‹ Journal des savants (volume 4)Chapitre 11 sur 53 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Ores que Tai sous ma !oy ,

Plus je règne ayniant que roy.

C'est fortune qui guerdonne

Du sceptre, empire et couronne;

Mais le coeur d'elle est le trône

Où veut s'asseoir mon amour;

Adieu visages de cour ;

Pour cœurs faulx sont les fâulx biens;

En elle sont tous les miens*

Ores que l'ai sous ma loy ,

Plus je règne aymant que roy.

Parmi les ouvrages de François L" publiés dans cette collection ? il en est un qui, à certains égards , mérite une disrinction particulière. Le recueil des annales poétiques contient diverses pièces de ce prince^ mais ne rapporte rien de Fépître à MJ'^ d'Heilli, depuis duchesse d'Eiampes; et ce qui est plus surprenant, c'est que M. Gaillard, qui , dans son Histoire de François L", en sept volumes, a eu soin d'indiquer et de juger ses poésies , ne parle point de cette épÎLre, C'est cependant la pièce ja plus considérable de ce prince : elle contient environ cinq cents vers, plus intéressans toutefois par le récit des faits, par les senîimens, que par l'expression.

Comme féditeur n'indique pas Fouvrage manuscrit ou imprimé d'où elle est tirée > fai fart les recherches convenables pour m^assurer qu*eUe est véritablement de ce prince (1).

(l) M ewste a la Bibliothèque du Roi dcujt manu*crns où ceite épitrc se

Écrite après h I)atailie de Pavîe, cette épître en rapporte diverses circonstances. Voici des passages qui expriment honorablement les seniimens chevaleresques du Roi*

VARIA»tTtS ^H manuttrit J^,

Bienmonstrasmes, et chacun le peult veoir, • Que peu prysons la vye pour (^) devoir. • . . (*) le

Après divers détails , il continue ainsi :

Autour de moy en regardant ne veix

Que peu de gens nostrcs, à mon advii;

Et k ceulx-Ià confortai sans doubtance

De demourer plustost en espérance

D*honneste mort ou de prise en effect.

Qu'envers honneur de nous riens fusl forfaici ;

Dont combatans furent tous morts ou pris,

Ce peu de gens qui méritent grant pris.

Et la je fus longuement combam

Et mon cheval mort sus moi abbatu.

J*ai précédemment annoncé que Tépître est ^dressée à fa demoiselle d'HeilIi :

Assez souvent si me fut demandée

La myenne foy qu'à toy seuHe ay donnée*

Maïs nul ne peult se vanter de l'avoir.

En te gardant d'aminé le devoir.

Encore (*) que nul salut espérasse, (*) encore»

Et de ma \7e en tout désespérasse;

Je te promets que feus bien la puissance

D'esvertuer ma débile (*) defFense, ... (*) debillc

trouve pamii les pièces attribuées à François 1.*'; i.°un vol. in-S** vélin, fonds de Cangé, sans numéro, coté 3.] de la Bibliothèque du Roi, intitulé, les Œuvres de François , premier de ce nom. Il y en a aussi de la duchesse d'Alençon , depuis reine de Navarre ^ sa sœuvj et les pihes les plus considérahlts de ce recueil regardent ce prince, Louise de Savoie sa mère et la duchesse d' A lençon sa sœur. La première pièce est celle qui , dans la collection , est intitulée Épitre a jVÎJ^^ d'Heilli , ù*c. ; mais il n'y a dans le manuscrit aucune indication de la personne à qui ce prince ladresse. z** Un vol. //r-^/ , vélin , nJ" 370 des manuscrits de Bafuze, confient, entre autres, diverses pièces de François I.*^ Cette épître s'y trouve j mais il y manque les trente-cinq premiers vers* Elle a été imprimée d'après ce manuscrit, pag. 337 de Y Histoire justifiée contre les romans , par fabbé Lenglet du Fresnoy , 1735 » '«-/2. Il m'a paru que c'est d'après le manuscrit n.<> 34 que Téditeur de la collection a publié cette épître* J*ai indiqué quelques légères variantes.

po JOURNAL DES SAVAN s,

De toutes parz lors despouillé (♦) je fuz ; {*) despoillé

Rien n'y servit defiçnse ni refaz.

Et la manche, de moy tant estimée >

Par pouvre main fin toute despécée.

Las ! quel regret en mon cœur fut boutté

Quant sans defTense ainsi me fut osté

L'heureux présent par lequel te proQiis

Point ne fonyr déVant mes ennemis!

Las ! que diray ! Cela ne veulz nyer ; Vaincu je fuz et rendu prisonnier.

Parmy le camp en tous lieux fuz mené Pour me monstrer çà et là pourmené.

O quel regret je soutins à cette (♦) heure (*) c^Hc

Quant je congnus (*) plus ne faire demeure O cognuz

Avecques moy la tant douice espérance De mes amys retourner veoir en France I Trop fort doublant que l'amour de ma mcre Ne peust souffrir ceste nouvelle amére.

II parle ensuite de son amour :

Mais si le temps quelque jour veult permettre

Qu'en liberté me puisse veoir remettre. . . .

Alors sera converti la couleur (♦) (*) coulleur

De nostre mal en plaisir pour doulleur.

Alors verrons triomphant le plaisir ,

Tant achepté par tourmenté désir,

Et nostre foy esprouvée en absence

Lors recevra le fruict de récompense.

Pierre Fabry, poète de l'époque, avait composé Y Art de pleine rhétorique, ouvrage nécessaire a toutes gens qui désirent à bien élégantement parler et écrire tant en prose qu'en rime. Il est remarquable qu'il récfamoit alors en faveur de certains mots que le temps avoit modifiés. Si je rapporte quelque chose de ce poète, c'est pour donner une idée des vers qu'on appeloit équivoques. Les exemples suivans feront mieux connoître ce genre bizarre que la définition que je pourrois en fiiire :

Ceste rime vers vous maintien, Estre équivoque par exemple.

Je te donne ce qu'en MAIN TIEN.

Autre exemple par excellence , Dans clercs, nobles^ et le commun ,

L*estatde noblesse excelle en ce Qu*el!e deffend chascun comme UN, <Scc- &c* Parnit plusieurs auteurs qu'il me faut passer sous silence , j'indiquerai deux ballades d'Eustorge de Beaulîeu, qui sont dans le goût malin et piquant des vaudevilles des bons maîîres.

Le refrain de la première est: Chacun porte honneur aux habits. Si Dieu ressuscitoit saint Paul Qui n'avoit onc robe honorable, On le cliasseroit comme un fol Et nescroit point agréable* Aujourd'hui pour cstre acceptable, Faut porter sapliyrs et ruhîs, El braguer comme un connétable.

Chacun porte honneur aux habits.

Voici le premier coujîlet de la seconde ; On ne voit plus un tas de saintes gens Par les déserts , comme au temps ancien, Ni dvpanir les biens aux indigens.

Comme jadis farsoient les gens de tsien* Aocun pasteur, si non courtisien , On ne voit plus, ni qui presche en la chaire ; AtDS presche au peuple, un moine ,oti gardien , Qui vit du pain de ceux qut lut font bien. Et les prélats, que font- ils î Grosse chère. Ce dernier vers est le refrain de la ballade.

Une épîgramme de Bérenger de la Tour sur les cheveux de Louise, a été imitée sans doute de Martial, comme celle qui fiit faîte plus tard contre Fabbé de Roquette au sujet de ses sermons : Le poïl dore, cler et luisant.

Qui fait un front beau et plaisant A Louise, est sien comme on dit; Ce qu*est vrai, car j'estois présent Quand le marchant les Itii vendit.

François Habert, auîeur de divers ouvrages en vers publiés au milieu du xv^l/ siècle, a laissé un recueil de fables. L'éditeur en a admis trois , dont les sujets ont été traités aussi par la Foniaine. Celle du Coq et du Renard, une de t Araignée , de la Guespe et de la Mouche, que je me borne à indiquer , et celle du Lion, du Lùup et de VAsne, intitulée dans la Fontaine , les Animaux malades de la peste.

Le lion fait sa confession ; le loup lui répond :

Puisque tu es sur toutes bestes roi ... .

II est loisible à un prince de faire

Ce qui lui plaît, sans contradiction.

Le loup s'accuse à son tour, et le lion l'absout en disant : Ceci n'est pas grand cas.

Ta coutume est d'ainsi faire, est-ce pas!

Puis, à cela t'a contraint la famine.

Quand le tour de fane vient, il avoue qu étant très-mal nourri par son naître , qui favoit mené à la foire et Tavoit laissé à jeun , il trouva Ses deuz souliers remplis de bonne paille. Je la mangeai sans rien dire à mon maître. Et ce faisant, l'offensai grandement.

Dont je requiers pardon très-humblement , I^i'espérant plus telle faute commettre.

O quel forfait! o la fausse pratique!

Ce dit le loup fin et malicieux.

Au monde n'est rien plus pernicieux Que le brigand ou larron domestique.

Comment! la paille au soulier demeurée De son seigneur , manger à belles dents! Et si le pied eust été là-dedans , La tendre chair eusi été dévorée !

Cette idée de condamner l'âne comme voleur domestique pour quelques brins de paille restés dans les souliers de son maître , offre un genre de subtilité dans Tapplîcation des lois, qui est encore relevée par la considération , et si h pied eût été dedans»

II y a de la grâce et de la ^îcatesse dans les vers par lesquels Antoine du Saix , à l'imitation d*un troubadour et d autres poètes . a voulu expliquer le mystère de Fimmaculée conception :

Comme en la fle-jr descend douice rosée.

Dont fruit procède et vient en la saison ;

Comme au miroir entre face opposée.

Et doiilcement comme pluie en toison ;

Comme une voix pénétre en la maison

Sans ouverture, et au cœur la pensée:

Soleil en vitre, et par ce n'est percée:

Air.s: Jésus , pour prendre humanité ,

Page 1