CHAPITRE TROISIEME
Avant son arrivée, Chabot, ayant plus de chemin à faire* avait déjà été dirigé de manière à tourner la droite de l'ennemi dans la nouvelle position qu'elle venait de prendre.
L*ennemi, voyant ce mouvement, se crut obligé d'étendre sa ligne de bataille, et en retendant, il Taffaiblit et facilita notre attaque. {Voir la planché \y bis.)
La deuxième brigade de Pino, Mazuchelli, sui- TÎt, en appuyant à gauche, le mouvement de Chabot, et forma la seconde colonne d'attaque. Celle de Fontane était, comme on Ta dit plus haut, destinée à rester en réserve. Les deux brigades de Souham suivirent le mouvement de celle de Mazuchelli et elles gravirent ensemble, aussitôt qu'elles en reçurent Tordre, la montagne sur laquelle était placée la droite de l'armée espagnole.
La grande sécurité que l'ennemi avait montrée la veille, à notre approche; la tranquillité qu'il conservait encore en voyant un mouvement aussi décidé et aussi offensif; la précision et l'ordre avec lesquels il venait de rectifier sa position, tout portait à croire qu'il était bien résolu, et qu'il voulait fermement prendre sa revanche de la bataille de Cardedeu.
A rapproche de nos colonnes, les Espagnols firent sur elles divers feux de file» de peloton et de bataillon qui annonçaient plus d'instruction qu'on ne leur en supposait, mais qui étaient assez inutiles, car nous étions encore hors de la bonne portée de la mousqueterie. Un peu après ils exécutèrent, avec quelques troupes et beaucoup de précision, un très-beau passage de ligne, en avant, mais tout aussi inutile. Ensuite ils s'ébranlèrent pour nous charger à la baïonnette ; admirant leur contenance, nous doublâmes le pas pour leur abréger le chemin ; mais , au moment de les joindre, et de croiser la baïonnette, ils se retournèrent, s'enfuirent, et recommencèrent la déroute de Cardedeu, après avoir fait, quelques décharges de mousqueterie de leurs réserves, quoique nous fussions aux prises avec la première ligne seulement; ce feu, exécuté si mal à propos, blessa beaucoup des leurs, et augmenta le désordre.
La droite de l'ennemi, tournée par Chabot avec ses Napolitains, fut, comme on se l'était proposé, rejetée derrière son centre, et celui-ci attaqué par la brigade Mazuchelli et la division française de Souham, fut rejeté sur sa gauche : de sorte que tous ensemble', pêle-mêle et dans la plus grande
GBÀPITRE TROISIÈME. lOi
confusion, furent acculés au pont de Molino del Rey, les communications de retraite leur étant coupées : celle de Villa Franca par Chabot, celle de Hartoréll par Chabran, au moyen d'un détachement qu'il avait fait passer à un gué qui se trouvait au-dessus du pont.
Si Chabran eût débouché dans ce moment, les deux tiers de Tarmée ennemie seraient restés dans nos mains, ou détruits. De la partie du pont en son pouvoir il vit ce désordre sans s'ébranler, et ne déboucha qu*au moment de l'arrivée des troupes de Souham au pont ; trop tard pour rendre ce succès complet comme nous devions robtenir s'il eût cédé plus tôt aux sollicitations du généra] Rey.
11 n'y avait dans le monde que les troupes espagnoles capables de se tirer de là. Mais, comment le Grent-elles? En jetant honteusement leurs armes, et abandonnant de leur équipement tout ce qui pouvait les empêcher de courir ou gêner leur passage à travers les bois, les rochers, etc., etc. Toutefois elles n'auraient pas réussi à disparaître ainsi au milieu des difficultés de leur situation, si Chabran avait débouché assez à temps du pont de Molino del Rey.
Chabran poursuivît ensuite les ennemis dans la direction d'Igualada, jusqu'à Martoréll, oii il prit position ; Chabot jusqu'à San Sadurni, et le reste des troupes, sur la grande route de Tarragone, jusqu'à Villa Franca, oti s'établit, le lendemain, le quartier général ; Souham établit le sien à Yendréll, ses troupes sur la rive gauche de la Gaya, après avoir chassé les fuyards devant lui jusqu'aux portes de Tarragone : le 22, Pino prit position à Villa Franca, Villa Nueva et Sitjas,
Pendant une telle affaire et une poursuite de quinze heures, on ne put atteindre que mille à douze cents prisonniers, parmi lesquels se trouvaient le général Caldaguès \ commandant l'aile droite de larmée, son chef d'état-major, les colonels Sylva, Desvais et O'Donavan, six lieutenants-colonels et d'autres officiers en proportion. Le brigadier La Serna et d'autres officiers moururent de leurs blessures à Tarragone. On ramassa une grande quantité de fusils abandonnés par les fuyards ; on prit tous leurs canons au nombre de cinquante, la moitié au moins de gros calibre; un drapeau et beaucoup de munitions dont on avait
< L*auleur du rapport 8ur la levée du siège de Giron ne qu'on a pu voir, pièce n*' 2.