‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 71 sur 120 · CHAPITRE HurriiMS · texte numérisé non relu

CHAPITRE HurriiMS

Après l'enlèvement de la demi-lune» le général Sanson, directeur du siège de Gironne, ne con* tinua plus l'attaque sur le bastion, oii il avait fait précédemment une brèche, jugeant qu'elle ne pouvait plus être utile par le déblaiement que l'ennemi y avait exécuté, ou par toute autre raifiion. Il la dirigea sur le bastion A; l'assaut donné au premier avait fait connaître une difficulté à laquelle on ne s'était pas attendu : c'est qu'il était creux, et qu'en supposant qu'on en fût maître, on ne pouvait pénétrer dans le fort qu'en sautant de haut en bas, d'environ douze pieds, ce que le soldat n'aurait pu exécuter, même sans armes, et hors de la présence de l'ennemi, à plus forte raison devant lui avec ses armes et son équipement.

On se dirigea donc sur le bastion A ; on fit sauterun couvre-face qui le masquait ; les batteries de brèche commencèrent à tirer pendant qu'on perfectionnait le logement de la demi-lune; l'effet en fut rapide à tel point que le 1 1 août au soir, la brèche était praticable; on décida que Tassant sérail donné le 12 dans la matinée; et, comme on craignait que les troupes ne se ressou* vinssent trop de celui donné le 8 juillet au bas-

tion B, et que ce souvenir ne produisit une certaine hésitation extrfîmement dangereuse en pareil cas, sur la demande du général Verdier, on tira des deux divisions d'observation, deux détachements, forts chacun de mille à douze cents hommes, et commandés par deux officiers d'une intelligence et d'une bravoure rares : l'un, le colonel Eugène, du sixième italien, de la division Pino ; l'autre, l'adjudant-commandant Devaux, de la division Souham. Ces deux colonnes devaient monter à l'assaut, mais seulement dans le cas on celles prises parmi les troupes du siège auraient été repoussées : le général en chef n'ayant jamais voulu entendre qu'il y eût dans l'armée qu'il commandait des troupes inférieures aux autres en bravoure ; la manière dont celles du siège s'étaient emparées de la demi-lune, ne laissait aucun doute, dans son esprit, sur l'enlèvement du fort dont les attaques venaient d'être conduites avec toute la prudence nécessaire pour en assurer le succès. Cette mesure ne fut donc prise que pour rassurer ceux qui avaient encore conservé quelques craintes; au surplus elle fut inutile : les travaux des assiégeants étaient réguliers et suffisants ; dans la soirée du 11, les Espagnols firent

CUAPITRE HUITliME. 337

une sortie pour les mieux juger, et, après s'en être assurés, ils rentrèrent dans la forteresse, en firent sauter les magasins, et se retirèrent dans la ville de Gironne. On y trouva cependant encore qtiarante-six quintaux de poudre et dix-huit bouches à feu qu'ils n'avaient pas pris le temps de détruire.

La possession du Monjuich, qui est à lui seul une véritable place, susceptible d'une très-longue défense, par les diflicultés naturelles dont il est entouré, et par celles que l'art n'y a pas épargnées, faisait espérer en très-peu de temps la soumission de la ville. Les assiégeants s'exagérèrent encore ce motif d'espoir ; ils le communiquèrent au gouvernement dont l'imprudence les exposa aux sarcasmes de la garnison, par la publicité donnée aux assurances qu'un moment d'enthousiasme bien excusable avait fait hasarder.

Dès ce moment on crut remarquer de nouveau moins de prudence dans la conduite des opérations du siège, et plus d'opiniâtreté dans la défense des assiégés. Effets naturels de l'excès de confiance, d'une part ; et de l'autre, de Tamourpropre offensé.

L*attaque sur Bascara, qui n'était rien par elle-

même, comme on Ta vu plus haut, avait répanda Talarme en France, en raison de sa proximité de

la frontière, sur laquelle ce bataillon s'était retiré. Le maréchal Âugereau, qui habitait toujours Prades, la croyant en effet menacée, écrivit de suite au général en chef pour l'inviter à y envoyer un corps de trois mille deux cents hommes, c'est-à-dire d'une force égale à celle de l'ennemi.

Gelui-<;i s'y refusa, et saisit cette occasion pour offrir à M. le maréchal de lui remettre le commandement qu'il ne conservait qu'en l'attendant.

S'il avait dû répondre à tous les lïiouvemenls de l'ennemi, et avoir égard aux inquiétudes de quelques généraux, il aurait fallu qu'il adoptftt le système absurde des colonnes mobiles, préconisé encore aujourd'hui par beaucoup de militaires, mais qu'il a toujours considéré comme destructeur de la discipline, et pluô propre à faire naître et à exciter des insurrections qu'à les calmer. Les troupes auraient été constamment en marche, et exposées à toutes les surprises, à toutes les embuscades qui ne pouvaient manquer d'être tentées contre elles dans un pays où nous comptions autant d'ennemis que d'habitants. D'ailleurs quelque promptitude, quelque mobilité qu'elles

CHâPITRE HUTTIÈMÏ. 239

eoMent pu mettre dans leurs mouvements, Tennemi, plus mobile encore, toujours prévenu de leur approche et de leur force, les aurait, selon son intérêt, facilement évitées ou combattues, et nos détachements auraient ressemblé, la plupart du temps, à ces enfants qui, dans leurs jeux, poursuivent des oiseaux et des papillons à mesure qu'ils les voient se poser. Enfin, ils n'auraient rapporté de courses aussi multipliées, aussi pénibles et aussi dangereuses, que les germes d'une destruction beaucoup plus rapide que celle à laquelle ils étaient naturellement soumis.

Bien persuadé que le moment où les Espagnols oseraient pénétrer sur le territoire de la France, n'était point encore arrivé et n'arriverait jamais , tant que nos attaques seraient dirigées sur des points assez importants pour appeler toute leur attention, le général en chef croyait défendre, avec plus de succès, les frontières de la France, en n'y ayant pas un seul homme, qu'il ne l'eût fait en y plaçant des troupes. Le système contraire a souvent prévalu dans nos armées, ob l'on s'est obstiné à tout défendre et à tout garder, malgré les désastres tant de fois répétés, qui en ont été les suites et les conséquences.

240 CAMPAGNE DB GATAU)GffE.

Les armées belligérantes en Catalogne ne pouvaient avoir et n'avaient en effet qu'un but important : pour l'une, c'était la délivrance de Gironne ; pour l'autre, la prise de cette place. Une tentative qui n'avait pas directement l'un de ces objets en vue, devait être méprisée des deux côtés.

Le général en chef avait trop bien jugé cette attaque pour fatiguer inutilement ses troupes. II l'avait classée dans les mille et une tentatives que les Espagnols firent dans cette campagne, sans but, sans suite, et par conséquent sans résultat.

Le 16, ils parvinrent à introduire dans Gironne une colonne forte de huit cents hommes, partie d'OIot quelques jours auparavant. Elle traversa les camps de la division v?estphalienne, et passa le Ter, deux heures avant le jour, près de San Pons, quartier général de cette division. Cette colonne ne dut son salut qu'à la négligence de cette division; elle avait essayé, la veille, de traverser les postes du général Souham, dans les environs d'Angles, mais elle avait été repoussée.

Le reste du mois d'août se passa sans événement de quelque importance; mais vers la fin, la prise du Monjuicbi les prières de la Junte deGi-

Page 1