les hôpitaux de la dixième division militaire étant insuffisants, et n'ayant pas môme tout ce dont ils auraient besoin, on est obligé d'évacuer les malades, qui sont nombreux, sur les divisions voisines. Déjà môme une grande partie est passée aux extrémités de la neuvième division : des évacuations aussi éloignées sont trèS'préjudiciubles à l'armée, et souvent même elles sont cause de la mort des militaires. Il faudrait, pour diminuer ces inconvénients, établir un hôpital de six cents malades à Figuières, et un de trois cents à la Jonquéra. Les locaux existent ; mais, sans ressources et sans

moyens, on ne peut rien faire : à Figuières seulement on peut placer quelques malades en ce moment.

Quant aux ambulances qu'il faudrait pour l'armée active, il n'y a absolument rien, ni médicaments, ni linge à pansements, ni ustensiles, ni fournitures; et il n'y a pas un sou à disposer pour assurer un service aussi essentiel : ainsi les blessés ne pourront pas même recevoir les premiers secours.

Ttwuports militaiits. Les transports qui doivent servir pour les vivres, les fourrages, les hôpitaux et les autres parties de l'administration, consistent, dans ce moment, en une centaine de mauvaises charrettes, conduites par trois cents mauvais chevaux ou mulets, et trois cents mulets de bât; les harnais mêmes de ces équipages sont en lambeaox : le tout provient des réquisitions faites dans les départements voisins.

De tels moyens de transpoiis. Monseigneur, sont insignifiants pour une armée de trente mille hommes; et il en résultera que lorsqu'on se mettra en campagne, eût-on à Perpignan, même à Figuières, des approvisionnements en tous genres, l'armée manquera de tout.

Personnel, Le nombre des commissaires des guerres est insoflSsant; je n'en ai point pour employer au parc d'artillerie, à la police supérieure des hôpitaux, dans les places de la Junquéra et de Figuières; et il m'en faudrait encore deux de disponibles pour organiser les services dans les places à mesure que nous avancerons.

Je m'occupe de l'organisation du personnel de tous les

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services ; beaucoup d'employés sont nommés par Votre Excellence, plus encore par Tordonnateur Eyssautier; néanmoins les cadres ne sont pas remplis entièrement Cependant ce n'est pas ce qui me manquera ; mais ceux qui sont nommés ne reçoivent rien; car, quoique cette dépense fasse partie de la solde, le payeur ne veut pas payer, parce qu'il n'est pas autorisé. De mon côté je ne puis rien pour eux, parce que je n'ai pas de fonds; de plus, j'ignore quels sont les appointements qui doivent être alloués à la plupart. J'aurai l'honneur de vous envoyer par le prochain courrier l'organisation pour chaque service en particulier, pour le soumettre à votre approbation.

Telle est. Monseigneur, la situation dans laquelle se trouvent les administrations de l'armée qui doit entrer en Catalogne ; elle est affreuse, désespérante pour moi : ce n'est que par de prompts secours en tous genres, Moih seigneur, que vous pouvez y remédier; car, sans fonds et sans approvisionnements, je ne puis absolument rien. Le payeur de la dixième division a plus d'un million en caisse pour la solde, et on ne peut toucher un sou pour l'administration; ainsi, au milieu de l'abondance, nous manquons de tout. J'ignore quelles sont les intentions do général en chef; mais je crois impossible. Monseigneur, qu'il puisse tenter d'entrer en campagne dans un état de choses aussi déplorable.

Je suis, etc.

Signé : Rit.

jusTiricATivss. 986

LETTRE

DV Yld-GONIfiTABLE, MAJOR GilVfRAL, AU GÉNÉRAL

L'Empereur, Monsieur le général Saint-Cyr, me charge de vous faire connaître que, dans la situation actuelle des choses, il vous donne carte blanche pour tout ce qui est relatif aux opérations militaires; votre direction générale doit avoir pour principes les dispositions suivantes :

l"" Secourir le général Duhesme;

2* Paire à Figuiëres des magasins considérables aux dépens de l'ennemi ;

3"" Soumettre les vallées, et faire porter sur elles tout le poids de la guerre ;

4"" Enfin, soumettre Tennemi.

Correspondez souvent avec moi, général, et adressezmoi Tétat de situation de votre armée.

Le vice-connétable, major général, Signé : Alexahdbs.

NOMINATIOxN

DE SAINT NARCISSE, PATBON DE GIRONNE, AU GOM]iAKDEX£yr EN CHEF DE L'AEMÉE DE TERRE ET DE XER.

Décret rendu le 20 juin 1808 par la Junte tupréme de Girûnnt, par lequel saint Narcisse, martyr et patron de celte tiUt, est nommé généralissime de ses armées.

Don Ferdinand VII, par la grâce de Dieu, roi d'Espagne et des Indes, etc., etc.; et, en son nom, la ville de Gi* ronnc^ représentée par la très-illustre Junte, composée des juntes gubernative et économique , du trës-iUustre corps municipal, du trës^illustre chapitre des révérends pp. supérieurs des ordres religieux, et autres personnes de distinction de la ville (on omet ici leurs noms) ; en la salle capitulaire de l'hôtel consistorial, sous la présidence du colonel don Julien Bolivar, lieutenant de roi de la place ;

Il a été exposé :

Que, dans tous les temps, l'invincible et glorieux martyr saint Narcisse n'a cessé de dispenser une protection spéciale à celte principauté, notamment aux époques des invasions des Français en 1286 et 1653» opérant toutes sortes de miracles en faveur des habitants de la contrée ;

Considérant guo la victoire obtenue par celte ville sur la puissante année venue de Barcelonne, sous les ordres du général de division Dnhesme, lequel fut complètement battu et repoussé en diverses attaques qu'il tenta contre la place le 20 juin dernier, est uniquement due à la protection audit patron et martyr saint Narcisse ;

Que la piété, non moins que la reconnaissance, réclame un témoignage expressif et perpétuel qui transmette le souvenir d'un tel bienfait, et de la fervente dévotion de tous les habitants de Gironne, et autres individus qui concoururent à cette mémorable défense ;

Que dans la circonstance critique où se trouve la patrie pour maintenir, à tout prix, les droits du seigneur don Ferdinand VU, auguste souverain de cette monarchie, et défendre à la fois la vie, les intérêts et les propriétés des habitants, contre la tyrannie et l'oppression de Napoléon Bonaparte, empereur des Français, il est nécessaire de nommer un chef capable de diriger les opérations et de repousser rennemi ;

Que nul ne peut mieux que le susdit patron et martyr saint Narcisse, remplir ce but glorieux, par la vertu qu'il a reçue du Très-Haut, et qu'il a visiblement manifestée dans toutes les occasions ;

D'après ces motifs, voulant donner un témoignage de la reconnaissance de tous les habitants de cette ville et de sa banlieue, et satisfaire au vœu général :

La Junte suprême a résolu de nommer et nomme formellement» au nom de S. M. le seigneur don Ferdi-

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nand VIT, génëralissinie des armées de terre et de mer, qai Ini sont sabordonnëes, l'invincible patron et martyr saint Narcisse, et Ini confie la défense de cette ville, de sa banlieue et de toute la principauté et autres lieux où elle portera ses armes pour conquérir la liberté de la royale personne de Ferdinand YIl, auguste souverain d'Espagne : ce généralissime inspirera à tous les chefs, officiers et soldats^ la valeur, le zèle et la force nécessaires pour soute» tenir la cause do roi, de la patrie et de la religion; il conduira toutes nos entreprises à la fin la plus satis&isante, et nous le supplions humblement de daigner admettre la présente nomination et l'emploi que notre pieuse confiance lui assigne ; de nous accorder sa haute et puissante protection, en laquelle jadis nos devanciers mirent aussi toutes leurs espérances, pour la plus grande gloire de Dieu.

De plus, attendu que la Junte particulière de gouvernement, dans la susdite journée du 20 juin dernier, au moment où Tennemi attaquait la place et se disposait à monter à l'assaut, fit un vœu, audit patron et martyr, portant que, s'il la sauvait d'un si grand danger, elle ferait célébrer tous les ans un anniversaire avec une messe solennelle et sermon dans la chapelle de l'église collégiale de San Feliù, où repose le corps sacré du saint, à laquelle seraient tenus d'assister le très-illustre chapitre et le corps municipal ;

Et qu'en effet, par un miracle évident, une viotoire complète nous fut accordée, qui ne saurait être attritmëe,

en raison de la force snpërieure de l'eimemi, qu'à Tintercession du bienheureux saint Narcisse;

Décrète que ledit vœu est solennellement confirmé, et sera exécuté dans toutes ses parties^ sauf à obtenir, en temps et lieu, Tautorisation apostolique ;

Ordonne^ en conséquence, que dimanche prochain, 3 du courant, le présent décret soit notifié à saint Narcisse en personne ; qu^à cet effet, en signe de sa nouvelle qualité, solennellement reconnue, les riches décorations, emblèmes du commandement (la ceinture, Tépée et le bâton de général en chef), lui seront présentés et déposés dans son cercueil.

Suivent les signatures.

Ce décret, signé par tous les députés et revêtu des formes légales, par le notaire don François Pinget Dorea, fut reçu au bruit des acclamations générales, et Ton ne songea plus qu'à son exécution, renvoyée au dimanche.

Ce grand jour arriva : vers neuf heures et demie du matin, l'illustre Junte se rendit, de Thàtel consistorial, à la chapelle de Saint-Narcisse.

A la tôte de la procession on voyait la bannière du saint escoi-tée par un détachement de la garde bourgeoise, un drapeau et une caisse enlevés aux Français le jour de l'attaque ; venaient ensuite sur deux rangs les prieurs et prud'hommes des collèges et corporations, les membres de la Junte et du corps municips^l, les RR. PP. supérieurs des couvents, les curés des paroisses et les autres per-

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sonnes de distinction invitées ; enfin, le lientenant de roi, président^ qui portait dans un bassin d'argent les décorations du généralissime, un bâton à pomme d'or, une épée dont la garde du même métal était d'un grand prix, et une ceinture richement brodée.

Le régiment d'Ultonie, précédé de sa musique, fermait la marche et donnait un aspect guerrier à ce pieux cortège, qui traversa dans le plus grand recueillement la place aux Herbes et la rue de la Ballesterie, au milieu d'une foule de spectateurs, et s'achemina vers la chapelle où l'attendait le très-illustre chapitre de la sainte église avec celui de la collégiale de San Feliù. Aussitôt le chanoine don Miguel Molinas, assisté de ses collègues don Poucio Torres et don Ramore Mirosa, célébra la sainte messe au son de la musique de la cathédrale. Le redootable sacrifice étant achevé, le proviseur de Tévêché, doo Joseph Pérez de Tobia, chanoine de ladite sainte église, revêtu de la chape pluviale, le président, plusieurs membres de la Junte et du corps municipal, quelques chanoines et d'autres personnes de distinction, entrèrent daos le caveau où est le corps de notre bienheureux martyr, et là, toutes les portes ouvertes, lai firent notifier à haute voix, par le notaire, le décret ci-dessus mentionné. Le proviseur prit les décorations des mains du seigneur président et les remit au saint, en les disposant, chacune en son

lieu et place, dans le cercueil Tous les spectateais

fondaient en larmes, de joie

De tout ce que dessus, il fut donné acte, non-senloroont

par le notaire, mais encore par les chanoines Lagrifa et Jefiiras, notaires des chapitres et de l'administration des anniversaires de la collégiale, et par le greffier secrétaire du corps municipal Ferez Claras ; une expédition également autorisée fut déposée dans le cercueil.

La cérémonie ainsi terminée, il fut chanté un Te Deum^ après lequel le cortège retourna à ThAtel de ville dans le même ordre qu'il en était parti. La bannière du saint, le drapeau et la caisse enlevés aux Français restèrent suspendus aux voûtes de la chapelle, comme gages de notre reconnaissance pour les faveurs et la puissante intercession de saint Narcisse.

Puissent les générations futures garder un étemel souvenir de ses bienfiiils et rendre de continueUes actions de grâces à Dieu, qui opère tant de miracles par son illustre martyr.

On ne vit jamais un spectacle aussi touchant, aussi magnifique : la chapelle était parfaitement illuminée ; la multitude de spectateurs de toutes les classes , l'appareil, la solennité de la fête, les cris de vive notre généralissime I qui retentissaient de tous les côtés au moment où les marques du commandement supérieur étaient présentées au saint ; les larmes qui coulaient de tous les yeux, donnaient à la cérémonie un caractère qu'il serait impossible de définir. On eût dit que la gloire du Très-Haut était descendue au milieu du temple, comme autrefois elle descendit dans celui de Salomon, et que Dieu daignait accepter et bénir nos hommages. Les cœurs étaient inondés

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d'un plaisir ine&ble que l'esprit céleste pent seul donner et qui est, pour ainsi dire, une émanation des incompréhensibles jouissances des élus dans le sein de l'Étemel. 0 religion sainte ! toi seule peux nous rendre heurens dans ce monde ; tu fortifies Tâme ; tu l'élevés jusqu'au tràne inaccessible de la Divinité. Ah I qui pourra avoir la gloire d'établir ton empire au milieu de chaque nation de la tem et de planter ta croix triomphante sur les raines de l'impiété et du libertinage ?

Cette relation a été extraite de l'ouvrage espagnol iot^ tulé Barcelona Cautiva^ du Père Ferrer.

Nota. Les pièces n** 9 et 40 se trooTent à la 6o do Tolame.

RAPPORT

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