‹ Journal des savants (volume 4)Chapitre 2 sur 53 · BEN JONSON · texte numérisé non relu

BEN JONSON

Every rnm ia, his humour, — Chacun darrs son caractère* Reprcsentée en

1598, itiiprimée en lôoi.

Cette pièce méritoît douvrîr la collection des comédies anglaises, li seroit trop long d en donner une analyse qui rendît compte des nombreux détails et des divers caractères : il suffira de dire que chaque personnage agit d'après un caractère donné , et que parmi les rôles, qui sont nombreux, on en distingue plus particulièrement deux :

I / Celui de Kitali, commerçant, mari d'une femme honnête, laquelfe excite constamment sa jalousie, sans qu'il ose la faire éclaier. Cette jalousie est peinte avec une vérité et une énergie comiques que n'auraient point désavouées Shakespear ni Molière. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que cette pièce de Ben Jonson, la première sans doute où la jalousie ait été mise aussi heureusement en scène sur les théâtres modernes , est antérieure de vingt-quatre ans à TOthello, qui ne fut joué qu'en 1622,

a.** Le rôle d'un certain Braîn-worm, qui, à la faveur de nombreux déguisemens, joue plusieurs personnages dans la pièce.

Eor$ des premières représentations de cette comédie , Taction se

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passoit k Florence et les personnages avoient des noms italiens. Cédi* tion de 1601 , in-jf/ , est conforme au premier travail de i auteur; ce n'est que plus tard qu'il corrigea sa pièce , en plaçant Taction à Londres, et en donnant des noms anglais aux divers personnages dont H accommoda les rôles aux mœurs du j>aySp

Le traducteur a travaillé d'après l'édition corrigée par Garrick, Ben Jonson, après le succès de sa pièce, Chacun dans san caractin , fît jouer, Tannée suivante, une comédie faisant suite ou du moins pendant à Tautre , et qui est intitulée EvERY MAN out OF H\s HUMOR, Chacun hors de son caractère. Puisque le traducteur, qui a donné sur Ben Jonson une notice qu on peut accuser d*êire trop courte, parce qu'elle est écrite avec goût, n'a pas parlé de cette dernière comédie, je me bornerai k rappefer une singularité théâtrale qui la distingua, et qui a été ensuite renouvelée dans quelques pièces d'un bas comique. Des personnages qui ne paroissent que de simples spectateurs, prennent part au dialogue, et contribuent ainsi à Tamusement et à la gaieté des s}>ectateurs véritables,

BEAUMONT et FLETCHER,

Ru le a wife and hâve a wife. — U École des epousears. Jouée au commencement du XVII** siècle, et imprimée en 1640 (i)*

Quoiqu'on ne trouve pas la date de la représentation de cette pièce, qu'on a même attribuée au seul Ffetcher, il est évident quelle fut composée et jouée au commencement du xvji/ siècle , puisque Beaumont, qui passe pour y avoir travaillé, mourut en i6ï y , et Fletcher en 162J.

Si Ton compare les mœurs peintes dans cet ouvrage, et le ton et le langage des personnages , aux moeurs et au langage de la pièce précédente , on sera surpris de trouver dans Beaumont et Fletcher une indécence dans les moeurs et dans les expressions, une immoralité dans Ivs principaux personnages , enfin un ensemble licencieux , qui ne peuvent donner une idée avantageuse du public anglais qui applaudissoit de telles pièces, aujourd'hui tolérées encore, parce qu'elles sont, depuis long-temps, en possession de la scène.

.Cependant il faut avouer que cette pièce anglaise, quoique écrite d'un ton leste et quelquefois grossier, offre souvent des situations et

(1) L*at]teur de l'excellente notice sur Beaumont et Fletcher, placée en tête oc la traduction de Y École des épouseurs, au roi t pu citer Touvrage de J* Monck Watson, publié en 1798, i vol. in^S**, contenant des commentaires sur les pièces de Beaumont et de Fletcher.

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des détails comiques. Les plus mauvaises mœurs y sont peintes avec une verve et une gaieté qui désarment presque la sévérité de la critique. Margarita, riche et galante, veut se marier pour couvrir son incon^ duite, et cherche à épouser quelque imbécille qui puisse être sa dupe. Elle trouve un beau garçon, qui feint d'être niais et simple, et, sur l'invitation d'Aitéa, sa femme de compagnie, elle se donne ce mari, qui s'appelle Léon, aprèh avoir fait toutes les conditions que sa posidon et se5 projets exigeoîent.

Tandis que ce marché se conclut à la campagne , Estifanîe, servante de Margarita , habile à la vilie la magnifique maison où sa maîtresse tient sa cour: parvenant k se foire croire propriétaire de ce beau logement et des richesses qui y sont renfermées, Estifanie réussit à séduire un officier nommé Valdez, lequel espôre faire une grande fortune en 1 épousant.

Quand elle apprend que sa maîtresse revient à la ville plutôt qu'elle ne l'ailendoit , elle annonce à Valdez qu'une cousine arrive chez eux pour se marier, et que, pour faciliter cet établissement, la maison et tout ce qui s'y trouve doivent être conîiés à cette cousine et passer pour sa propriété ; mais qu'après le mariage et les noces ils rentreront en possession; son mari, qu'elle présente à la prétendue cousine, y consent, et ils délogent.

C'est Margarita qui est revenue k la ville avec Léon ; elle s'applaudit d'avoir trouvé un benêt de mari qui lui sert de manteau. Toui-à-coup Léon commence à tenir des propos alarmans : bientôt, et au moment ou sa femnie est entourée d'une nombreuse et brillante compagnie, il éclate, et.il déclare qu'il veut être maître dans la maison. Le duc de Médina essaie de le gourmanderet va jusqu'à le menacer; mais Léon ne refuse pas de mettre l'épée à la main contre le duc. Cette énergie déconcerte Margariia, qui veut le renvoyer aux champs et qui parle de divorce.

D'autre part. Ferez est dans un grenier, en attendant de rentrer dans la superbe maison qu'il '^up[)ose toujours appartenir h. sa femme ; il s'impatiente, et bientôt il apprend que la maison ne lui appartient pas, qu'elle n'est qu'une malheureuse fille qui l'a trompé; il vient dans la maison même de Margarita. Les édaircissemens qu'il sollicite lui prouvent la supercherie de sa femme; il la retrouve, il est furieux: mais , par ses adroits mensonges , par son manège décevant , elle parvient à l'apaiser; elle a excité des doutes dans son esprit, de manière qu'il esp>ère encore.

Elle rencontre un riche usurier à qui elle emprunte ou, pour mieux dire, elle escroque, au nom de sa maîtresse Margarita-, une somme

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considérable, parce qu'il se laisse facilement gagner, ayant des prétentions sur elle.

Cependant le duc de Médina , pour écarter Léon, lui a- fait- parvenir un faux brevet de colonel. Celui-ci déclare qu'il veut partir, fait tout emballer jusqu'aux habits de sa femme, et il exige qu'elle parte avec lui. Margarita fait semblant d'obéir et demande seulement un mois de délai; Léon s'aperçoit de la feinte. Tout-k-coup on entend un bruit d'armes; on annonce que le duc ia été attaqué dans la rue, qu'il est blessé, mourant; on l'amène dans la maison pour lui donner les premiers soins. Léon reconnoît encore que ce n'est qu'une ruse de sa femme, il s'emporte: enfin, lasse du rôle qu'elle joue, elle s'amende, ou fait semblant de s'amender; et quand le duc la fait approcher du lit où il est couché, elle résiste aux agressions du duc, et appelle à haute voix. Alors son mari arrive avec d'autres personnes ; le duc se trouvé dans un grand embarras, et tout se termine amiablement. Margarita apprend qu'AItéa, sa dame de compagnie, est la sœur de Léon, et reconnoît qu'elle a été dupe d'une intrigue ourdie contre «Ile par la sœur et le frère ; elle consent cependant de traiter désormais Altéa en sœur et en amie; elle promet d'être toute entière à son mari. <« Je ne » suis plus, dit-elle, la coquette Margarita, mais la chaste épouse de » Léon, » Pérez et sa femme, qui a l'argent du financier, promettent aussi de vivre honnêtement : Margarita donne encore de l'argent à Estifanîe dans une bourse, en lui disant: «Prenez, elle vous ajppartient » comme une récompense de vos services ; faites-en un plus noble *> usage que celui qui l'a donnée. >5

Je terminerai cette analyse par l'opinion du traducteur, qui s'expîique en ces termes : «< Ce singulier ouvrage, dans lequel la raison est » souvent outragée et toutes les bienséances continuellement violées; » et j'ajouterai avec lui; c< mais où il y a de la chaleur d'imagination, yy une certaine verve de gaieté et une sorte de force comique. »

W. VICHERLEY.

The Plain-dealer. — L'Homme franc. 1676.

Le traducteur a soin d'avertir que la pièce de l'Homme franc, par Vicherley, est une imitation évidente du Misanthrope de Molière, soit dans la conception de l'ouvrage et la peinture du caractère , soit dans quelques scènes et diverses parties du dialogue.

Sans doute c't^stune imitation HAiftis il me semble qu'elle n'est pas heureuse, et sur-tout qu'elle n'a pas été faite avec art.

Le Misanthrope français est brusque, mais n'est pas grossier; Molière,

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pour fiure ressortir le caractère, a choisi un homme de la cour, ei il Ta placé au milieu de personnes dont les mœurs, Téducation et la politesse dévoient contraster davantage avec sa misanthropie ; et il est sans doute de l'essence comique de ce rôle, que le personnage, forcé de conserver la pohtesse de la cour et d*observer les convenances de son rang , énonce toujours ses opinions avec une franchise impétueuse qui divertit le spectateur. Au contraire» Manly , personnage anglais, est un inarin brusque , qui n'a , pour ainsi dire, que les habitudes et la franchise de sa profession*

Veut-on comparer fa manière différente des deux auteurs» il me suffira d'indiquer dans Moh'ère h scène si vraie , si comique , du sonnet ;

Alctste. Mais un jour, i quelqu'un dont je tairai le nom, &c, jusqu'au vers ;

Franchement il est bon à mettre au cabinet.

Voici rimitation de l'auteur anglais :

Fncman, «« N* êtes-vous pas fauteur de ce monologue en vers blancs 33 qui fut inséré fautre jour dans les papiers publics!

Otdfox. n Quoi î une adresse au bureau du transport des poissons î

Frceman. ^^ Oui.

Otdfox, 33 Comment la trouvez-vous l

Ffceman. » Qest aussi beau que Milton*

Olàfox, » . * , /C'est moi qui suis lauteur de cet écrit; maïs motus 1 » c'est entre nous.

Manly. » Ecoutez, vieux major: vous vous êtes imaginé que vous 1* pouviez écrire et que vous étiez devenu auteur; [>ermettez-moi de » vous dire ce que je disois un jour à une personne de ma connois- » sance qui étoit possédée de fa même înconcevable fantaisie*

Oldfox, ^ Eh bien , monsieur !

Manly, » Eh bien, monsieur, je lui dis franchement quildevenoit n bête comme un âne* »

Une des beautés qui distinguent le Misanifirope , c'est i'exiréme simplicité de Taciion, simplicité qui, toutes les fois qu'elle est soutenue par le talent, prête si heureusement au développement des cnractères.

On pense bien que Vicherley ne fa pas imitée j au contraire, il a beaucoup compliqué l'action de fa pièce.

II y a une scène très -habile et irès^comîque dans Vicherley. La coquette, aimée par rhomme franc, s'est mariée pendant son absence; et quand if a reparu , elle lui a annoncé qu'efle avoit cru devoir prendre un mari, mais que ce mari étoit absent, et l'homme franc en ignoroit (e nom. Il rencontre ce mari sans le connoîrre, et fui feît avec fran-

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chtse certaines confidences qui affectent désagréablement ce mari; et* d'éclaircissemens en éclaircissemens, celui-ci reste convaincu qui! a éprouvé le malheur que Molière désignoit par son nom vuïgaîre, et que Vîchtrriey nomme pareillement. Cette scène est bien préparée , bien 6Iée, et d'un bel effet; elle paroît d'autant meilleure, quelle appartient essentiellement k celte composition dramatique dont le rôle principal consiste à s abandomier à une extrême et imprudente franchise.

FARQUHAR- Recruitîng Officer. — L'Officier en recrutanent. 17^5-

C^tte pièce offre le tableau des ruses et des fourberies qu on employoit alors en Angleterre pour forcer les gens du peuple à prendre le parti des armes; et Fauteur na pas manqué de peindre les moeurs grossièrement licencieuses des militaires chargés du recrutement. Pour en faire juger, il suffira de dire que, dans le premier acte, Toffider est averti qu'une jeune personne qu'if avoit séduite vient d'accoucher ; il propose à son sergent de Tépouser, et celuî-cî, quoique marié, accepte; et, comme il le dît lui -même, il a femme et enfant en moins d'une demi heure. Le même officier s'exprime ainsi au siifet d'une autre jeune personne qu'il a voulu épouser : « II est vrai que Silvie et moi noui w étions convenus de tout, si nous avions pu nous entendre sut fes » préliminaires ; mais elle voubit que la cérémonie du mariage pré- >* cédât fa consommation, et moi je voulois commencer par la consom- *• matfon ; ainsi nous ne pûmes nous arranger. »

Ce langage, ces mœurs, sont constamment ceux de tous les divers personnages; et ils auroient pu être beaucoup adoucis, sans que la pièce eût rien perdu de son comique , qui consiste sur- tout dans les manœuvres adroites des recruteurs; et, à cet égard, on ne peut que rendre entière justice au talent de Fauteur. On distingue sur- tout une situation très-dramatique; c'est celle où fofficier arrive, tandis que son sergent prétend avoir enrôlé deux jeunes gens qui nient d'avoir donné leur consentement, mais auxquels il avoit fait accepter de Fargent sous divers prétextes en buvant avec eux. L'officier gronde ou feint de gronder le sergent, écoute avec bonté les réclamations, les trouve justes , et parvient ensuite , par des caresses franches et des ca)oIerîes aimables, à enrôler lui même ces jeunes gens*

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