ROYALE
Afsbtans»,
MoîlSEiGNEUR LE GA.RDE DES SCEAUX, Président,
M. D ACIER , de rinsiimt royal de France, secr, perp. de l'acad. detl inscriptions et beiles-lenres,et membre de l*acadLrnie trançatse.
M- le Baron SlLVESTRE DE SacY, de l'Institut royal de Francei académie des ioscriptions et belles-lettres,
M. GosSELLiN, de rinstitut royal de France, académie dcf inscriptions et belles-lettres.
M. le Baron Cuvier, conseiller dVtat , de Tlnstitut royal de France , secrétaire perpétuel de Tacadémie des sciences , €t membre de Tacadémie française*
f M. DAUNOU,dei*lnstihit royal de France, académie des inscriptions et belles-lettres, éditeur du Journal et secrétaire du bureau.
M, TEssiER,de rinsiitut royal de France ,académiedes sciences,
M* QuATREMÈRE DE QuiNCY,de riiistitut royal de France, secrétaire perpétuel de Tacadémie des beaux-arts, et membre de celle des inscriptions et belles-lettres.
M, BïOT, de riiistiiut royal de France, académie des sciences.
M. Vanderbourc , de rJnstilut royal de France, académie des inscriptions ei beiles-letires.
M* Raynouard, de Tlnslitut royal de, France, secrétaire perpétuel de lacadémie française, et membre de Tacadémie des inscriptions et belles-lettres*
M. Raoul-Rochette, de Hnstiiut royal de France^ académie des inscriptions et belles-lettres.
M. Chézy, de rinsTitui royal de France , académie des inscriptions et belles-lettres.
M, V. Cousin , ancien maître de conférences à TÉcoIe normale.
M. Letronne, de l'Institut royal de France, académie dei inscriptions et belles-lettres,
M, Abel-Rémusat, de rinsiitut royal de France, académie dei inscriptions et belles-lettres.
M, Chevreul, professeur de physique et de chimie au Collège royal de Charleniagne,
Auteurs . ,
Le prix de Tabonnement au Journal des Sa vans est de 36 francs par an, et de 4^ fn par la poste, hors de Paris. On sVbonne cliez MM. Trtt/trei et Wûrti, à Paris, rue de Bùurhon , n/ ty ; a Strasbourg , rue des Seirurîers^ et à Lûndres, n/ jo Sùho-Square* Il faut affranchir les lettres et l'argent.
Les II V M ES NOUVEA ux , îes lettre s , avis , mémoires , &c* , qui peuvent concerner la rédaction de ce journn! , doivent être adressés au bureau du Journal des Sa van s , à Paris, rue de Mcnil-montant, n.^ 12.
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JOURNAL
DES SAVANS
CoNSiDÉBATioss GÉNÉRALES sur fanalpe organique et sur ses applications; par M. E- Chevreul. Paris, Levrauït» 1824, in-8.*'. de xxj et 256 pages,
J-jORSQUE nous avons rendu compte, dans ce Journal (mars 1824), du travail de M. Chevreu! sur les corps gras d'origine animale ^ nous avons eu occasion de remarquer que l'auteur dfevoit en grande partie la certitude et fa précision de ses résultats à Fatteniion qu'il avoit eue d'étudier Tinstrument même de ses recherches, c'esi-à-dire, Tanalyse des corps organiques. En effet, les difficultés particulières de cette tranche de la chimie exigent, non-seulement des procédés plus délicats et des soins plus minutieux , mais I observation constante de mé diodes
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ngoureuses, si Von veut éviter les tâtonnemens et ies méprisef qui ont si long-temps retardé sa marche et mis obstacle à ses progrès. Dans son nouvel ouvrage, M* Chevreul s'est proposé de faire connoître les vues qui Pont dirigé et fes conditions qu'il loi paroîi nécessaire de remplir, pour atteindre en ce genre un degré d'exactitude cgal à celui qui est requis dans 1 étude des corps inorganiques.
M* Chevreul regarde la détermination des principes immédiats qui constituent les végétaux et les animaux, comme la ba^e de la chimie organique, et la méthode qui peut conduire à fixer les espèces dans cette classe de composés, comme le prenn*er et fe plus important oiijel que le chimiste doive avoir en vue, II est difficile, en effet, si Ion néglige ce soin en travaillant sur les produits de Torganisaiion , que des combinaisons aussi compliquées n^échajjpent pas h une analyse peu fidèle, et que des ch^ngemens essentiels dans l'arrangement et les proportions des principes n'aient heu à Tinsu du chimiste, durant des opérations dont il ne peut se rendre un compte scrupuleux.
On sait que les élémens dont les corps organisés suni turmés, se réduisent, en dernière analyse, à seize ou dix-sept corps simples, qui s'y trouvent en combinaisons multipliées et dans des proportions extrêmement variées. Ces matériaux primitifs se réunissent deux h deux , trois h trois , quatre à quatre , cinq à cinq, pour former des composés binaires, ternaires, quaternaires, quintenaires, &c. De ces composés, les uns sont nommés inorganiques , parce qu ils se trouvent aussî-bien dans le règne minéral que dans les végétaux et les animaux; tels sont l'eau, plusieurs acides, les bases salîtrables, lammoniaque : les autres sont appelés organiques t parce qu'ils ne se trouvent pas dans le règne inorganique, et quils semblent ne pouvoir être produits que sous rinfluence de la vie d*un être organisé , animât ou végétal; rels sont les huiles, les sucres, l'albumine. Cette seconde dénominatioa a encore été étendue à toutes les substances qui, provenant des cunijjusés organiques altérés ou décomposés , n'ont pas d'analogues dans le règne inorganique, mais qui sont, à proprement parler, le produit de lart. Enfin les composés binaires ou ternaires sont très souvent unis les uns avec les autres , et forment ensemble des mélanges qui ne sont point asi»ujeitis, comme les élémens qui les constituent, à des proportions définies.
On peut conclure de ces faits que deux sortes d'upéraîions sont nécessaires pour s'assurer de la véritable nature des composés organiques. La première est celle qui consiste à séparer les uns des autres ceux qui se trouvent à fétat de combinaison ; la seconde a pour
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l^ïï^et de déterminer la proportion des éléniens qui constituent cea mêmes composés : on nomme lune analyse immédiate, et lautre analyse éUmcntalrt, Par exemple , on fait une analyse immédiate quand on isole un sucre de la gomme à laquelle il étoit uni , et cette anaJyse devient élémentaire , quand il s'agit de connoître les quajitités de carbone I d*hydjogéne et doxîgène qui entrent dans la composition du sucre ou de la gomme. L'analyse immédiate portée à sa perfection feroit connoître avec exactitude le nombre des combinaisons d'clémtfns, fbrjnées naturellement ^ous finfluence de t organisation. L*nuire ajoute à cette connoîssance celle des matériaux mêmes qui concourent à fes former. Ainsi, d*une part, il s*agit de distinguer les unes des auires les différentes espèces de cojnposés organiques; de rautre, il fiul caractériser chaque espèce en en pénétrant la structure intime. Le Lut de lanalyse organique est donc, dans les deux cas, comme [observe M. Chevréul, la détermination de l'tsp'ccc, en prenant ce jnot dans le sens particulier que comportent les recherches chimiques appliquées aux prodiuts de lorganisation,
M, Chevreul avoit déjîi feit remarquer (i) que les différentes branches des sciences naturelles» en employant toutes le mot espèce, lui donnoient diverses applications > selon la nature des faits qu on rassetnble et des procédés qui servent à les étudier. L'auti^ur revient encore ici sur ces considérations , qui lui paroissent d'une haute im|>ûrtance pour la philosophie chimique. En botanique, en zoologie, on étudie des individus doués d*un ensemble de propriétés inséparables de leur existence. II faut que ces individus soient distitigués et décrits de manière qu^on puisse toujours remonter de la description aux itidivîdus de la nature ; de là remploi raisonné qu'on fait, dans ces sciences, des mots ispeci , genre, varicté. En géologie, les mêmes mots sont mis en usage; mais, quoique se rapportant 5 des individus , ils indiquent iimplement les manières d'être ou la position relative et le rôle présumé de ces individus» La notion de Vcspcce a un degré de précision de pl'js en minéralogie : d'après la définition d'Haiiy, elle désigne une collection de corps dont les molécules intégrantes sont scmblaliles par leurs formes, et qui sont composés des mêmes princi|)es unis entre eux dans le même rapport. Pour le chimiste, Tespèce est une collection d'êtres identiques par les propriétés , et par ce qu on connoît de leur nature intime, c'est-à-dire que , pour appartenir a une même espèce , ils doivent être également simples , ou être composés d*élémeas seml>lables unis
dans les mêmes proportions et avec le même arrangement. En partant de i'idée de l'espèce ainsi définie d'une manière générale» et en l'appliquant aux corps organisés, il faut considérer ^ i.^'des composés dont on ne peut séparer pfusieurs sortes de piatîères sans en altérer évidemment la nature: ce sont ceux qu'on nomme principes immédiats ; a." des composés de deux ou de plusieurs principes immédiats unis en proportion définie. Quant aux composés formés par la réunion en proportion indéfinie, soit de principes immédiats, soit de comliinaisons définies de ces mêmes ^principes , il est évident que le nom tïesphe ne leur convient pas : ce sont des mélanges , des aggrégations , et l'analyse immédiate est imparfiitte tant qu elle n*est pas parvenue à les réduire h leurs véritables é(tmens , soit sijnpies , soit composés.
On voit que, relativement à l'emploi du mot espca, M. Chevreul s'écarte des physiologistes , en ce que ces derniers considèrent moins la nature des substances auxquelles ils rappliquent, que la position de ces substances eu égard à des genres déterminés, ou encore le rôle qu'ils leur attribuent dans les fonctions de la vie. Par exemple, ifs donnent le nom de sang à un liquide qui circule dans uo système de vaisseaux, et qui porte quelque matière à toutes les parties de fanimal qui doivent être nourries ; et en instituant cette espèce , ils n'ont aucun égard à la nature chimique du liquide : car ifs y comprennent (e sang blanc de plusieurs animaux invertébrés, aussi- bien que celui des mammifères, et ils n'ont en vue que la propriété de nourrir, qui est pour eux caractéristique du sang. Au contraire, le chimiste établira les espèces d après la composition des corps, sans s'arrêtera leur usage. Le but qu'on se propose dans chaque science est ce qui fonde (es disfîncn'ons qu'on y introduit.
M. Chevreul établir six groupes de caractères dont Fexamen doit constituer fhistoire chimique de chaque espèce ; savoir, la composition, les propriétés physiques , fes propriétés chimiques qu'on observe tant que lespèce n'éprouve pas de changement sensible dans sa composition ; les propriétés chimiques qu'on observe lorsque Tespèce éprouve, dans sa composition, un changement qui ne va pas jusqu'à l'empêcher de reprendre sa composition première \ les propriéiés chimiques qu'on observe, lorsque respèce éprouve un changement qui va jusqu'à IVm pêcher de reprendre sa composition , et enfin les propriétés êrganoleptiquei. Par ce dernier mot , qui a besoin d'explication , Fauteur entend les propriétés que respèce manifeste lorsqu'elle est mise en contact avec nos organes.
Ne pouvant suivre M. Chevreul dans toutes les considérations aux-
quelles il se livre au sujet de ces six classes de caractères , nous nous conleiîterons d'indiquer quelcjues observations qui ont rapport à [a sixième, c*est-à-dire, à l'impression que font les corps sur le toucher et sur le tact, sur i odorat, et sur le goût. M, Chevreuf paroit avoir étudié avec une attention particulière et soumis à une subtile analyse „ les effets que plusieurs corps produisent sur les organes des sens , et notamment les odeurs et les saveurs. Une précaution quon négfige assez ordinairement l'a mis en état de distinguer, dans ce genre de phénomènes , des nuances qui ont échappé jusqu'ici aux meilfeurî» observateurs. Cette précaution consiste à isoler l'action du sens de Podorat , de celle du goût , en comprimant les narines , quand on introduit dans la bouche une substance à-Ia-fois sapide et odorante. De cette manière , lair qui s*est chargé dans la bouche des parties odorantes émanées de k substance, ne pouvant plus être expiré par le nez , cessera de porter à la membrane pituitaire les molécules qui produisent la sensation de Tcdeur. En étudiant faction des corps sur le goût d'après cette observation, M. Chevreul a reconnu des difiérences extrêmes entre les sensations qu'on perçoit , suivant que le passage de Tair expiré par le nez est libre ou interrompu. H ramène ces sensations à quatre chefs principaux : il y a des corps qui n'agissent que sur le tact de la langue, cotntne le cristal de roche, le saphir, la gface. Il y en a qui n agissent que sur le tact de la langue et sur lodorar. De ce nombre est Tétain ; quand on le met dans la bouche , on perçoit Fodeur du métal ; en se pressant les narines , cette sensation dijparoîi enlièremeni , et Ton éprouve seulenrent une sensation de tact. Certaines substances agissent sur le tact de la langue et sur le goût: tels sont le sucre et le chlorure de sodium ( sel commun ). Les sensations qu^iJs causent ne sont point modifiées dans le cas où fon presse les narines : tnfin les huiles volatiles et les substances qui en contiennent, comme les pastilles de menthe ou de chocolat , agissent sur le tact de la langue , sur le goût et sur l'odorat. On nVn perçoit que la saveur en se pressant les narines, et fodeur en redevient sensible lorsque (*aîr est expiré par le ntz< M. Chevreul ajoute plusieurs remarques curieuses, parmi lesquelles nous n'en citerons qu'une* La saveur urîneuse qu on attribue aux alcalis fixes» n'appartient point à ces substances , mais bien à lammoni;.que qui est mise en liberté par la réaction des bases alcalines fixes sur les sels ammoniacaux contenus dans fa salive. Cette sensation disparoît lorsque les narines sont pressées, et on la retrouve dans im mélange de salive fraîche et d'akali, opéré à l'extérieur.
Après avoir exposé, dans un chapitre séparé, les difficultés parti-
culîères de l'cKialyse immédiate des corps organisés > M* Chevreul exnmîne successivement quelle est f influence qu*exercenT en ces corps la chaleur sèche, i'oîCîgène aiinosphérfque , les dissolvans » ei les fcictifs de divers genres. 1[ soccupe de rechercher les moyens de disiinguer les espèces qui constituent une matière organiq-je sounii-e à 1 analyse , et de détenniner si celte matière doit ou ne doit pas être conAÎdèrêe comme une espèce. Sept chapitres destinés à ces divers objets sont remplis de vues saines et d^observatiuns judicieuses; mais il ferait difficile de les faire connoître sans enfrer dans des détails que la namre de ce Journal nous oblige d'ahréger. Un résotné très-exact Termine la première partie , et les vingt pages qu'il occupe nous parotssent dignes d'être méditées par toutes [es personnes q*:i se livrent à des recherches sur la chimie organique*
La seconde partie est celle oii M. Chevreul traite des application* de l'analyse organique immédiate : c'est un sujet intéressani , dont tous les lecteurs peuvent, par eux-mêmes, apprécier futilité, et sur lequel il doit être pertnis de s'arrêter de préférence , dans un recueil qui n'est pas exclusivement coîisacré à la science chimique. Le prenîier l^cnre d'application exposé par fauteur, est celui qu'il croit devoir faire à la chimie organique elle mêtne j des idées qu'il vient de présenter. Après avoir rappelé plusieurs principes qui ont été établis dans là première partie » il s'attache à éliminer plusieurs corps composés qui ont été h tort compris parmi les espèces organiques* II en exclut d'abord les huiles et les graisses, qui sont formées de deux ou de plusieurs principes immédiats» unis en proportion indéfinie j le gluten, qui est composé, suivant M, Taddey, de gîayadine et de zîmome; la gomme adragant , réduite en deux substances par Bucholz ; fextractif , niatière mal définie , mal caractérisée , et dan^» laquelle trois ou quatre substances au moins se trouvent réunies j le tannin, la sarcocolle, la quassine de M, Thomson , la caoutchouc , et plusieurs autres. M, Chevreul montre ensuite le peu de fondement de quelques distributions I en apparence méthodiques , où Ton a réuni» sous les notns de genres, les sucres, les principes amers, les matières colorantes, les gommes, le genre muqueux . la cérasine , les baumes, les résines ^ et plusieurs autres groupes établis par Fourcrdy et par M, Thomson , et qui ne sauroîent recevoir le nom de genre , puisque la plupart des substances quils renferment doivent être rejetées du catalogue des espèces. M. Chevreul a posé des principes rigoureux , et il s^ attache avec une sévérité qui fait honneur à sa logique.
Les applications qu'on peut faire d*un travail chftnique sont ordi-
naîrement ce qui frappe le p[us le commun des lecteurs j ptus touchés de ce qui est immédiatement utile > que de Tavancement de la science et des avantages qu*elle en doit recueillir un jour. M, Chevreul indique ici, avec beaucoup de précision » le rapport sous lequel les progrès de la chimie organique ont droit d'exciter l'attention des hommes mêmes qui sont, peu disposés h concevoir ia fécondité des idées théoriques. Si Ton se rappefoit que (es applications raîsonnées de Ja chimie minérale n ont pu être faites qu'après qu'on a eu défini les espèces inorganiques , et fixé la proportion des élémens dans les oxides métalliques, les acides, les sels, on sentiroit que les services que les arts ont droii d'attendre de la chimie organique sont précisément du même ordre, et doivent être obtenus par les menées moyens. Si Ton veut savoir le bénéfice que donnera îa préparation d*un principe immédiat organique , ou celle d'un produit quelconque fabriqué avec des matières organiques, un des premiers élémens de la question est sans doute la connoîssance de fa proportion du principe extrait à la matière qui fa fourni , ou la proportion du produit fabriqué aux matières avec lesquelles on peut le fabriquer. Cette proportion , rigoureusement déterminée par des procédés méthodiques, sera un terme absolu pour connoître le bénéfice , en tenant compte ensuite du déchet occasionné par la différence qu'il y a toujours entre la précision d'une préparation en petit et celle d*une préparation en grand* C'est là que résida la question la plus intéressante pour les manufacturiers , et Ion en a vu la preuve en France lorsqu'il s*est agi de suppléer aux produits des colonies par des produits indigènes. On a démontré l'identité du sucre de canne avec le sucre de betterave, et ridentité de Tindigo avec le bleu du pastel. Mais fex traction de ce dernier produit n a pas encore été reconnue assez avantageuse, pour que la fabrication en fût généralement adoptée, comme fa été celle du sucre de betterave.
L'utilité de la chimie organique dans la pharmacologie et la médecine légale auroit à peine besoin d*être rappelée, si quelques questions qui $e présentent à ce sujet ne réclamoîent une discussion. M* Chevreul y est entré dans un chapitre particulier* Plusieurs des médicamens les plus importans pour fart de guérir, tek que lextraît d'opium, les écorces de quinquina, les racines rfipécacuanha , contiemient des proportions inconnues de principes très-flcti6. Les travaux qui tendent à isoler ces principes, tournent au profit de la science médicale , puisque , s'il est jamais important de se rendre un compte exact des actions qu'on veut produire , c'est quand on les exerce sur des êtres vivans. La découverte de la morphine , du principe vésîcant des cantharides,
de la pîcrotoxine, de la cinchonine, de la quiniwe , de Fëmétine, de la strychnine , a livré au médecin des substances dont les propriétés constatâtes et fiiciles à apprécier ne lui laissent d'autre embarras que d'en faire varier Tintensité suivant Tâge , le tempérament des malades ou l'état des organes. Si Ton objecte que Factiviié excessive de ces substances oblige habiiuellement à les tempérer par Faddition d'une lubstaïKe inerte , et par conséquent à recomposer pour ainsi dire uri ^lélange analogue à celui que la nature nous avoit offert tout fait, il esl aisé de répondre que ce mélange produit par l'art a sur l'autre un avantage incont^table ; c'est qu'au moins les élémens peuvent en èire exactement connus, et les effets calculés d'avance.
Quant à la médecine légale, ses besoins les plus urgens, et les secours quelle réclame avec le plus d'instance, donnent un haut prix aux lumières qu'elle peut recevoir de l'analyse organique. M. Chevreul expose ici, avec ce soin minutieux que la gravité du sujet exige et justifie , un plan de recherches dont l'objet est de constater l'action des poisons végétaux et animaux. Les altérations spéciales des tissus, et les propriétés particulières des espèces organiques qui sont la ba-se de ces poisons, fournissent un appui solide à ces considérations, et réduisent à sa juste valeur cette opinion trop répandue , et qui très-heureusement n'est qu'une erreur, qu'il existe des poisons dont les traces échappent aux recherchas les plus attentives et les mieux dirigées.
Enfin l'auteiu- traite , en plusieurs articles , des applications qu'on peut faire des comioissances fournies par la chimie organique à l'anatomie , à la physiologie , à la thérapeutique et à la zoologie proprement dite. Pousser la distinction des tissus organiques au-delà des bornes où l'analyse mécanique la plus subtile est forcée de s'arrêter ; étudier les transformations pathologiques que ces tissus peuvent éprouver, et les altérations des liquides , que l'école des solidistes a beaucoup trop négligées; en un mot, joindre à l'étude des formes et de la structure extérieure des organes, celle de leur composition iniin:e et de leur nature chimique: voilà ce qu'on ne peut faire qu'avec le secours d'une analyse perfectionnée et rendue de plus en plus scrupuleuse et délicate.
M. Chevreul termine le résumé qu'il offre lui-mên^^ de ces considérations par Fexposition de vues très-élevées sur les causes prochaines de fa vie. Egalement en garde contre les prétentions de ces savans qni veulent expliquer le*. -phénomènes de l'organisation par les forces qui régisj^nt- la matière brute ^ et contre les allégations mystérieuses de ceuxcyui se bornent à invoquer une ou plusieurs forces qu'ils nomment yltùhs, pour 110 'pa^ le^ s^peleca:ouhes9 il fait la part de ce que chacune
JANVIEn 1825.
.i|É{^€e5 opînrons a de raisonnaljle ou de probable, et montre que Fa COftnoissance des sciences physico- chimiques est aussi indispensable aux partisans du vitalisme qu'à ceux qui ont embrassé les hypothèses contraires : « car, dit^îl , puisqu'ils reconnoisseot que les forces vitales m sont en lutte perpétuelle avec les forces qui régissent la nature n inorganique, ils admet reut nécessairement que celles-ci neutralisent *> une portion des premières , que conséquemment elles agissent; dès- »lors, pour apprécier rigoureusement les effets produits par les pre- >* jnières , il faut déterminer les effets qui seroieni produits par les » forces de la nature inorganique , si les forces vitales n'agîssoîent » point. C est le seul moyen scientifique d'établir l'existence des forces »^ vitales comme distinctes des autres , en faisant voir ce qui leur >» a{>partîent réellement dans les phénomènes de la vie. »
Un traité du genre de celui que nous venons d'analyser , doit trouver moitis d'appréciateurs éclairés qu'un ouvrage exclusivement rempli de résultats directs et d'expériences positives. Mais c'est un de ces ca<i où un petit nombre de suffrages peut suffire au succès d'un livre. La philosophie d*nne science n'en est jamais la partie la plus répandue , rti même la plus généralement goûtée; mais les travaux qui rétablissent méritent d'occuper un rang distingué quand ils j>euvent servir à diriger les recherches ultérieures, et k amener des découvertes importantes. Pour montrer que son ouvrage est propre h produire cet heureux effet , M. Chevreul n*a besoin que de mettre lui-Juéme en pratique fa théorie ' qu'if y expose, avec la certitude de contribuer puissamment aux progrès de cette branche de la chimie à laquelle il a dé;à rendu de si éminens services. On est en droit d'offrir des préceptes, quand on a donné de pareils exemples.
J. P. ABEL-RÉMUSAT
Chefs - d'ûeu vre des Thé a très é tbâncei^s , allemand , anglais , espagni)!, italien , &c. Paris , chez Ladvocat , libraire. Palais-royal, galerie de bois, n."* 1^6, inS,^, 25 volumes,
NEUVIÈME ARTICLE. THÉÂTRE ANGIAIS (suilej,^
Dans le précédent article, faî exprimé mes regrets sur ce que les pièces que l'éditeur de cette collection nous d«)i8))e pour 4eâ chefsd'ccuvre du théâtre anglais , n'ont pas été classées dftprês lordre des temps où elles parurent sur la 5cène. Celte négligence, qui peut-
être ne mériteroir pas d'être relevée , s'il ne s'agissoît que de tragédies, devient lobjet dune très-juste critique, lorsquil s*agît de comédies. En ies distribuant selon Tordre des temps , en avertissant de l'époque précise à laquelle elles furent jouées et applaudies , on eût mis le lecteur à portée de comparer les productions de la scène comique avec Thistoire des mœurs, de juger h quels faits, à quels événemens p^^vent se rapporter divers détails ; enfin on eût fourni d utiles matériaux pour émdier facilement l*histoire de la société dans le pays dont on jmportoit les richesses dramatiques*
Au comraîre, l'éditeur de cette collection a non-seulement interverti entièrement Tordre des temps, en plaçant une pièce de Ben JonSON, Chacun dans son caractère, parmi celles qui composent le cinquième et dernier volume , et une pièce de JOHN Tobïn, la Lum de miel, dans ie premier; mais il est assez rare qu'il ne manque dans les notices, ou l'indication de Tannée de la représentation, ou le titre anglais de Touvrage.
Je crois donc convenable Jînterverlir moi-même Tordre des volumes, et de rendre compie des diverses pièces , en les classant selon Tordre chronologique de leurs représentations, que j*aurai soin d'indiquer pour chacune, en y joignant le titre quelle porte en anglais.