‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 107 sur 120 · SUR LÀ MÊME AFFAIRE · texte numérisé non relu

SUR LÀ MÊME AFFAIRE

Cette noie a été fournie par un officier de l'étai-iiMiîor da général Reille, témoin oculaire.

Après la prise de Roses, le 5 décembre 1808, M. le colonel général, comte Gouvion Saint-Gyr, se dirigea sur Barcelonne avec le septième corps d'armée, et laissa

M. le lieutenant général comte Reille avec environ sept bataiUons et deux cent cinquante chevaux napolitains et toscans poor garder les places de Figoières et de Roses^ et couvrir la frontière de France. Ce général s'occnpa de suite de faire rentrer Tartillerie qui avait servi an siège de Roses ; de faire approvisionner cette place et la mettre à Tabri d'un coup de main. Pour protéger cette opération, il plaça un bataillon à Cftstello, avec Tordre, si l'ennemi se présentait en force^ de se retirer sur Roses, pour en renforcer la garnison : il chargea les deux cents chevaux napolitains d'éclairer la plaine entre Castello et PignièreSy et prit poste sous cette place avec une réserve de cinq bataillons et cinq bouches à feu.

Le marquis de Lazan, qui commandait à Gironne un corps espagnol, se porta, le 26 décembre, vers Tembouchure de la Flnvia avec cinq à six mille Catalans, et envoya sept à huit cents hommes pour intercepter la com* monication de Fignières à Bellegarde : deux frégates anglaises vinrent en môme temps enlever des bâtiments dans la baie de Cadaqnës.

M. de Lazan ayant ensuite reçu de Gironne nn renfort de trois mille hommes environ de troupes de ligne, et de quatre cents chevaux, ce qui portait son corps à huit ou neuf mille hommes, se dirigea, le 1*' janvier, sur Castello, et chercha à envelopper, avant le jour, le bataillon du deuxième de ligne qui s'y trouvait ; mais cette troupe, déjà réunie sur le plateau en arrière du village, se retira sur Roses suivant ses instructions. Elle fut fortement

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inquiétée par la cavalerie ennemie qui lui prit une cînqoutaine d'hommes.

Le général espagnol espérait enlever beaucoup d'artillerie dans les parcs de siège et dans les tranchées dmot Roses ; mais quarante-huit heures avaient suffi pour amener sous les murs de cette place toutes les pièces, les ponte et les voitures ; il ne restait que les fers coulés qoH De pouvait emporter. Voyant aussi que Roses qu'il avait cm surprendre était à l'abri d'un coup de main, il fit prendie position à ses troupes sur le plateau de GasteUo, et se Ûatta de faire une incursion dans le Ronssillon.

Aussitôt que le général Reille eut connaissance da mouvement de l'ennemi, il se porta avec deux bataiiloff sur Alfor (\oir le plan n« V) pour menacer ses comniDBh cations , en attendant le retour du général Goillot, quil avait envoyé la veille avec trois bataillons pour chaf^ les partis qui étaient sur la route de France, et ramener des effets militaires qui étaient à la Junquéra. Ce gënéni étant arrivé vers les quatre heures du soir, le comt'* Reille se porta sur Yilasâcra, et fit chasser de Fortia trou ou quatre cents hommes qui s'y trouvaient. Le 2 au matin, il manœuvra sur Gastellô , par échelons, pour vomcer de plus près le flanc de l'ennemi.

Avec d^x mille hommes d'infanterie il était impoffii* Ue de tonter une attaque sérieuse, contre un enoeoii aussi supérieur en forces, placé avantageusement et coovert par une digue et par la Muga, grossie par les plnirs qui tombaient depuis vingt*quatre heures; mais ih>t»(

possible de lui faire du mal , et de le mettre hors d'ëtat d'aller plus loin, en lui faisant consommer ses munitions qu'il ne pouvait tirer que de Gironne. Il n'y eut conséquemment que des tirailleurs fortement engagés de notre part, afin de forcer renneml à faire avancer des troupes pour soutenir sa position. Nos cinq pièces d'artillerie firent un grand feu sur lui tout le jour; celles de l'ennemi étaient placées trop haut pour produire quelque efiet, tandis que les nôtres , parfaitement servies , tiraient avec succès sur les corps qu'il était obligé de porter en avant pour pouvoir se maintenir contre les attaques dont il était continuellement menacé. Deux bataillons de notre gauche passèrent même la rivière pour voir si l'ennemi fle ferait pas quelque mouvement dont on pourrait profiter; mais comme il ne quittait pas sa position, et que les eaux de la Muga grossissaient toujours, ils eurent ordre de la repasser.

Une heure avant la nuit, le temps était affreux , notre atlillerie avait consommé presque toutes ses munitions; et, n'ayant point de caissons attelés pour eu aller cher* cher à Figuières , le général Reille manœuvra pour se rapprocher de cette place , y prendre des vivres et des munitions^ et se mettre à môme de faire le lendemain la manœuvre qu'il avait faite dans la journée; mais l'ennemi qui avait perdu beaucoup de monde et qui craignait une nouvelle attaque , décampa à dix heures du soir, et repassa le lendemain la Fluvia à San Pedro Pescador , emmenant avec lui quarante ou cinquante chariot? de

blesses. La cavalerie qui fat mise h sa poursuite , dès h pointe du jour, ramena soixante*dix prisonniers. Sa perte, d'après tous les rapports , fut d'environ quatre à cinq cents hommes, tués ou blessés; la nôtre d'environ cent hommes.

Ainsi se termina l'expéditiou dont l'ennemi s'était promis de si grands résultats, soit en enlevant Roses et tonte l'artillerie qui avait été employée contre celte place, soit en faisant une incursion sur notre territoire.

Le combat de Castellô ne peut être cité pour la vigueur des attaques^ il eût été trop imprudent de les tenter; mais nos troupes manœuvrèrent avant tant d'ordre, sons le feu d'un ennemi quatre fois plus nombreux, qa^ n'osa pas sortiif de sa position et se commettre en plaine; elles obtinrent donc tout le résultat qu'elles pouvaient espérer, celui de déjouer ses projets et de le forcer à la retraite.

LETTRE

DU g£néral d'artillerie rutt au générai en chef.

Valls, le 27 février 4809.

Le colonel Fabre me rend compte qu'il est sorti des magasins de Barcelonne, tant pour l'approvisionnement

JU^riFIGATITBS. 449

de Tannée qae peur le service des détachements fournis par la garnison, 1,889,335 cartouches d'infanterie, depois le i*' janvier de l'année courante jusqu'au 21 février.

Si Ton ajoute à cette quantité celle d'environ 700,000 carlouches que l'armée a prises en arrivant dans la même

place, on aura pour la consommation totale de ce genre de munitions , depuis le 21 décembre jusqu'au 21 février, la quantité de 2,589,325 cartouches, dont la confection exige l'emploi de 64^700 et quelques livres de poudre.

J'estime, par le dernier inventaire que j'ai reçu de* Barcetonne, qu'il ne s'y trouve pas en ce moment plus de i70 milliers de poudre (non compris quelques munitions confectionnées), dont la moitié tout au plus peut être regardée comme disponible pour le service de l'armée , attendu qu'on ne saurait laisser dans les magasins d'une place de telle importance moins de 80 milliers de poudre , je ne dis pas pour soutenir un siège , opération qui en nécessiterait huit ou neuf fois davantage, mais seulement pour fournir aux opérations éventuelles que la garnison pourrait être dans le cas de faire si l'armée vient à s'en éloigner.

Il est encore à observer que la nature du pays occupé ou parcouru jusqu'ici par l'armée, ne lui a pas permis de faire grand usage de son artillerie; et que, dans le cas où celle-ci pourrait être employée plus souvent, la consommation de poudre ëeviendrait beaucoup plus considérable.

Votre Excellence verra par cet exposé combien il est im«

portant de mettre la plus grande économie possible dses la consommation des munitions. Indépendamment des mesures qu'elle jugera convenable de prendre poor ilteindre ce but^ j'ai l'honneur de lui proposer les deux soivantes» que je regarde comme très-utiles :

V De ne jamais faire prendre au soldat, pendant ses marches, pins de cinquante cartouches; l'expénence ayant constamment prouvé que tout ce qui excède cette quantité (qu'il serait môme à souhaiter de pouvoir diminuer) est dissipé à pure perte ;

â® D'ordonner que toutes les fois qu'one troupe sen cantonnée, on ne laissera que dix cartouches dans la pbeme du soldat, et que le surplus sera déposé daos ai magasin pour être délivré au moment du départ.

Je ne parle pas des mesures particulières de sarreillance à prendre par les chefs de corps, pour la consenttion des cartouches laissées à la disposition du sokkt : ces mesures exigent trop de soins et le concours d'un tivf* grand nombre de personnes, pour que l'on puisse attendit des ordres qui seraient réitérés à ce sujet, pins de socef> que n'en ont eu les premiers ; mais les deux mesures qw j'ui l'honneur de vous proposer sont d'une exécution facile, et je suis persuadé qu'elles auraient un résuiUtntisfaisanU

Je prie Votre Excellence, etc.

L# général d'artillerie.

Signé : Rutt.

RELATION

DB LA DiEOirrB B'IGUALADA, TRADUITE DE L'ESPAGNOL, ET EXTRAITE DE L'OtJVRAGX DE M. CABANES.

Le 44 février <809, le général Saint-Cyr commença son monvement avec les divisions Pino, Chabot et Ghabran ; le 15, 0 qaitta ses positions de la Noya; le 16, il menaçait CapeUàdes; le 17, il fit un mouvement sur la Lacùna, et força nos positions en avant dlgnalada : ce qui obligea nos troupes à se retirer en partie sur Monmanéu, les antree restèrent sur les hauteurs du Bruch en arrière de l'ennemi.

Voici de quelle manière 8aint-Gyr effectua son attaque contre nos positions, auprès d'igualada : il savait que la position du Bruch était naturellement forte parce que les ravins, de chaque côté, empêchent qu'elle ne soit prise en flanc ; 11 songea donc à la tourner, la laissant derrière Ini ; il entreprit sa marche sur Igualada, par l'ancien grand chemin qui passe par Masquéfa, Piéra et CapeUàdes; le 16, il rassembla beaucoup de forces pour attaquer ces positions; le 17, il les attaqua de front, et voyant que nous en avions réuni de considérables pour les défendre, il laissa une partie des siennes pour prolonger le simulacre d'une attaque, et se porta rapidement, en une seule nuit« avec le gros de ses troupes, dans la direction de Llacùiia ;

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ce point ayant éi^ forcé, il les fit marcher à la dérobée et apparaître, tout à coup, sur les hauteurs de Hombuy, à la droite d'Igualada, à une heure après midi, dansla jonniée du 18, d'où elles diclèrent impérieusement la retraite «n général Castro, qui se vit entièrement tourné quand il ne croyait avoir d'ennemis que devant lui.

Ce général, en faisant sa retraite, avec sa réserve restée dans Igualada, en avertit ceux qui défendaient CapeUàdes, Pobla et d'autres points immédiats. Ceux-ci, sentant k danger de leur position, cessèrent de combattre et se retirèrent, non sans désordre, les uns vers les banteuis du Bruch, d'autres à Olésa ;.une partie suivit le géoénd Castro jusqu'à Monmanéu.

L'artillerie qui était à Igualada se retira d'abord à ce dernier village, ensuite à Cervéra. Les magasins restèrent au pouvoir du vainqueur, et pour la deuxième fois, Vettnemi, qui était dans une absolue disette, profita de nos subsistances, rassemblées au prix de tant de sacrifices; elles avaient été imprudemment déposées dans un viUage ouvert et qui n'est point militaire, tandis que, trois lienes derrière nous^ était celui de Monmanéu , au bout d'à défilé, qui nous ofihiit l'endroit le plus convenable.

Les Français ne publièrent aucune relation de la déroute dlgualada ; nous gardâmes le même silence; seolement, nos journaux parlèrent d'une action du 47 qnî. d'ailleurs assez peu importante, fut pourtant très-glorieose pour nos armes.

JU5TIFICATITES. 433

LETTRE

DO GÉIffBAL SODBAM AU 6ÉlfÉRAL EN CHEF.

% féfrier 4809.

Au moment où je vous écris, rennemi continue à défiler, descendant du village de Picarnoxons, et semble se mettre en bataîtle pour prendre sa position. Un capitaine et deux hommes qui ont été prisonniers^ annoncent que le corps du général Reding est de 15,000 hommes. S'il se retire» sads me livrer bataille, que dois-je faire ? Faut-il que j^ poursuive son arrière-garde? Je reçois à l'instant votre lettre que le chef de l'état-major m'écrit, et où il me dit de pousser une reconnaissance sur le point de Monblanch ; mais cette lettre devient inutile, puisque l'ennemi lire déjà le canon.

Signé : Souham.

RELATION

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