CHAPITRE PREMIER
Entrée en Catalogne, aiége de Roses. — Le général YiTès succède au marquis del Palacio. — Réunion et formation de Tannée espagnole sur le L*lobregat; son avant^garde sur la Fluria. — Blocus et siège de Barcelonne parle général Vives, de Roses.
Le 17 août 1808» le géuéral Gouvion Saint-Cyr reçut à Boulogne l'ordre de partir sur-le-champ pour 80 rendre en poste à Perpignan, oii des troupes parties d'Italie devaient incessamment arriver, sous le commandement des généraux de division Souham et Pino. Ces troupes, avec celles
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qui se trouvaient déjà en Catalogne , sous les ordres des généraux Duhesme et Reille, devaient former le septième corps de la grande armée, qui traversait dans ce moment la France pour entrer en Espagne sous le commandement direct de Napoléon.
Le septième corps se composait^ comme on le verra plus bas, de troupes de plusieurs nations et, en grande partie, de formation nouvelle.
Le commandement en fut confié au général Gouvion Saint-Cyr, qui dut s'occuper sans retard de son organisation ; il n'avait pas un moment à perdre pour être prêt à entrer en Catalogne au moment où l'empereur entrerait en Espagne.
A son passage à Paris, le général en chef vit Napoléon, qui lui apprit les désastres de ses armées, encore ignorés du public : c'étaient les premiers revers qu'il éprouvait sur le continent ; il en était singulièrement affecté, presque abattu. Nous l'avons vu depuis recevoir les nouvelles des plus grands désastres avec la plus froide insensibilité.
Le général en chef lui demanda, en le quittant, s'il n'avait point d'instructions particulières à lui donner : uNon, répondit-il; la seule chose que je
GHÀPiraB PRBMIBH. SI
« TOUS recommande^ c'est de faire tous vos efforts « pour me conserver Barcelonne : car, si vous • perdiez cette place, je ne la reprendrais pas avec « quatre-vingt mille hommes. »
Le général en chef arriva à Perpignan à la fin du mois d'août; il trouva cette ville encombrée de blessés et de malades, sans que rien eût été prévu pour les recevoir et les soulager; il y trouva aussi des troupes que le général Reille avait renvoyées de Figuières, comme incapables de continuer la campagne parle défaut total d'instruction, et le manque absolu d'habillement, d'équipement et d'une partie de l'armement nécessaire. Ces troupes étaient: le bataillon valaisan, un régiment toscan qu'on venait de former et de nommer le cent-treizième régiment d'infanterie française, et un régiment d'infanterie de la même nation, les gardes de la reine d'Etrurie, dont on allait former le vingt -huitième régiment de chasseurs achevai.
Le dénûment de ces hommes était si affreux que la vue ne pouvait s'arrêter sur eux ; on les plaça, en attendant leur organisation, dans les endroits les plus éloignés des communications, pour les soustraire à la pitié publique.
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Le général en chef apprit à Perpignan la levée du siège de Gironne, la retraite du général Reille à Figuières, et celle du général Duhesme à Barcelonne, avec la perte de toute son artillerie et de ses voitures. Tout ce qu'il y avait de troupes françaises en Catalogne se trouvait, après des revers successifs, fatigué, réduit de beaucoup par la désertion et les souffrances, plus encore que par les combats, extrêmement découragé, renfermé dans deux places, tout cela avant la formation d'une armée de ligne espagnole dans cette province, et seulement après le débarquement d'une partie des garnisons de Mayorque, etc. Â aucune époque, le général en chef ne vit un pareil découragement; il est vrai que cette armée n'était, pour la plus grande partie, composée que de troupes étrangères et de nouvelle formation.
La Catalogne présente des difficultés innombrables pour la guerre ; mais la plus grande de toutes est celle de s'y procurer des subsistances. C'est un pays de montagnes, élevées plus ou moins selon leur proximité des Pyrénées ou des rivages de la mer ; le peu de plaines qui s'y rencontrent sont d'une très-petite étendue, et trèscoupées; en général, le sol est constamment
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tourmenté et brisé. A toutes ces difficultés du terrain, il faut ajouter que cette province est la seule d'Espagne que l'art ait complètement fortifiée ; elle est hérissée de places fortes, plusieurs du premier ordre, et toutes dans des situations bien choisies, où la nature a fait la plus grande partie des frais; enfin la péninsule n'a nulle part une population ni si nombreuse ni si belle. Il n'est pas d'espèce d'hommes plus propre à dé-* fendre un semblable pays.
La Catalogne doit sa richesse à son commerce, à son industrie, à ses manufactures ; de là vient que dans, toutes les guerres elle a fait et fera toujours des sacrifices immenses pour ne pas devenir, même momentanément, province française, parce que cette réunion entraînerait la ruine inévitable de ses fabriques, qui ne peuvent, sous aucun rapport, soutenir la concurrence avec les nôtres. C'est néanmoins la seule province que Napoléon ait voulu réunir à la France, tant les difficultés à vaincre avaient de charmes pour lui ; il l'organisa en plusieurs départements, et défendit à ses généraux de correspondre avec Joseph ou ses ministres ; mais il difiéra de publier le décret de réunion qu'il avait rendu.
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Ses efforts, dans la dernière lutte, sont inouïs; Elle a armé presqae tous ses habitants en état de porter les armes, sous la dénomination de somatënes, espèce de milice depuis longtemps particulière à cette province. Au premier coup de cloche, ou à tout autre signal, ils se pourvoyaient de vivres pour plusieurs jours, se rendaient sur les positions reconnues les plus fortes de leurs cantons respectifs, et contribuaient avec et plus que les troupes de ligne à la défense du pays; elle a organisé quarante tercios^ de miquelets, sans compter un nombre assez consi* dérable de recrues qu'elle a fourni à l'armée régulière, et elle entretenait déjà depuis huit mois, à ses frais, et sans aucun secours du trésor, quarante-six mille hommes*. Les miquelets campaient avec la troupe de ligne et prenaient part à toutes ses opérations, pendant que les
^ Le tercios est un corps d'infanterie légère plus fort qu'un bataillon ordinaire ; il se composait de dix compagnies; sa force moyenne peut être évaluée à environ mille hommes ; quekpie^ ans sont restés au-dessous^ d'autres se sont élevés au-dessus. Les miquelets étaient choisis parmi les plus agiles des somatènes. (Yoir pièces justificatives, n* 4.) |
s Voir page 19 du Manifeste de la Junte centrale de Catalogne, imprimé et publié à Tamgone au commenceoient de janvier 1800.
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somatènes gardaient les montagnes, les routes, les défilés, rendaient impraticables les communications, éclairaient la marche des colonnes ennemies sur leur front et sur leurs flancs, appuyaient tous les mouvements et protégeaient les retraites de Tarrnée de ligne. Les habitants des places fortes défendaient eux-mêmes leurs remparts, dévouement qui, permettant de réduire les garnisons, laissait disponible un plus grand nombre de soldats. Des compagnies de femmes furent même organisées à Gironne : ces héroïnes y rendirent pendant le siège de grands services^
Ajoutez à toutes ces difficultés que l'Espagne est une puissance maritime, et qu'elle peut employer ses vaisseaux avec autant de facilité que de succès à la défense d'une province où de bonnes rades les abritent, et oii des places fortes les protègent. Dans cette guerre, les Anglais suppléèrent par leur marine à celle des Espagnols que diverses circonstances avaient presque entiè- ^ rement détruite. Ce sont tous ces avantages réunis qui ont fait appeler la Catalogne le boulevard de TEspagne.
Si Napoléon avait voulu faire une conquête
« Voir pièees Justificalhesy n* 5.
solide, c'est par la Catalogne qu'il aurait dû commencer; c'est là qu'il devait employer la majeure partie de ses forces ; il préféra entrer par le pays le plus ouvert, le plus facile, pour arriver promptement à Madrid ; il crut que, maître de la capitale, il y dicterait la paix, comme il l'avait fait à Vienne, etc. Il fut dans une erreur impardonnable pour un homme aussi éclairé que lui. Un peuple qui défend son territoire ne voit dans la capitale qu'une ville à reprendre, dans un grand échec qu'un grand motif de plus pour continuer la guerre. En Espagne il n'y avait point de souverain ; mais il y avait une nation abandonnée à toute son énergie, et personne pour accepter les conditions humiliantes imposées à Bayonne. Si, dans l'armée française, le moral avait été aussi affaibli que le physique, par les revers qu'elle venait d'éprouver, et par ceux des autres corps de l'armée en Espagne, les Espagnols étaient au contraire dans un état d'enthousiasme qu'il serait impossible de décrire, parce qu'aucun peuple de TEurope n'en est aussi susceptible. L'exaltation était portée chez eux à un point si extraordinaire, après l'affaire de Baylen, la levée des sièges de Sarragosse et de Gironne, l'évacuation de Madrid,