‹ Journal des savants (volume 3)Chapitre 19 sur 151 · HIMILCON ET PYTHÉAS · texte numérisé non relu

HIMILCON ET PYTHÉAS

+ du HIMILCON. ET PYTHÉAS.

Penmarier. di, Masse. dans la Aivista di Storia antica. 51 903-1904. —KæuLe. Forschungen zu Pytheas' Nord-

' - Halle, Niemeyer, 1903.

«Dans fhistoire de l'Europe occidentale, le Garthaginois Himileon et le Marseillais Pythéas ont joué le rôle d'un Christophe Colomb ou dun Vasco de Gama. Is ont été les premiers des Méditerranéens à reconnaitre les caps, les îles et les estuaires de l'Atlantique du Nord. Mais comme, D re fut imité de personne, les récits

Jeurs voyages demeurèrent les sources uniques où la science grecque et romaine puisa ses notions sur les du Couchant : encore au temps de Pline, et même à la fin de l e, Pythéas et Himilcon étaient les auteurs essentiels pour qui voulait parler des terres les plus lointaines du Nord-Ouest. [] leur arriva ce qui füt advenu à D ee aventuriers de la mer n'avaient pas

suivi les sillons tracés par ses navires.

C'est EE pe l'érudition se complait à commen-

manières les fragments des voyages d'Himilcon et de Pythéas. Les travaux provoqués par le marin grec, pendant le siècle précédent , doivent dépasser la centaine. Dans ces derniers temps, chaque année voit éclore, en Allemagne, une dissertation nouvelle sur son récit W), La

France, qui se passionna pour | s à l'époque de Letronne, s'est un pa dde dur comme on le lui a récemment reproché ; et cepen- “deviné l'aspect général et la stéacture de la Gaule. Je voudrais résurner

récents travaux permettent de conclure sur les décou- Li Qu'il: at eu, vat Hon d'audacieuses navigations entre les L a Manche et la Mer du Nord, cela est fort vraisemi-

deux dissertations qui de Pythéas; Lt la de ses is solutions. Sar - pe Dole nm har-

cet article, voir Matthias, Le > plier ve É ds , Pole, 1899 Pytheas, trop hardi) Pt re

893, qui, selon moi, muirque D pen Ar ose Pythéas les antres brochures de. Mair

blable, mais, jusqu'à nouvel ordre, on ne peut affirmer qu'elles soient l'œuvre de marins méditerranéens, crétois, phrygiens, lydiens ou phéniciens, Les indigènes de Cadix ou Tartessus, ceux de l'Armorique et des Îles Britanniques, vaillants marins, négociants actifs, ont sillonné ces purages lon avant l'apparition des hommes civilisés de la Mer Intérieure. Si rat as pe ils n'ont laissé aucun souvenir de leurs courses, DRE tions sur des rochers, ni textes dans la littérature. Le premier essai de mainmise sur les mers occidentales est dû aux Carthaginois, vers l'an 500 avant notre ére.

En ce temps-là, Carthage était toute-puissapte sur la Méditerranée occidentale : Marseille vaincue fut réduite ä la ‘lle qui portait ses remparts. L'hellénisme, si plein d'espérances un siècle auparavant, reeulait partout. Les Perses détruisaient Milet et menaçaient Athènes. Les Ibères s'étendaient sur les rivages de la mer des Baléares, depuis le Rhône jusqu'au cap de La Nao. Vai des Phocéens dans Ja bataille de , les Étrusques et les Puniques s'étaient partagé les pêcheries et les eaux du Couchant. L'Étrurie était sur le point de conquérir toute l'Italie, dont elle tenait , avec Rome agrandie et fortifiée, la route D ex Elle occupait la Corse, elle était souveraine sur l'ile d'Elbe aux

gisements de fer. Carthage prit d'abord les terres et les eaux ls odus méridionales; elle revendiqua pour elle la Sardaigne et la Sicile, et s'installa fortement à Cadix.

À Cadix, elle trouvait l'héritage légendaire de Tyr, les routes et l'expérience des marins de Tartessus. Délibérément, elle envoya ses amiraux à la reconnaissance des rivages de l'Alantique : Hannon partit vers le Sud et explora l'Afrique jusqu'au golfe de Bénin; Himilcon fut chargé de l'Europe et du Nord.

IL. Himilcon l) suivit, au delà de Cadix, les interminables rivages de l'Espagne et du Portugal. 1 les trouva pleins de bizarres sanctuaires et de légendes sacrées : sur les caps rocheux, dans les iles voisines, de puissantes divinités avaient élu domicile, déssses infernales du sok, dieux des vents et des tempêtes. À sept journées des Colonnes d'Hereule &, il

1 Aviénus, édit. Holder. des étapes de mer, bouleverstes par Avié-

Cinq jusqu'au cap Ortégal (plutôt nus. Ortegal et le Figuier seront de tout que Finistère), prominens Aryium aie temps, et jusqu'à nos jours, les caps nus, 160-164); deux de là jusqu'au cap essentiels notés par les navigateurs dans da Figuier, rominéns (171: ces parages; cf. Le Routier de 173) : je rétablis l'ordre et In directoil Garcie, éd. de 1613, p5re55 *

de l'Ancien. Monde, depuis l'embouchure de Y'Elbe, terme de la barbarie

faiblit de toutes parts.

IT. Thémistocle, Aristide, Gélon et Hidron relevèrent, dans la Méditerranée entière, la fortune de l'hellénisine. I remporta les plus belles Le Gorge PP Nr sn «Cr

longtemps les soldats perses et les vaisseaux phéniciens du de rivages grecs. La bataille d'Himère (480) délivra la Sicile de carthaginoïse et de ses mercenaires barbares, corses, sardes, dors hgacosiet bin En Jialia, La marie des Étrusques éait dis

son compte la rivage PE Br de la Méditerranée (479 390), et les fo soc battus par les eolons phocéens, durent s'avouer vaincus. Menacés au centre même de leurs domaines maritimes , ils ne pouvaient donner suite aux espérances qu'avait éveillées le voyage d'Hi — Mais les Grecs, D Nc ts ci se présentèrent pour le refaire et le continuer.

Dans la seconde moitié du 1° siècle, l'helléniænevitl'apogée de sa gloire et de son audace. Alexandre substituait son empire à celui des Perses, ot envoyait Néarque reconnaitre les rivages de l'Asie occidentale (326-325). La guerre qu'il méditait contre Carthage, Agathocle de Syracuse l'entreprit (310-306). Et enfin, à une autre extrémité du monde grec, Pythéas et Euthymène partirent de Marseille pour suivre les routes d'Himileon et d'Hannon , et révéler aux rivages de l'Océan extérieur l'hégémonie des vaisseaux helléniques. Alexandre avait eu l'ambition d'atteindre les colonnes d'Hercule et de toucher au port de Cadix : les navigame en partirent pr tandem

éler l'œuvre du roi de l'hellénisme.

2 Pi ae pas heu is de visent, Son spa n° dépassa peut-être pas le Sénégal. Pour lui, il parcourut en mer, aller et retour, cent, Pnille stades {, la plus longue traite marine qu'eût encore faite un : Alexandre , seul, avait vu plus de cieux et s'était montré à plus d'hommes différents. Mais le roi de Macédoine marchait

1) D'après mes calculs. Lelewel (td. stades, mais il faisait aller Pythéas dans wicz, Pythéas de Marseille, Bru- ln Baltique, ce qui m'a toujours paru xelles, 1836, p. 43)comptait 186,000 inacceptable,

HIMILCON ET PYTHÉAS. vo aol tête d'une armée: victorieuse, sur des terres déjà visitées par les Perses. Pythéas n'était qu'un armateur de Marseille ; il naviguait à ses

Es De Marseille Pythéas se e-rendit àiCadix, dose ti Garthaginois ne purent lui interdire l'accès. Et ce fut de Bt qu'il partit, comme ses + croit sente een n d

Cap Sacré» de Saint-Vincent, et les autres promontoires mystérieux où des indigènes hurlaient leur foi et adoraient leurs dieux et leurs morts: On était au printemps; So Dh PER eg

H gagna en cinq jours de cap Ortegal.

+ H'avait alors à sa droite le rivage sans de de Y'Espagne avec ses dé nombrables dentelures, et devant lui l'immensité de l'Océan. Navigateur

‘diment droit vers de Nord-Est, coupant d'une navigation très sûre tout Le rentes 6 er les vents du Sud-Ouest, abs need An ag er “2e sms ire 2 smart “course rapide PE u 08 1 A Mr dr sbninkritel était arrivé surune mer plus vivante) rs des marchés de Pétain; il pouvait tirer profit à s'enquérir des D ee D côte.et qui finissaient à Ouessant #}; qu'il la côte elle-même et le cap raser qu'il apfrit le nom dét là peuplade qui habitait le continent, celle des rs César y retrouvera; qu'il entendit parler du marché de Gorbilo, ar houchure d'un grand fleuve situé plus au Sud 1. — Le Marseillais n'bésta à toutes ces terres le nom de Celtique! : car il comprit ; soit ,-soit à la langue de leurs habitants, qu'elles étaient le frokegement de l'arrière-pays de Marseille. Pour la première fois, la + 0.

(M Iest possil di ait de . LE #1 Strabon, 1, 4, 5, trés bien in- bon. ne ce , par y ar ét 22. n, à, 1 (intérprétation à uote le tra- pe pass mais ue el dis-

pour les navires qui viennent *i Strabon, 1, 4. 8.

Gaule prenait corps aux yeux des Grecs}: et c'est une très grande date dans son histoire.

Puis il entra dans la mer de l'étain, et toucha, à une journée d'Ouessant, la côte souhaitée de Cornouailles. — Jusque-à Pythéas n'avait fait que copier ou suivre Himileon : à part des observations plus précises, il Sont CE À pre pe mr Une fois sur les rivages de la ne abandonna hardiment les routes puniques, et eau ru Mi la fin de cette terre du Nord : il avait des curiosités de savant qui étaient étrangères à l'esprit de l'envoyé de Carthage. Pendant six semaines (avril-mai?), il en suivit les côtes, remontant jusqu'à l'extrême pointe septentrionale, reconnaissant peut-être les îles voisines, redescendant le long du canal d'Irlande, rejoignant enfin le pays des man rar RENE 2. À Re l'on avait devant soi une très île, supérieure en étendue à la cile même la plus célèbre de toutes, et comme elle en forme de triangle. Au cours de ce voyage, il débarqua plus d'une fois, calculant Ja Le 5 des marées, surpris des quatre-vingts coudées qu'elles atteignaient par. droit, étudiant les indigènes, leurs dieux, leurs cultures, co leurs rois, charmé de la concorde qui régnait entre eux, et fort étonné de voir leurs guerriers monter sur des chars, «comme les anciens héros de la guerre de Troie », avoir achevé son enquête sur l'étain, il passa dans la mer de : IL longea, une fois encore, le rivage méridional de la Bretagne pars falaises du pays de Kent, qui portait déjà son nom d'à présent, Cantinm. Là, perdant de vue les « côtes blanches », il chercha la Celtique en poussant droit vers l'Est : il allait plus lentement sur cette mer dangereuse, et il lui fallut près d'une semaine pour atteindre, au Levant de Douvres, l'estuaire de ce grand fleuve dont parlait déjà Hérodote, l'Elbe, berceau de:l'ainbre.

Là encore Pythéas fit un nouvel arrêt (mai? juin?). 1 nota exactement l'endroit où la précieuse résine était recueillie : on la trouvait sur les bords d'une île, à une journée de Ja terre ferme (Héligoland?)P), et elle

1 Remarquezque chez Himileon (par raît avoir été souvent mal compris et dé. Aviénus) les terres de l'Armorique ne naturé par les anciens), ou l'observation sont rattachées à aucune autre contrée; a été mal faite, les plus fortes marées, elles apparaissent isolées de leurarriére- dons le canal de Bristol, n'atteignant pays. qu'à peine la moitié de ce chiffre,

Pline, , 217 ou le chiffre est 1 C'est la solution de Hergt, p.34: tal transmis (ce qui est tou] tree Matthias (p. pp er enr

étant donné que de texte bien d'autres, une des iles

HIMILCON ET'PYTHÉAS, était transportée de là sur le continent. Îl eut des

‘pour un armateur : mere A de l'Elbe, Er emer vetements 1 ppm rem marquer la frontière entre deux mondes. ithses dadimite de la Geltique:: au delà des eaux; les terres basses perdues dans le lointain furent pour lui la fin asiatique, venue du Levarit et d'en bas tv Lio Geltes-et à l'Europe. a dit + Alomnar crie mr victor “

Le Marseillais n'avait rien à voir avec die Soyilins sidi Yaflire d'Alexandre, ow des Grecs de l'Orient, de s'occuper d'eux, Ses intérêts, sontimbition, sa curiosité l'attiraient vers le: Nord et l'Occident, vers le Couéhant d'en haut: —Ce fut en se dirigeant vers l'Ourse qu'il remit à larvoile. allait de nouveau à la conquête du Septentrion, bien au 2 2h ronteien entproerté mate amie) | Etant

vkSeptjours durant, l'homme des cieux tempérés et des horizons lim sans crainte dans ees mers froides et brumeuses ll, Au vil'aperçut le renflement du Jutland, qu'il regarda comme uneiles Puis, guidé sans doute par des marins du pays, il traversa le ERA draguer deb côtes event des d'eneture nouvelle, shdabihen

- enfin dansrune anse de fiord norvégien, + 11

“wLeshabitants dé cette comtés l'eppélsietrd ner dé/Thulé; Gun. Comme tous les indigènes du Nord, ils se montrèrent obligeants et prêts à satisfaire la curiosité de l'étranger. Pythéas put circuler dans le pays puvterre: ou par eau + il alla sans doute de et 0 ee 2 2 ces centres immuables de la vie active sur la mer norvégienne, On dui #iontra! dans de lointain le lieu mystérieux où le soleil repose durant lés D connaître que lors des jours

‘le Nord de la contrée, il ne paraissait presque plus à l'ho-

ne accepter « éas soit allé % Peut-être à B: 3 Strabon (IV, ren 5,5) parle FHTEN Thulé : A

dar mere pas d'abeille se du 6x" . Je vedion; lp la nouvellerchéil L Bernstein (article com.

102 0 CAMILLE JUELIAN:

soleil projetait encore à l'horizon les lueurs conde son crépuscule et de son aurore. La terre n'était pas du resté misérable : elle produisait des fruits. des légumes, de Tavune lou da blé; on pouvait, dans crop parer gr An mea. ge boissons fermentées.

et des OUEN EEE Pythéas s'obstina encore, Sruetierieu ot Pape ar oroser tre fl rher me rmese raser Ar Maïs il n'avait plus devant lui que l'Océan du large : les gens du pays en sai C'était une masse etconfuse,

Érires ne ressemblait à aueune mer du monde : ni le pied de l'homme ne tenir, ni la carène du navire s'y frayer un passage; on ne Li de de la terre, de Fair ou de l'eau, et on en parlait comme colossal « poumon» entourant tout l'univers l, Peut-être. Pythéas nl de, banquises flottantes, des amas d'algues, et ces qui offusquent et troublent les. vues les plus netles : D AUS avoir vu Île « poumon marin » ou ce qui lui ressemblait , et se refusa, cette fois, à aller plus loin. Saturne, le dieu créateur du monde, lui interdisait ces espaces inhabités dont il s'était réservé la jouissance. — Après tout, Pythéas avait, le premier des hommes, parcouru la route extérieure de l'Océan, depuis les Colonnes ouvertes la mer fermée par Saturne %.. L'automne allait venir : il fit volte-face vers Thulé, de là le chemin de la Bretagne % et du Sud, revint à Marseille avec me ir Par Da voyage, [D] . . “re LUI ES V. Ce récit eut un succès Pythéas, embetil futécrivain Phrase Pine) gts mg marre re Dr observations précises et les anecdotes vivantes : c'était un homme de science êt d'imagination, sûr et attachant à la, fois, Ses. écrits abondaient en noms et en chillkes : il indiquait toujours, pour les chemins pareourus , des distanees en stades et les traites de mer en journées; il rapportait fidèlersent les noms indigènes des caps, des iles et des golfes.

‘a Cf. Hergt betées, comme on dira au moyen âge. DR ae dre #1} H me allé directement Fe sipnens de mers aux Pen en Bergen ou de Trondjem au Nord de régions basses (ch. Pline, XVI, 2) de la ns raser, 1,442). Frise, Je me peux le'œivre sar ce les fragments. réunis. pat séhoalat, Mersel 4848. à peu

point, .

O1 Mare... Cronism, Pline, IV, 104 prèsau 1 «Tote Ja terre jusqu'à la mer Upsal, 1824, est à négliger:

HIMILCON ET PYTHÉAS. 103 La mer, le ciel sine animé également attiré son attention : il en-

SE EL eu N é avait avec une. tonnante la distance dE Tquateur À pu a ne un at man égaré dans sa route, même en pleine mer: il a su trouver la véritable Le or D ee ce:

prepa homme très courageux et très. pratique. Pour avoir pre eh ete si loin de la terre, il faut qu'il 2 cer nm passait, ? en A Peru peter D nr dracrendie trajets commerciaux (*, de production et de vente. Et à côté de cela ses livres ren e ‘de peuples.et de pays; ils quel.

de di opens Ini racon.

térent, AD n'y !croyait pas : il avertissait alors qu'il ne parlait que par Pi sé able de narrateur. Mais il évitait par Là à son ituelle aux écrits de ce genre.

de lecteurs Laisiqnes trouvèrent leur profit. Les géo-

les catégories graphes es iris des temps hellénistiques, Dicéarque, Hipparque j ne, n de Lampsaque, lui empeuntèrent Lou ions leurs ments sur | t, discutèrent ou ‘ses chiffres

et s6 ; A DA 6 ou ea nt dans sa Brelagoe ou sa Thulé les Hyperboréens de l'ancienne poésie grecque, et a Le ls, Hbéhories do Tao ue

qu de Mac à Ci -6 4-7 de Cadik “soit 175 per la

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