LES IDEES S0€I41JST£S DE 1815 A
trainte exercée par }e» poufcnts issus du sufiîra^ umTersel et devant se retreiiqper pérîodyHpiement dms le ¥Ote populaire; maïs. îl faut choisir, et ne pas attribuer à des autorités sociales de sources aussi différentes une iuilu^Me et une efficacité du même ordre.
EuGESE dEIGHTHAL.
Auguste Molinier. Les Sources de P histoire de France, des origines aux guerres dltalie (i494)- o vol. in-S*". Paris, Alphonse Picard et fils» 1902-1904-
Quand on se trouve en face des cinq volumes (formant 1,600 pagas et 5,65 1 notices) qui oot été consacrés par Auguste MdÎDier aux sources de lliîstoire de France, depub les curigines jusqu'aux guerres dltaiie (1694), Je sentiment qui prévaut est celui de 1 admiration et de la reconnaissance pour le courageux érudit qui a doté ainsi la science française dW instrument de travail incomparable.
Aucun autre pays d'Europe, en effet, ne possède, pour le ni<^n âge , un répertoire d'indications historiographiques aussi complet. Tous» les livres d'ensemble que nos savants avaient publiés jusqu'ici dans cet ordre de matières étaient d'une insuffisance notoire. Nous ne pouvions vien opposer aux publications, idlemandes telles que le Daklmunn , le f/Fattenbach et le Potthasty ouvrages de première nécessité, même pour ceux ({ui ne voulaient être renseignés que sur les sources de notre histoire natioutde. L'œuvre de Molinier comble enfin une lacune regrettable; elle suffit à nous faire connaître exactement, non seuieoaent ks écrits historiques du moyen âge français et les éditions qu'on en a doni»ées, mais Tapprëciation de leur valeur, les controverses qu'ils ont provoquées oi les dissertations et mémoires principaux dont ils ont été l'objet pendant la période la plus récente.
I. Le premier* fascicule des Sonrces de t histoire de France est consacré à Tépoque primitive du moyen âge ,, des Mérovingiens et dos Carolingiens. L'auteur fait ronnaîtiv, dans un avant-propos, le j^n général de l'ouvrage, imité de celui que Teuffel avait adopté pour son Manuel de litté-
ACHILLE LLCIL\1RE.
rature romaine. En matière de répertoire bibliograpliique , le meilleur plan donne toujours prise à la critique; celui-ci n(» satisfera certainement pas tout le monde, mais lessentiel est que jMolinier ait sui\a exactement son programme et apporté, à l'exécuter, cette conscience scrupuleuse ([ui est un de ses mérites marquants ^^K
Dans ce premier volume, comme dans les suivants, chaque série de notices est précédée d'une courte syntlièse, où Tauteur donne les renseignements essentiels sur la nature dos sources étudiées et sur leur importance relative. Ces préliminaires sont, «'n général, de remarquables morceaux de critique historique, très utiles à qui veut connaître, vn résumé, Tétat des questions posées et des controverses agitées par les savants. Tel est, on particulier, celui qui a trait aux premiers textes chrétiens et aux origines des églises gauloises ^-^ Sur ce dernier point, Molinier estime que les partisans de l'école dite légendaire se sont voués à une tache impossible , « condamnée d'avance par la saine logique » ot que leurs travaux témoignent « de plus de bonne volonté que de science réelle ». Les textes épigraphiques réunis par Le Blant ont démontré la lenteur de la diffusion du christianisme en Gaule, et M^ Duchesne a prouvé qu'au n' siècle, un seul diocèse, celui de Lyon, existait on France.
Pour tout esprit impartial, la question, dès maintenant, parait vidée. Dés le i" siècle, il va eu, sans aucun doute, de petites congrégations chrétiennes sur le sol gaulois, mais Torganisation ecclésiasti((ue, ébauchée au siècle suivant, se complète peu à peu jusque vers le temps de Constantin, et est à peu prés achevée au V* siècle.
Molinier, d'autre part, ne nie pas le rôle qu'a joué saint Martin et l'influence qu'il a exercée; mais il déclare, non sims raison, qu'en dépit
^'^ Il n'y a guère de flottement dans sa méthode que sur la cpiestion de Tindication des manuscrite. «En général, écrit-il dans Tavant-propos , on ne dit rien des iQanuscrits des ouvrages, renvoyant sur ce point aux dernières éditions critiques: exception cependant a été faite pour cei*tains auteurs , tels que Grégoire de Tours, le pseudo-Frédégaire ou Nithard. » Des exceptions à cette règle se retrouvent encore au tome 11, dans les notices concernant Adhémar de Chabannes, Helgaud, le fragment de la Chronique de Fleuri , Fulbert de Chartres, la chronique de Pierre» Béchin, la
(*hix)nique de Saint-Maixenl, l'Histoire des pontifes et comtes d'Angouléme, la Chronitjue de Novalèse , etc. , sans parler de celles qu'on rencontre dans les tomes suivants. Le plus souvent, à la vérité, l'auteur ne donne ce genre d'indications que lorsqu'il s'agit d'un manuscrit unique, ou lors(]u'il veut nous apprendre que le manuscrit original ou auto^^raphe a été conservé. Mais il est des cas où la raison de l'evceplion n'est pas très justifiable. En pareille matière, il faut être complet ou pratiquer Tabstenlion absolue.
des hagiographes anciens et modernes, «il sera toujours impossible d'écrire une biographie vraiment critique de iapôtre des Gaules et de dater exactement les principaux faits de son existence ».
C est avec la même sûreté de jugement et la même exactitude d'informations que fauteur traite de Grégoire de Tours, des vies de saints, des chroniques universelles, de la renaissance patronnée par Chariemagne, et qu il tâche d'éclaircir en particulier la question si difficile des Annales carolingiennes, il y a là des pages excellentes , où les idées ingénieuses et les larges aperçus ne manquent pas. On remarquera notamment ce qui est dit des vies des saints de f époque franque, un genre de production historique que f histoire ne peut utiliser sans les plus grandes réserves. Molinier explique avec une parfaite clarté pourquoi ces documents ne sont pas aussi instructifs qu'ils pourraient fétre. Il signale le parallélisme constant entre les récits bibliques et ceux des hagiographes , la banalité des miracles rapportés, le vague des détails biographiques, la multiplicité des anachronismes , fabus des citations, fapplication des actes d'un saint illustre à des saints moins connus, les plagiats, et même les légendes hagiographiques créées de toutes pièces par de pieux faussaires. L'analyse critique est ici poussée à fond, et tout au plus pourrait-on reprocher à l'auteur certaines expressions qui dépassent la mesure , par exemple ^*^ quand il appelle la Légende dorée de Jacques de Voragine « un livre niais que certains qualifient encore de naïf». Beaucoup de ces niaiseries du moyen âge sont la poésie même et la couleur du temps , et si l'histoire proprement dite peut s'en plaindre, l'histoire littéraire ne les juge pas avec la même sévérité.
L'action de Chariemagne sur le mouvement intellectuel de son temps a été bien définie ^^\ et il est très exact de dire que la renaissance carolingienne s'est surtout inspirée des lettres antiques. Il l'est moins d'affirmer que c'est à cette renaissance que « l'Europe doit en partie sa culture moderne » ^^\ car si la tradition en a été transmise à quelques écoles ecclésiastiques du x* siècle , c'est surtout par le large mouvement d'idées dérivé des révolutions politiques et économiques du xn* siècle , croisades , émancipation des villes , lutte du pouvoir civil contre le pouvoir religieux , extension du commerce, que l'esprit du moyen âge a été renouvelé. Somme toute, la renaissance carolingienne, sortie du Palais et d'un cénacle de moines , artificielle et superficielle , n'a pas été une force capable de transformer le milieu social dans ses couches profondes, et il ne faudrait pas en exagérer le bienfait. D'ailleurs , dans cett(» floraison des
0) I, p. 97. («; /61W., p. 18a. — t^i Ibid.
iMniMCRic hatiojialk.
lettres, vraiment curieuse et extraordinaire pour le temps, et qui dut beaucoup à Tappui des pouvoirs publics, il serait juste d'associer au nom de Charlemagne celui de Charles le Chauve , ce roi philosophe et lettré que rhistoire à présent semble vouloir réhabiliter.
Le deuxième fascicule, daté, comme le premier, de 1902 , s applique à Tépoque féodale, de Hugue Capet à Philippe Auguste exclusivement. Les considérations préliminaires qui précèdent les notices y sont moins nombreuses et moins développées que dans le précédent volume, mais se recommandent parles mêmes qualités. On y distinguera surtout celles qui expliquent ^^^ la localisation de Thistoriographie française, corrélative au mouvement de morcellement féodal , et celles qui ont trait à Tordre de Cluni^^) et aux chroniques universelles dont la Chronograpliia de Sigebert de Gembloux a été le type^^^. L ordre adopté pour la répartition des notices consacrées à ces innombrables documents d'histoire locale est le suivant : domaine royal (Ile-de-France, Orléanais, Picardie); groupe normand et angevin; groupe champenois et boui^uignon ; région aquitanique (Poitou, Limousin, Périgord, Berry, Auveipie); région du Midi (Gascogne, Languedoc, Roussillon, Provence, Dauphiné); région de TEst (Franche-Comté, Lorraine); région du Nord (Flandre, Artois, Hainaut). Classement arbitraire, comme le remarque lauteur lui-même. La Flandre n y parait qu a la fin , comme pays étranger au royaume capétien ; mais il aurait été plus conforme à la réalité historique du xi* et du XII* siècle de la mettre parmi les provinces soumises plus ou moins effectivement à la suzeraineté des rois de Paris, à côté de la Normandie et de la Chanïpagne, car elle ne relevait alors que pour une minime partie de son territoire de TEmpire germanique.
Aux histoires et documents des diverses provinces féodales font suite les écrits historiques directement relatifs à Louis VI et à Louis VII , les lettres et les poésies du xii" siècle, les histoires anglo-normandes, les écrits relatifs aux grands et petits ordres religieux, les documents de la première et de la seconde croisade, et les chroniques universelles qui intéressent rhistoire de France.
Ici encore, Tordre suivi, et qui est tout à fait conventionnel, importe peu : Tessentiel est que ces 1269 notices rendent aux érudits qui s occupent du XI* et du XII* siècle le très grand service de les orienter dans la masse confuse de Thistoriographie locale. Mais déjà plusieurs parties de ce tome II seraient à remanier. C'est le cas pour les notices concernant les sources de Thistoirc du r^ne de Hugue Capet, car le livre
0) II, p. 19. (*) Ibid,, p. a34. — t'^ IM., p. 3o5.
LES SOURŒS DE L'HISTOffiE DE FRANCE. 27
récent de M. Ferdinand Lot, dont nous avons ici même signalé tous les mérites , contient un grand nombre d'observations critiques qui renouvellent notre connaissance de Thistoriographie de la fin du x* siècle et du commencement du xi\ Il y aurait aussi beaucoup à corriger dans les pages relatives aux documents de TAnjou et de la Touraine. Sur les Oesta œnsulam Andegavensiam (n** 1 3o3), Molinier s'est contenté de reprodtB-re les allégations de Mabille, battues en brèche aujourd'hui par M. Louis Halphen, aux conclusions ^^^ duquel l'auteur des Sources de l'histoire de France avait fini, du reste, par adhérer. Les Gesta Amhaziensium dominoram (n** i3io) ne seraient pas, comme l'écrit Molinier d'après Mabille, l'œuvre d'un moine de Pontievoi, mais très probablement celle d'un chanoine d'Amboise. Sur ÏHistoria comitam Andegavensium aactore Thomas Pactio ( n° 1 3o6 ) que l'auteur cite , d'après Marchegay et Salmon, sans en rien dire, il serait utile de rappeler qu'elle n'est qu'une série d'extraits des Flores chronicornm de Raoul de Diceto , comme Ta démontré Stubbs, dans sa préface à l'édition de Raoul. Sur la Chronique de Saint-Maixent (n° i438), il est bon d'observer que cette compilation est loin d'avoir, même pour l'histoire de la France de l'Ouest, la « haute valeur» que Molinier lui attribue; et lui-même aurait dû noter que la réimpression qu'en ont donnée Marchegay et Mabilie [Chroniques des églises d'Anjou, p. 35 1 -433} est criblée de fautes de toute espèce. Ici encore, par exception, il y a une citation de manuscrit, le 6892 du fonds latin, dont le 55â du fonds de la reine Christine (ignoré des éditeurs) n'est sans doute qu'une dérivation. Quant au de Commendatione Turonice provincie [if i3ia), que Salmon datait de 1208-1^x09 (et non de « 1210 environ»), de récentes études semblent prouver qu'il faut y distinguer deux auteurs : celui qui rédigea la quatrième partie, qui traite de l'histoire de Marmoutier, vivait dans le deuxième quart du xii* siècle; les trois premières parties dateraient du début du siècle suivant.
Au sujet de Pierre Abélard (n* 2037), Molinier affirme « que la réforme intellectuelle tentée par lui fut arrêtée par saint Bernard , et qu'à cette réaction on doit en partie la ruine du haut enseignement au moyen âge et l'avènement de la scolastique ». Il est difficile de soutenir ejue l'opposition de saint Bernard rendit infructueux les efforts d' Abélard, et que la méthode inaugurée par ce dernier ne put lui survivre dans l'imiversité de Paris. D'autre part, attribuer l'avènement de la « scolastique »
^*^ Elles seront exposées dans la non- prépare en collaboration avec M. Poiïveile édition des Gtsta que M. Halphen pardîn.
au conservatisme étroit de l'abbé de Clairvaux nous semble fort aventureux.
IL Le troisième volume, publié en igoS , est intitulé Les Capétiens. L'historiographe, ici encore, a voulu adapter son plan à la réahté des choses : et comme le fait dominant de fhistoire de France, à la fin du xjf siècle et pendant tout le xiif , a été le développement rapide du pouvoir et du territoire de la monarchie, les notices sont réparties par règnes et dans vm ordre assez strictement chronologique. Philippe Auguste, saint Louis, Charies d'Anjou, Philippe lil, Philippe le Bel et ses fils, marquent les principales étapes de cette troisième série d'informations bibliographiques. C'est aux règnes de Philippe Auguste et de son fils que Molinieranaturellement rattaché ce qui concerne la troisième, la quatrième et la cinquième croisade. Il a fait suivre ces dernières notices de celles qui ont trait à là guerre des Albigeois et aux faits annexes (inquisition, dominicains). Mais il n'a pas mis à part ce qui se rapporte à la première et à la seconde croisade de saint Louis; elles ont trouvé leur place, à leur date , dans le détail du règne.
L'auteur a consacré des développements particuhers à la question des Grandes Chroniques de France , de Primat et de (îuillaume de Nangis , et à celle de l'histoire du texte de Joinville. Sur ce dernier point, sa conclusion est que « si nous n'avons pas le texte des Mémoires , tel qu'il a été dicté par Joinville, les travaux de M. de Wailly ont permis de rétablir une leçon qui, vraisemblablement, n'est guère éloignée de celle du manuscrit original ». Pour saint Louis et pour Philippe le Bel , il a cru devoir indiquer, dans une catégorie de notices spéciales, les documents administratifs, enquêtes, jugements, comptes, etc., ce qui est pleinement justifié par l'importance historique des textes de cette nature au xiif siècle.
Dans certaines de ces pages , l'auteur a fait un peu plus que ne comportait sa besogne d'historiographe : il a jugé de grands événements (comme la cpiatrième croisade, la croisade des Albigeois) et esquissé des portraits d'hommes politiques (Joinville, saint Louis, Charies d'Anjou). Ne nous en plaignons pas : ces passages reposent mi peu de l'aricUté des nomenclatures, et, d'ailleurs, ils ne font que reproduire en général les appréciations les plus autorisées des spécialistes. Quand l'auteur conclut, par exemple à propos de saint Louis, qu'avec tous les éléments d'information laissés par le moyen âge « on pourrait tracer de ce jg;rand souverain un portrait réellement vivant, dégagé de tout l'attirail banal dont l'ont afiîiblé certains écrivains du xm* siècle » , il faut rappe-
Jer que cette possibilité était réalisée avant la publication de ce troisième volume des Sources de l'histoire de France. Le Saint Louis de M. Ch.-V. Langlois^^J nous a donné du personnage, et pour la première fois , un dessin frappant d£ vérité et de vie. L'histoire complète et détaillée du règne, quand on aura le courage de la faire, modifiera peu cette noble et curieuse physionomie ainsi fixée dans ses traits principaux.
Les imperfections de détail qu on peut relever dans cette masse de 882 notices si pleines de faits et de renseignements substantiels sont insignifiantes : Davidsohn, Thistorien dlngeburge de Danemark, écrit à Tan^aise, par trois fois, dans la même page^^^, Davidson; « Gesta quae Ludovicus IX cepit^^U au lieu de Gista; quelques traces de rédaction hâtive , ce qui est dit d'Hélinand et d*Âubri de Troisfontaines répété littéralement à quelques pages de distance ^*\ etc. Nous reprochons plus justement à Molinier lexpression forcée ou inexacte de certains jugements historiques. Que la déviation de la quatrième croisade ait été un événement « lamentable » si Ton envisage le « crime de lèse-civiiisation » commis à Constantinople , cela peut se soutenir ; mais la traiter « d'histoire ridicule ^^^ », ne se comprend plus. Plus loin , quand l'auteur, à propos de la croisade des Albigeois, aflirme que les princes féodaux du Midi étaient « pour la plupart, quoi qu'on en ait dit, des catholiques fervents ^i^ , Vopinion est inacceptable. La plupart de ces princes restèrent attachés extérieuremeet au cathoUcisme et ne firent jamais profession d'hérésie, mais ils étaient ou indifférents en matière religieuse, ou de cœur et d'esprit avec les prêcheurs des nouvelles doctrines.
Il est à peine besoin d'observer que quelques-unes de ces notices, dans le troisième volume comme dans les précédents, ont déjà vieilli. Aujourd'hui , pour ne citer qu'un exemple, le meilleur texte de {'Historia Albiqensium de Guillaume de Puylaurens et le mémoire le plus développé syr son œuvre ne se trouvent plus dans les publications indiquées par Molinier, mais dans le fascicule XVIII de la Bibliothèque de la Faculté des Lettres de Paris ^^^ qui a été publié en 1 904. Remarquons enfin , à propos de la notice 2 432 , qu'il n'est pas certain le moins du monde que le titre de l'ouvrage de Pierre des Vaux de Cernay soit : De factis et trium-
(*' Histoire de France publiée sous ^^' Texte du manuscrit le plus ancien ,
la direction de M. Lavisse, t. III, le Siia du fonds latin de la Bibl. Nat,
2* partie (1901). et notice par M. Bejfssier. Un accident
^*^ Page 9. survenu au moment du tirage a rendu
(^^ Page i45. inintelligible la dernière ligne du texte
^*^ Cl. p. 83 et 89, 84 et 91. de la chronique (p. 175), mais Tinter-
Page 27» version est facile à corriger.
phis memorabiUbus nobilis viri domini Simonis comitis de Monieforti Ce titre , que Molinier cite d après M. Paul Meyer^^^, ne se trouve pas dans les deux plus anciens manuscrits , ceux du xiii*' siècle , que possède notre Bibliothèque nationale (latins 2601 ^^^ et i8334), où on lit simplement K Incipit hystoria Albigensis »^^l On ne le rencontre que dans 1 explicit de deux manuscrits du Vatican, dont Tun (fonds de la reine Christine, lat. 690) est simplement la copie de lautre écrit au xiv* siècle (fonds du Vatican, lat. 67 12). Elncore Tincipit de ce dernier manuscrit est-H tout différent : « Gesta nobilis viri domini Symonis œmitis de Monieforti descripta per fratrem Petrum monachimi Vallium Samay Cisterciensis ordinis. 1
IIL Le quatrième volume, consacré aux Valois et daté de 1904, se recommande par la même recherche de précision exacte, la même sûreté d'information et le même souci d'accommoder la science historiographique aux données essentielles de l'histoire. Mais il ne laisse pas dans l'esprit une impression aussi satisfaisante. Il est peut-être moins utile que les trois précédents, précisément parce qu'il est moins complet. Ajoutons de suite qu'il ne pouvait pas l'être au même degré , et pour une raison bien simple : c'est qu'au xiv* siècle les textes historiques de tout ordre deviennent tellement nombreux (et en particulier les documents d'archives), que l'auteur d'une bibliographie de l'histoire de France ne peut les enregistrer tous; il se voit contraint de faire un choix. Or, avec cette nécessité d'une sélection toujours plus ou moins arbitraire, la méthode, le caractère et la portée de l'ouvrage sont changés.
Dans la Notice préliminaire , Molinier explique d'ailleurs pourquoi l'historiographie de cette époque diffère de celle des périodes antérieures. Il n'y a presque plus d'annales ecclésiastiques. L'histoire commence à se laïciser et les grandes chroniques prennent un caractère de perspnnalité plus marquée. D*autre part, l'affaiblissement delà centralisation monar-
(^^ Introduction a Tédition de la Chanson de la Croisade, p. x.
^ H est assez singulier qae dans la notice qu'il a consacrée à Pierre des Vaux de Gernay , au t. XXVI des Monumenta Gtrmanim, p. 897, note 5, M. Hoider Ëgger^flinne au contraire ce qui suit : c In editis liber minus recte Historia Albigensiam inscrLbititf, cum in cod. a 60 1 iegatur : • Explicit historia de factiset t triumphismemorabîlifaiisnobîlisYirido-
•mini Simonis, comitis de Monieforti. »
L'ëminent éditeur des Monumenta Gei^maniœ a fait ici une confusion. Cet explicit est étranger au latin 2601.
^*^ Le JJ. 28 des Archives nationales (du XIV* siècle), cité par Molinier luimême , offire le titre . suivant : « Ldcipit pulchra et notabilis hystoria de hereticis patrie Albigensis et patrianim vicinarum destructis per incdite memorie Symonem comitem Montisfortis. »
chique, due aux désordres de la guerre de Cent ans, redonne ime importance momentanée aux histoires locales. Les documents administratifs et économiques abondent et jettent une vive lumière sur l'état de la société ; il faut donc plus que jamais en tenir compte. Une place plus importante doit être faite aussi aux textes littéraires proprement dits, parce qu a partir du siècle des Valois ils fournissent plus de renseigne^ ments à Thistoire politique. Enfin les relations diplomatiques entre la France et les Etats limitrophes ont maintenant une fréquence et une complexité telles que Thistoriographie étrangère se mêle ici intimement à la française, et qu'à la difficulté d'être pleinement au courant de cette dernière s'ajoute celle d'être instruit au même degré des publications de tous nos voisins.
Il résulte de ces faits que le chercheur qui veut connaître les sources de l'histoire du règne de Charles VI ou de Charles VII sera beaucoup moins abondamment renseigné par les notices de ce quatrième volume que ne le sera, pour la période du moyen âge proprement dit, le lecteur des volumes précédents. Mais cette infériorité tient , nous le répétons , en très grande partie, à la nature même des choses, au développement, devenu tout à coup énorme, de la matière historique. Molinier, ayant consacré un fascicule entier aux Capétiens du xm* siècle, a cru devoir renfermer aussi dans un seul fascicule (un peu plus fort, il est vrai) toute l'historiographie de fépoque des Valois jusqu'au milieu du xv*. Cette répartition ne correspond pas exactement à la disproportion évidente des éléments historiques.
Mais, d'ailleurs, le livre qui traite des Valois contient tout ce qu'il y a d'essentiel à savoir sur les sources de cette période du moyen âge. Les 1669 notices dont il se compose sont distribuées sous les rubriques suivantes : les deux grandes chroniques de Jean Le Bel et de Froissart ; les petites chroniques du même temps ^^^; les textes d'intérêt local; l'histoire des règnes de Philippe VI , de Jean le Bon et de Charles V ; les chroniques étrangères; le règne deCharies VI dans ses généralités, puis dans ses détails; le Grand Schisme; les chroniques étrangères qui ont trait à l'histoire de ChariesVIetdo Charles VII; le règne de Charles VII, et enfin Jeanne d'Arc. Panni les morceaux les plus intéressants et les plus complets, il faut citer la notice consacrée à Froissart, les pages qui ont trait aux chroniqueurs de l'école de Bourgogne , et surtout le chapitre relatif
^*^ Nous ne savons pourquoi Tauteur a Cosneau sur les Grands traités de la guerre inséré dans le chapitre consacré a ces de Cent ans; Collect, de textes pour serpetites chroniques, p. 19, le recueil de vir à Vetude de l'histoire, •
à Jeanne d'Arc. Moiinier explique avec une parfaite clarté pourquoi jusqu'à ces derniers temps ïhistoire s'est faite hoargmgnonne ; mais peut-être force-t-il la note en traitant de « grands écrivains »^^^ des narrateurs pittoresques mais diffus, comme Chasteliain, Olivier de la Marche, Pierre de Fenin et Lefèvre de Saint-Remy. Quant à Jeanne d'Arc, l'aperçu préliminaire qui précède l'indication des sources s'impose à l'attention de tous ceux qui s'intéressent à l'héroïne et à l'histoire de la France monarchique. Les diverses et délicates questions que soulève ce sujet toujours litigieux y sont posées, définies et parfois résolues avec une précision rare ; on ne saurait mieux dire ni dire plus en si peu de mots.
Pour le fond des choses, Moiinier s en tient aux opinions de Quicherat, qui, sur le caractère des visions de Jeanne, avait gardé une sage réserve.
Rationaliste déterminé, il ne pouvait admettre l'origine divine de ces visions, mais il se refîisait à voir dans Jeanne une fille malade , attaquée d'une maladie nerveuse. Cette réserve de bon goût parait, en somme, nécessaire. On ne possède sur la constitution physique de la Puceiie que des renseignements très vagues : Texpiication miraculeuse de sa mission ne saurait être acceptée que des croyants; le miracle, s'il a eu lieu, est d'ailleurs resté incomplet; enfin les visions de Jeanne n'ont rien de bien extraordinaire pour le temps , car on sait combien les visionnaires ont pidlulé durant toute la première moitié du xv' siècle.
En tout cas , l'auteur des Sources de l'Histoire de France, s 'û n'approuve pas les assertions des croyants et les efforts des néo-catholiques qui « travaillent à faire de la Pucelle une sainte et à lui préparer des autels » , ne se range pas non plus du côté de ceux qui voient en elle une sorte de «vierge laïque et révolutionnaire». 11 estime que, des deux parts, ces tentatives sont regrettables; que Jeanne d'Arc a tout à perdre à ce qu'on fasse d'elle une sainte ou un libre esprit et que o ces admirateurs indiscrets seraient bien mieux inspirés en ne faisant pas intervenir le nom de l'admirable fille dans nos querelles journalières ».
A dire vrai, le cinquième volume ou fascicule, qui a paru l'année dernière, n'est dans sa seconde partie que la suite immédiate et comme une annexe du précédent, il y est question des sources du règne de Louis XI et de celles du règne de Charles VIII jusqu'au moment des guerres d'Italie. L'appréciation générale que nous avons donnée du fascicule précédent s'applique à plus forte raison à celui-ci. Généralités et sources françaises, documents de provenance étrangère, textes relatifs aux différents épisodes ou détails du règne rangés dans l'ordre chrono-
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logique : telle est la triple répartition des notices pour Tépoque de Louis XI comme pour celle de son fils. On y distinguera particulièrement l'important chapitre consacré à Commines , aux manuscrits et aux éditions de son Histoire. Là se trouve , on peut le dire , le dernier mot sur la question.
Le fascicule V a été publié après la mort de Molinier, par les soins d'un ami; quelques fautes d'impression s'y sont glissées ^^^ La première moitié se compose d'ime Introduction générale entièrement rédigée par l'auteur lui-même et achevée le i6 mars 1906, deux mois avant sa mort.
Son intention était évidemment de nous donner, dans ce morceau qui compte 187 pages, une sorte de philosophie ou de synthèse de la science des sources de l'histoire de France pendant la période médiévale. Il pouvait être très intéressant, en effet, de suivre l'évolution de l'historiographie française au cours des dix siècles du moyen âge, d'en marquer avec précision les directions principales, d'en découvrir et d'en formuder les lois , en xm mot , d'en expliquer par l'histoire même les modalités diverses. On comprend que Molinier, qui n'était pas seulement bibliographe mais historien , ait été tenté par cette perspective de généralisation brillante. Mais justement, pour atteindre son but, il lui aurait fallu se tenir dans la sphère élevée des considérations synthétiques, et ne pas reproduire, en parlant des hommes et des œuvres, les détails précis qu'il avait déjà donnés dans les notices préliminaires des quatre fascicules précédents. Sans doute cette Introduction générale développe sur quelques points les aperçus déjà exposés , ou même en apporte de nouveaux , qui sont , d'ordinaire, aussi intéressants que judicieux; mais, pour la plupart des œuvres signalées . il y a répétition , double emploi , et souvent dans les mêmes termes ^2^. On peut même noter, dans Y Introduction générale , des phrases littéralement reproduites , indice d'une rédaction un peu confuse et précipitée ^^l
L'utiUté de beaucoup de ces pages est donc contestable , sans compter que certaines assertions ou certains jugements appelleraient aisément la
''^ P.XLix, an6o3pour8oa; p. lxxxix, ix* siècle pour xi': p. 22, Psychologie médicale pour mentale; p. igà, médéviale pour médiévale,
^'^ Que Ton compare, par exemple, ce qui est dit du Journal d'un bourgeois de Paris dans V Introduction générale (p. cxLiii) avec la notice 4 1^9 du fascicule IV ; ou ce qui y est dit de la Chro-
nique scandaleuse (p. CLiii) avec la notice 4666 du fascicule V ; ou encore ce qui y est dit de Commines ( p. cliii-clv) avec la notice 4663.
^'^ Par exemple, dans V Introduction générale, pages xv et i.v, les mêmes passages sur Paschase Ralbert et sui* les biographies d*Alcuin et de Walafrid Strabon.
mrRiMraiK iiatio!«ale.
controverse. Qu'importe que Richer, par exemple , ait été « un témoin oculaire bien informé des événements de 987 »^*^ s il déforme, comme il la fait plus dune fois, la vérité? Nous n acceptons pas non plus sans réserve lappréciation de fauteur sur la Vita Ludovici Grossi de Suger, et ne dirons pas comme lui « que le fond en est excellent de tous points »^^. Ce panégyrique ou cette chrestomathie des actes de Louis le Gros est remplie, on doit l'accorder, de détails importants et authentiques; mais la somme des réticences ou des omissions commises sciemment par fabbé de Saint-Denis est telle que l'expression d'une satisfaction aussi complète est vraiment peu justifiée.
L'Introduction générale contient d'ailleurs , dans sa dernière partie , tout autre chose qu'une exposition des lois ou des modes de l'historiographie médiévale. Molinier fa terminée par des considérations personnelles sur la critique historique et les grandes entreprises de travaux érudits à f époque moderne et même contemporaine, ce qui nous éloigne tout h fait de l'objet de la publication. A la fm vient une glorification assurément très légitime de fEcole des Chartes et de f E>;ole des Hautes Etudes ; mais peut-être eût-il été bon de dire aussi quelques mots de la renaissance des études d'érudition historique à l'Ecole normale , à la Sorbonne et dans nos grandes universités.
Quoi qu'il en soit, l'importance pratique d'un répertoire comme celui dont nous venons de rendre compte, l'efiFrayant labeur qu'il suppose, et la grandeur du service rendu à la science resteront des faits hors de discussion , tout à f honneur de Molinier.
n est clair pourtant que futilité de cette œuvre ne sera entière que lorsque le sixième volume , contenant l'Index général des noms d'auteurs et des matières, aura paru. Cet index est, dès à présent, indispensable^*^; il peut seul permettre au chercheur de ne pas s'égarer dans cette masse énorme de notices disposées par ordre de matière ou par groupements géographiques. 11 est bien à désirer que f éditeur ne le fasse pas attendre. Quand fouvrage aura , avec ce complément , sa valeur int^ale , on pourra pleinement souscrire au jugement que fauteur a porté lui-même sur son œuvre ^*^ :
Il est bon de dresser de temps à autre le bilan de la science , d'enregistrer les résultats accpis , de marquer les points k éclairer. Nul travail plus délicat , plus minutieux et aussi plus ingrat. Les ouvrages de bibliographie sont de ceux dont on use
^'^ Introd,, p. Lxvui. obligé d'ajouter un Index provisoire
<*i Ibid., p. xciY. et incomplet aux fascicules IV et V.
t'J Cela est si vrai qu'on s'est cru t*^ T. V, Introduction générale.
sans en apprécier les qualités ^*\ dont on ne voit que les défauts, défauts que tout spécialiste reconnaît au premier coup d'œil. S'atteler à une pareille besogne est donc un peu, comme l'a dit un critique, faire œuvre, d'ascète et travailler pour le bien commun. Le seul sentiment qui paisse consoler, en pareil cas , c'est la conviction qu'on a été utile , qu'on a facilité la tâche quotidienne à ses confrères en érudition et contribué au progrès futur de la science historique.
Auguste Moiinier, prématurément enlevé à cette science qui lui doit tant, a pu déjà se rendre compte, de son vivant, du grand succès de sa publication. Mais ceux qui en ont maintenant la responsabilité ont un devoir strict à remplir. Un index détaillé et rigoureusement complet ne suffît pas. Il faut que ce répertoire soit tenu au courant du progrès scientifique. Pour la première période du moyen âge (vi*-xi" siècles), il nous donne Tétat des connaissances en 1 902 ; fatalement, sur plusieurs points déjà , il a vieilli ; Tinconvénient est inhérent à la nature même des travaux bibliographiques. Cest à Téditeur qu'il appartient d y porter remède en ne permettant pas qu'un temps trop long s'écoule avant la publication d'un supplément. Espérons qu il comprendrai nécessité de faire paraître, à des intervalles suffisamment rapprochés, les Additions et Corrections qui maintiendront à l'œuvre sa haute valeur. La librairie française n'a eu que rarement jusqu'ici le souci de tenir à jour ses publications scientifiques; il serait déplorable, dans le cas actuel, qu'elle ne changeât pas d'habitude. L'éditeur des Sources de l histoire de Frcuice a tout intérêt à ne pas laisser un aussi précieux instrument de travail perdre son utilité principale , qui est de donner aux médiévistes le dernier état de la science liistorique. Moiinier avait lui-même annoncé, à la fin de l'avant-propos qui est en tête du premier volume, qu'il réimissait les éléments d'un appendice et qu'il donnerait même les plus récents résultats de la recherche savante dans une édition nouvelle si l'ouvrage recevait du public un accueil suffisant.
Nous verrons si les intentions de l'érudit, dont la perte est à jamais regrettable, seront prochainement réalisées.
Achille LUCHAIRE.
^'' Il arrive parfois à Moiinier de sont de ceux qu'on apprécie du preforcer, comme ici, l'expression de sa mîer coup d*œil et que personne ne pensée. Les mérites de son répertoire méconnaîtra.
36 LUCIEN POINCARE.
Alfred T. Story. The Story qf wireless Telegraphy. 1 vol. in-8^ Londres, Newnes, s. d. [igoS].
I. L'histoire des sciences comprend deux parties. La première , qui est l'histoire des théories , est liée d une façon très étroite à l'histoire de la philosophie et, par là, à l'histoire générale; celui qui la voudrait écrire au fur et à mesure que les théories prennent naissance , rencontrerait les plus graves difficultés , puisqu'il ne saurait d'avance faire le départ entre celles qui ne seront qu'éphémères et celles qui , au contraire , serviront longtemps de guide aux chercheurs. La seconde partie est l'histoire des découvertes positives et , lorsqu'il s'agit ainsi de faits précis et bien déterminés, les spectateurs avisés, qui disposent d'informations immédiates, qui peuvent recueillir de première main des documents authentiques, feront, en apportant leur témoignage sincère, une œuvre d'érudition, dont, personne ne contestera l'importance, mais que l'on serait probablement tenté de croire d'une exécution facile.
n s'en faut cependant de beaucoup que semblable besogne, même limitée à l'étude d'une question très particulière , par exemple à celle d'une invention récente, puisse s'accomplir sans que l'historien rencontre de très sérieux obstacles.
Une invention n'est en réalité jamais attribuable à un seul auteur; elle est le résultat du travail de nombreux collaborateurs qui parfois s'ignorent les uns les autres, le fruit produit par des labeurs souvent obscurs. L'opinion publique, volontiers simpliste, en face d'une découverte sensationnelle, exige cependant que l'historien fasse office déjuge; c'est sa tâche de démêler la vérité au milieu des compétitions et de dire à qui peut aller, sans s'égarer, la reconnaissance de fhumanité. 11 doit , en expert habile, dépister les contrefaçons, s'apercevoir des plagiats les plus dissimulés , discuter de délicates questions de priorité ; il doit ne pas se laisser faire illusion par ceux qui ne craignent pas d'annoncer, d'une façon téméraire, qu'ils ont résolu les problèmes dont ils pressentent que la solution est imminente et qui , le lendemain du jour où d'autres les ont définitivement élucidés, se proclament les véritables inventeurs; il . doit s'élever au-dessus d'une partialité qui se croit excusable parce qu'elle provient de l'orgueil national ; il doit enfin rechercher avec patience les
antécédents, et, remontant ainsi de proche en proche, il risque de se perdre dans la nuit des temps.
Un exemple d*hier peut nous servir pour montrer les diflicudtés de cette tâche. Parmi les découvertes récentes , l'invention de la télégraphie sans fil est lune de celles qui sont devenues rapidement populaires; elle parait d'ailleurs constituer un sujet précis, nettement déUmité.
Déjà plusieurs tentatives ont été faites pour en écrire l'histoire ^^^ M. J. J. Fahie publiait dès 1899, en Angleterre, un livre intéressant : Historyof wireless Telegraphy; vers la même époque, M. Broca faisait paraître en France un ouvrage très documenté intitulé : La télégraphie sans fil; dans les rapports présentés au Congrès international de physique réimi à Paris en 1900, un illustre savant italien dont les travaux personnels ont . grandement contribué à l'invention du système actuel de télégraphie, M. Righi, a consacré un chapitre court mais assez complet de son magistral rapport sur les ondes hertziennes à l'histoire de la télégraphie sans fil; le même auteur, en collaboration avec M. Bemhard Dessau, a également écrit un livre plus étendu : Die Télégraphie ohne Dracht Tout dernièrement enfin, M. A.Story vient de nous donner dans un petit volume : The Story of wireless Telegraphy , un résumé condensé mais très précis de toutes les tentatives qui ont été faites pour établir des communications télégraphiques sans l'intermédiaii e d'un fil conducteur. Si M. Story n'a pas su toujours se montrer un critique très sévère, s'il n'a pas éliminé avec assez de rigueur des essais parfois bien médiocres, s'il ne s'est pas complètement mis à l'abri du reproche justifié d'attribuer aux savants anglais une part léonine au détriment des savants des autres nationalités et particulièrement des représentants de la science française , il a du moins compulsé beaucoup de documents, fait de curieuses exhumations et étudié jusqu'aux dispositifs les plus récemment adoptés.
Il peut être intéressant, en utilisant les renseignements qu'il nous fournit , en les complétant au besoin par quelques autres , de remonter aux sources d'une découverte moderne, de la suivre dans son développement et de constater ainsi une fois de plus combien la matière la plus simple en apparence exigerait de la part d'im historien qui voudrait faire (Euvre définitive des recherches étendues et complexes.
IL La première difficulté , qui n'est sans doute pas l'une des moins graves , est de bien définir le sujet. Les mots : « télégraphie sans fil » ,
^*' Voir aussi : J. Boulanger et G. électriques; et Doiiienico Mazotto, Lm Ferrie, La télégraphie sans fil et les ondes télégraphie sans fil.
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qui semblent tout d abord répondre à une idée unique et parfaitement claire , se peuvent en réalité appliquer à deux séries de questions , très différentes aux yeux dun physicien, qu'il importe de nettement distinguer.
Une transmission de signaux exige trois organes qui apparaissent tous trois d'vme nécessité absolue : le producteur, le récepteur et, entre les deux, un intermédiaire établissant la communication. Cet intermédiaire est d'ordinaire la partie la plus coûteuse de i mstallation , la plus difficile à établir, celle d'ailleurs où se produisent des pertes sensibles d'énergie aux dépens du bon rendement. Et, cependant, nos idées actudles nous le font considérer, cet intermédiaire, comme impossible à supprimer, •plus encore qu'autrefois, car si nous sommes définitivement débarrassés de la conception des actions à distance, il nous devient inconcevable que de l'énergie puisse être communiquée d'un point à un autre sans être transportée par quelque milieu interposé.
Mais pratiquement la ligne sera supprimée si, au lieu de la construire artificiellement, on utilise pour la remplacer l'un des milieux naturels qui séparent deux points situés sur la terre.
Or ces milieux naturels se rangent en deux catégories fort distinctes, et de ce classement résultent les deux séries de questions à examiner.
Entre les deux points se trouvent d'abord les milieux matériels, l'air, puis la terre ou bien l'eau ; depuis fort longtemps on s'est servi , pour des transmissions à distance , des propriétés élastiques de l'air et , plus récemment, de la conductibilité électrique du sol et de l'eau, particulièrement de l'eau de mer.
La physique moderne nous amène d'autre part à considérer qu'il existe, répandu dans tout l'univers, un autre milieu plus subtil, pénétrant partout , doué d'élasticité dans le vide et conservant son élasticité lorsqu'il pénètre dans un grand nombre de corps, dans l'air par exemple ; ce milieu , c'est l'éther lumineux , qui possède , on n'en saurait douter, la propriété de pouvoir transmettre de l'énergie , car c'est lui qui nous apporte l'immense majorité de l'énergie dont nous disposons sur la terre et que nous retrouvons dans les mouvements de l'atmosphère, dans les chutes d'eau, dans les mines de charbon provenant de la décomposition des composés du carbone sous l'influence de l'énei^e solaire. Depuis longtemps aussi , bien avant que l'on ait mis en évidence l'existence de cet éther, on a su lui demander le service de transmettre des signaux.
Ainsi, à travers les âges se déroule une double évolution que devra suivre l'historien dont l'ambition sera d'être complet.
III. S'il examinait d'abord le premier ordre de questions, il poun^ait
sans doute ne parier que brièvement des essais antérieurs à la télégraphie électrique, mais, sans chercher le paradoxe, il devrait cependant faire allusion à Imvention du porte-voix ou à d'autres semblables qui , depuis longtemps, permirent aux hommes, par un emploi ingénieux des propriétés élastiques des milieux naturels , de communiquer à des distances supérieures à celles qu'ils auraient atteintes sans le secours de Tart.
Après cette période, en quelque sorte préhistorique, rapidement parcourue, il lui faudrait suivre de très près le développement de la télégraphie électrique ; presque dès le début, peu de temps après qu* Ampère avait émis Tidée de construire un télégraphe , le lendemain du jour où Gauss et Weber établissaient entre leurs maisons de Goettingue la première ligne véritablement utilisée, on songeait à se servir des propriétés conductrices de la terre et de Teau.
L'histoire de ces essais est très longue, elle est étroitement mêlée à l'histoire même de la télégraphie ordinaire ; de longs chapitres lui ont été depuis longtemps consacrés dans les traités de télégraphie. M. Story la résume dans quelques pages , qu'il ne sépare peut-être pas assez franchement de celles qu'il consacre ensuite aux recherches modernes, si différentes dans leur essence.
C'est en i838 que le professeur C. A. Steinheil de Munich exprima, sans doute pour la première fois, l'idée nette de supprimer le fil de retour et de le remplacer par une communication du fil de ligne avec la terre; il parcourut ainsi du premier coup la moitié du chemin, la plus facile il est vrai , qui devait amener au but définitif, puisqu'il économisait la moitié du fil de ligne.
Steinheil , conseillé peut-être par Gauss , eut d'ailleurs une conception très exacte du rôle de la terre, considérée conune corps conducteur; il semble avoir bien compris que, dans certaines conditions, la résistance d'un tel conducteur, supposé indéfini , peut être indépendante de la distance des électrodes qui amènent le courant et lui permettent de sortir; il songea aussi à utiliser les rails des chemins de fer pour transmettre les signaux télégraphiques.
Plusieurs savants qui s'occupèrent, dès le principe, de la télégraphie eurent des idées analogues. C'est ainsi que S. F. B. Morse, surintendant des télégraphes du Gouvernement des Etats-Unis, dont le nom donné à l'appai-eil si simple qu'il inventa est universellement connu , faisant à New-York, dans l'automne de l'année 1 84 s, devant une commission spécialement convoquée et en présence d'im public très nombreux , des expériences destinées à démontrer avec quelle sûreté et quelle facilité fonctionnait son appareil, pensa, au cours même des expériences, d'une
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façon fort heureuse, à remplacer, sur une longueur de près d'un mille, par l'eau d un canal un fil qui venait d être subitement et accidentellement détruit. Cet accident, qui avait un instant compromis le légitime succès qu'attendait le célèbre ingénieur, lui suggéra ainsi une idée féconde qu'il n'oublia pas; il répéta par la suite des essais d'utilisation de l'eau et du sol et il obtint des résultats très remarquables.
On ne saurait citer toutes les recherches entreprises dans la même voie et auxquelles sont plus particulièrement attachés les noms de S. W. Wilkins, de Wheatstone, de H. Highton en Angleterre, ceux de Bonelli en Italie , Gintl en Autriche , Bouchot et Donat en France. Il en est cependant auxquelles on ne peut songer sans émotion.
Le 1 7 décembre 1870, un physicien, qui a laissé dans l'Université un souvenir durable, M. d'Almeida, alors professeur au lycée Henri IV, plus tard inspecteur général de l'Instruction publique, quittait en ballon Paris assiégé; descendu au milieu des lignes allemandes, il parvenait, à la suite d'un voyage périlleux, â gagner le Havre en passant par Bordeaux et par Lyon; après s'être procuré les appareils nécessaires en Angleterre, il descendait la Seine jusqu'à Poissy, où il parvenait le 1 4 janvier 1871. Depuis son départ, deux autres savants, MM. Desains et Bourbouze, se relayant jour et nuit, attendaient à Paris, dans un bachot sur la Seine, prêts à recueillir un signal qu'ils guettaient avec ime anxiété patriotique. 11 s'agissait d'employer un procédé imaginé par Bourbouze, dans lequel l'eau du fleuve jouait le rôle de fil de ligne. Le 24 janvier, la communication paraissait enfin établie; malheureusement l'armistice , puis la reddition de Paris venaient rendre inutile le précieux résultat de ce noble eflfort.
On doit aussi une mention spéciale aux expériences exécutées par rOflice télégraphique des Indes anglaises , sous la direction de M. Johnson , puis de M. W. F. Melhuish; elles conduisirent en effet, en 1 889 , à des résultats si satisfaisants qu'un service de télégraphie, où le fil de ligne était remplacé par la terre , put fonctionner réellement et régulièrement.
D'autres tentatives furent aussi faites pendant toute la seconde moitié du xix* siècle pour transmettre des signaux à travers la mer; elles précédèrent le moment où , grâce aux travaux de nombreux physiciens , parmi lesquels lord Kelvin occupe sans conteste une place prépondérante, l'on parvint à immerger le premier câble, mais elles ne furent pas abandonnées, même après cette date, car elles donnaient l'espoir d'une solution singulièrement plus économique. Parmi les plus intéressantes, on a conservé le souvenir de celles que S. W. Wilkins poursuivit assez longtemps, à partir de i845, entre la France et l'Angleterre. Avec Cooke et
Wheatstone, ii imagina d*employer comme récepteur un appareil qui ressemble par certains côtés au récepteur actuel des télégraphes sousmarins; plus tard George E. Dering, puis James Bowman et Lindsay firent dans la même voie des essais qui sont dignes d'être retenus.
Mais ce n est que de nos jours que Sir William H. Preece obtint enfin , le premier, des résultats vraiment pratiques. Sir William a effectué luimême et fait exécuter par ses collaboratems (il est ingénieur en chef de rOffice postal et télégraphique anglais) des recherches conduites avec beaucoup de méthode et appuyées sur des considérations théoriques précises. Il est ainsi parvenu à établir des communications très faciles, très nettes et très régîdières, entre divers endroits, par exemple à travers le canal de Bristol.
La longue série de travaux accomplis par tant de chercheurs, dans le but de substituer un milieu matériel et naturel aux lignes métalliques artificielles, aboutissait ainsi à un succès incontestable qu'allaient bientôt éclipser les retentissantes expériences dirigées dans une voie différente par Marconi.
Il convient d ajouter que sir William Preece avait lui-même utilisé, dans ses expériences, les phénomènes d'induction et commencé des recherches à Taide des ondes électriques; on doit aussi lui savoir gré de la façon dont il accueillit Marconi; cest certainement grâce aux conseils et à lappui matériel qu'il trouva chez sir William que le jeune savant parvint à effectuer ses sensationnelles expériences.
IV. Le point de départ initial des expériences de transmission de signaux, fondées sur les propriétés de l'éther lumineux, est fort éloigné et il serait aussi très laborieux de rechercher tous les travaux accomplis dans cette seconde direction, même si Ton n'envisageait que ceux où entrent en jeu des actions électriques.
Une action électrique , influence électrostatique ou phénomène électromagnétique , se transmet à distance à travers l'air par l'intermédiaire de l'éther lumineux : mais l'influence électrique ne peut guère être utilisée; les distances qu'elle permettrait de franchir sont beaucoup trop faibles et les actions électrostatiques sont souvent bien capricieuses; les phénomènes d'induction, très réguliers, insensibles aux variations de l'état atmosphérique, parurent, au contraire , depuis longtemps , pouvoir servir dans des dispositifs télégraphiques.
On trouverait déjà, dans un certain nombre des essais dont il vient d'être parié, un emploi partiel de ces phénomènes. Lindsay, par exemple, dans son projet de communication à travers la mer, leur attribuait un
larMIHKEll RATIOHAU.
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rôle considérable. Us permirent même, ces phénomènes, une véritable télégraphie sans fil intermédiaire entre les organes d'émission et de réception, à des distances très restreintes, il est vrai, mais dans des conditions particulièrement intéressantes. C'est, en eCFet, grâce à eux que C. Brown, puis Edison et Gilliland parvinrent à établir des communications avec des trains en marche.
M. Willoughby S. Smith, M. Charles A. Stevenson entreprirent aussi , dans ces vingt dernières années , des expériences où ils utilisaient l'induction ; mais les essais les plus remarquables sont peut-être ceux du professeur Emile Rathenau. Avec faide de M. Rubens et de W. Rathenau, ce physicien poursuivit, à la demande du Ministère de la Marine de l'Empire d'Allemagne, une série de recherches qui l'avaient amené, grâce à un système mixte de conduction et d mduction par des courants alternatifs , à obtenir des communications nettes et régulières à une distance de 4 kilomètres.
Parmi les précurseurs, il conviendrait aussi de faire mention de Graham Bell ; l'inventeur du téléphone songea à employer son admirable appareil comme récepteur de phénomènes d'induction transmis à distance; Edison, M. Sacher, de Vienne, M. Henri Dufour, de Lausanne, le professeur Trowbridge, de Boston, firent aussi de curieuses tentatives dans la même direction.
Dans toutes ces expériences se trouve déjà Tidée d'employer un courant oscillatoire. On savait d'ailleurs depuis longtemps (puisque dès 1842 , le grand physicien américain Henry constatait que les décharges d'une bouteille de Leyde, placée dans le grenier dfe sa maison, donnaient naissance à des étincelles dans un circuit métallique observé au rez-dechaussée) qu'un flux variant rapidement et périodiquement a un effet beaucoup plus efficace qu'un flux unique, lequel ne peut produire à distance qu'un phénomène peu intense. Cette idée du courant oscillatoire est bien voisine de celle qui allait enfin conduire à une solution entièrement satisfaisante, solution qui, on le sait, est fondée sur les propriétés des ondes électriques.
V. Arrivé ainsi au seuil de l'édifice définitif, l'historien, qui aurait fidt parcourir à ses lecteurs les deux routes parallèles que l'on vient de jalonner, serait amené à se demander s'il s'est montré un guide suffisamment fidèle et s'il n'a pas négligé d'attirer l'attention sur des points essentiels de la région traversée.
Ne doit-on pas, à côté, au-dessas peut-être, des auteurs qui ont imaginé les dispositifs pratiques, placer les savants qui ont construit les
théories, réalisé les expériences de laboratoire dont ces dispositifs ne sont, après tout, que d'assez immédiates applications? Si Ton parle de la propagation du courant dans un milieu matériel, peut-on oublier les noms de Fourier et de Ohm , qui établirent par des considérations théoriques les lois qui président à cette propagation? Si Ton envisage les phénomènes d'induction , ne serait-il pas juste de rappelei' qu'Arago les pressentit, que Michel Faraday les découvrit?
Ce serait une tâche délicate, un peu puérile aussi, de classer par ordre de mérite les hommes de génie; le mérite d'un inventeur comme Edison et celui d'un théoricien comme Clerk Maxwell n'ont pas de commune mesure; aux uns comme aux autres l'humanité est redevable d'ur grand progrès.
Avant de dire comment on parvint à utiliser les ondes électriques pour la transmission des signaux, on ne saurait, sans ingratitude, passer sous silence les spéculations théoriques et les travaux de science pure qui conduisirent à la connaissance de ces ondes. Il conviendrait donc; sans remonter au delà de Faraday, de dire comment cet illustre physicien attira l'attention sur le rôle des milieux isolants dans les phénomènes électi^iques et d'insister ensuite sur les admirables mémoires dans lesquels Clerk Maxwell jetait pour la première fois un pont solide entre deux grands chapitres de la physique jusque-là indépendants l'un de l'autre, l'optique et l'électiîcité. Et sans doute on penserait qu'il serait impossible de ne pas évoquer ie souvenir de ceux qui, en établissant d'autre part le solide et magnifique édifice de l'optique physique, en prouvant par leurs immortels travaux la nature ondulatoire de la lumière, préparaient, eux aussi, par la voie opposée, la jonction future. Dans l'historique des applications des ondulations électriques, les noms des Young, des Fresnei, des Fizeau, des Foucault doivent avoir place; sans eux l'assimilation entre les phénomènes électriques et les phénomènes lumineux qu'ils ont découverts et étudiés eût évidemment été impossible.
Puisqu'il y a identité absolue de nature entre les ondes électriques et les ondes lumineuses, on doit, en toute équité, considérer aussi comme de véritables précurseurs ceux qui imaginèi^ent les premiers télégraphes lumineux. Claude Chappe a fait incontestablement de la télégraphie sans fil grâce à i'éther lumineux, et les savants qui, comme le colonel Mangin par exemple, ont perfectionné la télégraphie optique ont indirectement suggéré certains perfectionnements apportés depuis peu à la méthode actuelle.
Mais le physicien dont l'ceuvre devra surtout être mise en évidence est, sans contredit, Heinrich Hertz. C'est lui qui démontra d'une façon