SAINTEHELENE AU XVII* SIECLE
[^e nom du maître maçon , artisan obscur de la grandeur britannique , qui éleva cette forteresse nous a été conservé. Il s appelait Thomas Goleman. On lit en eflTet siu* une autre pierre :
THO GOLEMAN WORKMAN IN CHIEF OF THIS FORTIFICA || TION FOR THE USE OF THE ENGUSH EAST INDIA GOMPY |[ I GAME ON THE MARMIDUCK MAN OF WARE j| MAY
VE 5 i659^ï).
Le 3 avril i66i la Compagnie des Indes reçut de Charles II mie charte stipulant ses droits à Sainte-Hélène. Elle était autorisée « à y bâtir des châteaux, des fortifications et des forts», à y introduire des soldats et des colons libres en tel nombre qu elle jugerait opportun , à y exercer la justice et à y entreprendre des cultures. Enfin elle était dispensée du payement de toute taxe pour les tissus, vivres, munitions de guerre et objets mobiliers qu elle y transporterait ^^K
Sur les quatorze premières années de Toccupation les sources anglaises ne nous renseignent pas. Dune part, il ny a pas dans les archives de Sainte-Hélène de document antérieur à 1 678 , et d'une autre , dans la section East Indies de la Colonial séries des Calendar of State papers , les textes publiés actuellement ne dépassent pas i63â. Mais k cette indigence d'autres documents remédient partiellement.
Souchu de Rennefort, revenant de Madagascar dans la Vierge de Bon- Port, toucha cà Sainte-Hélène du 3i mars au 7 avril 1666, et il a donné une description succincte, mais précise de rétablissement anglais à ses débuts ('^
11 y avait «un petit fort tnangolaire dont deux bastions portaient sept pièces de gros canon de fer pointées sur Teau , et le troisième bastion derrière , armé de quatre semblables pièces, pouvait servir de nouveau fort, si la place avait été forcée : au côté des deux premiers étaient deux redoutes, avec chacune deux canons qui rasaient la mer, et empêchaient i abord de Tiie. »
En débarquant S. de Rennefort reçut un bienveillant accueil du gou* verneur Robert Stringer, qui Tintroduisit dans sa maison :
« On y montait par un balcon de six marches qui donnait dans une grande salle d'armes bien entretenue. Les quatre coins de la salle ouvraient quatre appartements de trois chambres chacun, tendus et meublés d'étoffes des Indes et ae tapis de Perse, de lits et de sièges d'ébène grise et noire, tournés et semés de boutons dorés. >
'- 1 5 mai (nouveau style), Jackson, S* Helena, p. Sig-Sao, et reproduit
|). 167. dans Jackson, p. 1 a.
*^ Un extrait de cette charte est (^^ HistoireJetIndesOrienlales,p, 1^6
donné dans T. H. Brooke, A kistory of et suiv.
270 HENRI DEHERAIN.
Dans la chambre du ^uremeur, S. de Rennefort remarqua deux portraits : lun représentait Charles II, et il «paraissait à Tendroit le plus en vue », l'autre Cromwell, mais il avait été retoamé « le visage sur la tapisserie ».
Le gouverneur présenta S. de Rennefort à sa femme, qui « conservait des marques d'avoir été fort agréable » , ainsi qu'à deux de ses filles :
« 11 donna ensuite à dîner fort proprement, les viandes apprêtées moitié à la française , mcMtié II l*anglaise. Les dames à la mode de leur pays ne faisant anoune cérémonie , tous burent dans le même gobelet les santés de leurs deux rois ».
Un autre jotnp Robert Stringer fil visiter artx Français soh cabinet de curiosités , où étaient conservés le squelette d\iri lamantin , ceWi d*\m poisson volant, de fambre gris, de la civette et en général les « étoffes et curiosités qui se rapportent des Indes ».
La population se composait de cinquante hommes, vingt femmes et SIX esclaves malgaches. 'Leis hommes pour « la plupart avaient des habitations en 111e et venaient à leur tom* faire guet et garde au fort ».
[>e la description de S. de Rennefort il faut rapprocher, bien qu'il ne soit pas daté, lan doccttnènt manuscrit anonyme conservé à Paris, dans les archives du Service hydrographique de la Marine, et intitulé : Plan de la rade , forteresse et bcfarg de Vîsle de Saînte-Hélène^^K Le fort triangulaire, avec ses trois bastions et la maisoh du gouverneur, y est nettement figuré , resserré dans la vallée entre le$ deux falaises que S. de Rennefort qualifie « d'épôuvatitabîes' voisins». Ce plan représente en outre : i"une longue balterie sur le rivage, destinée à fermer faccès de la vallée; i** deirière le fort deux rangées d'habitations, au-dessous desquelles on lit cette légende : * Où les Aiiglois mettent une sentinelle pour empêcher les étrangers d*avancer dans l'île. »
III. La prise de possession de Sainte-Hélène par la Compagnie anglaise constituait un échec pour la Compagnie hollandaise des Indes Orientales, sa rivale. Ce fait «s«ra très nuisible à notre flotte de retour, qui s y serait pourvue de bons vivres, porcs et eau douce », écrivait de Batayia, le l'j janvier i66o, le gouverneur général des Indes néerlandaises^ Jean Maetsuyker^ qui déplorait encore dans une lettre postérieure que la Compagnie dût « renoncer à la belle Me de Sainte-Hélène »^*^.
Non pas cependant que le mouillage en fût interdit par les Anglais aux Hollandais; la flotte de Jan van der Laan y toucha, par exemple, du 3 au
^} Porteleuilie lai, diviâon 5, ^'^ Letters received, i6ll9'i&62 . Il,
pièce 8. p. iSAet 167.