CHAPITRE IV
Projet et dispositions du général Reding pour envelopper le septième corps dans sa position de Villa Franca. — Marche d'ooe partie du septième corps sur Iguatada^ pour couper sur son centre Tarmée espagnole et la refouler sur Tarragone. — Commencement de !*attaque du général Reding sur le septième corps & Yallbona. — Le général Reding surpris par le noayement offensif et inopiné de Tarmée française.— Déroule^ ï Igualada, du centre de l'armée espagnole.
Le général espagnol avait fait des dispositions qui pouvaient lui donner des succès ; cependant, en étendant sa ligne autour du septième corps pour Tenvelopper, il l'affaiblit et la rendit vulnérable sur plusieurs points. Le général français le laissa manœuvrer tout à son aise, et prendre autour de lui les positions qui lui convenaient, et quand il le vit prêt à déboucher, comme Reding le dit lui-même dans son rapport, il prit sur-le-champ l'offensive, qui lui parut le seul moyen de déconcerter le plan de son adversaire. Il partit le 16 février de Villa Franca avec la division Pino, laissant celle de Souham en position
122 CAlIPAGlfE DE CATiLOGirS.
à Vendréll pour observer les mouvements des troupes campées près de Tarragone et au col de Santa Cbriâtina, comme on Ta fait observer plus haut. Il attaqua et culbuta d'abord les postes du généra] Castro, à la Llacùna et San Quinti : l^ lendemain 1 7 au matin, il réunit dans les environs de Gapelladès la division Pino aux troupes de Chabot, parties la veille de San Sadurni et à . celles de Chabran parties de Martoréll, le tout formant environ 10,000 hommes d'infanterie et 900 chevaux ; au moment de cette jonction, le général en chef fit prendre en flanc, par le général Pino. les troupes espagnoles, dans cet instant vigoureusement engagées avec celles du général Chabot, qui avaient été un peu surprises et perdaient momentanément du terrain et des hommes^ entre autres, le colonel napolitain Garascosa; l'ennemi, par l'effet de cette attaque inopinée, fut aussitôt culbuté et chassé de toutes ses positions; et de positions qu'il faut conndtre pour se faire une idée de tout ce qu'elles offrent d'avantages pour la défense. Les Espagnols voulurent se rallier sur les hauteurs de Pobla de Glaramunt ; on se garda de gêner cette résolution dont nous espérions tirer parti, en ressaisis*
CHAPITRB QUATRIÈIIX. ISi
sant l'avantage que nous avions perdu en prenant, avant que Mazuchelli fût arrivé derrière l*ennemi, l'offensive à laquelle nous avait obligés la nécessité de dégager Chabot, dont on crai' gnait que les troupes ébranlées ne se décidassent à la fuite, et ne fussent jeter l'épouvante dans celles de Chabran, placées à leur droite. Mais les Espagnols ne purent y tenir longtemps, car, indépendamment de l'attaque dirigée sur leur front, ils se trouvaient tournés par la colonne de gauche du général Pino, parti de la Llacîiua, et qui avait ordre de se diriger sur Igualada, où étaient la réserve de Castro et le point de réunion des troupes que le général en chef mettait en mouvement pour couper la ligne de la deuxième division, forte de vingt bataillons, non compris les somatènes. Les troupes qui avaient voulu s'arrêter sur les hauteurs de Pobla de Claramunt, auraient été prises, si des Espagnols pouvaient être pris dans un tel pays , et si elles ne s'étaient retirées au pas de course aussitôt qu'elles furent rappelées par leur général ; il avait ordonné ce mouvement dès qu'il s'était aperçu que Mazuchelli arrivait sur Igualada, par le chemin de la Llacùna, poste que les Espagnols n'avaient point
124 CAMPAGNE DE GATALOGNEr
assez fortement gardé ni suffisamment défendut puisque c'était la clef de toutes les positions qu'ils occupaient sur les routes de Barcelonne, et le point par lequel on pouvait le plus facilement couper les communications des troupes rassemblées dans les environs d*Igualada, d'avec celles restées sur la Gaya et près de Tarragone. Les Espagnols coururent ce jour-là de grands dangers, et ne durent leur salut qu'à la vigueur de jarret dont la nature les a pourvus, et qui les rend si supérieurs dans les marches aux soldats de toutes les autres nations : ces troupes, je le répète, auraient été prises immanquablement, attendu que celles de Pino» arrivant de la Llacùna, entraient à Igualada au moment oii elles traversaient ce bourg à la course et dans la plus déplorable confusion. Les divisions Chabot et Chabran poursuivirent celle du général Castro dans les directions qu'elle avait prises, particulièrement sur les routes de Cervera, Cardonna et Manresa, et revinrent le lendemain prendre position à Igualada, pour empêcher les troupes battues de se reformer pendant tout le temps que durerait Topération commencée, qui avait pour but de parcourir leur ligne de communication depuis
CDAPITRE OUATRIÈME. 105
Igualada, qui en formait à peu près le centre, jusqu'à Tarragone, qui en était la droite et en même temps la base principale, puisque c'était de ce lieu que l'armée espagnole tirait ses vivres, ses munitions et tous ses moyens.
Nous retrouvâmes à Igualada les prisonniers napolitains, faits par les Espagnols sur le général Chabot, dans la matinée, près de Capellades, ainsi que nos blessés, entre autres le colonel Carascosa, dont nous avions regretté la perte.
Si nous ne fîmes pas dans cette affaire le nombre de prisonniers que nous eussions dû y faire, c'est que, dans cette journée, l'ennemi fit plus usage de ses jambes que de ses armes. Quelques centaines seulement, la plupart blessés, tombèrent entre nos mains. Les magasins que nous trouvâmes rendirent pendant quelque temps l'abondance aux divisions Chabot et Chabran, qu'il n'était plus possible de faire subsister dans les cantonnements qu'elles venaient de quitter \
Le général en chef avait le projet, en se portant sur la ligne ennemie et la coupant à peu près sur son centre, de refouler les troupes espagnoles les unes sur les autres, jusques à Tarragone, et
* Voir pièces justificatives, n^ 2i.
de profiter ensuite, pour les battre en jnasse, de la confusion et du désordre que l'on devait sup« poser dans un rassemblement successivement déposté de toutes ses positions les plus formidables. Souham devait se réunir à lui, à Villarrodoûa, après avoir forcé le détachement placé au col de Santa Christina, aussitôt que le mouvement que le général en chef venait de faire pour battre le général Castro serait terminé : ce qu'il pouvait connaître soit parle rapprochement des feux, qui, quoique de mousqueterie, s'entendaient de fort loin dans les montagnes, soit par Tenvoi d'un espion avec un signe convenu, ou une lettre portée par des ordonnances.
Ce projet ne put complètement s'exécuter, comme on le verra plus bas, parce qu'il survient toujours, à la guerre, des incidents qui dérangent les combinaisons, et qu'en Espagne ces incidents étaient bien plus fréquents, particulièrement en Catalogne, oti la nature du pays, la force de la population et le caractère des habitants rendaient les communications presque impossibles, même entre les distances les plus rapprochées.
Le 18, le général en chef partit d'Igualada avec la division Pino, pour aller attaquer le brigadier
CHàPlTBE QUATmilIB. 127
Yrans, qui occupait la position de San Uagi, donner suite aux dispositions faites précédemment pour compléter le désordre et la confusion de Tarmée espagnole, et l'amener ensuite à une ba«» taille décisive.
La division fît, à Santa Maria de Miralles, une halte d une heure ; le général en chef en profita pour envoyer des ordonnances et des espions à son chef d*état-major à Villa Pranca, et au général Souham à Yendréll, les prévenant de la réussite du mouvement sur Igualada, et de sa marche avec la division Piho^ pour se rapprocher de celle de Souham, qu'il engageait à se réunir de suite àlui à Yillarrodofta. Vers quatre heures de l'après- Hiidi, on attaqua San Magi, où les troupes du brigadier Yrans furent, après un combat d'une heure, culbutées de toutes leurs positions, comme celles du général Castro l'avaient été la veille, de Capellades, Pobla et Igualada. La division italienne bivouaqua à San Magi : l'affaire avait commencé tard et fini à la nuit : la marche avait été longue et pénible, quoiqu'on la mesurant sur la carte, elle paraisse courte. Pendant une bonne partie de la journée, la troupe, infanterie et cavalerie, filait homme par homme dans un sentier étroit et dif-
ficile. On n'avait, de tout le jour, malgré les recherches et les courses les plus fatigantes, trouvé aucun paysan pour nous guider dans la marche que nous devions faire le lendemain dans la direction de Tarragone ; nous étions en proie à la plus grande perplexité. Nous ne cesserons de le répéter : qui n'a pas vu ce pays ne peut en comprendre les difficultés et les périls. Heureusement, un capitaine de grenadiers, blessé et fait prisonnier dans le dernier combat, pria le général en chef de lui permettre de se faire conduire à Tarragone. Le général en chef lui demanda alors s'il était en état de reconnaître le chemin, et sur sa réponse affirmative, il lui dit que non-seulement il accédait à son désir, mais qu'il le ferait porter jusqu'à l'abbaye de S. S. Creus, vu qu'il n'y avait aucun habitant à San Magi ou dans les environs ; cette ofire lui fit grand pflaisir, et nous tira d'un grand embarras. Le lendemain matin 19, on le mit en marche sur le sentier qu'il indiqua, et à quelque distance de lui suivaient, avec un petit tambour qui lui servait de domestique, deux ou trois personnes, pour servir de jalons à la division, qui marcha derrière lui, et arriva, vers le soir, devant l'abbaye de S. S. Creus, sans avoir
CHAPITBE QUATRlilIB. 129
rencontré un habitant ni un soldat, par conséquent sans autre guide que le capitaine blessé.
On fut un peu contrarié de voir l'ennemi en possession de l'abbaye; on avait compté y trou- . ver des ressources pour la troupe, qui n'avait plus rien à manger, et que quatre jours de marches forcées et de combats avaient épuisée. Cette ab« baye était un poste excellent et bien fermé, que Ton ne pt)uvait forcer qu'avec du canon ; d'après ce que j'ai dit du ch#min que nous parcourions, on concevra que nous n'en avions pas. Cependant on voulut voir si l'ennemi avait dans sa position la confiance qu'elle devait lui inspirer, et s'il en sentait toute la force, afin que, dans le cas contraire, on tentât l'escalade : on fit donc quelques mouvements propres à lui persuader que nous avions l'intention de nous emparer de vive force de ce poste ; aussitôt le mur de l'enceinte, les divers étages des bâtiments, la plate -forme de l'église et le clocher se garnirent d'infanterie ; ils firent jouer aussi deux petites pièces de canon nommées violentosK Enfin ils mirent tant d'ordre
* Les Espagnols manœuvrent ces pièces avec une rapidité tdie qu'ils parviennent à leur faire tirer au moins douze coups
par minute; àja vérité, ils ne les pointent-pas, et elles ne leur
et d'assurance dans leurs dispositions, que nous jugeâmes qu'il serait imprudent de pousser plus loin cette attaque sans Tappui d'un peu d'artillerie pour ouvrir un passage. La division Pino bivouaqua sur les hauteurs boisées, au levant de ce monastère. Un autre motif que nous ne pouvions connsdtce avant de déboucher dans un pays moins désert augmentait leur confiance ; c'était le mouvement qu'avait fait Reding, aussitôt qu'il avait appris que ses lignes d'opérations et de communications avaient été coupées à Igualada, et ses troupes mises en déroute ; il avait réuni une partie de celles de droite qui étaient disponibles, et il marchait avec elles pour donner plus d'assurance et rallier plus aisément celles qui avaient été battues ; il passait précisément alors derrière Tabbaye, se dirigeant du côté d'Igualada, par Pla et le col de Cabra; son mouvement était couvert par les grenadiers de Castille, qui défendaient, dans ce moment, le poste important de S. S. Creus, où le brigadier Yrans était en personne.
procurent d'avanlage qu'autant qu'elles agissent sur des roasseà peu éloignées : de plus, leurs artilleurs les plus agiles el les plus robustes ne peuvent guère soutenir au delà d*un quart d'beore un exercice aussi forcé.