‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 69 sur 120 · CHAPITRE SGPTtÈMS. ÎTl · texte numérisé non relu

CHAPITRE SGPTtÈMS. ÎTl

ment la divison Souham dans les envirous de SaDta-Coloma; elles faisaient grand bruit, et paraissaient vouloir forcer notre droite; c'était une ruse; elles comptaient attirer toutes nos forces sur ce point, pour introduire plus facilement dans Gironne, par un autre, un renfort de troupes, à la place de celles que leur général avait tenté d'y jeter dans le commencement du siège, et qu'à notre ar* rivée à Santa-Goloma, nous avions fait rétrograder. Ne voyant pas exécuter le mouvement quMl espérait, l'ennemi chercha à profiter de la na-^ ture du terrain qui est extrêmement boisé, et de la dissémination forcée oil se trouvait la division PinOy pour faire entrer furtivement dans la place un détachement de dix compagnies d'élite chacane de cent cinquante hommes choisis parmi ceux de bonne volonté. Cette troupe fut mise sous les ordres du colonel anglais don Rodolphe Marshal, accompagné de don Narcisse Rioh, aide de camp de confiance du gouverneur de Gironne, qui connaissait parfaitement ce pays difficile : de sorte qu'avec de bons guides ils avaient déjà dépassé « dans la matinée du 9 juillet , la ligne du général Pino, assez près de la Llagostera, où était son quartier général.

Un traîneur, resté en arrière de cette colonne, fut arrêté et questionné par ce général : ses réponses firent connaître ce mouvement. Le général en chef en fut prévenu le 9, vers deux heures de l'après-midi; et, jugeant que cette colonne chercherait à pénétrer dans Gironne pendant la nuit y pour traverser avec plus de sûreté la ligne des troupes chargées du blocus, et qu'elle se dirigerait probablement par Castellar de la Selva, il envoya en toute hâte sur ce point Fadjudantcom mandant Devaux, avec le quatrième bataillon du soixante-septième, campé près du quartier général dont il faisait le service. A la chute do jour, ce colonel était à peine embusqué près de Castellar, comme il en avait Tordre, que la colonne ennemie, comptant profiter de robscurité de la nuit, déboucha : elle fut reçue par une fusillade vive, bien nourrie et à bout portant, qui lui tua un officier et plusieurs soldats, et lui fit rebrousser chemin, toujours à la faveur de l'obscurité et des bois dont ce pays est couvert.

Indépendamment des dispositions prescrites a Tadjudant-commandant Devaux, le général Pino avait reçu l'ordre de suivre la direction de cette colonne, et de battre le pays jusqu'à ce qu'il Veti

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trouvée. Le lendemain, 10 juillet, elle tomba entre les mains d'un parti commandé par ce général. Le colonel anglais demanda à capituler, et s'enfuit pendant qu'on parlementait. Les prisonniers arrivèrent le il à Caldas, d'où ils partirent pour la France le 12, sous l'escorte du bataillon du centième, et de l'escadron du dixième de hussards, arrivés précédemment avec le colonel Briche, et retournant au cinquième corps, en passant par Perpignan et Bayonne.

La perte de cette colonne, enlevée si près de Gironne, et dans le moment où cette place en avait un si grand besoin, fut très-sensible à l'ennemi. Le gouverneur Alvarez ne put contenir ses plaintes qu'il adressa à la Junte générale * et à son général en chef, en termes assez peu mesurés pour motiver les réponses que nous interceptâmes *•

En effet, si cette colonne d'élite était parvenue, à cette époque, à pénétrer dans la place, elle eût rendu les plus grands services à la garnison ; elle l'aurait puissamment aidée dans toutes les sorties qu'elle pouvait faire avec tant de succès avant la

* Voir pièces josUAcatives, n** 3i .

* Voir pièces joslifllcalives, n* 32.

prise du Monjuich, et eût infailliblement retardé la prise de cette forteresse.

La perte de l'ennemi fut de quinze cents hommes, tous grenadiers : mille tombèrent entre nos mains, sans nous avoir fait éprouver une perte de quatre hommes ; les cinq cents autres traîneurs ou égarés tombèrent dans celles des somatènes qui, selon leur usage, les dépouillèrent et les maltraitèrent, de sorte qu'ils ne furent pas moins perdus pour leur armée, sinon pour toujours, du moins pour un assez long espace de temps.

On apprit par ces prisonniers que, malgré les réclamations de la Junte de Gironne et des habitants de la Catalogne, les généraux espagnols ne comptaient faire de véritables efforts pour tenter de délivrer cette place que quand le siège serait plus avancé, et l'armée plus affaiblie par les maladies que les fatigues et les chaleurs allaient rendre inévitables. Ils ne pouvaient prendre un meilleur parti : dans Tarmée française on voyait avec peine différer ce moment, parce que le retard était tout à notre désavantage; nous nous affaiblissions chaque jour par la fatigue et la pénurie des subsistances que l'on n'obtenait que très-difficilement, car il y avait déjà un mois que

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les troupes arrivées de Yich vivaient des ressources qu'elles trouvaient sur le terrain occupé ou celui environnant, et il fallait que le soldat récoltât et battit le grain, le transportât au moulin, et ensuite la farine aux manutentions.

Le général en chef ordonna à tous les chefs de corps de faire en sorte d'avoir une réserve de pain biscuité, pour quatre jours, à distribuer aux soldats dans le moment oh l'on serait obligé de rassembler les divisions pour livrer bataille à l'ennemi, quand il voudrait entreprendre de faire lever le siège de Gironne ; cette utile disposition ne put jamais avoir lieu, quoique les troupes en sentissent toute l'importance et la nécessité : elles ne purent jamais avoir que la moitié de la provision voulue, c'est-à-dire pour deux jours; car la pénurie allait toujours en croissant.

Le 12y la brigade de la division Soubam, dont on a déjà parlé, avait pris position à BaAolas pour aider le général Verdier à rétablir sa communication avec Bellegarde, coupée de nouveau par les Espagnols qui venaient d'enlever un convoi de poudreàla Junquera; ce général plaça la petite brigade du général Guillot sur les hauteurs de San Llorens de la Muga, et continua tranquille-

ment les opérations du siège malgré la menace qu'on nous avait faite d'une attaque générale, pour le 25 juillet, jour de Saint-Jacques, patron de l'Espagne.

Le 2 août, il s'empara du couvent retranché de Saint-Daniel; l'occupation de ce poste par ses troupes était fort importante, en ce qu'elle devait accélérer la prise du Monjuich, en nous donnant la facilité de couper bientôt la communication de la garnison de ce fort avec la ville.

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