G. FAGNIEZ
d*une autorité en apparence bien affermie, va se trouver appelé k la défendre , a la sauver, à défendre et à sauver avec elle son pays. Le prince a laissé, sur les péripéties des 3'i, a 3 et a 4 février i8A8, un récit qui, écrit dans les trois mois suivants, présente la plus grande précision et mérite la plus grande confiance. Cest d après ce récit, qui s'accorde d ailleurs, dans son ensemble, avec celui de M. Thureau-Dangin , qu'il convient de juger sa conduite dans ces circonstances décisives. On ne peut mieux le faire , rendre hommage à la fois à sa personne et à la vérité, quen disant que le prince fit tout son devoir, mais qu il y avait encore, par suite de funiverselle abdication des volontés et des courages, plus encore à faire et qu il ne fit pas : le devoir des autres. Très supérieur à tous les défenseurs attitrés de Tordre, qui n'apparurent sur la scène que pour se dérober dans la coulisse, admirable de sang-froid, de courage, de résolution pom' protéger la retraite du roi et de la duchesse d'Oriéans, si heureusement inspiré quand il prend le parti de conduire la princesse et ses deux fils à Sainl-Cloud sur un caisson, il ne sait pas, tant que la lulte est indécise et qu'il suffit d'un peu d énergie pour écraser l'insurrection , sortir de ses devoirs hiérarchiques pour s'élever jusqu'au devoir patriotique qui consisterait à se saisir de la direction des opérations. Tout pourtant le convie à la prendre : les soixante-quinze ans et l'affaiblissement du roi, la défaillance et la débandade générales, la qualité de régent qui fait de lui le protecteur légal de la couronne de son neveu, l'artisan désigné du salut public. On souffi^ de ne pas le voir à côté de Bugeaud au moment où le maréchal prend le commandement avec la résolution de marcher sur les barricades; on est douloureusement surpris de le voir préférer à cette tactique, la seule adoptée par son frère , le duc d'Oriéans^*^, la seule qui tire tout le paiti possible de l'intimidation produite par la troupe et de son énorme supériorité sur les combattants civils, la tactique de la concentration qui est, en partie,^ privée de ces avantages et qui, dans la circonstance, avait, en outre, le tort de ne pouvoir être appliquée sans ime retraite dont l'effet moral devait être très fâcheux et qui ne pouvait s'opérer sans un certain désarroi. On s'étonne que la défection de la garde nationale, — échec grave assurément, mais facile à prévoir, — soit considéré par lui comme ayant rendu inévitable la chute de la monarchie. Qui pourra assurer que ce ne furent pas ses scrupules qui la perdirent ? Aussi bien son biographe ne pense pas autrement que nous quand , avec une mesure qui
^'^ «J*ai pour pnncipe de marcher personne, et daller au but, à fond cl droit dessus, dussé-jc n'être suivi par vite.»
est un *trait de son talent en même temps quune nécessité de son œuvre , il écrit :
Oui, assarément, la conduite du prince, pendant ces jours d*émeute, fut courageuse, et, pas un moment, sa maîtrise de soi ni son dévouement ne faiblirent. 11 n'est pas douteux qu*il ait fait tout ce qu'il crut devoir et pouvoir faille. Mais on peut regretter Tillusion qui fut la sienne, et cette hésitation à prendre un commandement qu*à défaut des hommes les événements lui offraient.
Si la conscience du duc de Nemours a été troublée, son initiative paralysée par les terribles responsabilités que les révolutions imposent aux princes , la proscription , la spoliation , la perte des êtres chers devaient donner un •nouveau lustre à des vertus que nous connaissons déjà. Son biographe nous conduit à Claremont, à Twickenham, à Bushey Park. (i'est un guide si respectueux , si discrètement ému , qu'il réussit à nous distraire du sort du pays pour nous intéresser aux joies , aux douleurs , aux deuils de la famiUe à laquelle ce pays s était confié et qui Ta abandonné à Tanarchie. Ce pays, elle y pense toujours pourtant, et Tidée patriotique qui la soutient dans ces épreuves, et qui Tunirait tout entière si la duchesse d'Oriéans ne se séparait d'elle sur ce point, ccst Tidée de refaire Tunité de la maison de France que la révolution de i83o a détmite. Elle n'a pas, pour s y rallier, à se démentir ni à désavouer son chef, le vieux roi qui vient de s'éteindre à Claremont le 26 août i85o. Ici encore M. René Bazin a voulu presque se borner à se faire le commentateur éclairé des documents; il a cru avec raison nous présenter sous leur meilleur jour les négociations engagées en vue de la fusion dès le lendemain de la mort de Louis-Philippe jusqu'en i85y, en nous communiquant les correspondances et les déclarations qui s'y rapportent. Ces négociations se terminèrent par une lettre du duc de Nemours au comte de Chambord, du a5 janvier 1 867, et par une réponse de celui-ci du 5 février. La première notifie au comte de Chambord l'abandon, ou, si l'on veut, l'ajournement indéfini des négociations; la seconde renouvelle la résolution du comte de Chambord , qui avait été la cause de cet abandon , de ne se prononcer sur la question du drapeau que lorsque le moment lui en paraîtra opportun. La lettre du tiS janvier 1867, ^^^ par le duc de Nemours comme chef de la maison d'Oriéans, pendant la minorité du comte de Paris, n'exprimait pas pourtant ses sentiments personnels. C'est ce que nous apprend une note écrite par lui beaucoup plus tard, le q3 juin 1877. Il déclare dans cette note que la lettre n'a été écrite que pour déférer à l'avis du prince de Joinville, du duc d'Aumale et du duc Victor de Bix)g^ie , choisi comme ari[>itre dans la dissidence qui s'était produite à cet égard entre les trois firères. D faut dire pourtant
i*26 G. FAGMEZ.
que cette lettre n'ajoute rien aux dédaiations verbales que le dut de Nemours avait faites au comte de Chambord dans l'entrevue qu'îk eurent à Nervi au mois d avril i856, et il est permis dès lors de penser que c'était moins pour Je fond que pour la forme que le duc de Nemours la désavoua. Seize ans plus tard, la question de la fusion fat posée de n«iveau , maïs cette fois d'une feçon pressante, impérieuse, par des nMlhenrs publics qui contenaient pour le chef de la maison de France et pour le pays de grandes et de terribles leçons. M. René Baon a tiré des archives de la famiUe royale, qui lui ont été libéralement ouvertes , les corresfX)iidanœs qui , en jetant une lumière générale sur un épisode dont les équivoques et les récriminations passionnées n'ont pu obscurcir la. triste simpliste , témoignent une fois de plus de la ciairvoyanœ et du patriotisme du duc de Nemours. Ayant gmtlé de son entrevue du â octobre 187 3 avec le oomte de Chambord l'impression que celui-ci est irrévocablement •décidé à ne pas renoncer au drapeau blanc, il exprime pourtant, dans ses lettres du 6, du 7 et du 12 octobre, faris de ne pas désespérer, de foire tout ce qu'on peut pour convaincre le comte de Chambord, et, dans l'impossibilité de constituer, sans son aveu, ime régence ou une lieutenance générale, il envisage comme k seui moyen de résister au mouvement révolutionnaire dont l'échec de la restauration va être, il le prévoit, le signal, l'expédient qui allait être, le 20 novembre, adopté par l'Assemblée sous le nom de septennat II est permis de conclure de cette correspondance que, sollicité, comme le prince de JoinviUe, d'accepter la lieutenance générale, il aurait refusé comme lui (iyC)-
L'échec de la restauration le privait de la satisfaction la plus conforme à son goût, à ses vœux et à son caractère, celle d'occuper son rang dans ia famille royale réconciliée , sur les degrés du trdne rétabli. A défSuit de cette situation , la seule normale pour un prince de la maison de France , il lui restait son rang dans Tarmée, son grade de lieutenant général que l'équité de fAssemblée nationale lui avait rendu. La présidence de la Société de secours aux blessés militaires vint s'y ajouter, et la jouissance de ce rang et de cet honneur dans une retraite où il recueillait du gouvernement du maréchal et de la haute société les témoignages les plus flatteurs de déférence , lui constituait un genre de rie dont sa modestie dut s applaudir conune d'une réparation de la fortune. R était, d'un autre côté, trop prévoyant pour ne pas se dire que sa situation, celle de sa famille, serait menacée le jour prochain où le gouvernement passerait aux mains des républicains de la veille. Il fut , en efiet , frappé dans les siens parla mise en non-activité, par la radiation des contrôles, par l'exil; luimême fat atteint par la radiation. Ces mesures amenèrent sa démission
LE DLC l)E NBMOUftS. 527
(le président do la société de la Croix-Rouge, la réduction de son train de maison, bref la simplification dune existence où la mort, d'ailleurs, ne cessait de foire des vides. Cette drsparitkm successire des intérêts extérieurs et des afiections ne refroidissait pas le foyer dont son patriotisme , son culte pour sa maison, sa piété éclairée et fervente étaient les aKiBBDts. Il donna de ces deux premiers sentiment» un dernier gage, au lendemain de la hkmcI dii cooale de Paris (8 septembre 1 8^4] , en allant , avec ses fils, porter au duc d'Oiiéans, à Stowe House,. Thommage de sa fidélité et la reconnaissance de ses droits. Quant à sa piété , qui fut empreinte de ce sentiment de la traditiorv qui a été peut-être son trait distinctif, c'est jusqu'à sa mort (26 juin 1896) qull fout aller pour en trouver la dernière lueur.
Cette mort dans une chambre d'hôtel meublé n est pas pour déparer par sa simplicité la destinée si haute et si attachante , bien qu effe se soit accomplie au second plan , que M. René Bazin a retracée. EBe accentue le mélancolique contraste que cette étude biographique fait appâraîtn'^ entre tant de mérites, tant (f espérances , et le peu d'inftuence de tant âe distinction sur les événements. M. René Bazin a cru qu'il aurait rempli sa tache s'il réussissait à fixer, à travers tant de vicissitudes , Funité morale de son personnage , à faire sentir et aimer le cœur chaud, la conscience scrupuleuse, fabnégation, l' appKcation , la variété d'aptitudes qui se cachaient sous une dignité un peu froide où la timidité avait beaucoup de part. Il a parfaitement réussi dans cette tâche ainsi entendue et ainsi restreinte , mais , slf a eu de bonnes raisons pour ne pas s'étendre sur îes circonstances historiques où s*est déroulée la carrière du duc de Nemours, il n*a pas reculé, répétons-le en terminant, devant des jugements d'une portée générale dont la sobriété ne diminue pas la netteté. \ous en avons déjà donné un exemple. Nous en trouvons un autre dlans cette réflexion qui doit dominer toutes les raisons par lesquelles on a expliqué les échecs du régime monarchique à la fin du xvin* siède et au siècle dernier : a Cest un fait remarquable, émouvant, mais non pas admirable, que trois fois en moins de cinquante ans la monarchie a refusé de se défendre contre ses ennemis de fintérieur et que Louis XVf, Charles X et Louis-Philippe ont laissé , sans résistance sérieuse , abattre le trône à l'ombre duquel s'abritait pourtant et voulait vivre le meilleur dû peuple de France. »
f;. FAGNIKZ.
528 HEMU BOKNECQIE.
LES CLAUSULES METRIQUES.
JuLiLS Candel. J)e Clausulis a Sedulio in eis libris qui inscribnniur Paschale opus adhibitis, igoA, Paris, ihèse latine, in-8^ viii- 1 7i4 pages. — Ed. de Jonge. Les Claasules métriques dans Sainte Cyprien. 1906, Louvain, Peeters, et Paris, F'ontemoing, in-S®, i56 pages. — Th. Zielinski. Dos Clauselgesetz in Ciceros Reden. 190/1, Leipzig, Dieterich'sche Veriags-Biichhandlung, in-8", vin-254 pages.
Depuis une dizaine d années , Ton a commencé à étudier avec soin les ciausules métriques latines, c est-à-dire les lois métriques appliquées, dans la prose latine, à la fin des phrases, et, à l'intérieur des longues périodes, toutes les ibis quil y a un arrêt de la voix ou du sens. Ces travaux furent d'abord , surtout en France , accueillis avec quelque scepticisme; depuis ces recherches ont acquis droit de cité. 11 suflGt,pour s'en convaincre, de remarquer que, sur cette matière, sans parler des dissertations , brochures ou articles , trois gros ouvrages de MM. Zielinski , Candel et de Jonge ont paru en moins dun «in, dans trois pays différents ^*l Cependant un certain nombre de professeurs et d'érudits ne croient pas encore à Texistence de ces ciausules. Ils estiment que Ion se trouve en présence, non de lois strictes, et strictement appliquées, mais dune sorte de rythme confus, comme celui du français, qui chante à Toreille de Técrivain et amène spontanément sous sa plume des cadences qui rappellent de loin celles de la poésie. Pour défendre cette opinion, ils se fondent sur les exceptions aux règles posées, et aussi sur la complication apparente des lois ; il leur paraît assez peu vraisemblable que des hommes comme Cicéron se soient donné la peine de les retenir et imposé la fatigue de les appliquer. Ces deux objections, fortes en ap|)arence, il semble que l'on puisse les réfuter, en s appuyant sur les travaux déjà publiés, et, en particulier, sur les trois ouvrages que nous signalons aux lecteurs du Journal des Savants,
Si les ciausules métriques ont été inventées par les modernes, si Pline le Jeune, Symmaque, Lactance ou Cicéron faisaient de la prose métri-
^^^ I^a production n'a pas été moindre vrages îles trois auleurs cités plus dans les années qui précèdent : voir haut. Encore y peut-on relever des la bibliographie fournie dans les ou- omissions.
LES CLAUSULES >fETRIQUES. :)29
que sans le savoir, comment expliquer que, depuis Ciceron jusqu'au cin^ ([uième siècle de notre ère, nous trouvions, chez les rhéteurs et les grammairiens, des conseils quelquefois obscurs, mais plus souvent très clairs ol fort précis sur la manière de terminer une phrase métriquement? Cicéron consacre à cette question une partie du troisième livre du De Oratore et un tiers de ïOrator; dans ÏInstitatio Oratoria, le chapitre 4 du livre [X lui est réservé; dans les traités de grammaire de Gaesius Bassus, de Probus, de Diomède, pour nous en tenir aux plus illustres. Ion fournit aux futurs orateurs ou écrivains les renseignements les plus détaillés sur ce point particulier. D ailleurs, alors même que nous ne relèverions pas chez des écrivains latins ces pi'euves irréfutables d un enseignement des clausules métriques, bien d'autres arguments nous permettraient d'établir, dune façon à peu près certaine, qu'il y a là un effort voulu, non pas une rencontre fortuite. Les clausules métriques, en effet, n'apparaissent dans la littérature latine qu'à une époque déterminée; c'est dans la Rhétotiqaeà Hérennias qu'on en remarque la présence pour la première fois ; auparavant on n'en trouve aucune espèce de trace même dans ce qui nous reste des discours. Cependant, avant cet ouvrage , on ne serait pas embarrassé de citer; parmi les écrivains ou les orateurs romains, des gens de goût, des esprits cultivés. De plus, à partir de la Rhétorùjue, ou mieux, à partir de Cicéron, un certain nombre d'oeuvres en prose sont métriques (on entend par là que les clausules en sont métriques), d'autres non, mais non pas au hasard. Il y a des genres qui exigent femploi des clausules métriques : l'éloquence, les traités didactiques, par exemple; d'autres les repoussent absolument, comme les lettres familières et l'histoire : bien que, dans les ouvrages historiques, des discours soient insérés , et que plusieurs des grands historiens soient en même temps des orateurs, ni César, ni Salluste, ni Tite-Live, ni Tacite ne s'inquiètent de terminer leurs phrases métriquement. S'il en est autrement pour Suétone et Florus, c'est que le premier compose des biographies , celui-ci se proposant d'écrire un éloge du peuple romain , non un ouvrage d'histoire t*J. Voilà pourquoi César, qui applique les lois métriques dans ce qui reste de ses discours, semble ne pas les connaître dans ses Commentaires ou dans celles de ses lettres que nous avons conservées. Cicéron, qui, dans ses lettres intimes, celles ([u'il adresse à Atticus , par exemple , se préoccupe assez peu de ses fins de phrase , suit , au contraire des lois strictes , lorsqu'il a lieu de penser que ses lettres seront vues par d'autres que par le destinataire. Comment
^*^ Cf. larticle «Prose métrique» de M. Loais Havet dans la Grande Encyclopédie.
530 HENRT BORNECQUE.
croire que loreiUe de l'écrivain ait vtrié d'un ouyrage à un autre , que \t» cadences se soient porésentées sous sa plume avec une irrégularité . . . si régulière, jamais dans les ouvrages hîstonques, où nous serions tentés de le<v attendre, toujours dans les lettres soignées, oà Ton ne songeait guère à les cherclier? Voici qui est phis singulier : ces cadences ne sont pas confuses f elles sont très précises et toujours tes mêmes; en gros, elles ne varient pas chez le même écrivain , ni même de Cicéron à Symmaque. Devant un mot final de type videantar ou potaissent (la dernière syllabe de b {^rase étant r^ardée comme indifférente), on trouvera toujours un trochée, ou son équivalent métrique le tribraque, excepttonn bernent le crétique^ jamais le spondée, le dactyle ou l'anapeste, sauf dan» des fins de phrases corrompues. Un mot final de type erat ou erant, de ty{>e oonstitisse ou constitissent , ne sera jamais précédé d*un trodiée, sauf, ici encore, dans des fms de phrases corrompues. Il est évidemment impossible d'expliquer des faits aussi bien établis et aussi constvits san» admettre l'existence de dausule» métriques volontairement recherchées par l'écrivain dsois certains ouvrages se rattachant à des genres déterminés, et où il soit des lois fixes enseignées dès l'école du grammairien ou du rhéteur.
Ces lois sont d'ailleurs simples. Elles ont pu jusqu'à présent sembler fort compliquées et bien algébriques; c'est ^e les études publiées jusqu'à présent devaôent descendre dans le plus menu détail , pour fournir le moyen de répondre à ceux, qui niaient l'existence de clau«iies régulières et voulues, et pour montrer tous les services que pouvait rendre ce genre d'études. D'autre part, à simplifier trop, on risque de donner des règles incomplètes; en écrivant, comme on l'a fait, qu*un ouvrage est métrique lorsque les phrases se terminent par trois ou quatre combinaisons bien défîmes de pieds que l'on indique, on laisse de côté des^clausules qui sont métriques cher certains écrivains, et inversement. Maia, en somme, on peut dïre qu'ait écrivain applique des lois niétriqaes à la Jin de ses phrase» , longue ceUes-à ne ressemblent jamais à la fin d^un hexamètre oa d'an pentamètre et ne renferment jamais, à la file, trois pieds de rythme é^ (spondée, dactyle, anapeste) oa trois pieds de rythme doable (ianibe oa tribraque )^^ J ajoute même que, dans les ouvrages métriques, huit fois sur dix, on ne rencontre pas, à la fin des phrases, deux pieds de rythme
^^^ 11 est inutile de taire intervenir le rieur, que Ton rencontre les gi'oupes trochée; à la (in de la phrase, la der- Cypruniqae vénisse, Cyprumqae pétisse, nière syllabe étant regardée comme in- ou scripsisse memorlam, on peut foudifférente, c'est en face d'un spondée jours scander sans l'aire intervenir le qoe f on se trouve en réalité : à Tinté- trochée.
LES QLAUSM.es métriques. 531
égal ou double à la file. En eifeC, f examen des travaux publiés jusqua présent sur ies clauses métriques et mes recherches personneHes non pubUëes encore me ^noetlent de poser les lois suivahies, qui rendent GOiBpte d'à peu près toutes les fms de phrase dans toute la prose snétriqoe latine; cette oonsidératian iera sans doute panâtre les règles plus ^simples ((U*on ne serait tenté ée le dire après «m ample coup d'œil ^^ :
i . Toùtei les fois (jfue le mot final ^t ^eonstitaé pmr un iambe oa se termine par un ïambe (scripsërint, mënièriam, mêndiioiàni, etc.), ie fied précé^ dent eera toajoars du ^nre égal (spondée, daotyie, anapeste). JSsceejh tiomieliemeMt , lorsqae le motjinal eêt constitaé par «r ïambe ou un cniiùfoe^ l'avaiU^emier pied peat être mi ïambe, à condition qoe le fiedantépéwalûème sod ail spondée #a un anapeste. - ^
2. Lorsque le mot {mal est formé de dsux pieds de rythme doubie (surtout diïambe, comme âmâvërânt), il est toujours précédé dun pied de genre égal (fipondée, anapeste cm dactyle).
3. Toutes tes fois que le mwi final est constitué par un spondée oaun .ana* peste on bien se termine par un spondée ou an anapeste (fërântur, âudïrônt, mémôriàm, vidèântûr, pôlUoeôr, ferébântur, elc.), le pied pénultième est toiyours un trochée, un iambe ou un irAraqne.
4. Toutes les fois que le motfmal est formé de deux om jdumeurs pieds de rythme égal (oonimendavi, constituissent), il est toujours précédé d'un érochée,d'un ïambe ou d'un trU)a4fue.
On remanofuera que le péon quatrième Ggure à la fois parmi les mots qui fuiifisecrt par un ïamlbe «t parmi oeux qui sont terminés par un pied de rythme égal : rien n'indique a priori ^comment il £aiut le couper, puisque, dans las ¥er8, ii est employé comme substitut ducrétique aussi bien que du baccliée.
Je le répète : j'ai indiqué ici des règles générales, qui se vérifient dans toute da prose latine , mais qui laissent place avx préférences indi* viduelles. Il est des écrivains, en efiet, qui, devatit un mot final de forme amdirent, admettent Tiambe à côté du trochée et du tribraque, tandis que d'autres le rejettent ; quelques-uns placent upiquement des spondées devant des mots finaux de ^pe fenantar, alors xpie, souvent, l'on rencontre également des anapestes ou des dactyles. Les lois suiv ies varient .un peu suivant les écrivains, quelquefois même suivant les «ouvrages d'un même auteur : on est d'accord aujourd'hui pour l'admettre. Si l'on a besoin de connaître d'une façon très enacte ies ràgles appli-
^*^ Se rappeler que îa dernière syllabe de la phrase est regardée comnie indifférente.
532 HENRI BORNECQUE.
quées dans tel limité, pour établir le texte par exemple, interviennent des règles de détail minutieuses et toute une algèbre de statistique, que Ton étudie pour la circonstance et q[ue Ion apprend vite. Mais en dehoi-s de ce cas, il suffît de retenir les quatre lois énoncées ci-dessus; on en conviendra , elles sont beaucoup moins compliquées que celles des choeurs gi^ecs ou même que celles de la métrique de IMaute. D'ailleurs, si Ion veut y faire attention , elles se résument dans la formule suivante : rompre le rythme le plus près possMe de la fin de la phrase.
Ce principe, aisé à retenir, s'appliquait sans trop de peine. Il est des mots finaux, comme ceux de type mêndâcîum ou polUceri, devant lesquels on trouve à peu près tous les pieds possibles, même chez les prosateurs qui donnent le plus de soin aux clausules : cest que de tels mots se décomposent en un spondée et im ïambe, c est-à-dire en deux pieds de lythme différent. Devant des mots finaux de type dicérènt, la statistique nous apprend que, neuf fois sur dix, la langue fournit d elle-même une fin métrique. Etant donnée la fréquence relative en latin , à Tavant-dernière place d'une phrase, des mots de telle ou telle forme métrique, les mots finaux devant lesquels ii est le plus difficile de réaliser une fin métrique sont ceux de type nondum , videar, dicêndi , mâjêstâtëm et videàniùr. Les quatre premiers, les écrivains les évitent, puisque, au lieu de 096 pour 1 ,000 qu'en donne la langue en fin de phrase, le nombre se réduit dans VOrator à 2 1 6 et dans le Dratas à 1 y 4 « aloi's que , dans ces mêmes ouvrages, on trouve deux ou trois fois plus de mots finaux de forme dicerenty polUceri et mendaciam qu'on ne s'attendait à en rencontrer. Les prosateurs latins, au contraire, marquent une certaine prédilection poulies clausules terminées par des clausules du type videantur; mais c'est à l'imitation de Cicéron , qui ne les recherche pas spécialement : elles paraissent plus nombreuses chez lui qu'elles ne le sont en réalité , parce qu'elles se ressemblent davantage, le mot final étant souvent videatar, videamur ou videantur, et le trochée pénultième esse ou fuisse. Bref, dans les conditions les plus défavorables, la langue fournit d'elle*même une clausule métrique plus de six fois sur dix (exactement 62 fois sur 100) : c'est même là ce qui rend parfois difficile de dire si un texte est métrique ou non, lorsqu'il est court et sort de la plume dun écrivain, qui est maître de sa langue et qui a l'habitude des clausules : tel est le cas pour certaines lettres de Cicéron , par exemple.
Les Romains connaissaient donc les clausules métriques; avec un peu de pratique, ils pouvaient aisément en suivre les lois, même en improvisant à la tribune. Aussi, désormais, l'étude d'un ouvrage latin en proso ne saurait-elle être complète, si elle laisse de côté les clausules : lorsque
LES CLAUSULES MÉTRIQUES. 5,13
lauteur ne s est pas occupé de les faire métriques, elle doit le montrer et nous expliquer, par des raisons tirées du caractère ou du genre de Tœuvre, pourquoi il a négligé ce soin; sont-elles métriques, elle doit établir les règles suivies et tirer des résultats obtenus les conséquences, souvent importantes, auxquelles ils conduisent. Sans parler des menus services que les recherches nouvelles ont rendues à la syntaxe, en expliquant la présence de certaines irrégidarités , amenées par le souci de terminer une phrase métriquement, — à la morphologie, en permettant de choisir entre certaines formes, — ou à la prosodie, en fixant la quantité de mots que l'on ne rencontre pas chez les poètes, elles sont, pour la critique des textes, un auxiliake sûr et utile. Possédons-nous, d*un ouvrage déterminé, un seul manuscrit, ce qui est le cas pour YOctavius de Minucius Félix? Les clausules permettent den contrôler la valeur, et, par là , jouent le rôle d'un second manuscrit. En avons-nous , au contraire, deux ou plusieurs, sur le classement desquels nous hésitons encore? L'observation plus ou moins exacte des clausules dans tel ou tel d'entre eux peut fournir un nouvel argument en faveur de celui-ci ou contre celui-là. Enfin la présence en fin de phrase d'irrégularités que ne corrige pas, soit une leçon négligée jusque-là, soit une modification d'orthographe ou un changement de ponctuation , suffit à déceler une corruption que, parfois, l'on soupçonnait déjà pour d'autres motifs, mais que, plus souvent encore, rien ne faisait deviner. Le texte établi, on peut, grâce avix dausides, le ponctuer plus scientifiquement, puisque les fins de phrase, et, à l'intérieur des longues phrases, les arrêts de la voix ou du sens sont précédés d'une clausule métrique.
Mais, surtout, ce à quoi l'on ne s'attendait guère, par l'étude, si sèche et si stérile au premier abord, de combinaisons de longues et de brèves, on arrive parfois à résoudre des questions longtemps discutées, ou dont rien, avec les moyens d'investigation que nous possédions jusqu'ici, ne pouvait donner la solution. Le Dialogue des orcUears est-il de Tacite, de Pline, de Quintilien, de Suétone ou de Florus? Le Dialogae nest pas régulièrement métrique; les ouvrages des quatre derniers écrivains mentionnés le sont toujours. Il y a une forte présomption de plus en faveur de Tacite; dans tous les cas, il est inutile, désormais, de prononcer l'un des autres noms. De même, l'étude des clausules prouve que c'est bien Pline qui a écrit la lettre sur les chrétiens. On peut même, dans certains cas, démêler, chez l'écrivain ancien, soit les intentions, soit les sources, qu'il avait omis de nous révéler. Dans la Correspondance de Cicéron, on distingue bien nettement des lettres intimes, où les clausules sont aussi négligées que la langue, la syntaxe ou le style,
534 HENRI BORNECQUE.
et d'autres, aa contraire, mieux soignées à tous ies points de vue, et métriquement pai^aites, parce queBes n'étaient pas écrites pour ieur seul olestinataii'e. D'autre part, dans la Vie d'Hadrien, dé YHisèmre Aagmsie, M. Pa«l von WinterfeW, grâce à la présence ou à labsenoe des dausuies, a pu faire deux parts : l'une empruntée à Marias Maximus , lautre transcrite mot pour mot d une aut(^iographie latine d'Hadrien.
Les services rendus par l'étude des ciausules , s'ils ne sont pas au5si iK)aiiireux ni aussi éclatants qu'on l'avait proclamé d'siiord, sont néanmoins assez sérieux et assez incontestables pour engager les érudits à se livrer plus fréquemment encore à ces recherches. On connaît désormais l'histoire des dausules métriques à Rome : empruntées par (es Romains à l'éloquence asiatique , vers 5o avant Jésus-dhrist, elles se sont perdues dans la prose rythmique du moyen âge, après avoir été, dans Imtervaile, appliquées à peu près par tous les prosateurs pmens ou chrétiens , si l'on met à parties historiens : l'observation en devient de plus en pins exacte, à mesure que l'on s'écarte de Cîcéron, et chez oertadns pères de l'Église, tximme saint Cyprien, elle est d'une rigueur qui s'interdit toute eKoeptioei. On sait également oommenl il faut étudier les fins de phrase, que l'on veuille snuplement, d'un coup d'œil rajHde , s'assurer que i écrivain les termine niétriqueaieiit , ou qoe i'on se propose , en <ieseeiidant jusque dans le mokidre détail , de tirer de cette recherche tous les secours opi'eUe peut fournir, fi y a bien quelques petites divergences de méthode, dont on relèvera aÎMiient ia trace, c» comparant ie livre de M. Zielinski à ceux de M. (de Jonge ou de M. i'aM)é Candel; mais est-on d'aocord ^ur la façon de tout scander dans Plante? Aux savants et aux érudits qui étudient kâs dausules métriques, il ne reste plus qifà se mettre d'accord sur xme méthode d'exposition assez simple pour 6tre ^sémenà comprise màoEie desprofvies, Toais assez précise pour ne laisser de'CÔtéaacun des 'éléments <de la question. M. de Jo»ge, M.l'aM^é Candel et surtout M. Zielinski ont réalisé, dans cette direction , un progrès incontestable. Niai doute que, à href délai, «ce problème ne soit n^olu; alors il s»^ pensnts d'espérer que, dans nos Hkéloriqiies supérieures et dans les universiÉ)és, au même tkre que la métrique des vers, on enseignera les ^grandes ii^es de ia Métrique de la proae.
Hekw BORNEGQUK.
LA THtHAÏDE DK SÏACK. 535
LA THEBÀIDE DE STAGE
Léon Legras. Étude sar la Thébaïde dé Stace. i vol. in-S"*. Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, 1 900.
PBEMIER ARTICLE.
1. La Thébaïde de Stace a de quoi piquer notre curiosité ; non pas quelle se distingue par des qualités supérieures; ce qui en fait l'intérêt, c'est précisément que , manquant de ces qualités qui assurent la vie à un poème , elle ait obtenu au moment de son apparition un succès très honorable et qu'il se soit même prolongé bien au delà de la mort de l'auteur. La Thébaïde a coûté à Stace douze années de travail ; il en a In des morceaux en public, au milieu de quels applaudissements, nous le savons par Juvénal ; nous savons aussi par Stace lui-même qu'à peine terminée elle était déjà admise dans les écoles. Depuis et jusqu'à la fin des temps antiques , elle n'en est plus sortie ; elle a eu ses commentateurs et ses imitateurs ; le moyen âge nous l'a transmise entière ; au dixième siècle Gerbert, avant d'être pape sous le nom de Silvestre II, interprétait, dans l'école épiscopale de Reims , les poèmes de Stace aussi bien que ceax de Virgile ^*K D'où vient cette fortune? Répondre qu'elle est un résultat de la décadence des lettres, qu'elle s'explique par la manie de la déclamation et des lectures publiques , c'est se tirer d'embarras à bon marché ; car enfin Pline le Jeune , dont nous apprécions l'élégance et le goût délicat, était lui-même fort préoccupé de faire bonne ligure dans les amphithéâtres et il n y a pas de raison pour que les auditeurs de Stace fussent moins cultivés que ceux de Pline. Aujourd'hui les séances des sociétés académiques et les conférences sont entrées dans nos mœurs; avons-nous bien le droit de condanmer un poème ancien parce que l'auteur en a lui-même donné lecture en public? Si les modern<*s en général se sont montrés sévères pour les « recitationes » , il faut bien dire que la faute en est en grande partie aux écrivains latins, surtout aux satiriques et aux moralistes ; ils n'en ont guère montré que le côté plaisant ; ils ont beaucoup insisté sur la vanité des lecteurs , sur la flagornerie souvent intéressée des aurliteurs, sur la puérile solennité de la mise en
^'^ Vaimaggi, Lu fortana di Stazin Intîna; Bhisttî di filolo^ia e d'istrnziotœ nella tradizione letteraiia latina c ba$$o r/ffjwiVa, XXI (1893), p. A09 et 48i.
536 GEORGES LAFAYE.
scène. En somme tous ces traits ne prouvent pas (|U(» la Thébaide ne dût |>as son succès a des suffrages éclairés et sincères. C'est en tout cas un procès que l'on peut être tenté de reviser en étudiant ie poème de Slace de plus près qu on ne i a fait jusquici. M. Legras s y est employé avec diligence; ses conclusions cependant ne s'écartent point de l'opinion reçue. Ce qu'il a vu surtout dans Stace, cest le rhéteur; il s'étend longuement sur son éducation et déplore comme il sied l'influence que l'école a exercée sur la formation de son esprit. Voilà qui va bien. Mais il serait peut-être aussi juste, et il serait certainement beaucoup plus nouveau, de montrer que la Thébaïde témoigne d'une dextérité singulière. Il est entendu qu'on n'échappe pas à son siècle ; au lieu de le constater avec regret, mieux vaudrait reconnaître qu'on éprouve une certaine jouissance à retrouver dans un ouvrage l'empreinte du temps où il fat éxrit; même si cette empreinte très visible dans la Thébaïde ne nous parait pas toujours d'un heureux eflet, elle sollicite en tout cas notre attention : l'inévitable anachronisme ne laisse pas d'y produire un contraste assez piquant, où le regard peut encore se plaire et d'où l'historien peut tirer profit. Un des prédécesseui's de M. Legras a établi par un dépouillement consciencieux que le décor et le costume de cette épopée mythologique sont absolument romains ^^^; sur ce point la démonstration était faite ; mais on pouvait encore chercher par où les idées . les sentiments, le choix des épisodes et des ornements poétiques étaient propres à flatter le goût des Romains du premier siècle ; c'était pour le moins une des parties importantes du sujet.
II. Nous devons d'abord nous demander comment Stace, paisible professeur, fils de professeur, né dans le pays le plus riant du monde, a été amené à chanter la guerre la plus atroce qu'ait conçue l'imagination des Grecs ; ne va-t-il pas jusqu'à nous montrer un héros dévorant à belles dents la tête coupée de son ennemi ? le huitième chant finit sur cette scène d'anthropophagie, qui s'est gravée dans le souvenir du Dante ^^^ Il serait facile de dire (jue Stace s'abusait sur sa vocation et sur ses moyens, si l'issue de son entreprise ne nous prouvait au contraire qu'en choisissant ce sujet il savait très bien ce qu'il pouvait attendre de lui-même et de ses contemporains ; un homme qui avait comme lui vécu à la cour devait avoir calculé, avant de commencer un aussi long poème,
^'^ G. Miedel, De anachrottisnio qui Infei'no , \X\11, i3o. La légende est
est in P. Papinii Slatii Tliebaide et du risle d'origine fj^recque ; Sophocle et
Achilleidej pix)gr., Passau, 189a. Euripide la connaissaient déjà.
«') Stace, Tkébaide,\U\, 765 ; Dante,
LA THÉBAiDE DE STAGE. 537
les chances de succès sur lesquelles il pouvait compter, et , comme il en a donné lecture par morceaux, au fur et à mesure quil avançait dans sa tâche, on ne saurait douter qu'il ait été constamment soutenu dun bout à lautre par la faveur du public lettré. Aujourd'hui ce que nous admirons dans les récits de bataille, ce sont les combinaisons heureuses dun art difficile, ou les beaux exemples de patriotisme, d'abnégation et d'attachement au devoir militaire; le déploiement de la force brutale ne nous intéresse pas par lui-même ; le lecteur le plus passionné a beaucoup de peine à suivre d'un œil attentif toutes les péripéties d'un grand carnage. n faut bien admettre que les Romains avaient sur ce point un autre goût. Sans parler des habitudes d'esprit que leur avaient données depuis l'enfance les afireux spectacles de l'amphithéâtre, ils avaient pu voir quelques années auparavant la guerre civile dans les rues de Rome, le Gapitole assiégé et livré aux flammes , quatre empereurs et le frère de Vespasien périssant de mort violente , les corps de Galba et de Vitellius mis en lambeaux par la populace , puis les faux Nérons , les prétendants d'un jour se disputant l'attention publique. Pendant que Stace travaille à la TTiébaïde, en 83, en 87, des conspirations se forment contre Domitien; elles donnent lieu à une répression impitoyable, dans laquelle succombe le cousin germain de l'empereur, Flavius Sabinus , un de ses ennemis les plus détestés et sans doute aussi un prétendant plus ou moins déclaré. Puis c'est , à la fm de 88 , la « guerre civile » d'Antonius Saturninus , entreprise avec le concours d'une nation germaine ^^l En un mot, si l'on veut bien comprendre la Thébaïde, il faut relire Tacite et Suétone. Ce rap-« prochement entre la fable et la réalité , soyons-en sûrs , se faisait de luimême dans les esprits , et quand on voit avec quel empressement ils en saisissaient l'occasion, on ne peut s empêcher de penser qu'à l'épouvante causée par tant d'horreurs se mêlait aussi une volupté inconsciente. L'incendie du Gapitole avait été raconté en vers par le père de Stace presque dès le lendemain de la catastrophe :
La flamme s'apaisait k peine , dit Stace , et ce bûcher des dieux n était pas encore éteint qu'on te vit , beaucoup plus prompt dans ton ardeur que le feu lui-même , apporter la consolation de tes pieux accents aux temples en ruines et pleurer la captivité du dieu de la foudre. Tu remplis d'admiration les grands de Rome et CèMr vengeur des dieux ; du milieu des flammes le {)ère des immortels t'applaudit.
Ge poète, comme on voit, ne perdait pas de temps. L'incendie du Gapitole , allumé par < l'Erinnye des guerres civiles » , lui rappelle aussitôt « les champs Phlégréens », où Jupiter eut à se défendre contre les assauts
^'^ Gseil, Essai sar le règne de l'empereur Domitien, p. 2^5 et suivantes.
SAVATTS, 69
tamiHIMI ^àTIOMAIC.
558 GEORGES LAFAYK
des Titans ^^^ Le père de St»ce se reneoDtra dans ce sujet avec un érnuk de baut rang : Domitiea luÎHQDêrne écrivit aussi un poème varies lerriUe» érénemenls de Van 69, où il avait faiUi perdre kk TÎe. C'est ^'en réaiilé pendant tout le premier siècio les Romains ont encore dans le sang la passion de la guerre âvife; elle tes attire comme un jeu borliare et faacr* nant « dont lis ne peuvent détadouer leurs yeux, et 1 msistanœ avec faKfaeHe lis la maudissent est une preuve de plus qu'ils n ont pas cessé dj songera Quoiqu'il ne s agisse plus de reconquérir la liberté, mab de changer db maître, elle est toujours pour eux non seulement possible, mais immir nente^^. Quand Tacite, au début des Histoires, fait k grands traits k tableau de l'époque des Fia viens , otk sent percer sons l'indignation da moraliste la satisiaction de l'orateur historien, maître d'«n beau sujet; 3 sait bien que i'iiistoire de cette époque « féconde en désastres » est une pâture de choix pour son public, un drame paJpilaMl avqo^ ne manant même pas le merveilleux.
A t>nt de catastrophes daas les choses faumarnes se joîgnrrent des prodisnes dans le cid. et sur U terre, les aTertis9eaient& de ia Ibudre et tes présages de raveair, heureux ou sinistres, ambigus ou manileslesw On ne vit jamais phis atroces calamités du peuple romain m plua justes indices de ia toionté des dieux prouver qu'ils œ YeîQent pas à notre sécurité, mais k notre vengeance ^^L
lU. Si, çn dépit de la Icntatrre isolée de Lucain, ht mytbologîe se mêle toujours à fhistoire , même à la plus récente , 3 nesi pas témémnre d affirmer que Thistoire pénètre la mythologie, qu'eMe Téciaireet Fanîme. 'Ce sont les nonts des dieux et des héros de îa fable qui Tiennent naturellement sous la plume âes pamphlétaires , lorsque dans des écrits anonymes, destinés à courir les rues de Rome, ils radient les puissants du jour. Néron, meurtrier d'Agrippine, derient Oreste ou Alcméon; on assure qu'il a des visions sinistres et qu*îl se croît poursuivi par tes Fbrîes armées de leurs torches et de teurs fouets. Comme on Taccuse même d avoir commis Tinceste avant le parricide , on te compare à GBdrpe ; on prétend que , parvenu à sa dernière heure, fuyant à travers la campagne , il ses4 souvenu dune tragédie où il avait joué le r^ de ce personnage el qu*d s*en répétait un vers, l'appliquant à sa propre situation, sans pouyw récarter de sa pensée ^*K H ne faut donc pas dire qua cette époque la
<'î Siace, Silnes , V, ^, 1 96. ^'^ Tacite , Anncdn. XiV, 1 ; Suétoae ,
^'^ Avida discordîarum dvitas , dit Néron, 34* S^» 4t); Dion Caasius,
sous IVéron un personnage de Tacite , LXIIT, 28. Domitîea lui-môma a été
Anmtkf, Xyi, 33. Voir Boîssier, Tacite, robjet de pampMets mythologiques :
p. i52 et 172. Gsell, Essai sur le règne de V empereur
(') Tacite, Histmares, I,. 3 et 3. Banàtàen^ p^ iiiS-256.'
LA THÈBAÎDE Y» STAGE. 539
mjfthologîe éUît usée, pirce ipielle Test pour yhkis. S'il est vrai qu die avait déjà siièi bien des assauts, elle était incessamment TiviPiée p«r les rapports qu'on y déoomraîft avec les événements publics. Peut-être même cette comparaison n a-t-«lle pas médiocrement contribué à busser fhistGfire du premier siède : à force d'assimiler les drames du Palatin à ceuK de la Gi^ce légendaire, il est fort passible quon y ait ajouté {dus d'un détaâ imaginaire. Quel est en somme le suj^ de la ThÂcSie ? Sénèque nous ie dit claireiiient dans sa pièce inacherée des Pkêmcimnes : cVst une guerre qm dépasse en horreur toutes les f^iienres civiles, puisque les chefs en sont deux frères qui s'entretuent pour la possession d'une courooDe :
Non utift est adbuc Gvile belLum; frater la iratrem ruai ^'^
A ce point de wte le poème de Stace n'*est pas sans rapport avec celui de Lucaîn ; on souhaiterait que M. Legras eût feit ressortir davantage les caractères communs aux deux ouvrages; celui^ n'est pas un des moins dignes d attention. On peut même se demander sî Staco n'aurait pas eu jwrérâément pour but d'écrire une autre Pkarsaie à sa manière , c'esl-kdire de raconter ime grande commotion politique dans un poème dont les légendes helléniques feraient tous les frais , et si ce retour prévu à la ti^adition n'explique pas les applaudissements qui ont salué son œuvre naissante, fl est vrai que Polynîce exilé cherche à reconquérir le pouvoir avec le secours de Tétranger- ce sont les troupes du Péloponnèse qui! mène contre Thèbes; mais sa quereHe divise la famille régnante; il a pour lui sa mère et ses sœurs <*^ et Ton sent bien qu'une partie des Thébains pcsnche en sa fiiTeur^*^. Etéode invoque pour garder la couronne cette raison qu'il ne veut pas abandonner aux vengeances de son frère les grands personnages, k sénat sur lequel s^'appuie ie souverain actuel; il y a entre eux et lui tme solidarîté d intérêts , des engagements mutuels qui lui sont sacrés; son abdication entraînerait leur perte. Voilà le parti dlîtéode, les gens en place ^*^. Mais Polynice peut compter dans Thèbes même sur beaucoup de sympaâiies secrètes; stutout il a pour fcri les femmes; quand Tydée, son ambassadetxr, qu'il avait chargé de faire valoir ses dronts, se retire après avoir essuyé un refus hautain, elles ie suivent des yeux, du toit de leurs maisons, et « elles le maudissent tout haut; mais tout bas, au fond du cœur, elles maudissent le roi^*^ ». De
('^ Séaèqae, Phémicimiu». 3â(. <') Stace, TlmlHaii. K, 58o.
^*) Stee, Tkébmde. XI, a^i. Oéon <*) AM.. H, H^ibi.
k Etëocle : « Te . . .Ipsa etiaâi fcnitrît, ^'^ Ibid. . 480/481 . ipsaeque odere sorores. •
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même à la fin du poème, lorsque Créon, héritier d'Etéocle, chasse (Kdipe de Thèbes, son arrêt est accueilli par lapprobation des courtisans et du peuple gémissant, mais leur approbation est hypocrite t^^. Evidemment ce n est pas dans les livres grecs que Stace a pris ces idées , même s il a pu les y trouver. Que dire de ce portrait du prétendant? Polynice «tourne ses regards vers Thèbes et s apprête à revendiquer la royauté; il se rappelle le jour où, le sort ayant favorisé son frère, il était resté debout, simple particulier, dans le palais d'Échion; il se revoit abandonné des dieux, il revoit ses amis tremblants, qui s écoulent en tumulte, le vide qui se fait de tous côtés et la fortune en fiiite; seule sa sœur avait osé le reconduire sur les tristes chemins de lexil; elle-même elle Tavait quitté au seuil de la ville et il avait refoulé ses larmes, dans la violence de sa colère. Ceux qui étaient joyeux à son départ, ceux qui formaient la cour du despote, ceux qui gémirent sur son exil, il les avait tous notés; et maintenant nuit et jomil les compte. La douleur et une colère folle lui rongent le cœur, unies à Tespérance, le plus cruel de tous les maux qui tourmentent les mortels, loreque son objet est lent à venir ^^^ ». Ne marchandons pas nos éloges; cest là un très beau morceau, quun rhéteur n'eût pas trouvé, s'il n avait pas été capable d'observer et de réfléchir. Stace représente la discorde telle quelle peut éclater dans un état monarchique, c est-à-dire telle qu'il l'a vue; elle est toujours plus ou moins liée à une tragédie de palais; de là une des principales différences qui séparent la TTiébdide de la Pharsale. Autour d'Etéocle il y a bien véritablement une cour; elle se compose de ceux que le poète appelle, conformément à l'usage de son temps, « comités »; Polynice exilé n'a qu'une idée fixe : les classer dans sa mémoire suivant ce qu'Û en peut attendre, pai^ce que là seulement est pour lui le salut. A Ârgos du reste il y a une cour [aala)^^^ aussi bien qu'à Thèbes; elle figure avec éclat dans les pompeuses solennités des familles princières , mariages ou funérailles ^^\ et elle y apporte ses préoccupations ordinaires. Stace, en même temps que Tacite, a lu dans le cœur des grands, par exemple lorsque , à propos d'une- cérémonie funèbre , il note « la vanité qui se mêle à la douleur et les ambitieux apprêts d'une cour en deuil ^^^ ». Il a même un joli mot, tout proche de la satire : une fête nuptiale est troublée par un accident de mauvais augure ; au moment où le cortège montait les degrés d'un temple , un bouclier suspendu à la voûte se détache ,
^*) Stace, Thêhaide, XI, 755. ^*) Mariage, II, i\iik% (voir 2îi4).
t*^ Ihxd,, H, 307-3ai et la suite jus- Funérailles, VI, i-a37 *^^ decarsio de
qa*à 362. la cavalerie (ai3-233).
<^) /6W., Vl,68. ^*5 VI, 68.
LA THÉBAlDE DE STAGE. 541
tombe sur le parvis, et on entend éclater au fond du sanctuaire un son de trompette mystérieux et puissant : t Tous s arrêtent; dans le premier moment de terreur ils se tournent vers le roi. Mais bientôt ils dbent qu'ils nont rien entendu, mox audisse negant^^\^ Stace déclare qu*un jour où il fut admis à la table de Domitien il n a eu d yeux que pour le maître (^); il se fait tort : quand l'occasion s'en présentait, il savait vmr autre diose et il savait aussi écouter ce qui se disait autour de lui. Derrière ce grand monde on soupçonne la présence de la foule ; elle joue un rôle très effacé dans la Thébaide; mais les chefs parient pour elle, au gré de leurs passions ou de leurs intérêts du moment. Que la puissance d'Ktéode chancelle, aussitôt Créon évoque, en lui crachant sa haine à la face, Timage du peuple asservi et décimé par la guerre. Enfin, suprême menace, il lui montre à ses côtés les prétoriens eux-mêmes, ^famala cohorsii, tout prêts à la révolte ^^^ Etéocle na plus qu'à disparaître; en effet il s*élance hors de son palais et il n*y rentrera plus vivant.
Georges LAFAYE.
[La fin à un prochain cahier. ]
L'INSCRIPTION DU BEUQUAIRE DE PIPRAWA^'K
T.- W. Rhys Davids , Journal of the Royal Asiatic Society de Londres , 1901, p. 397. — R. PiscHEL, Zeitschrifi der deatschen morgenlàndischen Gesellschaft, LVI, 1902, p. 167. — Sylvain Lévi, Journal des Savants, 1905, p. 5/40. — J.-F. Fleet, Journal of the Royal Asiatic Society de Londres, igoB, p. 680, et 1906, p. 149.
L'Académie des Inscriptions a eu la primeur de ce court mais intéressant document. Xai eu l'honneur de le lui présenter, il y a plus de huit anst*^ quand il était inédit et venait d'être découvert, ainsi que le vase en stéatite sur lequel il est gravé, sous un grand stûpa, près du hameau dePiprâwà, à l'extrémité nord-est du district de Bastî, encore en terri-
<*> II, ad9-a68. lecture faite à rAcadémie des Inacrlp-
(*) Sihes, IV, a, 58. lions dans la séance du i5 juin 1900.
^'' 7%06ai<fe^ XI, 269-296. (*) Comptet rendus de V Académie,
^^^ Cet article est la reproduction d*une 1 898 , p. 1 46 et 23 1 .
toire britannique, mais tout près, à moins d'un kilomètre de la firontière du NépaL Voici d'abord le texte, que je reproduis tel que je le reçus alors de M. Ftihrer, par Imtermédiaire de M. Foucber, et qu'il était aocepté encore tout récemment. Sj joios ia traduction , subsîaiitiellement la même , que nous en avons donnée aussitôt, BàMer ^^) et moi , presque en même temps etindqiendamment Tun de 1 autre :
yanaip iyam saiilanidhanc bndhasa bhagavate saki sakitibhatÎBani sabhaginikanam saputadalanaip ^'^K
Ce récipient de peliques da bienhenreux Buddiia (est le don pteiu) des Çâkyat, des frères de Sukirli (ou « de SukirU. et de ses frères» ^^^)^ conjointeuient aveclears sœurs, avec leurs fils et leurs femmes.
Cette courte inscription , où des fac-similés plus soignés venus bientôt après n'avaient pas lais^ une sexJe lettre douteuse , et dont le sens aussi , à première vue, semble assez dair; n'a pas ces^ depuis' d'occuper les spécialistes et même d'être portée devant un plus grand public : la presse quotidienne a daigné s'intéresser à « la tombe du Buddha », et l'on ferait un volume à réunir tout ce qui s'est écrit à ce propos. Pourtant , comme il n y avait dans ces polémiques que des solutions à mon avis inacceptables, sans un seul fait nouveau, je n'ai pas voulu rouvrir le débat pour mon compte. Mais , maintenant que, contre toute attente, un fait nouveau a été produit; qu'un des savants qui ont rëhdu le plus de services h l'épigraphie indienne, M. Fleet, a rectifié l'ordre dans lequel l'inscription doit être lue, et que, de ce résultat désormais acquis, qui, selon moi , confirme en somme plutôt qu'il n 'infirme la traduction à laquelle Bûhter et moi nous étions arrêtés d'abord, il a tiré une interprétation différente et des considérations à longue portée que sa grande autorité, ainsi que la science minutieuse et le ton assuré avec lesquels il les a produites ,
^'^ Journ. Roy, As, Soc. de Londres, 1898,9.387."
^'^ Les deux syllabes yattarn sont gravées en surcharge, au-dessus de la ligne. Les mots, bien entendu, ne sont pas séparés dans Toriginal, qui forme une seule ligne continue.
^*^ Trois interprétations sont possibles : les deux ci-dessus et « les frères Sukîrti». A fappui de la deuxième, je ne connais pas d^autre exemple en épigraphie. Pour la troîsiénie , on a le cas des trois frères Vasubandhu; mats il
n*est donné que par des sources chinoises , où Ton peut toujours soupçonner des nuientenons. Reste la pramière, pour laquelle il ny a pas non plus d'exemple exactement semblable , mais qui trouve un appui dans Temploi analogue du métronymîque remplaçant le nom. C*est en même temps ia {rins naturelle et celle, en somme, que j'estime préférable. 11 faut croire que les donateurs se sont crus suftisamment désignés par ce qui était sans doute leur commun surnom.
pourraient faire accepta comme des Tentés démontrées, je crois devoir reprendre toute ia question avec quelque détail. Je ne me propose pas pourUot d*en dresser la bibli(^[ra|&e; ce serait abuser de la patience du lecteur. Des nombreuses opinions exprimées je n'examinerai que les principales, les plus caractéristiques et vraiment originales.
La première objection, sinon parla date, du moins par rautoritéde 1 auteur, est venue de M. Rhys Davids ^^\ Pour lui, au lieu d'être le nom d'un personnage inconnu « sakiti, qui correspond à un sanscrit safarti et sigmfie « glorieux, illustre », désignerait ici le Buddha, et le stûpa de Piprâwâ serait celui même que, selon le vieux récit conservé dans le MahâpurinibbânasoUa, les Çâkyas de Kjipiiavastu , ici t les firères du Glorieux », c'est-irdire les hommes de son clan , auraient éievé immédiatement après la mort, au-dessus de la part à eux échue des cendres du Maître. Le stûpa de Piprâwâ, qui n est qu'à environ treize kilomètres au sud-ouest de Rumindài, le site de Tandeo parc de Lumbinî, lieu de naissance du Buddha, était certainement, sinon à Kapilavastu même, du moins dans le proche voisinage de l'antique cité , dont l'emplacement exact reste encore à déterminer. D'autre part, M. Rhys Davids a démontré savamment , — el, sur ce point, je suis parfaitement de son avis, — qu'il ne faut pas trop prendre à la lettre les légendes qui nous montrent le roi Açoka violant, — à l'exception d'un seul, celui de Râmagràma, qui n'est pas celui de Piprâwi, — les huit stupas entre lesquels les reliques auraient été divisées à l'origine, et en répartissant le contenu entre 8A,ooo nouveaux stupas construits miraculeusement par lui en un même jour, aux quatre coins de son empire. L'explication est donc séduisante; die est en même temps si naturelle qu'elle a dû se {présenter à l'esprit de tous ceux qui ont manié l'inscription. Et, de fait, M. Rhys Davids n'est pas le premier à qui ridée en soit venue : de divers côtés et dès le moment de la découverte, elle a été exprimée dans des journaux de l'Inde. Je ne doute pas non plus qu'elle n'ait été envisagée par Bûhler, et, en tout cas, j'y ai pensé de mon côté. Si néanmoins nous l'avons écartée i*un et l'autre, il faut bien que nous ayons eu nos raisons.
Parmi ces raisons , je ne veux pas compter l'objection présentée par \L Rhys Davids lui-même : que suklrti n'est pas une épithète courante du Buddha. Le fait est qu'elle n a été signalée jusquici comme telle ni en pâli, ni en sanscrit, ni dans le prâcrit des inscriptions; elle ne se trouve pas non plus parmi les 8 1 appellations recueillies dans ia Mahàvyutpatti , ni parmi les 58 de la liste plus courte publiée par
^'^ Jotmi. Roy, As, Soc, de Ijondras, 1901, p.597«
Minayev. Mais on comprendrait fort bien qu après avoir expressément nommé le Buddha, 1 auteur de Tinscription leût ensuite rappelé par une simple épithète laudative. Je n attache pas non plus d'importance au fait que, ni à Fa^hian, ni à Hiouen-tsang, il na été montré, ni à Kapilavastu même, ni aux environs, aucun stûpa contenant des reliques du Buddha. Mais voici deux raisons qui paraissent moins faciles à écarter.
Il y a d'abord Técriture, qui est si parfaitement identique à celle des inscriptions d'Açoka gravées dans le même caractère qu'il semble impossible de l'en séparer par un intervalle de plus de deux siècles. BûMer, qui était avec raison à l'afiùt de tout fait pouvant vieiUir l'usage de l'écriture dans l'Inde, a simplement dédaré qu'il tenait l'inscription pour antérieure à Açokn ; mais il est mort peu après, sans nous dire de combien ni pourquoi. Je suppose que son unique raison était l'absence de toute notation de la voyelle longue. Mais, outre que cette notation est parfois faite avec une certaine négligence dans les inscriptions authentiques du roi ^^\ — on sait que dans l'autre système d'écriture, qui va de droite à gauche, elle n'a jamais été en usage, — elle est complètement absente dans l'une des inscriptions de Râmgarh-Hill ^^, que personne n'a encore voulu faire remonter au delà d'Açoka, et elle est également absente dans l'inscription sur plaque de bronze de Sohgaurâ ^^\ sauf une seule exception. Et c'est précisément cette unique exception qui doit, semble-t-il, nous mettre sur la voie et nous indiquer comment les choses se passaient. Le plus simple, en eflfet, est évidemment de voir ici, non pas, comme le veut M. Fleet, l'emploi encore incertain d'une notation naissante, mais une simplification voulue d'une notation déjà établie; et c'est par un simple oubli que le scribe ou le modeleur de la plaque sera revenu, tout à la fin et pour une fois, à un procédé qu'il avait dans la main. Dans noire inscription, au contraire, il n'y a pas d'inadvertance semblable; la simplification y est conséquente, et elle est d'ailleurs justifiée dans cette espèce de graffito, où les caractères, d'allure grêle et un peu cursive, sont nettement mais très légèrement tracés, comme incisés au couteau, mais sans présenter pourtant, ni dans le détail, ni dans l'aspect d'ensemble, aucune trace de ces modifications qui décèlent d'ordinaire une diflTérence d'époque. Il est certainement téméraire de juger de l'âge d'un document
^'^ Par exemple, dans celle de Lum- Journ. asiatique, 111 (iQod)» P* 435,
binl. Comptes rendus de V Académie des et R. Pischel, Sitzungsberichte de TAca-
Inscriptions , 1897, p. a58. demie de Berlin, mai 1906, p. 49^.
^*^ Corpus Inscr, indic, 1, pi. XV, '^^ Proceedinys As. Soc, Bengal, iS^^^
Ind, Antiq,,U, p. lib. Cf. A# Boyer, p. 84.
L'INSCRIPTION DU RELFQUAIRE DE PIPRAWA. 545
sur de simples analogies paléographiques. Mais quand il y a, comme ici, identité complète, non seulement quant aux éléments, mais aussi quant au style, avec des monuments de même provenance, il est permis de ne pas hésiter. Il faudrait une démonstration péremptoire pour nous faire séparer par deux siècles et plus notre inscription de ses voisines de Nigliva et de Limibini.
Cet argument ne porte que sur lage assigné par M. Rhys David s à Tinscription. En voici un qui touche au cœur même de son interprétation, à cette qualification de « frères du Buddha » donnée aux Çâkyas. En sanscrit comme en pâli , le mot que nous avons ici sous la forme prâcrite bhati signifie proprement « frère », et, dans le cas présent, où il est immédiatement suivi des mots pour «sœur, fille, épouse», il a toute chance, a priori, d'être employé comme eux, au propre. Il peut aussi, par extension, dans certains cas, se dire d'un parent très rapproché, d'un cousin. Or nous ne connaissons pas de « frères » au Buddha ^^^ et les cousins que nous lui connaissons sont ici hors de cause. Pour des degrés de parenté plus éloignés, onaj/iâ//, vamçya, hanxlhi, sagotra, d'autres encore, jamais bhrdtri; tout au plus ce dernier pourrait-il s'employer en ce sens dans l'allocution directe, mais alors avec une nuance de familiarité qui serait absolument déplacée ici. Même la fraternité spirituelle ne comporte pas ce terme : on a des Biiddhaputras , des ÇàhyapatraSy des «fils du Buddha, du Çâkya»; la langue religieuse ne connaît pas de « frères du Buddha ». Quand des religieux se rencontrent, ils se traitent de « vénérable », ou à'dyiishmat (salutation qui revient à « puisses-tu vivre longtemps»), jamais de frère, et si un moine, en s adressant à une nonne, l'appelle bhagini « ma sœur », c'est dans un tout autre sens, pour bien marquer la pureté de leurs rapports. A ])lus forte raison de pieux laïcs se seraient-ils fait un scinipule de traiter familièrement de « frère » , dans un acte authentique, Buddha Bhagavat « le Saint, le Bienheureux Buddha », l'être sublime que les plus vieux livres de la secte appellent « le Maître des dieux et des hommes ». Même pour l'époque contemporaine du Buddha, la supposition me paraît improbable, et j'ajoute aussitôt qu'elle le deviendrait d'autant plus qu'on ferait descendre l'inscription plus bas. M. Rhys Davids se demande si l'unique raison des sceptiques qui doutent de sa démonstration ne serait pas (jue it is ioo good to be irae. Et, à dire vrai, il y a bien un peu de cela, mais il y a autre chose encore.
M. Pischel est arrivé à la même conclusion que M. Rhys Davids,
^'^ La tradition lui connaît un dcnii-lVèrc , Nanda, qui s'ost fait religieux. SAVANTS. 70
546 A. BARTII.
mais par une autre voie ^^K II ne veut pas que le mot exprimant l'idée de don ou d'œuvre pie soit sou&-en tendu, bien que le cas se présente fréquemment, peut-être une fois sur trois, dans cette sorte de documents ^*^ et que même, dans le cas présent, le mot ne soit pas réellement sousentendu. D ne Test, en effet, que pour nous, par suite des exigences de nos langues ; dans l'original il est suffisamment exprimé par nidhana « réceptacle, dépôt », ce nidhana étant aussi bien celui du Buddha, dont il contient les reliques, que celui desÇâkyas, dont il est l'œuvre. M. Pischel n'en cherche pas moins ce mot inutile, et il le trouve dans sukiti, qui est, selon lui, pour le sanscrit sukriti «fondation pieuse». Personne ne lui contestera ni le sens du mot sanscrit, ni la possibilité de l'équivalent prâcrit, bien que, d'après les analogies du pâli et du màghadf des inscriptions, on se fût attendu plutôt à sakati ou sukatL Mais toujours estil que l'expression ne se rencontre nidle part dans les nombreuses inscriptions de cette période, qui sont presque toutes des actes de donation ou de consécration, et où les formules de style abondent : on y trouvedâwa, dànamukha, deyadhamma, dhammadeya , dhamma; on n'y trouve rien qui ressemble à sakriti. Passant néanmoins sur ces objections, qui ne laissent pas de rendre défiant, nous avons la traduction : « Ce dépôt des reliques du bienheureux Buddha est la fondation pieuse des Çâkyas , des frères avec leurs sœurs, avec leurs fils et leurs femmes. >» Déjà dans cette traduction, on sent ce que la construction proposée par M. Pischel a de boiteux dans l'original. Le génitif bhatinani reste en l'air. On n'est pas « les frères Çâkyas », pas plus qu'on n'est « les frères français » ou « les frères allemands » ; on est « les frères de quelqu'im ». Il faut donc que ce malheureux génitif, enjambant non seulement sukiti, mais encore sakiyanam, aille s'appuyer sur budhasa bhagavate, où il n'est pas même relaté grammaticalement; gymnastique verbale qui peut être de mise dans le style artificiel des poètes , mais qui étonnerait dans cette langue des inscriptions, très souvent eliiptiqueetembarrassée, mais toujours directe. Car c'est bien ainsi que M. Pischel entend les choses : ces Çâkyas sont les firères, c'est-à-dire les parents éloignés du Buddha, et, comme il a le parler fi'anc, il affirme comme un fait démontré que le stûpa est « la tombe même du Buddha », et que l'inscription, la plus ancienne trouvée jus-
^*^ AUgemeine Zeitang, J5ei7a^e, yjan- t*^ Une ellipse tonte semblable est de vier 1902; Zeitschrijï der deatschen mov- règle dans les légendes des monnaies et genlànaischen Gesellschaft, LVI (lOO'i), des cachets, où le nom du roi ou du p. 1 57 ; Sitzanasherichte de rAcadéniie propriétaire est niis simplement au godes Sciences do Berlin, juillet igoS, niti F, sans mot recteur. p. 710, et mai 1906, p. 526.
qu'ici dans llnde , a été gravée immédiatement ou peu de temps après sa mort, juste, en Tan 4 80 avant J.-C. Après ce qui a été dit plus haut du peu de convenance de cette fraternité et de la quasi-impossibilité de faire remonter si haut cette écriture, je n'ai pas hesoin d ajouter que l'interprétation de M. Pischel me parait inadmissible.
M. Sylvain Lévi, à son tour, a bien voulu donner ses soins à ce malade obstiné à ne pas se laisser guérir ^^^. Suivant la piste ouverte par M. Pischel, il s'en prend, lui aussi, au mot sukiti; mais il en fait un adjectif répondant au sanscrit sukritin « bien méritant, pieux », et qualifiant les Çâkyas. Jusque-là et au point de vue du dictionnaire , rien que de légitime. Mais cet adjectif, il (*st obligé de le composer avec bhatinam, ce qui l'est beaucoup moins. Car, dans cette langue des plus anciennes inscriptions, l'adjectif simple épithète, qui ne fait pas locution, n'entre pas d'ordinaire en composition avec le substantiîF qu'il qualifie. Ces « Çâkyas pieux frères», ensuite, sont naturellement les frères du Buddha, ce qui fait une autre difficulté sur laquelle je ne reviendrai pas. Je remarquerai seulement qu(» M. Lévi , qui relève la « gaucherie » de la construction de M. Pischel, en propose une qui n'est pas bien bonne non plus : chez lui aussi, bhatinam est séparé d'une façon malencontreuse de son régime soit réel, soit logique. Car M. Lévi nous offre deux interprétations au choix. D'après l'une , il s'agirait des reliques du Buddha consacrées parles Çâkyas, ses pie^k frères, conjointement avec leurs famUles. C'est, en somme, la conclusion de M. Rhys Davids, avec une construction moins aisée, et je crois avoir dit pourquoi je ne puis pas l'accepter. En un point pourtant , en un seul , M. Lévi l'a amendée : il a bien vu la difficulté de faire remonter cette écriture à l'époque du Buddha, et il n'a pas manqué de nous prémunir contre la foi robuste qui a permis à M. Pischel de passer à côté. Il suppose donc que l'inscription ne fait que rappeler une consécration plus ancienne; qu'elle aura été tracée à l'occasion d'un remaniement du stûpa, comme ceux que la légende prête a Acoka et, qui sait, peut-être par l'ordre même du roi. Par une discrétion à laquelle je ne crois guèn» , l'auteur de la nouvelle consécration nous aurait tu son nom. L'amendement est le bienvenu; mais toutes les autres difïicultés subsistent; l'une d'elles, le titre de frères décerné aux Çâkyas , s'en trouve même aggravée , cette qualification ne se concevant plus du tout à une époque où le Buddha était revêtu, aux yeux de ses fidèles, de toute sa dignité surhumaine.
D'après la deuxième interprétation , que M. Lévi préfère , il s'agirait ,
^*^ Joarnal de$ Savants, 1906, p. 54o.
5/i8 A. BARTH.
non plus de reliques du Buddha, mais de celles des Çàkyas, ses pieux frères, que la légende, comme on sait, fait massacrer par Virûdhaka, eux, leurs femmes et leurs petits enfants. Le monument, élevé sans doute plus tard, comme l'écriture semble bien l'indiquer, serait peut-être le stûpa mentionné par Fa-hian, ou l'un des nombreux stupas vus par Hiouen-tsang sur le champ du massacre. L'explication est certainement ingénieuse; je doute pourtant qu'elle résiste à l'examen, tant elle soulève de difficultés. Il y a d'abord la construction, qui, cette fois, est décidément vicieuse : avec le sens proposé, il faudrait que sukitibhaiinam vînt avant sakiyanam et immédiatement après budhasa hhagavate. Il y a ensuite l'absence de toute mention de l'auteur ou des auteurs de la consécration. Les fouilles du stûpa n'en ont fourni aucune trace; elle devrait donc se trouver ici. Sur les reliquaires, cette absence ne se constate que là où l'inscription, très courte, n'est qu'une sorte d'étiquette ^^^ Je n'en vois du moins, pour le moment, pas d'autre exemple en une formule relativement aussi développée que celle-ci. Et le fait s'explique aisément. Cette mention n'était certainement pas affaire de simple ostentation , sur des objets destinés à être profondément enfouis et à ne jamais plus revoir le jour. Quand on voit comment, sur le reliquaire de Bhattiprolu par exemple ^'^^ , qui présente une si grande analogie avec le nôtre , sont longuement énmnérés et dénommés non seulement les auteurs de la fondation, mais tous ceux qui y%)nt eu la moindre part, et, ajouterai-je, comment ici-même , si l'inscription est comprise comme elle doit l'être , les frères de Sukîrti associent à leur œuvre toute leur maison , on est obligé de se dire qu'il y avait à cela quelque chose de plus qu'une satisfaction de vanité, et qu'on prêtait à ces mentions une efficacité mystique. L'invention des « pieux frères » ne nous dédommage pas de ce déficit.
Reste l'érection du stûpa en l'honneur de ces Çâkyas et la consécration de leurs reliques. M. Lévi appelle cela une canonisation , et c'en serait bien une; mais elle serait singulière. Ces Çâkyas de la légende ne sont pas du tout les innocentes victimes que nous présente M. Lévi. Par trois fois, nous est-il dit, le Buddha a détourné d'eux la vengeance qu'ils s'étaient attirée par leur morgue et leur mauvaise foi; la quatrième fois, il a laissé, impassible, s'accomplir leur destinée. En général, malgré des amplifications élogieuses de commande, la tradition n'est pas tendre pour les Çâkyas : elle les représente comme orgueilleux, obstinés, querelleurs; elle ne cache nullement que le Buddha n'a pas eu précisément
^'^ Comme dans celles de Sonâri; Séries, XY. Pour les inscriptions, Bùh- Cunningham, Bhilsa Topes, p. 317. 1er : Wiener Zeitschr,, VI, p. id8, et
^*^ Archaeological Snrv. ofindia, Inip, Epigr. Indien, II, p. 326.
à se louer de son peuple et que, pour lui aussi, s est vérifié le proverbe que nul nest prophète en son pays. Que, plus tard, on se soit apitoyé sur cette catastrophe vraie ou non de Kapilavastu, qu'on ait érigé des stupas en Thonneur des victimes et pour marquer le site traditionnel du massacre, rien de plus naturel. Les pèlerins chinois ont vu ces stupas et, parce que récemment le ïy Fûhrer s'est avisé de les inventer à nouveau et de fabriquer pour chacun une belle épitaphe en pâli, ce n'est pas ime raison de douter de leur naïf témoignage. Mais il y a loin de là à un culte de reliques. Car ce n est ni un tombeau , ni un simple monument commémoratif que nous avons à Piprâwâ ; c'est un véritable dépôt de reliques. À défaut de l'inscription, les objets qu'on y a trouvés le prouveraient^'^ : quelques fragments d'os mêlés à des mangalas, des lamelles d'or, des peries, de menus colifichets et figurines de bon augure, ce qu'on trouve d'ordinaire en pareil cas. Et ces reliques devaient être de tout premier ordre, car le stûpa est de grandes dimensions; encore maintenant, lavé qu'il est depuis tant de siècles par les pluies diluviennes de cette région , il présente une masse considérable, et il a fallu creuser à 28 pieds de profondeur pour atteindre le dépôt sacré : des vases en stéatile, dont deux grandes urnes du plus beau fini et une précieuse boîte en cristal , d'un travail admirable. Qu'on ait fait cela pour des laïcs, — au nombre de 9990 myriades au dire de Hiouen-tsang, — qui n'ont jamais passé pour des saints, qui, encore pour Fa-hian^*^^ n'étaient que des srotaâpannaSy de simples candidats à la sainteté et, encore, des candidats devenus tels in articulo mortis, me paraît, de toutes les suppositions, la plus improbable.
Les choses en étaient là , quand , par une simple observation , M. Fleet est venu les mettre au point ^^^. Il nous a appris que tous, jusque-là, nous avions mal lu l'inscription; qu'elle ne commence pas par salilanidiiane , et, pour le prouver, il lui a suffi de faire remarquer qu'elle se termine nécessairement par sdkiyanam, dont les deux dernières syllabes sont gravées en surcharge. Elle est en effet tracée en cercle autour du col du vase^'^\ et le cercle s'étant trouvé achevé avant l'inscription, le graveur a dû ajouter la fin au-dessus de la ligne. C'est l'évidence même. Si l'on ne
^*^ Voir le Rapport de M. Pépé , Jo«r/i. <*^ Cf. la reproduction que j*en ai
Roy, A$, Soc, de Londres, 1898, p. 573. donnée diaprés une copie à la main du
Cf. ArchaeoLSurv, ofindia, Inip, Séries, D' Fûhrer, Comptes rendus de l'Académie
XXVI, i; pi. XIII, XXVII , XX VIII. des Inscriptions, 1898, p. 332. Sur cette
^'^ Traduction de Legge, p. 67. reproduction, le tracé des lettres est
^*^ Journ. Roy, As, Soc. de Londres, exact, mais les traits sont venus trop
1 906 , p. 680. gros.
s'en est pas aperçu plus tôt, cela a tenu d'abord à la netteté même des premières copies et aussi au fait que la coupure fautive qu elles donnaient ne soulevait pas de difiBcultés majeures. Celles que nous avions reçues d*abord, Bûhler et moi, présentaient en eflfet Tinscription développée en une ou deux lignes; nous savions bien quelle était tracée en cercle, comme la plupart de ces épigraphes de reliquaires; mais ce n'est que plus tard que nous avons su que ce cercle était complètement fermé, et alors le pli était pris. Je puis même, pour mon compte, présenter une mauvaise excuse de plus : sur ma première copie, le texte commençait, non pas par iyam, mais par la lecture embarrassante yarji; Yi avait été pris pour un fleuron et figuré comme tel sur la copie, et j'ai dû naturellement y voir à mon tour un de ces symboles placés souvent en tête de cette sorte de documents.
Quoi qu'il en soit, pour être tardive, la rectification de M. Fleet n'en est pas moins certaine, et ce qui achève de le prouver, c'est qu'elle fait disparaître les dernières anomalies et difficultés qui pouvaient rester dans l'inscription. Nous avons en effet maintenant la traduction suivante en style télégraphique :
Des frères de Sukiti avec sœurs, avec fils et femmes, — ce dépôt de reliques du Saint Buddha des Çâkyas.
Ici, tout est dans l'ordre : la cascade de génitifs qui pouvait prêter à objection dans le premier arrangement est répartie d'une façon irréprochable : d'abord les donateurs ou fondateurs; puis la nature et l'objet de la fondation, ce qui est la construction normale; également normal, comme l'a rappelé M. Senart, en renvoyant à de nombreux exemples ^'^ est le génitif pluriel de la fin, sakiyanam, pour désigner la tribu ou la secte; appliqué au Buddha, c'est le développement de locutions comme Çâkyamuni, Çàhyasimha, « le solitaire, le lion des Çâkyas ». La première interprétation que nous avions donnée, Bûhler et moi, se trouve ainsi confirmée, à cda près que les auteurs de la consécration ne sont plus désignés comme des Çâkyas. De leur temps, ils ont été sans doute de grands personnages; mais, comme de tant d'autres, nous ne savons d'eux que leur nom. Le détail pourtant n'est pas sans importance, car il est peu probable qu'a l'époque où nous reporte cette écriture , Çâkya ait été encore vivant comme désignation ethnique.
Et, du même coup, tombent les autres interprétations que je viens d'examiner. La moins atteinte est encore celle de M. Rhys Davîds; mais
î'^ Journal asiatique, VU (1906), p. i35.
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elle Test, elle aussi, profondément; car Sakiii, redevenu décidément nom propre, mais venant maintenant en tête, n*étant plus une épithète de rappel, ne peut plus guère désigner le Buddha. Encore plus impossibles sont « la fondation pieuse des frères » de M. Pischel et t les pieux frères» de M. Lévi, qui ne se rattacheraient plus à rien. À moins de parti pris, il ne peut plus être question, ni de la « tombe du Buddha » érigée au lendemain de sa mort, ni des reliques des Çâkyas massacrés de son vivant. Ces interprétations s effondrent même si bien que j'aurais pu me dispenser de les discuter, si M. Fleet lui-même ne m y avait obligé en essayant de les remettre sur pied, en partie du moins, par une interprétation nouvelle, à mon sens aussi intenable que les autres. Puisqu'il aurait fallu tout de même les combattre, autant valait le faire suivant Tordre où elles se sont produites.
M. FTieet accepte en effet de M. Rhys Davids l'interprétation maintenant si improbable de Sukiti comme désignation du Buddha; à M. Lévi il emprunte sa conclusion générale qu'il s'agit des reliques des victimes du massacre. Mais alors le sakiyanam de la fin ne peut plus être nom ethnique, « les Çâkyas du Buddha » n'étant d'aucune langue. Il en fait donc un adjectif, le représentant du sanscrit svakîya, ■ sims, proprius », avec le sens de «proches, parents», que le mot a réellement; et il obtient ainsi la traduction suivante ^^^ que je reproduis en gardant autant que possible l'ordre des mots de l'original :
Des frères dn Glorieux , avec leurs sœurs , avec leurs fils et femmes . ce dépôt de (leurs) reliques, — des parents du Saint fiuddha.
Je ne reviendrai pas sur les points faibles, déjà suffisamment discutés, que cette interprétation a en commun avec les précédentes; je n'examinerai que ceux qui lui sont particuliers, la construction au moyen de laquelle elle est obtenue, et la façon dont elle dispose de l'ethnique sakiya.
Et d'abord la construction : rien qu'à jeter les yeux sur le mot à mot ci-dessus, on s'aperçoit qu'elle est bizarre; que la première partie de l'inscription et la dernière, qui sont en apposition entre elles, sont malencontreusement séparées par la clause médiane, la mention du reliquaire. Pas plus en indien qu'en français, cette clause n'est à sa place : en français, cette place serait au commencement; en indien, elle serait à la fin.
^'^ Joaru, Roy, As. Soc, de Londres, autre, avec la même interpi^étation de
1906, p. 149. M. Fleet n*est pas arriva sakiya, qui est encore plus improbable,
du premier coup à cette traduction; on Je nVn dirai rien, M. Fleet paraissant
en trouvera {ihid,, 1905, p. 6So\ une lavoir Ini-mème abandonnée.
Et que dire de la tautologie de toute la formule ? Après avoir désigné n les frères du Glorieux » , était-il donc nécessaire d'ajouter que ces frères étaient des parents? Et n'est-ce pas comme si les auteurs de Tinscription avaient senti eux-mêmes tout ce que la première désignation avait d'imprécis? Mais alors, pourquoi Tauraient-ils choisie? Ce nest pas de cette façon redondante que s'exprime d'ordinaire cette vieille langue épigraphique, anxieuse de dire le nécessaire, mais rien que le nécessaire.
On voit que faire le procès à la construction de M. Fleet, c'est faire en même temps le procès à son interprétation de sakiya. Je ne sais vraiment pas pourquoi il en veut à ce malhem^eux ethnique. Le sanscrit nous le donne sous la forme Çdkya; en pâli, nous avons Sakka, Sakya, Sàkiya; les prâcrits épigraphiques montrent Saka , Sakya , ici Sakiya , qui , probablement, n'est pas à corriger en Sakiya. De ces formes, dont M. Fleet a dressé un relevé fort utile ^^\ aucune n'est suspecte; toutes, elles sont conformes à ce que d'innombrables analogies nous apprennent des variations phonétiques ou simplement orthographiques de ces idiomes; toutes aussi, elles sont entrées dans des locutions qui se répondent sans la moindre discordance. Pourquoi donc chasser ce terme d'ici, où il cadre si bien, au profit d'un remplaçant que le lexique fournit sans doute, mais qui cadre si mal? Serait-ce parce que la tradition en donne des étymologies diverses et fantaisistes ? On irait loin à suivre cette voie. Si je comprends bien M Fleet, — car sa théorie est un peu comphquée et ne se laisse pas facilement résumer en peu de mots, — il ne nie pas l'existence d'un ethnique à peu près semblable, mais il veut que toutes les formes sous lesquelles le nom se rencontre en épigraphie et, sauf une seule, dans la littérature pâlie, proviennent d'un malentendu et doivent se ramener à l'adjectif possessif ^vafcîya. A force d'appeler les membres de la communauté ou du clan du fondateur Buddhasya svakïyâh , « ceux du Buddha », on aurait fini par les appeler les svaMyàh tout court. L'hypothèse est ingénieuse; je doute pourtant qu'elle rencontre beaucoup d'adhérents. Du moins faudrait-il produire des exemples de l'usage de cette locution prolifique, et, jusqu'ici, que je sache, il n'y en a pas d'autre que cette inscription même, comprise comme la comprend M. Fleet.
C'est pourtant sur cette base si fragile que M. Fleet construit tout un édifice chronologique. Dans notre inscription, qui d'ailleurs ne marque pas la voyelle longue, — j'ai déjà dit ce qu'il faut penser de celte omission, — sakiya serait encore entendu dans son sens original; elle
^'^ Jonrn, l\oy. As. Soc. de Londres, igoD, p, 645.
doit donc être antérieure au moins dune centaine d années à celle du pilier d'Açoka à Lumbinî (milieu du m* siècle av. J.-C), où cette notation est établie et où la désignation du Buddha comme Sakyamuni, « le solitaire des Çâkyas », montre que Tadjectif possessif a eu le temps de se changer en nom ethnique. Ce serait donc l'inscription de beaucoup la plus ancienne qu'on ait encore trouvée dansThide. Dune façon positive, M. Fleet ne s aventure pas plus loin qu a moitié chemin environ entre le règne d'Açoka et la date généralement acceptée pour la mort du Buddha; car il est un épigraphiste trop expert pour reporter d'emblée cette écriture à l'époque même du nirvana. II nous permet toutefois de faire à nos risques le reste du chemin. Mais, d'autre part, il ne cache pas l'espoir que, grâce au jour que le document a jeté maintenant sur l'histoire vraie du nom des Çâkyas, une enquête méthodique sur l'emploi des diverses formes de ce nom pourra conduire à des résultats importants pour la chronologie des livres du canon pâli. Souhaitons que l'enquête se fasse, mais qu'on ne se hâte pas trop de conclure.
Un mot encore sur la construction proposée par M. Fleet. J'en ai signalé la bizarrerie; je dois ajouter que celle-ci, mais non les autres anomalies de la rédaction , se trouverait plus ou moins atténuée si l'inscription était en vers. Or tout récemment M. Thomas a cru y reconnaître en efiFet une stance âryà très irrégulière, que M. Fleet a ensuite proposé de scander comme une upaglti presque aussi irrégulière ^^^. Il est toujours difficile de reconnaître une dryâ isolée, surtout quand elle présente d'aussi grandes anomalies que ce serait le cas pour celle-ci. Mais le fait est qu'en pâli et en sanscrit mixte on en trouve qui ne sont guère meilleures et que , si l'on rencontrait celle-ci parmi les stances des Therigdthàs par exemple auxquelles renvoie M. Thomas, il faudrait bien l'accepter pour une àryâ. Il est vrai que, dans ce cas, il resterait la ressource, que nous n'avons pas ici, de suspecter la tradition manuscrite. Sans la croire bien probable, je ne veirx donc pas rejeter absolument la suggestion; mais je ferai remarquer qu elle ne préjugerait en rien le sens à donner au mot sakiyanarn. Que celui-ci réponde en effet à un sanscrit Çdhya ou à un sanscrit svakïya, il aurait toujours sa première syllabe brève; car il y a longtemps que M. Jacobi a montré ^^^ que, si le pâli et le prâcrit abrègent forcément la voyelle devant position, le pâli souvent et le prâcrit bien plus souvent encore ne rétablissent pas la longue quand la position vient à être levée,
^*^ Joarn. Roy, As, Soc. de Londres, ^'^ Zeitschr. f. verfjfleich. Sprachf,,
1906, p. 452. XXIIJ, p. 594 et X\V, p. agi.
SAVANTS. 7 l
IMfRlHI.KIK ^irtOIALS.
Pour conclure, je crois donc, avec M. Senart^^^ avec qui je suis heui^ux d'être entièrement d'accord, que nous pouvons admettre comme traduction déGnitive de notre inscription ;
Ce dépôt de reliques du Saint Buddha des Çâkvas est (l'œuvre pieuse) des frères de Sukîrti, conjointement avec leurs sœurs, avec leurs fils et leurs femmes.
En somme, il faut s y résigner : Tinscription ne nous apprend aucune des nouveautés sensationnelles qu'ont cru y trouver quelques interprètes; elle ne nous apporte pas un témoignage contemporain du Buddha , qu'elle laisse dans sa pénombre légendaire et dont elle ne nous permettra pas de visiter « ia tombe » ; elle ne touche en rien , pas même indirectement ,^ ni pour les confirmer, ni pour les infirmer, aux récits de la division des cendres, ou de leur translation par Açoka, ou de la ruine de Kapilavastu et des Çàkyas; elle ne nous fournit pas davantage les amorces d'un système chronologique; elle nous fait simplement connaître, avec le nom d'un personnage inconnu, sans doute quelque râja local, l'existence, après tant d'autres, dent, os frontal, vase à aumône, cheveux, jusqu'à l'ombre même, de nouvelles reliques du grand réformateur, reliques plus anciennes probablement et qu'il nous est pei'mis, si nous le voulons bien, de supposer plus authentiques que les autres. C'est peu; mais mieux vaut un résultat négatif que des données illusoires.
Les reliques sont maintenant à Bangkok, où, après tant de siècles d oubli, elles servent de nouveau à l'édification des fidèles.
H. DfisSAU. Inscriptiones latinae selectae. Vol. II, Pars II. i vol. in-8^ — Berlin, Weidmann, igo6.
J*ai déjà signalé dans le Journal les deux premiers volumes de cette publication qui, ainsi que je Tai dit, a pour but de remplacer les recueils d'Orellî et de Wilmanns, c'est-à-dire de mettre entre les mains des érudits un choix judicieux d*inscriptions romaines de toute nature. Le fascicule qui vient de paraître termine 1 ouvrage. On y trouvera les inscriptions relatives aux corps de métier ou aux collèges funéraires, celles qui mentionnent des professions et des professionnels, ouvriers, artisans, architectes, avocats, médecins, professeurs, etc.; un grand nombre dVpitaphes remarquables par quelque particularité (par exemple : dispositions
Journ. asiat,, VII (1906), p« i36.
spéciales relatives à la tombe, fragments de testaments et panégyriques inscrits sur le monument, précautioni prises contre les violateurs de sépultures, etc.). Pui vient la collection de ces petites légendes épigraphiques gravées sur menus objets en métal, en poterie, en verre, qui formaient le mobilier usuel des Romains. L'appendice du livre mérite d'être particulièrement signalé. Persuadé à juste titre que les inscriptions d*époque romaine et relatives à des Romains qui ont été rédigées en grec dans les provinces orientales de TEmpire suivant les règles introduites par Tadministration impériale appartiennent bien plus à Tépigraphie latine dont elles procèdent qu*à Tépigraphie grecque dont elles s'écartent sensiblement, Tauteur en a donné toute une série à la fm de son recueil. C'est un très utile complément du travail. Il ne reste plus qu'à publier les tables détaillées de l'ouvrage entier; pour le moment il n'est encore abordable qu'aux épigraphistes de profession et encore n'est-il pas facile pour eux de s'orienter à travers les g,ooo inscriptions qui le composent R. C.
Albert Rivaud. Le problème da devenir et la notion de la matière dans la philosophie grecque depais les origines jusqu'à Théophraste. i vol. in-8". — Paris, Alcan,
Cet ouvrage se distingue et par l'abondance des matériaux recueillis et par le talent de la mise en œuvre. Je louerai en outre cbez l'auteur la prudence raisonnée de ses jugements. Il n'ignore pas que • convenablement interrogés, les textes donnent la réponse qu'on en sollicite • (p. 1 14), et il a résisté à cette dangereuse tentation. A plusieurs reprises, il insiste lui-même sur tout ce qu'offre d'incertain et d*bypotbétique l'interprétation de ces anciens systèmes. Non seulement l'esprit humain n'avançait qu'en tâtonnant dans un domaine où il faisait ses premiers pas , mais la pauvreté du vocabulaire philosophique avait pour fâcheuse conséquence la multiplicité des acceptions imposées tour à tour aux termes les plus essentiels. Il y a jusque chez Platon , ce maitre écrivain , des passages où « sont entassées comme à plaisir les circonlocutions, les redites, les formules ambiguës et mystérieuses» (p. ^93). Au surplus, M. Rivaud n'a rien négligé pour s'initier à l'immense bibliographie de son sujet, ainsi qu'en témoignent ses 1,099 notes; et le seul regret qu'il soit ici permis d'exprimer, c'est que , si merveilleusement informé en tout ce qui touche la science allemande, il ait passé entièrement sous silence des auteurs et des livres français parmi lesquels d s'en trouvait de tout premier ordre.
Deux théories intéressantes, quoique discutables, me paraissent constituer l'originalité de son remarquable travail.
La première , c'est que la notion moderne de • matière • , longtemps étrangère aux métaphysiciens et même aux physiciens de la Grèce , aurait été remplacée par un concept d'ordre différent Ce qui est alors désigné par ^hf n'est point chose inerte : c'est bien plutôt «la cause dernière de tous les changements, l'être changeant par excellence, l'expression ou le symbole parfait du changement» (p. 455), ce qui revient à dire en langa^^e philosophique que durant cette période primitive l'être et le devenir ne sont pas sépiarés. Cest ce qu'enseigne encore Aristote au iv* siècle par son recours à la ^vvdfus, si nous en croyons M. Rivaud : mais alors quel sens attacher â la notion capitale de l'vacte pur»? Et chez Platon, chez Socrate, chez Parménide , même chez Pvthagore, peutron soutenir qu'être et devenir ont été un seul instant confondus 7
La seconde théorie, en connexion étroite avec la précédente, c'est que , contrairement à l'opinion courante , les physi<dogues ioniens ne se seraient pas posé le pro-
blême de la substance commune et universelle des choses. Et quand on nous paiie du rôle assigné à Teau par Thaïes, à Tindéfini par Anaximandre, à Tair par Anaximène, au feu par Heraclite, il s'agirait avant tout du principe et de la loi d'évolution (les êtres. « L'œuvre de la science est d'expliquer Tordre du devenir» (p. 456). Dans ma Philosophie de la nature chez les anciens (p. 67) j'ai fait observer qu*en effet, grammaticalement parlant, ^0*19 peut désigner indifféremment, selon les exigences de la pensée, un principe actif ou un principe passif, et j'accorde que l'antique épigraphe traditionnelle Uepl ^Ù(T€6i)s a été parfois trop exclusivement entendue dans ce dernier sens. Mais M. Rivaud, de son côté, ne va-t-il pas trop loin ? « D'une manière générale, écrit-il (p. 262), la nature ou la ^itatç est l'élément permanent de chaque chose , ce qui , en elle , tombe sous les prises de la science et peut être déterminé et prévu. • Soit ; mais voici le commentaire qui se lit à la page suivante : «La nature n'est point l'unité d'une définition logique, mais l'unité vivante que manifestent des propriétés ou des qualités diverses. Elle s'accompagne toujours d'aitributs concrets : elle est féconde et productive. Par suite on ne peut la séparer du changement. » Ces deux dernières phrases soulèveront sans doute mainte contradiction.
D'autres vues de M. Rivaud ne méritent pas moins l'attention. On admet assez volontiers aujourd'hui que les théogonies et les cosmogonies des premiers âges de la Grèce ont laissé des traces visibles dans les plus anciennes explications scientifiques qui furent tentées de l'univers. M. Rivaud croit en outre à leur persistance même à une époque beaucoup plus récente. « Au fond , écrit-il , l'interprétation de la nature demeure celle que le mythe avait imposée . . . Nous verrons les philosophes s'employer pendant des siècles à mettre d'accord le monde légendaire et le monde observé , le monde imaginé par les poètes et le monde construit par les logiciens* (p. 80). En ce qui concerne Platon et Aristote, je croirais plutôt qu'en composant leur physique l'un et l'autre , chacun d'ailleurs selon ses affinités propres , ont surtout consulté la science de leur temps. Et pui^ue j'en viens n parier de ces deux grands philosophes, est-il exact que le monde où ils nous introduisent à la suite d'Heraclite et d'Anaxagore soit «une suite de fantômes parmi lesquels rien de solide ne demeure , une fantasmagorie , un miroitement d'apparences mobiles où la pensée se perd» (p. i^'j)^ Doit-on même généraliser cette conception, partant attribuer au génie grec « une vue profondément pessimiste de la nature » , si bien que seule l'idée d'un ordre, d'une loi rationnelle qui domine le devenir ait «immunisé les Grecs contre le découragement »? Quelcpies réserves ne seraient pas ici superflues.
Sur d'autres points de moindre importance ( telle , par exemple , l'explication de la X'^P^ dans le Timée), la conclusion à laquelle s'est arrêté M. Rivaud aura peine à rallier tous les suffrages. Mais au lieu de multiplier les critiques, il me parait plus équitable d'insister sur les rapprochements ingénieux ou les judicieuses observations qui abondent dans l'ouvrage. Ainsi je m'associe pleinement à la protestation de l'auteur contre la condamnation des mythes platoniciens récemment prononcée par un philosophe. S'il y a une partie mytliique dans le Timée, «cela ne veut pas cure que les résultats acquis soient négligeables ou de peu de valeur» (p. 383). Platon s'est entendu bien des fois reprocher d'être un idéaliste incorrigible. Au contraire, « dans toute son œuvre , c'est la science des apparences qui tient le plus de place , c'est dans le monde des êtres assujettis au changement que le philosophe passe sa vie » (p. 37g). Un chapitre remarquable sur la hiàvaynç aristotélicienne (p. 585-3g5) , où sont distingués avec finesse les sens variés de ce terme , aboutit à la thèse que
Yoici : « Ce concept sert à unir d*ime manière paradoxale l*étre et le devenir. Noos ne trouvons point, dans la nature, de puissances qui ne soient à quelque degré des êtres déterminés et définis. Mais en même temps le mot lui-même implique que ces êtres sont imparfaits et inachevés , engagés dans le devenir, sans lequel on ne peut les concevoir. » Le positivisme contemporain se raille de Descartes déclarant que Tâme est plus aisée à connaître que le corps. Les anciens ont pensé comme Descartes : « Les premiers physiciens recueillent les résultats de Tooservation psychologique et morale non moins que les données de Texpérience physique . . . L'analyse du langage et la réflexion conçoivent Tunivers sur le modèle aeThomme. Elles y aperçoivent les mêmes oppositions , les mêmes conflits, la même harmonie finale» (p. 455 et 269). C. Huit.
Ferdinand Cavallera. Le schisme d*Antioche (tr'-w' siècle), 1 vol. in-8\ — Paris, Alcan, 1905.
La question traitée dans cet ouvrage est assurément une des plus embrouillées de toute rhistoire ecclésiastique. Le schisme d'Antioche commence peu d'années après le concile de Nicée (325 j ; il se termine à la fin du v* siècle.
L'auteur a tenté, par un puissant effort, souvent mais pas toujours avec succès, de mettre de l'ordre et de jeter quelque lumière dans les diverses phases de cette querelle , où les variations dogmatiques des théologiens officiels et les interventions, tour à tour favorables et hostiles aux uns et aux autres, des empereurs et des papes amenèrent des complications inextricables jusqu'au jour où Innocent l*' acheva l'œuvre de réconciliation générale , poursuivie opiniâtrement par Damase , Sirice et Anastase, ses prédécesseurs. M. Cavallera nous montre Mélèce, évêque d'Antioche, président du concile de Nicée , constant adversaire d'Arius , exilé par trois fois, sous l'accusation d'immoralité, de lèse-majesté, comme ayant manqué de respect à la mère de Constantin, et de tendances favorables au sabeliianisme. Ses ennemis acharnés l'accusaient de confondre, comme SabelUus, les trois personnes de la Trinité en une seule , qui est Dieu. M. Cavallera nous fait aussi assister aux agissements des orthodoxes, les uns fidèles sectateurs de la doctrine catholique, les autres enclins à la faire dévier. Dans le récit de ces querelles, où la question de Vàfioovaia (la consubstantialité du Père et du Fils) fiit souvent une question grammaticale, il place en belle lumière la pensée et l'éloquente parole de Basile le Grand, des Grégoire de Narianze et de Nysse, de saint Athanase, de saint Jérôme, de saint Jean Chrysostome. 11 relate en détail les efforts des papes en vue de rétablir l'ordre et la paix chez les Orientaux. Il ne se dissimule pas la diflBculté de cet historique (le mot imbroglio est venu sous sa plume); il avoue plus d'une fois que les témoignages , même contemporains , laissent mainte solution en suspens. La liste bibliographique des auteurs compulsés dénonce le travail énorme auquel s'est livré M. Cavallera. L'introduction , après un relevé rapide et assez clair des faits principaux , examine les « sources ariennes , méléciennes , pauliniennes • qui se |)artagent — en rivalisant de subtilité — la controverse du schisme. L'ouvrage se termine par un « résumé chronologique » et un copieux index. C. E. H.
LÉON MiROT. Les insurrections urbaines au début du règne de Charlex VI (iSSO- 1383). Leurs causes , leurs conséquences. 1 vol. in-8'. — Paris, A. Fontemoing, 1906.
Un appareil de références et de notes presque aussi important que le texte même; de nomîoreuses et longues citations de documents inédits; des dissertations critiques au bas des pages; une table des noms propres de lieu et de personne extrêmement
complète et minutieuse , tout indique l'œuvre d un éinidif de profession , pour qui l'exactitude du détail est le premier devoir et qui ne veut rien laisser perdre de sa science. L'Académie des Inscriptions a très justement récompensé ce livre de Mé Mirot. L'érudition , qui y est abondante et je dirai presque débordante , ne nuit pourtant pas, en général, à la clarté et à l'intérêt du récit.
Il s'agit ici d'un épisode capital, non seulement de Thistoire du règne de Charies Yl , mais de l'évolution de la monai^chie , en France , au déclin du moyen âge. La conjoncture était particulièrement grave. De 1 38o à 1 58a , il s'est produit , dans la capitale et dans les provinces, une réaction qui a menacé de compromettre et même de ruiner l'œuvre de Charles V. L'opposition , plus iinancière que politique » s'est manifestée doublement, et sous la forme légale de la résistance des Etats généraux et provinciaux , et par un mouvement contagieux d'émeutes populaires qui gagna presque tous les grands centres urbains. On se trouvait alors à un tournant de l'histoire nationale. La question était de savoir si la France, suivant l'exemple de l'Angleterre , établirait contre la royauté un régime de liberté maintenu par une représentation périodique , ou si , confiant toutes ses destinées à une dynastie absolutiste par hérédité et par tradition, elle allait s'engager de plus en plus dans la voie de la centralisation à outrance et de l'assujettissement sans limites.
Ce fut ce dernier courant d'idées qui Temporta. Mais il y eut un moment (celui-là même que M. Mirot a voulu saisir et nous faire connaître avec précision) où la balance sembla pencher de l'autre côté. En utilisant toutes les données que pouvaient lui fou» nir d'une part les témoignages narratifs et surtout la Chronographia regam Francoram et la Chronique des quatre premiers Valois , très supérieures au récit du Religieux de Saint-Denis; d'autre part, les mandements royaux, les quittances, les registres de comptes et les registres du Paiiement, Tauteur est arrivé à retracer le tableau vrai des événements qui agitèrent la France du Nord à la mort de Charles V et au début du règne de Charles VI.
La première partie de l'ouvrage traite des Etats généraux et provinciaux et de l'abolition des aides (i38o-i38i). Les assemblées de langue d'oïl essayent de rossabir, au moins partiellement, les privilèges dont on les avait dépouillées sous les règnes antérieurs. Devant le refus des subsides, les régents qui agissaient au nom de Charles VI, âgé de douze ans, se résignèrent tout d'abord à capituler. L'ordonnance du 16 novembre i38o, complétée par celles de janvier et de mars i38i, revenait sur le système financier des dix dernières années et, à cet égard, ramenait la France «au même point qu'au début de la guerre de Cent Ans». Elle faisait remise « de tous les fouages , impositions , gabelles , décimes et aides » aux sujets du roi. C'était le résultat de la résistance des représentants du pays et aussi de la démonstration insurrectionnelle que firent la bourgeoisie et le peuple de Paris à la fin de Tannée i38o. Mais il aurait fallu, pour que ces ordonnances libératrices fussent appliquées et maintenues, un effort d'opposition considérable et tenace. Or les Etats généraux et les assemblées locales se montrèrent incapables de mettre à profit la victoire acquise. Le menu peuple ne s'entendait pas avec les représentants des hantes classes , et l'union même de ceux-ci ne fiit pas ce qu'elle aurait dû être en face de l'adversaire commun. La royauté, en i38i, reprit possession de l'administration des aides et prépara le rétablissement des impots indirects qu'elle avait su[)primés.
Ce retom* offensif du pouvoir personnel amena , en 1 382 , surtout à Paris et en Normandie, une série d'insurrections dont M. Mirot a essayé (c'est la seconde partie de son livre) de nous faire connaitre le caractère général et les incidents.
Il a étudié surtout l'émeute des Maillels à Paris et celle de la HareUe à Rouen, et, sur ce dernier point , refait la monographie de Lecarpentier. A cette époque, les manifestations du mécontentement populaire n'étaient pas particulières à la France. La démocratie se remuait à Florence , en Flandre , en Angleterre , aussi bien qu*à Rouen, à Orléans et à Paris. M. Mirot consacre quelcpies pages k Texamen de ce phénomène européen, en affirmant que ces divers mouvements n*ont été Teffel d*aucune entente , et que même les émeutiers gantois et parisiens n*ont pas agi de concert, comme on l'a souvent répété. A coup sûr les insurrections françaises de 1083 se sont produites sans lien , isolément, et c'est ce qui explique pourquoi le gouvernement de Charles VI a pu, sans grands efforts, en triompher.
La troisième partie du livre nous^ montre les aides rétablies en 1S83, les dernières résistances et la répression. Ecrasées séparément et durement châtiées, les villes qui s'étaient soulevées perdirent ce qui leur restait de liberté. Des « réformateurs généraux» furent chargés, par toute la France du Nord, d'infliger les amendes, de rechercher et de punir les coupables. Partout les impôts furent retabiU tels qu'ils existaient du vivant de Charles V et les privilèges urbains confisqués au profit de l'autorité monarchique. «L'opposition, dit M. Mirot, ne fit que consacrer Tinanité du rôle des États et l'impossibilité d'une entente commune : elle montra qu'aucune union n'était possible en dehors du pouvoir ro^al et, par sa défaite, elle permit à ce dernier de continuer plus librement la politique de Charles V. »
Les deux pages de conclusion qui terminent le livre disent nettement pourquoi la tentative des opposants échoua, sous sa forme légale comme sous sa forme insurrectionnelle. D'après Tauteur, leur insuccès eut pour cause, d'abord l'habitude prise de « grouper toutes les énergies autour de l'autorité royale » , puis le manque d'union des classes populaires, indifférentes ou même hostiles les unes aux autres. Mais M. Mirot oublie que leur entente même n'aurait pas suili, sans doute, à leur assurer le triomphe final : il leui- aurait fallu aussi, ce qu'elles n'obtinrent jamais, un point d'appui dans la classe noble et dans la société d'Ëglise. Seule la coalition générale de tous les instincts d'indépendance et de toutes les forces du corps social eût été capable de contrebalancer la situation prépondérante de la monarchie absolue ; et , qu'elle lut à priori impossible en France ou que les circonstances ne l'aient pas favorisée, en fait, cette coalition ne se fit pas.
n y eut poiu*tant une région du territoire français où on l'essaya un instant, et précisément en 1 38 1 : ce fut le Languedoc. On vit alors les conununes de Toulouse , de Carcassonne, de Béziers, de Narbonne et de Nimes, s'associer au comte de Foix pour résister au pouvoir royal ^*^ M. Mirot n'a pas cité ce fait intéressant, parce
au'il s'est , sans aoute de propos délibéré , confmé dans les pays de langue d'oïl, n'a dit nulle part, que nous sachions, pourquoi U n'a pas étendu ses recherches aux pays du Midi. Une seule phrase de son livre (p. 68} a trait aux événements languedociens : « Le duc de Berry, dit-il, était lieutenant général en Languedoc : le mécontentement, les murmures, en attendant la révolte, accueillirent son arrivée. Les luttes qu'il eut à soutenir contre le comte de Foix ne lui permirent pas de s'occuper du gouvernement de la France. » Ces lignes, beaucoup trop vagues, instruisent mal le lecteur de la répercussion très réelle que la politique des régents eut dans le Midi, où se produisirent, en i38i et i38a , des incidents qui ont beaucoup d'analogie avec ceux du Nord : révoltes des villes, accompagnées même d'une sorte de jac(|ueric (les Tuchins), punitions des insurgés, amendes, rétablissement
^'^ DognoD , i.es institutions politiynes et administratives du pays de fAin^nrdor . p. a 38.
des aides, etc. On y vit, il est vrai, quelque chose de particulier : Tassociation des centres urbains en insurrection ^'^ Nous ne savons quelle raison a déterminé M. Mirot à exclure le Languedoc du cadre de son très savant ouvrafi;e; les faits qui s y passèrent rentraient absolument dans son sujet, puisque le titre au livre n*admet aucune restriction et que Tavant-propos ne contient pas la moindre indication à cet égard. La critique , et c*est dommage , aura donc toujours le droit de lui reprocher d*avoir étudié incomplètement, c'est-à-dire d'avoir limité arbitrairement dans 1 espace, ce court épisode de notre histoire nationale qu'il a contribué mieux que personne à mettre en lumière et au point. Achille Luchairb.
Akos V. Timon. Ungarische Verfassangs- and Rechtsgeschichte, i vol. in-8*, de x-789 pages. — Berlin, Puttkammer, igoA.
En Hongrie l'histoire du droit est beaucoup moins du domaine de la science spéculative qu'elle n'est un élément majeur de la politique militante, une force. Elle exerce une action profonde , souvent décisive , sur l'état d'esprit et sur les destinées de la nation. Ses théories sont bien près d'être des dogmes, et les dogmes deviennent des actes. Elles vivent, ces théories, et se transmettent depuis de longs siècles au point de faire partie de la conscience publique. Les jurisconsultes qui les ont élaborées étaient avant tout des patriotes et des politiques , et quand , au xvi* siècle, la nation subit le joug de l'étranger, Ils lui léguèrent , comme un palladium de ses libertés, le Tripartitam de Verbôczy.
Peut-être ces circonstances mêmes sont-elles cause de la fondation tardive d'une chaire d'histoire du droit constitutionnel à l'Université de Budapest. Ce n'est qu'en avril 1890 qu'elle fiit fondée, et nous avons dans le livre de M. Timon î*^ qui en est le premier titulaire , la substance de l'enseignement qu'il y donne.
La période que ce livre embrasse (des temps primitifs au milieu du xvii* siècle) nous est présentée comme formant, dans son ensemble, la période organique de la nation hongroise , après laquelle les diverses branches des institutions hongroises seraient définitivement constituées. De prime abord, une telle conception surprend et déconcerte l'étranger. Le pont qu'elle jette par-dessus l'abinie de Mohacz nous parait bien singulier ou bien fragile , et nous avons peine à voir l'unité doctrinale des institutions du xvii' siècle et du régime actuel. C'est qu'il nous faut quelque effort pour nous placer au point de vue des Hongrois. A les entendre , la continuité de leurs libertés est absolue; absolue également la persistance, à travers toutes les vicissitudes, de leur constitution originaire. Le compromis de 1867 se lie par une chaîne ininterrompue aux actes des premiers Arpad : il s'est borné à revivifier les droits politiques de la fin du xviii' siècle, qui, eux-mêmes, remontent à la bulle d'or de 122a et aux lois de Saint Etienne. Et si la Révolution de i8d8
Saralt rompre avec le passé, si, conune M. Timon le déclare (p. 5 18), «il se prouit alors et alors seulement une transformation essentielle de la constitution > , il n'existe pas pour cela de solution de continuité. L'esprit des constituants de 1 8d8 a passé dans le pacte dualiste et leur œuvre maltresse , qui survit , n'a été qu'un élargissement des libertés traditionnelles, leur extension aux classes populaires de la nation.
*^< (1) Dognon, Les institations politiques et (') Le livre a paru en hongrois, en 1909.
administratives du pays de Lantjuedoc,p, a 38- 11 a été traduit en allemand, sous la direc-
339, cite Taccord des municipalités, d'après tion de l'auteur, par un de ses disciples, le
les archives de Narbonne. D' Félix Schiller.
LIVRKS NOIjVKAIX. 561
Extension, donc, direz-vous, innovation. Non, car la base piiiiiitive de la constîliition établie par Saint Etienne a été, M. Timon s'efforce de le prouver, Tégalité absolue des droits et des devoirs des Magyars, des hommes pleinement libres. Co n est (|uau xiii* siècle que cette base a été ébranlée, et c'est précisément pour la ('(insolider et ia restaurer, dans la mesure du possible, que la royauté et la petit<* noblesse se sont alliées et que la bulle d'or a été promulguée.
Une haute noblesse avait, en effet, pris naissance et s'était imposée au pays, ^^ràce aux immunités, aux donations royales, à l'octroi de fonctions publiques et (lu droit de construire des châteaux forts. L'idée féodale des droits et des devoirs inhérents à la propriété foncière prévalut par suite sur les principes d'égalité. Les simples hommes libres déchurent au rang de tenanciers, et finirent par former, avec les anciens serfs, une grande masse de tenanciers seniles, quand iU ne parvenaient pas à entrer dans la p<*tite noblesse ou dans la bourgeoisie urbaine. La petite noblesse elle-même fut menacée d'absorption , et pour l'en préserver, pour empêcher les extorsions de biens dont elle était victime ae la part des magnats, il fallut, au milieu du xiv* siècle, par le décret de i35i, rendre inaliénables ses domaines familiaux, et les rattacher directement à la couronne, comme les tenant d*elle sans intermédiaire.
L'auteur croit retrouver dans ce décret les principes mêmes que la féodalité occidentale avait mis en vigueur, avec la différence que celle-ci n'aurait pas connu de véritable souveraineté. En cela j'estime qu'il se trompe. I/inaliénabilité familiale était moins absolue et la dépendance immédiate de la couninne beaucoup plus exceptionnelle dans rOcddent de l'Europe , et surtout c'est une complète erreur de n'y voir que des monarchies purement féodales. M. Timon s'y est mépris parce qu'il a pris de confiance pour guide la très faible Histoire conslitutionnelle de l'Allemagne et de la France du professeur allemand E. Mayer.
Le principe de la souveraineté se présente, du i*este, à ses yeux de Hongrois, sous un aspect spécifique. C'est dans la nation qu'elle réside , mais elle est exerœe en commun par elle et par son roi , en vertu d'une incorporation mystique dans la Sainte Couronne de Saint Etienne : couronne devenue une personne sacro-sainte , dont le corps (totum corpus sacrae regni Coronae) a pour membres la noblesse, laquelle représente la nation , et le souverain , que la noblesse élit.
Et ainsi la Hongrie aurait connu et pratiqué le régime constitutionnel bien avant tous les autres Etats du monde , y compris l'Angleterre.
Une telle conclusion appelle bien des réserves. La couronne, le sceptre ou le trône ont vie partout le synibole de l'Etat. Le tout est de savoir <»n quoi le |)ouvoir royal consistait, dans quelle mesure il émanait de la nation et était contrôlé ou contenu par elle. Or ce n'est pas cela que peut nous apprendre la personnification de la (Couronne. Celle-ci peut aussi bien incorporer un pouvoir personnel rt absolutiste qu'un pouvoir mitigé ou partagé, et, d*autre part, pondération l't partage peuvent être indépendants de toute personnification, et, en fait, se i*(*trouvent au moyen Age, quoique avec des modalités différentes, dans l'Occident de l'Europe.
N'attacnons donc pas plus de valeur scientificpie qu il ne convient à cette terminologie spéciale à la Hongrie : la noblesse membre de la sainte Couronne (nicmbrum sacrae regni coronae) formant avec la royauté le totum corpus sacrae regni Coronae, mais reconnaissons , et admirons même la spiritualisation très particulière, la vénération exaltée (*t mystique, dont le pouvoir a bénéficié, et l'esprit d'indépendance nationale qu'elle a contribué à faire naître et h enraciner dans les ra»urs.
h.wANTs. 7 a
Cest cet esprit, joint à la fierté et ii la bnvvoure de ia noblesse magyare ^*\ cmî a permis de sanver dd désastre de Mohacf , sillon ia réalité, du moins l'apparence de la oonstittttiofi nationale , et de réiisdr, après plusienrs siècles de luttes « k trantfiirmer de Bouvean cette fiction en réalitë ; c est lui qui lait Tunité vraie de Thistoire constitutionneMe de la Hongrie, poîsqa'il a renoué la cliaine chaque fois qu'elle était brisée par la force ; c est mamfestement lui enootre qui inspire notre auteur quand il repousse toute idée de scdution de continuité , de disparition à aucun moment de Tautonomic politique de son pays. La maison d'Autriche n'a fait, selon lui, que succéder aux dynasties antérieures, et la défaite même de Mohacz n'aurait été qu'une conséquence de TaiTaiblissement du pouvoir royal au profit de la noblesse et la source natoreile d'une restauration ptus éclatante de ce pouvoir. Ne va-t-il pas jusqn a appeler • alliances (Baninis) la domination de TAutridie au xyi* siècle et «acte de i^econnaissance » (pour la délivrance des mains turques) le vote de la diète de 1687 instituant l'hérédité de la couronne, sans la moindre allusion aux exécutions sanglantes d'Ëpérîes, qui avaient précédé ce vote de quelques mois. Tout se serait donc réduit jtisque-là à l'obligation pour les Hongnns d'élire comme souverain nartional un membre de la famille des Habsbourg^ et teUe est l'interpi'étation que l'auteur nous donne de la formule de sujétion, si absolue pourtant dans ses termes, qui avait été incorporée au droit pobtio hongrois : «Cum sese 'ordines et status regni non solum Majestati Snae^ sed etiam suomm heredum imperîo et potestati in omne tempt» snbdiderint« •
En fait, l'âection n'était depuis longtemps plus (|u*un vain aimidacre. Dès ii»63 le roi, an lien d*étre electus, était nominatas, La Pragmatique Sanction de 17^3 étendit ensuite à toute la descendance féminine des deux branches (allemande et espagnole) de la maison Habsbourg le droit de succession à la couronne que la diète de 1687 avait limité aux mâles.
Mais 1 h défaut d'élection et de dynastie nationale , le peuple magyar s attache . on pourrait dire se cramponne, à la cérémonie, au diplôme, au serment du couronnement, érigés en conditions de ia légitimité du pouvoir royal. Et c'est là ce qui fera sa force « ce qui sera son centre de ralliement h travers toutes les épreuves, jusqu'au temps présent.
Puisque l'ouvrage de M. Timon s'arrête au xvii* siècle, je n'ai pas à insister sur les phases ultérieures de la constitution hongroise. Toutefois il peut n'être pas inutile de noter l'application très directe que reçoivent les théories traditionnelles exposées dans ce livre » à l'heure où de si graves débats s'agitent entre l'Autriche et la Hongrie.
L'Autriche, disent les Magyars, a une constitution octroyée; nous avons, nous, une constitution personnifiée oails la Gourotme de Saint Etienne. Dans le silence de la constitution autrichienne, le droit du monarque autrichien reprend tout son empire ; dans le silence des pactes écrits passés entre notre roi et la nation , tous deux participent , sdon les règles ooutumières, aux droits passés sous silence. Ne sont-ils pas, nation et souverain, également membres de la Sainte Couronne?
Le redoutable problème militaire, cause principale de la récente crise, ne saurait être résolu d'après d'autres principes. 11 ne se pose pas , à \Tai dire , entre l'Au-
f*î Pourquoi ne pas rappeler la parole ce- serait un jour. Elle cherchait chei ce peuple
lèbre de Montesquieu : • On a vu la maison de l'argent qui n'y était pas ; eHe ne voyait
d*Autriche opprimer sans relâche la noblesse pas les hommes qui y étaient. » hongroise. Elle ignorait de quel prin elle lai
UViŒS NOUVEAWIL 563
triche et la Hongrie , nais entpe ia nation hongroise et «m roi. Le ooiiipix>mifl de 1867 ^^li'î^^ ^^ souverain ootamun Le droit d*organiser et de commander f année coiDOiime. Fort hien , raaia cette armée se compose de deux «lémeats distincts : l*année autrichienne et l'armée hongroise , et eette dernière ne saurait être réglementée ^ue d*un commun aooord par les deux pouvoirs constitution ndb <|iii ont toujours , 4ans le passé , présidé à son fiondionnement e la nation iégale et ie «ot. Telles seraient, à n*en pas douter, les conclusions du livre de M. Timon, s'il avait été pouâaé jusou a Tépoque actuelle : tejle est« en tout cas , la déductiou logique , si subtile qu'elle puisse nous paraître^ que publicisles et honouies poUtjkmes de la Hongiie contemporaine «ont tirée des tjbiéories constitutionoeUcs que M. Xiuu)n expose ayac «m appareil scientiiM|ne louable, et ({ui, dans leurs traits je^ientiels« font partie , dc^puis un temps immémorial^, du credo de la nation magyar^.
Jacques Fjm^-
tUfiTWJLG DfiBEK^outtG. JSilmstiys de Sacy (i7^8-î&38], i voL iurS" de 116 p^ -«- Le Caire , Imprimerie 4^ i'institat français d^arohéologie orientale 1 ûo5.
Par quel détour Antoine-IsaacSilyestre de 5acy, iils d'uja notaire jxarisien e.t destiné , «emblait^l , par son iiérédité et par son miiieu , à ne jamais porter ac^s regards plus loin que le Chàtelet, se prit-il cuacore toui jeune d'un6 ijrr.ésbtible
C'on pour les lajrigues orientales, c'est là, dit M. H. Derenbourg, sou nouveau ^raphe, «une sorte de mystère « (pii n'esi. pas encore éclairci. Il parait du moins étahli qu'il tira un sérieux profit de ses entretiens avec Doni Pertherea», Térudit bénédictin de Tabbaye de Saint-Germain^des-Prés. Conseiller à la Cour des monnaies en 1781, Silvestre de Sacy, tout en exeirçajixt les .devoirs ,de sa charge «avec celte régularijbé et cette exactitude qu'il porta toujours en toutes choses » , se livrait à ses études favorites avec tanjt.de distinction quen 1786, à vii^-s^t ans, il tut nommé académiden libre résideoi .à TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres. Rentré dans la vie privée en 179:) , il ae retira avec sa famille dans un village de la Brie et a y mens^ea» nonobstant les évéuements politiques^ ime studieuse i^eAraitei ce fut pendant llannée 4795 même qu'il fit imprimer ses Miinoiref sur diverses antigaités de la Perse et sur les médailles des rois is la dynastie des Sassanides,
Appelé , en 1 796 , par le Directoire exécutif à professer la langue arabe à la Bibliotnéque nationale , Siiveatre de Saoy oaroourt 4iès lors , d'un pas régulier, et «ans rencontrer d'obstacle sur sa route, un orillant cursus honorum. En i8o3, il entre dans la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut national ; en 1 806 , il est nommé professeur de persan au Collège de France; en 1^08, il est élu membre du Corps législatif, et le 39 mars i8id. quelques jours avant la chute de l'Empire, il reçoit de Napoléon le titre de baron.
La Reataforation et ia Monarchie de j«iiMe4 n'appuécièreart -pM mdîna ses «aérites que le ftégime impérial. En 181 5 , il entra dans ta Commiaaion de i'Iastmction puhliqne, le futur Conseil royal; il s'en retire, il est vrai, «n 4i8a3, mais devient oetle même année administrateur du Collège de France ert , l'année suivante , «dmiiiistrateur àe i'Eooie spéciale desiangves orientales. V eat appelé , «n i8Sa , à siéger à la Chantfbra des pairs, «t enfin, en •i8S3,comne conronnenent .de sa carrière, il est éhi secrétaire perpétuel de l'Acadénîe des Inscriptiona et BeHes^Lettres. tt mouroft aubifteraent le ig février 18^.
Telles sont les étapes de cette longue et belle eûstenoe , que M. H. l>ereDbourg s'est plu à rappeler avec la fervente admiration d'un disciple.
56'i LIVRES NOL VEAUX.
A la notice biographique est jointe une bibliographie qui ne compte pas moins de 434 articles et qui a été dressée par M. G. Saunon, ce jeune érudit dont la science déplore la mort prématurée. Cet inventaire, qui sera pour les orientalistes un utile instrument de travail, met en lumière un fait que nous ne saurions manquer de rappeler ici : de 1816 à i838, c'est dans le Journal des Savants qu'a paru la plus grande partie des travaux de Silvestre de Sacy. H. D.
F. Henry. Les Rahàiyàt d'Omar Kheyyàm . . . traduits en français d'après la version anglaise d'Ëd. FitzGerald. — Paris, Maisonneuve.
Célèbre en Angleterre et en Amérique , le poème philosophique de FitzGerald est à peu près ignoré en France. C*est une traduction libre , ou plutôt une adaptation très originale des quatrains composés en Perse il y a huit cents ans par le poêle astronome Omar Kheyyâm. Le [m)blème de la destinée humaine y est envisagé du point de vue tantôt de l'agnostique pur, tantôt de l'athée sarcastique ou blasphémateur, et résolu pratiquement par la prédication d'une morale franchement épicurienne, ou plutôt cyrénaïque. Ironie et passion, idéalisme et sensualité, mysticisme et impiété se succèdent ou se mélangent dans une série de courtes strophes sous les images et les symboles de l'Orient ; la langue est d'une force et d*une couleur singulières, les vers d'une harmonie pleine et grave.
Traduire en vers français cet étrange poème , en reproduire l'énerjrique concision et jusqu'cà l'agencement des strophes et des rimes, c'est la tâche difficile que s'est imposée M. Henry et qu'il a heureusement accomplie. Pour l'exactitude et pour l'élégance , sa version va de pair avec celles qu'il a données des sonnets de Shakespeare et de ceux de M"' Browning; la fidélité n'y fait nul tort à l'aisance du style et du vers; de la matière et de la manière de FitzGerald, rien ne semble avoir péri qu'il eût été possible de conserver. Ajoutons que le texte est imprimé en regard de la traduction, qu'un copieux commentaire élucide autant qu'il se peut la pensée souvent enveloppée de l'auteur, qu'une étude préliminaire est consacrée à Omar Kheyyâm, et une autre à son imitateur anglais. Si ce fut une fortune unique pour le poète persan que d'être révélé à l'Occident par un FitzGerald , le sort , en le faisant ainsi introduire et interpréter en France, a continué de le bien servir.
A. Barbeai.
L'Université d'Aberdeen (Ecosse) a célébré dans la dernière semaine de septembre le quatrième centenaire de .sa fondation. L'Institut de France était représenté à cette solennité par MM. Jules Claretie, Salomon Reinach, Henri Becquerel, Bemier, Boutroux et d'Ëichthal.
En réalité ce fut en idgS que King's Collège fut créé par i'évèque d'Aberdeen, William Elphinstone , et que l'Université reçut du pape sa bulle de fondation. Mais vn 1895 l'Université était engagée dans des travaux de reconstruction, qui ne lui permettaient pas de recevoir dignement ses hôtes. Comme, d'autre paii, ce fut en i5o6 seulement que l'organisation de King's Collège fut complète, on différa la célébration de cette fête universitaire et on la fixa à 190G.
CimOiNIQUE DE L'INSTITUT. 565
ACADÉMIE FRANÇAISE
Bareaa poar le à' trimestre. M. Jules Ci.aretie, directeur; M. Tiiuhkal-Dangix, chaticelier.
ACADÉMIE DES INSCHIPTIONS ET BELLES-LETIRES.
Communicalions. 1 septembre. M. Cha vannes signale, dans ie sontra bouddhique des rêves du roi Presenajit, tel qu'il existe en pâli et en chinois, un récit qui est étroitement apparenté à la légende relative à Ôknos : un homme assis tresse une corde , pendant qu'un animal qui est demère lui dévore la corde à mesure qu'il la tresse; c'est l'image d'un homme laborieux qui a une femme dépensière. M. Chavannes croit pouvoir retrouver là un de ces apologues qui sont pai*mi les plus anciennes inventions de l'esprit humain.
— M. Merlin fait une communication sur le sénatus-con suite relatif aux marchés du Saltas Beguensis, découvert il y a plus de quarante-cinq ans en Tunisie par Guérin. Des lectures nouvelles de plusieurs passages de ce document fournissent les noms de quelques-uns des sénateurs romains qui vivaient en i38 de notre ère lors de l'avènement d'Antonin le Pieux.
— M. Bouché-Leclercq donne lecture d'une étude sur le notariat dans l'Egypte ptolémaïque. Entre autres particularités , il relève le fait que d'après les papyrus actuellement connus on ne rencontre de notaire olBciel ou «agoranome» qu'en Thébaïde, c'est-à-dire dans une région ou, le clergé étant puissant et hostile, le gouvernement des Lagides avait intérêt à faire concurrence au monopole effectif des notaires ou « monographes » sacerdotaux.
M. Bouché-Leclercq s'occupe ensuite de l'enregistrement des contrats, institué dans un but fiscal et effectué d'abord dans les banques royales et plus tard dans des bureaux spéciaux.
iU septembre. M. E. Babelon commente deux passages de l'historien Polybe, dans lescpiels il est parié du prix des voyages dans la haute Italie au ii* siècle avant notre ère et de la solde des légionnaires romains. M. Babelon s'attache à démontrer que dans Polybe conune dans Plutarque le terme « obole » a le sens d*as libral ou as pesant une livre de 3a 7 granunes. De là il résulte que le voyageur séjournant dans une hôtellerie de la haute Italie payait une somme équivalente à o fr. 3 5 ou o fr. 3o pour sa nourriture et son logement. Quant à la paye des soldats, M. Babelon l'évalue à a deniers et demi environ pour le fantassin , à i deniers et demi pour le centurion et à 7 deniers et demi environ pour le cavalier. Mais le soldat était tenu de payer sur cette solde sa nourriture , son entratien et son équipement : le questeur en retenait l'évaluation.
— M. Cagnat commente une inscription découveile à Carthage et relative à un certain Sex. Appuleius. Ce nom a été porté par quatre personnages. En se livrant à une suite de déductions et notamment en faisant état du moi lulialis , qui ligure dans l'inscription, M. Cagnnt est amené à conclure que le personnage en l'honneur de qui cet elogium a été rédigé est le mari d'Octavie, sœur aînée d'Auguste , à qui les Carthaginois avaient élevé une statue peut-être dans le Capitole.
2i septembre. M. Cagnat annonce qu'il a reqa de M. le commandant Guénin , chef du cercle de Tébessa , la copie et la photographie de trois inscriptions qui font connaître la limite du territoire des Mosiuames dans la région de Tébessa.
— M. l'abbë Breuil communique le résultat des investigations que, grâce à une subvention de rAcadémie, il a pu faire dans six cavernes ornées de peintures et de gravures de la province de Santander (EIspagae). U y a relevé un grand nombre de dessins naïfs d animaux : chevaux, bisons, cerfs, éléphants, etc. Ces dessins et le texte qui les commente seront reproduits dans une publication d'ensemble faite sous les auspices du prince de Monaco.
— M. Georges Perrot donoe Lecture d'une notice sur Tbistoire de Tancienne Académie des loscriptioQs et BeUe6-Lettre&.
28 septembre. M. le commandant Ëspérantfieu amionce qu on a découvert à Alésra phisiears nouveaux fragments de statues.
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS
Histoire de l'Art. L'Académie a décidé naguère de publiei* la liste des lauréats des grands prix de Rome depuis 1797 jusqu'à nos jours, et a prié M. Guiffrey de vouloir bien dir^er ce travail.
Au cours de tes recherches « M. Guifirey s^est demiandé s'il ne serait pas intéressant de faire remonter cette liste aux grands prix que l'ancieiine Académie royale de Peinture et de Sculpture a décernés de 1 o63 à 1 793. Cette publication devrait alors se diviser en deux parties distinctes : la première comprenant les noms des lauréats des prix décernés par Tancienne Académie (1663-1793); la seconde, ceux des lauréats des prix décernés de 1797 à nos jours par la Classe puis par TAcadémie des Beaux-Arts de llnstitut. La distinction est d'autant plus nécessaire que beaucoup des lauréats de l'Académie de Peinture n'ont pas été pensionnaires à Rome et ont été remplacés par des peintres ou des sculpteurs nommés sur la recommandation de hauts personnages.
L'Académie a adopté la proposition de M. GuifFrey et l'a prié de vouloir bien continuer le travail sur le plan indiqué par lui.
ACADÉMIE mS SCIENCES MORALES ET POUTIQUBS.
Conmtunicationt. 22 ti^ptemhre, M. Emile Worms donne lecture d*une Étude sar la méthode d'enseijfuemeut en économie poUtiftie,
29 sepiemi^e. M. Georges Picot oommuniqiie «m recueil de âocuments inédito relatifs à ia vie tle J.-d.-Ajsdré GtKHn «t aux tentatives de oréstion de fiiidaBsIèiies wvant 4a doctrine de F^nuier, de i&iS k 16M. H. D.