PAPYRUS RECEMMENT DÉCOUVERTS
cernasse et Gaecilius en considéraient deux cent trente-trois comme authentiques. De tous ces écrits du fécond logographe , nous ne lisons plus qu'un petit nombre : les fragments d un plaidoyer perdu sont d'autant plus précieux. Le présent volume donne deux fragments du discours contre Théozotidès, accusé tgapà v6fjLùw par le client de Lysias. On sait qu'à Athènes les fils des citoyens morts pour la patrie étaient élevés aux frais du peuple. Une des clauses du décret proposé par Théoxotidès excluait de cette faveur les enfants illégitimes et les enfants adoptifs.
Ce qu*il y a de plus révoltant, s*écrie faccusateur, c'est que la plus belle proclamation prescrite par la loi est corrompue et démentie par Théozotidès. Quand, aux Dionysies, le héraut proclame : «les pères de ces enfants (qu'il désigne par leur nom et le nom de leur père) sont morts pour la patrie en braves, aussi la cité les a-t-elle élevés jusqua Tàge de puberté», ajoutera~t-jl alors que les enfants adoptifs et les illégitimes ont été privés de ce bienfait par Théozotidès, ou bien, passant ces exceptions sous silence, mentira-t-il? Cela n'est-il pas outrage ou insigne fausseté ?
On sait que les orateurs athéniens lisaient assidûment les discours de leurs devanciers. Eschine s est peut-être souvenu du morceau de Lysias que nous venons de traduire lorsque, en accusant Ctésiphon, ou plutôt Démosthène, il parle de la même solennité? Eschine aussi appelle cette proclamation rè xdXXtalov xtfpuypLa ; il met aussi le héraut en scène et il lui prête à peu près les mêmes paroles que Lysias.
Deux autres fragments font connaître une autre clause du décret proposé par Théozotidès. 11 voulait réduire considérablement la solde des cavaliers. Quel rapport pouvait-il y avoir entre cette mesure et celle dont il a été question plus haut, si ce nest que l'une et fautre réduisaient les dépenses publiques? Il est vrai que la solde des archers à cheval est augmentée par le même décret; mais comme ce corps ne comptait que deux cents hommes, la dépense proposée n était pas très forte.
Le fragment d une épideixis d un ancien sophiste est en très bod état. Si les éditeurs ont bien complété la première ligne, en prêtant à l'orateur la formule cî dvSpss ÈXknves, je croirais qu'il parlait à Oiympie ou dans une autre des grandes panégyries auxquelles affluaient les Grecs de toutes les cités. 11 se moque des musiciens qui s'en tiennent à la théorie, sans savoir jouer ni chanter, et qui prétendent que certains modes sont propres à inspirer le courage, la tempérance, tandis que d'autres excitent les vices contraires. On trouve de pareilles théories chez Platon , qui les avait probablement empruntées à Damon. Les éditeurs pensent que notre sophiste nsait ce théoricien célèbre, et cela est très probable. Pour réfuter ces théories, l'orateur objecte que les Etoliens, les Dolopes, d'autres encore,
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([ui ne connaissent pas le genre enharmonique tant vanté par les théori- <7iens , sont cependant bien plus braves que les acteurs tragiques auxquels ce genre de musique est familier. A lentendre, les théoriciens établissent un rapport entre certaines musiques et le laurier, entre certaines autres et le lierre. Cela serait absurde ; mais je crois que le persiflage du sophiste dénature quelque peu les opinions qu^il combat. En parlant du laurier «t du lierre, les musiciens entendaient probablement opposer la musique apollinéenne à la musique dionysiaque. Comme le genre enharmonique tomba de bonne heure en désuétude ; le présent discours doit être très ancien; les éditeurs pensent qu'il pourrait être dHippias d*Elîs, dont on cite un écrit TUp) fAovaiidis.
Un discours du même genre, quoique d'une tendance opposée, a été savamment édité et commenté par Th. Gomperz^^^. Là les sophistes qui dénigrent les réx^at et particulièrement ceux qui nient qu'il y ait un art médical, une science de la médecine, sont pris à partie. L'auteur de notre discours appartient au camp opposé.
Les papyrus qui oflrent des textes déjà connus réclament une attention sérieuse, et d'abord des morceaux du II* et du IIP livre de V Iliade ont été écrits du temps de PhiladeJphe et d'Evergète ; vingt-sept vers du XX* livre de ÏOdyssée sont d'une écriture encore plus ancienne. Quoique le texte soit souvent mutilé, on constate que ces vieux papyrus diffèrent de nos textes, non seulement par des variantes, mais aussi parce qu'ils ajoutent des vers qui ne sont pas dans nos manuscrits , et qu'Us en omettent qui s'y trouvent. Les éditeurs voient avec raison dans les faits que nous venons de signaler sommairement la confirmation de leur thèse que la Vulgate n'est pas antérieure aux grammairiens alexandrins qui établirent le texte d'Homère , thèse défendue par Ludwich ; mais qu'elle s'est formée plus tard. Ajoutons que le papyrus semble confirmer une conjecture de Nauck, //. [I, 39 : B^tréfâievat yàp ifuXktP pour ^tnip yàp h* ifuXkep.
La Rhétorique à Alexandre était copiée dans un manuscrit , aujourd'hui très fragmentaire, qui semble remonter au règne de Pbiladelpbe, à une époque assex voisine d'Anaximène, l'auteur présumé de ce traité. Le vieux manuscrit donne souvent des leçons meilleures et plus complètes que nos textes; il confirme en quelques endroits les conjectures des savants.
J'arrive enfin à un papyrus qui contient de nombreux firagments des 6^9 premiers vers d'Iphigénie en Tauride, Les lacunes sont très considé-
f*' Die Apologie der Heilkansl, Eine griechische Sophisienrede desfànften vorchrisl- Uchen Jakrhfomerts , Wîen, 1890.
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rables et la plupart des vers sont mutilés. On sait que cette tragédie appartient au groupe des pièces qui ne se trouvent pas dans les meilleurs manuscrits et qui sont dénuées de scholies. Un manuscrit qui, au ji^ement des éditeurs , fut écrit à une époque voisine du règne de Philadelphe est donc le bienvenu. Comparons les leçons du papyrus avec celles de nos manuscrits; elles s accordent la plupart du temps; voici les endroits où elles diffèrent. Aux vers 2 5 a et 618 de très légères fautes- de nos manuscrits, déjà corrigées par les savants, nont pas été commises par le scribe du papyrus. Au vers 621, xrstvovaa, leçon du papyrus, est préférable à ôvovaa. Dans le vers 6 1 8 :
le papyrus porte : o'i;/ùt[^o]paî; e{x^' Cette leçon n'offre pas de sens ; fautil la corriger au moyen de la leçon de nos manuscrits , et écrire -arpoo-- ^opâir (action d'offrir)? Au vers 587 nos manuscrits sont corrects , tandis que la leçon du papyrus n a ni sens ni mètre ; le papyrus n'est d*ancun secours pour corriger le vers 5 9 a. Iphigénie s'adresse à celui des deux captifs qui doit partir pour Mycènes et porter nue lettre à Oreste. Je propose :
xai ràs Mvuijvas oîaO' * iy\ ùs^^^ nàyù) ^éXto [sciL afâBrivai)^ (TeS>âYfTi xai <jii , inaÔàv oùx ala^pàv XaÊcav.
En somme, malgré son anticpiité, le papyrus ne peut passer pour un manuscrit très bon, ni le scribe pour intelligent ^*l
La teconde partie du volume contient des documents dont il faut dire quelques mots pour que ce compte rendu soit complet. Parmi les papyrus juridiques; signalons une sommation {(yxkvput) du temps de Philadelphe (p. i65). Correspondance officielle : Des femmes réclament pour un sacrifice un ptaXaucés élégamment vêtu et jouant du tambour, des cymbales et des castognettes (p. rïoo). Mention dans la sixième année du règne d'Evergète, dun Manéthon qui est peut-être l'historien (p. a a 3). Document du temps d'Evergète (p. 2 37) qui prouve définitivement que les lots de terre assignés aux soldats ne passaient pas alors à leurs enfants, mais faisaient retour à l'Etat. Le plus ancien des papyrus grecs datés (p. 2 4a) remonte à la cinquième année du premier Ptolémée : c'est un contrat de vente de grains. Ce volume, on le voit, accroît nota-
^^^ oMa xpCs Mss. ajouter la voyelle élidée, mais, au lieu
^*^ Au vers 6!i6, le scribe du papyrus d'écrire x^^f re, il a écrit xjKTfivroLy avait sous les yeux xœtrfAOctx il voulait en dépit du sens.