‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 71 sur 130 · DES ŒUVRES DE LEIBMZ · texte numérisé non relu

DES ŒUVRES DE LEIBMZ

PIŒMIER ARTICLE ^^^

I. La préparation d'une édition des œuvres de Leibniz telle que Y Association internationale des Académies , sur la proposition de M. Lachelier, la décidée, en 1901, est un travail d'un caractère très particuliei*, sans analogue jusqu'à présent dans la littérature scientifique. Les œuvres imprimées de Leibnir sont très nombreuses, plus nombreux encore les manuscrits inédits. Si l'on réduit à une commune mesure tous les papiei^s inédits ou imprimés qui se rapportent à l'œuvre de Leibniz, on trouve que la masse de documents, provenant de Leibniz, écrits de sa main ou copiés par ses secrétaires équivaut à environ 200,000 pages in-4' à 3o lignes par page, 1 o mots par ligne, soit environ 60 millions de mots. Il faut y joindre un volume égal de papiers provenant de. ses correspondants. I^a tâche des éditeurs apparaît plus dilficiie encore , si l'on songe que, parmi ces papiers, il y a des essais et des brouillons de toute sorte, des copies et des extraits, sans compter des répliques multiples des méine^ pièces; que, de plus, les œuvres de Leibniz se rapportent à peu près à toutes les connaissances humaines, qu'il y a dans les manuscrits : de la logique et de la philosophie, des mathématiques, de l'astronomie et de la physique, de f histoire naturelle, de la médecine, de la géologie,

^*^ Pendant sa première assemblée Leibniz. Celte mission leur fut renou-

générale , tenue à Paris en 1 90 1 , VA sso- veîée dans la seconde assemblée générale

dationinifmationaledps Académies contih tenue â Londres en i90>i. La présente

aux Académies des Sciences et des ' étude est un rapport adressé par M. Ui-

Sciences morales et politiques de Un- vaud, son délégué, au Comité Leibniz

stitut de France, ainsi qu'à TAcadémie de l'Institut de France, composé de

des Sciences de Berlin, la mission de M\L Bertbelot, Darbouv, Henri Poin-

préparer un catalogue critique des ma- care, Georges Picot , Boutroux, Liard et

nuscrits et une édition des œurres de de Franqueville. { Ao^e de la lUdaction.)

LE CATALOGLE DES OEUVREwS DE LEIBNIZ. 371

de la pharmacie et aussi de Thistoire, de h politique, du droit , de ia philologie, de l'épigraphîe, de Téconomie politique, de lalchiniie, de la magie, des pamphlets, des pièces de vers satiriques et jusqua des l'erettes de cuisine. En sorte qu'il n y a pas un seul genre , si Ton excepte le drame et le roman, auquel Leibniz ne se soit exercé. Enfin, ces papiers sont dispersés un peu partout, et dans un grand désordre. L essentiel se trouve à Hanovre , à la Bibliothèque royale et aux AiT'hîves d Etat. Mais il y en a aussi à Wiesentheid, à Gotha, a Berlin, à Hambourg, à Paris et à Nantes, à la Haye, à Leyde et a Amsterdam, à I^^ndres et à Oxford à Rome, à Florence et à Milan.

H faut ajouter que nulle part, jusqu'à présent, ils nont été l'objet d'un classement méthodique. Ceux qui se trouvent à Hanovre sont restés, pour la plupart, dans l'état même où Leibniz les avait laksés, c'est-à-dire, de son propre aveu, dans un grand désordre. Les archivistes successifs de ilanovre, Gniber, Baring, Sextro, M. Bodemann, n'ont pas eu le loisir <le procéder à une étude systématique, impossible sans de longues et déli- <'ates recherches. M. Bodemann, aidé dans certaines parties par l'éditeur Gerhardt, s'est borné à grouper les correspondances par noms de coiTespondants , à répartir les manuscrits par dossiers, à peu près selon la nature des sujets traités, travail considérable déjà, et dont il convient de lui être infiniment n^connaissant. Quant aux papiers des autres dépôts, ou bien ils n'ont pas été classés du tout, coinme il amve il Wiesentheid , ou bien ils ont été distribués un peu au hasard , généralement dans de vastes collections , où il est souvent fort difficile de les i-etrouver.

IjCs éditions partielles, très nombreuses, ont été, à l'exception peut-être de certains volumes de l'édition Dutens, du Briefwechsel mit Mathematikem de Gerhardt, et surtout de 1 excellent travail de M. Couturat, composées avec une négligence, qu'explique Fextraordinaire confusion des sources. Certaines d'entre elles (klopp, FoucherdeCareil, Erdmann, (ruvres mathématiques de Gerhardt) sont rendues parfois presque inutilisables par une multitude incroyable de fautes de lecture.

En conséquence , nous avons du passer beaucoup de temps à rassembler toutes les ressources nécessaires pour une étude méthodi({ue des manuscrits. Ce travail a été fait, pour la plus grande partie, à Hanoviie même , où se trotive la part la plus importante de l'œuvre de l^eibniz (98 p. 100 du matériel total). Lun d'entre nous s'est chargé d'explorer les dépens d'archives allemands. Deux autres se sont rendus en Hollande et en Angleterre. Enfin , la complaisance d'un grand nombre d'archivistes de France, d'Allemagne , d'Angleterre et d'Italie nous a procuré la copie

372 ALBERT RIVAIJI).

des pièces qui se trouvaient dans ces divers pays. Dès à présent, et sauf quelques petites lacunes qui seront comblées cette année même, nous estimons avoir fait le recensement à peu près complet de tous les manuscrits de Leibniz. Seules nous ont échappé, sans doute, quelques lettres isolées, dispersées dans ces collections privées que leurs propriétaii'es mettent un amour-propre singulier à cacher à tous les yeux.

Les dispositions générales de notre travail ont été arrêtées , dans leurs grandes lignes , après mûre délibération , à la suite des voyages successifs de M. Diels à Paris (i 902 ) , de MM. Boutroiix et Poincaré à Beriin (1 904). Les matériaux nous ont été indiqués à la suite de lenvoi de circulaires et d appels à tous les principaux dépôts d'archives d'Europe. Elnfm le travail a été poursuivi à Hanovre par MM. Ritter, Kabitz, Wiese, Grœthuysen du côté allemand, par MM. Rivaud, Sire, Halbwachs, Davillé du côté français, et les éléments essentiels en étaient réunis vers le milieu de Tannée 1904.

Nous avons dû perdre un certain temps à nous orienter au milieu de ce vaste matériel , et les retards que nous avons mis à Taccomplissement de notre besogne n'ont rien qui doive surprendre. En effet, nous n'avons pu prendre nettement conscience de nos méthodes de travail que peu à peu, par tâtonnements successifs. Sans cesse, il fallait modifier des procédés qui d'abord nous avaient paru excellents, et, plus d'une fois, l'expérience nous a forcés a renoncer k des méthodes qui, a priori, pouvaient sembler s'imposer. Nous sommes sortis désormais de la période de préparation et d'essais. Nous avons pu, non seulement déterminer d'une manière rigoiu'euse le plan, les divisions, l'organisation générale du catalogue; mais la rédaction même est poussée activement, et les manuscrits du premier volume seront prêts, nous l'espérons, vers l'automne de cette année. Les volumes suivants sont en ce moment à l'étude et presque tous les matériaux en sont rassemblés.

IL L'objet d'un catalogue critique des manuscrits de Leibniz est double. D'une part, il doit renseigner les historiens et les philosophes sur les œuvres de Leibniz, leur indiquer avec précision quelles sont les œuvres publiées, quels sont les manuscrits inédits, où ces manuscrits se trouvent, dans quel état ils nous ont été conservés, quel est enfin le contenu essentiel de l'œuvre. D'autre part, ce catalogue doit être considéré comme une préparation à la grande édition critique des œuvres de Leibniz dont l'Association internationale des Académies avait, lors de sa réunion de 1901, décidé, en principe, la publication. Cette conception

nest pas conforme à la conception ordinaire des historiens, qui s en tiennent volontiers aux inventaires descriptifs. Mais, ici, un catalogue qui n eût point donné des renseignements précis sur le contenu des manuscrits était vraiment inutile. Si Ton s'en tenait à cette conception, Imventaire de M. Bodemann, exécuté avec le plus grand soin, selon les méthodes habituelles des archivistes , suffisait. Les Académies voulaient autre chose, un guide raisonné pour 1 étude des papiers de Leibniz.

Un tel travail doit résoudre, sinon définitivement, du moins avec une approximation suffisante, la plupart des questions critiques qui se posent à un éditeur sérieux. Non seulement il doit fixer, dans ses grandes lignes , la chronologie des écrits de Leibniz, mais il doit permettre d'écrire, selon le projet des Académies, la « biographie pragmatique » du philosophe. Il faut que les éditeurs et les biographes sachent clairement par où ils peuvent commencer, qu'ils soient capables de découvrir les manuscrits dont ils ont besoin , qu'ils ne perdent pas trop de temps à des recherches préalables. Cette orientation est ici, plus que partout ailleurs, nécessaire, en raison même de lenormité des matériaux. Or la condition essentielle d'une telle recherche est que l'ordre, la filiation, Timportance relative des œuvres de Leibniz aient été déterminés avec précision.

De plus, le chercheur qui aborde l'élude des œuvres de Leibniz est rebuté k chaque instant par la difficulté de reconnaître les personnages qui y sont mentionnés , de discerner les événements auxquels Leibniz ou ses correspondants font allusion. Le catalogue devait donner, sur tous ces points, des indications sommaires capables d'orienter tous les chercheurs. Sans doute, il nous a été matériellement impossible de résoudre toutes les questions particulières que soulève chaque manuscrit. Mais nous avons rassemblé, dans nos index, toutes les ressources indispensables à TintelUgence immédiate des textes.

III. Ces principes généraux ont déterminé le choix de nos méthodes.

Les premières difficultés que nous avons rencontrées étaient relatives au classement des œuvres de Leibniz qui doit servir de base à notre travail. 11 ne pouvait être question de conserver purement et simplement l'ordre actuel des manuscrits et de décrire le matériel tel qu'il se trouve aujourd'hui dans les divers dépôts d'archives. Nous eussions obtenu une compilation confuse, pleine de répétitions inutiles, où des pièces voisines ou même identiques eussent été séparées arbitrairement. Le premier projet comportait un classement par matières : sciences mathématiques

374 ALBERT RWAUD.

et physiques, philosophie, logique, politique, droit et médecine, ces diverses matières étant réparties entre les Académies de France et l'Académie royale de Berlin. Ce projet, tout théorique, s est trouvé tout de suite insufiBsant. En effet, d-abord , la plus grande part des manuscrits est constituée par une correspondance de plusieurs milliers de lettres , dont le classement systématique est impossible. Car il n y a pas une de ces correspondances, si technique quon la suppose, qui ne contienne une foule de nouvelles et de renseignements de toute nature et ne se rapporte, directement ou indirectement, à une foule d'objets différents. Il était matériellement impossible de découper chaque piwe en autant de parties qu'elle contient de faits d'ordre différent. De plus, même en ce qui touche les œuvres proprement dites, les frontières sont mal tracées. A chaque instant, la philosophie et la métaphysique empiètent sur les mathématiques ; le droit et la médecine se mêlent à la théologie et à la physique. Le classement est donc, en fait, impraticable.

On poux ait penser tout de suite à un classement chronologique. Disposer les œuvres selon Tordre même dans lequel Leibniz les a rédigées, placer chaque pièce et chaque lettre à sa date, éclairer chacune d'elles par les événements qui l'ont inspirée, l'expliquer parles circonstances dans lesquelles elle a été composée , cette méthode parait à la fois la plus satisfaisante pour l'esprit et la plus scientifique, puisque à des classifications arbitraires ou subjectives elle substitue un critérium impersonnel et invariable. Même elle permettrait de confondre la biographie pragmatique avec le catalogue, et, par le seul artifice d'mie succession chronologique rigoureuse des pièces, elle donnerait l'image la plus fidèle et la plus complète de la vie intellectuelle de Leibniz. Malheureusement , ici encore, les difficultés sont graves et peuvent paraître insurmontables. Tout d'abord le classement chronologique des lettres peut, a priori, sembler singulier. Ne va-t-on pas mélanger ainsi des pièces disparates, qui n'ont de commun que la date a laquelle elles furent composées? De plus, si les lettres, la plupart du temps, sont datées ou se laissent dater exactement, le classement chronologique des œuvres parait difficile. Leibniz, le plus souvent, ne les a pas datées. Même il lui est arrivé, parfois, de reprendre, bien des années après les avoir composés, quelques-uns de ses écrits, et d'y ajouter, après coup, de mémoire, une date, qui n'est point nécessairement la date véritable. En sorte que même des indications autographes de la plus grande précision ne fournissent pas une complète certitude. Surtout , le nombre des pièces dépourvues de date est considérable, beaucoup plus considérable que celui des pièces datées. Si , dans certaines parties des manuscrits mathémati-

ques, la proportion des pièces datées est d environ 3o à 35 p. loo, elle tombe à 18 ou 2 0 p. 1 GO dans les œuvres politiques; à 2 ou 3 p. 100 dans le droit, la logique et la médecine. Enfm, même si on le réalisait complètement, le classement chronologique conduirait, semble-t-il, à énumérer pêl^-mêle des œuvres de toute nature, aussi différentes les unes des autres par la forme que par le contenu. Une confusion propre à dérouter le lecteur serait sans doute le seul résultat d'un travail particulièrement long et difficile.

Pourtant, l'expérience ^ous a montré qua l'aide de certains artifices relativement simples, on peut réaliser un classement assez scientifique et assez objectif pour satisfaire le savant, assez pratique et assez commode pour les travailleurs qui devront utiliser notre catalogue. Nous avons admis que le classement principal doit être chronologique , aussi bien pour la correspondance que pour les manuscrits; et à ce classement, qui détermine le cadre et les divisions du catadogue, nous avons subordonné, quand la chose était nécessaire pour la clarté, des classifications secon- (ïaires plus ou moins systématiques.

D'abord , en ce qui touche la correspondance , il nous a paru que le catalogue des lettres forme véritablement une partie distincte et indépendante du catalogue total. Nous avions cru primitivement possible la réalisation d'un catalogue unique des correspondances et des manuscrits. Nous avons du renoncer à ce projet , en liaison , non seulement des difficultés considérables d'exécution qu'il impliquait, mais parce que sa réalisation méthodique eût retardé trop longtemps la publication des premiers fascicAiles de nôtres travail. De plus le classement des manuscrits n'est |X)ssible, en toute rigueur, qu'une fois ordoimées et datées toutes les cori^spondances. Ce sont, en effet, les correspondances qui nous ont fourni le plus d'indications utiles pour la classification des manuscrits. Dans ses lettres, Leibniz, presque jour par jour, tient la comptabilité de son tnivail scientifique. Il y fait connaître ses projets; il y résume ses découvertes, il y analyse ses lectures. Elnfin, c'est assurément dans cette immense correspondance, poui' une grande part inédite, que se trouveront les additions les plus importantes que nos études apporteront k l'œuvre de Leibniz. C'est pouixpioi la publication du catalogue des correspondances dans le plus bref délai possible nous a paru la première condition du succès final de notre entreprise.

Les difficultés d'un bon classement chronologique ne sont pas insorrviontables. D'abord, Leibniz, à des époques déterminées, s'est occupé surtout de certaines recherches, dont nous trouvons la trace dans toutes les lettres qu'il écrit pendant ces périodes. Les mêmes événements poli-

tiques ou littéraires reparaissent, natureHement, dans toutes les lettres dune même épo^e. Il ne faut pas oublier, non plus, que si certaines correspondances s^étendent sur une période très longue , si quelques-unes durent 20, 3o, 4o ans, la plupart d entre elles se réduisent à quelques lettres, relatives à des faits déterminés et localisés dans le temps. La disposition chronologique a le double avantage de mettre en relief immédiatement, pour les lettres non datées, les raisons internes qui ont fait admettre ime date plutôt qu*une autre, et, dune manière générale, de simplifier les analyses , qui ne retiennent de clîaque pièce que les caractères par lesquels elle se distingue des pièces contemporaines. Enfin, nous avons de cette manière assuré lunité complète d une partie importante du catalogue. Aux recherches distinctes menées par chacun de nous selon des méthodes uniformes nous substituons ici une collaboration intime et directe des rédacteurs français et allemands du catalogue. Le travail est à peu près terminé jusqu a Tannée 1697, ^*^"Q^s espérons, dans quelque temps, soumettre aux Académies les manuscrits complets du premier volume des correspondances.

Pour les œuvres , nous avons dû renoncer au classement purement chronologique , sans nous arrêter cependant à la disposition systématique. Un catalogue purement chronologique ne serait sans doute pas impossible. Il nous a cependant semblé plus commode de maintenir ici les distinctions primitives, de séparer le catalogue des écrits mathématiques ou logiques, du catalogue des écrits philosophiques, du catalogue des écrits juridiques et politiques.

Mais des recherches, dont j'indiquerai plus loin les procédés, nous ont permis , dans Fintérieur de chacune de ces divisions , de déterminer la date de chaque pièce, sinon à un jour près, du moins avec une approximation parfois très précise. Nous espérons pouvoir reproduire avec fidélité révolution de la pensée de Leibniz dans chacun des domaines quelle a embrassés successivement, ou parallèlement. Notre travail naura, sans doute, qu'une valeur provisoire. Les classements qu'il propose devront être, par la suite, modifiés plus d'ime fois, dans le détail, par les éditeurs. Mais il suffit qu'il dessine nettement les lignes générales , qu'il détermine avec la plus grande rigueur les dates principales, bref, qu'il fournisse aux chercheurs et aux éditeurs futurs un guide auquel ils puissent se confier sans crainte. Un tel résultat ne peut être obtenu qu'au prix de longues recherches et de comparaisons minutieuses entre les diverses pièces. L'étendue de ce travail préparatoire augmente les délais que les Académies avaient d'abord prévus, mais le catalogue y gagnera en utilité.

IV. Ces considérations générales nous ont permis de définir, dans le détail, nos méthodes. 11 fallait trouver des procédés :

1° Pour décrire les manuscrits et les imprimés de Leibniz;

2** Pour les classer.

Ces procédés sont, en apparence, comme on va le voir, fort compliqués. La pratique nous a montré qu'ils étaient pourtant assez facilement applicables.

A. Nos recherches ont été entreprises d'abord à Hanovre , sur un plan unique; chacun des collaborateurs travaillait dune manière uniforme selon des procédés identiques.

D'après le plan primitif, chaque pièce, quelle qu'en fût l'étendue, devait être représentée par ime seule fiche. Cette fiche, de format in-folio, portait : i** un numéro d'ordre; 2" une date; 3** l'indication de la nature de la pièce ou son titre: /i** les cinq ou six premiers mots du début et de la fin de la pièce; 5° une analyse du contenu; 6** l'indication du format et de l'étendue de la pièce ; 7° sa cote au dépôt d'archives ; 8° la liste des impressions qui en ont été faites; 9" les numéros des autres pièces où la pièce cataloguée est mentionnée. Chacune de ces rubriques a fait l'objet d'études particulières.

Les dates des pièces ont été toutes ramenées au calendrier grégorien réformé. On sait que ce calendrier n'a pas été adopté d'une manière imiforme dans toute l'Europe, et que notamment les pays protestants d'Allemagne ont conservé le calendrier julien jusqu'au 18 février 1700. Pour les lettres le titre a été remplacé par l'indication du destinataire. On a donné un titre aux pièces qui n'en portaient point. La transcription des textes a respecté toutes les particularités orthographiques du manuscrit original. Les analyses, réduites au minimum pour les pièces imprimées dans des éditions facilement accessibles, ont été étendues davantage pour les pièces inédites. On a complété les cotes des collections lorsqu'elles manquaient de précision. Enfin, un index très soigneusement établi par MM. Ritter et Kabitz a permis de retrouver les imprimés.

L'emploi de signes uniformes, crochets, parenthèses, abréviations diverses adoptées de concert, a rendu plus facile la comparaison des diverses (irhes établies de la sorte.

B. Ce premier travail est tout à fait insuffisant pour la fixation de l'ordre chronologique. 11 doit se compléter d'une foule de rech<î relies auxiliaires parfois très compliquées et très délicates; et les fiches, outre les indications essentielles qui figureront au catalogue imprimé , ont été chargées d'une multitude d'autres renseignements, dont la plupart ne laissent aucune trace dans la rédaction définitive.

SAYANTS. 49

HtPHIHtail, MâTIO^ALB.

Il a fallu d*abord déterminer avec précision, pour chaque pièce datée , le style de la date. Il a fallu déterminer de quelle sorte est la pièce, quelle en est la qualité ou , suivant l'expression des Allemands , la catégorie formelle. U a fallu faire les analyses de telle sorte qu'elles ne retiennent que les données vraiment essentielles , et noter aussi cependant les particularités multiples qui permettent de fixer les dates. Enfin , il a fallu recueillir les indices de toute sorte, parfois imperceptibles au premier abord, qui peuvent servir à déterminer la chronologie. En même temps que les fiches se surchargeaient ainsi d'indications nouvelles, il fallait donc constituer tout un système d'index où seraient enregistrés tous les éléments nécessaires à la classification. De plus, la manipulation de telles masses de papier (nous avons en tout un peu plus de 7^,000 fiches) présentait des difficultés diverses, et il a fallu imaginer, pour la rendre plus facile, toute une série de mécanismes auxiliaires.

Correction des dates, — Lorsqu'une date se trouve inscrite sur une pièce, la première question qui se pose est celle de savoir dans quel style cette date a été écrite. Il se trouve que Leibniz a vécu tour à tour dans des pays catholiques et dans des pays protestants. Il a assisté à la réforme de lyoo, à l'introduction en Allemagne du nouveau calendrier grégorien. Ses correspondants habitent les pays les plus divers et datent leurs lettres dans des styles différents. Comment savoir quel est le système chronologique adopté pour chaque pièce , comment effectuer la réduction au calendrier grégorien réformé? Par exemple, de 1669 à 1671, nous trouvons Leibniz tour à tour à Francfort et à Mayence. A-t-il conservé à Francfort le style catholique? Il y a là une série de questions d'espèce, souvent très délicates, et que le rapprochement d'une série de pièces contemporaines, Tétude des « interférences » et des « croisements » qui se produisent forcément, permettent seuls d(i ré>soudre sans trop de risques d'erreur. Il faut surtout, par la comparaison des divers manuscrits d'un même auteur, déterminer les habitudes de cet auteur. Les uns se conforment simplement au style du pays où ils vivent D'autres conservent le style de leur pays d'origine. Quelques-uns, par politesse, adoptent le style de leur correspondant. Des soins particuliers ont été apportés à ce travail critique et , dans tous les cas , pour permettre un contrôle toujours nécessaire, on a maintenu, à côté de la date corrigée, la date originale du manuscrit.

Nature des pièces. — 11 paraît simple, au premier abord, de donner à une pièce une qualiiication appropriée : projet, brouillon, copie, extrait, etc. Et la chose est facile, semble-t-il, pour les œuvres de la plupart

des écrivains. D en est autrement pour les œuvres de Leibniz. I^e choix d'une qualification convenable pour une pièce déterminée est rendu difficile par la multitude innombrable des expressions de la pensée de Leibniz. Dans une œuvre aussi vaste, comment retrouver tous les états successifs d une même pièce , dont le hasard a pu disperser les fragments ou les ébauches diverses dans une foule de dossiers diifférents ? Comment déterminer la filiation de toutes ces ébauches , les relations qui les unissent à la forme définitive dont elles sont la préparation ? De plus , il y a dans les papiers de Leibniz des extraits très nombreux d une foule d au<« leurs de toute sorte. Comment reconnaître ces extraits? Il est arrivé à des éditeurs excellents de publier sous le nom de Leibniz de ces notes que le philosophe s'est plu à recueillir pendant ses lectures. Le plus souvent, il est vrai, Leibniz a pris soin d'indiquer qu'il s'agit de copies ou d'extraits. Les titres : a Extrait », « Copie », « Excei'ptum », « Auszug », etc., des guillemets, assez fréquemment l'indication plus ou moins complète du titre de l'ouvrage, quelquefois la référence exacte, nous avertissent. Mais d'autres fois ces indices manquent. Et il a pu nous arriver, malgré de nombreuses lectm'es , de nous tromper. En tout cas nous avons dû d'abord distinguer ces extraits, identifier, le mieux que nous avons pu , les ouvrages utilisés par Leibniz. Et il va sans dire que ces extraits seront simplement notés dans le catalogue , à la date où les correspondances permettent assez souvent d'établir que Leibniz les a faits.

A ce propos , on peut remarquer que la simple liste de ces références suffit à prouver que Leibniz doit beaucoup à quelques-uns de ses contemporains ou de ses devanciers, qu'ime bonne partie de son œuvre, surtout en droit, en politique et en médecine, est compilée de toutes mains. Même certains traités dassiques, les Nouveaux Essais et la Théodicée, par exemple, sont pleins d'emprunts de ce genre, inconscients ou volontaires. Au surplus , il n'y a rien là qui doive nous étonner, et Ton ne saurait s'indigner de trouver chez Leibniz un procédé courant au XVII* siècle; on sait que les jurisconsultes dont Leibniz fut d'abord l'élève, même les plus grands, Grotius ou Pufendorf, n'en ont guère connu d'autre. L'étendue des recherches nécessaires pour identifier tous ces ex* traits retardera la publication du catalogue des manuscrits. Elles sont moins considérables pour la correspondance. Et c'est encore une des raisons qui nous déterminent à achever d'abord cette partie du catalogue.

Le choix des pièces qui doivent figurer dans le catalogue de la correspondance soulève des difficultés d'un autre ordre. Un très grand nombre de pièces, sans mériter, à {H*opr^nent parier, le titre de lettres, se ratta-

chent à la correspondance. Leibniz, pourrait-on dire, a exercé surtout son activité par lettres. Le nombre des traités qu'il a publiés lui-même est limité. Si Ton en excepte les Nouveaux Essais et la Théodicée, œuvres populaires et destinées au grand public, et aussi les compilations historiques, telles que les Annales ou les Scriptores reram Branswicensium, Leibniz n a pas publié un seul traité d un caractère vraiment scientifique. Ses ouvrages scientifiques , le grand traité de métaphysique et de logique qu'il méditait vers 1677 après la lecture des œuvres posthumes de Spinoza, le traité de Droit naturel auquel il a travaillé toute sa vie, sans parvenir à lachever, les Principes des mathématiques et de la géométrie , quil conçut à Paris et qui loccupaient encore à la veille de sa mort, nont jamais été achevés. La destinée qui l'obligea, pour vivre, à se multiplier en tous sens, tour à tour avocat et procédurier, négociateur malheureux, diplomate, ingénieur, chef d'industrie, médecin ou apothicaire, pamphlétaire, amuseur de la cour de Hano\Te, un goût extrême des hautes relations, un penchant pour l'intrigue, les entreprises, les voyages , les distractions de toute sorte , l'empêchèrent de jamais réaliser ces vastes projets scientifiques, dont les ébauches, cent fois reprises et cent fois abandonnées, remplissent les cartons de Hanovre. Mais, à côté de ces œuvres de longue haleine, il y a une foule de dissertations, de mémoires, généralement courts, achevés à la hâte entre deux voyages ou deux négociations , et dont beaucoup ont été publiés ou « communiqués » , ce qui , selon les habitudes du xvii* siècle , revient à peu près au même. On n'y peut guère voir des « œuvres » au sens moderne du mot. Chacun de ces mémoires est destiné d'abord à la demi-publicité qui résulte de la lecture en commun dans un cercle d'hommes compétents, de la controverse discrète, à laquelle, seuls, participent quelques initiés. Quelques-uns sont assez étendus, par exemple la Dynamique; d'autres sont des pamphlets ou des mémoires politiques, destinés à exercer, à un moment déterminé, une certaine influence; la plupart traitent, assez brièvement , de sujets scientifiques ou philosophiques. Leibniz , par eux , « prend date » , s'assure la priorité dans l'énoncé d'une découverte , d'un problème , d'une solution métaphysique ou mathématique. Beaucoup d'entre ces mémoires ont été publiés , par la suite, ici même , dans le Jowimal des Sçavans, dans les Acta Eruditoram ou dans les Noavelles de la Répahliqne des Lettres. Mais ils ne furent, le plus souvent, communiqués au public que sur la demande des correspondants auxquels ils étaient destinés. Ce sont vraiment des annexes des lettres, dans lesquelles, parfois, ils s'intercalent. Ils figureront donc, dans le catalogue, à leur place véritable, à côté des lettres qui en fournissent le meilleur commentaire. La

plus grande part des pièces contenues dans les manuscrits politiques rentrent dans cette catégorie. Il en est de même pour un grand nombre de petits mémoires de mathématiques ou de logique. L'étendue du catalogue de la correspondance se trouve ainsi dépasser de beaucoup celle du catalogue des manuscrits.

Mais les problèmes les plus délicats se rapportent à la distinction des « projets » et * brouillons » relatifs à une pièce donnée. Leibniz a employé des procédés de composition tout à fait particuliers et, au premier abord , déconcertants. II semble qu il ait été incapable de penser autrement qu'en écrivant. Ainsi s explique la prodigieuse abondance de ses manuscrits. 11 a rédigé pour chacun de ses travaux, lettres, mémoires, œuvres, de très nombreux projets. Il a multiplié les brouillons, et Ion peut citer telle pièce pour laquelle il existe dix ou douze brouillons ou projets. Même , chose curieuse , quelques-uns de ces brouillons ne diffèrent que par des détails minimes. D'autres fois , il est arrivé à Leibniz de reprendre, après de longues années, des sujets quil avait déjà traités, et de retrouver presque textuellement les formules dont il s'était primitivement servi.

Enfin, aux brouillons il faut ajouter ce que M. Couturat a nommé ingénieusement «les coupons». En effet, on peut présenter, ainsi qu'il suit, de manière schématique, le procédé de travail de Leibniz. Il commence par lire , par lire énormément, d'une manière prodigieuse et de tout. Son érudition est effrayante. On peut admettre, en gros, quil a connu toute la littérature de son temps. De ces lectures il fait des analyses, des extraits. Mais, à l'occasion de ces analyses ou de ces extraits, au cours de la lecture, les objections, les idées personnelles surgissent en foule. Leibniz les note à la hâte, entre les lignes de son analyse, ou bien, en Ire crochets, après chaque phrase qu'il recopie. D'autres fois, il les inscrit à la marge même de ses livres, dont plusieurs , heureusement conservés à Hanovre, portent ainsi le témoignage de son infatigable activité. Puis, il médite : une idée lui vient; il la note aussitôt sur un petit bout de papier, enveloppe, fragment de lettre, coin arraché d'une feuille plus grande. Il la note , d'une écriture serrée , illisible parfois , si fine et si dense , qu'il faut la loupe pour la déchiffrer. Plus tard , retrouvant ce « coupon », il entreprend d'utiliser l'idée qu'il a fixée ainsi au moment où elle se présentait à lui. Il plie en deux une feuille in- /i'' ou in-folio, et il y écrit, d'un trait, un premier développement encore très condensé. L'idée initiale en évoque une foule d'autres; un système se forme, juxtaposition d'idées distinctes et pourtant connexes, plutôt que développement, au sens classique du mot. Le travail est encore trop bref, trop sec. Les transi

lions manquent. Leibniz les ajoute en marge, avec d autres observations nouvelles. Le papier devient trop étroit. L'écriture, large et nette au début, se fait toute petite; elle court entre les lignes de la rédaction primitive. Elle se glisse dans tous les coins disponibles. Des lignes enchevêtrées en tous sens marquent la place des renvois. Quand le manuscrit devient décidément illisible, Leibniz se décide à recopier le tout. Et le nouveau projet devient un nouveau canevas qui va être, à son tour, brodé et enrichi jusqu'à ce quune seconde copie devienne nécessaire. Et ainsi de suite indéfiniment. Tel mémoire qui, dans sa forme achevée a 5o pages in-folio, est sorti dun coupon de i5 lignes. Et, pendant chacune de ces rédactions successives, Leibniz na guère fait que des additions. Quand il lui arrive d'effacer un développement, c'est pour récrire de nouveau, pour polir le style, fembdlir de métaphores, trop souvent, comme on le peut voir aux travaux préparatoires des Noaveanx Essais et de la Théodicée, pour laffaiblir et l'édulcorer. Toutes les œuvrer de Leibniz sont nées par ce procédé de cristallisations successives autour d'un noyau primitivement très réduit.

On comprend que, dans ces conditions, la classification et la qualification des pièces soient difficiles. Les termes t brouillon » et « copie » n'ont pas un sens précis , puisque chaque copie devient, à son tour, un brouillon par rapport à la copie suivante. Nous avons dû adopter une terminologie assez compliquée ; il a fallu chercher des formules suffisamment précises pour ne pas prêter à l'équivoque, suffisamment larges pour s'adapter à tous les cas particuliers. La question se complique encore, en effet, si l'on songe que, souvent, il n'y a pas de forme définitive d'une pièce, mais seulement des projets variés que Leibniz n'a jamais eu le temps de mener à leur complète perfection. En conséquence, le mot « projet » nous a paru le terme générique le plus convensd)le pour caractériser tous ces états successifs et imparfaits d'une pièce qui n'atteint point sa perfection définitive. Ces projets eux-mêmes ont pu, le plus souvent, être classés les uns par rapport aux autres, suivant les rdations logiques et chronologiques qui les unissent. D'autres fois, nous avons trouvé des copies complètes , des rédactions achevées , qui nous ont semblé êti*e le terme de tous les projets antérieurs. Ce seront « par exemple, les mémoires mis au net et prêts à être communiqués, les manuscrits établis pour l'impression, les copies de lettres. Dans ce cas, les projets sont véritablement des « brouillons » qui expliquent et préparent la forme définitive, conununiquée, imprimée, ou destinée à la communication.

Chaque pièce devait donc être considérée dans ses rapports avec les pièces vobines qui l'expliquent, et toute une série de comparaisons

minutieases ont été nécessaires pour déterminer seulement la rubrique sous laquelle chacune d elles doit fig\u*er dans le catalogue. La nomenclature conventionnelle que nous avons imaginée pour distinguer ces diverses étapes du travail de Leibniz a servi seulement à fixer les idées, à faciliter les comparaisons.

Dans tous ces cas, nous avons admis que la forme communiquée ou publiée est' la forme principale, autour de laquelle les brouillons ou les projets et les copies corrigées viennent se grouper. Nous verrons encore, plus loin, que cette classification des différents états dune pièce pose, en ce qui touche Tordre chronologique, une série de problèmes parfois très délicats.

Analyse des pièces. — La rédaction des analyses est particulièrement difficile. En principe , nos analyses ne doivent donner, pour chaque pièce, que Tessentiel. Mais, précisément en raison même des procédés de travail de Leibniz, l'essentiel est souvent impossible à découvrir. La même lettre, le même mémoire contiennent une multitude de détails de toute sorte, sans qu'il soit possible, le plus souvent, de découvrir l'idée générale autour de laquelle tous ces détails s'ordonnent. On est forcé , semblet-il, de faire un choix, toujours arbitraire; car des analyses qui suivraient le texte pas à pas seraient nécessairement très étendues et , par là même, obscures. De plus, il y a telle pièce oii l'expression est si concentrée, si concise, qu'on ne peut en donner une idée sans la reproduire presque en entier.

Cependant , après divers essais , nous avons cru trouver une méthode qui permet d éviter ces dangers.

D'abord, nous avons admis, naturellement, que le catalogue , étant un catalogue des manuscrits de Leibniz et de Leibniz seul, ne doit faire connaître les œuvres de ses correspondants que dans la mesure où elles ont suscité des travaux de Leibniz. Une l'oule d'analyses sont ainsi , dans le catalogue imprimé, réduites au minimum. De plus, à côté des idées, qui forment le fonds solide et la contexture de chaque pièce, il y « toutes les noavelles littéraires, tous les faits divers scientifiques que la curiosité de Leibniz ou de ses correspondants a soigneusement relevés. Tout cela (nous le verrons dans un instant) n'a d'utilité que pour le travail Irè^ spécial du classement chronologique. La philosophie et même l'histoire n'ont cpie faire de ces gazettes épistolaires qui remplacent, comme on le sait, au xvii* siècle, les journaux trop rares ou paraissant à de longs intervalles. Tout cda doit disparaître d«s analyses, sous peine de les alourdir et de les encombrer à l'excès.

Malgré ces éliminations successives, nous restons cependant en présence dune niasse très considérable de dociunents, qui contiennent tous des idées personnelles de Leibniz. Cependant, pour une partie de ces documents, notre tâche se trouve simplifiée par le fait qu'il existe des éditions suffisamment correctes de ces pièces. Dans le cas où une pièce est éditée dans ime édition accessible, nous avons pris le parti de supprimer entièrement les analyses, ou bien, lorsque cela était utile, pour assurer dans le catalogue Ja continuité du développement, nous avons cru pouvoir nous limiter à des indications très brèves.

Mais le plus grand nombre des manuscrits, surtout pour la correspondance, est inédit ou bien n'a été publié que dans des éditions anciennes, dont il est parfois très difficile de trouver des exemplaires. Dans ces deux cas , les analyses doivent être assez complètes , et renseigner avec précision sur Tobjet essentiel de chaque pièce. Comment le déterminer?

Ce choix est rendu possible, dans des conditions d objectivité suffisante, précisément par l'innombrable multitude des expressions de la pensée de Leibniz. Dans une œuvre aussi vaste, aussi touffiie, les répétitions sont fréquentes. Il arrive souvent, même lorsqu'il ne s'agit pas de répliques textuelles dune seule pièce, que ces répétitions soient à peu identiques les unes aux autres. Dans ce cas, lorsqu'il n'y a pas, dans une pièce, une idée maîtresse aisément saisissable, nous avons considéré comme cat^actéristique l'idée nouvelle que cette pièce apporte el qui ne se trouvait contenue dans aucime des pièces antérieures. Et le résumé d'un développement déterminé a été donné à l'occasion de la pièce dans laquelle il apparaît pour la première fois. Pour les répétitions diverses qu'on en peut trouver par la suite, un renvoi à la pièce primitive suffit, n peut arriver, de la sorte, que le contenu d'un manuscrit très étendu soit donné en quelques mots, lorsque ce manuscrit a de nombreuses parties communes avec d'autres œuvres analysées antérieurement. D va sans dire que toute modification appréciable serait notée, et qu'on a renoncé à ce système de renvois toutes les fois qu'en multipliant par trop les références il pourrait nuire à la clarté.

On a cherché à faire des analyses à la fois brèves et très précises , à conserver le mieux possible à chacune d'elles la couleur et la forme même de l'original. Dans la partie mathématique la chose était facile : il a suffi de reproduire, avec leur traduction en langage moderne, les formules et les transformations principales que Leibniz avait utilisées. Pour les autres pièces, on a dû, suivant les cas, adopter des solutions

<liverses. Tantôt on a simplement résumé , tantôt on a emprunté à Leibniz lui-même le résumé. Mais toujours on a tâché de conserver, dans les analyses, les mots les plus caractéristiques du texte original.

Liste des éditions. — On a tâché de la donner aussi complète que possible. Le nombre des éditions partielles de Leibniz est fort considérable. On en peut compter plusieurs centaines. MM. Ritter et Kabitz ont dressé , sur fiches , dès le début du travail , une liste des imprimés , qui contient Ténumération de toutes les éditions modernes, il s'en faut que cette liste soit complète pour les éditions anciennes. Leibniz a publié un grand nombre d'écrits anonymes. Il a utilisé divers pseudonymes. Il a dispersé dans les journaux, sans les signer, des comptes rendus d'une foule de livres. Enfin, quelques-unes de ses œuvres ont paru sans son aveu, quelquefois à son insu, dans des éditions diverses. Tels sont surtout les ouvrages de jeunesse, la Methodas nova discendiw docendaeque jurispradentiae, et YHypothesis physica nova, dont un certain Rautner publiait en 1682 une traduction allemande. Nous avons essayé d'être aussi complets que possible sans pouvoir assurer cependant que notre liste des imprimés ne contient aucune lacime.

C. Chacune des fiches étant ainsi rédigée, comment faire le classement chronologique ? Il est clair que les indications qui viennent d'être énumérées ne suffisent pas à déterminer la date d'une pièce. H est évident aussi qu'un grand nombre de pièc(»s ne peuvent être datées d'une manière absolument précise, même à l'aide des recherches les plus consciencieuses. Quelles sont les méthodes auxiliaires qui peuvent, à un tel travail, donner le plus d'exactitude et de rigueur? Ce problème ne prend toute son importance qu'en ce qui touche les manuscrits. La solution en est relativement facile pour les lettres, surtout lorsque les lettres non datées font partie d'une correspondance qui contient un grand nombre de lettres datées. Les chances d'erreur ne deviennent nombreuses que s'il s'agit d'une lettre isolée dont l'auteur ou le destinataire sont inconnus. Mais de telles lettres sont assez rares et, au surplus, elles n'ont guère d'importance, le plus souvent. Il en va autrement pour les manuscrits : beaucoup d'entre eux ne peuvent être datés que par une étude attentive de leur contenu et de leurs caractères extérieurs , écriture , papier, etc. Mais cette étude ne peut être poursuivie directement aux archiver, en présence des papiers eux-mêmes. Il est matériellement impossible de comparer entre eux tous les papiers. La disposition des archives et les règlements administratifs excluent ces comparaisons que, du reste, le nombre seul des documents rendrait

SAVANTS. bo

VtfllIIICIilt. <IATIO<lâtK.

^usoires. 11 a donc fallu agencer les fiches de manière à rendre les comparaisons possibles.

Le procédé le plus commode eût été évidemment de copier d'abord tous les manuscrits. Mais ce travail eût été infiniment trop long , et souvent inutile. U a donc fallu nous contenter de copies partielles ou de larges extraits. Pour chaque pièce nous avons substitué sur nos fiches, aux analyses toujours incolores, des copies de tous les passages impor^ tants des pièces, parfois des copies complètes pour les pièces particulièrement intéressantes ou délicates. L'expérience nous a montré (fu'il faut renoncer à se fier à la mémoire dans des travaux de ce genre, et que toute indication qui n est point notée immédiatement est une indication perdue. Comme ces copies ne doivent servir que pour le classement chronologique et la rédaction des analyses, nous avons employé des abréviations et, quand cela était possible, la sténographie. A défaut de copie complète, nous avons toujours relevé tous les noms propres, les titres de livres , les dates citées , les allusions à des événements historiques , toutes les particvdarités capables de guider pour le classement chronologique. Naturellement , ces indications ont été recueillies pour toutes les pièces datées ou non , puisque f étude des pièces datées peut seule aider à déterminer la date de celles qui ne le sont pas. Bref, nous avons cherché à conserver, du contenu de chaque pièce, une image aussi fidèle que possible , et nous avons éliminé tout ce qui pouvait être interprétation personnelle.

Les caractères extérieurs d'une pièce ne sont pas moins impoitants. Les écritures et les papiers ont dû faire l'objet d'études spéciales.

L'étude des écritures était nécessaire. L'écriture de Leibniz a évolué jusque vers 1676, date à laquelle elle se fixe, semble-t-il, définitivement. Mais les manuscrits de la première période se laissent asse« facilement reconnaître. L'écritui^ de Leibniz a été en se simplifiant, en s'appauvrisr sant des ornements auxquels elle condescendait d'abord. EUle a réduit chaque lettre au minimum de lignes indispensables pour lui conserver toute sa netteté. 11 est donc utile de considérer lecriture d'un manuscrit de Leibniz , pour en déterminer la date. A plus forte raison est-il nécessaire de connaître les écritures des secrétaires qu'il a successivement employés. C'est le seul moyen de dater beaucoup de pièces que Leibniz leuia confiées . et pour lesquelles les autres indices font défaut. Enfin , les lettres anonymes sont assez nombreuses. L'examen des écritures a permis, souvent, par comparaison avec d'autres pièces signées, de les identifier.

Mais pour rendre possibles de telles comparaisons , il était nécessaire

de garder une trace de chacune des écritui'es que nous avons successivemejit rencontrées. Nous avons donc reproduit par décalque — les procédés photographiques eussent été trop coûteux — la plupart des écritures ; nous avons classé ces décalques par ordre alphabétique de noms d'auteurs; une place spéciale a été réservée aux écritures inconnues, que nous avons pu ainsi comparer avec les écritures que nous connaissions. Ces décalques, forcément assez imparfaits, nont servi, du reste, que de moyen mnémotechnique. Ds nous permettent de retrouver le souvenir visuel trop vite aboli et de nous reporter au manuscrit qu'ils reproduisent. Chaque décalque porte naturellement Tindication de la cote du manuscrit dont il conserve la trace. Et inversement chaque fiche mentionne le numéro de récriture correspondante dans notre collection de décalques.

Un travail analogue a dû être fait pour les filigranes. Les papiers du xvii' siècle portent presque tous des filigranes. Ces filigranes dérivent de certains types dont les formes primitives ont apparu de bonne heure, dès les débuts de la fabrication du papier, en Italie, en Hollande et en France. Tels sont, pour la France, les papiers célèbres à la coquille et au poulet, et le papier au raisin. Tels sont, plus tard, en Allemagne, les papiers ornés de Taigle bicéphale ou de Taigle prussien. Il est vrai que la plupart des marques italiennes ou françaises , les meilleures par la qualité, ont été imitées un peu partout. Mais il s en faut que les imitations assez grossières qui en furent faites, surtout en Allemagne, égalent en perfection les modèles. On peut donc asseï souvent déterminer avec précision la provenance d'un papier, et dénombrer les variations d un même modèle; certains modèles ne se rencontrent seulement qu'en tel ou tel endroit déterminé, à Cassel ou à Leipzig, par exemple, et même pendant une période assez courte. Tel est le papier que nous avons nommé papier à la rosette, que l'on trouve seulement à Hanovre depuis 1677 jusque vers 1 68 1 . Assurément le fait qu'une pièce a été écrite sur un papier déterminé ne suffit point à la dater. Mais il peut fournir un indice important, qu'il faudra seulement contrôler à l'aide de toutes les autres ressources dont nous pouvons disposer. D y a des papiers que l'on trouve seulement à Paris. D'autres n'ont été employés qu'en Italie. L'expérience nous a appris aussi à reconnaître à leur couleur, à leur grain , à la direction des lignes d'eau , à une foule d'autres indices , un certain nombre de papiers. Ces filigranes , décalqués par transparence , ont été classés selon la nature des motifs qu'ils représentent , selon une classification zoologique et botanique, im peu fantaisiste mais commode, qui nous permet de retrouver facilement un de nos 700 ou doo décalques. Chaque espèce , ainsi

388 ALBERT RïVAUD.

distinguée et classée , a reçu un numéro , qui a été transcrit sur les fiches des pièces écrites sur ce papier. Et à côté du décalque lui-même, préalablement collé sur une feuille in-folio , on a relevé les numéros et les dates de toutes les pièces écrites sur un papier marqué de ce filigrane. Nous ayons ainsi appliqué , pour la première fois , d une manière systématique, un procédé dont MM. Molinier et Briquet avaient depuis longtemps signalé Timportance.

D. Le matériel étant supposé complet et soigneusement contrôlé par une double revision , il s'agit de le mettre en œuvre. Les premières difficultés ont été provoquées par la manipulation même des fiches , chacun de nous devant en utiliser un dossier de i 2,000 à 20,000. Il semble au premier abord impossible, si Ion déplace une fiche, de la retrouver sans perdre un temps très long. De plus, nous devons être sûrs, à chaque instant, qu'aucune fiche ne manque, que le matériel est au complet. Nous avons dû constituer, pour résoudre ces deux questions, un triple système de listes.

Une première série de listes a été dressée pour nous assurer que tous les manuscrits avaient été eflFectivement dépouillés. Pour chacun des dossiers des Archives, une fiche porte le titre et la date des pièces contenues dans ce dossier, les numéros des feuillets dans la collection , et, en regard, les numéros de nos fiches. Un pointage attentif nous garantit qu'aucune pièce, pas même le coupon le plus minime, n'a pu nous échapper.

Une deuxième série de listes répond au problème suivant : étant donnée une correspondance , compter toutes les lettres qu'elle comprend et déterminer leur succession. En effet, nous avons été amenés a établir des fiches , non seulement pour les pièces qui se trouvent effectivement contenues dans les dépôts que nous avons explorés, mais aussi pour celles qui sont simplement citées dans d'autres pièces existantes. Ces fiches de lettres ou de pièces citées sont fort nombreuses, en ce qui touche la correspondance. On a noté, à la plume, du côté gauche d'une fiche in-folio , toutes les lettres qui existent dans les dépôts d'archives , chacune avec sa date et son numéro d'ordre ; du côté droit et en regard on a inscrit au crayon les dates des lettres citées, de manière à pouvoir, d'un coup d'œil, suivre tout le développement d'une correspondance. Cette deuxième sorte de liste nous sert à identifier les lettres citées dans d'autres lettres, et que nous avons pu décom^rir dans un dépôt d'archives.

Enfin , la troisième sorte de listes répond au problème le plus important : retrouver une pièce quand elle a été déplacée, c'est-à-dire, étant

LE CATALOGUE DES OEUVi\ES DE LEJBMZ. 389

donnée une pièce, retrouver sa date, ou, étant donnée une date, découvrir entre des milliers de fiches la fiche correspondante. Toutes les fiches sont numérotées. Nous avons admis que jamais le numéro dune fiche ne doit être changé, même si la fiche, pour des raisons chronologiques, est déplacée. Les remaniements successifs apportés au classement chronologique ne nous ont pas empêchés de laisser toujours aux fiches leurs numéros primitifs. Nous avons simplement imprimé par ordre tous ces numéros sur de grandes feuilles de papier. Et, audessous de chaque numéro, nous avons transcrit, au crayon, la date correspondante. Si nous sommes amenés à changer cette date, il suffît d^effacer la date primitive et d'écrire la date nouvelle. Une liste inverse, dates imprimées (sauf le quantième qui est écrit au crayon) et numéros inscrits au crayon, permet de passer des dates, rangées par ordre chronologique, aux numéros. Cette deuxième liste s*est trouvée inutile, du reste, pour les correspondances, dans le classement desquelles les remaniements importants sont assez rares.

Grâce a ces diverses listes, nous avons pu procéder utilement à la comparaison des fiches et au contrôle des dates.

E. Il n était pas moins nécessaire, pour le classement chronologique, de posséder des Index complets. Ces index doivent nous permettre de nous reporter à chaque instant d'une fiche à une autre , de comparer les divers extraits que nous avons faits, de passer des manuscrits aux ouvrages imprimés. De ces index les uns ont été composés avec les manu scrits eux-mêmes. Nous avons extrait de nos fiches tous les noms propres, tous les termes techniques , toutes les formules caractéristiques , qui ont été rangés par ordre alphabétique, sur des fiches appropriées. D'autres index , plus considérables encore , nous ont ser\-i à relever dans la littérature du xvii* siècle, dans les ouvrages antérieurs, tout ce qui, de près, ou de loin , pouvait nous aider dans notre travail chronologique. Nous avons ainsi composé plusieurs systèmes d'index, dont quelques-uns, disposés par ordre chronologique, renvoient des dates aux noms.

Albert RIVAUD.

(Lafn à un prochain cahier.)

Karl VVbssely. Topographie des Faijam (Arsinoites Nomus), in griechischer ZeiL Denkschriften der R. Akademie der Wissenschaften in Wien, t. L, in -4". — Vienne, in Kommission bei Gerald Sohn, igoA.

Recueillir dans les textes les noms de toutes les localités connues du Fayoam , les reporter sur la carte , classer tons les renseignements relatifs à ces localités de manière à les rendre faciles à utiliser pour tous ceux (jui s'occupent de rËgypte grecque, romaine et byzantine, tel est Tobjet du mémoire de M. K. Wessely. Il ne s'agit donc pas de topographie faite sur le terrain. On peut même noter comme un fait caractéristique que pas une seule fois, dans cet in-A" de 182 pages, le travail capital du major Brown : The Fayoam and Lake Mœris, n'est cité. Si la structure physique de la province n'est pas ignorée , elle n'est jamais ou presque jamais invoquée à l'appui d'une identiiication de ville ou de village. A peu près tous les arguments sont tirés des documents écrits. M. Wessely n'a donc pas voulu refaire en la complétant l'esquisse géographique qui se trouve en introduction aux Fayâm Towns de Grenfell et Hunt; son travail n'est sans doute qu'un travail préparatoire, mais qui devait être fait. D'ailleurs les textes ont été étudiés avec tant de pénétration et de soin que, même ainsi limitées, ses recherches n'en ont pas moins apporté un assez bon nombre de nouveautés. L'ouvrage se compose de deux parties. La seconde, la plus considérable, échappe à notre analyse forcément un peu sommaire; c'est une sort%de lexique où les noms de lieux sont rangés par ordre alphabétique et où , pour chacun , sont rassemblés les textes cpi peuvent éclairer sur sa situation et son importance. Dans la première partie, après avoir énuméré ses sources et défini la méthode, Tauleur réunit les conclusions générales qui se dégagent de cet immense ensemble de documents et décide de deux ou trois questions qui , par leur importance, méritaient d'être traitées à part.

Pour ce qui est de la méthode, il est clair qu'il fallait d'abord trouver des points de départ bien déterminés. Les fouilles, surtout celles des Anglais, ont fixé d'une manière certaine l'emplacement de plusieurs villages sur tout le pom'tour du Fayoum; mais, dès qu'on quitte les limites du désert pour entrer dans les terres cultivées, où la vie en se perpétuant a détruit tous les restes antiques, la difiBculté commence. M. Wessely a cherché quelque certitude en s'efforçant, pour le plus grand nombre de lieux possible, de suivre la tradition, depuis les textes grecs jusqu'à nos jours, à travers les documents coptes et arabes. Mais, d'abord, cette tradition n'est pas sans lacunes : du viT au xii* siècle, par exemple, nous n'avons pas d'autres documents que la masse des papyrus arabes, en grande partie inédits, ou non encore étudiés. De plus , si précises que soient les régies phonétiques qui président au passage d'un mot grec .i un mot arabe , il n'en est pas moins vrai qu'il y a tant d'homonymes ou de mots voisins de son , que les conclusions auxquelles on peut arriver ens'appuyantsur des arguments de l'ordre étymologique sont évidemment plus contestables que les données des fouilles. On peut encore avoir recours aux renseignements topographiques donnés ou suggérés par les textes. Certaines listes géographiques, en particulier, sont précieuses. La collection Rainer en possède plusieurs inédites que Ai. K. Wessely a pu mettre à profit. Quand le résultat de ce travail concorde avec une identification étymologique, la probabilité est assez grande (voir

par exemple p. 9 l'identification de Pisaëi et Abshàjet-er-Rinnmân). Trop souvent pourtant cette concordance fait défaut. Dès iors, même si le village identifié parait assez bien connu par tontes sortes de circonstances secondaires , la conclusion reste quelque peu douteuse. C'est, à mon avis, le cas pour les identités comme Ker- Kéosiris = Gharaq, Ibiôn = Medinet-Màdi. Quoi qu'il en soit, et pourvu qu'on ne perde pas de vue ces nuances, la méthode est inattaquable. C'est, je crois, la première fois qu'elle est appliquée avec tant de suite et de minutie. M. Wessely a pu profiter, en leur rendant justice, des travaux qui ont mis à la portée de tous certains documents arabes du moyen âge, comme le Kitàb Târikk Al-Fayyoùm , d'An- Nabonlsi, ai bien étudié par G. Salmon.

Quant aux problèmes abordés et souvent résolus dcuis cette introduction , ce sont des questions depuis longtemps pendantes. Sur le tracé des limites des trois merides du nome, les conclusions de M. Wessely sont, en somme, celles de Grenfell et de Hunt, et il faut dire que, dans lensemble, tout son travail confirme les résultats établis par les deux savants anglais, qui sont vraiment les fondateurs de la topographie du Fayoum gréco-romain.

La question du nome Théodosioupolite reçoit , si je ne me trompe , pour la première fois, une réponse à peu près certaine. M. Wessely montre, d'après les textes, que ce nome doit avoir occupé à peu près Teinplacement de l'ancienne meris de Polémon. Ce que M. Wessely appelle la question du Mœris n'est pas, comme on le pourrait croire , le problème qui se rattache à remplacement et à 1 histoire du lac célèbre de ce nom. H parait admettre sans discussion la théorie de Brown , Hogarth , Grenfell et Hunt ; le lac Mœris , à l'époque gréco-romaine , ne serait autre chose que le Birket-el-Qaroùn. C'est, je crois, l'évidence même. Mais je crois aussi que le Birket-el«Qaroùn n'était pas l'unique témoin qui restât de l'immense nappe d'eau sur laquelle les rois grecs avaient conquis la plus grande partie du nome Arsinoïte. Dans le bassin de Gharaq, en particulier, il devait y avoir un autre lac, et les textes mentionnent un cdyt^ùj&ç dans les environs de Magdola , comme dans les environs de Soknopaiou Nesos ou de Bakkhias. M. Wessely n'en parle pas; le Mopris est ici le canal de ce nom qu'un papyrus de Vienne et un papyrus de Strasbourg nous ont fait connaitre. Comme Grenfell et Hunt, M. Wessely l'identifie avec le Bahr Ouardàn; mais il admet un second Mœris, qui ne serait pas autre chose que le Bahr Yousef, continué vers le Sud-Ouest par le canal dit Bakr Tanab-Tatvajk par An- Nablousi, el Baîntawah par Maqrizi, canal qui va jusquà Abou-Gandir, où il se divisait en deux , un de ses bras montant vers Qasr-Qaroùn. L'importance de ce canal, correspondant au Bahr Ouardàn, n'est pas douteuse; mais le nom de Mœris, qui lui est applicpié, reste contestable. Le fait qu'un quartier de Crocodilopolis porte ce nom me semble un argument assez faible.

C'est près du canal Mœris que les textes cités de Strasbourg et de Vienne placent la célèbre Ptolémaïs Evergétide que Grenfell et Hunt identifient avec Ptolémaïs Hormou et situent à Ei-Lahoun, tandis que M. Wessely les distingue et cherche Ptolémaïs Evergétide du côté de Haouara-el-Maqta, question qui ne sera résolue que sur le terrain. Mais à propos de cette ville, M. Wessely me semble, grâce à un rapprochement des plus féconds, faire sérieusement avancer le problème de la provenance de la fameuse inscription de Talit, qui mentionne les éphèbes et 6,^70 citoyens de Ptolémaïs. La pierre n'a certainement pas été trouvée in sita. Grenfell et Hunt avaient proposé de la rapporter â Ptolémaïs Evergétide. D'ailleurs, jusqu'alors, le texte était mal interprété (voir Chron. Pap. , II, p. 168, n. 10). M. Wessely a indiqué le sens dans lequdi il faut chercher la sokition. en rapprochant ces

6,470 citoyens de Ptolëinaïs des 6,475 citoyens d'Alexandrie , qui apparaissent dans un papyrus de Londres, où il est évident quil s agit d'un groupe de privilégiés. Dès lors , il devient vraisemblable que la Ptolémaïs de l'inscription est la seule qui soit comparable à Alexandrie, c'est-à-dire la cité de Ptolémaïs Hermou en ïhébaïde.

Quelques autres faits précis, bien mis en lumière, montrent l'intérêt de cette étude topograpbique pour l'histoire générale de l'Egypte. C'est ainsi, par exemple, que les noms de lieux en usage aux diverses périodes indiquent la prépondérance de 1 élément grec au début de la conquête , puis à partir de Tépoque romaine , et surtout du III* siècle, son absorption par l'élément indigène. C'est un fait bien connu que, dans l'Egypte moderne, les noms géographiques rappellent plus souvent les anciens noms ^|yptiens que les noms grecs. L'appauvrissement et, pour ainsi dire, l'amaigrissement du Fayoum dans les derniers siècles de l'Empire se marque aussi

Sar l'oubli où tombent, à partir du m* siècle, certains villages du pourtour. [. Wessely parle d'une catastrophe qui aurait laissé désertes toutes les K&^acu du Nord du Fayoum. Le mot, du moins en français, éveille l'idée d'un accident trop brusque. On a l'impression — et pour Théadelphie et les bourgs voisins la certitude — que ces villages ont lentement agonisé. Quelques-uns traînent une misérable existence , au moins jusqu'au milieu du iv* siècle , ainsi qu'il est exposé dans la préface des Fayum Towns.

En résumé, le livre de M. Wessely constitue un instrument de travail indispensable. Sans doute on peut faire des corrections de détail (par exemple, à propos du village de Philopator, je ne trouve pas l'important Papyrus du Caire 10271 publié dans Ardiiv,, 11, p. 81, qui semble montrer que ce village existait déjà du temps d'tivergète , et que, par conséquent, il ne doit pas son nom à Philopator). 11 faudra aussi le compléter par les publications de papyrus parues depuis (P. Magd, P. Pétrie 111, P. Florence, P. Reinach). Mais il reste la base solide de toute étude future , facile à consulter avec ses trois cartes ingénieusement combinées, son contvar-index , et la louable concision de sa rédaction.

Pierre Jouguet.

F. Baumgarten, F. Poland und R. Wagner. Die hellenische Kaltur, mit 7 farbigen Tafeln , 2 Karten und gegen 4oo Abbildungen. 1 vol. in-4°. — Leipzig, Berlin , Teubner, 1905*

Ce magnifique volume s'adresse au grand public ; mais il me parait aussi répondre à un besoin qui se fera sentir chaque jour davantage dans les établissements d'enseignement secondaire , en Allemagne et en France , à mesure que l'étude du grec y perdra, comme il faut s'y attendre, du terrain. Moins on étudiera la langue, plus on voudra tirer de la civilisation hellénique tout le profit qu'elle peut offrir pour la fonnation de l'esprit. Il y a là une conséquence nécessaire, et, par une sorte de compensation, l'antiquité, mieux connue, mieux présentée aux regards, dans des ouvrages de luxe, d'une rare perfection typographique, deviendra l'objet d'une curiosité, d'une admiration générale, tandis que les lettres grecques ne seront plus accessibles qu'à un petit nombre d'initiés. Singulière ironie des choses ! De quel prix n'aurait pas été jadis, poui' tant d'écoliers qui savaient un peu de grec, un beau livre comme celui de MM. Baumgarten, Poland et Wagner! Combien aujourd'hui, parmi les lecteurs de cette excellente puljlication , auront le sentiment d'une page d'Homère ou d'une phrase de Thucydide ? N'en remercions pas moins les auteurs de ce volume : ils ont travaillé à faire connaître , de la Grèce , tout ce que

peuvent en révéler Tarchéoiogie, Thisloire , la science des institutions et des mœurs; ils ont fait une large place au développement des œuvres littéraires et des idées morales : un pareil ouvrage est capable de ramener des partisans à l'étude plus intime, plus directe de la pensée grecque» h cette langue merveilleuse qui en a été Torgane, à cet art de composer et d'écrire dont les poètes et les prosateurs de la Grèce nous ont laissé d'incomparables modèles.

La part de M. F. Poland, dans ce vaste exposé de la civilisation helléni([ue, comprend la description du pays et des hommes, les ibrmes delà cité, les manifestations de la vie publique et privée , depuis les environs de Tan i ooo avant Jésus- Christ jusqu'à la un de la période classique (dernières années du iv' siècle avant notre ère). C'est un résumé rapide, mais complet, et d'une lecture agréable; l'auteur y met bien en relief le caractère propre des Grecs, cette vivacité, ce besoin <le mouvement et d'action , qui se marque jus(|ue dans le détail de leur existence quotidienne : le grave Romain restera volontiers spectateur des danses et des jeux célébrés autour de lui dans la salle du festin; le Grec prend part en personne aux tours d'adresse, voire aux exercices d'acrobatie, qui accompagnent le repas. M. F. Baumgarten, qui s'est réservé les beaux-arts, en a montré le développement historique , depuis la période mycénienne, avec une abondance et une exactitude qui ne laissent rien à désirer. M. R. Wagner a suivi pas à pas le progrès de la poésie et de la prose , d'Homère à Aristote. Le trait saillant et commun de ces ti*ois séries d'études me parait être la préoccupation d'exposer, sur cha(|ue point, le dernier état de la question. Les trois auteurs sont, chacun dans leur domaine, parfaitement au courant de la science, et M. R. Wagner met une sorte de coquetterie à citer les derniers fragments de Sappho et de Timothée , comme M. F. Baumgarten à parler des trouvailles les plus récentes de (^nossos et de Delphes. Cette tendance, en elle-même excellente, ne laisse pas que de présenter quelque danger dans un ouvrage de vulgarisation , où les théories nouvelles , à peine ébauchées encore, ne peuvent pas être discutées les textes à la main. Peut-être M. Wagner a-t-il versé légèrement dans ce défaut , lorscju'il a cru devoir approuver l'hypothèse qui voit dans les signes de l'écriture créloise, encore indéchiflrables, l'origine de l'alphabet phénicien (p. Sg). D'ailleurs, d'une façon générale, l'absence de renvois à des ouvrages spéciaux me semble regrettable : sans beaucoup accroître les dimensions du volume, on aurait pu, je crois, placer en tête des chapitres une courte bibliographie , et citer de temps en temps , au bas des pages , im ou deux livres essentiels. A cet égard, l'illustration, admirablement choisie, rendra plus de services que le texte même. Chaque gravure, en effet, porte avec elle l'indication du recueil d'où elle provient, et c'est là une ressoui'ce qu'apprécieront surtout les lecteurs déjà un peu initiés à la connaissance des choses grecques. En outre, une légende détaillée accompagne le plus souvent les reproductions de monuments,

Ï>lanches en couleurs ou photogravures, et ce commentaire explicatif est toujours e bienvenu, quand il s'agit des scènes complexes, d'ailleurs si instructives, que présentent généralement les vases peints. Am. Hauvbttr.

Atli del Conyresso inlernazionale di scienzc sloriche [Roma, i-9 a prit 1903). Volume IlL — Rome, Ermanno Loescher, igo6.

Nous avons analysé précédemment (1906, p. 568) les premiers volumes des Atti du Congrès international d'histoire qui s'est tenu à Rome en avril igoS. Le tome ni contient les cinquante-cinq mémoires présentés à la Section II et relatifs à l'histoire du moyen âge, à l'histoire moderne et aux méthodes historiques.

IMPaiVIMI «ATIOIIALB.

TfOM propositions d'entreprises scientificpes ont été soumises à 1 approbation de Ifli Section. M .Franeeioo Novati a demandé ia publication d'un Corpm inscriptionam ikâicarum medii aeri, M. Luigi Schiaparelli c&L» d*mi Corpws chartttram Italine et M. Ginseppe Geiy^ la création à Venise d'un musée des monuments vénitiens dispersés dans le Lerant. M. Giacomo Gorrini a insisté sur la nécessité d un accord entre les Etats pour fixer la limite chronologique jusqu'à laquelle les documents d^archives pourront être communiqués aux historiens , limite qui varie actuellement entre 1736 (Russie) et 1870 (Etats-Unis).

Les organisateurs du Congrès araient demandé que lorganisation de renseignement de rhistoire et celle des études historiques dans chacun des pays représentés foseent exposées par un délégué. D'où un groupe de mémoires , pleins d*informalions utiles, bien cpie quelques-uns soient d'une brièveté regrettable. Les rapporteurs étaient MM. Fredericx{, pour la Belgicpe; J. Blok, pour la Hollande; Cl. Gertz, pour le Danemark; A. Bresslau, pour rÂUcmagne; G. Monod et Ph. S«gnac, pour la France; R. Altamira y Crevea, pour l'Espagne ; H. Putnam, pour les Ekats-Unis; H. Hjame, pour la Suisse; i. Bryce, pour la Grande-Bretagne; B. Dembinski , pour l'Autriche , et P. Villari , pour l'Italie.

Conune il était loeique dans un Congrès siégeant à Rome, ce sont les mémoires relatifs k l'histoire de l'Italie, ou à celle des rapports entre l'Italie et les pays étrangers, qui ont été de beaucoup les plus nombreux. Voici les titres des principaux : M<^ Duchesne, La évéchés d'Italie et l'invasimi lombmrde (avec une table des évèchés an vi* siècle). — L. Schulte, La laine, cause de /« richesse èconomi^ae de VltaHe, au moyen âge. — J. Gay, Les résnltdts de la domination byzantine dans llttdie méridionale aux x' et xi* siècles, — S. Terlizzi , Les relations de Charles /"" d'Anjou avec la Toscane [1265-1285). — E. de Oienne, Des rapports de V Amenais avec VltaUe principalement aux xv" et xn* siècles. — G. Uzielli, Les déviations de fieares aax sièges de Lacques [ 1U30)^ de Pise (1509) et dcais d'autres guerres. — Demctrio Marzi, Notices «of- les manusa^its de quelques illustres familles florentines conservées dans TArchivio des marquis Torrigiani (manuscrits des i'amilles Del Nero, Minerbetti, Guadagni, Torrigiani). — C -A. de Gerbaix Sonnaz, Luigi, Ludovico ou Luis di Savoia, sire de Vaad, sénateur de Rome (1310-1312). — (^arlo Calisse, Les publications du poème sur l'expédition des Pisans anx Baléares 1 1111^-11 15). — Silvio Lippi, Les Archives et l'histoire de la Sardaigue. — Léopold Ovar^, Les rapports entre l'Italie et la Hongrie depuis le moyen âge jusqu'à nos jours. — William J.-D. Crooke, Les fondations nationales anglaises à Rome pendant le xiv* siècle.

Les mémoires relatifs à l'histoire moderne de l'Italie n'ont pas été moins importants que ceux concernant l'histoire du moyen âge. Nous citerons notamment : L. Pastor, Les bibliothèques privées, spécialement celles des familles princières à Rome (formation, accroissement ou dispersion, état actuel). — Vincenzio Epifanio, Le cardinal Sodcrini et la conjuration des frères Imperatore (conjuration qui avait pour objet de livrer la Sicile à François l" ; elle commença à se tramer en 1 5 1 7 et fut découverte en 1 523 ). — Gabriel Monod , Michelet et l'Italie. — Alessandro Gherardi , La nouvelle édition de la Storia d'ïlalia de Guichardin (divers manuscrits et éditions de Guichardin). — Léon G. Pelissier, .Sur quelques documents utiles pour l'histoire des rapports entre la France et l'Italie (Journal tenu par le Hollandais François de la Plaaie de Sommelsdyck pendant son voyage en Italie en i653 et i654). — Ghiseppe Galavresi, Documents des archives milanaises pour servir à l'histoire de la première campagne de Bonaparte. — Hermann Hueffer, La bataille de Marengo. — Alfred Stern, Les Etats de l'Eglise en 1837 d'après un rapport da baron Bunsen

UVRliS NOUVEAUX, 395

(Bunsen représenta le roi de Prusse au Vatican de iSvii à i838). Description de la misère qui régnait à Rome. — L. Oherâner, La bataille de Parme (29 juin 1734). — Henri Hauser, Etade critûiae sur le texte da Joarnal de Louise de Savoie.

Quelques mëiuoires concernant des sujets étrangers à Tltalie ont également été présentés : F.-K. Kochanowoski, Le développement de l'historiographie polonaise dans la seconde moitié du xix' siècle. — 1. Guidi, Les archives en Abjssinie.

Enfin la Section a encore entendu des études relatives aux méthodes historiques et à la bibliographie : W. Roscoe Thayer, La biographie base de l'histoire, — (i. Vaiiati, L'application des concepts de cause et d'effet dans les sciences historiques. — Taddeo Korzon, Définition de l histoire générale, — G. Gentile, Le problème de la philosophie de l'histoire. — A. -F. Pril)rani, La question d'une bibliographie historique universelle. H. D.

L'institat a tenu, le mercredi 4 juillet, à ajieares, sa troisième séance trimestrielle de Tannée, sous la présidence de M. Gcbhart.

MM. Mézières, Léopoid Delisle et Grnyer ont été réélus conservateurs du Musée Condé pour une période de trois ans.

— M. Chaplain a donné lecture d'un rapport sur le médaillîer de l'Institut.

— Sur le rapport de M. Georges Picot, l'Institut a accepté provisoirement une disposition testamentaire de M'** Dosne relatÎTc h l'entretien de la sépulture de M. Thiers au cimetière du Père-Lachaise.

Le prix Volney est décerné à M. 0. Jesperson , professeur à l'Université de Copenhague, pour son livre, Growth and slrnclure oj the cnglish langnagc.

ACADÉMIE FRANÇAISE

Nécrologie. M. Albert Sorel, membre de l'Académie, professeur à l'Ecole libre des sciences politiques , président de la Commission supérieure des Arcbires nationales, est décédé à Paris le a 9 juin.

Election. L'Académie a élu, dans sa séance du 21 juin 1906, S. E. le cardinal Mathieu membre titulaire, en remplacement de S. E. le cardinal Perraud, décédé. Le scrutin a donné les résultats suivants : Nombre de votants : 3i ; cardinal Mathieu : 26 suffrages; bulletins blancs : 5.

Le premier prix Goherl (9,000 francs) a été décerné à M. le général Bonnal, pour son ouvrage : L'Esprit de la guerre moderne; le deuxième (i,ooo francs) à M. Louis Madelin, pour son ouvrage : La Rome de Napoléon.

Le prix Thérouanne (4)000 francs) a été partagé ainsi : deux prix de 1,000 francs, l'un à M. Patrice Mahon, Etudes sur les. armées du Directoire, l'autre à M. Gabriel Pérouse, Le cardinal Louis Alenuin; quatre prix de 5oo francs à MM. Bourrilly, Guillaume da-Bellay (1 491-1 543); le vicomte de Bréroont, Le xvi' siècle et tes guerres de la Reforme en Berry; Emile Horn, François Rakoczi II » prince de TransyU vanie (1676-1735) ; Marcel Manon, Le garde des sceaux de Lamoignon.

Le prix Bordm (3,ooo francs) a été partagé CDnune suit : 1 ,000 francs à M. Herriot,

396 CHRONIQUE DE LUNSTITUT.

Madame Recainicr et ses amis; 1,000 francs à M. Philippe Godet, Madame de Charvibre et ses amis; 5oo francs à M. Samuel Rocheblave, George Sand et sa fille; 5oo francs à M. Barbeau, Une ville d'eaux anglaise au xviii' siècle.

Le prix Marcelin Guérin (5,ooo francs) a été partagé de la façon suivante : 1 ,000 francs à M. Dhaleine, /fflir/Aon/c, sa vie et son œuvre; 1 ,000 francs î\ M. Michel Saiomon, L'esprit da temps; 1,000 francs à M.Jacques Bardoux, Essai d'une psychologie de l'Angleterre contemporaine ; 5oo francs à M. Benoist Hanappier, Le drame naturaliste en Allemagne; 5oo francs à M. Morton Fullerton, Terres françaises; 5oo francs à M. Pompéliu Eiiade, ffisioire de l'esprit public en Roumanie; 5oo francs à M. Gabriel Sarrazin, Les grands poètes romantiques de la Pologne.

ACADÉMIE DES LNSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRRS.

Communications. î"^ ./"iw. M. Merlin, directeur des antiquités et des arts en Tunisie, adresse à l'Académie une lettre exposant le résultat des fouilles entreprises par M. le capitaine Benêt à Bulla Regia. M. Benêt poursuit ie déblaiement d'un monument qui se compose d une area dallée qu'entourait sur trois côtés un portique. La cour et la galerie étaient ornées de piédestaux et de statues dont bon nombre nous ont été conservés. Deux des ipscriptions relevées donnent le nom de Bulla Regia , qui apparaît ainsi j)our la première fois dans Tépigraphie , et une autre celui d'Antonius Marcellinus, qui fut consul en 34 1, et, ce que Ton ignorait jusqu'ici, proconsul d'Afrique. M. Benêt a émis l'hypothèse plausible que ce monument était la curie de l'ancienne Bulla Regia. On peut adirmer que ce monument était un monument public et il parait presque certain qu'il s'ouvrait sur le Forum.

— M. Lauer communique les photographies de reliquaires en ivoire, émail et orfèvrerie, composant le trésor de la chapelle pontificale du Sancta Sanctorum au Latran (Rome). Ces objets n'avaieni jusqu'ici été mentionnés que deux fois, au XII* siècle par Jean Diacre et au xvi* lors d'une visite de Léon X. Plusieurs d'entre eux remontent aux iv*, v*, ix' et x' siècles.

— M. Paid Monceaux expose les résultats de ses recherches sur la littérature donatiste et principalement sur les ouvrages de Petilianus, évéque de Constantine au temps de saint Augustin, (^es ouvrages présentent un intérêt historique pour l'étude du donatisme, un intérêt psychologique et littéraire pour la connaissance de la personnalité de Petilianus et pour l'intelligence des polémiques d'Augustin.

8 juin. M. P. Jouguet lit une note sur la date de la Im de la guerre entre Constantin et Licinius. Vu papyrus découvert au Fayoum permet, semble-t-il, de placer cet événement non en 3^3, mais en 3^4, comme l'avait déjà proposé M. Otto Seek.

— M. Glermont-Ganneau communique les résultats de ses études sur deux petits fragments de vase en albâtre, recueilUs à Suse par M. de Morgan et portant, gravés sur la lèvre du goulot, des caractères d'apparence sémitique. H y a reconnu de très anciennes inscriptions hébraïques écrites dans le même alphabet phénicien que celui de l'inscription de l'aqueduc d'Ezéchias à Jérusalem et des cachets Israélites archaïques antérieurs à l'exil. La langue est de l'hébreu pur. Ces épigraphes indiquent la jauge respective des deux vases, qui servaient probablement à contenir des parfums précieux, dont il importait d'évaluer exactement la quantité. On peut dire avec certitude qu'ils sont l'œuvre d'un artiste israélite et, avec vraisemblance, qu'ils datent d'une époque antérieure à la captivité.

— M. Pottier lit un mémoire de M. Radet sur VArtemision d'P^phèse.

i5 jain. M. Héron de Viiiefosse annonce que l'emplacement du théâtre romain d* Alise est aujourd'hui reconnu d'une manière indubitable grâce aux fouilles poursuivies par la Société des sciences historiques et naturelles de Semur. On a dégagé les substnictions de la façade et de la plus grande partie de l'hémicycle.

— M. Héron de Viiiefosse annonce qu'au cours des travaux qui s'exécutent actuellement à Paris entre l'Hôtel-Dieu et le Tribunal de commerce , sur l'emplacement du Marché aux fleurs, poùi' la construction de la voie du chemin de fer métropolitain, on vient de découvrir deux murs dans la construction desquels ont été employés des monuments romains. On y a trouvé déjà trois inscriptions funéraires dont Tune renferme les deux noms gaulois Litugena et Bellicovia ainsi qu'un certain nombre de bas-reliefs, dont plusieurs ont un caractère funéraire et rentrent dans la série des bas-reliefs professionnels si intéressants pour l'histoire des mœurs et de la vie civile en Gaule à l'époque romaine.

— M. Albert Martin fait une cx)mmunication sur l'ostracisme à Athènes, met en présence les témoignages de Philochoros et de Plutarque et montre qu'ils ne sont pas aussi complètement contradictoires qu'on l'admettait jusqu^ci.

— M. le comte Paul Durrieu lit une note sur un livre d'heures peint par Jean Foucquet pour Philippe de Cominynes. On savait par un texte d'archives que ce hvre d'heures avait été peint vers lAyd- M. le comte Durrieu ne serait pas éloigné d'admettre que le manuscrit latin 1^17 de la Bibliothèque nationale le représente.

"22 juin. M. Héron de Viiiefosse communique les nouveaux résultats des fouilles exécutées au Marché aux fleurs. Parmi les reliefs mis au jour on remarque un beau morceau décoratif représentant un lion marin, un pilastre orné de feuilles d*acanthe et plusieurs fragments d'architecture intéressants. La série des bas-reliefs professionnels s'est enrichie de deux monuments : l'un représente deux hommes en costume de travail, supportant un cofi're et le maintenant en équilibre; l'autre laisse voir un homme drapé assis sur un siège , qui tient par une des anses un dolium , dans lequel un second pei-sonnage verse le contenu d'un autre récipient.

— M. Toutain lit un mémoire relatif aux recherches faites, sous la direction de M. Gagnât, sur les inscriptions découvertes dans le Sud tunisien par M. le capitaine Donau, inscriptions gravées sur des bornes placées dans la région, au début de l'empire romain, pour la cadastrer et l'arpenter. Les deux lignes de base, le decumanus maximus et le kardo maximivs , étaient inclinées d'environ 3o degrés sur la direction E.-O. et \.-S. EUes se rencontraient dans le désert au Nord de Bir es-Sof, au Sud du chott Melghir.

— M. S. Beinach étudie le témoignage de Polybe répété par tous les historiens modernes, d'après lequel les épées gauloises étaient de si mauvaise qualité qu'elles se pliaient en deux au contact des armes défensives des Romains. Ces épées, dont nous possédons des centaines d'exemplaires, étaient excellentes: seulement un rite religieux des Celtes voulait qu'on les pliât en deux, en tix^is et parfois en quatre, quand on les [)laçait dans les tombeaux. Les tombes celtiques à epées tordues ont été violées, dès le il* siècle avant notre ère, par les colons romains. Ils ont cru et Polybe a cm avec eux que ces tombes contenaient les restes des guerriers tombés les armes à la main et que les épées avaient été déformées ainsi dans in bataille. H y a là un exemple d'une sorte de mythe historique né d'un rite religieux incompris.

29 jain. M. Héron de Viiiefosse annonce qu'on vient de découvrir au Marché

3M GHRlONIQUE DE L'INSTITUT.

îMUiflBixi*» mi' cipptt âménâre c» lomae d'aaikci, orné de voiutea et présentant sur Ifli Ênce aotérieuve une naeniption gravée dan» m escadvement.

— M. S*. Reinach lit ufie Jbelltre dr M. iSi de fâcà éiroinérant !»• objet» retrovrrés à Alise dans ]ie puits d^aner nicisonr romaînc'.

— Mv Bréal lit un mémoire sw k- seiifr des mots &épn et Corjms^

— M', de La- Roncier» lit un ménctre sur Les premières eoppiematiêm des ré^tms ptMres par les Fran^mi an x vf siècle.

— M. de Morgan rentP romplte des résultats obtenus dan» sa neirriénie campagne dte forailes à Suse (1905^1906). Le sol a étéattaqné » âewt étage» : ke ure* mier renfermait les vestiges des basses époqnes ( Arabe , Sassamder, Parthe , SélTOcidte et Achëménide) , le second, les monuments rainés parles Assyriens hwrs âetsw de l'a viMe sons Assonr-bani-pal.

— M. Toulain termine la lecture de son mémoin' sur fe cadastre romain dans l^^frique du Nord , et montre que la grande opération cadiastrale fiit effectuée entre te mois de juillet de l'an 29 et fe moi* de jiwtfet de- Tan 3o aprôa J. €. , c'est-à-dire six ans environ après la révohe die* Tacfarinas. Le gt>uvernement îrapériai irooliit sMis doute aliirmeir par In (ftt'il prenak peaseasioR défimittive de», territoires situés au. Sud de la pi*ovince d'Afrique.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Nécrologie, M. Georges Rayet, correspondant de la Section d'astronomie, directeur de rObservatoirc de Bordeaux, est décédé à Bordeaux le l4 juin ig^o6>

Ekctions. L'Académie a éiu« dans sa* séance du ^5 juin, un mein^Mie titulaire (lanB la Section de ph^skpe, en remplacement de IVL. P. Curie ,. décédé. La* Section présentait ea première ligne : M. D. Gernez; en seconde l^ne : MM^Bouty et Pettai; en troisième ligne : MM. Broca, Prote et Villard. Au premier tour de scrutin \L Gërnez a été ôlu par 87 suflirages, M. Bouty en a €>btenu i5, M. Broca 3, et M. Villard 1 .

— Dans sa séance du 18 juin. l'Acadénaie a élu M. Edm. Weiss correspondant de la Section d'astronomie, en remplacement de M. 0. Stnive, décédé, et dans sa séance du 1 juillet, M. Vogbl, directeur de l'Observatoire de Postdam ^ correspoadant dans la même Section , en remplacement de M. Langley, décédé.

Présentation. L'Académie a, dans sa séance du 18 juin , présenté à M. le Ministre du Commerce, de l'Induslrie et du Travail la liste suivante de candidats pour lia chaire de géométrie (Iescri])tive vacante au Conservatoire des arts et métiers : en première ligne, M. Maurice d'Ocagne; en seconde ligne. M.. Carie Bourlet; en troisième ligne, M. Lucien Lévy.

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS

Nécrologie, M. Jules Breton ,. membre de la Section de peinture, est décédé ie 5 juillet 1906.

Le prix Bordin (3,ooo £r.) a été décerné à M. Pierre Marcel, pour son ouvrage, La peinture française «a début du xraf siècle (1690-1 7 21).

ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

Nécrologie. M. Henri Domol, membre libre, ancien directeur de rimprimerie nationale , est décédé à Paris le 1 9 juin 1 906.

CHRONIQUE DE L'L\STITUT. JW

— M. AuBERT SoREL, membre de i« Section -d'histoire^ es* décédé à Pwris 4e -39 juin 1906.

I^piix Jean-Jacques Bercer (i5,ooo francs) a été partagé ainsi : 5,000 francs à M. Frantz Ftnick-Brentano , Catalogne des archives de la Ba^tiHe; îes lettres de cachet à Paris; 2,000 francs ^ M. de Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon; 2,000 francs à MM. Oh^ssin et Hennet, Les volontaires nationaux pendant la Révolution; i,5oo francs k M. F.-G. de Pachtère, Etude sur Paris à Cépoque galloromaine; 1,000 francs à M. Paul liobîquet, Histoire de la municipalité de Paris; 5oo francs à M. J. Meuret, Le chapiti*e de Notre-Dame de Paris; 5oo francs à M. Alfred Franklin , Dictionnaire historique des arts , métiers et professions exercés dans Paris depuis h xiii' siècle; 5oo francs à M. Albert Manger, L'organisation des secours publics à Paris; 5oo francs à M. François Maury, Le port de Paris; 5oo francs à M. Louis Tuetey, Procès-verbaux de la Commission des monuments, i790-i79'â; 5oo francs à M. Ernest Coyecque, Recuçil d'actes notariés relatifs à l'histoire de Paris (XF/* siècle); 5oo francs à M. Lucien Lazard, Répertoire alphabétique du fonds des domaines.

Le prix Gegner (3, 800 francs) a été attribué à M. Pillon pour ses travaux philosophiques.

Le prix W olows 1^ [/{^ooo francs) a été partagé entre MM. Bourguin et Pierre Leroy -Beaulieu.

Fondations Carnot et Gasne, Sur le rapport de M. dTCichthal , TAcadéniie a accordé 182 secours de 200 francs à des veuves chargées d*enfants. Aux arrérages de ces fondations sont venus s'ajouter le don de M"* Henri Germain ainsi qu'un don anonyme de 600 francs, qui ont permis à l'Académie (raccroître notablement cette année le nombre de ces secours.

Conununications. 9 juin. M. Bourdeau lit un fragment d'une étude sur les partis socialistes en Russie et Faction des doctrines marxistes.

— M. Levasseur expose à l'aide de courbes graphiques lo niouveineut du commerce en France et à l'étranger.

PUBLICATIONS DE L'INSTITUT

Institut (le France. Académie française. Inauguration du monument élevé n Pierre Corneille à Paris, le 27 mai 1906. Discours de MM. Emile Faguet et Jules Claretie. \n'i\ Firmin Didot et C^. H. D.

BAVItlRE.

ACADÉMIE DES SCIENCES DE MUNICH

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