OCTOBRE
PAPVROS RÉCEMMENT DÉCOUVERTS.
The Hibeh Papyri. Part I. Edited with translations and notes by B. P. Grenfell and Arthur S. Hunt. i vol. in-4**. I^ondres, Egypt Exploration Fund, 1 906.
Je ne ferai plus 1 éloge de MM. Grenfell et Hunt , de leurs fouilles et de leurs publications; leur mérite est trop bien connu du monde savant. Dans leur dernière campagne ils ont exploré le sol de Tancienne ville de Hibeh. On lira avec intérêt dans Tlntroduction du volume la description des nécropoles d'âges différents qui entourent cette ville et des objets trouvés dans les tombeaux. Les papyrus publiés dans le présent volume sont presque tous dans un état si déplorable qu il fallait toute Texpérience et toute la sagacité de nos deux paléographes pour en tirer parti.
Les fragments littéraires sont nombreux; ils offrent ceci de particulier que ceux qui viennent des auteurs les plus illustres ne sont pas les plus intéressants : le lecteur est tout d abord attiré par les noms de Sophocle, d'Euripide, dEpicharme, mais il est bientôt désappointé. Les éditeurs et leur collaborateur M. Blass pensent qu une assez longue suite de vers mutilés appartiennent à la Tyiv de Sophocle. Des trois arguments à lappui de cette attribution , un seul est valable : en effet , deux membres de phrase que les éditeurs relèvent ne peuvent guère s appliquer qu'au sujet de cette tragédie : il est vrai que la lecture n est pas tout à fait certaine. On peut admettre que nous ayons là, en effet, disjecta membra poetae; mais tout cela ne vaut pas, tant s en faut, les beaux vers de cette tragédie conservés par Elien.
Nous connaissons ïŒneus d'Euripide par les plaisanteries d'Arîsto-
SAVA!<ITS. r»(i
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phane et les renseignements que fournit son scholiaste. Le papyrus n ajoute aux nombreux fragments connus que six vers assez bien conservés pour que ,Blass. ait pu les restituer avec vraisemblance. Il s'agit d une ofFrqficie au tonofceau de Méléagre.
Le nom d'Epîcharme est une belle promesse , que suit une vraie déception : le papyrus porte une série de tétramètres trochaïques en dialecte dorien, dont les treize premiers ont^'été restarurés par Blass. Cest une introduction aux Sentences d'Epicharme ; les TvcJiJLai elles-mêmes n y sont pas. L auteui* fait un éloge banal et verbeux d'Epicharme et de ses Sentences; on dirait un marchand forain faisant son boniment. Le papyrus n est certainement pas plus récent que le milieu du ni* siècle avant notre ère. On peut attribuer cette piètre poésie à un certain Axiopistos, que Philochoros ^^^ désignait comme auteur du recueil. Malgré son nom et malgré la profession de devin, qu'il exerçait si je devine bien, cet Axiopistos ne semble pas trop digne de créance.
Les fragments d'une comédie nous refiendront plus longtemps, car ils sont assez considérables et soulèvent une question diflBcHe. L'écritore, une belle cursive, est, d'après les éditeurs, du temps de Philadelphe ou d'Evei^ète. Les fragments, dont quelques-uns avaient d^à été publiés par les éditeurs dans leur tome II , sont courts et mutilés , sauf ceux de la deuxième colonne. Là , onze lignes qui se suivent sont en assez bon état pour que Blass ait pu rétablir le texte. On y trouve deux personnages, dont l'un s'appelle Strobilos, nom de f esclave qui dans ïAnlnlaire dérobe le trésor déposé par Eudio dans le bois de Silvanus. Chez le poète grec ce bois était peut-être consacré à Pan. Aussi les éditeurs et Blass n'hésitent-ils pas à regarder ces fragments comme les restes de l'original grec de VAululaire, L'autre personnage serait Lyconide, le maître de Strobilos. Jl ne me parait guère possible de partager ces vues. Il est vrai qu'ici, comme dans ÏAulnlaire, Strobilos a déterré le trésor dans une enceinte sacrée; mais chez Plaute il revient tout joyeux et se féhcite d'être l'homme le plus riche du monde. Bien différente est la scène du papyrus : Strobilos court éperdument pour se sauver si cela est possible. Ensuite il dit qu'il est à présent convaincu que ce lieu est sacré et habité par des dieux. Après s'être emparé du trésor, il aura entendu un bruit, et maintenant il croit avoir un dieu à ses trousses. Son esprit est si troublé que tout ce qu'il voit, tout ce cpi'il entend, augmente sa frayeur. Un autre personnage , probablement son maître , l'a aperçu dès le commencement de cette scène où il dit : « O Hercule, que peut-il bien
^'^ Philochoros, Wepi fxaintxYf^,
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éti'e arrivé? » Après lavoir observé quelque temps, il l'appelle par son nom. L'esclave croit entendre une#voix terrible; il s'éerie : «Apollon et tous les dieux, quel soufflel» L'autre répète son appel : «Strobilos, misérable esclave ! » Strobilos ne reconnaît pas la voix de son maître : « Qui e»-tu ? » crie-t-il ; et il ajoute : « Ù xpctrurlB r&v S-eâv, » H est donc toujours obsédé par la même hallucination. Les derniers mots conservés de cette scène sont : «Je t'ai vu à propos », c'est-à-dire, sans doute, je te prends en flagrant délit. Si Haute avait eu sous les yeux une scène aussi animée, aussi dramatique, pourquoi y aurait-il substitué une autre ? Y avaitâi deux rédactions de la comédie grecque? D'autres résoudront peut-être ce problème.
Revenons au papyrus : nous n'avons pkis la scène suivante; des cinq dernières lignes de la colonne il ne reste que quelques lettres. Dans la colonne suivante on lit à la première ligne Kpoier. Or Eustathe cite le vers de Philémon :
Kpo/cTO) Xa'kœ aoi xaï M/9a xai TavrdiXa;.
Les éditeurs et Blass insèrent ce vers dans le texte du papyrus et attribuent les fragments à Phiiémon. Voici mes objections à cette conjecture : le vers cité par Eustathe *^' ne pourrait se comprendre que dans un mono*' logue de Strokilos, s'adressent la parole à lui-même. Mais un pareil monologue est inconciliable avec la donnée du papyrus. Dans un autre fragment du papyiiis la mention d'un nomarque nous transporte en Egypte, bien loin de XAnhilaria. Est*-il bien sûr que ce fragment fasse pffTtie de la même comédie? 1^ papyrus contenait peot-éire plusieurs pièces.
J'ai encore une autre raison de ne pas attribuer à Phiiémon Toriginal de YAululaire : c'est que je crois que le modèle grec de ÏAnlulaire était le Dyskolos de Ménandre. Geflfken^*^ a le premier émis cette conjecture, qui me parait aussi certaine que de pareilles conjectures peuvent l'être. Wilamowitz et d'autres se sont prononcés dans le même sens^^^ Les nombreux fragments de cette comédie peuvent être presque tous rapportés sans peine à des scènes 6e ïAuhlaire, Plusieurs rapprochements se trouvaient déjà indiqués dans l'édition de (Cock; j'y ajoute les de«x suivants : La belle tirade (fr. iq8) sur le bon emploi de la fortune se trouvait, je crois, à la fin de la pièce; ce n'est pas un fils d'EucKo , c'est
î^^ Eustathe ««/ i/om., p. 1701,6. ques, 190a, pages SSy et suivantes,
^'^ Stadien zu Menander, progr. Ham- croit que VAtUalairê est une con-
bourg, 1898, p. 11 6. tamination du Dyskolos et des Epitre-
^■'^ Legrand, Revae des Etudes grec- pontes.
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son gendre qui adressait ces vers à celui qu^ii appelle père («3 ifforsp). Quant au fragment i35 : %
Ovx êve</!l (TOI ^yeTv qixetàrrjra , Sâcp,
il est tiré, je crois, de l'entretien de Mégadoros, non avec sa soeui\ conome dans YAululaire, mais avec sa belle-sœur. Celle-ci lavertit qu après avoir épousé la fille d*Euclio il ne pourrait éviter des relations intimes avec un homme d'humeur aussi désagréable.
La comédie dont ÏAiilularia est une version en langue barbare, comme dirait Haute, était intitulée : Duskolos, non Philarguros, Ménandre n entendait donc pas mettre sur la scène un avare : on le sait, mais on Toublie souvent. Euclio a toujours été extrêmement pauvre, habitué aux privations, réduit à la plus stricte épargne. Son caractère en a-t-il éto aigri? Quoi qu'il en soit, il était naturellement morose, difficile à vivre, porté à la misanthropie. Ce dernier trait est indiqué dans un fragment (n** lag Kock) qui commence par les mots : (bs B-vova-i S'olTOiyfi)pi')(pt « comme ils sacrifient, les scélérats! ». Il reproche aux hommes de garder pour eux les l^ons morceaux des victimes et de n'offrir aux dieux que les os. 11 y avait sans doute dans la comédie d'autres boutades de ce genre ^^. Quand Euclio a trouvé un pot plein de pièces d or, il ne change rien à sa manière de vivre, mais il garde son ti'ésor jalousement, il le transporte d une cachette à l'autre , il y court sans cesse pour voir si on ne la pas volé, il est dans une agitation continuelle, de joui' comme de nuit; il en perd le sommeil et la raison. Tout lui devient suspect : quelqu'un lui demande la main de sa fille, il s'imagine que cet homme a eu vent de son trésor. Cela donne lieu à une série de scènes comiques dans lesquelles Euclio se comporte comme un avare, sans l'être néanmoins. 11 a l'esprit bouieversé par un événement extraordinaire, sans (|ue son caractère se démente toutefois. A la fin de la comédie, Euclio accepte l'amant de sa fille pour gendre et lui donne son trésor à titre de dot ; il se félicite de retrouver enfin le sommeil et la tranquillité. Ce n'est pas là la conversion d'un avare. Ménandre, dont les comédies passaient pour le miroir de la vie humaine , n'aurait jamais imaginé une conversion aussi absurde.
11 reste encore deux textes nouveaux à signaler au lecteur, l'un de Lysias, l'autre d'un sophiste contemporain de Socrate. Une foule de plaidoyers passaient dans l'antiquité pour amvres de Lysias. Denys d'Hali-
^'^ Ces traits ne se retrouvent pas paraît pour la première fois, ii a déjà dans la comédie latine, du moins dans trouve le trésor, l'état actuel du texte. Quand Kuciio