LUCIEN POINCARÉ
irréfutable, par des expériences aujourd'hui classiques, qu'une décharge électrique produit dans 1 ether que contiennent les milieux isolants voisins un ébranlement ondulatoire; c'est lui qui, théoricien profond, mathématicien habile, expérimentateur d'une adresse prodigieuse, fit comprendre le mécanisme de la production, et élucida complètement celui de la propagation de ces ondes électro-magnétiques.
Il dut naturellement songer lui-même que ses découvertes pourraient s'appliquer à la transmission d'un signal ; il paraîtrait cependant qu'interrogé par un ingénieur de Munich, nommé Huber, sur la possibilité d'utiliser les ondes pour des transmissions téléphoniques, il aurait répondu négativement en s'appuyant sur quelques considérations relatives à la différence entre les périodes des sons et celles des \ibrations électriques. Cette réponse ne permet pas de préjuger ce qui serait advenu , si une mort cruelle n'avait, en 1894, enlevé, à l'âge de trente-cinq ans, le grand et infortuné physicien.
On pourrait aussi retrouver dans quelques travaux antérieurs aux expériences de Hertz des essais de transmission oii, inconsciemment sans doute, étaient déjà mis en œuvre des phénomènes que l'on rangerait aujourd'hui à côté des oscillations électriques. 11 serait loisible sans doute de ne pas parier d'un . . . dentiste américain , M ahlon Loomis , qui , d'après M. Story, fit en 1870 breveter un projet de communication où il utilisait les Montagnes Rocheuses , d'une part, et le Mont-Blanc, de l'autre, comme de gigantesques antennes pour établir une communication à travers l'Atlantique, mais on ne saurait passer sous silence les très remarquables recherches du professeur américain Dolbear, qui montra , à l'Exposition électrique de Philadelphie , en 1 884 , un ensemble d'appareils permettant de transmettre des signaux à distance et dans lesquels il signalait « une application exceptionnelle des principes de l'induction électrostatique »; ces appareils comprenaient des groupements de bobines et de condensateurs, au moyen desquels il obtenait, on ne saurait en douter aujourd'hui, des effets dus à de véritables ondes électriques.
On devrait aussi faire ici une place à un inventeur bien connu, D. E. Hughes, qui poursuivit, de 1879 à 1886, des expériences très curieuses où certainement aussi les oscUlations jouaient un rôle considérable; c'est, d'ailleurs, ce même physicien qui a inventé le microphone et attiré ainsi , d'autre part, l'attention sur les variations de résistance au contact, phénomène bien voisin de celui qui se produit dans les radioconducteurs, organes importants du système Marconi. Malheureusement, fatigué et malade, Hughes cessa ses recherches au moment peutêtre où elles allaient donner un résultat définitif.
Dans un ordre d'idées différent en apparence, mais intimement lié dans le fond à celui qu'on vient de signaler, il serait indiqué de rappeler la découverte de la radiophonie faite en 1880 par Graham Bell, pressentie dès 1875 par C. A. Brown. Un rayon lumineux tombant sur un conducteur en sélénium produit une variation de résistance électrique , grâce à laquelle on peut transmettre par la lumière un signal sonore. Le délicat appareil, le radiophone, construit sm' ce principe, a de profondes analogies avec les appareils actuels.
VI. A partir des expériences de Hertz, Thistoire de la télégraphie sans fd se confond presque avec Thistoire des recherches relatives aux ondulations électriques. Tous les progrès réalisés dans la manière de produire ces ondes et de les recueillir devaient contribuer à faire naître une application naturellement indiquée; les découvertes de Hertz, contrôlées dans tous les laboratoires, entrées définitivement dans le solide domaine de nos connaissances les plus certaines, allaient porter les fruits attendus.
Des expérimentateurs comme 0. Lodge en Angleterre, Righi en Italie, Sarrazin et De La Rive en Suisse, Blondlot en France, Lécher en Allemagne, Lebedef en Russie, Bose dans flnde, les théoriciens comme M. Henri Poincaréou M. Bjerknesqui imaginèrent des dispositifs ingénieux ou qui élucidèrent certains points restés obscurs, furent parmi les artisans de fœuvre qui suivait sa naturelle évolution.
Cest le professeur R. Threfall qui semble le premier avoir nettement, en 1890, proposé lappiication des ondes hertziennes à la télégraphie, mais cest certainement sir W. Crookes qui, dans un article très remarquable de la Fornightly Review (febr. 1892), indiqua avec beaucoup de netteté la route à suivre; il montrait même dans quelles conditions le récepteur Morse pourrait s'appliquer au nouveau système télégraphique.
Vers le même temps, un physicien américain bien connu par des expériences célèbres sur les courants de haute fréquence, expériences qui ne sont pas d ailleurs sans relation avec les expériences sur les oscillations électriques , M. Tesla , démontrait que les oscillations électriques se transmettent à des distances plus considérables lorsqu'on se sert de deux antennes verticales terminées par de larges conducteurs.
Un peu plus tard , le professeur O. Lodge parvenait , grâce au coherer, h déceler des ondes à des distances relativement grandes et M. Rutherford obtenait un résultat semblable avec un indicateur magnétique de son invention.
46 LUCIEN POINCARË.
Une importante question de naétéorologie , Tétude des déchaînes atmosphériques, amenait, à la même époque, quelques savants et plus particulièrement un savant russe, M. Popoff, à établir des appareils fort analogues aux appareils récepteurs de la télégraphie sans fil actuelle; ils comprenaient une longue antenne, un tube à limaille, et M. Popoff faisait même remarquer que son appareil pourrait bien servir à la transmission de signaux dès que 1 on aurait découvert un générateur d'ondes assez puissant.
Enfin, le 2 juin 1896, un jeune Italien, né à Bologne le 2 5 avril 187/1, Guglielmo Marconi, faisait breveter un système de télégraphie sans fil qui allait rapidement devenir populaire.
Élevé dans le laboratoire du professeur Riglii , Tun des physiciens qui ont le plus fait pour confirmer et étendre les expériences de Hertz, Marconi connaissait depuis longtemps les propriétés des ondes électriques et possédait admirablement leur maniement; il eut ensuite la bonne fortuhe de rencontrer sir William (alors Mr.) Preece, qui fut pour lui un conseiller d'une haute autorité. On a pu dire que le système Marconi ne renfermait rien d'original : l'appareil producteur des ondes était l'oscillateur de Righi, le récepteur était celui qu'employaient depuis deux ou trois ans M. Lodge ou M. Bose et qui était fondé sur une découverte faite antérieurement par un savant français, M. Branly; enfin la disposition générale était celle qu'avait établie M. Popoff.
Les personnes qui jugèrent ainsi un peu sommairement l'œuvre de M. Marconi se montrèrent d'une sévérité voisine de l'injustice. On ne saurait, en vérité, nier que le jeune savant ait apporté une part très personnelle à la solution du problème qu'il s'était proposé. Indépendamment de ses devanciers et lorsque leurs essais étaient presque ignorés , il a eu le mérite, qui est très grand, de combiner avec adresse les dispositifs les plus favorables; il a réussi le premier à obtenu* des résultats pratiques et il a montré que les ondes électriques pouvaient se transmettre et être recueillies à des distances énormes par rapport à celles qui avait été atteintes avant lui.
Faisant allusion à une anecdote relative à Christophe Colomb et bien connue, *sir W. Preece a dit très justement : « Les devanciers et les rivaux de Marconi connaissaient sans doute les œufs, mais c'est lui qui leur a appris à les faire tenir debout»; ce jugement sera, sans aucun doute, celui que l'histoire portera en définitive sur le savant italien.
VIL L'appareil qui permet de déceler le» ondes électriques, le détecteur ou indicateur, est l'organe le plus délicat de la télégraphie sans fil;
il n'est pas nécessaire d employer comme indicateur un tube à limaille*, un radio-conducteur. On peut, en principe, pour construire un organe récepteur, songer à lun quelconque des multiples effets produits par les ondes hertziennes. Dans plusieurs systèmes actuels, dans un système nouveau de Marconi lui-même, on a même renoncé à utiliser ces tubes et l'on se sert de détecteurs magnétiques.
Néanmoins , les succès les premiers en date et les plus fréquents aujourd'hui encore sont dus aux radio-conducteurs , et l'opinion publique ne s est pas trompée qui a attribué à l'inventeur de cet ingénieux appareil une part considérable, presque prépondérante, dans l'invention de la télégraphie par ondes.
L'histoire de la découverte des radio-conducteurs est courte , mais elle mérite par son importance un chapitre à part dans l'histoire de la télégraphie sans fil.
Au point de vue théorique , on doit rapprocher les phénomènes qui se produisent dans ces tubes de ceux qu'étudiaient Graham Bell, M. A. G. Brown, Summer Tainter dès 1878. Les variations de résistance auxquelles les ondes lumineuses donnent naissance dans le sélénium et dans d'autres substances ne sont sans doute pas sans relation avec celles que les ondes électriques amènent dans la limaille.
On peut aussi établir un lien entre cet effet des ondes et les variations de résistance de contact qui ont permis à Hughes de construire le microphone , cet admirable instrument qui est l'un des organes essentiels de la téléphonie.
Plus directement, il convient de citer, comme antécédent de la découverte , la remarque faite en 1 870 par Variey , qu'une poudre de charbon change de conductibilité lorsque l'on fait varier la force électromotrice du courant qui la traverse.
Mais c'est en i884 qu'un professeur italien, M. Galzecchi-Onesti , démontra dans une série remarquable d'expériences que la limaille métallique contenue dans un tube de matière isolante, où pénètrent deux électrodes métalliques , acquiert une conductibilité notable sous différentes influences : extra-courants, courants induits, vibrations sonores^ et que cette conductibilité est facilement détruite, par exemple, en tournant le tube sur lui-même.
Dans plusieurs mémoires, publiés en 1890 et 1891, M. Ëd. Branly a signalé, dune façon indépendante, des phénomènes semblables et il en a fait une étude beaucoup plus complète et plus systématique; il constata^ le premier, très nettement que l'action décrite pouvait s'obtenir en faisant simplement éclater des étincelles au voisinage du radio-conducteur, et
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que Ton pouvait faire reprendre à la limaille sa grande résistance , en donnant une petite secousse au tube ou à son support.
L'idée d'utiliser ce phénomène si intéressant comme indicateur dans l'étude des ondes hertziennes semble êlre venue simultanément à plusieurs physiciens, parmi lesquels il convient de citer particulièrement M. O. Lodge et MM. Le Royer et Van Beschem; cet emploi devint rapidement chose courante dans les laboratoires.
L'action des ondes sur les poudres métalliques est d'ailleurs restée assez mystérieuse; elle a fait, depuis dix ans, l'objet de travaux importants de M. Lodge, de M. Branly et d'un très grand nombre de physiciens des plus distingués; on ne saurait citer ici toutes ces recherches; d'après les plus récentes, il semblerait que le phénomène se rattacherait aux phénomènes dits d'ionisation,
VIII. L'histoire de la télégraphie sans fil ne s'arrête pas aux premières expériences de Marconi; mais, à partir du moment oii leur succès fut annoncé par la grande presse , le question sortit du domaine de la science pure pour entrer dans celui de l'industrie.
La tâche de l'historien devient ditférente, mais plus délicate encore; il va rencontrer des difficultés que peut seul connaître celui qui veut écrire l'histoire d'une invention industrielle.
Les véritables perfectionnements apportés au système sont tenus secrets par des compagnies rivales; les résultats les plus sérieux sont patriotiquement laissés dans l'ombre par de savants officiers, qui travaillent avec discrétion en vue de ia défense nationale, et, pendant ce temps, des hommes d'affaires qui désirent lancer une société proclament , a grand renfort de réclame , qu'ils vont exploiter un procédé nouveau supérieur à tous les autres.
Sur ce terrain glissant, l'historien impartial doit cependant s'aventurer; il ne saurait refuser de dire les progrès accomplis, qui sont considérables. Il devra donc, après avoir raconté les expériences poursuivies depuis bientôt dix ans, par Marconi lui-même, à travers le canal de Bristol d'abord, puis à'ia Spezzia, entre la côte et le cuirassé San Bw^tholemoy puis enfin, au moyen de gigantesques appareils, entre l'Amérique et l'Angleterre, signaler les noms de ceux qui, dans tous les pays civilisés, contribuèrent à l'amélioration du système de communication par ondes; il devra dire quels précieux services il a déjà rendus, ce système, à l'art de la guerre et heureusement aussi à la navigation pacifique.
Il serait également impossible de passer sous silence d'autres tentatives récentes poursuivies dans une voie un peu différente. Le système de
LA ïKLfcXÎRAPHIK SANS KIL. fi\}
Marconi, quelque perfectionné quil soit aujourd'hui, consei*ve un défaut grave : la synchronie des deux appareils , le producteur et le récepteur, n est pas parfaite, de sorte quun message envoyé par une station peut souvent être capté par une autre station quelconque. Le fait qu'on n utilise pas les phénomènes de résonance empêche d'aillem^s la (|uantité d'énergie reçue dans le récepteur detre considérable, de telle sorte que les effets recueillis sont très faibles; aussi le système reste-t-il assez capricieux; les c*ommunications sont souvent troublées par les phénomènes atmosphériques. Les circonstances qui rendent lair momentanément conducteur, décharges électriques, ionisation, etc., empêchent d'ailleurs naturellement les ondes de passer, l'éther ayant perdu son élasticité.
Le professeur Ferdinand Braun, de Strasbourg, a eu l'idée d'employer \m système mixte, où la terre et l'eau, qui, comme on l'a vu, ont si souvent été utilisés pour conduire un courant destiné à transmettre un signal, serviront en quelcjue sorte de guide aux ondes elles-mêmes.
[ja théorie , aujoui'd'hui bien connue , de la propagation des ondes guidées par un conducteur permet de prévoir que, suivant leurs périodes, elles pénétreront, ces ondes, plus ou moins profondément dans le milieu naturel , et l'on aperçoit même là un moyen de les séparer, suivant leur fréquence. Appliquant cette théorie, M. Braun a fait, dans les fortifications de Strasbourg d'abord , puis entre file d'Heligoland et la terre , des expériences qui ont donné des résultats evtrénïement remarquables.
On pourrait mentionner aussi les recherches poursuivies, dans un 'ordre d'idées assez analogues, par un ingénieur anglais, M. Armstrong, par le D*" Lee de Forest, et aussi par le professeur Fessenden.
AiTÎvé ainsi au terme de ce long voyage, qui l'aurait conduit depuis les premiers essais jusqu'aux plus récentes expériences, l'historien ne saurait ce])cndant émettre d autre prétention que d'avoir écrit le commencement d une histoire que d'autres devront continuer dans l'avenir : le progrès ne s'arrête pas, et il n'est jamais permis de dire qu'une invention est parvenue h sa forme définitive.
S'il voulait, cet historien, donner une conclusion à son travail et répondre à la question que le lecteur ne mancpierait sans doute pas de lui poser : « A qui doit-on, en résumé, plus particulièrement attribuer f invention de la télégrapliie sans filP», il devrait, sans doute, citer tout d'abord le nom de Hertz, le génial inventeur des ondes, puis celui de Marconi qui, le premier, transmit des signaux grâce aux ondes hertziennes, et ajouter ceux des savants*qui, comme Morse, Popoff, sir \V. Preece, Lodge, et surtout Branly, ont inia<:iné l(»s dispositifs utilisés
mrwiiiiftiL ^ârio>ALr.
50 LUCIEN POINCARE.
dans la transmission; mais il pourrait ensuite rappeler ce que Voltaire a écrit dans le Dictionnaire philosophique :
Quoi ! nous voudrions savoir quelle était précisément la théologie de Thol , de Zerdust, de Sanchoniathon , des premiers brahmanes, et nous ignorons -€|\ii a inventé la navette! Le premier tisserand, le premier maçon, le premier forgeron, ont été sans doute de grands génies, mais on n'en a tenu aucun compte. Pourquoi ? C'est qu'aucun d'eux n'inventa un art perfectionné. Celui qui creusa un chêne pour traverser un fleuve, ne fit point de galères; ceux qui arrangèrent des pierres brutes avec des traverses de bois, n'imaginèrent point les pyramides; tout se fait par degré et la gloire n'est à personne.
Aujourd'hui, plus que jamais, les paroles de Voltaire sont ATaies; la science devient de plus en plus impersonnelle; elle nous apprend que le progrès est presque toujours dn aux efforts réunis d une foule de travailleurs, et elle est ainsi la meilleure école de solidarité sociale.
Lucien POINCARÉ.
Die Provincia Arabia, auf Grnnd zweier in denJahren 1897 nnd 1898 unternominenen Reisen und der Berîchte frûherer Reisender beschrieben von R. E. Brvxnow nnd A. VON DoMASZEWSKi. — Zweîter Band : Der àussere Limes nnd die Rômerstrassen von FA Ma an bis Bosra, — Strasbourg, Trikbner, igoS, in-4**.
La publication du bel ouvrage de M. Brunnow, dont j'ai déjà analysé ici le premier volume ^^^ , se poursuit avec une louable activité. Le tome II , qui parait aujourd'hui , ne le cède en rien au précédent pour l'intérêt général , la richesse de l'illustration ^\ l'abondance et la sûreté de I information. Entre temps, le plan primitif de l'auteur s'est sinon modifié, du moins élargi. La description de la province romaine d'Arabie devait comprendre en tout deux volumes. Ce cadre s'est montre , à Texécution , trop étroit pour contenir toute la matière recueillie , et l'adjonction d'un troisième volume a été reconnue nécessaire. A celui-ci est réservée l'étude de Bosra , Tantique métropole de la province d'Arabie , de la partie du Hauràn explorée par M. Brûnnow et du casteUum de Doumeîr. Le tome L divisé en 4 sections, nous menait de la Mer Rouge, à Ma an, à la hauteur de Petra environ. Dans le présent tome II, l'auteur, procédant méthodiquement du sud au uord, nous conduit jusqu'aux portes de Bosra, soit un parcours d'à peu près 70 lieues, divisé en trois sections, qui font suite aux quatre premières du tome I : section V, le limes extérieur, de Ma*ân à Qâstal (à la hauteur de Hesbftn, l'antique Hesbon) ; section VI , le palais de Mechatta; section VH, la voie romaine entre Qastal et Bosra.
^'^ Journal des Savants, dêccmUre 1904. phique; 3 planches doubles en lu'liogra-
p. 668. varc; 1 planche en pliololypie; 5 planches
^*^ 174 gravures en simih' phiitogra- doubleset lâ 3 dessins et piansgravéssuriinc.
On regrettera que Tauteur n ait pas dressé une petite carte schématique qui aurait permis de suivre plus commodément sur le terrain les nouveaux itinéraires paribis compliqués éC excursus adventices et de se rendre compte d*un coup d*œii des régions visitées ou laissées de côté.
Un appendice considérable contient : un routier ds Damas à Jérusalem, passant en majeure paitie en dehors des limites de la province d* Arabie; les inscriptions grecques et romaines recueillies à Djerach et Der'àt ; un relevé détaillé de Qasr el- Abiadh, dans la Rouhbé; Texamen critique, par le professeur Kunze, des éléments géodésiques et hypso-barométricpies ayant servi à la construction de la carte ; Titinéraire du professeur Adam Smith de Karak à Màdeba^^^; la discussion des théories du professeur Strzygowski sur le palais de Mechatta; le relevé de la voie romaine entre Bosra et Philadelphie, par le R. P. Germer-Durand; de nombreuses additions et corrections au contenu des tomes 1 et lî, ainsi qu'à la bibliographie. Pour cette dernière partie, M. Brunnow a fait état des importantes rectifications, principalement toponymiques , publiées ^'^ par M. A. Musil, qui connaît admirablement toute cette région. Il a bien voulu aussi, à l'occasion, y tenir compte des diverses observations qui ont été en leur temps présentées dans le Journal des Savants,
Comme dans le tome I, c'est à M. v. Domaszewski , compagnon de voyage et collaborateur de M. Brunnow, qu'a été dévolue la description des nombreux casiella ou camps permanents romains et byzantins, [dus ou moins bien conservés, qui jalonnaient le limes de la province d'Arabie : El-Hammâm , Motrâb , Da'djàniyé , Chanbak, Qal'at el-Hesa, Leddjoùn, Qasr Becheir, Oumin er-Resàs, Zizé, etc. Il était particulièrement qualifié pour cette tâche, et il doit, dans le tome III, nous donner une étude d'ensemble sur le liines ainsi qu'une monographie des travaux de siège des Romains à la forteresse de Masada sur la Mer Morte.
Tous ces relevés ^^^ ont d'autant plus de prix pour nous que ces restes de l'antiquité sont menacés d'une disparition prochaine, par suite de la construction de la ligne de chemin de fer de Damas à la Mecque. C*est ainsi que le camp l'ortifié si curieux d'El-Qastal vient d'être en majeure partie détruit (en 190?; cf. p. 100).
Je me permettrai de signaler à ce propos un document épigraphique fort important pour la question et qui aurait pu être utilisé avec avantage par les auteurs. C'est un fragment d'inscription romaine copié par le R. P. Savignac à Qalat ez-Zerqa et publié par lui dans la Revue Biblique (1906, p. 9 4), à l'état brut, sans essai de lecture. Ils l'ont reproduit tel quel à rap|>endice (p. 336), mais également sans essai de lecture. Ce texte, mutilé, mérite cependant à tous égards qu'on s^y arrête , car il me semble contenir de précieuses indications sur un transfert de troupes de Palestine dans la province d'Aranie et sur la construction ou réfection des castra, appartenant justement à notre limes, *
On pourrait en tirer au moins ceci :
Augg., tu\t]e[[\ae gratin, ex Valaes[tina in provinciam Ara-
t') J'y signalerai, en particulier, on plan pians dressés, avec beaaconp de soin d'aîl-
du site de Dbibilu, Tantique Dibon, inté- leurs, par M. v. Domaszewski fuissent arcom-
ressant pour la compréhension de cer- pagiiés de findicaiion des échelles, comme
tains passages de la sièle de Mesa qui en le sont ceux dressés par M. Brunnow. L'in-
provient. dication des cotes partielles ny supplée
''*^ ÏFiener /citschr. fur die Kundc des Mot' t|u'imparfaitement et nécessite chaque fois
gftil. (igoi, pp. .'^79-^0/1 /. un calcul qu'il eût été facile dV{)argner au
t') n ei'it été seidement cN'sirable que les lecteur.
fl^
IJVKES NOUVEAUX.
biam?] tra[nsltil]erunt , [casjtva [q]uo[q]ne [a] solo oppolriitnis locis . . .
eninl et. . ,?e,rsir\itjceniiil , per 4i/r(e///fm). . . m leg(atum) Atiffly pr. pr, ?y^K
On lira avec un intérêt particulier l'étude détaillée consacrée par M. Briumuw «lU fameux palais de Mcchatta. Klle forme h elle seule une partie notable du volume (VI*' Al)schnitt, p. 105176) cl est complétée à Tappendice par une critique des théories qu'a émises entre temps à ce sujet M. Strzy^'owski et dont M. Van Berchem a parlé naguère ici méme^*'. Il y a là une véritable énigme aussi bien au point de vue de l'histoire proprement dite (|u'à celui de l'histoire de l'art, énigme qui attend encore sa solution. Je me propose d'y revenir ailleurs d'une façon spéciale. Je me bornerai pour l'instant à indiquer deux données qu'il y aurait peut-être lieu de faire intervenir dans le débat ;
1" Possibilité d'attribuer la construction à l'initiative d'un prince arabe, non pas (ihassanide, vassal de Byzance, mais Lakhmide, vassal des Sassanides;
a" La merveilleuse décoration de la façade semble devoir être interprétée connue l'apothéose de la vigne. C*e$i une sorte de texte en images qui a son unité, à condition d'être «lu» de droite à gauche et non, comme on l'a fait jusqu'ici, de gauche à droite. La vigne est d*abord représentée en fleurs, puis se développant graduellement , à divers états de matunté , jusqu'au moment où elle est envahie par tontes les bêtes de la création qui se régalent de ses grappes. Au sommet du dernier (et non du premier) panneau triangulaire et dominant ainsi tout l'ensemble, émerge des pampres une figure humaine, c!oiffée d'une sorte de bonnet phrygien et ayant un caractère dionysiaque, peut-être bien orphique (motif très populaire en Syrie, qu'on retrouve au temple de Si'a et autres lieux et qui, dan» certains cas, peut avoir un rapport avec le culte de Dusarès, le Dionysos nabatéen).
Les nombreuses gravures qui illustrent les pages relatives à ce palais seront d'auLint plus les bienvenues qu'elles ont été exécutées d'après les photographies prises par M. Briinnow, sur le terrain même, avant l'enlèvement de la façade monumentale dont les deux tiers ont été depuis transportés et remontés à Berlin.
Je doute fort que les parties de la décoration laissées inachevées Taient été intentionnellement, ainsi que le suppose M. Brùnnow avec plus d'ingéniosité que de vraisemblance.
Dans les anciens vers arabes cités par lui (p. 172), je ne suis pas convaincu qu'on doive reconnaître dans le mot qaslnlaîn le nom de l'ancien château fort de Qastnl, dans la région de Mechatta. Le contexte semhlerait plutôt indiquer qu'il s'agit là simplement de réservoirs ou autres travaux d'art hydrauliques. Il ne faut pas oublier, en effet, que le mot qastal, emprunté au latin castellnm, avait à l'origine, et a gardé longtemps chez les Arabes, le sens particulier de « château d'eau >, réservoir d'aqueduc , sens technique qu'il a souvent en latin.
[P. 38.] khirhet elluf^ân. Je ferai remarquer que le nom de ce château est cité
(') Bien entendu, les suppléments proposés ici ne le sont qu'à titre d'indication provisoire et on peut en imaginer d'autre» plus ou moins longs, dans le même ordre d*idées (par eiempie disposuerunt , vallis ou fossis, ou vttUo Jossaqiie oUluA-erunt , etc.' De toute façon, rinscription devait débuter par les noms et titres d(!S empereurs au nominatif, commandant rensemide de la phrase.
M. Brûnnow, à qui j*ai soumis cet essai de lecture , m'écrit qu'il s*y rallie et suppose avec raison que le nom du légat peut être Àurelius Asclepiatlrs gouverneur d'Arabie connu par d'autres inscriptions de la région (Waddington, n"* 19^9. »9Ôo\ Dans re cas, nos empenmrs itéraient Valérien et Gailien.
'*' Journal lie» Savants, septembre 1906, p. 172.
LIVRES NOUVEAUX. l^'^
tevlueileinent comme celui d\me localité du district de Knrak, dans une addition mar^ânale au MoclUarik (éd. Wiistenfeld, p. 17.)
[P. 195.^ El Kahf. Jl n aurait pas été inutile de rappeler laucienne et cui-ieuse légende arabe qui\ ainsi que je l'ai montré ailleurs, a localisé là, de très bonne heure, la Caverne des sept Dormants; d*autant plus que celte légende rend compte* iruiie particularité singulière d'un des sépulcres antiques décrits par M. Bnimiow.
[P. 248.] Deirel-Achair. Peut-être la lin de Tinscription est-elle à rétablir en àyérero [o va)ôs'} Dans le groupe mutile qui suit Q-gàyv se cache peut-être le nom antique de la localité, au génitif : . .etaç^ Cf. une expression analogue dans une inscription de 'Àrné. localité voisine (Bnll, Corr, JfeU , 1897, p. 63, n" 73): ô-eoti lias xù)(ir)s ùpvéas,
[P. 25o.] Khisfin. Le début de l'inscription semble être 8eoTr6(T) >; 3-(e)y ; l'expression est usuelle (cf., par exemple, Waddington n** 2062 c). Le mot abrégé KAO', avant èx(x]Xrj(yioLÇ èvéKTtfreVy est peut-être à compléter x^O^ùirepdev) , plutôt que xaLSioXixôs)^
[P. 267.] Gerasa. L'épitaphe est évidemment métrique et composée de trois hexamètres dont nous n'avons plus que les fms. Je pense que le sens général devait être (pielque chose de ce genre : « Ne t'étonne pas, ô passant, si ce sépulcre porte deux stèles (en restituant: [<r7>>](Aa)ç îw(o)). Un tel y lepose avec. . .ianos, son frère (lire axtv àfiaifiea^ en deux mots). Un seul tombeau (je n'hésite pas à restituer de toutes pièces eîs devant ré^oç) contient leurs ossements réunis [ôaléoL xowâ). * Je n'ai pas le loisir, mais il est facile de vérifier dans les recueils spéciaux si nous n'avons pas des épitaphes métriques roulant sur la même idée.
[P. 258; cf. o. 338.] Der*ât, La correction de la mauvaise lecture haTetiiorirou en hcuryjfiorâTOv (= le litre oBicïei perfectissimus) avait déjà été proposée par moi ily a une huitaine d'années [Rec, d'Arch, Orient. ,U^ p. 2/i3).
CLERMOXT-GANNKAt;.
M. WiNTEHNiTZ. Geschichte dev indischen LiUeratuv, Erster Halbband. i vol. in-8'. — Leii)zig, C.-E. Amelangs, 1904* (De la collection Die LitteraUiren des Ostens iti FAn zeldarsteUungen ) .
Les manuels consacrés à l'histoire littéraire de l'Inde ancienne commencent à s<» faire moins rares. Celui dont M. Winternitz a entrepris la publication tiendra dans la série une place très honorable. Ce premier fascicule est réservé à la littérature védi(|iie. Il fait désirer la suite.
Sur ce sujet et dans ce cadre, il n'est pas aisé de faire montre d'invention. L'auteur n'y a pas visé. C'est sagesse. C'est malheureusement une preuve aussi que les derniers temps n'ont pas fait faire de pas décisif à plusieurs questions essentielles. Mieux fixée sur les dates, sur le mode de formation de la littérature védique, sur les origines, le caractère propre des recueils, sur plusieurs autres pix)blèmes encore, l'exposition sortirait plus aisément d'un certain vague descriptii* et prendrait plus de précision vraiment historique. M. Winternitz s'est du moins appliqué, dans un esprit louable de pi-udence et de mesure , à renseigner le public lettré qu'il a en vue sur la moyenne des notions qui ont cours présentement.
Peut-être l'heure serait-elle venue de serrer de plus près la psychologie que reflète celle littérature, et, en en analysant le mécanisme, de déterminer avec plus de rigueur la jiortée consciente des idées et des formules. L'auteur a certainement multiplié des citations choisies avec tact; elles seront, pour les profanes, précieuses et sugju'^»stives. Le livre est écrit pour le public allemand, avec des préoccupations
h h LIVRES NOUVEAUX.
allemandes. I^ien en soi de plus légitime. N'en est-il pas résulte paribis quelques longueui*» et quelques oublis ? quelques bienveillances trop iaciles ou trop exclusives ? On ne saurait à coup sur méconnaître Tampleur de l*infbrmation , Theureuse disposition du ^ujet, la clarté élégante de la langue. Pei^sonne ne sera insensible à l'agrément d'une lecture aisée et solide. E. S.
JeanPérieh. Vie iTAl'Hadjdjâdj ihn Yousof (^i-ijo de l'hégire = 661-71/1 de J.-C.) d'après les sources arabes, xiii-364 p. — Paris, Bouillon, 1904. (Forme le]i5i* fascicule de la Bibliothèque de l'Ecole des hautes études. Section des sciences historiques et philologiques. )
La conquête musulmane au premier siècle de l'hégire ne peut être comparée qu'à l'extension de VOrbis romcuius, six cents ans auparavant, au premier siècle de l'empire, depuis Auguste jusqu'à Trajan. Le khalifat Omayyade, constitué par le meurtre d'Ali à Koûfa, le ai janvier 661 , au profit de son rival MouViwiya, fils d'Aboû Soufyàn , reposait à Torigine sur une base trop fragile pour que , créé par la guerre civile, il ne risquât pas d'être détruit par les séditions et les discordes intestines. La dynastie nouvelle ne se maintint au pouvoir et n'agrandit son patrimoine cjue par le concours d'hommes supérieurs, à la fois généraux et organisateurs, au premier rang desquels brille du plus vif éclat Aî-ITadjdjàdj ibn Yousof, orateur véhément , gouverneur énergique , le conquérant par lui-même et par ses lieutenants de l'Arabie, de l'Irak, de la Perse, de la ïransoxiane, de l'Inde. L'unité politique et religieuse du khalifat, consolidée par réloquence, l'administration et les victoires d'Al-Hadjdjàdj , favorise d'autres expéditions qui amènent successivement l'annexion au khalifat damascénien de l'Asie Mineure, de TAfriquc septentrionale, de l'Espagne. Les règnes de *Abd al-Malik (684-7o5) et de son fils Al- VValid (705-714) marquent l'apogée d'un développement prodigieux. Al-Hadjdjàdj, qui en a été l'instigateur et le principal acteur, ne s'est laissé arrêter par aucun scrupule dans la conception et la réalisation de ses projets : il a versé le sang à Ilots avec rigueur et impassibilité. Le biographe, consciencieux et doux, a montré son héros tel qu'il était, avec ses défauts qu'il réprouve et ses (jualités qu'il admire. Sa monographie impartiale , documentée et sage, me paraît la plus remarquable contribution qui ait été apportée jusqu'ici à l'éclaircissement du mystère qui plane sur la rapidité torrentielle de la propagation musulmane par rélo(|uence , par la persuasion et surtout par l'épée. Hailwig Dekkxbouhg.
Abel Lefranc. Les navigations fie Pantagruel. Etude sur la géographie rahclal sienne. 1 vol. in-8*. — Paris, librairie Henri Leclerc, 1906.
Convaincu que les inventions en apparence les plus fantaisistes de Rabelais rej)Osent sur un fond de vérité , supposant d'autre part qu'un homme dont la curiosité était infinie n'a pu rester indifférent aux grandes entreprises maritimes de son siècle, M. Abel Lefranc s'est demandé s'il ne serait pas possible d'identifier les contrées dans lesquelles voyage Pantagruel et de fixer, en quelque sorte , les traits principaux de la géographie rabelaisienne.
Abstraction faite du livre I", la trame du roman est formée par le récit des deux voyages de Pantagruel, l'un au pays des Dipsodes qui « estoient issuz de leurs limites et avoient gasté un grand pays de Utopie » , l'autre au « Catay, en Indie supérieure ».
Quels emprunts Rabelais a-t-il faits aux notions géographiques acquises de son
temps pour établir l'itinéraire de ces deux voyages, telle est la question que M. Lefranc s'est posée.
La première partie du premier voyage est très facile à suivre. Partant de Honfleur avec Panurge et ses «autres compagnons, Pantagruel suit la côte occidentale d'Afrique, double le Cap de Bon ne- Espérance, puis longe la côte orientale jusqu'à Melinde. A partir de ce point l'itinéraire devient bien plus incertain. M. Lefranc assimile Udeu à Aden , et il ajoute : « escale naturelle de toute traversée vers l'Extrême-Orient». Aden était-elle bien F «escale naturelle» des traversées vers r Extrême -Orient ? De Mombasa ou de Melinde , les navigateurs portugais du xvi' siècle, pour gagner Calicut ou Goa sur la côte occidentale de l'indoustan, cinglaient directement à travers l'Océan Indien en se confiant n la mousson du sud-ouest. L'escale d'Aden les aurait obligés à doubler ce cap Guardalùi, redouté à toutes les époques des commandants de navires et qui aujourd'hui encore , malgré les cartes détaillées, les Instructions nautiques et les projecteurs électriques dont les croiseurs et les paquebots sont munis, n'est que trop souvent le théâtre de sinistres maritimes.
De la côte d'Afrique , la nef de Pantagruel passe par Gelasim , par * les isles des Phées», que M. Lefranc croit pouvoir assimiler aux îles de la Sonde, etfmalement arrive au port d'Utopie.
Il parait certain que Rabelais a emprunté à Thomas Morus la conception du royaume d'Utopie, qui devait être situé entre la Chine et l'Amérique, dans la vague et merveilleuse région des Indes orientales. A ce propos, M. Lefranc s'étend dans une digression ingénieuse sur les rapports intellectuels de l'illustre conteur français et du célèbre chancelier de Henry VlII.
Le second voyage de Pantagruel a pour objet de consulter l'oracle de la dive Bacbuc « près le Catay, en Indie supérieure ».
Mais pour atteindre de Sainl-Malo la côte orientale d'Asie , Rabelais fait prendre à son personnage une voie très différente de «la route ordinaire des Portugualo>s lesquelz, passans la ceinture ardente et le cap de Bona Speranza sas la poincte méridionale d'Africque, . . . font navigation énorme». Il le fait «gyrer», c'est-à-dire tourner autour du pôle nord, et gagner la côte de Chine par ce fameux passage du nord-ouest que pendant trois siècles et demi , jusqu'au voyage de Mac Clure , en 1 853 , les marins se sont efforcés de découvrir au nord de l' Amérique.
Nous ne suivrons pas M. Lefranc dans les identifications géographiques qu'il propose pour le second voyage de Pantagruel; ce qui précode suffît pour faire coniprencire sa méthode.
En étudiant l'œuvre de Rabelais au point de vue particulier où il s'est placé , il a aussi remarqué combien les connaissances nautiques y étaient abondantes et précises. Les épisodes habitueb de la vie maritime, une tempête par exemple, ou bien la capture d'une baleine sont décrits avec toute l'exactitude que pourrait y apporter un homme de mer. Cette connaissance des termes de la marine et du pilotage, Rabelais l'aurait puisée non seulement dans tes ouvrages techniques, mais aussi dans des conversations personnelles qu'il aurait eues avec Jacques Cartier, Texplorateur fameux du Canada. M. Lefranc croit pouvoir établir ce fait, inconnu des précédents commentateurs de Rabelais, d'après une note qu'il a relevée dans un petit volume du plus ancien historien de Saint-Malo, Jacques Doremet, intitulé : De l'antiquité de la ville et cité d'Aleth ou Qaidalet , ensemble de la ville et cité de Saint- Malo et Diocèse d'icelle.
L'ouvrage de M. Lefranc est illustré de huit planches dont Tune reproduit le
planisphère de Sebastien Munster (i545), avec le tracé approximatif des itinéraires de Pantagruel. 11 constitue une tentative nouvelle et ingénieuse de rapprochement entre deux disciplines généralement bien étrangères Tune à l'autre : l'histoire littéraire et rhistoire de la géographie. H. D.