LE SECRET DE MADAME INFANTE ET LES ORIGINES DE LA GUERRE DE SEPT ANS
C. Srnxrexskr. Le gendre de Louis XV. 1 vol. 495 p. in-8°. Paris, Calmann-Lévy, 1904. — H. Sac. Don Philippe de Bourbon et Louise-Élisabeth de France {Madame Infante). 1 vol. 88 p. in-8°. Paris, Cerf, 1904.
Nul n'ignore la portée que la guerre de Sept ans a eue sur les destinées du monde et la politique actuelle, Ce fut alors que l'Angleterre passa au premier rang des puissances coloniales et maritimes, que la Prusse affirma sa force d'une façon décisive, que la Russie conquit définitivement sa place en Europe, que l'Inde devint anglaise, que l'unité et l'indépendance des États-Unis se t.
Et cependant, les origines d'une crise qui devait avoir de telles conséquences ne sont point encorescientifiquement établies. C'estun problème
ï, malgré de longues ét nombreuses polémiques entre les historiens allemands, n'est pas encore résolu de savoirsi Frédéric s'est jeté en 1756 sur la Saxe par ambition de conquérant ou par souci de légitime défense. C'est un problème aussi de connaître les motifs qui ont déterminé Louis XV et ses conseillers à l'alliance autrichienne, à des engagements funestes sur le continent, au lendemain d'une guerre inévitable avec
LES ORIGINES DE LA GUERRE DE SEPT ANS. 189 lAngleterre, Les recherches de l'historien qui le dernier a abordé ce problème, les études de M. R. Waddington sur le renversement des alliances ont été AA md Ad or pas renoncé à la légende des raneunes de ompadour piquée par les sarcasmes de Frédéric If, associant son re au désir de revanche de Marie-Thérèse. Mais, si M. Waddington a fait justice de cette explication, écho és longtemps prolongé des propos de cour, il n'a pas encore ment «des démélés de frontières rat Far sur les frontières de la France et de l'Angleterre dans l'Amé du Nord devinrent l'origine a ba ones RE
Ce n'est pas que cet historien n'ait essayé de, résoudre le me par une étude attentive et exacte en général de la situation politique de l'Europe. Il a montré avec justesse comment, engagée dans un conflit colonial et maritime avec la France, l'Angleterre fit dès l'annte 1754 un grand effort diplomatique pour se constituer contre son adversaire des alliances sur le continent, pour priver la France des siennes, et comment cet elort avait échoué à l'automne de 1755 ®. S'il parait d'autre part bien établi ee Louis XV et M®! de Pompadour, au mois d'août 1755, étaient t hostiles à toute guerre, qu'ils SELS la guerre maritime cherchée par l'Angleterre, et ne voulaient consentir à une guerre de terre P!, PO ni la modération de la France ne fournissent l'explication du grand conflit qui, l'année suivante, allait décider des destinées de l'Europe et du monde,
Sans doute M. d'Arneth a exposé avec toutes les preuves le grand projet de Kaunitz, le projet autrichien formé depuis 1 350 dans les conseils de Marie-Thérèse en vue d'une revanche sur Frédéric IL. Mais pour que ce projet aboutit, il fallait un bouleversement général des alliances européennes, non seulement la rupture de l'alliance traditionnelle entre la @rance et les Hohenzollern, mais celle de l'entente non moins traditiotinelle de l'Autriche avec les puissances maritimes, et plus encore, une entreprise, presque impossible à prévoir, de la cour de Versailles contre le roi de Prusse. Les diplomates autrichiens sentirent si bien à l'épreuve la difliculté de eet eflort qu'ils se résiguérent, pour engager du moins la France, déterminée à ne pas rompre avec Frédéric I, à un simple traité de garantie dont la Prusse elle-même pouvait profiter. Lors même que Pritrehéien change six mois plus tard, en une alliance défensive plus
1 Waddington. Louis XV et le renversement des alliances, 1. E, p. 1, Paris, Firmin Didot, 2896, — % Jbid., p: 155. — C1 Ibid, p. 177:
190 | dune BOURGEOIS nette (1"/mai 1756, traité de Versailles justifiée par le rapprochement et a SE encore.
imprévu de “£. ‘accepta mur Sne Prio er jai) Fno6 ni Les rain Gb de Louis XV, ni méme ceux de Frédérierne cvurent pôût rent verser les en de prévoquer, DERONENTR conflit eu ue auf TON dix uno Pur 3 da onde Boodre Gé prut enétre
rar oh ra 8 défensive de F cet de la Prusse enlevait aux db tale duré ‘Ten Hanovre; et le l'ex ersailles, quelques mois , réfusa de même aux Anglais l'espérance de former une coalition ‘souverains allemands contre la France sur le continent, Les alliances ainsi se trouvèrent renversées au début de 1756: Lac ro 1 ste ge
perdu à ée changement; en apparéncé du moins,
PEN valié, depuis qu'à Era ee 1755 Mw de Bompaourere engagé Léuis XV d'écouter, un! dehors de ses ministres; la Communica: tion que lui fit Stahremberg du plan formé par Kaanitz contre Frédéric IE, elle favorisa avec son confident, Tabb£ de Bernis, des in: fluences secrètes de famille: ‘trop négligées jusqu'ici des historiens. Ces ressorts cachés déterminèrent en 1756 la politique de Louis XVet en très grande partie la guerre générale, « Le plande Kaunitz, écrivait de Bernis, présentait hr moyens'capables d'émouvoir lexcœur-sensible et
du roi par rapport à ses RE à pee Lie sal m'empéche ‘d'en dire davantage (. » 0
L'histoire n'est pas "à la même PA
elle regrette son silence. Elle a déjà éclairé le Secret du roi. Le. de famille cette fois, auquel l'ami de la Pompadour a fait fat celui de la fille (du roi, infante d'Espagne et duchesse de Parme. Deux livres récemment parus , agréables et utiles avec des mérités divers, nous ont fourni par une heureuse rencontre dés documents inédits et des lumières nouvelles sur le Secret de T'Infante, sur sa politique et ses collaborateurs. Après l'étude consacrée par Jules Soury à cette Fille de France, et la publication partielle en 1887 par M. Beauriez de sa cor: respondance, les deux livres, certes, ne sont pas de trop. Ils étaient
1 Bernis, Mémoires, édition Masson, 1: 1”, p+234, Paris, Plon, 1878:
LES ORIGINES-DE: LA GUERRE DE SEPT ANS. 191 atiendus. Le Secret de l'Infante importe à: l'histoire du xyu siècle en
général. ai umurs envi ing vil eu Poaeur 2 tous AU TN AT à MStyicosks, qui vous avait A6. donné un ve aur la Euuille de
dessiné dans. son avant-propos le plan. Il,s'est contenté gra Ja figure. de l'infant Don Philippe, gendre de Louis XV, les premières ep e ans qu'ils furent d'abord, très jeunes, des instruments entre les mains, prin-
cesseactäive.et ambitieuse, Élisabeth Farnèse, qui les gouverna jusqu'en 17484 Cest ainsi à la fille de. France, devenue par les victoires de son
père duchesse de Parme. résolue de s'élever par les mêmes. noyens à une
issue française la part d'influence des affections du roi... surtout.on voudrait montrer la part active, déterminée. nn pe rrque
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192 ÉMILE BOURGEOIS, NE mais profit. Le récit aimable est appuyé sur un choix judicieux de pièces recueillies EE roro nationale, contributions à
ette époque.
sacrifier à l'étude des intrigues et des projets diplomatiques son Lai obiét, les détails vivants, quon rage 2 5 À éclairer et expliquer. Et il s'est efforcé, raser trop visiblement, d'approprier son travail à ses modèles. En sorte que les deux ouvrages forment ensemble un progrès notable dans la con-
* naissance du xvin siècle, et l'éclairent de la hamière qui lui convient, d'une lumière délicate et juste.
SRE Lau lab de Fran, fille ainée de Louis XV, et la
ait de pour son père et ses sœurs, quittait Figure anti M et le Me es cousin, don Philippe, second fils de Philippe V et d'Élisabeth Farnèse, un établissement convenable. Le traité d'Aix-a-Chapelle l'avait faite duchesse de Parme et de Plaisance : c'était encore une situation modeste, si l'on songe qu'au moment où on la mariait au dernier fils du roi d'Espagne, un infant sans avenir, une infante d'Espagne obtenait par une alliance avec le Dauphin la promesse d'être reine de France. Louis XV n'a jamais paru disposé à se mettre en frais pour ses filles : les autres n'eurent même point de mari. Et peut-être ne serait jamais sortie de l'obseurité où on l'avait reléguée, si son mari n'eùt été la reine d'Espagne, héritière et ouvrière active des f
tentions Farnèse en Italie, un instrument précieux à son et à ses ambitions maternelles. La petite princesse n'avait pas quatorze ans que sa belle-mère lui dictait une requête pour le cardinal Fleury, et l'employait à solliciter de la cour de France qu'elle assurât son avenir : «un morceau de pain à manger ». Pour obtenir cette bouchée, elle avait dû pendant sept ans renouveler ses instances et se séparer durant tout ce temps de son mari, don Philippe, que ses parents envoyèrent en Jtalie coriquérir, dans la guerre de Succession d'Autriche, son patrimoine.
H n'est pas étonnant qu'ainsi Madame Infante ait appris à l'école d'Élisabeth Farnèse l'ambition et le désir de parvenir. Séparée à la fois de sa famille, qu'elle aimait et qui l'aimait, d'un mari agréable et bien fait, elle n'avait eu, à l'âge où devaient se former sa pensée et sa volonté, d'autres conseils que ceux de sa belle-mère, d'autre raison de pi 308 le présent que son effort constant pour obtenir, avec l'aide de la France
et de l'Espagne, un avenir meilleur. Les caleuls et l'espérance lui tinrent
LES ORIGINES DE LA GUERRE DE SEPT ANS. 193 lieu de plaisirs et d'affections. Tandis que le mari, général de vingtsix ans, jouait encore avec ses officiers de l'armée d'Italie « à Ja cli musette, aux barres et aux quatre coins », la femme s'était déjà préparée à Madrid au vernement de ses aflaires, et même d'un État. Quand elle arriva à Versailles au début de 1749, Louis XV fut frappé de ses progrès. Elle sourit de trouver ses sœurs étrangères à la politique, «aussi enfants que lorsqu'elle était partie». L'une de,ses premières démarches, avant même d'avoir revu sa mère, fut pour Madame de Pompadour avec qui elle eut tout de suite un long entretien. Où était le pouvoir, en bonne politique elle prenait son point d'appui, et, négligeant des plaisirs de la cour, elle courut s'enfermer avec les ministres de son
qui lui décernèrent bientôt le brevet suivant : « Dans un âge encore tendre, elle a toute l'expérience qu'il faut pour gouverner ses affaires : on peut assurer qu'elles ne seront jamais bien conduites que quand elle en prendra la peine. »
qu'il importe surtout de recueillir, pour la suite, c'est l'aveu que l'adroite princesse sut, dès 1749, arracher à ces hommes d'État réservés et pacifiques. « JA eût 66 à souhaiter que le roi ait pu procurer à l'Infant un établissement plus proportionné à sa naissance : les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla sont bien peu de chose, comparés au rang des i qui les posséderont. Mais la tranquillité de l'Europe, qui était io nécessaire, n'a pas permis de rien faire de mieux.» De ces regrets paternels Madame Infante devait se faire, avec le savoir d'un diplomate de métier, tout un programme. Elle avait su les inspirer à Louis XV; elle excella à les entretenir, suivant le roi tant qu'elle fut à la cour, en véritable courtisan, habile à: se procurer « des conversations de longueur ». «On m'assure, disait d'Argenson au moment où elle partit pour Parme, que si jamais nous avons une guerre, ce sera pour augmenter son établissement en Italie. »
En quittant Versailles, tristement, la jeune duchesse n'ignorait pas Le l'éventualité était Hans pr Malgré son affection pour sa Me:aînée ; dont il se séparait difficilement, Louis XV n'avait aucune inclination à renouveler la guerre, et Madame de Pompadour n'avait pas de peine à Len détourner. Entre les intérêts de sa fille et ceux de sa mattresse, le choix du roi n'était pas douteux. Résignée, occupée en apparence uniquement à équilibrer le budget d'une principauté qui ne pouvait supporter les dépenses d'une fille de France et d'un infant d'Espagne, toujours en quête de subsides à Paris et à Madrid et prête à retourner à Versailles toute une année (1752-1753) pour attendrir son père sur sa détresse, Louise-Élisabeth, pendant cinq années (1750-1755), SAVANTS, 26
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