‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 18 sur 130 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

LA SCULPTURE ATTfQUK AVANT PHIDIAS.

Henri I^kchat. Au Musée de t Acropole, étude sur la sculpture en Attique avant la ruine de IWcropole lors de l'iniHision perse, i vol. ln-8". Lyon, A. Rey; Paris, À. Fontemoing, 1908 (ouvrage publié dans l(»s Annales de l'Université de Lyon). - — He.mu Lkch.vt. Jai sculpture attique avant Phidias, i vol. in-8'*. Paris, A. Foutcluoiug, i()o/i. (Ouvrage» |)ul)lié dans la Bibliothèque des Paroles françaises d'Athènes et de Home.}

IMIKMIKII XilTK.LK.

(]es deux iuivra<»;es ne |3»'U\ent guôre s»* séparer Tun de l'autre. Ils n»présen1ent lenseniblo des recherches patiennnent poursuivies par M. Lechat sur un des sujets les plus importants et les plus attrayants de l'archéologie grecque, l'histoire dv la sculpture à \thènes pendant la période archaïque et au leiideniam des guerres médiques, jusqu'au moinenl 011 se manifeste i'inlluence dt» Phidias. Ce sujet était , pour ainsi (lire, arrivé à son point do malurité. Les inuilles menu )ra Mes dirifîées sur l'Acropole d' \thène> par M. (lavvadias l'avaient complètement renouvelé, en même temps quelles ne laissaient guère d'(»spoir que, d'ici à longtemps, une autre série de du(*nnients aussi considérable tVit rendue à la lumière. M. Lechat était membre de TKcole française d'Athènes au temps 011 Ton exhumait les sculptures archaïques réunies aujourd'hui au Vbisée de l'Acropole. Il a été des premiers ii les étudier scientili(|\ipinent, à t»n scmter le style, la tecbniciue, la polychromie. Les études qu'il a publiées, de 1888 à 189^^. dans le Bulletin de (lorrespondann* ticltvniqne , son tra\ail sur la s(*ul])ture en pi(>rre tendre, inséré dans la

iriHIFII ««lIo^ALi

122 MAX^ COUJGiNON..

Revue archéologique, ont été justement remarqués. Ils le désignaient comme un des archéologues les mieux préparés à aborder dans son ensemble un avsii;V^stie îWijet^S'il î^pris soo temps peur meper cotte t«iche à bonne &n, c'ef^ qqe d'aiiJbres occiqputians ont 3aHicité soa attention. Je me bornerai à rappeler deu\ ouvrages paras l'un en 1895, lautre en 1903. Le premier est le beau volume sur bpidaure, pour lequel il a eu comme collaborateur ud arehiteot», aoaien pensionnaire de la Villa iVlédicis, M. Defrasse, et où il a fait revivre Thiéron d'Asclépios, avec ses édifices, et les cures miraculeuses qui en avaient fait la réputation. Le second est un petit livre, intitulé Catalogue du Musée des moulages de rLniversitéde Lyon, Sous sa forme modeste, il représente une lourde besogne accomplie, Tachèvement dun musée de moulages que peut envier plus d'une Université. Ceux qui ont eu à s'occuper de pareils soins savent ce ((u'il y faut dépenser de temps et d'efforts.

1. Dans le volume qui a pour titn» : Au Musée de l'Acropole, M. Lechat a réuni une série d*études consacrées aux sculptures découvertes pendant les fouilles. Mais il ne Ta point fait sans soumettre ces pages à une revision minutieuse devant les originaux eux-mêmes, au cours d\m séjour qu'il faisait il \thènes en 1902. Grâc« à l'heureuse ordonnance qu'il a su lui donner, ce livre est plus qu'un recueil d'articles; c'est déjà une histoire de l'archaïsme attique, où les monuments sont étudiés dans leur ordre chronologique : d'abord les sculptures en pierre tendre, puis les premières statues de marbre, auxquelles succède la série des Corés de style ionisant, enfin les statuer samiennes, qui, suivant l'expression de M. liCchal, « font bande à paît » et doivent être mises au compte de sculpteius de Sainos. Des études sur l'Athéna assise d'Endoios, sur le basivliel' d'Hermès et des Charités, sur une statuette d'Hippaiektryon, complètent ce volume, qu'accompagne une illustration asse^ abondante pour (|ue les docmuents essentiels soient mis sous les yeux du lecteur.

C'est toujours une excellente méthode que de procéder à l'analyse a\ant la synthèse, d'exposer les observations de détail avant de généralist'r. M. Lechat a donc consigné dans son premier ouNTage toutes les n marques de style et de technique que lui ont suggérées ses études prolongées au Musée de l'Acropole. Il a ainsi préparé les substructions où il se proposait d'édifier des théories. La méthode qu'il a adoptée est la méthode descriptive a\ec un classement raisonné de» documents, et en cela il n'a point innové. Mais ses descriptions peuvent être proposées comme des modèle.s d'analyse archéologique, car il a un mérite plu» rare qu'on ue le pense : il sait voir. Et ce qu'il voit si bien, il le traduit

dans une langue souple, pittoresque, colorée, qui rend arvecitne aisance élégante tes plus subtiles nuances de style. Nulle part, peut-^lre, ces ffualités ne se manifestent mieux que dans les chapitres relatifs arux célèbres Corés de martyre qtli ont déjà fait surgir tonte une littérattrre. Peu de monmnents de la sculpture grecque sont devenus plus rapidement populaires , et il semble que tout ait été dit sur leur grâce àtrhaïque , sur la coquetterie un peu compassée de lem* ajustement. A lire M. Lechat , on sent qu'on a pour guide un observfifteur admirablement informé, qui ne se paie pas de mots, qui fuit les banalités, et qui a longuement exffminé chacmie de ces figures pour en dégager ie caractère mdividuel. Personne n a analysé avec plus de précision les traits qui composent à la statue œoanisante, à la Coré aax bottes rouges, ou à la Cor^ d'Eitthydikos leur physionomie personnelle , ni mieux étudié les variantes du costume ou iagencement de la chevelure.

Si l'on veut apprécier avec quelle conscience M. liechat a revisé ses articles d'autrefois, on comparera ce qu'il écrivait en 1 890 sur le costume des Corés et les pages où il corrige sa première interprétation ^^l H est revenu avec raison sur Tidée que le costume comportait deux vêtements distincts, le chiton et le ckitoniskos y et il s'est rangé h Popinion de M. Kalkmann^^\ qui reconnaît dans le vêtement porté sôtts Phittiation une pièce imique, le thiton, avec Vapaptygma rabattu sur la poitrine. « Nous ne devons pas nous ingénier pour distinguer deux Vêtements inégaux superposés Pun sur l'autre ; nous n'avons sous les yeux qu'un vêtement unique dont le haut a été et demeure plissé, dont le bas ne Pa pas été ou ne Pest plus. » M. Leehat montre fort bien qudles difficultés créent, pour ces explications, les inexpériences et parfois îes tricheries des sculpteurs archaïques, qui prodiguent ies affectations conventiomielles, et j ont plus soucieux de l'effet à produire que de Pexactitude. Aussi reste-t-ii «ncore des points sur lesquels on peut hésiter. Je ne suis pas convaincu que dans certaines figures (fig. 12 et i3) le chiton soit « garni d'une sorte de rabat de toHe fine , qui est cousu au bord supérieur, et retombe sur la poitrine en plis très réguliers ». Il semble qu'il n'y ait là qu'un arrangement exceptionnel de Vapoptygma , qui ne appose point de pièce rapportée ^^ M. Leohat signale comme assez plausible l'hypothèse do M. Kaikraann, suivant laquelle ce prétendu rabat poufiaitétre une réminiscence des volants cousus sur les tuniques des femmes mycé-

'^ BuU, de Corr. hsUm., 1890, p. 3oi ^^^ M. Pottier a déjà formulé, à pro-

et suiv. Aa Musée de V Acropole, p. i5o. pos de cette question, des remarques

'*^ Jahrbucli des arch, Inst. ,\\ , 1896, lort justes. Bev, des Etudes grecques,

p. 3o. 1903, p. iSg.

124 MAX. COLLlGNOiN.

nieniies. Dans son second volume, en effet, il aura loccasion de noter, à propos de la décoration architecturale , de curieuses survivances du style mycénien. Mais le cas n'est pas le même, et la conjecture reste fort douteuse, car le costume des Cor es y si franchement grec et ionien, na rien de commun pour son principe essentiel avec celui que portent les femmes des intailles mycéniennes ou des fresques Cretoises. M. Lechat remarque lui-même que la rupture est complète entre la période préhellénique et la période hellénique, et que cette dernière est bien «le recommencement de tout^^^ ».

Il est difficile, sans le secours dune illustration, de suivre M. Lechat dans ses études de détail, d'examiner les groupements quil propose pour les statues de Corés; aussi bien il serait superflu d'insister sur un livre qui a déjà provoqué les éloges les plus justifiés , et qui aurait pu constituer à lui seul un travail définitif, si l'auteur ne s'était proposé d'aborder, dans une large synthèse, l'histoire complète du développement de l'art attique jusqu'à la fin de l'archaïsme.

II. Le livre intitulé La sculpture attique avant Phidias est un ouvrage de belle ordonnance oii l'auteur, ne se limitant plus aux sculptures de l'Acropole, met en œuvre tous les matériaux, anciens ou nouveaux, dont nous disposons aujourd'hui pour l'étude de l'archaïsme attique; il la conduit depuis les origines jusqu'à la jeunesse de Phidias, depuis le légendaire Dédale jusque vers l'année 45o. C'est la mise au point d'un des chapitres les plus importants de l'histoire de l'art grec, et, à bien des égards, on peut considérer le sujet comme épuisé.

Tout en faisant une grande part à la théorie, M. Lechat n'abandonne pas complètement sa méthode d'analyse descriptive; il n'a pas encore voulu donner le «livre alerte de uoo pages» dont il parie dans sa préface, et qu'il est mieux que personne préparé à écrire. Mais, si les remarques de détail tiennent ici une place que les scrupules de l'auteur ne leur ont pas ménagée, elles ne sont que la justification de la synthèse. Elles sont comme entraînées dans le mouvement régulier d'un développement historique, dont les étapes sont nettement marquées. Il faut louer sans réserves , dans cet excellent livre , la fermeté de la composition, la sûreté avec laquelle M. Lechat guide son lecteur à travers les problèmes les plus complexes, et la clarté de l'exposition. H est à peine besoin d'ajouter qu'on y retrouve toutes les qualités de son style, dont la souplesse se prête également a traduire les plus fines nuances de la

La sculpture attique avant Phidias, p. 18 et 19.

LA SCULPTURK AniQUE AVANT PHIDIAS. 125

forme, et à présenter, avec une rigoureuse précision, des conclusions d'ordre général.

Les origines les plus lointaines de Tart attique se perdent dans la légende, La période obscure pendant laquelle les imagiers taillent dans le bois dmlbrmes xoana est personnifiée par la figure de Dédale, Tartiste nomade que ses voyages conduisent en Grèce et en Sicile. Si le patriotisme athénien laccapare, c'est au profit de la gloire d'Athènes, car l'artiste qui crée la plastique, qui invente jusqu'aux outils servant à travailler le bois, la hachette, la scie et la vrille, n'est pas seulement l'initiateur de l'art à Athènes, il est aussi le père de la sculpture grecque en général. Laissons de côté la légende; la sculpture attique est bien réellement autochtone; elle est sortie du sol, et ne doit rien aux influences de l'Elgypte ou de l'Orient. H n'y a aucune raison de croire que des statues importées de ces régions aient donné l'éveil à l'art naissant, aient appris aux imagiers attiques les premiers principes du style et de la technique. Ce qui est admissible pour la Crète, pour Rhodes, pour la Grèce d'Asie, ne lest point pour Athènes. Encore moins faut-il songer a des survivances de l'époque mycénienne, autres que de simples éléments décoratifs. « La sculpture est totalement coupée dans l'espace des sculptures égyptiennes ou assyriennes, totalement coupée dans le temps de Tart des pré-Hellènes. » Telles sont les prémisses que formule M. Lechat, prémisses un peu systématiques, peut-être, car on a peine k se figurer l'Attique aussi complètement isolée , sinon de l'Egypte et de l'Orient, au moins des pays grecs qui pouvaient servir d'intermédiaires. M. Lechat est bien forcé d'admettre l'importation en Attique d'objets de commerce, qui peuvent au moins fournir des suggestions. Je m'étonne qu'il n'ait pas rappelé des monuments qu'il connaît fort bien , pour en avoir lui-même affirmé l'origine orientale; je veux parler des statuettes d'ivoire trouvées dans une tombe du Dipylon, avec des lions en faïence égyptienne, portant des caractères hiéroglyphiques qui permettent de déchiffrer le nom d'Ahinès^*^ Il y a là une preuve évidente des rapports que l'Attique entretient avec les pays orientaux, au temps où fleurit la céramique du Dipylon, du xi* au vin* siècle. On sait d'ailleurs que, dans cette céramique géométrique , il est possible de faire une part aux influences du dehors ^'^, et l'histoire de l'évolution de style qui conduit aux céramiques dites pvoio-aitiqnes n'est autre que l'histoire du style

^*^ Perrot, Histoire de l'art, VII, ^*^ Cï. PoiiieT, Catalogue des vases du

pi. III, p. iq3-i4^. Cf. Lechat, Revue Louvre, p. a35-aa8.

des Etudes grecques, t. IX, p. M5-/|46.

120 ¥A\. €OLLlGN()N.

♦çéorntHrkjue s'efTaçant gradueUemenl devant celui des ateliers grécoorientaux. Pourquoi, dès lors, seuls parmi tous les sculpteurs gi'ws , ii^ sculpteurs attiques auraient-ils tVhappf» à tout contact direct ou indirect a\ec rOrient et ^Egypte?

Avant les fouilles de TAcropole, on ne possédait aucun renseignement sur la période qui représente la transition entre le tra\^il du bois et celui du marbre. Nous savons aujourd'hui que cette période est celle de la sculpture en pierre tendre , et eHe ne nous est connue que par les monuments exhumés, de 1 882 a 1 890 , sur TAcropolo d'Athènes. Ces derniers n'ont pas seulement Tintért^t d'être les uniq\ies témoins dune technique de transition , et de nous aider à comprendre ce -que pouvait être le travail du bois, dont ils sont encore tout proches; ils forment par surcroît une série très homogène, et relativement peu étendue dans le temps, car ils pn)viennent des sanctuaires élevés sur TAcropole dans la première moitié du vi'^ siècle. Ce sont, en eflfet, pour la majeure partie, des frontons, c'est -à-din* des œuvres de sculpture monumentale, de dimensions parfois considérables, très riches en renseignements de toute nature pour la teclmique de la pierre tendre : le fronton de \ Hydre , le fronton roarjCy dont on possède une partie, le groupe d'Héraclès luttant contre Triton; les deux frontons du temple principal, le vieil Héoatompédon y le fronton d'/m et celui de YOUvier. Les grands groupes d'animaux, dont le plus important est celui du taui^eau ten^ssé par un lion, complètent ce que les frontons nous apprennent déjà sur les procédés de oompositiofi des sculpteurs attiques. 11 est à peine besoin de rappeler quel étonnement a provoqué, au lendemain des fouilles, l'étrange coloriage dont ces sculptures étaient revêtues; on se trouvait en présence d'une polychromie toute conventionnelle, où dominent le bleu et rouge , à côté du vert, du jaune ou du noir, et qui procède par l'application de couleurs tranchées, simplement juxtaposées. M. Lechat ne pouvait se dispenser de revenir sur une question déjà fort étudiée. Dans un chapitre spécial, sous une forme très condensée, il a examiné tourte la technique de la polychromie, et en a dégagé nettement le principe essentiel qui est « l'accord de la décoration ^peinte de ces sculptures avec celles de l'édifice entier ».

Si l'on compare l'étude que M. Lediat consacrait aux frontons en pierre tendre dans son premier ouvrage et celle dont ils sont l'objet dans le second, on s'aperçoit qu'il a su éviter les redites. C'est qu'ici l'auteur se préoccupe moins des questions de détail que de la place hislolique des monuments; c'est aussi, et il est le pi^mier à reconnaître, (ju'il a pu profiter de l'important travail pubUé, dans l'inten aile , par

M. Wiegand^^^ sur les édifices archaïques de TAcropole. Sans doute, cest Tarchit^cture de& édifices qui a surtout sollicité Tattention de M. Wiegand; Kuais notre connaissance actuelle des sculptures en pierre tendre doit beaucoup k ses minutieuses recherches et la restitution des frontons à'tris^ et de ÏOUvier est en grande partie son œuvre. J ai pu voir récemment à Athènes quels minces débris nous en sont parvenus, et appréder avec quelle sagacité M. Wiegand a su tirer parti des moindres morceaux.

Rien nest plus incertain que la chronologie relative des édifices, et, par suite , que celle des frontons. Tandôs que M. Wiegand attribiue la date la plus ancienne à YHécatompédùa, M. Lécha t s appuie sur des consôdlérations de style, s\xr l'analyse des scidptures, pour proposer un auti^ classement chronologique. Les deux édifices les plus anciens seraient ceux auxquels ont appartenu les deux frontons en bas-relief, celui de Ylfydr^ et le fronton rou^. M. Lechat reconnaît dans ces sculptures la main de praticiens habitués à travailler le bois, à marder la scie, l'herminette et la gouge , et encore esclaves des habitudes acquises. De là ces gaucheries d'exécution , ces plans qui modèlent maladroitenient les rondeurs , comme si lartiste ignorait encore les ressources que lui offre la pierre et n avait pas changé son outillage. Faut-il avouer que , si la théorie est fort séduisante, elle n emporte pas la conviction? Nous ne savons rien de la sculpture en bois, et nous ignorons si les imagiers qui la pratiquaient n'étaient pas capables de polir une surface arrondie. 11 y avait bien des chapiteaux et des colonnes dans le& anciens templies en bois antérieurs aux édifices de pierre. D autre part, cette technique par plans est-elle vraiment, pour le fronton de ï Hydre, Tindice d'une date plus ancienne? Ce fronton nest, à proprement parler, qu'un bas-relief a très faible saillie, et M. Lechat, traitanli des origines du bas-relief en pierre, démonti^ fort justement qu'il n'est qiu'une sorbe de peinture murale à dessous un peu saiilanL Ce dessous, préparé pour la polychromie pouvait être exécuté avec une certaine négligence. Peut-être le classement chronologique proposé par M. Lediat est-il un peu arbirtraire, et c'est avec réserve que nous enregisison» la date assignée aa fronton de ï Hydre y à savoir la fin du yxt siède. Ceux de \Héoaù)mpédon appartiendraient au premier quart du vf siècle.

Nous devons nous arrêter à ces derniers, car ils décoraient l'édifice principal de l'Acropole, uii temple doorique, à antes, dont l'architec-

^'^ Theodor Wiegand , Dtt arckaîsche cet ouvrage dans le Journal dis Savants , Poros ArckUektmr der Akr^polis za sepiBmbre 1^4* p. 5o4-5i5. Athen. M. Léchai a midu compte de

ture et la polychromie ont été heureusement restituées par M. Wiegand. Dans le fronton occidental était représenté le combat d'Héraclès contre Triton , en présence d'un être monstrueux dont il est superflu de décrire le triple buste muni d'ailes et terminé par la masse allongée que forment trois corps de serpents enroulés. C'est le personnage auquel M. Lechat laisse le nom de Typhon , consacré par l'usage , non sans mettre justement en doute l'exactitude de cette dénomination. L'auteur se borne ici à d'intéressantes remarques de technique et de style, car il a discuté ailleurs l'hypothèse de M. Brùckner qui proposait de disjoindre les deux groupes et de les attribuer à deux frontons différents ^^l En les réunissant dans le fronton occidental, M. Lechat se trouve d'accord avec M. Wiegand , qui prend soin d'avertir que l'étude directe des originaux l'a conduit de son côté aux mêmes conclusions, avant qu'il eut pris connaissance du travail de M. Lechat ^2^. Le fronton occidental se restitue donc ainsi : à gauche, le groupe d'Héraclès et de Triton; à droite. Typhon; au milieu, un tronc d'arbre auquel sont accrochés la chlamyde , l'arc et le carquois d'Héraclès.

Si ce fronton était fort rempli, on n'en peut dire autant du fronton oriental, celui des Serpents, dont la restitution toute nouvelle est due à MM. Wiegand et Schrader^^^. Le centre était occupé par trois figures, (*t deux d'entre elles nous sont connues par d'importants fragments. Au milieu, Athéna assise , vue de face; à gauche, un dieu, vu de profil, assis sur un trône dont le dossier est orné, sur la face extérieure, de fins dessins en losanges. La loi de symétrie, que les sculpteurs du VI* siècle ne pouvaient négliger, exigeait donc, à droite d' Athéna, une troisième figure également assise, tournée vers le centre, et complétant un groupe de trois divinités. M. Lechat songe à Poséidon , ou bien à un héros attique , Erichthonios. Chacune des ailes est occupée, sinon remplie , par un grand serpent enroulé sur lui-même et dressant sa tête vers 1(^ groupe central. I^'artiste aurait donc représenté les deux serpents qui, d'après certains textes, avaient été les gardiens d'Erechtheus au moment de sa naissance et étaient restés les gardiens de l'Acropole. Bien que , dans la tradition courante, ce rôle soit attribué à un serpent unique, on peut admettre que le sculpteur a pris ses libertés et consulté surtout sa commodité personnelle.

Le sujet du fronton oriental nous ramène donc aux croyances reliji;ieuses dont le culte d'Athéna Polias, à l'Krechthéion, est le centre.

^'^ Briickner, Athen, MittlieiL , \IV, ^*^ Wiegand, Die archaische Poros-

1889, p. 67-87. Cf. Lechat, Au Ma- Arckiiektur, p. 73, et pi. \. sée de l'Acropole , p. » 17 etsuiv. ^^' Ibid. , p. 106 , fig. 109.

Peut-être est-il possible d'en trouver une explic.itîon plus précise et voici , h titre de conjecture , celle que je serais disposé à proposer. M. Wiegand estime que , pour la figure de gauche , celle du dieu assis , on peut songer aussi bien à Poséidon qua Zeus^*^. Si Ion se décide pour la première hypothèse, c'est Erechtheus qu'il conviendrait de restituer comme la figure de droite ^^\ Le fronton présenterait donc cette particularité de montrer un ensemble de figures qui toutes sont en relation étroite avec f Erechthéion. Cela va de soi pour Athéna, Erechtheus et les deux serpents gardiens du sanctuaire. Quant à Poséidon , on sait qu'il y avait aussi îion culte, et que Pausanias signale l'autel ou Ton sacrifiait au dieu en même temps qu'à B^rechtheus (I, 20). (>r M. Michaelis a démontré •qu'avant les guerres médiques il y avait, là où s'élève l'Erechthéion actuel , un vieil Erechthéion distinct de ÏHécaiompédon^^K Cest Yipxouos veek, •celui auquel font allusion plusieurs textes, comme un vers de Y Iliade (II, 549) et l'inscription commentée pjir M. Michaelis'(C. /. A., I\\ I., p. i38). Peut-être même, suivant la séduisante hypothèse de M. Wiegand, est-il permis de le reconnaître dans le monument que nous montre un fragment du fronton de Y Olivier, avec un mur d'enclos contigu à l'édifice , et des rameaux d'olivier dépassant la crête du mur t*). Quant à f ancien Hécatompédon , il ne s'élevait pas , comme on l'a cru , sur l'emplacement d'un temple plus ancien ; il succédait à un palais de l'époque mycénienne qu'il faut, suivant toute vraisemblance, identifier avec YÈpexOnos ^rvxivôs Séfios dont il est question dans Y Odyssée (VII, 83). 11 •était donc déjà , par rapport au vieil Erechthéion , ce qu'était au v* siècle le Parthénon pour le temple d' Athéna Polias, et M. Lechat l'indique très justement. «11 avait été élevé à côté du vieux temple d' Athéna Polias, non pour le remplacer, mais pour rendre un second hommage à la divine patronne de la cité » (p. 1 3o). Dans ces conditions on ne s'étonnerait pas •que le sculpteur eût choisi pour sujet du fronton oriental de YHécatompédon la réunion des trois divinités qui recevaient un culte dans le temple voisin , si cher à la piété des Athéniens et qui était vraiment le centre

(*) L. cil,, p. loâ. il est vrai que MM. Bruckner et Schrader lui attribuent un fragment de main tenant une des serres d*un oiseau qui pourrait être 4in aigle (p. io5 , fig. 108). Dans ce cas le personnage serait Zeus. Mais le frag>' ment est bien indistinct.

^'^ M. Furtwaengler a proposé de «restituer Erechtheus et sa famille dans le fronton ouest du Parthénon; le

SATANTS.

groupe ferait pendant à celui de Cécrops et desCécropides ( Meisierwerke , p. 335). Je crois , pour ma part . finterprétation fort plausible , et c est un argument de plus pour admettre la présence d*Erechtheus dans le fronton oriental du vieil Hécatompédon.

^^^ Michaelis, Jahrbuch des arch.

Inst., XVIÏ, 1Q03, p. i-3i.

^*^ Wiegand, oavr, cité, pi. XIV, 1.

IMrBIMCaïC lATIOXALB.

des légendes religieuses di* T Acropole. C est bien en effet une réunion que semble présider Athéna, assise au milieu du fronton , conune il sied à la divinité principale de TKrechthéion.

On aimerait à penser que le difificile problème des frontons de ÏHécatompédon est définitivement résolu. Mais voici que tout est remis en question. M. Furtwaengler a publié récemment une étude où il conteste la restitution adoptée par M. Lechat et M. Wiegand, pour en proposer une nouvelle ^^\ Les deux groupes d'Héraclès et Triton et du prétendu Typhon doivent être disjoints, et répartis dans deux frontons différents, car ni la saillie des figures ni la qualité du calcaire n y sont identiques. Et d'autre part , est-il possible que le sculpteur ait mis Héraclès en aussi mauvaise posture , en plaçant devant lui un adversaire plus redoutable que Triton P Le nom de Typhon est d'ailleurs fort douteux. Le Typhon d une hydrie de Chalcis n a qu'un corps unique terminé par deux serpents. Enfin , aucune tradition précise ne mentionne cette lutte hypothétique que supposerait une telle restitution du fronton. Il faut donc déplacer le triple personnage , le renvoyer au fronton oriental , et lui substituer un des deux serpents que MM. Wiegand et Lechat attribuent à ce dernier. I^e fronton occidental se compose donc ainsi : dans l'aile gauche , Héraclès et Triton; dans l'aile droite, un sei-pent figurant une des formes que prend le dieu marin dans ses métamorphoses , au cours de sa lutte contre Héraclès.

Reste le fronton oriental , celui auquel appartiennent les deux figures assises, Zeus et Athéna. M. Furtwaengler reconnaît des vestiges de la troisième dans un fragment très mutilé , qui montre , k côté d'une aile provenant du groupe dit de Typhon, un morceau de draperie •*•*. Cela suffit pour reconstituer un Hermès tenant le caducée qui marche vers la droite, en se retournant vers le groupe central. H y a donc au centre trois figures : Zeus et Athéna assis, le premier de profil, la seconde de face, et Hermès debout dans un mouvement de marche. L'aile gauche est occupée par le serpent gardien de l'Acropole, la droite par le prétendu Typhon, (lelui-ci n'est pas un être unique : c'est une triade. Les serpents qui terminent ces bustes humains désignent des êtres mythiques nés de la Terre. Ce sont des démons des vents et, pour leur donner leur véritable nom , ce sont les TpiTOTrdropes que les anciennes \uhides qualifient d'opefiot et que des textes orphiques désignent comme les gardiens des Vents. Ils sont l'objet d'un culte dans les familles at-

' Furtwaengler, Die Giebelgriip- bayer. Akademie , igoS, p. 453-4()G. fjcn (les alten llekatompednn anf aer ^'^ Wiegand, ouvrage citr , p. 73,

Ahvpolis zu Atheu, Sitzuiisgber. der fig. 81.

tiques; on leur offre des sacrifices au moment du mariage, et ils promettent aux unions la fécondité. Les attributs qu'ils tiennent , et où 1 on avait cru reconnaître des brandons enflammés , armes de Typhon , s expliquent par un rapprochement avec les usages romains. Aux Lupercales, les Luperques frappaient légèrement les femmes avec des courroies de peau de bouc pour les rendre fécondes. De même, les Tritopatores tiennent des courroies destinées au même office. Leurs visages placides, leur air souriant, indiquent assez leur caractère de divinités bienveillantes , et leur présence a pour objet de garantir de nombreuses générations à la noble famille attique qui a construit le temple d'Athéna Polias.

Telle est, dans ses traits principaux, la théorie de M. Furtwaengler. Nous n avons pas ici à la discuter en détail , car un tel examen supposerait le contrôle , fait sur place , des argmiients d'ordre technique sdlégués par le savant archéologue de Munich. Nous ne contestons dailieurs ni Tintérêt ni la valeur de ses conclusions. 11 faut cependant reconnaître quelles sovdèvent quelques objections. Nous ne connaissons les Tritopatores par aucun autre monument, et aucun texte ne fait allusion à lusage qui expliquerait leur attribut. Mais surtout la composition des deux frontons se trouve ainsi dénuée de tout équilibre. Avec la restitution de MM. Wiegand et Lechat , on a d'une part un fronton un peu trop rempli , et de l'autre un fronton un peu vide; mais la symétrie est complète , dans l'im comme dans l'autre , alors qu'on a quelque peine à admettre deux frontons à moitié vides. Il est permis de croire que le débat est encore loin d'être clos par la restitution de M. Furtwaengler.

Nous revenons au livre de M. Lechat pour suivre l'évolution qui fait succéder le travail du marbre à celui de la pierre tendre. En quelques pages excellentes, où il résume les progrès réalisés, durant la première moitié du vi* siècle, dans la décoration des frontons, l'auteur montre comment le bas-relief, étroitement rattaché à la peinture, fait vraiment corps avec l'édifice, et «est né sur les muraillesdestemples». Il n'esten elfet, à l'origine, qu'un dessous, travaillé et ouvragé pour faire ressortir la peinture dans les parties de l'édifice qui offraient, comme c'est le ras pour les frontons , un cadre nettement tracé pour un tableau. Les sculptures des vieux temples attiques nous montrent la genèse du basrelief et la transformation graduelle qui en fait une sculpture en ronde bosse. On serait tout prêt à accepter de confiance cette théorie savamment construite , si l'on ne songeait que les dates assignées aux sculptures en pierre tendre sont précisément fondées sur cette tliéorie, et qu'aucun fait précis ne fixe la chronologie relative des firontons de l'Acropole.

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