ESPAGNOLE, OFFICIELLE, DE L'AFFAIRE DE VALLS
SévUle, 20 mars 4S09.
Le capitaine général de Tannée et province de Catalogne don Théodore Reding^ par une dépêche adressée a la suprême Junte centrale et gubematîve, en date du fl du mois dernier, annonce ce qui suit :
Pour mettre à exécution un plan avantagensemen; combiné avec S. Exe, don Thomas Véry, représentant de ladite Junte suprême, et les généraux et chefs de rarmée, dont le but était de faire prendre aux troupes une meilleure position, on était parvenu, en se battant partiellemeot. lous les jours, à s'établir en ligne depuis MarioréU, pii k Bruch, Capellàdes, Saint-Magi et le col de Santa-Cristina, jusqu'à Tarragone ; le quartier-général, sous les ûr«ire: du maréchal de camp Castro, était à Igualaûa. De cette manière, toute la partie méridionale de la province était à couvert, et du côté du nord , cette même ligne s'éteo* dait jusqu'à Valls, où devait se réaliser la levée en mas» de tout le pays. Le peuple ayant la plus grande confiance dans les lieutenants-colonels Milans et Claros, le général Reding n'hésita pas à les chasser d'une partie importante de cette entreprise, et voulut encore joindre à ces deoi
officiers sapëriears le colonel François Milan, dont il a été si songent fait mention dans ceAte^guerre*
Afin de hâter les opérations, le général en chef ordonna que les denx premiers se portassent sur certains points déterminés, par le chemin le plus court, avec trois bataillons de miquelets, et leur communiqua les instructions convenables. H fit en môme temps disposer une attaque générale contre l'ennemi. Il ne restait plus qu'à désigner le moment d'agir tous simultanément, quand le général Saint-Cyr, qui avait concentré ses troupes, attaqua luimême avec de grandes forces, dans la journée du 16, diiférents points de notre gauche, et força nos bataillons à se replier successivement jusque dans Igualada. Le général Castro abandonna ce village en se retirant en bon ordi«, avec son artillerie, par le chemin de Cervéra.
Comme ce mouvement rétrogade déconcertait le plan du général en chef, et que les suites pouvaient en être fonestes, il prit le parti de réunir sur-le-champ toutes les troupes, ou du moins la presque totalité, et de les ramener à Tarragone. A cet effet, et ne voulant s'en fier qu'à lui-même, il partit de cette place le lundi 20 du courant, avec 300 chevaux seulement, un bataillon de Suisses et six pièces d'artillerie légère ; résolution qui fut approuvée de tous ceux qu'il consulta : accompagné de cette faible escorte, le général en chef se dirigea sur le viUage de Plà, ayant à sa droite les ennemis, dont il pouvait être aperçu; mais ceux-ci étaient occupés à saccager et brûler les villages de Villarrodona et Pobla.
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Dans sa marche, S. Exe. rallia à son délachenmit les troupes qui s'étaient retjiréés da col de Santa-Gristina » et envoya des ordres précis au jbrîgadier des années Tnuis, lequel, avec douzexents homifies, se trouvait bloqué dans le monastère de Santa-Gréu, et se défendais depuis deux jours, contre les Français qui le pressaient vivement. Ces ordres lui prescrivaient de faire ane sortie cette nuit môme, de s'ouvrir un passage et de venir le joindre. Trans exécuta cette disposition, sans perdre un seul homme, ni la moindre partie de ses équipages militaires, les ennemis s'étant retirés ou n'ayant pas eu connaissance de son évasion jusqu'au jour suivant.
Avec ces nouvelles forces, le général en chef marcha sur Santa-Golôma de Quérak. Là, au moment où il achevait de réunir sous sa main toutes les troupes que le général Castro avait à Monmanéu et celles du village de Santa-Colôma, il eut le chagrin d'apprendre que les Français, ayant pénétré jusqu'à Yalls, songeaient à lui coaper la retraite sur Tàrragone et ses communications avec cette place. Sa première pensée fut alors d'attaquer Igualada et ensuite Mombuy, où l'ennemi conservait quelques postes faciles à culbuter; mais ayant assemblé un conseil de guerre , auquel assista S. Exe. don Thomas Véry, qui pendant cette expédition ne s'était jamais séparé de ses côtés, on le détermina à revenir aussitôt sur Tamgone , non-seulement à cause de l'importance de cette ville , mais encore pour protéger la plaine qui en porte le nom.
Le général en chef parlit donc le 23 de Sanla-Colôma, pour se rendre à Monblanch, d'où il menaçait la gauche de Valls occupé par l'ennenii. Il arriva ce même jour à Monbianchy ayant fait garder d'avance le col de Lilla , par an détachement de troupes légères et de paysans armés^ sous les ordres d'un officier de confiance.
Quelques coureurs ennemis s'étant montrés sur ses derrières 9 et s'étant retirés aussitôt par le col de Cabra à Plà et Valls, le général en chef ne douta pas que ce ne fût une reconnaissance dont le but était de s'assurer de ses forces et de la qualité des troupes qu'il avait avec lui; aussi, le 24, il consulta de nouveau les principaux chefs de l'armée, et la pluralité des voix décida que l'on se mettrait sur-le-champ en mouvement pour passer, cette nuit même, le col de la Riba ou de las Molas , et se rapprocher le plus qu'il serait possible de Tarragone, sans chercher l'ennemi, mais sans renoncer toutefois à le combattre s'il s'en présentait une occasion favorable.
La marche fut retardée par les mauvais chemins et des embarras imprévus, de telle sorte qu'à cinq heures du malin, l'avant-garde commandée par le général Castro et la moitié du centre ayant déjà dépassé Valls, laissant sur la gauche les bivouacs ennemis, il restait encore en deçà la moitié du centre et l'arrière-garde, sous les ordres du général Marti. Tout avait enfin passé et continuait de marcher en silence et dans le plus grand ordre ; on n'avait aperça aucun poste avancé de l'ennemi, lorsque le général en chef et sa suite, ayant franchi un petit pont, essuyé-
rent, à bout portant, une fusillade qui blessa du tnaiide et causa quelque désordre dans le premier moment.
On forma sur-le-champ les troupes les plus rapprochées. Celles qui marchaient en avant reçurent Tordre de s'arrêter ou de se replier , afin que l'ennemi ne s'inteiposH point entre elles et le reste de la colonne où se trouTaieat les équipages, les munitions et une partie de l'artiUerie. Le général Reding choisit une éminence assez faTorable, quoique de peu d'élévation, et vit avec plaisir tous les corps arrivant en ordre et avec la meilleure disposition, occuper successivement les positions qui leur étaient désignées U fit placer l'artillerie sur trois points distincts et, voyaoi l'ennemi descendre des hauteurs do Valls, il fit avancer quelques détachements de guérillas et un peu de cavi-
lerie pour le contenir.
Notre artillerie ne tarda pas à tirer à demi-portée : celle de Vennemi répondit de son côté, ne cessant de lancer des grenades et des boulets, même de huit, que nos troupes reçurent avec le plus grand sang-froid; elles se jetèrenl aussitôt sur les Français avec beaucoup d'impétuosité, les attaquant à la fois par leur droite et par leur gauche. Le général, voyant ses guérillas ainsi engagés, voulut soutenir l'avantage qu'ils commençaient à obtenir. D ne serait pas facile de peindre, dit-il, l'ardeur avec laquelle tous les régiments s'élançaient à l'envi l'un de l'autre; Teraiemi recula, prit la fuite et ne s'arrêta qu'au pied des hauteteurs de Valls ; on fît taire son artillerie, la victoire pamt gagnée , lorsque de nouveaux renforts arrivés aux Fran-
çais les aidèrent à se soutenir vigoureusement sur les hauteurs qu'ils occupaient.
La ténacité de l'ennemi dans sa position, les nuages de famée qui s'élevaient de divers points de sa ligne et qui devaient être des signaux convenus, des fusées qu'il tira bientôt après et qui ne laissaient aucun doute à cet égard ; la fatigue de nos troupes qui^ ayant marché toute la nuit, n'avaient cessé de manœuvrer et de tirailler jusqu'à midi ; ces divers motifs occasionnèrent un peu de ralentissement : elles cédèrent un peu de terrain, et il fallut soBger à les rallier; ce qui s'exécuta pleinement sur la première éminence d'où elles étaient d'abord parties pour attaquer.
L'armée étant réunie et tout le convoi en sûreté, on jugea convenable de poursuivre la retraite sur Tarragone, après avoir accordé un moment de repos et le temps de manger au soldat; mais l'ennemi ne le permit pas : il avait rassemblé toutes ses forces, auparavant divisées suivant la déclaration d'un prisonnier de guerre ; il attaqua sur trois points, déployant avec ostentation ses nombreuses colonnes pour nous faire voir sa supériorité.
Notre artillerie recommença à tirer, et dès que la distance plus rapprochée favorisa l'emploi de la mitraille, notre feu fut si meurtrier que les Français étaient forcés de reculer d'un côté tandis qu'ils s'avançaient de l'autre.
Cependant la valeur seule pouvait désormais sauver notre armée : on tâcha d'encourager le soldat , tous se montrèrent déterminés à combattre jusqu'à la dernière
extrémité; et c'est ce qui arriva. Les ennemis {usaient la démonstration d'attagaer vivement notre droite ; mais l'altaqne véritable fut sur notre gauche, qu'ils parvinrent enfin à forcer vers quatre heures et demie après la résistance la plus obstinée. Quelques bataillons se sanvfanenl sans beaucoup de désordre, d'autres s'éparpillèrent tout à fait; le plus grand nombre des fugitifs Be dirigea sor Tarragone où se rendit aussi le général Reding, dans h nuit même du 25.
Cette action est du nombre de celles où la valeur est forcée de céder à la supériorité du nombre. Nous avions à peine dix mille hommes; cependant ils défendirent lev position et soutinrent le feu le plus vif, pendant oue heures consécutives, sans donner le moindre signe de faiblesse ou de lâcheté. La perte , des deux côtés, a dû par conséquent être à peu près égale et importante.
Le général Reding ajoute qu'il ne peut pas dire avec précision quelle a été la nôtre^ jusqu'à ce qu'il reçoive des rapports détaillés qu'il promet d'envoyer avec une mention particulière de ceux qui se sont le plus distingués. '
Ce même général ne dit rien dans cette dépèche, qall supposait devoir être rendue publique, des blessures qu'il a reçues. Mais S. M. (la Junte suprême, centrale et ga* bemative) en est instruite par d'autres rapports et par une lettre de don Thomas de Véry, qui rend la plus honorable justice aux talents militures, à la valeur et ao sang-froid de don Théodore Reding ; en conséqoeDoe,
S. M. a Youlu que ce irait de grandeur d'âme ne restât pas ignoré, parce qa'il fait ressortir le mérite et les hautes qualités de cet estimable général. S. M. annonce également qu'elle a la satisfaction de savoir que Tétat de ses
blessures, an lieu d*étre alarmant, promet une prompte pruérison.
RELATION INS L'AFFAIRE DE VALLS, Tr^àfiiie de Vetpagnol^ et extraite de l'ouvrage de Jf. CûlMnee.
Le 25 février^ à la pointe du jour, au moment où notre avâni-garde venait de passer le pont de Goy, la garde avancée de l'ennemi la salua de deux décharges de mousqueterie et se replia sur-le-champ. Aussitôt on entendit battre la générale dans le camp de Valls A trois quarts de lieue de distance. Notre division du centre acheva de passer le pont; l'arrière-garde suivit avec le bagage^' dans le plus grand ordre, sans qu'il y eût la moindre oscillation; les rangs étaient bien gardés, un silence profond régnait parmi les soldats.
Au sortir du défilé que forme le col de la Riba ou de las Holas , au travers duquel se jette le Francoli , après le ^Uage de Picamoxons, se présente la plaine de Tarragone; les approches de la rivière sont moins escarpés; les champs sont cultivés et couverts de vignobles et d'arbres. En avant du pont de Goy, en suivant le grand che< min de Tarragone, il s'élève une petite hauteur dont le liane gauche est gardé par le Francoli, qui en protège
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aussi le front dans tonte sa longueur, à une portée de hfusil ; et cette hauteur s'abaisse insensiblement par n droite , vers les villages de Ranr'ell et de Mor'ell, à trois quarts d'heure de distance de ladite hauteur, et à sa gauche est le chemin de Valls à Picamoxons, suivant une ligne parallèle aux montagnes qui forment à leor chute les trois ports ou gorges.de Riba, Lilla et Cabra.
Le pont de Goy, sur le Francoir, se trouve à peu près an milieu de la ligne que forme la rivière, parallèlement an flanc gauche de la hauteur dont nous avons parlé et visà-vis de la plus grande élévation du front et du flanc gauche. Le terrain entre le pont et le chemin de Valls e«t assez uni et permet de marcher en colonnes d'attaque, de faire avancer de l'artillerie et manœuvrer de la cavalerie, quoique en petits pelotons.
Vis-à-vis de la hauteur et parallèlement à la ririère, s'en élèvent successivement d'autres qui commencent i la rive gauche et se prolongent à droite depuis Vall^ jusqu'au chemin de Picamoxons. Derrière ces bantenis se trouve le village de Valls, et le chemin qui le traverse n droit à Tarragone par Vallm'oll.
La division Souham avait établi ses bivouacs sur ces éminences et poussé des postes avancés jusqu'au pont pour observer le passage de l'armée espagnole par k eol de Riba. te général Saint-Cyr avec la division Pioo occupait les gorges des cols de Lilla et de Cabra ; c'était par là qu'on supposait que Reding dél>oucberaif dans li plaine de Tarragone.
Aussitôt quil aperçât notre avant-garde, le poste avancé de Souham fit deux décharges sur elle et se replia précipitamment sur sa division. On y battit à l'instant la générale, et les Français s'avancèrent rapidement jusque sur la rive gauche du Francoli avec quelques pièces d'artillerie.
Notre avant-garde, ayant passé le pont et reçu les deux décharges , filait toujours sur Tarragone ; mais elle retourna Uentôt sur ses pas, par ordre du général en chef et rentra dans la ligne de bataille formée par le centre et rarrière-garde^ sur la première hauteur que j'ai décrite et qui est située sur la rive droite.
Nos tirailleurs se jetèrent sur tout le front de notre ligne et commencèrent la fusillade avec les détachements que l'ennemi avait poussés pour nous reconnaître et savoir ce que nous voulions faire. La supériorité du nombre obligea les Français à se replier et même à retirer un peu plus
loin l'une des deux batteries de trois canons et deux
obusiers qui nous incommodait beaucoup et qui faisait tête à ceUe de trois pièces que nous avions établie de notre côté.
La prompte retraite des détachements ennemis enflamma le courage de notre général en chef, en lui offrant la séduisante image d'une victoire brillante et facile ; il se met à la tète des bataillons de volontaires de Palma, de Wimffphen, des grenadiers provinciaux de la vieille Castille et du régiment des hussards espagnols, repasse le pont, attaque à la débandade le flanc droit de l'ennemi :
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il avait ordonné en même temps au général Marti, qui était resté cliargé du commandement de la ligne de bataîDe, de faire attaquer le flanc gauche des Français par les r^ ments de Grenade, les grenadiers provincianx de la nosvelle Castille^ suivis par les hussards de Grenade.
L'ennemi renforça sa droite, repoussa nos efforts et se mit à poursuivre nos troupes. Sur ces entrefaîtes le général Reding envoya par son aide de camp l'ordre an général Marti de diriger le combat, se trouvant luimême engagé avec ses guérillas. Marti ordonne au marquis de Campoverde, colonel des hussards de Grenade, d'attaquer vivement; il fait passer au secours de sa gauche le bataillon suisse de Reding dont le cokmel sollicitait cette mission; détache, en deux colonnes, sur le centre, le régiment de Saboya, un bataiDonde Santa-Fé et la moitié de celui d'Antequera,-pour sontenirles troupes légères de notre front, lesquelles traversaient la rivière à gué pour attirer l'attention de renoeml Il ne garda en ligne que le reste du régiment d'Antequen et un bataillon de Santa-Fé pour défendre jies batteries, soutenir la retraite en cas de malheur, contenir les fuyards et se porter partout où Ton aurait besoin de renfort. Cette disposition réussit : l'ennemi se désista de la poursuite de notre gaucl^ pour accourir au centre, et l'action par là se réduisit à une vive fusillade de part et d'autre, l'artillerie tirant également des deux côtés. Ainsi nos troupes ayant la rivière en avant du centre et de U gauche se battirent vigoureusenjent et à découvert, peu-
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dant quatre heures consécutives, à demi-portée de fîisil, ce qui coûta la vie à bien du monde, surtout en oflBciers des deux années.
Notre gaoche étant dégagée, le général Reding voulut connaître l'avis du général Marti, sur ce quil convenait de faire. Celai-ci répondit qu'il n'y avait pas un moment à perdre et qu'il fallait se retirer à Constantin dont on n'était plus qu'à deux lieues, par la haateur que nous occupions et à la faveur des bois d'oliviers de Baur'ell et Mor'ell, attendu que l'ennemi se renforçait considérablement.
Le général en chef parut adopter cette mesure, mais il ne fit aucune disposition pour l'exécuter, et le combat continua de la même manière jusque vers midi. Alors, voyant qu'il était inutile de sacrifier tant de braves, il donna l'ordre de la retraite, consultant de nouveau Marti SOT les moyens de l'effectuer. Le général Marti n'hésita pas à proposer de faire filer les bagages sur Tarragone qui était à trois lieues de là, en prescrivant à l'intendant de l'armée de tenir douze mille rations prêtes à Constant! et au gouverneur de cette première place de détacher de sa garnison une colonne deux mille cinq cents hommes d'infanterie et cent cinquante chevaux avec deux pièces de quatre, sur le chemin de Valls et la rive gauche du Francoli, afin de menacer l'ennemi sur ses derrières ; ce qui Tempôcherait de tomber, avec toutes ses forces, sur nos troupes qui allaient opérer leur retraite
à la faveur des bois d'oliviers de Mor'ell et de Constant!,
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changeant ainsi la ligne de froal par Taifîère-gwde» sur le côté droit, et soutenant autant que possible le second pont, dit pont de Valls, lequel serait occupé par le régiment de Soria, les grenadiers provinciaux de la noavdk Gastille et les hussards de Grenade ; il proposait ensiiitr de porter sur le flanc gauche la plus grande partie de la cavalerie pour arrêter ceux des ennemis qoi passeraient le pont de Goy, pour nous poursuivre, et flnalemeat d'exécuter le mouvement rétrograde par échelons, à h faveur des bois d'oliviers et sous la protection de l'artOlerie.
Le général Reding approuva cette idée et ne soaget pas à la mettre à exécution : à mesure que nos troupes, en se repliant, venaient reprendre leurs premières po» tions, elles recevaient de nouvelles cartouches; Q n'y avait plus qu'une fusillade peu active entre quelques tirailleurs.
Toutes les troupes étaient rentrées dans la ligne primitive de bataille, vers deux heures ; le général en cbrf ordonna que le mouvement de retraite commençât ao»sitôt qu'on aurait mangé la soupe et pris quelque repos : le général Marti alla prendre le commandement de U division qui devait sortir de Tarragone et fut remplacé dans l'armée par le maréchal de camp, major génénl d'infanterie, Garcia Conde. Le colonel d'artiUeiie An fat envoyé à Gonstanti pour reconnaître la positiOD et désigner les points que nous devions occuper en arrivant.
Cependant le général Saint^yr, qui, avec la divisioa
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Pino et d'aatres corps» se trouvait à Plà et Cabra, à nne distaoce de denx ou trois lieues du thé&tre de Taction, se mit en mouvement aussitôt que le général Soaham Veai averti qu'il avait sur les bras toutes les forces du général Reding ; les troupes de Saint-Gyr avaient opéré leur jonction avec celles de Soubam, sur les trois heures de l'aprèfl-midi; aussitôt, les Français commencèrent l'attaque sur toute notre ligne avec l'avantage du nombre et au moment où nous commencions à nous mettre en retraite.
Leurs efforts tombèrent principalement sur notre gauche; notre feu d'artillerie et de mousqueterîe et de mitraille fiit inconcevable et dut leur causer une grande perte. Mais l'ennemi, favorisé par le nombre (il avait au moins dix-sept mille hommes) de troupes fraîches et reposées, et d'ailleurs supérieur à nous par son organisation, parvint à jeter le désordre dans nos bataillons, qui toutefois se défendirent avec courage jusqu'à la dernière extrémité.
En une heure toute notre ligne était enfoncée, l'ennemi poursuivait de près nos troupes désordonnées qui ne trouvaient d'asile que dans les bois, les ravins et les endroits escarpés du pays. Le général Reding fut atteint par des cavaliers, opposa une vive résistance, reçut cinq blessures; et entre lui et son état-major, on tua ceux qui le serraient de si près, entre antres un colonel de cavalerie. Il put enfin arriver dans la nuit, avec ses aides de camp, à Tarragone, où le suivirent quelques troupes;
le reste rejoignît le lendemalo matin. Cependant jdasieiirs corps se dirigèrent snr Réus, de là au col de Balagner et
à Gambrils.
Les ennemis occupèrent Réos dans la journée soiTante et tout le pays connu sous le nom de plaine de Tarragone. Ainsi se trouva coupée la communication de cette {dace du côté de la terre. Le nombre des morts, blesses oo prisonniers dans la bataille de Valls ne saurait être exactement connu, faute de données offîcieDes; toutefois, par un calcul approximatif, on peut évaluer noire pezte à deux mille hommes. Celle des Français fut égale et même plus forte. Parmi les morts de notre côté, il but distinguer le colonel Armenta et le marquis de Sala : le premier, commandant des chasseurs à cheval de Grenade, et le deuxième, premier lieutenant des gardes wallonnes. Il y périt en outre beaucoup d'oflkîers de mérite. Au nombre des blessés se trouvent : le général es chef, le colonel Biard de Saintellier, commandant en second de la division de Garcia Coude, et plusieurs officiers de distinction. Le marquis de Castel d'Oiins, major général de la cavalerie, fut fait prisonnier, ainsi que le colonel Dumont, commandant des gardes wallonnes ; le lieutenant-colonel Autunez, des gardes espagnoles ; trois aides de camp du général en chef, Osoro, Chicheiy et Reid, et beaucoup d'autres.
Celte action, toute malheureuse qu'elle fui, n'en bit
pas moins d'honneur à nos troupes : si elles n'eurent pas le bonheur de remporter la victoire et d'être bien diri-
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gées, elles eurent da moins la gloire de se battre avec la pins grande valeur , pendant onze heures, contre un ennemi formidable, supérieur à la fois, par le nombre, la discipline et l'organisation.
La bataille de Valls éternisera cette gloire, et les Français, qui pourront bien critiquer la conduite de notre général* rendront justice, et l'ont déjà rendue, àTexcel* lente conduite et à l'intrépidité de nos troupes. Tous les corps firent leur devoir; il faut cependant accorder une mention particulière aux détachements des gardes wallonnes et espagnoles dont les chefe restèrent prisonniers de guerre, et an bataillon d'Antequera. Nous perdîmes toute notre artillerie ; mais, avant de la perdre, nous nous en servîmes avec beaucoup de succès. Les généraux, les officiers et les soldats, en un mot, toute l'armée mérite des éloges. Le général en chef compensa le défaut de connaissances militaires par la valeur extraordinaire qu'il déploya en différentes occasions.
Nota. Voir, à la Sd du Tolume, l'état des troupes espagnoles qui ont combattu k Yalls, pour se couTaincre de Terreur oii était M. Cabanes en attribuant aai Français une supériorité numérique qu'ils étaient loin d'avoir. Les dirisioDS Pino et Soubam, les seules qui se trouvassent h cette affaire, ayant laissé à ViUafranca les bommes les moins en état de supporter la fatigue, leur effeetif ne s'élevait pas à treixe mille combattants, tandis que, d'après l'état précité, Reding en a engagé quinie mille.
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LETTRE
DU GÉNfRAL BN CHEF AU PRINCB VICB-GOlfNBTABLE HUQi
Yalls, le 6 man 4809.
Monseigneur, malgré tons les moyens qni sont à fat disposition de Votre Altesse, elle n'a pu réaasir depok trois mois à me foire parvenir une lettre ; auctm oflBcier porteur de ses dépêches n'est arrivé jusqu'à moi : j'ai ëé plus heureux» J'ai la certitude que trois ou quatre de mes lettres sont passées entre vos mains ou dans celles d« S. M. l'Empereur; et dernièrement un de mes émissaires envoyé au général Heille , et assez heureux pour revenir sans accident, m'a rapporté la traduction en chiffres de deux de vos lettres, notamment de celle du 5 février, la date de l'autre est omise.
D'après ces lettres. Votre Altesse ordonne à un corps d'armée qui manque de tout , de prendre, dans le même temps, trois places fortes qui ont soutenu des sièges mémorables quand elles n'étaient défendues que par des û^upes; et aujourd'hui que, parla nature de cette guerre, les troupes ne font qu'une même cause avec les habitanls, qui voient, sans regret, tomber leurs maisons, quand k cause qu'ils ont embrassée l'exige , que cet esprit n'est
malbeureasemeAi que Irop constaté par la résistance que Sarragosseï TîUe ouverte, oppoto depuis longtemps à deux corps d'armée qui l'assiègent, et qui sont munis d'une artîUerie formidable; c'est dans cette circonstance que voua ordonnez la prise de trois places fortes, dans l'une desquelles ' s'est retirée une armée conunandée par un bon et courageux général ' , place qui , parmi les avantagea de sa position, compte celui de ne pouvoir être bloquée sans le concours d'une escadre.
La distance de Barcelonne est de vingt beures ; en approchant de Tarragone, il faut que les convois d'artillerie et autres, passent pendant une lieue et demie sous la mitrailla des frégates ou vaisseaux anglais, et la perte essuyée demiërement à l'expédition de Hataro , pour la rentrée de quelques grains dans Barcelonne, donne la mesure de ce qui arriverait ici.
D'ailleurs, Barcelonne n'a que cent soixante milliers de poudre ; notre consommation mensuelle est de trente milliers, elle n'a donc de quoi fournir que quelques mois à la consommation de l'armée , et ensuite, cette place, qui n'a pas aiyourd'hui le quart de ce qu'il lui faut, si des événements malbeureux la forçaient de soutenir un siège, n'aurait plus rien pour elle, ni pour l'armée.
Sur la route de Barcelonne et dans les villages qui l'avoisinent , jusqu'à Tarragone, il n'existe plus de subsistances pour les hommes ni pour les chevaux , et le pays,
* Tarragone.
s Théodore Reding.
de cette dendèie place (qui d'aiUenrs ne prodnit qpedaiîn etdesofites), est également dëponrvade tonta > ce qaî me finrce à me tenir à quelque dâde cette phce, et j'anrai même bien de la peine à BL y pcQCsrer encore poor quelques jours de vivres. L'arnée e^Bfnole £ût venir tout, jusqu'à la paille, des royaa- ■HsdeTalence, deXnrde et d'Ârragon^
ToCre âltesae nie dit qull n'y a rien autour de nonsqiii poisse résister 4 six mille hommes.
Je fan demande Iiîen pardon de n'être pas de son avis. La Avîâoa Sonham a été quelque temps seule le 25 , et noQS avons vu qu'a était temps que l'autre dirâion onîvât; cepeodant Tarmée de M* Reding avait été battoe en détail dans les huit jours qui avaient précédé cette de^ nière bataille. Il est très-malheureux pour le 7* corps que Votre AJtesse n*ait pas été à même de connaître de plus près la situation et les circonstances où se trouTC en Catalogne ce corps d'armée : elle se serait convaincue qu'il avait fait tout ce qu'il était possible de fiûre.
J'ai envoyé de Figuières à Sa Majesté l'état de l'année espagnole; je présumais qu'il passerait sous les yeux de Votre Âhesse, elle aurait vu ce que le 7* corps a combattu, n faut y ajouter les régiments de Palma, d'Estramadnre, les chasseurs d'Antequera» de Santa-Fé et le régiment soisse de Betchard ; les deux premiers n'ayant point été compris dans l'état^ et les derniers étant venus de renfort depuis peu. Je dois en distraire une partie de la garnison de Gironne, emmenée par M. de Lazan en avant de Lérida,
savoir : le régiment de Ferdinand VII, le bataillon de Daroca et les mômes qu'il avait conduits de TArragon & Gironne.
Avec la meilleure volonté du monde^ nous ne pouvons effectuer ce que vous ordonnez ; voici ce que nous tâcherons de faire :
Contenir l'armée ennemie le plus loin possible de Gironne, pendant qu'on essaiera d'en faire le siège ; je dis essaiera, parce que je prévois de grandes difiScultés. D'abord si l'on n'a pas envoyé de France de la poudre à Figuiëresy cette place n'en offre point assez ; elle est, d'après le rapport des ofiSciers d'artillerie, de mauvaise qualité et ne peut servir que pour les projectOes creux. L'embarras des subsistances et des fourrages sera grand, ainsi que celui des transports; et puis la division du général Reine ne me parait pas assez forte pour une place d'an aussi grand développement S'il a pu profiter àe l'absence de la garnison pour faire l'investissement, ce sera un grand avantage, la garnison sera faible, partie des miquelets étant devant Barcelonne et Igualada.
Si je fiiisais dans ce moment un mouvement pour me rapprocher de cette ville, tout ce qui est aux environs de Barcelonne se jetterait dans Gironne, et l'armée que j'ai devant moi me suivrait. Cependant je m'en rapprocherai, lorsque le siège sera commencé» pour empêcher que l'en* nemi, qui a de grands moyens de débarquement avec le secours des Anglais, ne tente de secourir la place et ne détruise les travaux du siège.
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J'ai déjà prévenu Sa Migesté qu'on avait levé en Gala^ logne, pour compléter les régiments de ligne» quarante mille hommes que l'on habille et qu'on exerce dans lei places. Avant on mois, M. de Reding nous présentera, an moyen de cette levée, une armée plus forte qu'il n'a jamais eue ; et nous qui ne recevons point de recrues et qui nous aflfaiblissons tous les jours, môme par nos auccès, nous serons fort embarrassés de lui résister.
On ne peut nier que les troupes espagnoles gagneol tous les jours, et nous sonmies forcés de leur rendre justice : à la bataille de Valls eUes se sont très-bien battues; il est vrai qu'elles sont extrômement favorisées par leapositiens et la nature du pays; mais c'est un avantage que, dans aucun temps, on ne pourra leur enlever. Elles sont ensuite commandées par un bon militaire, encoungé par la confiance des gouvernants de son pays, dont il a reçu des témoignages éclatants. Son armée est presque toute nationale, bien nourrie, bien payée et bien vêtue. L'armée ftançaise, au contraire, est composée de différentes nations, presque toujours à la diète, mangeant le plus mauvais pain, sans solde, sans souliers, et une grande partie sans vêtements, etc., ce qui occasionne une grande désertion dans les corps étrangers, surtout les Napolitains : j'ai la certitude que plus de mille viennent d'être embarqués pour être rejetés sur les côtes de Sicile ou d'Italie.
Signé: Gouvion sairthste.
LETTRE
DD GiRi&AI* RKDING AU GiNÉRAL COMTE GOUTION SAUIT-CTE.
TamgOBt, le 49 nun 4809.
Monaieur le Général ,
Conformément au désir que Votre Excellence me manifeste dans la lettre que je viens de recevoir, demain se présentera àValls un commissaire espagnol chargé de recevoir les malades, d'examiner l'état dans lequel ils se trouvent, et de me donner l'état numérique des militaires français que Votre Excellence y laisse et qui seront traités avec tous les soins et le zèle que l'humanité exige.
J'espère que Votre Excellence connaissant le malheur et la misère qui régnent dans cette viUe et l'impossibilité où elle se trouve de fournir les secours qu'un hôpital nécessite, laissera dans celui de Valls les objets de première nécessité pour le service des premiers jours, jusqu'à ce que j'aie placé un détachement de troupes qui, veillant au maintien du bon ordre et à la sûreté de ces mêmes malades^ puisse leur donner les secours nécessaires.
Je reste, etc.
Signé : Th. Rsding.
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LETTRE
DU GÉRi&AI. VERDI£R AU GÉNÉRAL EN CHEF.
Quartier général de Medinia, sous Ginniie, 46 nai 4M9.
S. M. TEmperear m'ayant ordonné de venir lemplaGer son aide de camp, le général Reille, j'ai reçn aujonrdliiB la lettre que Votre Excellence lui a écrite de Vich le 12 cooraot, par laquelle elle Tinforme qu'il ne doit pas compter « sur les secours qu'il lui avait demandés pour pouvoir corna mencer le siège de Gironne, et pour lui dire de com- « mencer ce siège avec les moyens que le gouvememeot (( a déterminés. »
Répondant à la lettre de Votre Excellence, j'ai Hionnenr de lui observer que m'étant fait représenter les états de situation des troupes en deçà du Ter^ j'ai trouvé que le total des combattants présents sous les armes, se portait à quatorze mille six cent quatre-vingt-seize hommes, les garnisons de Figuières et de Roses et le personnel da génie et de Tartillerie compris ; ce qui réduit le nombre de troupes que je pourrais employer au siège à enviroa neuf mille baïonnettes.
Votre Excellence connaissant le grand développement de la place de Qironne et de ses forts, a trop d'expérience delà guerre pour croire qu'une opération semblable puisse être
entreprise avec aussi peu de monde pour la soutenir. D'à* près ces vérités. Votre Excellence ne saurait, je crois, blâmer le parti que je prends de ne rien hasarder jusqu'à ce qu'elle vienne à mon secours ou que S. M. TËmpereur, à qui j'ai fiiit connaître ma situation , m'ait fait donner des ordres positifs sur une opération aussi importante. Je resterai donc dans ces environs sans rien faire avancer de ce qui concerne le matériel du siège, m'occupant seulement d'éloigner les partis d'insurgés qui m'entourent déjà de toutes parts, en attendant que Votre Excellence ait battu l'armée ennemie qu'elle dit se former devant elle et qu'elle veuille bien prendre un parti relativement à Gironne, dont la soumission doit donner, je crois, la tranquillité au reste de la province.
Je prie Votre Excellence de me permettre une réflexion; elle sera la première et la dernière que j'aurai l'honneur de lui faire relativement au siège de Gironne; la voici : Votre Excellence commande le septième corps de l'armée en Espagne, c'est-à-dire, toutes les troupes qui sont en Catalogne ; la place de Gironne doit l'inquiéter plus que personne, puisqu'elle lui coupe toute communication avec Barcelonne, où elle a une partie de son armée, et la France. S. H. l'Empereur veut que le siège de cette place soit fait et elle ne peut le vouloir que par les moyens et les troupes qui sont dans cette province. Votre Excellence commande tout, c'est donc elle qui doit tout diriger, autant pour son intérêt personnel que pour la réussite de la chose. Me trouvant avoir l'honneur d'être de nouveau sous ses ordres ,
j'ai celui de l'assurer d'avance que j'exécuterai avec plaisir et avec tout le zèle dont je suis susceptible , tout ce qu'elle voudra bien me prescrire; mais je crois devoir loi dire, vu le peu de troupes qui se trouvent ici et leur composition, qu'il est indispensable, pour que le siège de Gironne soit entrepris avec espoir de succès, qu'elle s'approcbe de cette place, qu'elle la voie et qu'elle détennine ensuite les troupes qu'ellejugera nécessaires tant pour le siège que pour la communication avec Figuières et la France , dernier objet plus important et plus diflBcile quU ne le parait d'abord.
Je prie Votre Excellence de ne voir dans les réflexions que j'ai l'honneur de lui adresser, que le désir que j'ai de bien servir, et d'agréer, etc.
Le Général de division ^
Signé : J.-A. Yerdixb.
P, S. Le iâ de ce mois une flotte de douze bfttimeDU anglais, dont huit vaisseaux et quatre frégates, s'est pré sentée dans le golfe de Roses, sans doute pour enlever un convoi et une corvette que nous avons là, ce qu'elle a tenté de faire dans la nuit du là au 13 , mais inutilement par U surveillance des marins et ceUe de la place de Roses. Craignant cependant que cette force supérieure ne parvint à enlever ce convoi, j'ai fait débarquer les vivres dont fl était porteur dans le fort de la place de Roses. Cette place n'ayant pas une garnison suffisante, je l'ai augmentée dn bataillon valaisan qui est de deux cents hommes. Jii
placé aussi cinq cents et quelques hommes de la cinquième légion an fort de Piguières où, à mon arrivée^ il n*y avait pas un seul homme ponr fermer les portes si on avait voulu le faire.
LETTRE
DU 6f NÉRAL EU CHEF AU MINISniB DE LA GUERRE.
Pornélls, le 43 août 4809.
J'ai reçu la lettre quo Votre Excellence m'a écrite le 25 juillet. Je ne répondrai pas aux dispositions militaires qu'elle prescrit au septième corps d'armée, après la prise de Gironne, parce que M. le maréchal duc de Castiglione, dont la santé est à peu près rétablie, va arriver à l'armée trèsincessamment et probablement peu avant ou au moment de la reddition de Gironnc. Je conserverai le commandement du septième corps jusqu'à son arrivée; malgré que, s'il survenait des circonstances de nature à m'occasioner des fatigues, même modérées^ je serais hors d'état de remplir mes fonctions ; et je ne me rends à vos ordres à cet égard que parce que je suis convaincu qu'il ne surviendra rien d'important, les victoires précédentes du septième corps ayant détniit la plus grande partie de l'armé enne-
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mie et lai ayant imprimé une terrenr si forte qa'elle n'osera pas lui présenter le combat et qu'elle verra prendre Gironne du haut de ses montagnes , sans oser en descendre, se bornant à tourmenter nos communications et i inquiéter nos convois.
Sans toutes ces circonstances, je serais resté à l'année pour obéir aux ordres de Votre Excellence, mais sans y conserver aucun commandement, parce que dans l'alternative de déplaire au gouvernement ou de ne pouvoir le bien servir, il n'y a pas à balancer sur le parti à prendre.
J'ai l'honneur, etc.
Signé : Gouvion Sautt-Ctb.
RAPPORT
nV GOUVERNEUR DE GIRONNE, DON MARIANO ALVAREZ, A U JUNTE SUPRÊME CENTRALE , SUR LA SrrUATION DE GBTTI VILLE, VERS LE HIUEU DU MOIS DE JUIN 4809.
Sire, je crois de mon devoir d'élever aux pieds de Votr« Majesté le récit abrégé du siège et du bombardement que soutient cette ville héroïque, dont Votre Majesté a daigné confier le commandement à mes soins.
Mais, comme l'exposition des faits particuliers et le rassemblement des pièces justificatives formeraient un
volome trop considéraUe, et que d'un autre côté, les inslairts précieux de Votre Majesté appartiennent à ses hantes occupations, comme les miens sont aussi réclamés par la situation critique dans laquelle je me trouve , je me bornerai à vous ofifrir ici nn léger témoignage de mes sentiments, et à vous donner une idée de Tétat de la place.
Nous comptons soixante-dix jours de siège, quarantehuit de tranchée ouverte^ et trente-quatre de bombardement continuel. Le château de Monjuich, qui domine entièrement la ville, à une distance trës-rapprochée, et qui peut être considéré comme sa principale défense, présente, depuis treize jours, une brèche praticable pour cinquante hommes de front. L'ennemi a jeté sur nous , pendant ce temps, dix mille bombes ou grenades. Cette fureur n*a produit d'autre résultat que la ruine des édifices particuliers ; le courage des habitants ne s'est point démenti; chaque jour plus attachés à la cause qu'ils défen« dent, on les voit courir avec plus d'ardeur, partout où leur présence est nécessaire.
La garnison , quoique très-peu nombreuse, car elle ne s'élève pas à plus de quinze cents hommes en état de servir^ a (ait des prodiges de valeur. Trois sorties et deux attaques, Tune de celles-ci répétée jusqu'à trois fois par l'ennemi montant à la brèche et dans lesquelles il a été repoussé avec une bravoure inexprimable, ont fait assez voir avec quelle discipline et avec quelle vigueur nous
saTons combottre. Mais le récit de ces nfiaires partielles
sera arrivé à la connaissance de Votre Majesté par la voie du général en chef de cette armée auquel j'en ai rendu compte successivement
Votre Majesté, dont les soins paternels veillent à la conservation de rhonneur national, sentira sans doute à qa^l point tous ceux qui se trouvent dans cette place ont bien mérité de la patrie. Sire, je n ai jamais vu leur enthousiasme se refroidir une seule minute, et mille fois ils ont voulu courir au-devant d'une mort glorieuse dans le^ rangs de l'ennemi , mais leur petit nombre me força de les contenir.
Dans cette position difficile, j'ai demandé plusieurs fois au commandant-général en second de cette armée, le marquis de Coupigny, un renfort de deux mille homnie« au moins , avec lequel cette garnison aurait à peine h moitié de sa dotation complète. J'ai vainement renouvelf mes instances, à mesure que mes besoins devenaient plif pressants.
Je crois donc qu'il est de mon devoir d'exposer tout cela à Votre Majesté, et de l'assurer, d'ailleurs, que ce( important boulevard de la Catalogne sera défendu jusqu'à la dernière extrémité ; que nous nous sacrifieroa> tous pour notre monarque adoré , le seigneur Ferdinaud VU, que Dieu garde, et que nous imiterons Texeur pie de Numance et de Sagonte, plutôt que de subir le joosf du tyran.
Tel a été mon serment à la tête de ces braves Espas^nois, et je le répète en ce moment nnx pieds de Voln*
Majesté^ l'ennemi n'entrera dans cette place que soi* mon cadavre. La proclamation ci-incluse fera mieux connnitna encore à Votre Majesté les sentiments dont je suis animé.
Sire^ aux pieds de Votre Majesté,
Stgné : Mariano Alvarez.
Gironoe. le \6 juillet 4S09.
LETTRE
DU (.ÉNiBAL GOUPIGNY AU GOUYEANBUR DE GIBONNE, DON
MARIANO ALVABEZ.
TarragoDe, le 24 juillet 4809
Votre dépêche du 16 courant m'a causé la plus grande surprise, et je trouverais bien plus étranges encore les reproches auxquels vous vous livrez, si je n'avais à considérer que Votre Seigneurie se trouve dans une place aussi fortement pressée par l'ennemi. Je sais très-bien ce que j'ai promis; je sais également que je n'ai point manqué d'envoyer le secours dans le moment où il convenait de le faire arriver à Gironne. Mais Votre Seigneurie ignore sans doute les dernières afiOaires de nos armées : elle i^iore que je n'ai pas été rejoint parles tronpes de l'Arra-
gon, sans lesquelles il m'était impossible de songer à fiiire lever le siège : elle ignore enfin que la province a an capitaine-général, lequel est actuellement, de sa personne , dans les environs de la ville. J*ai mis tout en usage pour tâcher de vous secourir : Gironne est l'objet de mes soins les plus empressés, de ma plus haute estime. J'eusse bien voulu conduire moi-même ce secours et m'enfermer dans la place avec ses braves défenseurs ; mais les circonstances s'opposant à cette résolution de ma part, j'ai chargé de l'expédition les individus que vous m'aviez indiqués vousméme, comme les plus capables de la faire réussir par leurs talents et leurs connaissances locales.
Que l'un d*eux ait été abandonné par ses troupes, que l'autre, qui m'était désigné par vos reconunanâations et qui venait d'obtenir un avancement militaire dans l'armée, se soit refusé à l'accomplissement de ses devoirs, ce sont là de ces choses que personne ne saurait éviter; mais ce que j'ai su éviter, moi, ce sont des récriminations aux* quelles j'aurais pu me livrer le premier, si, me laissant influencer par des avis et des rapports particuliers, je n'eusse pas souvent résisté à l'entraînement d'une première impression.
A quelle époque prétendez -vous que le secours aurait dû être introduit dans la place ? Est-ce au commencemenl de mai, lorsque l'on me disait que s'il fallait fournir l'étape aux troupes il devenait impossible de subsister, pendinl quinze jours, dans le cas d'un siège ? Lorsque deux mille hommes de plus, jetés dans Gironne, auraient pu hâter U
consommation des vivres et refroidir l'enthousiasme des liabitants» enthousiasme qui a produit tant de prodiges, qui ne cesse d'en produire chaque jour de nouveaux^ qui seul peat soutenhr notre cause? Est-ce quand rentrée des troupes dans votre ville y eût porté le germe d'une affreuse maladie et renouvelé les scènes d'affliction et de moit
<Iont la malheureuse Surragosse a été le théAtre ?
Nous savons bien qu'il est plus d'une manière de faire la guerre et que des moyens divers peuvent conduire aux mêmes résultats. Si les habitants de Gironne n'eussent pas connu le danger immédiat dont ils étaient menacés, ils n'auraient point couru avec tant d'ardeur à la défense ; si les assiégeants n'eussent pas été harcelés continuellement sur plusieurs points, ils n'auraient pas été forcés d'exécuter les mouvements dont vous vous êtes aperçu du liant de vos remparts : si des partis n'eussent pas intercepté lenrs convois, le feu de leurs batteries aurait été toujours aussi bien entretenu que durant les premiers jours do siège, et la ville et le Monjuich ne seraient plus que des monceaux de ruines.
Ainsi, que Votre Seigneurie s'abstienne de reproches qu'elle ne doit se permettre sous aucun prétexte, surtout quand elle a devant les yeux l'exemple de chefs, si fort portés à la modération qu'ils traitent avec une sorte d'in* ilulgence leurs subordonnés, en considëration du mérite que chacun contracte de son côté.
Et quant à la menace de recourir à l'autorité supérieure, Votre Seigneurie peut la réaliser quand il lui Tera plaisir ;
car, outre que mes opérations sont basées sur des fondements solides, je serai très-flatté que vos plaintes contre moi arrivent en même temps qae les recommandatioD^ que l'adresse moi-môme an gouvernement en faveur àe Votre Seigneurie et de tous ceux qui combattent sous se> ordres, dans la place de Gironne.
Dieu vous garde beaucoup d'années.
Signé : Le Marquis de Coupight.
LETTRE