G. FAGNIEZ
biement nos connaissances littéraires et archéologiques. Nous accueillerons avec non moins d'intérêt le nouveau volume que nous promettent pour un délai prochain MM. (îrenfell et Hunt , ces infatigables travailleurs.
Henri WEIL.
René Jîazin. Le duc de \cmours. i vol. in-4". Tours, Mame, s. d.
Lappel de M. le duc d'Alençon , des souvenirs et des sentiments qui rendaient cet appel irrésistible pour celui à qui il s adressait, ont amen^^ M. René Bazin à aborder un genre littéraire tout différent de celui où il a conquis sa renommée. Les historiens seront fiers de le compter parmi eux, msds peut-être, après lavoir lu, regretteront-ils tout d abord qu*il ne se soit pas mis plus à son aise dans un domaine nouveau pour lui , cpi'il n'en ait pas plus délibérément pris possession , qu il n'ait pas traité avec plus d'ampleur les paiiies générales de son sujet, les circonstances historiques où s'est déroulée la vie du duc de Nemours. Cette résene nous prive du plaisir de voir M. René Bazin affronter et surmonter les difficultés inhérentes à l'histoire du mouvement social et politique d'où la figure du prince doit se détacher, mais elle ne donne pas le dfoit de dire qu'il se soit dérobé par là à ses obligations; on va voir au contraii^c qu'il n'a fait ainsi que respecter les convenances de son sujet, qu'adopter la méthode que ce sujet lui imposait. Si, en s'interdisant de donner poui* perspective à son personnage la vie publique du temps, il n'avait fait que céder à l'embarras qu'on éprouve devant une tâche qui se présente pour la première fois, on pourrait lui faire observer que le romancier qui a su étudier, personnifier et mettre en scène, avec la sobriété et l'intensité d'émotion que l'on sait, dans la Terre qui meurt et les Oberlé, des crises sociales telles que la désertion des campagnes et le déchirement produit au sein des familles par foccupation étrangère, que ce romancier-là était bien préparé pour replacer le duc de Nemours au milieu des passions, des questions qui ont agité son temps et influé sur sa vie. Mais pour s'astreindre, sur !es grands côtés de son sujet, à tant de discrétion, M. René liazin a eu de meilleures raisons que ia défiance de lui-même.
Nous avons dit qu'il avait entrepris son ouvrage pour déférer à un
vœu de M. ie duc d'Alençon. G est donc une intention pieuse qui a inspiré et dicté cet ouvrage. On peut le reconnaître sans lui faire tort , car cette intention n a rien coûté à la vérité. Mais plus M. René Bazin tenait à ne rien taire du prince, à ne rien dissimuler de ses sentiments non plus que des siens propres, plus il devait, pour épargner è sa mémoire, h ceux que le prince a aimés et même aux principes et aux institutions auxquels il s*est dévoué, des récriminations passionnées, s*abstenir de toute discussion irritante, de tout ce qui pouvait ressembler à une provocation et aller pour cela jusqu'à s'interdire d'entrer dans le vif des questions. Rien n'aurait été plus contraire à la mission qu'il avait acceptée (pe de compromettre cette mémoire dans des débats historiques cpii mettent les partis politiques aux prises, danger d'autant plus à craindre ici que la carrière du duc de Nemours s'est prolongée jusqu'en 1896, jusqu'à une époque dont la politique présente ne peut se désintéresser. Le premier devoir de l'auteur était de faire mieax connaître, de faire admirer la grandeur morale du prince par tous ceux dont le cœur est resté attaché aux traditions françaises , bien que leur esprit en soit plus ou moins libéré , et , pour y réussir, il devait se garder de troubler l'apaisement relatif que le temps , que des préoccupations plus pressantes ont amené sur les questions où celui dont il écrivait la biographie a été niêlé. C'est pour remplir ce devoir qu'il s'est prononcé sur toutes ces questions avec autant de discrétion que de sincérité, qu'il s'est effacé devant les documents intimes qui lui ont été communiqués, (ju'il a laissé la ligure qu'il avait à peindre s'en dégager peu à peu.
Parmi ces documents, il y en a de véritablement curieux, ceax, par exemple, qui caractérisent les rapports de Louis XVIII et de Charies X avec le chef de la maison d'Oriéans, qui nous montrent le premier imbu contre la branche cadette des préventions les plus légitimes au lend(»main de la Révolution , soigneux de maintenir, d'accentuer même la distance entre lesdeax branches, conservant l'attribution exclusive du titre d'Altesse Royale aux fils de France et n'accordant au duc d'Orléans que le titre d'Altesse Sérénissime, n'admettant pas* l'égalité entre les descendants puînés de la ligne directe et les descendants des lignes collatérales; le second, bon, ouvert, primesautier, faisant meilleur marché, parce qu'il est beaucoup moins réfléchi et moins clairvoyant, d(» ces distinctions. Nous trouvons notamment Louis XVUI et le duc d'Orléans m présence dans une circonstance qui révèle bien la façon toute différente dont fun et l'autre comprenaient la mission royale. I^e duc d'Orléans s'est mis dans la tête, par une singularité dont on l'a fort loué et qui annonce déjà le mi citoyen, d'envoyer ses fils au collège. L<^ roi
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insiste heauc4mp« et vaÂnenient, pour anener son cousin à jrenoncer à cette idée^ Maljbiauireu6eiiient> soi\ que jVL René Bazin n ait pas reproduit la coBversafcioii tout entière, soîl que Louis XVIU se soit borné à condamner la résolution. d4i duc dX)pléans sans motiver sa désapprobatioâ , nous ne connaksoQs |>a& les ob^eeiions qui auraient si bien niis en lumière la diffédireoce de la conception moiiapcbique efaee. Louis %MIU et chez Louis^Philip^. Beaucoup moins intéressante sont les extraûbs du journal du travaï et de la conduite du duc de Nemours; ils ne nous apprennent rien de ses. aptitudes. Colonel du i"" chasseurs, pair de France, chevalier du Saint-Esprit, il reçoit, à leur heure, ks honneurs dus à sa naissance^ Des révoiulions. éclatent qui hii promettent ou lui fournissent le moyen deae mettre plus en vue, de donner davantage sa mesure» Les Grecs le désirent pour roi, la chute de Charles X le rapproche brusquement du trône.. A propos de cet événement, M. Reué Bazin a eu à comr d'établir — l'on ne sa«irait dire eneore surabondamiment — que la duc d'Orléans n avait ni souhaité Ici, révolution ni accepté avec empressement la couronne. Pour prouver que Loin»-Phîiippe aurait voulu arrêter cette révolution au point où elle était absoute par la légalité, e est-àr<dire par Vabdication du roi et du dauphin, et réconcilier autour du berceau du comte de Chambord la vieille monaircbie et le pays, M. René Baaîn invoque notamment le témoignage de lord Howden , qui raconte qu étant alors, sous le nom de colonel Caradoc, secrétaire de 1 ambassade d'Angleterre, il fut envoyé par le lieutenant général au roi pour lui proposer de se faire le protecteur et le garant des droits du comte de Chambord en se contentant pou* Ivû^même du titre de régent.. Le refus de la duchesse de Berry aurait seul fait échouer cette transaction. L'ollre dut être sincère^ mais -— M* Rjené Bazin aurait pu le remarquer ^^ tout ce qu'on sait des exigences de l'opinion, de l'dnferveseence révolutionnaire et de la diiliculté de sauver l'institution monarchique elle -même ne permet guère de croître aux. chances de succès d'une solution aussi raisonnable.
La nouvelle monarchie s'établit. Aux difficultés intérieures nées de son ori^une, de l'équivoque qui rend ses premiers pas incertains, s'ajoutent celles en face desquelles la place à l'extérieur l'ébranlement produit par un événement qui, bon gré, mal gré, remet en question l'ordre européen. M. René Bazin a résisté à la tentation de nous &ire assister h ces débuts difficiles, de nous décrire cette fermentation, cette insécurité générales. De cette situation il ne veut avec raison connaître que le rôle qu'elle fait au duc de Nemours, que le caractère qu'elle lui donne l'occasion de déployer. Il le montre dans ses relations de famille.
aux côtés dxL roi , quand la délation bdge vient ofirir k cdui^i , pour son second IHs, la couronne du nouveau roymime, à ta tranchée devant Anvers , où il essuie le Jbaiptéme du feu. Q Taccompagne <kns les voyages ofTioiels, où la bonhomie familière -du roi> 'Cpai , dans une représentation en son honneur, quittera, par exemple, ki loge royaie pour «lUer s'asseoir au parterre ^^^ ne désarme pas toujours le ton frondâir des alk)cutions prononcées par les autorités locales* Les attentats >, les însusTectkHis (Lyon , 1 834) attestent d'une façon pius tragique les ferments que ki révolution a laissés après elle. Partout où il va représenter le roi, le duc de Nemours ciinquîert la sympathie par une bonne grâce h laïquciie sa réserve donne plus de prix^ mais nulle part il n est plus à son aise que dans s^ tournées militaires^ quil accomplit, à paitir de i83à, en qualité de maréchal de camp. U ne réussit pas moins en Angleterre, ^.n Allemagne, en Autriche, où il accompagne son fi^ère, le duc dX)rléans, attiré en partie à Vienne par Tespoir d'une allianœ avec la fille de foirchiduc Gharï^À. Cette vie de représentation forme nécessairement, bien que M. R-ené Bazin ak su en diminuer la sécheresse par des traits empruntés h des do^ cuments intimes, la partie ingrate du sujet. Les deux expéditions de Constantine intéresseront davantage. Les campagnes d'Afrique, en e(!et, n ont pas perdu leur empire sur finiagination française, parce que, bien que si inférieures, par le nombre des combattants et la qualité dbs adver^ saires, aux guerres que notre pays a soutenues depuis, elles ont été aussi riches qu aucune autre en épisodes héroïques, et que plus qu'aucune autre peut-4tne elles ont été le triomphe de linitiative individuelle, qui a été longtemps considérée comme un tnaût distinctif du soMat français. La prise d'assaut de Constantine (i 83 7) est d ailleurs la page glorieuse de la vie militaire du duc de Nemours. Ce jour-là, la fortune lui ménagea foccasion de se produire avec éclat, de s'imposer à la mémoire des hommes beaucoup plus qu'il n'a pu le feire par une vie entière de devoirs scrupuleusement « intelligemment et admirablement remplis. C'est dans faccompliasement de son métier de prince, de ce que Louis-Phi> lippe appelait la fonction, que M. René Bazin le retrouve et le suit jusqu'au i3 juillet i84!i , jusqu'au jour où la mort violente et subite du duc d'Orléans voue son frère cadhet à un n4le pleinement historique en faisant de lui, pendant la minorité du comte de Paris, la seconde personne du royaume. Le moment approche où la biographie va se confondre avec l'histoire, où le duc de Nemours, représentant impeccable
^*^ « Le caractère da Français demande du sérieux dans le sonverain. ■ La Bruyère.