UNE PRÉTENDUE SOURCE DE TACITE
ipsorum trademus»^^^ il s y conforme ici : il a nommé Fabius et Pline pour des particularités qui leur étaient personnelles ; il ne nomme pas , il na pas à nommer ses trois sources, maintenant qu'elles sont d'accord ; il se borne, l'occasion étant solennelle, à constater cet accord. Il se trouve quelles sont d'accord aussi, relativement à la gravité du complot, avec la version officielle, c'est-à-dire avec l'édit de Néron, auquel furent annexés les dossiers de l'affaire ^^K Bref, Tacite a donné au complot l'importance qu'il avait eu réellement et l'a raconté d'après ses sources ordinaires.
Enfin , M. Profiimo croit reconnaître les marques d'une autorité exceptionnellement bien renseignée, exceptionnellement puissante sur l'esprit de Tacite, dans l'abondance et la précision du compte rendu des procès, dans l'air d'assurance avec lequel notre historien, ailleurs si scrupuleux et méticuleux, va devant lui sans la moindre hésitation, sans aucune mention d'opinions divergentes ou particidières , pendant tout le récit de la conspiration. Et pourtant, M. Profumo a signalé lui-même trois mentions de cette sorte, dea\ avec le nom de la source, Pline (XV, 53), Fabius (XV, 61), la troisième avec une formule anonyme (XV, b!x : ut plerique tradidere). Il se tire de cette contradiction en disant qu'elles sont de forme , et non de substance , qu'elles sont un artifice oratoii e , une espèce de voile masquant l'absence voulue de citations substantielles. Disputerons-nous sur une telle échappatoire ? Mieux vaut simplement énumérer, en dehors de ceux qu'il aperçoit, mais élude, les passages nombreux où Tacite exprime ses scrupules et ses doutes : « XV, 4 9 : nec tamen facile memoraverim , quis primus auctor. . .; 5o : et cepisse impetum Subrius Flavus ferebatur ... ; 5 1 : incertum , quonam modo sciscitata. . .; is midieri ohm cognitus sea recens orta amicitia. . . ; 5a : pleriqae. . . crediderant. . . ; 53 : templo Salutis sive, ut alii tradidere, Fortunae. . . ; 56 : sive internuntius in ter eum Pisonemque fuit sive ut Neronis gratiam pararet ... ; pari imbecillitate an cuncta iam patefacta credens. . . ; 60 : forte an prudens. . . remeaverat. . . ; 64 : premunt sanguinem, incertum an ignarae; nam. . . non defuere, qui crederent . .; 65 ifamafuit Subrium Flavum. . . » Tacite marche-t-il vraiment d'une allure nouvelle, plus Ubre et plus hardie? Non, il se montre tel, en somme, qu'ont accoutumé de le voir ceux qui, l'ayant beaucoup fréquenté, le considèrent ici sans idée préconçue. Quant à l'abondance et à la précision du compte rendu des procès , elles sont indéniables ; mais
^'^ XIII, 20. apud populum et coUata in libros indicia
*^ \V, 73 . «Sed Nero. . . edictum coniessionesque damnatorum adhinxit. »
elles n'ont pas la signification que leur attribue M. Profiimo. Puisque ces caractères apparaissent tout aussi frappants dans la narration de faits dont la prétendue source nouvelle, le juge de la cognitio principis, n'avait pas eu spécialement connaissance, par exemple dans celle des derniers moments de Pison ou de Sénèque ^^K ils ne prouvent rien, sinon que les auteurs d'après lesquels Tacite a raconté le complot étaient copieusement renseignés. C est une condition que réalisaient à coup sûr les auteurs d après lesquels Tacite avait déjà composé les livres XIII et XIV, tous trois contemporains de févénement, Pline, investigateur minutieux, Fabius, ami de Sénèque, Cluvius, familier de Néron.
Je n'ai pu , en ces quelques pages , ni réfuter tous les arguments de l'inépuisable raisonneur qu'est M. Profumo, ni même pousser à fond une réfutation partielle. Pourtant, je crois avoir suffisamment montré la faiblesse de ses raisons les plus fortes, ou de celles qui m'ont paru telles, et, par conséquent, mis en lumière l'inutilité, l'inanité de son hypothèse.
Philippe FABIA.
S. GùNTHER, Vàbenius. [Klossikcr der Naiarwissenschafien , herausg. von LoTHAR Brieger-Wasservogel, IV. Band.) In-S"*, vi-218 p. Leipzig, Theod. Thomas [igoS].
Bernard Varenius, auteur d'une Geographia generalis qui parut en iriSo à Amsterdam, n'était guère connu, il y a une trentaine d'années, que d'un petit nombre d'érudits. Non pas qu'il n'eût joui de son temps d'une très honorable réputation : son œuvre fut réimprimée plusieurs fois au xvii' et au xvm' siècle, notamment à Cambridge, en 1 672, et par les soins de Newton; elle fut traduite en anglais, en hollandais, en français, et BuBbn la citait encore avec éioge. Mais elle semblait depuis avoir subi le sort de la plupart des livres de géographie, particulièrement destinés à vieillir vite. Par une bonne fortune qui n'échoit qu'aux oeuvres de réelle valeur, la Géographie générale est au contraire, de nos jours, de plus en plus étudiée et estimée. Alexandre de Humboldt, dans son
i') XV, 59,6a-64.
LA GEOGRAPHIE GENERALE DE VAREMUS. Vi{)
Ce$mos, avait attiré de nouveau lattention sur Varenius. Depuis '1880 surtout un certain nombre de travaux lui ont été consacrés , portant de préférence sur quelques points de sa doctrine. Le voici aujourd'hui rangé parmi les Classiques. M. Siegnmnd Gùnther vient de publier sur lui une étude d'ensemble. 11 nous fournit, sur la personne de Varenius, tout ce que nous en saurons probablement jamais; il nous donne de son œuvre une analyse minutieuse et très exacte; il Taccompagne, dans le texte et dans les notes, qui forment la moitié du volume, de judicieux aper(jus. L occasion est donc excellente de rechercher, avec ce livre comme guide, quel est le véritable intérêt de la Geographia generalis et comment sV\plique le renouveau de faveur dont elle profite aujourd'hui.
L De fauteur lui-même , on a pendant longtemps presque tout ignoré. Où était-il né? où avait-il puisé les connaissances étendues dont il fait preuve dans son livre? Autant de questions qui restaient sans réponses. On affirmait seulement, sans en pouvoir donner de preuves, qu'il était mort très jeune. En 1880, pour la première fois, A. Breusing, dans un article des Miiteilungen de Petermann, réunit les principaux éléments d une biographie de Varenius. On a trouvé peu de choses à y ajouter depuis.
Bernard Varen, ou, comme il a signé ses ouvrages tous écrits en latin, Bernhardus Varenius, était né en 16a a à Hitzacker, petite ville du duché de Lunebourg, sur la rive gauche de TElbe, à une centaine de kilomètres en amont de Hambourg. Son père, pasteur protestant, était prédicateur de la cour. Du côté maternel , sa famille comptait également plusieurs pasteurs, parmi lesquels son aïeul David Chyti'œus, un des apôtres de la Réforme. Il vint ensuite avec ses parents à Ulzen , où la cour s était transportée. Son père y mourut vers i635. A dix-huit ans, le i** avril 1 64o , comme l'indique le registre d'immatriculation , il entra au gymnase de Hambourg. La grande ville commerciale n'avait pas d'Université, mais son Gymnase, le Johanneam , était un centre de fortes études et recevait, comme on le voit, de véritables étudiants. Dans la préface de son premier ouvrage, dédié par reconnaissance au Sénat de Hambourg, Varenius dit qu'il y étudia la philosophie , les mathématiques et la physique. Il y suivit les leçons de deux hommes qui furent de véritables savants et exercèrent sur lui une profonde influence : le mathématicien Tassius , et surtout le médecin-physicien-naturaliste Jungius. Il les considéra toujours comme ses maîtres, leur écrivit quand il eut quitté Hambourg, et c'est par ses lettres à Jungius, heureusement consenées, que nous pouvons le suivre dans ses déplacements et ses études.
Varenius demeura trois ans à Hambourg. Mais il lui fallait conquérir ses grades et pour cela fréquenter une Université. Il fut immatriculé à Kônigsberg le 4 juillet i 643. Pourquoi s en aller si loin.^ M. Gùnther suppose que c est pour rejoindre son frère aîné qui y aurait achevé alors ses études de théologie. En tous cas , s il avait compté trouver à Kônigsberg de sérieuses ressources de travail , il dut être singulièrement déçu. Une de se^ lettres à Jungius nous renseigne sur ce qu'était alors TUniversité prussienne et le tableau ne manque pas d'intérêt. L'enseignement y était aussi médiocre qu'intermittent. A la Faculté de droit, la plus nombreuse, on ne faisait jamais de cours, ou très rarement [nunqaamvel certe rarissime legitur). Il dut continuer seul ses études mathématiques, tout en commençant à s'occuper de médecine. La vie était d'ailleurs très chère à Kônigsberg. Un étudiant ne pouvait s'en tirer à moins de cent thalers par an. H n'y resta qu'un an et demi.
Au printemps de 1 645 , il était à Leyde, la plus importante des Universités hollandaises d'alors. Il trouva là un milieu bien autrement vivant. On y discutait les théories de Descartes, qui ne manquaient pas de partisans, bien qu'elles fussent tenues avec soin à l'écart de l'enseignement. Varenius y put poursuivre ses études de mathématiques et de médecine. Pourtant il n'était pas satisfait encore : les professeurs en prenaient trop souvent à leur aise avec leur enseignement. Pendant une partie de l'hiver, il n'y eut pas de cours, à cause de la rigueur du froid. Varenius se promettait , si ses ressources étaient suffisantes , d'aller l'année suivante à Paris.
C'est à Amsterdam que nous le retrouvons en 1647. ^^" ^^^^ ^^ ^'^^^ pas réalisé. Sa ville natale, Hitzacker, a été incendiée pendant la guerre, et les quelques ressources qu'il tirait des biens de famille vont désormais lui faire défaut. 11 lui a fallu , pour vivre , accepter un préceptorat dans une famille d'Amsterdam. Il se lamente sur sa besogne professionnelle ; il n'a plus le temps de travailler. Une occasion se présente, pendant l'hiver de 1647-1648, de sortir de cette situation précaire : une chaire de mathématiques est vacante au Gymnase d'Amsterdam. Il se met sur les rangs pour l'obtenir, mais la malechance le poursuit. 11 avait composé un travail sur les coniques ; s'il pouvait l'imprimer, ce serait un titre : il ne trouve pas d'éditeur. Bien pis encore, le seul protecteur sur lequel il fiit en droit de compter, l'un des bourgmestres d'Amsterdam , meurt pendant une ambassade en Russie. On Técarte comme luthérien. 11 se décide alors, bien à regret, on le devine, à demander à la médecine un gagnepain. Le a a juin 1 649, il soutient à Leyde sa thèse de doctorat.
En attendant, il avait trouvé quelques ressources dans un travail de
librairie. U avait composé , pour Louis Elzevier, un ouvrage sur le Japon qui parut en i ô/ig , avec une dédicace au Sénat de Hambourg, datée du i'^ juillet. En août de la même année, il dédiait à la reine Christine de Suède , la protectrice de Descartes , un autre travail , également imprimé chez Elzevier, sur la religion du Japon, avec un tableau sommaire des religions du monde. C'était sans doute un chapitre trop développé du premier [ouvrage, repris, complété et publié à part. Ces deux œuvres ne pouvaient être que des compilations : elles sont très intelligemment faites. Dans la première, Varenius étudie non seulement la géographie, mais encore Thistoire du Japon , et Ton est étonné du parti qu*il a su tirer des documents, peu nombreux en somme, dont il disposait.
Nous n'avons plus pour cette période de sa vie de lettres a Jungius. Il est permis de supposer que ces premiers essais avaient été appréciés , puisque Tannée suivante Louis Elzevier imprimait encore son grand ouvrage,, la Geographia yeneralis, dont la préface est datée du mois daoût i65o. Si Ton tiwnt compte du temps nécessaire à l'impression de ce long travail, il faut admettre qu'H a été tout entier rédigé de l'automne de 1649 ^^ printemps de i65o. Jamais auparavant Varenius n'avait manifesté son intention d'écrire un livre de géographie. Ce furent sans doute ses relations avec les Elzevier qui donnèrent naissance à ce projet. Je note aussi qu'il parle dans une de ses lettres d'Amsterdam de son ami Blaeu, sans doute un des fds et successeurs du cartographe de ce nom. Toujours est-il que ce petit livre de 5oo pages, de l'impression élégante et serrée qui a fait la réputation des Elzevier, parait bien avoir été une improvisation qui a dû lui coûter un énorme travail. Sans doute , la part des mathématiques y est considérable , et Varenius , par ses études antérieures, se trouvait bien préparé à cette partie de sa tâche. Mais il renferme aussi des considérations de tout ordre. Il a certainement exigé de nombreuses lectures. L'arrangement enfîn a dû en être laborieux, bien qu'il trahisse la hâte. Il n'en est pas moins remarquable qu'une pareille œuvre, pour laquelle il n'existait point de modèle, ait pu être préparée, écrite, publiée en moins d'un an.
La signature qu'il mit le 1"^ août 1 65o à sa préface adressée aux magistrats d'Amsterdam est le dernier document précis que nous ayons sur la vie de Varenius. Son maître Jungius le comptait en i655 parmi ses meilleurs élèves trop tôt disparus. U était donc mort à cette époque depuis quelque temps déjà. Breusing suppose qu'il n'a pas mis la dernière main à son ouvrage, auquel il manque un certain nombre de planches annoncées dans le texte. Sans se prononcer aussi nettement, M. Gùnther ne pense pas qu'il ait dû survivre de beaucoup à l'année i65o. U me
parait certain qu'il ii a pas corrigé les dernières épreuves de son livre ^^^ et infiniment probable qu il n a pas eu le temps d en faire disparaître certaines obscm'ités, voire même des contradictions que je signalerai plus loin. Est-il mort victime de son labeur obstiné ? Cette fin lamentable ajouterait encore à la sympathie qu'il inspire. Mais en vérité, nous ne le savons pas.
U. Le titre de la Géographie générale est déjii très significatif : Geographia generalis , in qua affecliones générales telluris expUcantar. Varenius expose plus clairement encore dans la préface ce qu'il a prétendu faire :
Il Y a , dit-il , deux géographies : la géographie générale et la géographie spéciale. La première étudie le globe dans son ensemble; elle en expose les caractères généraux. La géographie spéciale, en tenant compte des lois générales (observons regalas générales) ^ passe en revue les différentes régions, leurs divisions, leurs limites, tout ce qui en elles mérite d'être connu. Ceux qui , jusqu'à présent, ont écrit sur la géographie n'ont guère traité que de cette géograpnie spéciale; encore l'ont-ils Init sans mesure. Ils se sont très peu préoccupé 'de donner les explications qui regardent la géographie générale , laissant de côté beaucoup de notions nécessaires, de sorte que les jeunes gens qui étudient la géographie en ignorent presque totalement les principes, et que la géogi'aphie mérite à peine le nom de science.
En d autres termes , dégager de lexamen des faits particuliers des lois , ou tout au moins des faits plus généraux, puis éclairer, expliquer les faits particuliers par ces lois ou par ces observations générales, substituer à un ensemble incohérent en apparence quelque chose d'ordoimé et d'intelligible , tel est le but qu'il se propose , et c'est précisément la conception actuelle de la géographie. Nul doute, après la Géographie générale , qu'il n'ait eu l'intention d'écrire une Géographie spéciale. Il en donne le plan dans son livre. On ne saurait trop regretter que l'œuvre soit restée incomplète. Peut-être les exemples fournis par cette Géographie spéciale eussent-ils fait plus d'impression sur les esprits, servi de modèle aux faisem^ de descriptions sans intérêt. Nous constaterons cependant que les exemples ne manquent pas dans la Géographie générale , et qu'on y peut facilement se rendre compte de la méthode que prétend introduire Varenius dans les études géographiques. «
^*^ Varenius, au début de son livre, pitres 3i à 4o. Or, au titre courant, en
annonce trois divisions : Pars absoluta, tête des pages, on a imprime jusqu'à
Pars respectiva. Pars coniparativa. La la fm du volume : Prir5 a6.vo/a/(i. Il n'est
première, sur le tableau inséré en face de pas possible que Varenius ait laissé
la page 8, doit comprendre les 2 1 pre- passer cette erreur répétée à chaque
miers chapitres; la seconde, les cha- ]>age, s'il avait eu en main les bonnes
pitres aa à 3i; la troisième, les cha- feuilles.
Cest cette méthode surtout qui nous intéresse; car il va sans dire que 1 exécution sur beaucoup de points était condamnée à rester défectueuse par l'état d'avancement insuffisant des sciences auxquelles il fallait emprunter. Pour en donner une idée, le mieux est de s'affranchir, comme le fait M. Gùnther, des divisions adoptées par Varenius, qui ne sont pas très satisfaisantes , pour répartir les questions traitées sous les différentes rubriques aujourd'hui en usage : géographie mathématique, météorologie et climatologie , océanographie et hydrographie , morphologie ou étude du relief terrestre.
Comme il faut s'y attendre, la partie la plus solide, dans l'œuvre de Varenius, celle qui résiste le mieux à l'examen, c'est la partie mathématique , ce qui s'explique par la très grande avance que les mathématiques avaient prise depuis l'antiquité sur les autres sciences. Il commence par démontrer la rotondité de la terre; mais, loin de se borner à répéter ce qu'on a écrit sur cette question, il fait le départ entre les véritables preuves et celles qui n'en sont pas, sans excepter les arguments que recommandent les grands noms d'Aristote et d'Archimède. Il passe ensuite aux dimensions du globe, rapportant et critiquant toutes les mesures connues , y compris celle que venait d'exécuter Snellius. Sur les mouvements de la terre, il est nettement avec les novateurs : Copernic, Galilée, Kepler, et c'est lui qui le premier a introduit ces nouveautés dans un livre de géographie. Les chapitres de géographie mathématique contiennent encore l'exposé des divisions du globe : équateur, tropiques, cercles polaires, le tableau des climats tels que les entendaient les anciens, c'est-à-dire des divisions établies d'après la durée du plus long jour, des notions sur les longitudes et les latitudes et sur les moyens de les déterminer, sur la construction des cartes et les systèmes de projections. Une seule erreur s'est glissée dans la théorie mathématique des projections , que Newton a corrigée en 167a.
Les chapitres relatifs à la météorologie sont bien plus personnels. 11 y a là un remarquable effort pour rendre compte de phénomènes dont on n'avait pas toujours aperçu les relations. M. Gûnther loue Varenius de s'être complètement dégagé des théories astro-météorologiques , et cela est exact. Il a très bien compris que l'étude de l'air atmosphérique, de sa composition, de ses propriétés physiques, des lois de ses mouvements , doit être la base de toute météorologie. S'il n'a pu qu'entrevoir la vérité, c'est qu'un certain nombre de ces problèmes n'étaient encore qu'insuffisamment résolus. Voici le résumé de sa doctrine :
L'atmosphère qui entoure la terre et y adhère comme le duvet de coton au fruit du cotonnier, se compose des vapeurs et des fumées qu exhale
le globe terrestre sous la double influence de la chaletif solaire et de la chaleur interne. Que des vapeurs se dégagent de la terre, c'est ce que montre Texpérience. Ne voit-on pas souvent, au clair de lune, des fumées s'élever de la sur&ce des étangs.^ L atmosphère contient d'ailleurs aussi des poussières parmi lesquelles il en est de sulfureuses, et c'est par la présence de ces poussières sulfureuses qu'il expliquera les éclairs et l'odeur des phénomènes électriques.
Cet air est pesant. Les couches inférieures sont donc plus denses que les couches supérieures. Sous l'influence de la chaleur, l'air se dilate; il se contracte par le froid. L'expérience est facile à faire avec le thermomètre. Il y&at parier du thermomètre archaïque, composé d'un tube de verre fermé à l'une de ses extrémités et dont on plonge l'autre dans un liquide, instrument très imparfait, puisque les variations de la pression barooiétrique s'y combinent avec celles de la température pour faire monter ou descendre le liquide dans le tube^^^. Toute masse d'air échauflee se dilate et force les masses voisines à se déplacer; mais iJ est très curieux que Var renius n'envisage dans sa théorie que des déplacements latéraux, non pas, comme nous le verrons, qu'il n'admette la possibilité de mouvements ascensionnels, mais les mouvements latéraux restent, pour lui, les plus importants, et l'on chrait qu'il n'a été amené que progressivement, en écrivant son livie, à considérer le.s autres. L'air qui se déplace ainsi latéralement n'est autre chose que le vent, et puisque le soleil est la principale source de chaleur pour l'atmosphère , c'est lui qui est la principale cause du vent, fl y «n a d'autres d'ailleurs, parmi lesquelles la fonte des neiges. Pour comprendre cette singulière théorie, il faut se souvenir que Varenius ne distingue pas la vapeur d'eau de l'air atmosphéricpie. La neige, en fondant, ne se résout pas tout entière en eau : elle produit aussi de la vapeur qui, en se répandant dans l'atmosphère, y détermine des déplacements. Puisque le soleil est la cause initiale des vents, il en résulte que les mouvements de l'air doivent suivre les mouvements du soleil, surtout dans les régions tropicales où l'influence solaire se feit sentir davantage. Comme le soleil se déplace par rapport à la terre d'Orient en Occident, il s'ensuit que le mouvement général de l'air doit se faire d'£st en Ouest. CV^t l'erreur qui a régné longtemps encore après
<^) Varenius ne fait aucune allnnon rimce de l'équilibre des liquears projectêe
aux. expériences sur la pression baromé- pai- le sieur B. P, , . et faite par le sieur
trique de Torricelli et de Pascal. L'opus- F.P,,, [Florin PérierJ , en une des nias
cule de Pascal, où il relate les expé- haatesmontag nés d* A uvergne,esï de l6iS.
riencea du Poy de Dôme et de la Tour Varenius ne le connMSsmjt sans doute
Soint-JacquM : lUtit ée h, framde 4xpè- pas.
Varenius, dont ont été dupes les premiers théoriciens de la circulation atmosphérique, et qui consiste à ne tenir compte que du mouvement apparejît du soleil. L'expérience confirme^-elk cette vue théorique ? Oui , dit Varenius , et il montre que dans it)oéan Padfique des vents permanents régnent entre Acapulco et Manille , que des vents d'Est en Ouest soufflent également dans TOcéan Atlantique entre TAfirique et le Brésil. Il leur donne leur nom d alizés : Passatwinde. Même dans l'Océan Indien , on retrouve encore ces vents d'Est, mais seuleiftent pendant une partie de l'année. Indépendamment des vents permanents, il y a aussi des vents réguliers, moussons et autres, dont il donne un tableau aussi complet qu'il a pu le dresser, car il écrit à Amsterdam et veut être utile aux navigateurs. H y a enfin les vents étési^is, qui soufflent dans la Méditerranée orientale, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. H les explique par la fonte des neiges dans les montagnes de la Thrace pendant Tété septentrional, et dans les montagnes de la Lune voisines des sources du Nil pendant Tété méridional. L'explication est singulière, mais enfin c'est une explication.
On attendrait , après les chapitres sur les vents , quelques considérations sur les pluies, il n'y en a pas. A coup sûr, l'importance du phénomène de la pluie n'échappe pas à Varenius ; mais la confusion qu'il fait de la vapeur d'eau avec fair lui rend impossible toute explication rigoureuse. 11 est cependant si près de la vérité qu'on se demande comment il ne l'a pas aperçue plus clairement. Incidemment il se demande pourquoi il pleut davantage sur le sommet des montagnes que dans les vallées voisines. C'est, dit-il , que les vapeurs et les exhalaisons, quand elles arrivent dans les régions moyennes de l'atmosphère , — voici la preuve qu'il admet les mouvements ascensionnels , — se condensent en gouttelettes qui déterminent des précipitations. Les régions moyennes de l'atmosphère sont les plus froides, suivant Varenius , parce que les couches supérieures sont plus rapprochées du soleil et que les plus basses, par le lait de la réflexion , conservent plus de chaleur, en même temps qu'elles participent davantage de la chaleur interne du globe. D'autres passages, à propos des pluies, ne sont pas moins significatifs.
Le climat d'un pays ne dépend pas seulement de causes générales : distribution de la chaleur à la surface du globe ou mouvements généraux de l'atmosphère; il y a aussi des causes locales, qu'il faut passer en revue pour chaque région considérée. Autrement dit, après la météorologie, il fait une place à ce qu'on appelle aujourd'hui la climatologie. En une quarantaine de pages , il a rassemblé tout ce qu'il a pu recueillir soit directement, soit dans ses lectures, sur les particularités des climats. C'est là à coup sûr une des parties les plus neuves 4e son livre. Il n'en est peut-
être pas où ii montre davantage comment il concevait l'application à des régions différentes des principes établis par la géographie générale, n note fort bien (|ue dans la zone tropicale il ny a que deux saisons, Tété et rhiver, différant surtout lune de l'autre par la sécheresse et Thumidité. Et passant en revue toutes les régions tropicales sur lesquelles il a des renseignements , il essaie d expliquer les particularités de leur climat. Voici, par exemple, ce qui! dit de la côte occidentale d'Afrique, au sud de l'Equateur :
L'hiver, dans ces régions , ressemble au printemps de la campagne romaine ; la chaleur y est tempérée ; aussi les habitants portent-ils toute Tannée les mêmes vêtements . . . L*hiver commence à peu près en même temps que notre printemps et dure du 1 5 mars au 1 5 septembre. L'été va du 1 5 septembre au 1 5 mars. Pendant Tété , les pluies manquent totalement ou sont rares , le ciel est constamment serein. Pendant l*hiver, au contraire, c'est à peine si un seul jour on peut voir le soleil, tant les nuages et les pluies obscurcissent fatmosplière. Les tornades aussi sont fréquentes. Ii ne pleut presque jamais tout le jour, mais la plupart du temps, pendant deux heures le matin et deux heures le soir, il tombe de larges gouttes que boit aussitôt la terre avide . . . G)mment les pluies peuvent-elles coïncider avec la saison chaude ? C'est qu'alors le soleil pompe une très grande quantité d*humidité que le vent du Nord-Ouest chasse vers les montagnes où elle se condense et se précipite. 11 y a, en effet, dans ces montagnes des pluies continuelles qui sont la cause de rinondation du Nil et des autres fleuves d'Afrique.
Autre passage, au sujet de l'Arabie méridionale :
Les rivages de la Mer Rouge, de La Mecque à Aden, ont, à l'Orient, les montagnes d'Arabie. Elles sont surchauffées en mars, avnl et dans les mois suivants, tandis que le soleil s'en approche et s'y attarde. La chaleur est alors si forte que les habitants, surtout ceux qui sont riches, ne songent qu'à se procurer un peu de fraîcheur et se reposent dans des vases pleins d'eau. Les marchands ne viennent a Aden pour leurs affaires que pendant la nuit, qui reste assez chaude. La cause de cette chaleur est, je crois, dans l'absence de vapeur d'eau, car la région de l'Est est stérile, les cours d'eau y sont peu nombreux et très pauvres. Le vent régulier qui souffle de TElst repousse les vapeurs de la Mer Rouge. Ajoutez-y l'abondance des sables qui absorbent la chaleur, la conservent pendant la nuit et la communiquent à l'atmosphère.
Notons encore ces renseignements si exacts siu' le climat de la côte du Pérou :
Il n'y pleut pas , mais chaque jour s'amoncellent d'épaisses nuées , comme si la pluie allait tomber : ii n'en est rien et l'on observe seulement le matin des rosées, surtout pendant les mois de juin , juillet, août. . . La cause de ce régime est difliciie à saisir; c'est sans doute le vent du Sud-Ouest qui chasse les vapeurs vers les montagnes où elles se condensent , ou tout au moins empêche , en les divisant , qu'elles puissent se résoudre en pluies au-dessus de la plaine.
Il passe plus rapidement sur les régions tempérées, qui offraient moins de particularités à signaler. Il observe surtout que les saisons y ont leur plein effet, et signale, en passant, quelques faits intéressants comme celui-ci : que ia Chine du Nord , bien qu'à la même latitude que ritalie, a des hivers très rigoureux.
Enfin un dernier chapitre est consacré aux régions polaires et ce n*est pas le moins nouveau. Varenius y donne un résumé des journaux de voyage de Barentz au Spitzberg et h Novaïa-Zemlia en iSgA, 1696 et 1597.
On retrouve la même curiosité d'esprit, les mêmes qualités de bon sens dans les parties qui traitent de Thydrographie , mais parfois avec quelque chose d'indécis et d'inachevé.
Pour Varenius toutes les mers communiquent entre plies. Elles occupent les cavités de la croûte terrestre : les continents et les îles n'en sont que des parties émergées. La Mer Caspienne, en relation peutêtre avec la Mer Noire par des canaux souterrains, n'est qu'un lac. Il est probable, d'ailleurs, qu'elle a dû faire autrefois partie du grand domaine océanique. Si toutes les mers communiquent entre elles, elles doivent avoir toutes le même niveau, ou à peu près, cai' il peut arriver qu'une mer en communication insuffisante avec un océan voisin ait un niveau inférieur. Tel est le cas de la Méditerranée, qu'un fort courant, pénétrant par le détroit de Gibraltar, ne suffit pas à mettre en équilibre avec l'Atlantique. À ce sujet se pose la question de la différence de niveau entre la Méditerranée et la Mer Rouge. Varenius, suivant l'opinion répandue, admet que le niveau de la Mer Rouge est supérieur. Il ne croit pas cependant que la différence soit très forte, puisque la Mer Rouge n'est elle-même qu'un golfe communiquant mal avec l'Océan Indien. Si elle est plus haute, c'est probablement parce qu'elle est moins longue que la Méditerranée et que son extrémité est, par conséquent, plus rapprochée de la porte de communication. Il ne pense pas d'ailleurs, malgré tout ce qu'on a pu dire, que ce soit cette différence de niveau qui ait mis obstacle à l'ouverture d'un canal. Les maîtres de l'Egypte ont toujours eu intérêt à garder les clefs du passage et les Turcs ne tiennent pas à ouvrir aux Européens la route de La Mecque. Si d'ailleurs on creusait un canal, il n'y aurait pas à craindre d'inondation pour les rives de la Méditerranée. Il se produirait un léger relèvement de niveau dans la partie orientale de cette mer, qui est la plus basse, mais l'afflux des eaux de l'Océan par Gibraltar diminuerait d'autant. Toute cette discussion est très raisonnable.
Au SQJetdune différence possible entre le niveau des mers, Varenius apporte encore une autre preuve, qu'il prétend tirer de faits observés dansies Pays-Bas. Le Zuydeizée, dit-il, est un golfe de la Mer du Nord. La Mer de Harlem est au même niveau. Le pays environnant n'est certainement pas plus bas, puisqu'il n'est inondé que lors des grandes tempêtes. La Mer de Hariem se prolonge jusque près de Leydr. Or les gens de Leyde , ayant commencé à creuser un canal qui aboutissait à Katwyk, sur la Mer du Nord, furent obligés d'arrêter les travaux, car la mer aurait inondé la région comprise entre la ville et le rivage. C'est donc que rOcéan Atlantique est plus élevé que le Zuyderzée. Il y a évidemment ici insuffisance de connaissances provenant de l'absence de nivellement précis. Le niveau du Zuyderzée n'est pas inférieur k celui de la Mer du Nord, mais les marées y sont insignifiantes, tandis que celles de l'Océan sont très fortes. On s'étonne cependant de cette affirmation de Varenius que les environs de la Mer de Harlem ne peuvent être inférieurs au niveau de l'Océan, car il dit dans un autre passage qu'une partie des Pays-Bas est au-dessous du niveau de la mer et doit être défendue par des digues.
Comme l'atmosphère, la mer a ses mouvements. Il Fulfit qu'elle soit agilée en un point pour que le mouvement se transmette dans toute la masse, ce qu'il l'^sume en cette formule si nette dans sa concision : Cum pars Oceani movetar, toins Oceanus movetnry sed eo magis qao parti motœvicinior anaquœque fiierit. Les mouvements de la mer sont de deux sortes : les courants réguliers ou variables et les marées. Les courants variables ont pour cause les vents qui, exerçant une pression sur la siirface fluide des Océans, déterminent sa mise en mouvement. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour les courants réguliers, c'est ce qu'on a peine à comprendre. Varenius admet en effet l'existence de grands courants marins d'Est en Ouest, très sensibles dans lX3céan Pacifique, entre le Mexique et la Chine ou les Moluques, dans l'Océan Atlantique, entre l'Afrique et le Brésfl. Il note de même l'existence d'un courant d'Est en Ouest dans le goMe du Mexique, entre Cuba et le Yucatan, courant qui sort du golfe entre Cuba et la Floride, — c'est le Gulf-Stream, dont Varenius n'aperçoit pas l'importance, mais personne ne la soupçonnait de son temps. — On attendrait donc tout naturellement qu'il explique ces courants l'éguliers par les vents qui soufflent dais le même sens; mais il hésite, il réfute l'opinion de Descartes qui attiibue les courants marins à l'influence de la lune. Conformément à sa théorie des tourbillons. Descartes suppose l'atmosphère remplie d'atomes. La lune, baignée dans cette atmosphère, doit exercer sur elle
une pressioD qui se transmet aux océans* Varenius fait justement observer que le voisinage de la lune, loin de produire une dépression à la surface des océans, détermine au contraire un soulèveuient de cette surface. Mais après cette objection péremptoire, il accorde d'une façon inattendue à la théorie de Descartes une part de vérité. Il admet un renforcement des iTOurants lors de la pleine et de la nouveUe lune , qui s*expliquerait précisément par la pression de la lune sur les atomes, fl y a là une nouvelle contradiction et ce passage, dont la netteté laisse à désirer, est un de ceux qui permettent de supposet qu'il n a paî mis la dernière main à son œuvre. Indépendamment des grands courants d*E&t en Ouest, il en est d'autres, comme celui qui se fait sentu* sur la côie d'Afrique, entre le cap Vert et le golfe de Guinée. Varrenius est davis que c est un courant de retour. Les eaux cliassces d*Est en Ouest vers la côte d'Amérique sont repoussées et forment un courant en sens contraire, sensible surtout dans la partie où TOcéan sélargit. Comme pour les vents, il note iivec une très grande précision tout ce qu'il a pu apprendre sur les marées dans les différentes mers du globe.
Une des questions qiii avaient le plus préoccupé dès lautiquité les savants était celle des sources. Varenius la traite avec beaucoup d'attention, avec son bon sens habituel, n>ais en partant dune doimée fausse qui Tentraînera forcén^ent à des hypothèses inexactes. 11 nadmet pas en effet que leau des pluies ou des neiges puisse pénétrer à plus de dix pieds de profondeur dans le soi. Or, l'eau des sources vient souvent de pius loin. Il faut donc admettre l'existence de canaux souterrains et il est tout naturel de supposer que ces canaux sont en commtmication avec la mer. L'avantage de cette théorie, c'est qu'elle explique comnaent la mer, msdgré l'afflux continuel des fleuves, ne déborde jamais. Non pas que Varenius ignore l'importance de l'évaporation ; il déclare précisément €|ue si la mer est plus salée dans les mers tropicales, c'est à cause de l'évaporation plus forte. Mais l'évaporation lui parait insuffisante. Si l'eau des sources provient en grande partie de la mer, comment, dira-t-ott, n'est-elle pas salée ? C'est cpie les particules de sel qui se trouvent dans la mer et proviennent de k dissolution, par les eaux qui ruissellent, des substances salées de l'écorce terrestre, sont arrêtées par le filtragi^ qiie subissent les eaux marines en traversant les fonds sableux ou marneux. L'eau de mer est comme distillée par ces filtres naturels et c'est ainsi qu'elle pénètre goutte k goutte dans la sol. Reste l'objection la plus grave. CommeDl cette eaiu,. venue de la mer, peut-elle s'élever sur les sommets des montagnes ? Varenius la résouÉ par la capillarité. Si l'on plonge, ditil, dans du vin vatt tranche de pain, on voit de proche en proche le vin
s'élever dans la partie du pain non trempée. Il en est de même pour leau contenue dans les canaux intérieurs.
On ne peut s'attendre à trouver dans la Geographia generalvt une étude , vraiment digne de ce nom , des formes et des modifications de la surface terrestre. Tout ce qui touche à la structure du sol ne peut être saisi que par la géologie, et la géologie est une science du xi\' siècle. On y rencontre cependant sur ces questions quelques observations intéressantes. En ce qui concerne le relief proprement dit du globe, il semble à Varenius, bien que les sondages exécutés soient encore très insuffisants, que les plus grandes profondeurs marines doivent être à peu près égaies aux plus grandes altitudes des montagnes. Les montagnes ont-elles existé de tout temps .>^ Oui pour les plus hautes, mais les petites ont pu se former par accumulation, comme le prouve lexamen des collines de la Gueldre, où Ion trouve des coquillages. C est le vent qui amoncelle ainsi les matériaux. On voit que Varenius a vécu dans un pays de dunes. Les montagnes sont d'ailleurs exposées à des catastrophes, à des éboulements, mais ce sont là des phénomènes assez rares. Varenius ne soupçonne pas la puissance de l'érosion, mais il admet l'abrasion marine, il se rend mieux compte du travail des fleuves : par l'accumulation des matériaux qu'ils transportent ils peuvent exhausser leur lit jusqu'à déborder dans les parties plus basses en abandonnant leur ancien cours. Les débris qu'ils enti'aînent à la mer rectifient les lignes de rivages , comblent les estuaires. Aussi beaucoup de terres ont-elles été conquises sur les océans : l'Egypte, les plaines de l'indus et du Gange, celles de la Plata et du Hoang-ho. La mer aussi est une grande ti*availleuse : elle édifie des bancs de sable, elle peut même ajouter aux continents; la Hollande, la Zélande sont son œuvre. Mais inversement l'océan peut faire irruption dans les terres , et les exemples de catastrophes de ce genre ne manquent pas dans l'histoire des Pays-Bas. C'est à cette occasion que Varenius fait la remarque qu'une partie du pays se trouve au-dessous du niveau de la mer.
II (. J'ai essayé de donner un résumé des théories contenues dans la Geographia generalis. Peut-être le lecteur trouvera-l-il que toute cette science est bien insuffisante encore et peu digne de retenir l'attention. Pour montrer l'originalité de Varenius, il faudrait, par comparaison, résumer l'œuvre des géographes qui l'ont immédiatement précédé ou suivi. On trouvera dans le livre de M. Gùnther de bonnes indications sur l'état de la géographie dans la première moitié du xvu* siècle. Il en résulte que si l'idée de distinguer la géographie générale de la géographie
spéciale a pu être suggérée à Varenius par des traités antérieurs au sien, c'est à peu près tout ce qu il leur a emprunté. Il suffit pour s en reqdre compte de parcourir celui dont le titre présente le plus d analogie avec celui de la Géographie générale : la Cosmographie générale de Merula, qui parut à Amsterdam en i636 et que Varenius a certainement connue ^^^. On croirait lire quelque traité du moyen âge. La tradition y règne en maîtresse avec lautorité des Pères. Rien n est avancé qui ne s appuie sur quelque citation d auteur sacré ou profane, et malgré ce titre de Cosmographie, on ny trouve pas la moindre allusion aux idées de Copernic. On a voulu faire de Merula un précurseur de Varenius. Je croirais plutôt que c'est pour protester contre les livres de ce genre (|ue Varenius a écrit le sien. Il semble qu'il l'ait précisément en vue quand, répondant à ceux qui ne savent comment concilier la science avec l'autorité des philosophes ou des Pères de l'Eglise, iï fait celte déclaration très nette : « Que ceci soil dit une fois pour toutes, pour ceux que troublent ces questions : elles ne regardent pas la géographie , qui n'a point à tenir compte des opinions des anciens et ne doit point faire intervenir les miracles dans l'explication des phénomènes terrestres. »
Ce n'est pas seulement par l'esprit tout scientifique qui l'anime que VareniuB se distingue de ses prédécesseurs; c'est aussi par la netteté, par la simplicité de son langage. Les livres d'enseignement étaient encore de son temps compliqués et touffus, à la manière scolastique. Il adopte lui le procédé dexposition des mathématiques. En tête de chaque chapitre l'idée maîtresse est exprimée sous forme d'un théorème ; vient ensuite la démonstration, accompagnée, s'il y a lieu, d'un ou de plusieurs corollaires. Il n'y a là d'ailleurs, la plupart du temps, que l'apparence d'un i*aisonnement déductif. Le théorème n'est qu'une formule plus concise , la démonstration qu'un exposé de faits ou une explication. Mais Varenius emprunte ainsi aux mathématiques leur habitude de précision et de clarté : il ne fait pas montre d'érudition , dit simplement ce qu'il croit vrai, et, quand il ignore, reconnaît franchement qu'il ne sait pas.
On chercherait vainement après lui un ouvrage analogue au sien. Non pas que les éludes géographiques aient été délaissées dans la seconde partie du xvii* siècle. Le livre du P. Kircher, le Mandas sabterraneas , à côté d'hypothèses aventmvuses , renferme de très bonnes parties et
^^) Paulli G. F. P. N. Merulse Cosmo- dam, i656. Le titre de Cosmographie
graphiœ generalis libri très : Item geo- ne doit pas faire illusion sur le contenu
gi'ophiœ particalaris libri quaior : qaibas du livre; on i employait alors à peu près
Earopa in génère; speciatim Hispania, indifférenunent comme synonyme de
Gallia , Itaiia descributitur. . . Amster- Géographie.
SWANTS. 2 2
l«r«IHr>IE lATIOMâLC.
dépasse de beaucoup par son contenu ce qu annonce le titre, mais il ne traite pas de toute la géc^raphie générale ^^^. • Celui du P. Ricdoli vise surtout à rectifier les données sur lesquelles s'appuient les cartes terrestres ou mannes ^^^.11 ne semble pas que personne, au xvu* et au XVIII* siècle, ait compris ce qu'il y avait de fécond dans la conception même que Varenius avait de la géographie générale, dans cette idée qu'elle seule peut vivifier les études régionales et les rendre vraiment scientifiques. Il a fallu, pour qu'on en reconnût toute la valeur, les très grands progrès accomplis par la géographie au iix* siède , grâce au développement des scnences. C'est par là surtout que Varenius peut être considéré comme un moderne, et que son ceuvre marque une date dans l'histoire de la géographie.
M. Boas. De Epigrammatis Simonideis, — Groningae, apnd J.-B. Wolters, igoS. 1 vol. xvi-a56 pages, in-8*. ^
Malgré fétendue considérable de cet ouvrage , Tauteur n'y traite encore que ia moitié du sujet indiqué par le titre, à savoir la critique des sources d'où dérive pour nous la connaissance des épigrammes de Simonide. Dans une seconde partie, M. Boas étudiera en eiles-méues les pièces que l'examen critique de ia tradition lui aura révélées comme authentiques, et se prononcera sur le mérite littéraire de cette poésie. Le plan de ce travail dépasse donc tous les articles, brochures et dissertations, consacrés jusqu^ici aux épigrammes de Simonide, et on ne peut nier que le nouveau docteur d'Amsterdam n'ait adopté pour cette recherche une méthode rigoureuse. Il s'est appliqué aussi avec un soin minutieux à la critique de ses prédécesseurs : n oubliant ni ne ménageant personne, il distribue à tous, avec une égale franchise, le biàme et Téloge; il apprécie une à une toutes les hypothèses proposées , au risque parfois de considérer séparément des opinions semblables ; il ralentit et obscurcît trop souvent la marche de sa propre démonstration par un souci excessif de critiquer les autres. Quant à ses arguments personnels, ils ofErent, à vrai dire, un réel intérêt, et ne manquent ni de force ni de nouveauté. Sur fius d'un point on est tenté de lui donner raison , notamment dans la partie négative de son travail. Mais, quand il entreprend de construire à son tour une théorie, que de fois ne tombe-t-il pas lui-même dans les subtilités qu'il reproche à ses devanciers ! Pour ne citer qu'un exemple de ces explications risquées , je signalerai la discussion qui sert de fondement à toute ia thèse (p. i-38),je veux dire l'interprétation du texte d'Hérodote relatii aux épigranunes nméraires des Thermopyles (VII, a 28). De ce
<*^ A. Kircher, Mnndus sahterraneas , ^* J. B. Riccioli, Geo^aphiœ et Uy-
m qno tmhenœ natarœ majestas et divi- droffrapkiœ reformatœ Hbri duodecim. tiœ demonstrantur. Amsterdam , 1 66A. Bologne , 1 66 1 .
texte M. Boas tire une conclnsion nouvelle et inattendue : les Amphictyooft avaieaft élevé eux-mêmes, en souvenir de la bataille des Thermopyles, lous les monuments iunëraires dont parle Hérodote , et ils avaient demandé à Simonide , moyennant un honnête salaire, de décorer ces tombes d*ëpigrammes ; Simonide n'accepta cette o£Bre qu'en partie : pour le monument des Péloponnésîens et pour celui des Spartiates, il composâtes deux distiques célèbres, et, comme- il reçut en échange de ces deux pièces une rémunération pécuniaire , ce furent les Amphictyons qui eurent seuls ihonnenr de la dédicace {èvtypàiipuuri (lév vuv %ai àhiX'çaî. , . oi èTftKoafafcatPTtç); mais, pour la stèle du devin Mégistias, SinuMiide, qui en avait aussi composé i*épigramme, ne voulut accepter pour sa peine aucun salaire , et c'est pourquoi la tradition vit en im i auteur véritable du monument {rè ^à toO fiAifrtot Meyiâ^Uùû 2i|:ift)9l^ b Aeûûifpéveàç it/li uanà ieivirjv à èvtypéffaç). Cette explication, fondée sur la fameuse ^cAopyvp/a du poète, me semble tout à fait étrangère k la pensée d'Hérodote, et j'avoue ique j'éprouve de vives inquiétudes pour la sâidité d'une théorie qui repose sur une base aussi fragile. Am. Hàuvbttb.
Caklo Pascal. Graeeia capta , saggi iopra alcane Jonti gredie di scrittori ladni, 1 vol. in-8*. — Rorencç, Le Monnier, igoS.
Sous le titre symbolique de Graeeia capta, M. Pascal, professeur à l'Université de Catane, a réuni, comme l'explique le sous-titre, ses essais sur quelques sources grecques d'auteurs latins; il s'est efiorcë de montrer comment, dans certains pas* sages de leurs œuvres, Gicéron , Lucrèce , Virgile ou Ovide , élèves dociles du grand peuple vaincu, avaient imité ses penseurs et ses poètes. Une faut point chercher dans ce volume une unité que l'auteur n'a point voulu y mettre ; c'est en réalité un recueil d'articles qui, pour la plupart, avaient déjà paru isolément dans diverses revues savantes. Parmi les humanistes italiens d'aujourd'hui, M. Pascal est un des plus féconds -et des plus ingénieux; depuis une quinzaine d'années il a beaucoup écrit sur la btté^ •rature latine , et ses travaux ne témoignent pas seulement d'une curiosité toujours en éveil , mais encore d'une érudition solide , parfaitement au courant de l'état des questions qu'il aborde. Si dans cette nouvelle série d'essais il ne réussit pas partout à convaincre le lecteur, il faut s'en prendre au sujet, qui comporte rarement la certitude. On goûtera particidièrement les pages où il a traité de l'épisode d'Hélène dans V Enéide et dV Enée trafitre >. Une légende , dont on suit la trace chez les commenr tateurs anciens, prétendait qu'au milieu de la ruine de Troie Enée n'avait dû son salut qu'à la trahison et à une fuite honteuse, bruit Ûcheox pour un héros d'épopée ; les détracteurs de Virgile n'avaient pas manqué de l'accneulir. M. Pascal montre bien comment le poète s'y est pris pour effacer l'impression que cette tradition malencontreuse avait pu produire sur resprit de ses contemporains. Peut-être suivra-t-on moins facilement l'auteur quand il cherche à prouver que dans le De RepabUca de Gicéron , le fameux Songe de Scipion est emprunté à V Hermès d'Ératosthène. Que Qcéron ait lu ce poème, c'est plus que probable; qu*il Tait beaucoup goûté, c'est autre chose. Il déclare lui-même, aans une lettre à Atticus, Î l'ayant songé un instant à écrire un traité de géographie d'après on ouvrage Eratosthène, il y avait renoncé, à cause des erreurs que les astronomes y avaient relevées : «ita value Eratosthenes, quem mihi proposueram, a Serapione et ab Hipparcho reprehenditnr. Quid censés, si Tyrannio accetserit?» (Ad Attic,, II, 6, i). La défiance de Coéron devait durer eneore lorsqu'il a écrit, plus tard, le De RepwbHca; c'est ce que semblent bien prouver les divergences que M. Pascal reoonnait lui-même entre le texte latin et les vers du poète grec. Un rapport évident rattache
16a LIVRES NOUVEAUX.
le Songe de Scipion, qui termine le dialogue, aux chapitres du premier livre (I, lo à 18) où Cicéron fnil ressortir Tintérét des connaissances astronomiques; ies mêmes pensées se retrouvent de part et d'autre (cf. 1, 17, S 26 et VI, 19-33). Il est dair cpe le second morceau est tiré de ]a nïéme source que le premier^ c'est-à-dire, comme on Ta pense avec vraisemblance, d'un ouvrage de Posidonius. Ce philosophe, élève de Panétius, qui est nommé dès le début (I, 10, S i5), avait mis au point les doctiines scientifiques de Platon et de Pythagore fondues avec celles du Portique. H est sage de ne pas chercher ici d* autre nom que le sien. Au contraire , je crois très dignes d'attention les rapprochements que M. Pascal établit entre les fragments d*Empédocle et les vers d'Ovide sur Pythagore , quoique j'aie toujours bien un peu de peine à admettre que l'auteur des Métamorphoses ait remonté directement jusqu'à im philosophe aussi ancien qu'Ëmpédocle ; mais c'est là une question de principe , sur laquelle on ne peut se déterminer que par des présomptions. Dans le poème LXIV de Catulle , M . Poscal suppose que le morceau sur les rfoces de Thétis et de Pelée est imité d'un poème de l'école hé&iodique; l'hypothèse n'est pas nouvelle et elle ^epo^e sur des bases un peu fragiles; dans ce morceau même, qu'il trouve avec raison d'un ton plus grave que les Plaintes d'Ariane, il y a encore bien des conceptions qui n'ont rien d'archaïque et la légende a déjà subi plus d'une transformation. (Voir Reitzenstein dans VHerm»t, XXXV, igCK», p. 73.) Néanmoins le développement que M. Pascal donne à son idée est spécieux et intéressant. Au tot^l, en lisant son livre, on partage le plaisir <|u'il a eu à récrire ; car il y a toujours du plaisir à trouver un homme de goût dans un érudit.
Georges Lafayb.
MELANGES Nicole, 1 vol. in-S*". — Genève, Imprimerie Kûndig et IjIs, igoS.
Des savants de tous les pays à peu près ou l'on cultive les lettres anciennes se sont réunis pour offrir à M. Nicole, de Genève, à l'occasion du trentième anniversaire de son professorat, un recueil de dissertations. Comme il arrive toujours en pareille occurrence, plus peut-être même que dans d'autres cas analogues, le Yolume \ouche à des matières très diverses, ce qui prouve combien M. Nicole compte d'amis dans toutes les branches de la philologie. M. Naville, son collègue, a décrit en son honneur un temple de la XP dynastie; M. Maspero a étudié le début du second conte de Satni-Khara«)is, M. Wiedemann les origines de la poésie dramatique dans l'ancienne Egypte. A la littérature grecque appartiennent un certain nombre d'articles, entre autres des remarques de M. Blass sur un passage des Choéphores d'Eschyle ; de M. P. Girard , sur une correction du texte de Thucydide de M. Kôrte, sur la place des Suppliantes d.ins l'œuvre d'Eschyle; de M. Lambros, sur des corrections au texte de Diogène Laërce ; de M. Can Robert, sur des passages de la Théogonie d'Hésiode. La littérature latine est représentée par MM. Oltramare {L'Epitre d'Horace à Auguste); Blûmner (Critiques de texte à propos des Métamorphoses d'Apulée); Weif (Observations sur deux odes d'Horace); Waltzing (édition d'un glossaire qui figure à la suite des œuvres de Polemius Silvius); la linguistique, par MM. Bréal (dU/sstrès, en composition); Havet (La mise en relief par disjonction dans le style latin); van Merwerden (Addenda de lexicographie grecque) et Muret (Glaucus, Etudes détymologie ronuuie). Les articles relatifs a l'archédogie sont abondants et quelques-uns de leurs auteurs portent des noms célèbres : M. Dôrpfeld étudie l'incinération des morts en Grèce, M. Furtwàngler, un vase qui représenlait une hôtellerie, et M. Helbig, les chars de guerre d&nsi Iliade ; M. Homolfc commente une inscription liiwgique de Delphes; M. Wilhelm, un
décret athénien, et M. Latvschew, des inscriptions métriques de Panticapée; M. PotLier disserte d*un bixmste du Musée de Naples, dit « Alexandre à cheval», et M. S* Reinach, dun Ganymède de Técole de Praxitèle, etc. M. Niccde ayant enrichi son pays de papyrus grecs découverts en Egypte, qu*il a publiés avec succès, il est tout naturel que la papyrographie tienne une grande place dans le volume qui lui est dédié. On y trouvera à cet égard, des articles très importants. M. Comparetti y publie une série de lettres d'un commandant militaire en Egypte , où il règle la réquisition des chameaux pour une expédition; M. Gradenwitz fait connaître une nouvelle haypa^ d'Hermopolis ; MM. Jouguet et Lefèvre , la pétition d*une femme à qui ses compagnes avaient fait violence au bain ; M. Wessely, un instnimentum censas, de ^Ao après J.-C. ; M. Wilcken donne une nouvelle édition du songe du roi Nectonabos. Les papyrus littéraires ne sont pas absents du volume: MM. Crusius et Gerhard donnent une épigramme mythologique; MM. Grenfell et Hunt ont transcrit deux passages d'Aristophane [Les Chevaliers et Lysistrata), quelques vers d*une comédie, peut-être de Ménandre, et un petit fragment de Y Iliade, Je mentionnerai, en terminant, des tablettes de momie et des ostraka du Musée de la Société historique de New-York, édités par M. Goodspeed, et un article de M. Mitteis sur les gouverneurs de la Thébaïde nu iv* siècle , d'après les papyrus.
A nnali deW Jslàm comfiiaii da LeoKK Ca£TAM, principe di Teano. Vol. I. Introduzione. Dali* anno 1 al 6 H. xvi-740 pages, gr. in-4**
J. J. Reiske , en publiant la « Chronique abrégée de Thumanité » d'Aboù *1-Fidà , prince de Hamà ( 1 a 72-1 33 1 ) , avec une traduction latine (Copenhague , 1 780- 1 794 ) , s'avisa d'intituler ses cinq volumes, desquels il avait exclu de parti pris Thistoire antéislamique ^^^: Annales Maslemici. Cette même dénomination a été reprise par un autre prince qu*Aboù 1-Fidà, pour les douze volumes qu'il nous fait espérer et qui, n l'origine , devaient ne point comprendre l'époque antérieure à la mort du Prophète Mohammed , le 1 2 rabi* i*'de Tan 1 1 de l'heure = le 7 juin 632. Plus d'un auteur arabe s'est écarté par prudence de ce terrain brûlant , ainsi par exemple le schl'ite Ibn Atf iktakà dans son célèbre Fakhri. Le prince di Teano , dans sa sereine impartialité d'annaliste qui ne- soulève pas les proolèmes dangereux , mais qui expose les faits , n'a pas craint de remonter non seulement au Prophète , mais encore aux événements locaux qui précédèrent et qui expliquent sa mission. Le lieu d'éclosion de l'islamisme, la Ka'ba de la Mecque, son sanctuaire, les tribus qui lui ont donné naissance et celles qui ont résisté à ses progrès, les actes de l'Elnvoyé d'AUàh et des disciples qu'il a gagnés successivement et qui se sont laissé conduire par lui dans la bonne voie , ont fourni la matière de ce premier volume qui comprend une Intro^ duzione considérable de 34 1 p^iges et les récits afférents aux six premières années de l'hère. Le deuxième volume, en préparation, comprendra les années 7-35 et s'arrêtera à l'avènement d*Ali. La méthode analytique et critique qui se déploie dans le premier volume, si tou£Eu à la fois et si clair, nous donne plein* confiance dans les matériaux utilisés et dans l'art d'exposition avec lequel ils seront assemblés par un informateur aussi informé. L'auteur parle modestement d'une compilation ; je dénonce sa mise en oeuvre et en lumière des notes recueillies par une escouade de collaborateurs, eux aussi conduits dans la bonne voie par l'unité d'une direction
CO. Lacune comblée par L. Flkischbr : sione latina auxit PJeitcher, Lipsie, i83i, Abulfedte Historia anteislamica , ar. éd. ver- in-4*-
ferme. Qaeis admirables instruments de trarail la génération qui suit la nôtre possédera lorsqu'elle disposera à la fois des AnnaU deïï Islam, classés chronolo^quement, et de TEncydopédie de ildâm, dictionnaire par ordre alphabétique, dont TAssociation internationale des Académies prépare la rédaction et promet des éditions allemandes, anglaises et françaises ^'^ ! Hartwig Derbnbodrg.
Ben Jonson. 7%e Devi7 15 an Ass, edited with introdaction, ^otes ,and glouary by W^iLLiAH Savage Johnson [Yale Stadies in Énglish, XXIX). — Ney-Vork, Holt,
Trois comédies de Ben Jonson ont précédé celle-ci dans Texcellente série des Yale Studies, et elle est éditée sur le même plan, avec un texte aussi rigoureusement établi , un commentaire aussi sûr, une bibliographie aussi complète. L'importante introduction fait peu de place à Tétude purement littéraire, mais expose et discute à fond les questions de date et de sources , ainsi que tout ce qui peut aider à rintelli|^ence complète de la pièce. La partie fantastique de celle ci, le rôle attribué à Satan, au petit diable Pu^, au Vice traditionnel des anciennes moralités fournissaient au scouaste la malière d'investigations difficiles mais intéressantes ; il semble bien avoir fixé tout ce qu'on en doit rapporter aux traditions du moyen âge , aux légendes populaires, au souvenir du Belfaqor de Machiavel. Sur les mœurs raillées par le poète , M. Johnson nous donne égidement des éclaircissements d'autant plus nécessaires que (^st ici, comme Ta remarqué M. Swinburne, la comédie de Ben Jonson « où la satire est le plus éloignée de nous par son objet et .où les allusions appartiennent davantage à un temps •. Les curieux y trouveront leur compte , et plus encore les admirateurs du vieux poète , qui ne peuvent guère le voir mieux présenté, mieux expliqué qu'il ne Test cette fois par son très ërudit éditeur.
A. Barbeau.
Emile Horn. François Ràkôczi II (1676-1735). 1 voL in-8". — Paris, Perrin,
M. Em^ Horn n'est pas un inconnu pour le public, français, qu'il s'efforce de familiariser avec les g^res nationales de la Hongrie, son pays, des ouvrages sur saint titienne et sainte Elisabeth de Hongrie, les héros de l'épopée chrétienne du Danube, ou sur Jokai, le poète patriote, lui ont mérité des récompenses académiques. 11 nous donne aujourd'hui la vie du grand chevalier national en qui s'incarnèrent les dernières résistances des Hongrois à la domination autrichienne.: François 11 Rakocri. 11 conte cette histoire qui nous touche également, nous Français, par le souvenir des luttes des Bourbons, de Louis XIV surtout contre la maison d'Autriche , dans un récit à la fois dair, vivant et passionné.
Le livre ne répond pas d'ailleurs à ce qu'on exiffe aujourd'hui d'une œuvre historicpe destinée aux travailleurs et aux érudits. 11 n est pas à comparer à tout ce que nous devona d'utile, de précieux, comme documents d'archives, aux publications de Thaly, le Bàkôczi <ar publié en 1866 à Budapest, ou VArchiviam Èakoczianum ( 1875), ou aux éditions fert importantes de FiecUer, Actenstâcke zar Gesch. Franc. Ràkùaà and teiner Verbindangen, mit dem Aatlande, La principale et presque l'unique source de l'auteur, ce sont tes Mémoires du prince lui-même, une autobiographie
^) V€rteieknùsdm'Stickm6rUrfnrdiêEn>' ttabe A (A, '^A). Leiden, Brili, igoS, cjclopàdie des Islam. Erstes Heft Oer Bucb- 64 p.
en latin dont le témoignage ne peut s'accepter qae sous toutes résenres. A la façon dcmt certaines références sont indiquées, on voit que M. Emile Hom ne se soucie pas de précision en générai. Qu'est-ce que Moret, Loais XIV? vieux liyre déjà, moins vieux et moins inutile encore que Capefigue, LfOais XIV? Quand, à la page 16 1, M. Hom nous dît qu'il faut utdiser les Mémoires encore inédits du Transylvain Michel Cserey. il n'indique pas qu'il emprunte sa citation à Katona : Historia critica regni Hangariœ, la grande histoire du jésuite qui à la fin de xviii* siècle a commencé d'étaUir l'histoire des Hongrois d'après les sources. Je pourrais faire beaucoup d'autres remarques sur l'emfdoi des documents français, l'inexactitude des noms propres, l'insuffisance des références.
Je n'insiste pas, ayant le sentiment que l'auteur n'araitpas l'intention d'apporter une nomrdle contribution à l'histoire de son héros, mais simplement d'écrire cette histoire plutôt en forme de roman vécu. E. B.
André Bonnefons. MarieCaroline , reine des Deuœ-SicHes (ilôS-iSiày 1 vol. in-4° de vi>4o3 pages. — Paris , librairie Pcrrin , 1 906.
Le livre de M. André Bonnefons est un livre puisé, pour la majeuro partie, aux dépèches du Fonds de Naples des Archives du Ministère des Affaires étrangères. C'est donc surtout un livre d'hbtoire diplomaticpe. Le sons-titre que l'auteur lui a donné : Une ennemie de la Rétolation et de Napoléon , indique l'esprit dans lequel il est conçu.
Après une étude sur la cour des I>eux*Siciles dans les pmnières années de la Révolution française , années au cours desqudles la fortune d*Acton commence à se dessiner et qui se termine par la suspension des relations diplomaticpies avec la France, à la suite de la journée du 10 août, M. Bonnefons fait l'histoire de la rupture avec la Convention , qui est celle de l'ambassade de Mackau. Les victoires de Bonaparte, en Italie, amènent la conclusion du traité de paix du 10 octobre 1796 et la reprise des relations diplomatiques.
La cour de Naples reste malgré tout hostile à la France; successivement, le général Caudaux, Treilhard, Trouvé, le général Brune, s'efforcent d'amener une détente; le prosélytisme révolutionnaire et la polilique conquérante du Directoire rendent toutes les tentatives inutiles.
Servie par Acton , Marie-Caroline est l'àme de la politique antifrançaise. Sa liaison avec lady Hamilton la jette dans les bras de l'Angleterre , dans le même temps où son amie faisait la conquête de Ndson.
La conséquence de ce coup de tête, c'est la finte de la famiUe royiie , l'invasion du territoire napolitain par Championnet et la proclamation de la République parthénopéenne.
L'action diplomatique du cardinal Ruffo ramène le calme dans la péninsule et Ferdinand rentre à Naples. C'est alors, de concert avec Nelson, une affreuse réaction à laquelle la victoire de Marongo et le traité de Florence mettent fin.
A cette date , Alquier devient ambassadeur de France à Naples. Il avait négocié le traité de Florence ; il devait représenter Napoléon n la cour de Ferdinand jusqu a l'avènement de Joseph au trône des Deux-8iciles. «Adroit, fm, diplomate» , il fut un négociateur de premier ordre et un donneur d'avis remarquable. C'est à lui qu'on dut la chute et la disgrâce d' Acton.
Son départ ne ramena pas le calme. Le rôle ambigu de Marie-Caroline , la violence de ses appréciations dans une correspondance privée qu'elle ne put tenir secrète, amenèrent la grossière sortie de Napoléon contre la reine à Milan et la
rapture qui devait aboutir à Tinvaston du royaume, à la uomination de Joseph ifabord , de Murât ensuite , comme rois des Deux-Siciles et à la mort de Marie- Carcdine en exil. M. 1).
W. E. Hartpole Lecky. Leaders of public opinion in Ireland, a vol. in-8' de xMi-3o8 et 336 pages. — Londres, Longmans et Green, 1903.
C*est une nouvelle édition , parue Tannée même de la mort de Lecky, d*uQ ouvrage dont le sujet a toujours préoccupé le grand historien. Une première ébauche , quil publia en 1861 , an sortir de TUniversité, passa inaperçue. Une refonte en fut donnée en 1871, avec plus d*ampleur et d'autorité , et plus de succès. Mais depuis cette date la question irlandaise a pris de nouveaux aspects; d'autre part bien des documents ont paru , notamment une partie de la correspondauce d'O'Conneli , et bien des travaux , à commencer par ceux de Lecky lui-même sur TAngleterre an xvin* siècle; les conclusions de 1871 se trouvaient en partie contredites, et, pour le reste » des modifications s'imposaient.
L'ouvrage comprend, outre une introduction sur l'histoire du Parlement d'Irlande dans la première moitié du xviii* siècle , trois études sur Henry Flood . Henry Grattan et sur O'Connell , auquel est consacré tout le second volume. Une table détaillée et un index alphabétique sont annexés à l'ouvrage , que l'auteur n'a pas cru devoir charger de nombreuses références , l'envoyant en partie à celles de sa grande histoire.
Le Parlement irlandais du xyiii* siècle, que Swift traitait de t caverne de voleurs», existait au seul profit des grands propriétaires protestants irlandais; les ca* tholiques en étaient exclus, comme de toute fonction publicpie. Gependant. dans ce parlement, une opposition se forma, en faveur de l'Irlande et des catholiques; Flood et Grattan furent les plus remarquables chefs de ce parti ; ils forment un vif contraste avec O'Connell : très irlandais sans doute, par leurs dons brillants, par leur caractère entier et soupçonneux, mais protestants et d'éducation toute anglaise, gentlemen irréprochables, travaillant leurs discours, au besoin, comme Grattan, les apprenant par cœur, ils n'annoncent nullement la fougue et les violences du grand agitateur; Thistorien anglais les met visiblement au-dessus de lui par la dignité et par les services rendus, et il laisse paraître son regret d'un temps où la religion n'exaspérait pas la question irlandaise , les intérêts catholiques trouvant des défenseurs parmi les parlementaires protestants d'Mande et même dans l'Eglise protestante; de celle-ci l'auteur détache un type original, l'évêque de Derry, « agitateur » anticipé et surtout agité , qui , vaniteux , bruyant , parcourait les campagnes en grand costume . escorté de cavaliers et de trompettes.
C'est avec hésitation que l'auteur (il le dit lui-même) aborde la figure presque légendaire de Daniel O'Connell , le premier député catholique , d'éducation soignée , fin, spirituel, auquel une Anglaise trouvait les manières d'un abbé français, et qui révolutionna l'Irlande : après l'opposition parlementaire, correcte, de Flood et Grattan , c'est l'ébranlement gigantesque des masses populaires, ce sont les « meetings monstres», purs d'ivresse et de violences, mais qu'un mot pouvait soulever, c'est cette organisation des catholiques, encadrés par leur clergé, qui reste l'œuvre la plus durable d'O'Connell. Lecky étudie l'honmie et l'œuvre avec finesse et conscience. H rend pleinement hommage à ses grandes qualités, insiste sur sa valeur comme juriste et avocat, sa puissance de travail et son activité prodi(>ieuse , sa générosité , Lu sincérité de sa foi et de son patriotisme , « la splendeur et l'originalité de son génie». Cette «agitation», il Ta toujours empêchée de dégénérer en insurrec-
lion, et la conviction de Thistorien est que, en dépit des projets audacieux remués ouvertement autour de lui, il ne songea jamais qu'à des manifestations pacifiques de force « pour intimider le gouvernement. Manifestations dangereuses toutefois, et l'auteur, considérant le trouble profond provoqué par le grand tribun, Tappel fait, contre le t Saxon», i*« ennemi», à toutes les passions, de race, de classes, de religion , se demande si O'Connell ne fut pas une « malédiction » pour l'Irlande. Malgré tout, de cette étude approfondie, la figure si contestée d'O'Connell se dégage grande et sympathicpie.
La division en biographies indépendantes adoptée par l'auteur ne nuit pas à l'unité de l'œuvre : l'Irlande la domine. Jacques Rambaoo.
ACADÉMIE FRANÇAISE
Nécrologie. Le cardinal Prhraud est décédé n Autun le lo février 1906. Il était né à Lyon le 7 février i8a8, était entré à l'Ecole normale supérieure en 1847, avait été nommé professeur d'bistoire ecclésiastique à la Faculté de Théologie de Paris eu i865 et préconisé évéque d' Autun en 1874* U avait été élu membre de l'Académie le 8 juin 1883.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETIRES
Commanications. 2 février. M. le Secrétaire perpétuel donne lecture d'un rapport sur l'état des publications de l'Académie.
— M. B. Haussoullier présente trois inscriptions grecques inédites provenant de Babylone. La plus intéressante est un palmarès d'une distribution d<! prix au gymnase de Babylone en l'an 1 10 avant J.-C. Elle porte une double date, d'après l'ère des Arsacides et d'après Tère des Séleucides. Les inscriptions grecques de Babylone aoot encore très rares : la plupart proviennent des fouilles des Allemands à Homera, sur remplacement de l'ancienne Babylone.
— M. Cagnat rappelle que depuis longtemps on connaissait a Pompéi un édifice situé sur le forum , que l'on croyait être un temple ides Dieux protecteurs de la cité. La comparaison du plan de cet édifice avec celui de la bibliotnéque de Timgad et celui de la bibliothèque d'Ephèse récemment publiés tendrait à prouver que c'est également une bibliothèque.
— M. Salomon Reinach communique h l'Académie un mémoire sur un passage de la lettre des communautés de Vienne et de Lyon , relatant la violente persécution de l'an 177. Une esclave chrétienne, à laquelle on voulait faire avouer par la torture que les chrétiens de Lyon tuaient des enfants pour les manger, répondit : « Comment nous soupçonner de pareilles choses puisque nous ne mangeons même pas le sang des animaux?» Ainsi la petite comnumauté chrétienne de Lyon se conformait aux décisions prises, suivant le livre des Actes, au premier concile de Jérusalem. Mais pour ne point manger le sang des animaux, il fallait que ces animaux fussent immolés suivant le rite juif. Comme il ne peut être question d'une
SAVANTS. a 3
IHrUHSKIB lâTIORAU.
boucherie chrétienne à Lyon, force est d'admettre que les chrétiens de 177 s*ap-
Srovisionnaient à la boucherie juive , ce qui implique Texistence^ à cette époque, une communauté juive à Lyon, dont les historiens n'ont pas parlé.
9 février. M. Franz Cumont communique une note sur les mystères de Sabazîus et le judaïsme. Un texte de Valère Maxime prouve que Jupiter Sabazius avait été identifié avec le lahwé Sabaoth des juifs et les croyances de ceux-ci ont laissé des traces nombreuses dans les monuments du dieu phrygien. Ce mélange d'idées bibliques et païennes se manifeste en particulier dans les célèbres fresques du tombeau de Vincentius découvertes dans les catacombes de Prétextât.
— M. Héron de Villefosse communique une note du P. Delattre relative à une nécropole punique découverte à Utique dans la propriété du comte de Chabannes.
— M. Espérandieu fait, sur la demande de M. le D' Simon, président de la Société archéologique de Semur, une communication sur les résultats de récents sondages pratiqués sur le plateau du mont Auxois. Ces sondages ont fait découvrir des débris de toutes sortes, notamment une innombrable quantité de clous, de fragments de poteries et des monnaies gauloises et romaines, dont la plus récente date de Valentinien II. Ils ont, en outre, permis de constater que les ruines d'Alésia existent encore à quelques centimètres de la surface du sol et que le plan de la ville antique ne serait point impossible à reconstituer.
î 6 février. M. Salomon Reinach communique une note de M. Seymom* de Ricci donnant le texte et la traduction d'un fragment récemment publié en Allemagne de l'historien grec Sosylos , professeur de grec d'Annibal. Ce fragment , déchiffré par M. Wilcken sur un papyrus grec de la Bibliothèque de VVurzbourg, décrit en grand détail un curieux épisode d'une bataille navale livrée en 217 avant J.-C. à Tembouchure de l'Ebre et dans laquelle une heureuse manœuvre de la flotte marseillaise assura le triomphe des Romains sur les Carthaginois. Ces derniers, par une feinte habile, avaient réussi à traverser la ligne des vaisseaux marseillais et se préparaient à virer de bord pour les prendre de flanc et les couler avec leurs éperons. Les chefs marseillais , ayant soupçonné ce projet , avaient laissé en arrière des unités de réserve , qui intervinrent au moment opportun et coulèrent les vaisseaux carthaginois.
— M. VioUet lit un mémoire sur le rôle de Bérenger Fredol dans le différend entre Boniface VIII et Philippe le Bel.
23 février, M. L. Delisle informe l'Académie que S. M. le roi Edouard VII a offert à la « nation française • le tome II des Antiquités juives de Joséphe , récemment retrouvé et dans lequel ont été réintégrées les célèbres miniatures de Fouccpet, qui en avaient été distraites et qui étaient conservées dans i'ime des collections royales d'Angleterre. (Cf. Journal des SavcuUs, 1906, p. 111.)
— M. Salomon Reinach tente d'expliquer le célèbre récit de Plutarque où Rabelais, après Eusèbe, voyait l'annonce surnaturelle de la mort de Jésus. Le pilote d'un vaisseau allant de Grèce en Italie s'entendit appeler trois fois par une voix mystérieuse qui lui annonça que le grand Pan était mort. Les passagers, parmi lesquels se trouvait un professeur de grammaire , informateur de Phitarque , témoignèrent de la véracité de l'histoire , qui fut rapportée à l'empereur Tibère et l'inquiéta. M. S. Reinach fait observer que, d'après Plutarque, le pilote du bateau s'appelait Tkamoms et que Thamoos est le nom syrien d'Adonis, dont les Qdèles
CHRONHJUE m: L'INSTITUT. 171
pleuraient chaque année la mort. A cette occasion , ils psalmodiaient une sorte de cantiléne composée du nom trois fois répété de Thamous et des mots signifiant : le très grand (dieu) est mort^ b wà9 fiéyaç véâvipu. Le pilote et les passagers qui ignoraient ridentité de Thamous et d'Adonis crurent que le cri de ■ Thamous ! » appelait le pilote par son nom et que l'épithète tj5r (léyas (très grand] signifiait «le grand Pan ». Ce malentendu serait Torigine de Thistoire vraie en substance que Plutarque a rapportée de bonne foi et qui a inspiré aux commentateurs depuis quinze siècles tant d'hypothèses singulières.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Nécrologie. L'Académie a éprouvé la perte de sir John Burdon Sanderson , correspondant de la Section de médecine et ae chirurgie, celle de M. Arthur Bibnaymb, correspondant de la Section de géographie et navigation, et celle de II. Samuel PiERPONT Langlet, Correspondant de la Section d'astronomie, ancien directeur de VAllegheny observatory de Pittsburg et secrétaire de la Smithsonian Institution,
Elections, L'Académie a élu sir William Crooebs correspondant de la Section de physique en remplacement de M. Bjchat, décédé, et M. Hbim, correspondant de la Section de minéralogie en remplacement de M. von Richthofen, décédé.
Présentation, L'Académie présente à M. le Ministre de l'Instruction publique pour une place d'astronome titulaire vacante à l'Observatoire de Paris , en première ligne : M. Bocquet; en deuxième ligne : M. Renan.
Legs. L'Académie est autorisée , par décret en date du g novembre 1 906, à accepter un legs de d>ooo francs de rente qui lui a été fait par M. Irénée Lonchampt pour fonder un prix annuel qui sera décerné à l'auteur du meilleur mémoire sur les maladies de l'homme, des animaux et des plantes, au point de vue plus spécial de l'introduction des substances minérales en excès comme cause de ces maladies.
— L'Académie est autorisée, par décret en date du 17 janvier 1Q06, à accepter on legs de 1 ,5oo francs de rente , qui lui a été fait par M. Victor Raïuin pour fonder un prix annuel qui sera décerné à des Français dans le but de faciliter la publication des travaux relatifs : i** n la géologie et à la paléontologie; a"* à la minéralogie et à la pétrographie; 3" à la météorologie et à la physique du globe.
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS
3 février. M. de Saint-Marceaux donne lecture d'une notice sur la vie et les travaux de M. Paul Dubois, son prédécesseur.
17 février. M. Injalbert donne lecture d'une notice sur la vie et les travaux de M. Jules Thomas, son prédécesseur.
Dictionnaire des Beaux-Arts. L'Académie a entendu en première lecture les articles : grégorien (chant), grosse caisse, gruppetto, gigue, gable.
Prix Bordin à décerner en i908. Sujet adopté : « De l'évolution de l'architecture contemporaine en France et à l'étranger et des tentatives qualifiées d'art nouveau. B
Don. M. Jules Henner fait don à l'Académie des Beaux- Arts, en mémoire de son oncle. Jean-Jacques Henner, membre de l'Académie, d'une rente annuelle de
g,ooo francs. Cette rente sera divisée en trois parties égales de 3,ooo francs chacune qui seront attribuées aux pensionnaires peintres de l'Académie de France à Rome dès la fin de leur séjour, s'ils ont rempli toutes leurs obligations envers rÊtat et envers TAcadémie des Beaux-Arts.
ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
Nécrologie. M. Adolphe Gutllot, membre de la Section de morale depuis le 9 avril 189a, est décédé à Saint-Jean-de-Luz le a3 février 1906.
Élection, L'Académie a élu le 17 février un membre titulaire dans la Section d'histoire en i^mplacement de M. Rambaud , décédé. La Section présentait en première ligne M. Paul Guiraud; en deuxième ligne, M. Welschinger; en troisième ligne ex œquo, MM. Debidour, Denis et Lacour-Gayet. Au premier tour de scrutin, M. P. Guiraud, professeur d'histoire ancienne à la Faculté des Lettres de Paris, a été élu par 10 suffrages ; M. Welschinger en a obtenu 1 q.
Communications, 3 février. M. le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre de lord Reay, président de l'Académie Britannique, en date du 3i janvier et exprimant ses condoléances n l'occasion du décès de M. Boutmy.
iO février. M. Boutroux expose les progrès des travaux préparatoires du Catalogue des œuvres de Leibniz, entrepris en commun par l'Académie des Sciences morales et politiques et par l'Académie des Sciences de Berlin ^^^
— La Société Philosophique d'Amérique a invité l'Académie à se faire représenter aux fêtes du deuxième centenaire de la naissance de Franklin , qui seront célébrées à Philadelphie le 17 avril 1906.
PUBLICATIONS DE LINSTITUT.
Institut de France. Annuaire pour 1906, in-ia. Impr. nationale.
Institut de France. Académie des Beaux- Arts. Notice sur la vie et les travaux de M. Paul Dubois par M. de Saint- Marceaux, lue dans la séance du 3 février 1906, in-4'. Firmin-Didot et C\
Institut de France. Académie des Sciences morales et politiques. Discours prononcés aux funérailles de M. Emile Boutmy par MM. Gebhart, Léon Aucuc et Albert Sorel le 28 janvier 1906, in-4*. Firmin-Diaot et C'*. H. D.
RUSSIE