LETTRE INTERCEPTÉE
Mon vénérable ami, j'ai reça votre inappréciable lettre et je vois que vous rendez justice à mon zèle, quoique dans ce cas on ne travaille que pour son propre avantage. Tout ce qu'il y a de plus sacré pour l'homme de bleu me porte vers vous. Ce sont seulement les ordres absolus de la supériorité qui m'ont empêché de voler à votre secours, sinon avec les secours que je déârùs vous porter, au moins avec l'ardeur de mon inextinguible amour pour ma patrie et de mon affection particulière pour cette intéressante partie qui en est le modèle.
Cro3'ez sm* ma parole d'honneur que dans la situation où je me trouve, je préférerais mille fois être soldat de cette immortelle garnison, à me trouver ici, sachant ce que je sais ! à bon entendeur peu de mots
Je suis en train, à cette heure, de faire marcher dem cents des nôtres, du genre de ceux que je conduisis heureusement par le même chemin : ils sont de la plus précieuse qualité.
Je n'oublierai pas d'envoyer (si je le puis) les choses que vous me demandez et qui sont si fatales à la tranqmllité du monde.
Le général eu chef vous autorise pleinement à créer an
papier-monnaie, ou des billets sur le Trésor royal, qui tiendront lieu d'argent, et je vous le dis en son nom pour que vous tiriez de cette ressource tout le parti possible.
On apprête du lard et le vin est prêt pour vous être envoyé, ayant donné les ordres pour que d'Abisbal on envoie tout ce qu'il est possible. Pour sûreté on tirera un reçu de ce qui sera introduit, et pour cbaque cbarge de vin on vous en donnera deux. La plus grande difficulté est de trouver des outres, et pour s'en procurer on en &it une réquisition à Olot et à Yich. n est plus aisé de passer des sacs de farine que d'introduire des vivres, parce que la mauvaise qualité des chemins prolonge à l'infini un convoi un peu considérable; et quoique ces sacs pèsent sur la tète, on trouve le restant entre les denx lignes de l'ennemi. Pour les petites parties, il est plus facile d'envoyer des remises; mais je vois déjà pourtant que ces envois ne sont pas en proportion des besoins urgents !
Je n'omets rien, monsieur, pour vous alléger; mais tous ne sont pas aussi actifs que moi. On ne m'a pas donné, comme vous voyez, tout ce que je demandais pour le besoin. Je conçois néanmoins des espérances fondées d'en avoir davantage à l'avenir.
A la vérité, en attendant on n'introduit pas de vivres..... ! l'augmentation d'un autre genre serait très-préjndiciable.
Par ordre du général en chef, je vous préviens que tout officier qui introduira un détachement dans la place, ou un de ceux qui entreront avec lui, S. Exe. lui accorde un
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grade etfectif de plus, c'est-à-dire, le grade eifectif immédiatement supérieur à celui qu'il aura déjà obtenu effectivement. De plus, S. Exe. m'en avait déjà prévenu antérieurement et me le répète, à la date du 25.
Je vous souhaite, monsieur, tout ce que vous méritez. Je vous plains et vous admire, désirant de tout mon cœur que vos bonnes intentions ne soient point infrnctueoses. Je reste avec tout le respect et Taffection et S. S. Q. N. S. M*
Signé : E. 0.
RAPPORT
DU GSNiEAL GUIIXOT , SUR L'IFFAIRE DE BASCARÀ , ElfVOTÉ PIK LE GENERAL VEEDISR AU fiilUBRAL EN CHEF.
Bascara, le 24 septembre 4809.
Le poste de Bascara a été attaqué par deux mille dnq cents hommes d'infanterie et cent cinquante de cavalerie, au moment où le convoi y arrivait escorté par environ cinq cents hommes.
L'ennemi a montré beaucoup d'audace, et la troupe qui défendait Bascara a fait la plus belle résistance, elle a été foroée de se concentrer dans le château; l'ennemi s'es^ répandu dans la ville où une grande quantité a trouvé U mort.
JUSTIFICATIVES. 49i
L'ennemi ayant menace les derrières du convoi a mis la déroute parmi les voitures de paysans qui se sont enfuis jetant les sacs de farine, pour se sauver par les routes latérales ; l'escorte du convoi s'est précipitée au secours de Bascara et de la majeure partie du convoi qui y entrait, notre perte en farine n'est pas considérable ; il y a eu plusieurs chevaux tués.
J'ai fait ramener sur la route plusieurs sacs de farine qu'on a apportés à Bascara, mais il ne nous restera que très-peu de moyens de transport, sans espoir de s'en procurer, pour vous faire arriver des farines.
Informé de cette attaque, je suis parti de Figuières avec ma mauvaise cavalerie, cent hommes du cent-treizième et cent du seizième qui me restaient, et j'ai ordonné au cinquante-sixième qui est à Campmany, de venir me joindre à Bascara ; il n'est pas encore arrivé : avec ma cavalerie, ces deux cents hommes et la gendarmerie de M. Garriga, j'ai réuni également les grenadiers et voltigeurs du deuxième, un détachement de Berg et un autre de Westphaliens venant des hôpitaux, servant d'escorte au convoi ; avec cela, dis-je, j'ai marché à l'ennemi qui était en bataille au fond de la plaine de Bascara adossé au col d'OrriolSy je Tai forcé à la retraite en le chargeant, sans beaucoup tirer et manœuvrant pour l'attaquer par ses flancs; la nuit l'a favorisé dans sa retraite et j'ai lieu de croire qu'il se sera retiré du côté de Banolas ou EspoîieUA et Besaln ou Crespià pour se répandre sur nos derrières du côté de Damius. Je n'ai pu trouver à Bascara un seul
homme pour aller reconnaître la marche de l'ennemi : demain matin mes reconnaissances me l'apprendront sans donte, ou peut-être, dans la nuit, M. Ping, corrégidor, ou H. Garriga^ qui est ici avec moi, trouvera un moyen de le découvrir.
Je ne sais encore si la Croix de Fallines a été attaquée; dans le cas contraire le poste ne pouvait ignorer que Ba»cara le fût, et aucune reconnaissance n'a été poussée par ce poste. Ce que je puis vous assm*er, mon général, c'esl que l'ennemi a perdu beaucoup et nous tressa de monde.
Un capitaine espagnol, fait prisonnier de guerre ao pied du fort môme de Bascara, a rapporté que l'ennemi devait attaquer de nouveau au point du jour ; je n'en crois rien et ne prendrai pas le change, car je suis preaqoe certain que l'ennemi se portera sur nos derrières. Je pense, mon général, qu'il serait bon que vous fissiez parvenir ici quelques moyens de transport et pousser une reconnaissance d'infanterie et de cavalerie.
J'attendrai, mon général, vos ordres à Bascara, à moios que je ne remarche sur les derrières, selon ce que j'apprendrai des mouvements de l'ennemi.
J'essaie de vous faire parvenir ce rapport par quelques hommes d'infanterie , car la cavalerie est sur les dents et serait compromise.
J'ai l'honneur, etc.
Signé : Guillqt.
)USTIFICATÎVKS. 493