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ronne et de celle de la province^ les clameurs et les reproches du général Alvarès, les ordres im* périeax de la Junle générale, et l'indignation des Catalans, avaient enfin forcé les généraux espagnols à s'ébranler et à réunir toutes leurs forces pour tenter la délivrance de Gironne, dont le canon français battait les murailles. Les brèches n'en étaient pas encore assez perfectionnées, comme on le verra plus loin ; elles causaient néanmoins une alarme générale dans la ville et dans la province ; cependant nos bataillons étaient tellement réduits par l'effet des maladies et de la misère, qu'on pouvait à peine les porter, l'un dans Tautrei à trois cents hommes en état de quitter leurs baraques pour combattre, et, qu'à moins de vouloir attendre qu'il n*y en eût plus du tout, les Espagnols ne pouvaient différer plus longtemps à nous attaquer.
Le 31 août, le général en chef se rendit chez le général Verdier pour arrêter avec lui les dispositions relatives à sa division, et lui annoncer Tarrivéedu général Blake, avec tout ce dont il pouvait disposer de troupes et de somatènes pour tenter
* Voir pièces josiiOeatives, n* 35.
ils CAMPAGNE DE CATALOGNE.
de délivrer la place qu'on assiégeait depuis si longtemps.
Verdier témoigna au général en chef une vive inquiétude sur les événements qui allaient se passer; il craignait d'être forcé d'abandonner un siège long et pénible qui touchait à sa fin ; car il espérait que, dans la journée du lendemain, trois des quatre brèches commencées, pourraient être praticables. Ce qui s'était passé en 1808, oii les Espagnols avaient fait lever le siège de cette ville, avec des moyens si minimes et si inférieurs à ceux dont ils pouvaient disposer dans ce moment, était bien capable d'inspirer des craintes réelles.
Le général en chef convint que la perte d'une ai^ faire générale, essuyée près de Oironne, pouvait amener un aussi fâcheux résultat, et que dans l'état de faiblesse oh l'armée se trouvait réduite, l'ennemi pouvait l'espérer; mais il observa que tout le mal que l'on a lieu de craindre à la guerre n'arrive pas toujours; que l'ennemi savait sans doute que toutes les ressources de la France étant dirigées sur l'Allemagne, l'armée de Catalogne n'avait reçu» depuis longtemps, aucun secours eo hommes» pour réparer ses .pertes journalières ; mais qu'il pouvait ignorer encore jusqu'à quel
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point elle était affaiblie; que d'ailleurs il espérait de la fortune, des fautes que les généraux ennemis pouvaient faire, et surtout de la bravoure des troupes, qu'elles suppléeraient aux vides que les événements de la guerre avaient occasionnés dans leurs rangs, pendant une campagne d'un an; enfin, qu'il conservait l'espérance de voir se soutenir les craintes que sa petite armée inspirait depuis quelques mois au général espagnol, et que, dans tous les cas, il était, autant qu'on peut l'être, sans inquiétude majeure sur l'issue de la bataille si elle avait lieu le lendemain, ou le surlendemain, et la redoutait moins que l'inaction de l'ennemi» si celui*ci se décidait à rester réuni autour de ses troupes, et à éviter une action générale, comme cela pouvait entrer dans ses projets ; en voici les raisons:
Dans les deux jours qui allaient suivre, grâce aux deux rations conservées pour ce moment, nous pouvions présenter au combat environ dix mille hommes» non compris ce que fournirait la division de siège; c'était un grand motif d'espoir, parce que la force morale de cette troupe avait toujours augmenté malgré sa diminution numérique, causée par leii pertes journalières qu'elle avait es-
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suyées; mais dans les jours suivante, dès te 3 sep* tembre, après la consommation de ces deux rations, nous ne pouvions plus opposer aux Espagnols deux mille hommes ensemble, pi^ le manque total de vivres : il devenait impossible d*empècher leur armée de communiquer avec la garnison de Gironne, qui pouvait ce jour même se trouver entièrement délivrée, et cela sans coup férir, c'està-dire, sans s'exposer à aucun événement malheureux. Nos craintes véritables, nos dangers réels, n'étaient ainsi que pour le 3 septembre ; il fallait donc auparavant s'occuper des journées des l '^ et 2, des chances et des événements qu'il était probable qu'elles amèneraient, et qu'on pouvait encore espérer nous être favorables, puisque nous avions, comme nous venons de le dire, environ dix mille hommes à opposer à l'ennemi.
Ce que les Espagnols n'avaient pas fait depuis trois mois que durait le siège, ils paraissaient vouloir le faire, et la forte fusillade que Ton entendait dans les environs de Brufiola, montrait ce qu'ils pouvaient être en état de tenter le lendemain matin, l** septembre.
La nécessité de vivre forçait de tenir dissémi* nées et éloignées du champ de bataille présumé
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les troupes des divisions, particulièrement celles de Pino; cet inconvénient ne permettait pas de les y réunir avant midi le lendemain; mais ce n*é(ait pas une raison suffisante pour augmenter la crainte des revers, puisque le nombre d'hommes de cette division, qui ne pourrait pas entrer en ligne, si l'affaire commençait le matin, devait être momentanément remplacé par les troupes tirées du siège, dont on avait depuis longtemps prévu la coopération pour le cas qui se présentait : on convint qu'il était impossible d'éviter tous les inconvénients sans s'exposer atout perdre; qu*il fallait se borner à éviter les plus graves; qu'il était dans les chances possibles et même probables que l'ennemi profiterait de l'absence d'une partie des troupes de devant Gironne pour y introduire des secours et des munitions de bouche; mais qu'on devait regarder ces tentatives comme de peu d'importance dans la situation où se trouvait la place et oîi nous étions nousmêmes ^
< La sltnatioii la plus critique où un général puisse se trouver est celle (Télre forcé à donner ou recevoir une bauille, quand il est chargé en même temps d*on siège, et obligé d*en couvrir et protéger les opérations. Tout est gêné, tout est dangereui dans ses
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Blake avait dans ses mains toutes les forces dont il pouvait disposer; et dans les quarante* huit heures que nous allions demeurer réunis, nous devions savoir s'il lui serait possible ou noa de délivrer Gironne par la supériorité de son armée. Nous pensions que ce qu'il n'aurait pu faire dans ces quarante-huit heuresi il ne le pourrait pas plus tard, parce qu'il n'avait aucun renfort considérable à espérer.
Pour le moment, ce qui nous importait le plus, c'était que l'on crût en Catalogne et surtout que le garnison de Gironne fût convaincue que le général Blake n'avait pas assez de moyens pour faire lever le siège de cette place ; alors elle tomberait dans le découragement, considérerait sa perte comme inévitable, quoique retardée, et, malgré les renforts qu'elle pourrait recevoir, ne conserverait plus assez d'énergie pour faire des sorties
mouvements, presque toujours commandés ou ol>lîgés par ceux de son adversaire. Quelle chances différentes dans les succès ou les revers ! l'un peut se retirer du combat à toute heure, sans crainte d'être sérieusement suivi, l'autre ayant toujours à redouter un mouvement dérobé sur ses derrières ; et, si ce dernier est battOi quel horrible désastre lui occasionnent la levée précipitée dn fiîége et ses conséquences !