‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 111 sur 120 · REPRÉSENTATIONS · texte numérisé non relu

REPRÉSENTATIONS

IiE LÀ JUNTE SUPiRIEDRE DE CATALOGNE A LA IVVn SUPREME CERTEALE, SUR L'ÉTAT CRITIQUE DE LA PLACE DE GIRONNE, AU MOIS D'AOUT 1809.

Sire , il y a trois mois que rinvincible place de Oironne est assiégée ; il y a trois mois qu'elle ne cesse de nous demander, à grands cris , le puissant secours dont elle a besoin pour sortir de la situation critique où elle se trouve et qui deiîent chaque jour plus alarmante. H y a trois mois que la Catalogne tourne ses regards vers cette Jante supérieure et l'accuse d'une inaction coupable, dans des termes qui nous déchirent le cœur. Cette clameur universelle, les gémissements douloureux de la ville assié* gée et si malheureuse, les reproches de notre conscience, qui empoisonneraient le reste de notre vie, si nous négligions un seul moyen possible de la sauver, quand la con* fiance de nos concitoyens s'en est reposée sur nous, tous ces motifs nous obligent à nous adresser encore une fois à Votre Majesté sans craindre de l'importuner par nos instances réitérées , d'après la haute idée que nous avons de la bienveillance et du zèle patriotique de Votre Majesté. L'objet de nos soUicitudes est trop important ; la perte de Oironne entraînerait avec elle la ruine de la Catalogne et compromettrait gravement la nation tout entière.

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Nos représentations du 45 juin et du 2 juillet ont lait connaître à Votre Majesté tout ce que cette junte a fait josqnes à présent. La situation actuelle de cette ville infortunée est impossible à décrire : ses murs sont onveri^ de toutes parts, ainsi que ceux du petit fort de Montjoîcb, dont la chute amène infailliblement la reddition de la place. Il ne reste plus à la garnison et aux habitants à opposer aux boulets et aux baïonnettes de rennemi, que lear> propres personnes ; leur poitrine est leur dernier rempart, cette poitrine qui recèle des cœurs si émineomient patriotiques. Dans cette ville à jamais mémorable, se sont opé< rés des prodiges, que d'autres que des témoins oculaire rapporteront aux temps fabuleux, parce que le calcal df la simple prudence défend de les admettre comme possibles : la seule chose capable de soutenir la constance de ces invincibles Espagnols, de les faire lutter encore quelques instants contre la force des choses, c'est TespéraDO' de voir incessamment venir à leur secours et la province et l'Espagne elle-même. Eh ! comment ne croiraient-il* pas que la patrie s'empressera d'accourir pour les défeodre, quand ils se vouent à la mort pour la sauver ? Cependant le temps s'écoule et leurs vœux ne sont pas enleih dus. Les généraux de notre armée ne se décident à aocui: parti capable de faire lever le siège ; aucun des trois lieutenants généraux qui sont ici, n'a été chargé de se mett^f à la tête des troupes destinées à cette expédition. IN disent tous qu'ils agissent conformément au plan approu\r par Votre Majesté. Serait-il donc vrai que Votre Maje>lf

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eût approuve le plan d'abandonner Oironne à ses faibles moyens? Sa perte est la conséquence infoillible de cet abandon. Si ce malbeur arrive, les autres places de la Catalogne et de la Péninsule auront-elles le courage d'imiter la fidélité qui a fait de Gironne, de ses temples et de ses édifices un monceau de ruines, et condamné ses béroîqnes défenseurs à Fesclavage ou à la mort? Et si des calamités semblables viennent à menacer d'autres villes, doivent-elles compter sur des secours de notre part, tandis que la place la plus intéressante n'a pu les obtenir de la leur? Cette funeste réflexion, capable de glacer le patriotisme le plus ardent, de navrer l'âme des plus zélés défenseurs de notre cause si juste, n'en voyez-vous pas les terribles conséquences? Une fois le boulevard de cette frontière emporté, la province est ouverte à l'ennemi qui va s'emparer de nos récoltes, de nos trésors, de nos enfants, de nous-mêmes; enfin, la patrie n'a plus d'existence réelle.

Mais bornons ici cette douloureuse exposition ; puisque Votre Majesté a daigné proclamer hautement la gloire de cette province et son patriotisme, puisqu'elle a daigné prodiguer les éloges les plus flatteurs à la généreuse ville de Gironne^ ne permettez pas que le souvenir immortel de ses héroïques efforts rappelle en même temps k la postérité celui d'une lâche indiSérence.

Cela ne sera pas ; Votre Majesté s'empressera de donner des ordres aussi prompts que la foudre : les s^ecours nécessaires pour faire lever le sîi^pe arriveront do Ions les

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côtés ; déjà l'ennemi arrêté par une défense f9oloB%k au delà de ses calculs a consumé la moitié de ses forcef. Telle est donc l'espérance que nous osons fonder sur h sagesse et la bienveillance de Votre Majesté qui nous a chargés de veiller à la défense et à la conservation de cette province. Nous trahirions nos serments et nos devoirs les

plus sacrés si nous ne faisions retentir dans le cœur paternel de Votre Majesté les derniers gémissements qaV rache à la noble ville de Gironne une continuelle et trop longue agonie.

Dieu garde Votre Majesté longues années.

Poblet, le 46 août 4809.

LETTRE

DU GBNÉEAL SOUUAM AU GÉNÉRAL GOCVION SAIliT-GYB.

Yilobi, le 34 août 4809.

J'arrive de Brunola, l'ennemi est fort dans cette partie, j'estime sa force de quatre mille cinq cents à cinq mille hommes ; ce matin dans sa première attaque , il atiit pris une partie de la position du bataillon qui est sur ces hauteurs ; mais un instant après elle a été reprise à li baïonnette : l'ennemi a laissé sur ce même terrain cîd*

quante hommes, au moins, tués à coups de baïonnette et nne infinité d'autres à coups de fusil dans leur déroute.

J'envoie Tordre au quarante-deuxième de réunir deux bataillons de ce régiment à Estanol, afin de les avoir prêts en cas de besoin. Je n'ai pas osé dégarnir Bescano, ce point me parait trop important. Si Votre Excellence ordonnait qu'il fût gardé par des troupes du siège, alors je serais fort à mon aise et maître de mes mouvements.

J'ai l'honneur, etc.

Signé: Souham.

P. S. L'ennemi est à portée de fusil des troupes qui sont à Brunola, je crains qu'elles ne soient attaquées ce soir. J'entends même dans ce moment la fusillade : dans tous les cas la retraite est bonne, j'aurais alors mon premier régiment réuni sur les hauteurs de San Dalmày.

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