CAMILLE BELLAIGUE
Aujant.que des unissons, M, Bonaventura signale dans le dantesque de véritables cantates pour sol et chœur. À peine d'Aragon et Charles de Provence ont-ils achevé le Salve Regina, qu'une âme, les mains jointes vers l'Orient, se lève. Elle entonne ed. rar le Te lucis ante. or me rene répondent - an “égale douceur,
Les At emmation. de dansen. La nsiethialies meut ou fixe des figures féminines en des pas gracieux, en des attitudes charmantes. Il arrive aussi que les voix, grec ne suffisant plus à leur om s'emportent jusqu'ä crier :
nf poilu %s ds Auile parti ad id SA | (Prgitario éh, xx).
C'est un Gloria in excelsis qu ms du Purgatoire attaquent avec cette violence, et bien des siècles après Dante c'est aussi le Glonia que de Bach.de la Messe en si mineur et le Beethoven de la Messe en ré :commenceront par des cris plutôt que par des chants. RE rm
C ie: / i toutes , Évaque [ ces deux noms. te parler, avec M. Bonaventara , de l'Hosannah décrit au xxvuf chant du Paradis. Après que Béatrice a fini d'exposer à Dante la mystérieuse concordance des neuf cieux avec les neuf chœurs célestes, ces neuf chœurs se divisent en trois. Chacun pa entendre trois mélodies à la fois, de sorte que lengemble ne compren:
pas moins de neuf parties réelles. Ainsi — M. “M ST 2 “+ 0 ravec-raison — il semble bien que le poète ait prévu les gigantesques polyphonies de l'avenir, Ainsi, pouvons-nous ajouter, dans l'ordre entier de la musique et dans toute son histoire, la poésie dantesque a des racines profondes et, la symphonie instrumentale exceptée, il n'est pas une forme, pas une catégorie de la beauté sonore que le poète de la Divine Comédie n'ait autrefois connue ou devinée et qu'il ne nous rappale aujourd'hui,
IV. Rien n'est juste au fond, sous une forme cette observation d'un commentateur de Dante, Giordani : Jl Parme e il Paradiso hanno la musica per materia e per macchina principale. Plutôt que la « matière » et la « machine», disons que la musique est l'esprit et l'âme du Pargatrire etdu
Elle l'est pour le moins autant que la dumüre et M. Bonaventora consacre un des principaux chapitres de sonsouvrage à suivre à travers
DAXTE ET LA MUSIQUE. 263 les deux dernières cantiche la correspondance des: onènes hanineux et des pénis net a is a mot Ca à ce instant de ce dualisme qui partage le poème entier et qui rend les deux sens du poète, son ouie et sa vus, dépendants et. pour ainsi res «wicaires » l'un de l'autre.
Si Dante veut exprimer l'idée de ténêbres, 1 purlera du slil qi se tait » ou d'un lieu « muet » de clarté. Reg tre dr a le de la m e nous cr Bo me ue cu Cent
la critique musicale consiste-t-lle en ceci, ae pare pe color vo pour décrire le son et.ses « plis » délicats.
Una melodin dolce eorreva | ‘to
Per l'acr laminouo. | , ".
En deux mots, voilà les doubles délices du Pargatoire et du Paradis. Le ag RAD ETS NP: Les âmes se révèlent à
voix et comme des flammes ll, et malgré les splendeurs
pp pb ri vs il paraît moins touché par M pe 4 par les chants ®, Goutte D'Aut per aller taf ane me sensations et d'images, comme dans ces deux vers:
E come in Garmma favilla si vede E come in voce voce si | « (Paradin, che ven.
ou dans ce vers unique : Die - Si del cantar e si del fummegiarsi : (Paradise , cl. x).
Aussi bien, la lumière et le son n'étant l'un et l'autre que mouvement et vibration, l'idéntité des impressions répond à l'identité des phénomènes. L'ordre de la nature et celui de l'âme sont d'accord. « Hür° ic das Lieht* Est-ce que j'entends la lumière ? » s'écriera, sixsiècles après Dante, Tristan moribond appelé par Iseult. Ainsi nous trouvons te fois de plus, chez
(4 Parudisa, ch, x :
| Rein di qu eere | FT Paradiso, ch. x :
Lo vidi pi falgor vivi € vinoenii
Pi dolei inevoee che in vista lucenti.
264 CAMILLE BELLAGIR
vérités.
selon Dante, le caractère et le apparait évidemment que c'est la dou- , ces mots reviennent sans cesse pour Me des chants. Le poète n'associe jamais les i des
pie nb de de la musique,
ceur et la
Qu servit de ln cire dé ls Haine. du ir, et si la musique, RL cer errors est absenté del l'Enfer, c'est parce |
est le séjour, autant que du désordre spa de l'inconsola A
Ce don de pacifier et d'attendrir, la musique Le posstide en sorte à l'infini. Dante assure À mainte reprise, pour l'avoir sans doute éprouvé, que rien de nous-mêmes n'échappe à l'influence des sons et que ie charme nous gagne et nous garde tout entiers. Dans le passage cité
1 pe rent re premièreanalogieentre le ciel de Mars et la musique, Dante en signale encore une autre, De méme que + Mars dessèche et brûle toute chose» et qu'il attire les vapeurs, ainsi «lu musique attire les esprits de l'homme, qui sont comme les vapeurs de l'âme (U», Et telle est la force de cette attraction, que les esprits « cessent présque toute autre opération (®, .. L'âme entière écoute et la vertu de Gi les autres esprits semble accourir vers l'esprit sensible qui recoit de son 14) ..
Voilà pour ainsi dire la théorie de la toute-puissance de la musique. La Divine Comédie nous en offre comme un exemple pratique dans l'effet produit par le chant de Casella sur les âmes qui l'écoutent :
Alors il co Amor che nella mente mi ragiona , avec tant de charme, sa douce SN Ebore dans mon cœur, 3 E
Mon maitre et moi, et toute cette qi était ne ele ant nous paraissions si contents que nul autre soin ne semi lait nous /
Tous nous restions aan à ee mem Be vo qu l'aire vieillard nous erie : « Qu'est se Vase)
« Quelle est cote négli
paresseux !
ce retard ? Courez À, le non AEDE et dés
pouillez vos vaux des écailles : vous laissent pas voir Dieu (®.
«La musica trae a se gli spirit umani che sono quasi ipalemente ï del cuore. » (Corvivio, brattato 1.
l'eQuasi cessano da ogni razone. » (Conviuio, ibid.) Fate
M 4 Si à l'anima intera RAR l'ode, «la virtà di tatti quasi corre alle spirito sensibile che riceve suono, » {Conmivio,
ibid.) M Pargatorio, ch. 1, traduction Ora- Dam.
26% HENRI DEHÉRAIN.