‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 26 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

IteuiUe de MoIibo del Réy. — Déroute et poursuite de reBfiemi jusqu'à Tarragone. — Remplacement par le général Reding dp général Vives, arrêté dans cette ville. — Séjour à Villa Franca. — Évacuation de Villa Nova. — Recomposition de l'armée espagnole, dans les places de la Catalogne, par le général Reding, — U y rétalilit la conflanee et la dlscîplliie.

Le SO décembre, après avoir fait distribuer aux troupes pour quatre jours de biscuit, et avoir fait faire une égale distribution de viande, prise sur ee qui restait encore de celle que nous avions amenée du Lampourdan, le général en chef alla prendre position sur la rive gauche du Liobr^t^ la droite à Molino del Rey, le centre et le quartier général à San-Feliu, et la gauche à Gornellâ, en face de l'armée ennemie, campée sur la riv^ droite, sa gauche à Palléja, son centre sur les hav^ teurs en arrière de San*Vicens, et sa droite vers le petit village de Liors. L*ennemi avait reconnu et occupé cette position à diverses reprises; il l'avait retranchée en partici et elle était naturelle*

ment extrêmement forte. Mais le général en chef français, ne voulant pas laisser refroidir le courage de ses troupes, ni donner aux Espagnols le temps de relever celui des leurs, était décidé à les attaquer dans quelque position que ce fût, et sans relâche, jusqu'au moment oh l'état.de défection de leur armée serait tel qu'il ne leur fût plus possible de tenir de sitôt un corps de troupes en campagne, et de venir troubler les opérations des sièges que l'on ne pouvait s'empêcher de commencer, à l'instant où se trouveraient réunis les moyens nécessaires ; car, pour s'établir d'une manière solide en Catalogne, il était indispensable de se rendre maître de ses places fortes.

Vives était de retour à son armée, qui s'était ralliée sur les troupes qu'il avait laissées devant Barcelonne, sous le général Caldaguès. Le général en chef avait renforcé la sienne de cinq bataillons de la division Ghabran ; il aurait pu en tirer davantage de la division aux ordres de Duhesme, si l'effectif de ses troupea eût été aussi élevé qu'il était porté dans les états de situation envoyés par ce général ; mais il montait seulement à huit mille hommes, et l'on n'en put tirer pour le moment que ces cinq bataillons.

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Les deux jours de repos que les troupes avaient eus à Barcelonne avaient suffi pour opérer la réunion dans cette ville des malades et des blessés restés en arrière.

Les Espagnols en avaient profité pour réunir leurs fuyards et concentrer leur armée : c'est ce qu'on avait désiré pour les combattre de nouveau, sans les aller chercher trop loin .

Ils auraient bien voulu qu'on leur laissftt plus de temps pour faciliter l'exécution des ordres donnés à Lazan et à Milans de rejoindre l'armée sur le Llobrégat; mais un plus long délai eût été contraire aux intérêts de l'armée française, et elle s'approcha de suite pour combattre l'armée espagnole, avant l'arrivée de ces divisions.

L'ennemi paraissait rassuré et confiant dans la belle position qu'il occupait ; on ne craignit pas qu'il songeât à Tabandonner durant la nuit ; car où pouvait-il en trouver une meilleure? Celle d'Ordal qu'il avait aussi retranchée était bonne, plusieurs officiers généraux espagnols la préféraient, dit-on, mais le général français la jugeait bien inférieure à celle du Llobrégat ; au lieu de couvrir, comme cette dernière, les routes de Tarragone et de Sarragosse, elle ne défend que celle

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de Tarragooe; elle est plus resserrée; les aioute* meûts n'y sont pas aussi libres; on n'aperçoit paa aussi bien les dispositions que l'ennemi peut faire pour l'attaquer, tandis que sur le Llobrégat il ne peut TOUS cacher que celle que vous ne voulez pas voir. Enfin celle d'Ordal a les inconvénients im-> menses d'être moins propre au développement de toutes les armes, de manquer d'eau, et de pouvoir âtre facilement tournée par San Sadurni et Martoréll.

Nous ignorions qu'au moment de notre arrivée^ les génémux espagnols fussent assemblés en oon-» seil de guerre et qu'ils discutassent la question de savoir si l'on quitterait la position occupée pour se retirer sur celle d'Ordal.

. Il nous semble que l'avis qui faillit prévaloir dp&s le conseil de guerre des généraux espagnols Wt celui qui prévaut dans presque tous ceux qu'on assemble en pareille circonstance; on y trouve toujours des défauts et des inconvénients graves à la position présente, tandis qu'une autre plus ^loignéB ne parait avoir jusqu'au moment oii on y arrive que des avantages qui disparaissent k leur tour, en faveur d'une troisième plvs en arrière encore.

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Nans avons tant m se répéter ce que nous venons de dire, que nous ne pouvons nous empêcher de plaindre le général assez malheureux pour reoourivàun eonseil de guerre, assistance qui, au lien de lui être utile» ne iait presque toujours qu'augmenter fres embarras et son indécision. Au reste, il était trop tard après notre arrivée sur le Llobrégat, pour exécuter sans danger un mouvement de retraite : le général espagnol n'avait plua que le temps strictement nécessaire afin de se préparer à un combat qui pouvait avoir lieu de suite, et qui ne fut remis au lendemain matin que parce que le général frauQais avait besoin de la journée entière pour compléter l'opération qu'il se proposait.

En faisant la reconnaissance des dispositions de l'ennemi , on s'aperçut qu'il s'attendait à noua voir arriver par le beau pont de Molino del Rey ; on manœuvra pour le laisser dans cette opinion^ et même pour l'y confirmer. Indépendamment de la coupure et de l'épaulement exécutés à la queue du pont, des deux tours en maçonnerie qui les dé*' fendaient, ainsi que les deux grandes redoutes placées en arrière et garnies d'une artillerie considé*» fable qui rendait le débouché de ce pont impos-*

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sible , il y avait encore aggloméré la majeure partie de son artillerie de campagne.

Cbabran fut placé à Molino del Rey, pour continuer d'attirer l'attention de Tennemi aur ce point; il devait masquer ses troupes, autant qu!il le pourrait, pour qu'elles fussent moins exposées au feu de l'artillerie espagnole qui, étant de gros calibre, les aurait faiit beaucoup souffrir; il reçut, pour la journée du lendemain, Tordre d'exécuter les mouvements propres à laisser croire à l'ennemi qu'on voulait déboucher parle pont, sans trop se découvrir, et de placer une pièce de quatre à la tète du village de Molino, de manière à mieux convaincre l'ennemi que c'était le commencement d'une batterie que l'on voulait y établir , pour protéger le débouché, et à lui faire diriger sur ce point une grande partie de ses bouches à feu; on recommandait au général Chabran de retirer ensuite cette pièce derrière les maisons, quand elle serait trop fatiguée par le feu des redoutes, ou pour en-

courager l'ennemi par la persuasion de l'avoir démontée ; de recommencer à la montrer quand il ne tirerait plus, et de répéter cette manœuvre jusqu'au moment où il verrait la droite et le centre de l'armée espagnole tournés et acculés près du pont : il

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