‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 70 sur 130 · S\VA!IT · texte numérisé non relu

S\VA!IT

IHftiatait «ATIOBALK.

mètres en avant. La main de Thomme la plané , régularisé , complété çà et là, pom* lui donner figure régulière, et l'allée, traversant d'énormes soubassements , vient buter au Pylône de Tenceinte. Une nouvelle porte franchie, le visiteur se trouvait sur une plate-forme da peu près cent mètres décote sur soixante-quinze; il voyait, à sa droite, la série des magasins ou des entrepôts du temple égyptien, et, plus près de lui, une grande cour aux dalles striées de longues rainures, parsemée de basons d'albâtre, au ras du pavement. Droit en face, l'autel, superbe pièce d'albâtre, dont les quatre côtés imitaient quatre fois le signe hâtep, de l'oflrande égyptienne. Plus loin et dans le même axe, une sorte de socle ou de piédestal gigantesque, de près de quarante mètres de façade, barrait plus d'à moitié l'esplanade. Celui qui le longeait, en obliquant sur la gauche et en contournant l'angle Sud-Est , trouvait , accolée à sa face méridionale, une chapelle dont l'autre extrémité se soudait au mur d'enceinte et empêchait, par conséquent, de faire à ciel ouvert le tour de l'édifice. Qui y pénétrait, cependant, s'engageait presque aussitôt dans l'obscurité de longs couloirs à d^rés, d'escaliers tournant à angle droit , aménagés dans l'intérieur du socle mystérieux , et serpentant successivement au dedans de ses quatre faces. Soudain, notre homme débouchait à la lumière et se trouvait sur la terrasse du socle, à seize mètres du sol. À ses pieds, à l'Est, c'était tout le chemin qu'il venait de parcourir, l'avenue en rampe el le Propylée, le Pylône, la muraille, la cour pavée, l'Autel; au Midi, le dallage du toit de la chapelle; au Nord et à l'Ouest, d'autres constructions masquées jusqu'alors par l'énorme base, une seconde cour, dallée comme la première, avec des bassins semblables; hors de l'enceinte et au Sud , un édifice étrange, une sorte de grand navire échoué dans les sables, muni de rames-gouvernails, hérissé de tout le gréement d'une barque de Soleil égyptien ; comme si l'astre du jour, soudainement arrêté par disgrâce, était venu ensabler là son bâtiment, à l'orée du désert, au moment où il allait justement quitter ce monde pour entrer dans le royaume des ténèbres. Mais non moins étrange était, sur la terrasse même, la construction colossale, en forme d'obélisque, qui dressait verticalement son fût, aux parois lisses, à quarante mètres de hauteur, et semblait , suivant l'expression consacrée des hymnes, «percer le ciel» de la pointe étincelante de son pyramidion dore.

•Faute de pouvoir entrer ici dans plus de détails sur un monument aussi nouveau pour nous, j'aborderai directement les deux constructions qui m'ont paru les plus; caractéristiques, l'obélisque et le vaisseau du Soleil.

La restauration de lobélisque proprement dit est la partie la plus hardie du livre. Elle laisse quelque inquiétude en 1 esprit du lecteur. Non pas le socle lui-même , avec ses seize mètres de hauteur et ses escaliers intérieurs. Ici, les restes sont assez importants pour autoriser une reconstitution étayée sur les preuves les plus rassurantes ^^^ Mais, sur la plateforme, avait-on réellement dressé un obélisque en blocs de csdcaire? Cest bien ce que semble prouver, au tombeau de Ti et ailleurs, la forme du signe hiéroglyphique qui sert de déterminatif au nom du temple; elle figure aussi dans la ligne d'inscription trouvée sur place et publiée en ce premier volume; peut-être aussi, dans les inscriptions encore inédites du prochain volume, y a-t-il une mention positive qui supprimera tous les doutes. En ce cas, le temple d'Abousir présenterait une différence notable avec celui d'Héliopolis qui, cependant, a dû lui servir de modèle. Comme 1 apprend la stèle de Piankhi^^^ le Pharaon, se présentant dans le 5anctuaire du Banbonoa, gravissait les marches d'un escalier et, arrivé au sommet, ouvrait les battants du sanctuaire renfermant l'image de Râ et les deux barques solaires.

En somme, la plate-forme d*Abousir supportait-elle un sanctuaire, comme à Héliopolis? Ou bien, comme dans les signes hiéroglyphiques, un obélisque qui était regardé aussi comme la demeure de Bà, ou plutôt une de ses incarnations P Ou bien encore y avait-il à la base de cette construction en forme d'obélisque une cavité aménagée en sanctuaire? Quelle que soit la solution, fédifice d'Aboosir est bien un temple de Rà, comme M. de Bissing lavait annoncé dans des notes précédemment publiées ^^^ et probablement inspiré, en sa structure générale, du grand temple du Banbonou , à Héliopolis. C'est déjà un point impoi*tant définitivement acquis pour la science.

J'en vîens maintenant à cette surprenante construction qu'est le navire solaire , le premier que Ton ait trouvé de ce genre en Egypte. Ce n'est point par déductions spécieuses ou hypothèses engageantes que MM. de Bissing et Borchardt sont arrivés à placer, aux abords de leur temple ; ce grand vaisseau de trente mètres de long, muni de rames^gouvernails, et surmonté de statues d'éperviers, que l'on voit figuré dans la rest|iuration générale , au début de leur volume. H a sufli de d^ager du saUe les restes de cette extraordinaire construction pour y reconnaître , à première vue, l'imitation d'une coque de bateau; et la vue des photogi^aphies qui m6n-

<») Dos Re-Htiliglam, p. ii et 33-4o. — «'^ Stèle de Piânkhi, 1. 107 no. Cf. Bmgiàky Wôrlb., Soi et D. Geo€., p. iq5 et 1 147. '-* ^^^ Von Bissing, Becueil, l. XXIV, p. 167 et XXV, p. 1 84.

trent Tétat actuel de Tédifice est décisive à cet égard ^^^. L architecte, en efiet, réussit à reproduire , avec des assises de briques, accouplées en courbes savantes, les faisceaux de roseaux ou les pièces de bois des grandes pirogues aux extrémités recourbées , qui servent aux navigations des dieux (^^ et que Ton portait dans les processions. Dans la coupe de la carène, il sut si bien imiter aussi la ligne sinueuse de la membrure, qu'aujourd'hui encore, en sa détresse, la barque de Râ est bien ijne barque, et non les pans de mur dun édifice quelconque, qui am*ait peut-être été une barque. Rien n est plus curieux, de toute la série des photographies, que celle où Ton voit, prises de Tarrière du navire, les lignes des bordages se relevant et convergeant en gerbe sur lextrémité de larrière. C'était la copie gigantesque d'ime de ces barques à bord desqudles Rà accomplissait son périple du monde. Nous les connaissons par les vignettes des papyrus, les figures murales et surtout par les barques en bois découvertes dans les tombes protothébaines d'El-Bershèh ^^K A l'aide de ces modèles, les aménagements intérieurs de la coque, et quelques rares débris , retrouvés dans le sable , suffirent à reconstituer le vaisseau. La proue, relevée modérément, se chargeait, à l'extrémité , d'un haut château d'avant à frise lancéolée. Le plancher du pont mesurait une vingtaine de mètres. On voit encore, en maint endroit, les logements aménagés dans la muraille interne du navire pour recevoir les têtes des poutres qui le soutenaient, et on a retrouvé, çà et là, des fragments de leur bois calciné. Elles s'appuyaient, d'un bord à l'autre, sur ces grands piliers de brique que l'on aperçoit à l'intérieur de la coque et qui servaient en même temps de base à la série des emblèmes , accessoires ou apparaux. Les images soignées des barques de Râ, et de préférence celles des textes, d'âge si voisin, des Pyramides de Saqqarah, donnent la liste essentielle des accessoires en question : trois socles, sur lesquels s'enlèvent une figure d'épervier, femblème shosoa, un second épervier, puis un bâti potence , où s'amarre la partie supérieure des deux rames-gouvernails. Si les signes hiéroglyphiques ordinaires sont trop petits pour reproduire les détails de celles-ci, les rames réelles de la XII' dynastie, retrouvées près de la Pyramide de Dahshour, y suppléent; elles se terminaient en haut par des têtes d'épervier ; la pelle d'aviron était décorée de fleurs symboliques et des deux ouzaït ou yeux mystiques ^^K Ce qu'il peut subsister de toutes ces constructions de bois ou de métal aujourd'hui , on le devine aisément. Le surprenant est même qu'il reste quelque chose

<») Re-Heiligtum, fig. 46, ^7 et pi. V. — <>> Ibid,, fig. 48. — ^'» Daressy, Amudes, 1. 1. rouilles de Deir-el-Birshèh, p. 3q et 37. — ^*^ De Morgan, Dakshoar, tl, pi. XXXI.

de ces emblèmes : des fragments de bois qui ont gardé un peu de stuc ou de dorure, un clou de cuivre; assez cependant pour achever d*asstirer la reconstitution du gréement.

De vrai, nous voyons aujourd'hui le navire solaire tel que le virent jadis les vieux Egyptiens qui assistèrent à sa construction , quand il n'était encore qu'un squelette de briques, une membrure de navire sur chantier. Le navire achevé, en ce temps-là, on badigeonna la coque d'un crépi blanc, assez fin pour laisser voir les courbes des bordages; on appliqua là-<lessus la couleur verte de rigueur pour la flotte du Soleil. Le pont, le gréement et l'accastillage vinrent ensuite. La vue du navire terminé ne devait pas manquer de grandeur. Aux tons éclatants de la coque et aux bigarrures du château d'avant s'opposaient, sur le pont, les peintures blanches et noires des socles, d'où s'enlevaient les deux statues d'éper^ viers dorés , la grande hampe rouge du shosou , la superstructure peinto et dorée de l'appareil des rames-gouvernails, enfin les rames elles-mêmes surchargées d emblèmes et d'ornements éclatants.

Quel était le sens et le rôle d'un pareil navire? La Pierre de Palerme porte , au dernier registre de la face B , une mention des plus intéressantes à cet égard. Le passage a trait aux fondations de Nofiririkari, de la V' dynastie, pour son temple solaire, et la colonne q porte l'intitulé : s*hâ mâdit or Konbit RisitiL Le texte pouvait présenter quelque obscurité avant les fouilles d'Abousir, et M. Naville, croyant à bon droit y voir la mention d'une barque mobile, a pu traduire : «On arrête la barque Maït vers l'angle Sud ^^K » La barque solaire retrouvée par M. de Bissing permet de traduire : « construction de la barque solaire Mâdit au côté Sud du Temple. »

D'autre part, voici, à Abousir, un autre temple, de même nature, élevé par Ousirnîri , au Sud duquel se dresse le navire que je viens de décrire. Dans les deux cas, par conséquent, l'édifice était complété par un navire simulé construit à ses côtés. Et la mention de son érection , comme une des fêtes remarquables du règne , montre assez Timportance religieuse du monument.

Ce n'est donc ni une fantaisie passagère d'un souverain , ni un simple ex-voto, et du moment où nous tenons le nom de la barque, qui est Mâdit, les textes ne manquent plus, qui nous fixent sur son importance et sur son rôle. La série des formules des Pyramides en parie avec une insistance dont on est frappé. Elles disent comment les barques divines « connaissent » le Roi — et on sait la valeui' magique de cette déclaration

^'^ Naville, Recueilli, XW ; la Pierre de Palerme, p. ao.

366 GEOHGE FOUCAlVr.

dans les textes égyptiens. Elles T* appellent ». On décrit les manœuvres qu'il exécute à leur bord; on dit qu'il « connaît » Turfeus divine qui s'y tient; on déclare qu'« il y a son corps », qu'il s'y couche et qu'il y veille; il descend avec elles le fleuve céleste; il apparaît avec elles à l'horizon. Une formule spéciale est destinée à assurer l'eflEicacité permanente de la Mâdit, en la déclarant à deux reprises un navire « stable »^ « durable » (didoa). Un long intitulé se préoccupe, à sept reprises, qu'elle puisse bien posséder (littéralement « étreindre » sakhnou) les deux parcours du fleuve céleste qui entoure le monde (mot à mot : les deux horizons khouit, pour assoner avec Hor-m-khoati ou Horus dans l'horizon ^*)).

L'étroite parité de Râ et d'Harmakhis une fois assurée, il s'agit maintenant de faire du Roi, constructeur de la barque, un « double » de ces divins personnages. La suite de la formule principale déclare :

Ce Papi a fait arriver que la Mâdît embrassât les deux khoait du ciel, pour que ce Papi y sorte auprès de Rà vers le khoait ^*K

Je hae borne à noter le progrès de l'opération : il ne s'agit plus cette fois de naviguer, mais de sortir, ce qui implique le partage définitif de la condition glorieuse du Soleil, reparaissant chaque matin, et parcourant le monde céleste. C'est ce que proclame la suite du texte dont je ne donnerai que le début :

Et Papi apparait ainsi à la partie orientale du ciel , et comme renaissent les dieux , ainsi renaît ce Papi divinise.

Et , un peu plus loin , la clausule :

Papi a fait advenir que Mâdit embrassât les deux khoait du ciel , pour que Papi y sorte fort et vivant, avec Râ, vers le khoait ^^\

C'est pour cette raison , et non pas seulement à cause de ses dimensions que la barque est en dehors du temple. Au temple même a eu lieu la série des cérémonies, qui ont divinisé le Roi et l'ont confondu avec Rà; ce sont ces fêtes du hah sadoa dont quelques bas-reliefs ont déjà été publiés. Dans la seconde partie de la liturgie, le Pharaon, désormais souverain du royaiune céleste , comme son père le Soleil , sortait du temple pour monter avec lui à bord de la barque divine. Celle-ci est prête à partir; elle a été construite à la limite précise où finit la vallée du Nil, le monde des vivants, et oii commence le désert, l'autre monde; sa proue est tournée vers l'Ouest. Tout le cérémonial de l'embarquement :,simu-

^'^ Ch. xn; XVIII; lv; xcvi; c; cxcv; '*^ Ch. ccLiv, qui semble le passage

ccLVi; ccxc; ccxcï; cccxï; cccwMi; capital sur ce point, cccxxix; ccccii; ccccxiii; ccccxlv. ^'^ Ibid,

]acres de manœuvre, gestes accomplis et paroles prononcées sur ce « double » colossal du vrai navire du Râ, se répercute à bord de ce dernier; et le rituel qui se déroule à bord de la copie de navire oblige Râ, dans les idées égyptiennes, à s'assimiler Tâme royale, à lassocier désormais à sa vie , à ses œuvres , à ses renaissances. C'est ce quattestent ces chapitres, dont la version des Pyramides nous a gardé au moins une partie. On comprend dès lors que la barque ait été une des pièces les plus indispensables de Tensemble liturgique.

Que Ion réunisse maintenant les données que j'ai si rapidement signalées, et qu'on les compare avec ce que nous savons par ailleurs des temples ' d'Abydos et de ceux de la Thèbes occidentale : le caractère de Tédifice d'Abousir se dégage aussitôt avec évidence. Un temple funéraire, voilà ce qu'il est, et ce que sont, comme lui, les dnq autres temples de Râ-Obélisque connus de nous par les inscriptions. Tous appartiennent, on le sait, à la V* dynastie ^^^ La légende faisait justement des trois premiers souverains de cette lignée les fils directs de Râ ^^\ et si la tradition a quelque consistance, elle a peut-être pris naissance, ou du moins pris un de ses éléments principaux, dans cette série de temples du Soleil dont la construction avait commencé avec la nouvelle dynastie. On comprend qu'il ne puisse être question ici d'effleurer une discussion historique qui entraînerait aussi loin. Si le fait est matériellement exact, comme je suis disposé à le croire; si la V* dynastie a eu l'idée, propre à elle, d'édifier, à TOuest de la vallée, une série de temples imités, en leurs grandes lignes, des deux grands temples d*Héliopolis , rien de tout cela ne constitue l'apparition d'une nouvelle doctrine. C'est seulement une façon nouvelle de réaliser les idées qui ont dirigé les modes d'expression religieuse de la royauté durant toute l'histoire égyptienne; elles tendent toutes, en ce qui regarde lautre monde, à assurer au Roi, par les rites et les opérations magiques, la survie et son union avec le Roi des dieux. Celui-ci n'a pas été absolument le même, suivant les périodes de l'histoire ou les parties de l'Egypte. Ici, et à la V* dynastie, c'est le Soleil Râ d'Hér liopolis. C'est en son temple que le Pharaon s'identifiait i lui pour régner sur l'Egypte. C'est dans ses temples de la frontière funéraire qu'il se confondait de nouveau avec lui comme un roi du monde divin, et qu'il s'enfonçait avec lui, sur son navire, vers l'Occident, pour reparaître avec lui « vivant et fort » , chaque matin à l'Orient. Sous les dynasties thé* baines , lorsque Amon prit le premier rang et se fit Amon-Râ , ce fiit l'union

^'^ SeÙiBy Die Heiligtkûmer des Rè im }*^ Maspero, Contes populaires de

alten Reick , p. 1 15. V Egypte ancienme, édit. 1906, p- 55-4 o.

d'Amon et du Roi qui réalisa la même idée. C est à Amon et à Montouhotpou m associés qu^est consacré le temple funéraire que M. NaviUe vient de découvrir à Deir-el-Bahri. Il en fut de même des temples édifiés sur la rive gauche de Thèbes par les XVIIP et XIX* dynasties; et quand on étudiera, à ce point de vue, le Ramesseum, Medinet-Habou , et surtout le temple de Gournah, on reconstituera la série des cérémonies qui aboutissaient au même résultat que ladmission dans la barque solaire d'Abousir. Il en était enfin de même à Abydos, où c'était en Osiris que la série des Pharaons s identifie au Roi des dieux en une suite de temples. Voilà donc le temple d'Abousir et son groupe replacés dans la série continue des temples dits « funéraires » de Thistoire égyptienne. J'ai dû me borner, ou presque, à un simple exposé de ma thèse; on entrevoit ce que demanderait la justification détaillée, dont j'ai tenu cependant à m'assurer, avant d'en donner ici un résumé si succinct.

Plus on étudie les matériaux fournis par la publication de M. de Bissing , plus on voit combien les découvertes d'Abousir seront fécondes en découvertes scientifiques. Il en est une que je voudrais au moins signaler. On sait que la série des pyramides à textes débute avec celle d'Ounas. Les autres sont muettes jusqu'alors. La raison d'être de cette innovation si importante, l'origine et le mode de composition de ces textes sont jusqu'ici autant de problèmes difficiles. Je crois, par les résultats obtenus à Abousir, pouvoir en expliquer une partie. Les citations que j'ai faites plus haut montrent, incorporés au reste du formulaire des Pyramides, dix-huit chapitres ou débris de chapitres relatifs à la barque solaire. On retrouve là, me paraît-il, un procédé d'abréviation dont on a plusieui's répliques en Egypte. Deux temples funéraires au moins, ceux d' Abydos et de Deir-el-Bahri , donnent une partie du « rituel de l'offrande » , dont la version plus complète se trouve aux tombeaux d'Ounas et de ses successeurs ^^^. Les extraits de ce que l'on me permettra d'appeler « le Livre de la Barque » ont été pris par les rédacteurs des Pyramides au temple fiméraire. Autant que je puis m'en rendre compte, ce ne sont pas les seuls, et je crois bien retrouver aussi les chapitres de la montée de l'escalier et de l'ouverture des portes du sanctuaire du Bcuibonou. Ce qui touche la Mâdit — et force est de m'en tenir ici à elle seule — montre la formation graduelle de ces compositions qui sont l'énoncé des paroles qui accompagnaient le cérémonial magique accompli sur un objet. La coifncidence entre la fin des temples-obélisques — Sethe me parait en avoir assuré la date à la fin de la V dynastie — et l'apparition des textes dans

Maspero, Inscriptions des Pyramides de Saqqarah, p. 3-a5.

les Pyramides, sous le règne d'Ounas, ne saurait être due à un simple hasard. Elle se justifie, à mon sens, si Ton voit, en cette première rédaction , le transfert à la chapelle de ia Pyramide des cérémonies accomplies jusque-là au temple funéraire. C'est ce qui, du même coup, expliquerait fort bien comment les fragments des bas-reliefs de la chapelle d'Ounas, déblayée en 1902, reproduisent des scènes delà fête du habsadou, semblables à celles qui décoraient les murs du temple d'Abousir^^^ IjCs cérémonies furent les mêmes, et avec elles, la même série nécessaire des objets matériels sur lesquels on récitait la formule : objets d'offrande, mobilier, et, en ce qui regarde la barque, probablement une réductioa de navire; ou même une assez grande embarcation, comme celles que de Morgan retrouva aux Pyramides de Dahshour ^^^ et dont on ne s était pas bien expliqué jusqu'ici l'étrange découverte. On ne se contenta plus de lire sur le parchemin du rituel du temple , comme on l'avait fait jusqu'alors. Pour plus de sûreté , on recopia sur les parois des couloirs et du caveau ; mais ce fut sans plus de méthode que n'en eurent ceux qui, dans les tombes privées , s'avisèrent de dessiner, sur les parois des cercueils, la série des formules jusque-là prononcées de vive voix sur le mobilier funéraire , et rédigèrent ainsi , sans le savoir, le premier Livre des morts. C'est de cette façon que se constitua , avec ses incohérences apparentes, ses abréviations , et ses divergences de tombe à tombe, le formulaire des Pyramides. Une partie reproduisit le rituel d'offrande , ou le rituel de divinisation accompli aux temples funéraires, celui de la Barque, par exemple; une seconde, la principale, recopia, en l'abrégeant, le rituel du sacre, que le temple funéraire lui-même avait emprunté au cérémonial des temples d'Héliopolis ; une troisième, enfin, inscrivit les formules prononcées sur les morts ou leurs mobiliers, comme les incantations contre les serpents, et renforça d'une rédaction écrite la simple récitation orale , à laquelle on s'en était tenu jusqu'alors pour les rois et les hommes. Et voilà pourquoi, quand on recherche les versions privées des textes des Pyraniides, ce sont ces chapitres-là et toujours les mêmes, qui reviennent. A vrai dire, les tombes privées ne les ont pas empruntés , comme on l'a dit, aux tombes royales. Elles les ont gardés , comme celles-ci , d'un vieux fonds commun , qu'Ounas eut , le premier peut-être, l'idée de faire copier dans sa tombe. A finverse, il nest pas exact non plus de soutenir, comme on le fait, que le Livre de la mort et les textes des Pyramides proviennent d'un fonds commun.

^^^ Maspero, dans le journal le Temps, du 5 janvier 1900, et Barsanti, Annales, t. Il, p. a53.a55. — (') Morgan, Dahshour. pi. XXIX,

SAVA7ITS. .i8

IHPMIIBUI RATIOUALB.

370 ALBERT RIVAIID.

Moins la paitie purement mortuaire dont je viens de parler, le rituel des Pyramides décrit les scènes oii Ion mimait la vie des dieux d'Héliopolis. ou bien il commente les bas-reliefs de leurs sanctuaires.

George FOUCART.

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