J. DUMAINE, LIBRAIRE -ÉDITEUR DE LEMPEREUR
Mac et paMMC DKupMnc, 30.
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Romana, et priver l'Espagne du seconrs de ces troupes, il les plaça daus une ile du Danemarck, ménageant ainsi à la politique anglaise la facilité de leur fournir des moyens de transport pour lui échapper et de ne lui laisser que la honte d'avoir en vain tenté de corrompre les chefs.
Les régiments d'infanterie destinés d'abord à la conquête de l'Espagne ne furent, par son ordre exprès, composés que de conscrits, qui ne devaient pas avoir fait une campagne; et non-seulement il se réconcilia avec le Prince de la Paix, mais il se lia plus intimement avec lui, tandis que ce favori ne pouvait que lui faciliter l'entrée de quelques provinces par la remise de quelques places fortes, et lui apportait, en échange d'un si stérile avantage, Thorreur qu'il inspirait à la nation espagnole, augmentée encore de ces apparences de trahison qui exaltèrent tous les individus de cette nation courageuse et si prompte à s'enflammer, renversèrent tous les projets de l'empereur, et préparèrent la destruction de sa puissance.
Plusieurs corps d'armée étaient déjà entrés en Espagne, et y occupaient, depuis un mois, différentes positions, sous différents prétextes, quand la révolution d'Aranjuès éclata. L'empressement
déraisonnable qui porta Murât à occuper Madrid avec un corps de troupes françaises, au lieu de le tenir plutôt à une certaine distance de cette capitale, y répandit une grande inquiétude et ajouta à celle qui s*était déjà manifestée à Toccasion du mouvement vers l'Andalousie, commencé quelques jours auparavant par le corps d'armée du général Dupont. Il parait certain que l'imprudence et la précipitation de ces deux mouvements contribuèrent à décider le succès de cette journée en faveur du prince des Âsturies, en enlevant tout espoir aux partisans du roi, parce que rien ne fait plus d'impression sur un peuple que la présence des étrangers cherchant à se mêler des affaires de rétat.
La protection accordée par Murât à Charles IV n'eut d'^autre effet que de faire abandonner ce monarque par le peu qu'il lui restait de sujets fidèles, et d'exciter l'enthousiasme que toute la population fit éclater pour Ferdinand. On ne tarda pas à connaître la réception faite à ce prince, à son arrivée à Bayonne, et les ruses dont on s'était servi pour l'attirer dans ce piège, et fomenter la divisioB dans la péninsule, en essayant d'y créer des partis. De plus, nos jeunes conscrits, vus de trop près,
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excitèrent le mépris des soldats espagnols, et donnèrent au peuple de la capitale une confiance telle qu'elle détermina l'insurrection du 2 mai, laquelle rendit inévitable une guerre qui n'aurait peut-être pas eu lieu : car la révolution qui venait de s'opérer le 20 mars à Aranjuàs, avait complètement dessillé les yeux de Napoléon, et lui avait donné, du caractère de la nation espagnole, une idée bien différente de celle que ses flatteurs lui en avaient fait prendre; déjà il accueillait avec une défiance et une défaveur marquées les rapports de Murât sur la situation de la péninsule. Il demeura longtemps dans une incertitude complète, prévoyant dès lors la résistance qu'on lui opposerait dans ce pays, et la facilité qu'il donnerait à l'Angleterre de former contre lui une nouvelle coalition. Quoi qu'il en soit, après l'insurrection de Madrid, et jusqu'au moment où, de toutes parts, éclatèrent de nouvelles insurrections contre ses troupes, il resta indécis s'il prendrait le parti du père contre le fils, ou s'il reconnaîtrait ce dernier.
Murât fut d'abord chargé du commandement en chef des corps que Napoléon fît marcher sur l'Espagne : Duhesme était entré en Catalogne le 9 février 1808, avec les divisions Chabran et Lechi;
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ce corps prit la dénomination de corps d'armée des Pyrénées-Orientales. Il était composé de treize bataillons et de neuf escadrons, formant environ douze mille hommes et douze cents chevaux.
L'entrée des Français en Espagne avait été concertée, comme on l'a vu plus haut, avec le Prince delà Paix. 11 n'était question, en apparence, que d'un séjour momentané ; on mettait en avant un projet d'expédition, d'après lequel Duhesme devait se rendre avec ses troupes à Cadix; il dut même l'annoncer au gouverneur de Barcelonne, en lui assurant que les vivres étaient déjà préparés sur la route, et qu'il attendait dans cette ville la dernière décision du cabinet de Madrid*.
Les Catalans ne furent pas dupes longtemps ; après avoir vu les Français mis en possession de la place de Figuières, puis s'emparant par surprise de la citadelle de Barcelonne et du fort Monjuich^
* Voir pièces jastificatives, n<» 1.
t Le S9 février^ quinze jours après son arrivée, Duhesme réunil loutes ses troupes sur la grande esplanade entre la ville ei la ciladeUe, sous prétexte de les faire manœuvrer, comme il l'avait d^ fait plusieurs fois : or, après différentes évolutions qui af aient une grande partie des habitants de Barcelonne pour speclaieoriy au moment de défiler, il lit entrer une colonne dans la citadelle, où le général Lechi venait de se rendre, et que le cou*
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personne ne douta plus des desseins de l'empereur. Alors le Prince de la Paix vit, mais trop tard, le fruit qu'il allait recueillir de ses coupables intrigues et de son inepte confiance; elles devaient précipiter du trône un monarque digne d'un meilleur sort, et couvrir l'Espagne de désastres et de ruines. Les Français ne tardèrent pas à s'aperce* voir de la fermentation qui régnait dans les provinces; l'animosité succéda au bon accueil qu'ils avaient reçu, et ne fit qu'augmenter jusqu'aux premiers jours de juin que l'insurrection éclata partout, mais plus fortement et plus complètement en Catalogne que dans aucune autre partie du royaume.
Le 3 juin, le général Chabran fut dirigé de Barcelonne sur Tarragone ; il y arriva le 8, et devait effectuer à Valence sa jonction avec le corps commandé par le maréchal Moncey; mais il ne put y parvenir, ne dépassa point Tarragone, et revint à Barcelonne après avoir éprouvé des obs-
mandant croyait èire venu lui faire une visite qu'il lui avait promise ; tandis que, dans le même temps, une seconde colonne se dirigeait sur le Monjaich, où cependant elle ne parvint à entrer qtt*à onze heures du soir, par suite de la juste méfiance du général AWarès.
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tacles de la part des insurgés qui s'étaient établis sur son passage à Ârbos ; ce bourg fut pris de vive force et brûlé.
Les Espagnols s'étaient également établis sur le L'iobr^at ; Duhesme les en avait fait déloger par la division Lechi, pour faciliter le retour de la division Chabran. Pendant ce temps la brigade Schwartz marchait sur le Monserrat ; le 6 elle fut repousséeavec perte, près du village de Bruch, par un petit nombre de paysans : Chabran voulut la venger, et attaqua, le 14, avec sa division entière la même position ; n'ayant pas été plus heureux, il alla se poster en arrière de Molino del Rey.
Le 16, Duhesme fit attaquer la position de Mongat, et le petit fort de ce nom fut pris d'assaut. Moncada fut attaqué en même temps, et l'ennemi chassé se retira sur Matarô d'où il fut délogé le 17.
Le 18, le défilé de Saint-Pol fut forcé, et le 20, partie du corps d'armée des Pyrénées-Orientales arriva devant Gironne, dont on commença enfin à sentir l'importance pour la communication avec la France, importance qu'elle partage avec la forteresse d'Hostalrich, et qui est telle qu'on n'aurait
point réussi à sauver Barcelonne^ si les Espagnols avaient su Tapprécier.
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Le 20 juin, on voulut s'emparer de Qironne, mais par une simple attaque de vive force, par une tentative d'escalade d'une part sur le bastion de Sainte-Glaire du Mercadal, et de l'autre vers la porte des Carmes, rive droite de l'Ona.
L'attaque de la porte des Carmes fut repoussée avec une grande perte, sans aucune espérance de succès ; celle du Mercadal se fit dans le plus grand désordre et sans prévoyance aucune, tellement que la colonne d'assaut était déjà en mouvement qu'il n'y avait pas encore d'hommes commandés pour porter les échelles, qui arrivèrent trop tard et ne firent qu'augmenter la 4*ionf usion ; cependant le terrain en avant du Mercadal facilitas! bien, par ses ravins, l'approche de nos troupes, que l'assiégé n'en fut averti qu'au moment de recevoir l'assaut; quelques hommes, conduits et précédés par le chef de bataillon napolitain Ambrosio , et le capitaine du génie Le Faille , montèrent sur la seule échelle qu'ils eussent sous la main, et si l'épouvantable désordre qui troublait la cohue des assaillants avait permis de faire exécuter un ordre, un mouvement quelconque, le Mercadal était peutêtre enlevé, et avec une très-petite perte. Cette
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attaque manquée, comme on n'avait aucun moyen de siége^ on se retira.
Duhesme partit des environs de Gironne, le 22, et rentra le 25 à Barcelonne.
Le 30, lennemi, ayant occupé de nouveau la ligne du L'Iobregat, en fut chassé une seconde fois. On se prépara à faire une nouvelle tentative sur Gironne, et à cet effet, on employa les quinze premiers jours de juillet à réunir les moyens et Tar^ tillerie que l'on crut nécessaires pour faire un BÏége en règle. On laissa le général Lechi avec sa division pour garder Barcelonne, et le 22 juillet, on investit de nouveau la place de Gironne, que l'on voulut attaquer avec plus de précautions;
le 23, on força le passage du Ter, défendu par
des miquelets; le 24, le général Reille, arrivé depuis peu en Catalogne, vint de Figuières prendre position au pont Major, et, par sa jonction, porta à onze mille hommes l'effectif des troupes devant Gironne; dans la nuit du 27, un fort détachement traversa le vallon du Galligan, et vint, en dépassant le fort Monjuich, se présenter, vers le point du jour, sur le plateau qui est devant; ayant été surpris, l'ennemi abandonna de suite trois redoutes ta naçonùerie qui le défendent, et nos troupes
s'y établirent. Cet avantage inspira la détermination que l'on prit, à ce qu'on assure, sans consulter le génie, d'attaquer la ville par ce point.
Les 28 juillet, 2 et 6 août, les escortes des con« vois que nécessitait le siège eurent à soutenir contre les insurgés des combats plus ou moins meurtriers, notamment celui du 6, où un bataillon napolitain fut enveloppé et perdit cent cinquante hommes.
Des renforts de troupes de ligne arrivèrent aux insurgés. Une partie des garnisons de Mayorque et Minorque était déjà débarquée en Catalogne, et commençait à former le noyau d*une armée régulière, dont le marquis del Palacio avait été nommé général en chef, et qui avait pris de suite l'offensive, en cherchant à faire lever le siège de Gironne. Le 16 août, le maréchal de camp comte de Caldagués ayant réuni près de Castellar de la Selva, derrière les camps des assiégeants, des détachements de troupes de ligne, de miquelets et de somatènes venus de différents points de la Catalogne, et formant une réunion d'environ six mille hommes de troupes de quelques jours de formation, après avoir concerté son attaque avec les chefs de la garnison, sans que les Français se
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fassent aperçus des communications qui s'étaient établies entre eux ; le comte de Caldagués, dis-je, se porta sur le front attaqué qui, par une circonstance difficile à expliquer, se trouvait être le moins garni de troupes ; il culbuta assez facilement le petit bataillon valaisan qui était chargé de la garde des attaques, et qui passa sur la rive droite du Ter, pour rejoindre la division Reille à laquelle il appartenait* Il semble qu'il eût été bien facile à Dahesme de rassembler la plus grande partie de ses troupes et de repousser et battre les Espagnols qui lui étaient si inférieurs de toute manière ; nous ignorons pourquoi il ne prit pas ce parti, et nous croyons qu'il fit dans cette circonstance une faute grave en ce qu'elle facilita la réussite de l'entreprise de Caldagués qui devait échouer complètement, parce qu'il n'avait pas de moyens suffisants pour la tenter avec succès. Cet avantage, important pour les Espagnols» leur donna une confiance qu'ils étaient loin d'espérer, et qui fut augmentée encore par le parti pris par les généraux français de profiter de la nuit pour effectuer leur retraite.
Les Espagnols firent sonner bien hautce succès, l'annoncèrent comme une victoire due à la bra-
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Toure qu'ils avaient déployée , et en publièrent des rapports pleins d'exagération^, qui excitèrent l'enthousiasme des Catalans. On répandit dans l'armée française que cette retraite ne s'effectuait qu'en vertu des ordres du major général ; mais comme le moment pour l'exécuter avait été si mal choisi, ce bruit ne trouva que des incrédules.
Le général Reille rentra avec sa division à Figuières, et le général Duhesme àBarcelonne, vivement poursuivi par l'ennemi : il prit le chemin de la mer que l'on avait détruit, et fut obligé, le 18, de brûler ses voitures et de jeter ses canons à l'eau. Dans cette retraite pénible il eut plusieurs combats à soutenir pour forcer le passage à Arenis de Munt, Premia et Mongat ; les troupes harassées rentrèrent le 20 à Barcelonne. Duhesme ne fit pas connaître les événements du 16 août, mais on trouvera son rapport sur sa retraite'.
Le 2 septembre, l'ennemi fut de nouveau chassé du L*lobregat, mais il ne tarda pas à y reparaître.
Le 10 octobre, les Espagnols, qui s'étaient concentrés sur les hauteurs entre Moncada et San Geroni, furent attaqués et forcés dans leur posi-
*■ Voir pièces jastificatâves, n* 2.
■ Voir pièces justificatives, n* 3.
tioD, après avoir essuyé une perte assez considérable'.
On ne croit pas devoir parler des combats journaliers livrés aux partis ennemis par Duhesme et Reille, pour se procurer des subsistances, combats peu importants, mais qui les affaiblirent au point de ne pouvoir plus sortir et s'éloigner à quelque distance, l'un de Figuières, l'autre de Barcelonne.
Tel était l'état des choses en Catalogne lorsque le général Gouvion Saint-Cyr y fut envoyé pour former de toutes ces troupes et avec le renfort venu d'^Italie le cinquième corps qu'on nomma bientôt après le septième de la grande armée, et commencer les opérations qui font le sujet de ce mémoire.
< Od en troa?era les nppom dans les pièces justiftcatÎTes, sinsi que ceux de Faffsire de S. Gulgat, à la suite de celui du général Duhesme sur sa retraile.