DE L'IMPRIMERIE ROYALE
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z6o ^^ JOURNAL DES SAVANS,
ère («}; *te$^ mfs d'Afcy^înfe wnpfoydîéitt h langite grecqu<? dnn% certains moimmens publics. Crnscription de Selco érablk clairement qu*ii en éioh de même chez les Nubreiis. Comme on avort cra jusqu'à pft' ne celle-ci «pparseiiait , ainsi que les deu)d autres» ï Tèpoque
du j ^ /ne, on a voit apporté h la même cause l emploi de Pidiom© quh-a été choni pour toutes lé$ twisj Mais» d'après les noti\relfes observations dont c îérobjetdaiu les deux précedens^
articles, on doit d., ^. : r ^ i ■. a encore ici plus d*une disuncijon^à 'ferre, PoMr moi, je pense que h propagaiion de la fanguè grecque n'a pas eu, en Nubîe, fcs mêmes causes qu*en Af jyssiiiie , cl que cet idiome é'esi introduit beaucoup plus tard dons la preinrére que dans la seconde de ces deux contrées. Je vais indiquer tes faîu et les raiittnnemens sur lesqu^^ je fonde mon opinion.
S- I. Di tintroducthh de ta Langue grecque en Abyssinlc,
Du moment oii les Grecs furenf les maîtres de FEgypte, et parffoUièrement dés le règue 4e Ptolewiée Pliiladelphe^ le commeice de la iner Rouge prit un développement extraordinaire^ Les, Çrecs se répandirent sur touies les côtes du golfe, et formèrent des établissenjens d?m ipgie^ l'étendue de b Troglody tique jusqufiu détroit de Bab-fcI-AIût¥leJ# r^l mérae au-delà (^j- La fondation de Philotéra^, de PtoIém;ns, des trois Bcrénices, d'Arsînoé du déirojt^ et d*un gf^md. nombre dY-iabliisemens destinés, sojt k la cliasse des éiépbans, soit à ser\'ir de coiU[>(oirs, amena sur ces cotes une multitude de familles grecques qui, bien avant Tépoque de la doininatfon ^oinpiae , y portèrent, non -seulement la lajigue, mais encore les usages religieux de la Grèce, Des autels, dédies aux diviiiités grecques^ furent élevés dans les lieux dont les navig.iteurs ayoien^ pris possession, eWii ils s*étoieni éublis; de U les noms (Tauu/^ de Pytholaiis , de Lichas, de Pythangélus, de Charimotrus (j) > de Conon (4) , qui furent donnés à plusieurs de ces comptoirs. Des statues, portajit de^ inscriptions dédicatoites, furent érigées en Fhonneur des princes^ sous le règne desquels ces divers établissemens avoient été formés»
(i) L'inscription d'Axitr.i est ua peu aatéîfcure à Tan 356 de notre cre , date de la lettre de Constarce aux princes d*Ahyssinî^. Celle d^Adidb petai être de vingt ou trente ans plus ancienne; elle est vraîsemblablerucnt du père ^d*Acîzarta. AL Niebtihr en a publié le texte de nouveau dans le tome 11 du Mttséum de Wolf; ;c regrecte de n'avoir pu me procurer cci ouviage* — ^ (2) GosselUn , Rtcherdus sur la géografthie systêmauqut , 11, 1 73 * suiv. — (3 J At tcmidor, ap. Sirabon. xth, p* 77-f. — (4J id. p. 77J.
Tef fut ^ je peTHS^Ttanique objet de Tune cf^ ^ u% fameit--^* criptions trouvées k Adulis par Cg&masj je v> , cler de * Ptolémée Étergèle ♦ que ce moiàe égypûea -«.wifc vue gravée sifl une table de basalie^ et qui étoit t r ; rc une statue de i
prince (i). On sait maintenant qu .i-fAÎt discincte d'ur
nnire inscription gravée sur yii siège de marbre* e^ que Cosmas a < éire la suite de la première, quoiqu'elle ait été écrite près de cinq cent ans plus tard r ainsi que la coinpléteinetu démontré M. Sait, Depuisl qa on a fiiit €ette distinction îtiiportanie, rauiheniicité de Kune.eM l'autre, prises séparémeni, n*e$t plus la matière du plus lég^r doa« Maiîi conune, dans Thypothèse de leur réunion en une seiile » elli présentoient des difficultéi inexplicablef, il faut avouer que ceux en attaquèrent afor» raulhcnttciléf montrèrent, quoiquils fuiseni dar Terreur, beaucoup plus de çriiiqMe que ceux qui la défendirent (2J. L'inscription de Ptorémée Évergète nesi pas entièrement coirtplète; il itranque quelque chose h it fin, parce que , dés le ten>ps de Cosmas,*] la partie inférieure de la pierre avoir été fracturée (j). Mais cet aute^i observe lui-même que ce qui manque daK avoir été peu*tonsîdérabIe, cassure n'ayant enlevé qu*une très- peii le partie de la pierre [4] t on peut d6nc supposer qu'il manquât plus d'une ligne ou deox/Orî cette inscriptioti ne contient qu'une énamération pompeuse tles cort* quêtes de Ptoléinée Ével-gèr^j elle ne se rapporte en rien au iîeU ot C^srnas fa découverte, ni à aucun autre lieu en particulier. Je présorniij que la fin porroit seufemétit^ rt r/ a ordonné de sUtabllr en ce lieu, on ttH4t^ autre phrase analogue exprimée en pende mots; et Finscriptior eniière Yin pti ètre^u Une esj^ècede protocole contenant une fbrmuf&l générale de prise de possession. On conçoit que des in^^criptîons de» genre pouvant côm^enir à tous les lienx, lei coramandnns de naviré^f chargés de faire des établissemens^ en emportorcnt d'Méroopolis , Myos Honnos ou de Bérénice , un ou plusieurs exemplaires gravés surj une' dalle de basalte ou de granit, dune grlMear jnédiocre (j), avec autant de statues du roi , didn de lés déposer dans les lieux où fis ïu->] geoient h propos de fonder des établisseinens nouveaux. Cette hyporhésej
(1) CosTiias IndicopL iti BibL Patr, 11, p, 141.— {2) Le nom à'Adubsnc^ se trouve qi^e dan* U secnnd^ inscription. Ainsi ^cs aygumcnâ dç M» GoueUin^l contre Texistenced^une vtlle tïAdttiis^M temps des Fiolémécs, subjîjtent dansai toute leur force. — (3) T^ narm Wku i^i^ï m/ne H^wàiv 1^ ^m^V. Cosmaii
Ai. p* 1 42, A. ^ — ( f } Celle d'Adulis a*avoU que trah eoudceê de baux (Cof mas j j* 140, D\j cescrà-dire, i"*i8a.
»«« JOURNAïi DES SAVANS,
iitjs paroîi satisfaire ^ taules iei condiiions que prt'senle nnscription d'Aduli es Coimas* Ainsi
tput C€ qu'il làui conclgra de Texuii .m p^j^d niuJiuiiieut 2) Adulisi
c'est que les Grecs, dès le temps do * .....nm^ Tvr-rr./.te» avoieiu focnié uitcçjupioîr au fond du golfe de Maswah; et, tajt , il ne $çroit
pas vraisemblable n long-temps négligé uiiport qui a 4û
loujoiirs être le dc^w**wu^. |/MiiCi|>îil des marcbaudi^es de i*-^^$^g#l^<
Le commerce de la m^r Rouge .lyant pris une bien |^^ ^l^ade œtensioii encore sàus la ilom ) j, 1^$^ rtg^atioJ>^^vec
le^catesdé la Trx^r^'^^' •■ ;■ * plus frécpc-*:
ie îlotiveaux éuIJ — . . >, .selon .
au - d^ la nier Éryihrée» $e )i|L^r^uf j^&<^ue dan^, 1^^ pori
se; lal de S^ , île alors d i ':' ' ■ cV:
nai toient <. i quelques col ^ ' ^
Tûsagt igue grecque y :^ iii4 l^enips de Cosmas (}]i
'^ [■{ Lion situé presqu^e ei} Uicc cl Aa^na, \iile de I^ côte d'Arabie, Grecs rivoîent formé ua établissement (4}- Ces deux positions, i rentrée du golfe , formoieiit^ nalureliemeni des^ pojim uîiltîs pour la relâche des biiiiniens et lentrepoi de^ marchandises* Tous ces comptoirs» même les plus éloignes, fuient soumis à râdmcûTstraiion romaîae;* ils payèrent à l'empereur des impôt? qui s'affèrmoient comme ceux des autres lieux c^e Pempîre; et,, des ie règne^ de Claude, les fermiers de ces impôts envoycient leurs commis faire Ja collecte Jusque dans les ports situer hors du golfe : c'est ce qu on ajipcend par l'aventure arrivée k TaffrancW du fertnîer Aunius Piocamus, que les vents poussèrent dans la Taprobaue, dou quelques députés furent envoyés à Rome , et dAitèrent milte absurdités sur leur propre p^ys (y). PJus lard, au temps de Septiine Sévère et d«
( I ) Strabon > x vu , TjS^n- (2) Mi>iç>» >k%V , tp^^ç H ^ JuiSt^x**'- ^^^ipL Mur. Er/iiin p. 158 éd. Bbnc, ^l'auteur du périple ne s'est pas trompé, ou si lesj ^^...*.. ^'^,.,, ^.^^ écrit xa6iPX*fpoi*f <*^*'^*^> ^' faut que le climat de Socotora. depuis seize siècles; car Hle est maintenant d*une extrême aridue, ^Lpidaristc Colin, dans les Annalts des voyages^ X, i4î*) — :(î) Cosmas, F* ^9» A^ — (4) Phîlostorg* Iil , 4, = Pcuc*ctrele mot Indiens ne désig^e-t-il ici autre ctiosc que des Éthiopiens ^ voy, plus luut^ 1?. 226-Z2S). — (5) PHn* VI» 22,=: Cf, Gosscilio, Recherches 2/c, III » 295. =: Un n^embrc de la soci<;té. de Sumatra. M, Tydcr ^ vient d'essayer de prouver r|ue cet aflrarïcbi dt Plocamus avoii beaucoup contribue a répandre le christianisme k Java et dans le* atiire^ ilei de Tarctupel indien ( ^W^ic Journ. déc. 1824, p» 607 ). H sorgit onteux de savoir commeoi M. Tydcr établit le point principal dp sa ihàe , savoir» que cet aflranchi fui chrétien Iui*niJbttÇi
Carïicalfn , épê^^ t^ê]^ c*^ e ée^të é },
un centurion, Avec wn cfer|.^ ^^ iroùpH, eu*, ^ix^^y. .wl; ^^i^cwir te ifïôhtant da qnàrr des WiûrcbandîseS apportée^ àuî coïïi|>t6îr5 ife rArable (i), Lw moilfîofes rôfnaîrtes d*or et d*arg^nt servoTent pour celles dès tranractîorls qui se fe^ôient par voîed'échahge; îiussi lé pérîpfe i^ii*pte»l îf tes deniers ffoi^et d'argent ]ypLfm le^ afttcles d'expo l'raiîcm sur fes côies de rÉihJopîe et de TAr: , Ces itïonnoîes àïToient
fé^sqvié dam Hrtde (4) * tefnrfie à pn^^tmi {es pîaafres d*Esp:tghe ; et ton a décotrvert deâ mônnôîes hJniaîrtes éh pIuKieiir^ eridrorfs Aerittdoustan (j). Il suffit de ces ftîts pour serttir dt quetle éréndlie dévoient être les refatîom de l'empire rôHiàîn nvec les jyorîs dé h mer Rouge; et Ton aura l'idée de ce qu'elles étoierjt encore au iv:* ifècle de flolré èftf , tn liitttil uti fescrît de Constance sur les personnes chargées de messages auprès de ces rfeirt peuples (6). Sans doute dés nfglemens fixèrent les rapports ton>merciaux des Grecs srv'ec les xiRturels ; on peut même conjecturer, avec une grondé apparence de certitude, que tes Romarns continuèrent , comme on Tavoît fart sous fes Lûgides (7}, d'entretenir dans la mer Rouge des bâtniiens de gueirfc
(1) Dodwttl place la rcdacûoti do péripU souples rc^goe^ de M^rc-Aurele Cl de Lucîus Vc> ^numalse et le 0/ Vincent la reportent jusqu'aux kmp^ de Ghude ôi* d^ : rtiafs là diction a^pirtknt certainement à une ejioqttè.
plut récente; ei loute personne ttw peu exercée a distinguer les i«g^à
que celle épocjue ne sauroit êttc ani^^ijeure ail t#mps de Sepirn ,e* Le
pafsage où il e^t dit qae le roi des Homérîtes, Charihaël» étoit atéii des em^ péretns [fAof twk au/iïxj^Tîi&'y ], et leur avoit envoyé de fréquentes ambassades, irtnonce qae le tro: al fut alors occinïé ptndant a^s^l lofi^-t^mps par
deuîc princes; ce lOiu, je pense, Septime SévéM et son fils Ca^àcalb^ àtft. réErrèrent conioimeiuefTi pendant un ejpatè de doitze Bfmitsi débuts licfî }^Ê^ quen 210, La rédaciiow du périple $e placeroit dans cet intervalle, — (^} Icr
VSwsVMfTBM , Peripi, p. 153. On remarquera ici le mot 7m^xr;THv\ç qui manque aux lexîquesXVsi une expression du dialecteaIe^andrîn,quT se rencontré, a Vet uw sens analogue, dans des Tuscriptions tn ^aratiéres cnrsi6 sur âéi ie^éjii trouvés^ Dckké en Nubie par M* Gâu, et que M. Niebulw a très-bien éé^ chiffrécj ( dans Ici Antiq. de la Nutie^ p. 19, 20 ). Le moi ^^ftxii'siîiti' ou plotât ^«gfAtf^rfuf» car c'est ainsi qn'îl est constamment écrit dans ces in5crfprioii5> fy applique au centtfrion ou à Yoprien «pil, ayant r^Çu de l^atitorhé mtlïlafre Uè vt^res nécessaire^ aâ eorpf de tronpe* canionnf à Dekké, ékrrt cftatgé de lui en faire la dtsiribuiion mensuelle. Ces inscriptions contiennent les reçu» dei toUais. — (5) PerîpL p. 146, 148. — (4) Voyez roes^ Ccnsidérathns gétiéfâUs sur Vêfalumkn da fhonnotiS greiqiMs H rbtHahiés, é^c, ^» t3^ — (^) Asî^tU BMûTchés, II ^ #.• 19.*^ (6) C(^d. Thfàd&$. U, de légat. — (.7) Art*widor, ûp. StraboD. xyji,p.;rp^6; = ap, Diodor, èic^ÀIl,^!^
lOURNAL DES SAVANS,
pour protéger les vaisseaux marchands contre les pirates arabes» et châtier les villt:s qui nexécuteroient pas Sdèkmenx les traités de commerce. De cette manière s'expliquent , et la destruction ^ par Tordre de Septime Sévère y du port Arnbia Félix, dans le pays des Honiérites au-delà du détroit (•), et les députations chargées par Charibaélt roi des Hoinérites, de porter aux empereurs Sévère et Caracalla Tasiurance de son atuitié [i).
On conçoit que, par suite de ces relations, la langue grecque dut se répandre sur toutes ces cotes, et devenir l'idiome commercial des ports de la mer Rouge, comme fitaften le fut, pendant le moyen âge, pour les ports d'une partie de la Méditerranée. Au temps de Sepiime Sévère et de ses fils, le grec avoit pénétré à Ta cour des rois du pays. Zoscatès, qui paroîi avoir réuni sous sa domination toute la Troglodytique jusquau détroit de Bab-cI-Mandeb, savoit très-bien le grec (3). On voit par la lettre de Constance aux princes JAbyssinie, que les empereurs correspondoient en grec avec les rois du pays. D'ailleurs, la seconde inscription d'AduIis et celle d*Axum prouvent sans féplique que cette langue éloit devenue dans ces contrées, ainsi que le latin en occident, une espèce de langue commune entre les com* tnerçans des diverses parties de l'Arabie et de la Troglodytique, habitées par une multitude de peuplades qui parloient des idiomes diflerens (4) J et li les rois d'Abyssinîe ont choisi de préférence la langue grecque pour retracer dans ces inscriptions leurs actions et leurs conquêtes, c'étoit sans doute afin que les négocians que le commerce amenoit à Adtdifi des divers points de la mer Rouge, pussent en prendre plus âcilement connoissance* Peut-être remploi de cet idiome tient-il encore à ce que le grec devoji être alors en Abyssinie la langue de la religion; car on ne peut dÀiter que fa religion grecque ne se fût introduite dans , cette contrée, et probablement d*assez bonne heure ;c*est ce qu*aieestent ces mêmes inscriptions, où le roi prend le titre dej/s de Mars, et pfîncîpaletiient celle d'Adufîs, où il est question df sacrifices à Mars, à Neptune et à Jupiter (5). Cosmas assure avoir vu les figures d'Hercule et de Mercure sculptées sur le dossier du trône de maifare que le roi d'Abyssinie avoîl consacré à Mars (6), Dès-lors on conçoit que le grec fût employé de préférence dans tous les actes solennels où la religion entroit pour quelque chose. En prouvant que les Axumites
(0 PtrlpL Afar. Eryîhr. p. I 54.— (2) U ïbU. — (j) Id. p- M^ — (4) îd.
— (6J Cosmas ^/i, #fi^ B,
' mai' rSiyi'' '• ' ^^5
avoient .idopté la relij^Qti^^rét'^ëV^cà }nïcf!p}ToAs-' dli^ fausseté des traditions qui fôiu descendre fés rdis^de cb P^Xt ^^/^^ reine de Saba) et adopter à fa ntftloii fè culte deS Juifs; if ftifirtnè;. Tautorîté des chroniques JAxum , du ihôins en ce qui concerne I^^ religion ' des Abiyssîns (i). Quoi qu'il en soir, fes divers rapprochemehi' que je viens de faire expliquent npn-seùrement réxi>tence de Hï^scrt^r.
époque. On s*étonnera donc peu d'y
et le verije ivvavtùiSraf ^ qui étoient admis dès-lors dans le langage min-^ laîre et .administratif de Consiantinopfe (2). L'influence de celte ville; se montre jusque dans les formes du trône de rnarbre bfanc coiisacre par le roi d'ALyssinfe, et qui, selon la description de CosmasVa tous les caractères du style grec sous lé régné de Constance et de* ses successeurs. Je croîs même faire une conjecture fort probable elï^ supposant que ce trône avoit été transporté d* Alexandrie par qu6!^ù<e bâtiment marchand. If esta remarquer en effet que^ parmi les artPçfe de commerce qu'on débitôît dnns les ports de la mer Rouge et de l'Océan indien , le Périple compte des ol)jets d'art et d'ornement , tels que des ustensiles d'argent [^fy^e^ <^i^» )> des vnses d'argent ciselés ( àpyvfcûfjutlùL TpiofivuîvA ) , et jusqu'à dés statues { oLvSfiafliÇ K (p)*. .
La religion chrc tienne, qui b'introduîsit dans ces contrées vers le milieu du IV.* siècle, en bannît les divinités de la Grèce ; mdîis elle y maintint Tu sage de la I:uîgué grecque. Le'chrîitîanisme trouva panni ces peuples un grand nombre d'individus caj^abl^s de lire ou d'entendre les livres saints dans la langue où ils étoîent écrits, et cette circonstance put contribuer à ha:er les progrès du christianisme , nonseulement en Abysiinie, mais encore dans tous les pays où le grec éloit répandu.
Voilà, ce me semble, dans quel ordre de faits viennent successivement se placer la première et la seconde inscription d'Adulis et celle
(i) SaiiJ Travels in Afyssînia; et dans la Lettre dt AI, Silvesire de Sacy (Annal, des voyages, Xll, 339). — {^) Ce n'esc pas le seul moi latin qui ait pénétré dans Tidiome grec qu'on parloit sur ces côtes. D*aprcs une conjecture de JVI. Saint-Martin sur un passage de la Géographie de Moïse de Chorène, le nom qu9 les marins qui traversoient la mer Erythrée donnoient à la constellation Canope, étoil pris du latin (Além.sur l'Arménie, II, p. 321 ). Le D.' Vincent a déjà remarqué un nom latin parmi ceux des marchandises qu'on transpor^oit sur les côtes de l'Inde (the Periplus of the Erythr. sea, append, P- 3 )• ■" (3) PeripL p. 167 et passim.
d*A»:um, et comment on peut expliquer dune manière naturelle et i- peu •près complète toutes les cîrcansCances que présentent ces précieux inonumens.
$, U. De VintroJuciion de la tangue grecque en Nubie, Quant h rinscripiion de Silco, je croîs qxie les faits que je viens d*exposer ne lui sont point .ipplicable<î; car, si je ne me trompe, il s en faut beaucoup que fes causes qui ont éfé indiquées dans (e paragraphe précédent, aient également contribué à répandre la langue grecque en Nubie.
Et ICI, je n'entends pas parler de la partie inférieure de la Nubie qui s'étend de Phifac à Méharrakah, Tancienne Hiera-Sycamims (i) î car cette partie fut , sous J.i domination dQ% Grecs et des Romains , une annexe de fÉgypie, dépendant du nome d*Ombos,une sorte de pays frontière, de colUmttmm ou ^tQtÂ'^ (2), qui nétoîi plus TEgypte, sans être TEthiopie, et qu'habiîoit une populaîîon gréco-égyptienne, défendue contre les incursions des barbares par des garnisons romaipes. Il résulte de Texamen que J ai hiit de toutes les inscriptions grecques recueillies sur les temples de la Nubie p^ir Burckhardt, MM. Legh, Light, Cailliaud^ et sur-tout par^M. Cau, qu1Is n*en ont point trouvé de païennes au-deL\ du temple de Aicharrakah fj); d'où Ton peu tirer une coïncidence remarquable, c'est que les inscriptions païennes cessent là où finissent les itinéraires romains , et où s*arrètoit fa limite de Tempire.
Excepté cette foibfe partie de la vallée qui ne s*étend quà environ vingt-six lieues au-delà de Syène, on a tout lieu de croire que la langue grecque dut pénétrer assez difficilement parmi les peuples de Ja vallée du Nil, depuis Primis jusqu'à Méroé. Presque tout le commerce de TEihiopie se fit par mer, sous les Lagides et sous les empereurs. Sans doute les Nubiens apportèrent quelques denrées aux marchés des villes de h basse Nubie et de la haute Egypte; mais, dans ces relations des Nubiens et des naturels de fEgypte, h langue grecque ne fouoît probablement aucun raie. D'une autre part, îl est à-peu- près certaiiî qu'il n*exi5ta ♦ par h voie de terre , auame de ces relations commerciales capables dëtabiir des rapports constans entre les Grecs et
(t) Ctt:e «ynony mie, déjà reconnue des géographes, esi confirmée par une inîtrnptiori du recueil de M. Gau, où fai disnn;?uc le mot Hitra-Sycaminos. — (x) Voyez mes Recherches pour sen'ir à rfiist, de V Egypte Tv* ?7^- — (î) Il faut excepter celle que M. Bankc* a trouvée sur une jmibc d\in de* colosses d'ibsamboul , et qui est du temps du second Psan ;iincbos, c'esi-à-dirc^ jnlérieure d< d1u$ de Jeux siècles à la domination grecq» e; et quelques ooni5 isoles iaicrtti a diverses époques par des voyagetui.
MAI i825* ' ^<7
Jei Nubiens supérieurs : on esi même en droit de conclure d*un passage de la seconde inscripiion d^Adulis (i), que h rouie de terre enire Axum et TÉgypte, le fong de TAstaboras et h travers le désert ^ ne fat établie qu'au conimencemeut du iv/ siècle de J, C
Au témoignage de Pline, des voyageurs grecs, Dalion , Arislocréon ♦ Bnsilis, Simonide le jeune, pénétrèrent dans fintérieur, et Tun d'eux i'avança même jusqu^au delà de Méroé (^). Mais Pline, le seul auteur ancien qui parle de ces voyageurs , ne laisse nullement entrevoir que ^ur expédition eût pour objet la conquête de la Nubie, comme on Ta cru î et Slraboji , qui paroît faire allusion à ces voyages, n'y voit d'autre but que celui de satisfaire la curiosité de Ptolémée Philadclphe (j). C*éioîeni des entreprises individuelle s, et qui ne tenoienl peut-être à aucun système de conquête et de colonisation; car il n'existe rtellemeni<»«cune preuve que les Ptolémées aient porté leurs armes dans la Nubie supérieure, et aient soumis cette contrre à leur empire (4)' Du reste, malgré les diverses excursions dont parle Pline, la géographie de Tintérieur de* contrées situées au midi de l'Egypte, resta environnée de beaucoup d'incertitude; il suffit, pour sVn convaincre, d*essayer de fliire de la géographie positive, c'esl-îi-dire une carte passable^ soit avec la carte de Ptolémée, soit avec les renseignemens vagues et incomplets, quoique nombreux, que Pline a tirés dtrs relations de ces voyageurs, soit entin avec ceux qu^avoient rapportés les explorateurs chargés par Néron de rcconnoître et mesurer Je cours du Nil ; il n'y a presque rien dont un géographe puisse se servir parmi tous ces rapports, qui ne s'accordent ni epire eux, ni avec fes notions assez exactes que nous possédons maintenant sur ces contrées. Maïs quel qu'ail été le résultat géographique de ces voyages , toujours sera-t-il certain qu'ils n'auront pu contribuer à répandre une langue éiraïigère en Nubie; tout au plus leur ailribuera>t-on d'avoir donné au roî de Méroé, Ergajnène (5) , ces notions de gouvernement qui lui auront fait sentir l'absurdité du despotisme
[z) Plin. vt ,2jf, P' J44,J4)> — ( j) Strab. xvii, p. pS^. — (4) Le ^Ti.un- 1X14... luhûLifif T Al^oTHMit de Théocrite (XVII, 8^) ne don s'entendre cpie des colonies établies dans la Troglodyiîque. Dans le passage où Diodorc de Sicile dit^uc Ptolémée Philadclphe cit le prcniferquî \\\ nne expédition çwcrrîère ea Ethiopie (i ^37), Wesscîing, sur Tautorité de Pline» pense qui! ne s'agit encore que de rexpédilion nui soumit a Pioïeméc Fhiladclphe les ppinïi principaux de la Troglody tique, a où il tiroic les tlephans pour ses armées* — (5) Diodor. Sic. m, dT. := La physionomie grecque du mot Ergamhtr cH due *ani doute à quelqu'une de ces altcrn lions an moyen desquelles In Grecs avoient Tusage de ramener les noms étrangers à l'analogie de leur langue.
Lî Z
sacerdotal auquel î( éfoit forcé de se soumettre; et ptiu-éire mêuie Jj\t*t-il psLS eu besoin des lumières des Grecs pour déiruire un système qui doniioil aux prêtres le droit de commander au souverain de maurir aus&iiùt qu'if a voit cessé de leur plairc.
Toutcs les probabilités historiques me semblent donc se réunir pour montrer que Ja langue grecque n*a dû s'introduire en Nubie qu'avec le christianisme qui y porta les livres saints et les liturgies écrits dans cette langue. A Tappui de ces probabilités, je puis citer une observation qui correspond à celle que j*aï faite un peu plus haut. J'ai dit qu oi^ n'a trouvé d uiscriptions grecques païennes en Nubie qu'etitre Philx er Hiera-Sycaminos (i); j'ajouterai maintenant que, parmi les inscrij>lions ( et il en existe un assez grand nombre ) copiées par difK-rens voyageurs entre Méharrakah et Wady-Haffah, et par M. Cailliaud , dans la haute Nubie, je n'en ai trouvé aucune qui n'appartienne évidemment à l'époque du christianisme. Cefies que M. Cailliaud a découvertes sont, pour la plupart , des noms de prêtres et d'évêques : dans cinq de ces fragmens, quil a copiés à Meçaourah, dans File de Méroé, il se trouve des noms propres malheureusement défigurés, mais suivis de leilres où je distingue les mots BAciAerc AieioniAc : ce sont donc des commencemens d'inscriptions, où les rois chrétiens de la Nubie avoieni sans doute , comme Silco , consigné le récit de quelque expédition, ou bien déposé leur hommage religieux dans ces temples antiques , alors convertis en églises chrétiennes. S'ils faisoient usage du grec, c'est que cette langue, étant celle que parloicnt \^^ prêtres qui vinrent convertir les Nubiens au christianisme, et celle des livres saints et des prières, étoit devenue, comme le lutin en occident, la langue de la religion. Non-seulement les prêtres nubiens , mars les rois eux-mêmes, s'en servoieni pour tous les actes religieux ou puMics. Dans une inscription chrétienne très-fruste , trouvée au leiîiple d'Essaboua, je distingue la date de l'an 47^» , qui y contptée de lere des martyrs, répond h l'an 75 } de notre ère (2) ; maïs l'usage du grec, comme langue de la religion, subsista bien plus tard, pui5que un auteur arabe , Abou Sélah , nous apprend que , de son temps, la liturgie des Nubiens et toutes leurs prières étoient encore en grec (})• Ce dernier fait se coordonne très-bien avec les inscriptions de Méçaourah , et avec celle de Silco , rédigée sans doute par un des prêtres qui raccompagnèrent dans son expédition.
l\) Plushaiii,;?, 266.^{^)G^\i , Amh]* du ta Nubie, ^l 44,D, — (j) Abouléiahi cité par M, Eu Quairemére, Aiiuu ^éçgrapL Uj p. 57.
D'après les observations contenues dans cette section de mon iravail, on devine maintenant sans ptîne pourquoi l'ii>scriplion de Sitco, à coté des fautes grossières qui décèlent un étranger, présente les formes du grec byzantin au vi/ siècle.
En effet, Jusqu'à fépoque de la conquête de TEgypte par ks Arabes, (es communications furent assez fréquentes entre ConstanNnopIe et Alexandrie, j>our que les inodificatîons successives qu'éprouva la langue grecque, dans la première de ces villes , influassent prom|Jtenient sur l'idiome alexandrin. D*un autre coté, dès que le christianisme se fut introduit en Nubie, les relaiions de Téglise d^AIexandrie avec les chrétiens de cette contrée furent irès-muhipliées, et nous savons^ que les patriarches d'Alexandrie étoient en communication directe avec les rois de Nubie et d'Abyssinîe (i). On conçoit donc que le grec du clergé nubien fût cet idiome mélangé d'expressions latines, de tournures empruniées à la Bible, de termes et de formes antiques qui s'éloient conservées dans la langue populaire, idiome qu on a nommé Hclislastiquc, et duu s*est formé le grec moderne; et Ion a dû remarqtier qu*en eflet rinscrlption de Silco nous offre le plus ancien exemple connu de quelques-unes des formes du langage que parlent les habitiins actuels de la Grèce,
C est également par les relations de Constaniinopte et ^Alexandrie avec les habitans de la vallée supérieure du Nil , qu'on peut, je crois , expliquer d autres faits analogues ; tels sont, xJ" fusage du comput par hidiciions , que je retrouve employé, concurremment avec le calendrier égyptien, dans une inscription chrétienne copiée, près dlbsamboul, par le comte Vidua ; 2.° le caractère de l'architecture des débris d'églises chrétiennes en Nubie , qui annonceiTt le style byzantin des vi/ et VJi/ siècles (2) ; et cette curieuse table horaire copiée par M, Gau (3), dans le temple de Téfah (ancienne Ta/z/tis), J'ai prouvé, en restituant cette table, que les proportions qui y sont marquées entre la longueur de Fombre et celle du gnomon, sont les mêmes qu'on trouve dans d'autres tables horaires, dressées pour Constantinople et la Grèce, vers les v.* et vi/ siècles; d'où j'ai tiré la conclusion quelles se rapportent tomes à une sorte de cadran universel employé à cette époque dans les diverses contrées de TOrient qui avoient adopté le christianisme (4). Ce modèle de cadran passa de Cons-
{i) Plus haut, p. 2J2. — (2) Gau, Amiquhes de la JVuile^ pi, JJ, C. — (3) Le même, pL Ji, — (4) Voyez mon Aîémoire sur la table horaire de Têfah, dans les IVouycUa Annales des voyages^ ^^VH ^ p- 5S7 suiv.
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taniîiiopfe jusque dans les églises de fa Nubîe, et les mêmes tables servirent à régler les heures des offices et des prières dans des contrées SI diMantes les unes des autres, mois unies par les liens de la corn* ntunion chrétienne.
En résumé, remploi du grec me paroît devoir s' expliquer, dans les inscriptions d*Adulis ei d'Axum , par les relations commerciales des Grecs et par Tintroduction de leur culte religieux en Abyssinie; dans les inscriptions de fa Nubie, qui existent au sud de Méh.irr:ikah, par lintrcduction du christianisme.
Voiib du moins les résultats auxquels me semble conduire Texamen attentif et appofondi de tous les faits qui se rattachent \i ce sujet. La discussion de ces faits a pris une face toute nouvelle par suite de fa seule observation que le roi nubien Silco étoît un chrétien ; ce qui donne 2i l'inscription de Tafmis beaucoup plus d'importance qu*ene \\ti\ paroissoit avoir. Ce nest plus seulement le récit des insignifiantes victoires d'un roi obscur ; c'est désormais un document précieux qui peut servir à expliquer et à lier un grand nombre de feits qu'on ne comprenoft pas bien , ou qu'on n avoit pas réussi à coordonner entre eux.
Jai dû développer [outcs Ics conséquences de celte observation et suivre toutes les lueurs diverses q« elle ma paru répandre sur plusieurs points historiques et géographiques: peut-être en esl-il quelques-unes de trompeuses; peut-être plusieurs des conjectures auxquelles je me suis laissé conduire seront détruites par des faits qu'on découvrira plus tard, C est un malheur dont je me consolerois facilement , si mon travail pouvoit contribuer à fes faire découvrir, en éveillant Tattention des voyageurs qui |)arcourront désonnais la Nubie, et en excitant leur ratérèt pour les inscriptions grecques chrétiennes , très-nombreuses dans cette contrée, mais qu'on a peut-être jusqu'ici trop négligé de recueillir.
LETRONNE
T^ÀVEIS IN VA mous COVNTRIES OF THE EaST, mOft
pdrùcuhirly Pershj , &i\ — Voyages en diverses contrées du LeviîHî , et plus parùatlièrement de la Perse; ouvrage dans, Icijuel r auteur a décrit , autant ^ue ses propres olservations lui en ont fourni le moyen , fétat de ces contrées dans les années iHto , iSfi et iStz , et a taché d'écfaircir divers objets de recherches ûrchéohgiifues , d'hiMoire . de philosophie, et d^ littérature
mélangée , avec des extraits de phtsietirs manuscrits orientaux rares et de grand prix ; par sir William Ouseley , &c. &c.: tom. III, Londres, 1823, ^00 pages //i-^/
Le iroisîêïne volume de [a relation du voyage en Perse de sîr William Ouseley est divisé en huit chapitres, et contient le journal de tout ce qui se&t passé depuis farrivée de Tambassade brîcannîque à I^pahnn, jusqu'au retour de fauteur en Angleterre. Le récit est, comme dans les volumes précédens , niê[é de beaucoup d'extraits d'écrivains orientaux, relatifs principalement k la géographie, et c*est ce qui forme le caractère particulier de la relation de M. Ouseley* Nous allons indiquer très- succinctement le contenu de chacun des chapitres que renferme ce volume, depuis le xiu/ jusqu'au xv/ et dernier.
Le chapitre xni contient les renseigncmens historiques et topographiques que fauteur a trouvés dans les écrivains orientaux, sur la Aille d'Ispahan, et sur le Zendeh-roud , dont les eaux Tarrosent. Le détail de tout ce qu'a fait le voyageur , et de ce qui lut est arrivé pendant son séjour dans cette ancienne capitale de la Perse, occupe le iiv/ chnpiire. Dans le xv/ on trouve le réeit du voyage de lambassade f d'Ispahan à Téhéran , en passant par les villes de Caschnn et de Koum»
Après un séjour d environ trois mois à Ispahnn, fambassade quitta cette ville, le 21 octobre 1 81 i ; elle arriva à Téhéran fe 9 novembre suivant. M. Ouseley demeura avec lainbassadeur , sir Gore Ouseley, son frère, à Téhéran , Jusque vers les deux tiers du mois de février I 8 I 2 ; et i{ raconte dans le xvi/ chapitre ce qui s'est passé pendant cet intervalfe de temps, et Texcursion qu'il fit aux ruines de Rey , l'ancienne Ragh , qui a été long-temps une ville de premier rang sous Pempire des khalifes et de diverses dynasties musulmanes. Le xvrr/ chapitre contient la relation d'une autre excursion aux rivages de la mer Caspienne , k travers la province de Mazendéran , et c'est sans contredit la partie la plus intéressante de ce volume. Sir William quitta Téhéran le 19 février, dans une saison où un semblable voyage présenioit encore de grandes difficultés, et ne Un de retour daiïs la capitale que le 17 mars. Dans le xviii/ chapitre, fauteur rend compte de son second séjour à Téhéran, et de son voyage avec fambassade, de Téhéran à Tebriz ou Tauris , où il arriva le 17 }uin, étant parti de Téhéran le 2j mai. A Tauns, sir Witliatn quitta [ambassade pour se rendre k Consiantinople : ce voyage, qui dura depuis le 1/' juiHet jusqu'au 2 septembre , est le sujet du XI x/ chapitre. Le XX/ et dernier contient le récit du voyage de fauteur à travers fAsie mineure
Jusqu à ^myrne, oit il arriva le z i septembre, cl son retour par nier en Angleterre. /l i . -
A [a suite du xx/ chapitre se trouve, comme dans fes deux j>rccédans volumes , un appeffdix composé de neuf antcfes , dont le dernier contient quelques additions ou corrections pour les tomes I et 11. L'ouvrage est terminé par diverses tables, qui seront d'une grande utilité à routes les personnes qui font de fa Perse lobjet i»pécinl de leurs études, • ^
Je vais maintenant extraire de quelques-uns des chapitres de ce volume, certaines pBrticuliiriié:î qui m'ont paru dignes de re»narque et qui ji'exîgent point de grands développemens.
£n parlant des jeux auxc|iiels s'amusent (es Persans, M. Ousefey fait connoftre spécialement le jeu de nord >^ , fort analogue à celui deirtclrac, et il donne, dans Tune des pfanclies jointes h ce volume i la représentation du trufK.c perian :>jj *^Ji\ Dans ce Jeu, chaque joû'éur a quinze dame ^t:^ rrtL'hrH, qui sont rangées sur trois
lignes, cinq par dnq. Ct-s d:imés ressembfent plus îi des pièces du jeu des échecs , qu'h nos dames rondes et j^latcs : ce sont des pièces de bois l plus ou moins élégamment tournées , d'environ un pouce et demi 'àe hauteur; li?s unes sont noires , et les autres rouges ou blanches ; les dés sont oMinaîrement en os , et plus grands que ceux dont nous nous 'servons. Notre voyageur assure que fa connoîssance quH avoît acquise en Europe du je\î de trictrac, Je mil presque immédiatement en état de foder Au rîdnl des Persans.
Les fartes sont nommées par les Persans 4ùlAjè^ gûndjafti : on ne joue guère aÙ3C cartes, du mohis ostensiblement. Al. Oubeley vit quelques paquets de cartes dans le bazar d'ispahan ; elles étoîent de manufacture européenne, et avoîent été tirées de Russie.
M. Oiiseley , dans Te journaî du voyage de l'ambassade britannique d'ispahan 5 Téhéran, a, suivant son usage, mis sous les yeux des lecteurs les détails, hî-^toriques ou lopographîques que lui ont ofTeris divers Iraîlés orientaux de géngraphîe, sur les villes de Caschan et de Koum. Je remarque qu'en parlant de cette dernière, il dît, d'après un ouvrage întiiulé H(fi Iktim ou les Sept climats , que dans le territoire de celte ville l*ûlo?s n'tt aucune oilevr. W fiilloît dire ragallocum ou boïs daloh.
Notre voyageur, pendant s n premier séjour h Téliéran, ne manqua pas d'aller visiter, cumme nous favons dqà dit, les ruines de la liMe de Re/t et il a consacré une grande partie de son XVt/ chapitre \ rhistorre de cette ancienne cité, dont les débris couvrent plusieurs
niïlfes» et dont peut-être Téhéran fut autrefois un faubourg. On connoit déjà Tétat actuel de ces ruines par le récit de M* Morrier, et Ton sair qu'on n'y a découvert aucun vestige de l*antiqiiîlé , digne de Tattentîon des voyageurs, sî ce n'est une sculpture en relief du temps des Sassanides. M- Ouseley a Joint à ta description des débris de cette antique résidence royafe» des extraits de divers écrivains qui offrent un abrégé de son histoire ; mais il paroît n'avoir pas eu connoissance ou îl a oublié de faire ineniion du nom de i^.lU^ Afùhammédia, sous lequel cette ville paroît souvent dans l'histoire et sur (es monnoies des khalifes, et de lorigine de cette dénomination* J'en ai parié ailleurs.
J'ai déji dit que fe XVll/ chapitre contient la relation du voyage de M. Ouseley dans le Mazendéran : cette relation mérite que nous nous y arrênons quelques instans, et il est bon de la comparer avec les déiaifs qu on trouve sur cette province limicrophe de la mer Caspienne , soit dans le second Voyage de M* Morrier, soit dans la Notice sur le Ghilan et ïe Mazendéran , imprimée à Ta suite du Vopge en Arménie et en Perse de M, Jauberi , ei qui a pour auteur M. le colonel Trézel, Si le récit de M. Ouseley ne satîsfeit pas, autant que celte excellente notice , la curiosité du lecteur , il offre cependant des détails intéressans qui peuvent ou compléter ou confirmer quelques-uns des traits recueillis et présentés avec plus d'ensemble par M. TrézeL Les principaux lieux visités par sir William dans celte excursion très-pénible , sont Firouzcouh , Sari et Amoul , ou se termina son voyage.
A peine notre voyageur avoitil fait deux jours de marche, qu'il eût pu être facilement dégoûté de son entreprise, par la peinture que lui faisoient les gens du pays, de la province quil devoit traverser, de fétat des roules, et du climat du Mazendéran. Des rochers» d'étroits défilés, des bois fburréç, des rivières, des montagnes, des neiges épaisses, des torrens de pluie, éioîent les obstacles qu'il avoit îi redouter; mais pardessus tout un vent glacial, qu'on nomme dans le pays It vent de Ptroujcouh, et qui avoit, disoit^on, fait périr, cet hiver même, onze personnes. La relation du voyage de sir ViHîani prouve que ce tableau étoit beaucoup moins chargé qu'il ne se Timaginoii.
M< Ouseley ne visita la ville de Damavend qu'à son retour; la route qu'il suivit en allant, éloit éloignée de cette ville de quatre parasanges. Firouzcouh t ou, comme prononcent les habitans, Pirou^couh , est la première ville qu'on trouve sur celte roule, en venant de Téhéran* Notre voyageur y arriva le 2 j février, après cinq Journées de marche. On parlûit beaucoup dans ce pays des éiives ou méchai^ génies qui y faisoient autrefois leur séjour, et contre lesquels Rostam déploya si
Mm
iji JOURNAL DES SAVANS,
souvent son incroyable valeur; on îissiïroît que, depuis réîahîrsiëmënt de l'islaimîsnîe, ces redoulahles ennemis du genre humain avoient disparu, niais qu'on voyoît encore, sur les rouies de Sari, d*AmouI et des autres villes de cette province, au milieu des rochers et des montagnes, leurs anciennes habitations. Des bêtes féroces, des scorpions et une multitude de serpens, rendent aussi , disoit- on , celte rouie dangereuse ,
jet les voyageurs y onl beaucoup h souflrîr des mousquites, qui y sont
Jîinnombrables* Maïs ce qui exjK)soit M, Ouseley et ses compagnons *4e voyage à un danger plus réd> c'est, d'une part^ Tétai de desiruc* tion. presque totale de la chaussée, (jl^l<>^ , exécutée autrefois sous le règne et par les ordres de Schah-Abbas, et que le temps a ruinée, sans quon ait pris aucun 5ohi de l'^ntretenrr ou de la réparer, et, de Tautre , le vetit dont f'ai déjà parié, et qui règne parfois avec^ fureur dans une plaine doÂt la traversée est de iroTR parasanges, et qu'on nomme Sahra-i-Cadouk, c'est-à-dire, H plaine de Gadouk. Schah-Abbas à fait bâtir dans cette plaine, de distance endii>tance, des caravansérail > pour offrir tin asyle aux voyageurs surpris par ce vent ; ce qui n'empêche pas que , de temps à autre, il n'y périsse querques personnes. M, Ouseley cependant , porté à tenir peu de
compte des dangers dont on le menaçoit, et Jarlfem-s rassuré par quelques gens du pays qui , d'après certams pronostics, lui promettoîeîit un temps fa voraHe , quitta Fh-otiMOtih le i4 ftvrîer; et suivant la même route qu'avori tenue , il y a près de deux siècles, Pieiro della Valle, il arriva le 28 à vSari, viHe qui est la résidence
^u gouverneur du Mazendéran, Alohamméd-KoulîIVlirza, l'un des fiîs du roi de Perse. La cour de ce prince ei réiîquelte qu*on y observe différent peu de celles du roi son père, et fe voyageur y reçut faccuetl le plus gracieux. Quoiqu'on ait de bonnes raisons de croire que Sari est une ville fort ancienne, sir William ne trouva , ni dans la ville , ni dans ses environs ,^auames ruines qui parussent appartenir ^ des monumens antérieurs à fislamisme. On parle communément b Sari un dialecte propre au Tabarisran et au Mazendéran, ce qui n empêche pas que, parmi les habitans de Sari, beaucoup ne soient habiuiés à parler le persan et le turc.
Après avoir prî^ deux ou trois jours de reposa Sari, M. Ouseley quitta Je 2 mars cette ville, qu'il appelle la capitale du Mazendéran, pour se rendre à AmouL Aschraf, vide où, suivant le voyageur Thomas Herbert , on comptoit de son temps une population de deux mille famillts, et qui n^est plus aujourd'hui qu'un chéiif village, fut le premier lieu où le Voyageur passa la nuit. On attribue la desifucïicn
d*Aschraf . ou, comme écrit Pietro délia Valle, Eschref, d abord à Nadirschah, puis à ua violent tremblement de terre qui a causé, il y a quelques années» de grands dégâts dans les provinces de Perse voisines de la mer Caspienne* Le jour suivant conduisit le voyageur sur le bord de cette mer, et près de Farahabad, lieu que Schab*Abbas affectioniioit, et ou il avoii Tait bitir pour sa résidence un mag|^fique palais dont plusieurs portions subsistent encore aujourd'hui, dans un état plus ou moins grand de dégradation- Suivant le témoignage de Pietro della Valle , la ville qui s'étoii formée en quelques années autour de ce palais, ne le cédnit point en étendue îi Rome et à Constanlinople , et l'on y comptoir, selon Thomas Herbert , trois mille familles- « Aujourd'hui» » dit M. Ousefey , en l\ considérant de la partie la plus élevée du palais, »je ny ai aperçu que trois cents maisons, ou plutôt trois cents » cabanes construites en bois et couvertes en chaume, situées au mil||t >» des jardiiïs et des arbres, «
Après Farahabad , le premier lieu remarquable qu offre le récïl de sir William, est Batfurousck, ou, comme on écrit et prononce aussi, Barfiireusck, ville assez considérable, bien peuplée, et fréquentée par les Russes, qui y font un commerce actif tant d'importation que d'exportation, Balfurousch n'est point une ville ancienne; suivant le colonel Trézel, elle est aujourd'hui la capitale du Mazendéran, L4 ville tfAmoul, où le voyageur se rendit ensuite, et qui est éloignée de cinq parasanges de Balfurousch , fut le terme de son excursion d4n$ les provinces qui bordent la mer Caspienne. Amoul , ville trés-ancîenne, cl qui, il y a deux ou trois siècles, renfêrmoit une population irès^nombreuse, est toujours regardée comme la capitale du Tabaristan, mais elle est aujourd'hui réduite à peu de choses elle contient cependant encore, à ce qu'il paroit, un assez grand nombre d'habitans, qui occupent des maisons construites en bois et couvertes de planches ou de chaume. En général, tous les lieux visités dans cette excursion par M. Ousetey ont beaucoup souffert, il y a quelques années, par un violent tremblement de terre dont nous avons déjà fait mention , et dont les traces sont encore visibles. Ce phénomène a considérablement accéléré la ruine de tout ce que la prédilection de Schah- Abbas pour ces provinces lui avoit fait entreprendre et exécuter pour les assainir, pour en rendre le séjour agréable et les communications faciles , enfin pour augmenlgr leur population , et embellir les villes d'édifices publics, de palais et de jardins. Toutefois les efforts de ce prince n avoient pu vaincre les effets fâcheux du climat humide de ces provinces , comme nous lapprenons de Chardin,
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M. Ouseley remarqua à Amoul , dans h maison oii il étoit logé ^ quelques mots écrits en français avec h date de 1808 ; il apprit que deux officiers français , attachés à Tambassade àa général Gardanne , voyageant dans fe Mazendéran 1 av<Menf occupé ce même logement* Le cblonèl Trézel étoit sans doute Tun de-ces deux Français.
Nbtre voyageur ssita les diverses antiquités qu'oflirent encore AjuouC et ses environs, mais dont il est impossible de déierminer les époques^ resjpectrves. Suivant son usage , il rapporte , k cette occasioii , tout ce qu'un grand nombre d'écrivains orientaux lui ont fenmi de notions géographiques et historiques ou mythologiques sur Amoul , et sur la province dont cette ville est la capitale. II peut être utile de comparer fétat actuel de ce pays, avec h relation de Hanway, qui se trouve 4ggs fe premier volume de ses voyages.
"^Ipiésolu dé ne pas pousser plus loin son vopge dans les provinces du nord-est de la Perse, M. Ouseley retînt à Balfiirouscb , et se remit en route pour retourner à Téhéran par Damavend et I^adferoud, tenant, it ce qu'il paroit, à peu de chose près, la même route qu'avoît suivie peu d'années auparavant le colonel Trézel.
Je rfarrélerai plus lattentîon des lecteurs de ce foumal que sur deijfx circonstances de la relation du voyage de M. Ouseley. La première a pour otjei quelques Guèbres ou Parses de 'ïezd, qui vinrent* ï Tfliéran pendant le second séjour de sir XTîHiam <bns cette capitale: il avoit déjà vu des hommes de cette religion à Schiraz et à Ispaban. M- Ouseley croît que c'est à tort que quelques voyageur? ont représenté les Guèbres comme une race d'hommes généralement disgraciés de la nature. L'état de mépris où ils vivent peut avoir contribué à leur donner un extérieur abject ; mais il a vu parmi eux des individus d'une beauté remarquable. La conversation qu'il eut avec les Guèbres de Yezd, relativement h leur dialecte particulier, à leurs dogmes, à leurs cérémonies religieuses et à divers autres objets, le confirma dans l'opinion très-avantageuse qu'il avoit des travaux d'Anquetil du Perron. Ces hommes avouèrent leur ignorance totale des caractères cunéiformes; ils Jupposofcnt pourtant que, parmi leurs prêtres, il pouvoil s'en trtwver qui en connussent la valeur, et en cela certainement ils se trompofcnt. Ils témoignèrent par leurs gestes un profoné respect pour vn de leurs rituels ou livres de prières , que le voyageur leur montra. L'un d'eux, nommé Khodadad^ lui appik^qu'ils avoient à Yezd, avec la permission du gouvernement musulman, quatre lieux consacrés au culte du feu, et que, près de cette ville, il se trouve une caverne, nommée Zcndan-i^icandcr, c'est-à-dire» la. Prisoa d'Alexandre, dont
MAI 1825. • ^n
ce prince avoil eflectivenieni, dît-on, fait un lieu de détention î que cette cavenie rer.ferme de grands trésors qui y ont été déposés et mis sous la garde d'un talisman, et que jusqu'ici personne n*a pu les découvrir. « Les discours de Kbodadad, ajoute AL Ouseley, me^confir- » mérent dans ro|>inion, fondée sur des converi>ations que favois eues » prëcédeinmenl à Schiraz avec Djuwan-mard et avec d autres adora- » teurs du feu, que, quelles que soient les cérémonies supersiitieuses » et en apparence absurdes qu^les Guèbres pratiquent dans Texercire » de leur culte extérieur, les hommes les mieux jjj^truits parmi eux >» sont], dans la réalité ^ de simples déistes, et que les Guèbres du'Kirman » et de Yezd possèdent encore des livres d'une haute antiquité, » Ceci conduit notre auteur à émettre quelques conjectures sur Texistençe du lllpgage pehivf et de livres écrits en cette langue, jusqu'à une époque assez rapj>rochée de notre temps. 11 se propose de faire de cette question Iç sujet d*un ouvrage paritçuli^r* ce ^î iious dispense d'entrer ici dans l'examen du petit nombre de faits su/ fcsquels il fonde cette conjecture. Au reste, nous pensons comme lui que, si des recherches ultérieures faites par d autres voyageurs dans riniention de découvrir des antiquités de ce genre, peuvent avoir quelque succès, cest vers Je Kirtnan ei vtrs la ville de Yezd qu'il convient de diriger son attention.
La^seconde circonstance dont je veux faire mention, est relative à une tribu de D/ioganis, ou, comme nous les appelons en français, de^ Bùéémhns^ doiU M. Ousejey eut connôissance à Tébriz^ Voici ce quii en dit : •
« \Ji\ •laiin, comme j*ét^^||ez M. Campbell, iy trouvai un homme » de la tribu quon ïxomxwmtm^tchi t ij^^j^=^ » et qui me semble avoir, «à biçn des égards, beaucoup de rapports avec nos Bohéjniens (en *> anglais Cypsks ) ; outre qu ils font usage tixitt eux d'un dialecte ou « jargon particulier. On dii en effet qu'ils aiment à mener une vie » errante et oisive, qu'ils préfèrent rhabilatîon des tentes % celle des « maisons; qu'ils escatuoieni avec une grande dextérité des œufs, des » volailles, du linge et d'autres effets; qu'ils disent la bonne aventure » par rinî»pection des mains, et qu'ils sont à- peu -près, et peut-être i> tout-à-fait, sans aucune religion- Celui avec lequel j'eus une conver- >» saiion, avouoit franchement que ceux de s;i tribu ou l/ande, <k»Uj ^ » n'avoient aucune forme de culte ni aucun système de croyance. Ce* » pendant, comme il y avoit Ik quelques mahométans, il affectoit de » rendre grâces k Dieu, > haute voix, de ce que, pour lui, il étoit » ujî vrai croyant , un disciple tnès-orthodoxe du prophète. Les Tartares
ajS * JOURNAL DES SAVANS,
» ( c'est ainsi <ju*on nomme les courriers turcs expédiés de Constanti- » nople} étant entrés par hasard en ce moment dans lappartementp « réconnurent de suite cet homme et $es compagnons pour des Djin- }* ganJs ou Tchinganh, race chez laquelle, dîsoieni-iIs> tous les homme* » sont des fripons , et toutes les femmes des femmes de mauvaise vie. »Nos gens convinrent que ces lartares avoieni raison à Fégard du nom j» qu'ils leur donnoient, parce quen effet les gens de leur tribu sont *> appelés D)ingdnîs par les Turcs. Comj^e je desirois recueillir quelques ^ mots de leur idiome , J'écrivis le petit vocabulaire que Je joins ici en >* note, sous la dictée d'un de ces Karatchîs, qui paroissoit avoir plus "d'intelligence que les autres, et qui, quoique totalement illettré, i> sembloit un drôle assez malin. »
M. Ouseley donae une liste de soixante-douze mqtstet parmi c€|| Diots, il y en a beaucoup qui se rapprochent sensiblement de ceux qu'a recueillis M. GreUmann, dans son Mémoire historique sur les Bohémiens ou Xigtuntr^ traduit en français par le baron de fiock> et publié à Metz en 1788* M. Ouseley n'a point fait cette comparaison, ce qui ajoute encore à Timporiance des résultats qu'on peut tirer de ce rapprochement.
J auroîs pu donner facilement beaucoup plus d étendue à cet article ; car louvrage de M* Ouseley, composé sur un plan fort différent de toutes les autres relations de voyages faits en Perse depuis trente ans, renferme une multitude d'observations de détail très- précieuses pour les 'amateurs des langues et de la littérature de fOrient. Cesi à eujt qu'il est destiné, et non pas à cette classe nombreuse de lecteurs qui ne cherchent dans les relations de voyagea au'un amusement frivole, ou un délassement d'études plus sérieuses* (aR^ pourroit dire que c'est ici un voyage classique, ou, si Ton veut, des éludes sur la Perse ancienne et moderne, études dont le voyage de Fauteur a été Toccasion et auxquelles il a servi de cadre.
SILVESTRE DE SACY
fKAiTÉ PB lAcupunctuhe OU Zin-Âitig des Chmois et des Japonais; ouvrage destine à faire connohre la valeur médicale de cette opéraiian , et à donner les documens nécessaires pour la pratiquer ; par J* Morss Churchill, membre du Collège royal des chirurgiens de Londres; traduit de t anglais par M. R. Charbonnier* Pari$, Crevotp' iHij . iti-Sf
JêlAl 1825, ' -^79
Mémoire sur f Électropuncture , considérée comme moyen nouveau de imiter efficacement la goutte , les rhumatismes et les 4iffections nerveuses , et sur l'emploi du moxa Japonais en France ; suivi d'un traite de t acupuncture et du rnoxa , principaux moyens cura tifs chei les peuples de la Chine, de la Corée et du Japon ; orné de fgures Japonaises ; par M* Sarlandîère, Paris, chez Fauteur, 1825, //;-<?/ Mémoire sur f Acupuncture , suivi d'une série d^ observations recueillies sous les yeux de M. J- Cloquet ; f^^ir M, Morand, 1825 , //î-^/ ^^^^
Un procédé qui, deptih la plus haute an^îq^itti. for^e Tun des principaux moyens de la médecine curatîvedei Chinois ei des Japonais , a été remis en usage en Europe depuis plusieurs années, et partîcu* fièrement préconisé en France depuis quelques mois. Ainsi qu^if arrive pour tout ce qui semble nouveau et singulier, te procédé a trouvé des enthousiastes et des détracteurs : les uns y ont vu une sorte de panacée d'un effet merveilleux; les autres, une opéralroïi qui pouvoit entraîner les suites les plus graves. De part et d'autre on a cité des faÎTs; et les observations ne se préseniani pas assez vite ni en nombre suffisant, on a invoqué f expérience des Asiatiques, habituellement si dédaignée dans les matiéresMe science. Indépendamment des mémoires académiques et des articles de^ journaux, on a fait imprimer quelques opuscules propres à jeter du jour sur ce ,poini intéressant de thérapeutique et de physiologie. Ceux dotli nous avons Iranscrît les titres au commencement de cet article, Vom ètfe l'objet d*^ne courte analyse et de quelques réflexions. Hs ont été publiés dans un moment où Tacupuncture étoît devenue le sujet de lattention générale ; mais Fenthousîasme est déjà calmé» et peut-être dans quelques mois sera i- il remplacé par Tindifférence. Les travaux dont nous allons rendre compte resteront du moins, parce qu'ils contiennent ou des vues ingénieuses ou des expériencesr bietî faites, et que les Uiies et les «uires peuvent devenir de quelque utilité pour les praticiens.
La première idée de Tacupunciure, telle qu'elle est pratiquée par Jes Chinois, pafolt avoir été apportée jen Europe par Ten-Rhyne# chirurgien hollandais de la fin du XVJi/ siècle- H inséra un mémoire relatif à racupuncture à la suite d'une dissertation ^ur la goutte, la» quelle parut à Londres en 1695. Kxmpfer, en lîri'i, donna dans Je
i«o iOURNAL dES SAVANS,
tros^ne fksdcule de ses Amœnitût.s academica , une autre notice sur 7e mkxvi^ ^ujet (i)* Cest à cette double source qu ont été puisés les renseîgnenjens relatifs à lacupunoture des Japonais, quon trouve dans VfiiSioirc de la (/tirurgU, le Dictionnaire des sciences médicales * ôtc* Qooique incompleis et, à certains égards, peu exacts, ces renseigneîiiens avoient de temps en temps éveillé l'attention des praticiens, et provoqué des essais qui n'avoîent pas encore été suivis avec la persévérance convenable.
^1 Pîus récemment, des médecins français > parmi lesquels tl faut nommer MM, Brètonneau, Haîrpe, Berlioz et Sarlandière, ont repris, avec un nouveau zèle, fexamen des phénomènes qui suivent TintiO' duction des aiguilles dans les corps vivans. Le résultat du tr^||y du dernier est exposé dans lopuscule qu il vient de publier. CeuflP*ont obtenus les deux premiers avoient été consignés dans des mémoires qui ont paru il y a quelques années (2) , et Yon peut croire quils ont provoqué fe5 tentatives de plusieurs médecins étrangers, ei notamment celles de M. Churchill, membre du collège royal des chirurgiens de Londres. Cet auteur ne s'est pas étendu en recherches sur lorigine du procédé I nîen conjectures sur sa mamère d'agir; il s'est borné à rapporter cinq observations qui semblent concluantes en faveur de Tefficacîté de laciipuncture : toutes cinq, à ta vérité, se rapportent à différentes variétés de ihumaihafgie et de pleurodynîe, sans mouvement fébrile; et c'est dans le cas de ces affections qu*on a générakmeni éprouvé. les meilleur? effets de ce moyen curatif Ainsi, dans les deux premières observations , deux hommes attaqués de lumbago ont été soulagés comme par enchantement, au moment même de Tintroduction des aiguilles, La cinquième, tout-à-fait analogue aux deux précédentes, a cela de parficulîer qu'elle a eu lieu sur un médecin, M. Scott, le l^retnitr qui ait f]iii connoître l'acupuncture en Angleterre, et qui , par cotiséquent, pouvoit et devoit mieux qu'un autre en suivre les effets et en constater Putiliré, ^
L'ouvrage de M* Morand est une dissertation inaugurale, composée sous les yeux de M. J* Cloquet, l'un des cliirurgiens de Paris qui ont obtenu les mrilleurs ^^^\% de l'acupuncture; elle est formée de trois
( t ) Cftratio colle a per aaipunctunim , Japcnlhus usnata ^ Ani. ex. />. j^2* — (l) Notice «ur raciipuncturc, êl obrervaiions mtdrc3ile« sur ses tffi^ts thérapeutii:]ue5, par M. Haimc, dans le treizième volume du Journnl générai dei iCteoc« médicales, = Aîttnûires sur les maladies chroniques, Us êvaçutions ffingttfitfs ft l*ûcuj>unciurt , par M. Bcrliuz. Parif, i8j6.
LAI igî^: ""^- i&«
p:rf trei* UhHs !5 première , consacrée îï 1" du pTOC^Mé, Fauteur
coitimence par exposer tout ce qu'on ci. avant les travail de
son maître. Sort premier guîde dtm cette occasion i été Vi^rq dAzyr,, dinsun méinoire sur ce sujet dont H a emprunté tes mnttriaux i Ten- Rhyne; il analyi^e pareillement k beau trniail de M. Berlioz, qui nonseirfemenl avoir, dès i^j6, mis en us:ige ractrpuncture, mai* qui, eu snpposam que ce remède agit en siiintjttnt les nerfî ou en leur restituant un principe dont ils tloitni j^iivés par r^fici de la doulcuri aroir proposé d^introduire deux aiguilks de méraux difiéreps irt de lei mettre eh contact, ou même de leur communiquer un choc galvanique produit par un appareil de Voira (ï).
Dans la secoride jvariie, M. Morand tbercheîi déterminer les effets physiologiques et le mode d'action de facupui^iclure. Il doniie le précis rf*un mémoire que M, Cloquet a présenté h Tacadémie royale de mé-^ decrne et à l'académie des sciences* Il en résulie que racupunciura agit essentielfemefii sur les douleurs, quels que soient leur iiége ei leur cauâe; quelle (es déplacer, les calme, en diminue Tintensiié ou k* fiiit disparoître sans tetoun qtJ^ sî ces douleurs renaissent après un îetnps plus ou moins long, elles sont presque toujours plus tpibles qu*avant ropéraiion , et peuvent éire enlevées derechef par Xkoe ou plusieurs acupunctures-
M, Cloquet, en ferminani son mémoire, detT^andoit ^i, après âvoij reconnu que les aignilles introduites dam les diairs se chargent d'élecîridtè, on ne xeroft pas porté h ]>enser que laffouleur avoii poyr i^ause raccumulaiion du ftuîde électrique dans la parue qui en est le siégf , Oest Jaune des hypothèses par lesquelles on a cl>erché à. rendre cpmpie de la manière dont Itfs aiguilles agïs->ent 5tur les corps vîvans. On avok remarqué que ccfles qui étoîcni faites d acier s'oacidoient; et en voyant que rinîroductiotî d^une aigurNe sernUahle dans l'épais^ur d*un rnu**^!*: itmmatîî^é, ou d'une partie qiti étoit îe siège d'une douleur ne, produfsort un soulagement immédiat et, pour ûinai dire, iii -,
on étoii conduit n;icufenemci¥t à comparer cette actioi^ p!iy.vlojpgiqii^ au phénomène qui se passe lanquune «^urfjce cbarjgée ff ' ' 'iié ^^t mise en rapport avec d'autres corps , au moyen d'imicoa^l uiéial-
fique. On tfnpffqfttfoit ainsi fotnà-li-fob les causes de Tatlèctiou, qui cdnsîsicTofcnt dans une pcouinalauon morhide du fluide électrique su r^wne branche nerveuse, et feffoi curoiif, qui s'opéreroi l par la simple loutiraction du fluide. Laig-uille .seroit, comme on la dii| ttn véritable
(i) Ouvrage cicé, y?, ^/f.
Kn
parntotinerre introduit dans leconomie. M. Morand, qui paroh avoir été Tua des pr^jniers frappé de cette idée, en fit p«irt à M. Cloqiiet, qui vog/yt^y joindre la sanction de 1 expérience. Dans plusieurs cas,, on crut sentir » en touchatu fe corps de Taiguille, environ dix minutçs après J introduction , un petit choc asî^ez semblable à celui quauroit produit un fil conducteur.^d'une pile voltaïque très-foible. Beaucoup d*éièves répétèrent cette épreuve, et la plupart en reconnurent la réaliié. A la vérité, on ne retnarquoit pas que l'effet fût moindre quand tes aiguilles éroient isolées, eu s^ugnrenté» quand on avoit soin de les melCre en contact avec d'autres corps bons conducteurs. Les expériences }>ar ré/eciroinètre ne donnèrent que des résultats douteux» et i examen dut en être renvoyé aux physiciens. Dans tous les caê, on pouvott dire que des quantités d électricité, capables d'effectuer sur les organes vivans des actions physiologiques ou morbides, pou voient n*étre pas appréciables pour nos instrumens» On est accoutumé, par l'exemple des gymnotes et par d'autres faits du même genre, k ne pas appliquer d'une manière trop rigoureuse les lois de lelectricité, telles qu on les déduit de Tob^ervaiion des corps inorganiques, aux phénomènes de même nature qui ont lieu dans [es tissus organisés et vrvans. C est sur* tout duns les questions relatives à iaction du fluide électrique sur le système norveux^ que se présentent les difficultés qui séparent h$ vHd/isus des p/iysicUnSf difficultés peut-être insurmontables, mais qui, du moins, sont lo^n d*avoir été surmontées jusqu ici.
Au reste , quelques«|ks des points qui étoient demeurés obscurs au moinent oii M, Morand a présenté sa dissertation à la faculté de médecine , ont été complètement éclaîrcis depuis par le travail de Tun des physiciens dont il annonçoit les recherches, M. Pouillet (i). Oa a reconnu quà la vérité il y avoit une action électrique produite par rintroduction d'une aiguille dans un tuuscle rhumatisé; niais que cette action nétoit pas due à la douleur, ou h la cause qui la fait naître et qui 1 entretient, puisquejle se montre également lorsque facnpunclure est pratiquée sur une partie qui nest le siège d'aucune afl"eciion névralgique : on s'étoît assuré que cette même actioii avoit également lieu cliez les animaux > et enfin quelle coexistoit constamment avec loxidation de raiguiKe, tellement qu*elle nétoit pas excitée par une aiguille de platine , d'or ou d'argent , mais bien par les aiguilles faites de tout autre métal oxidable. Il est donc permis de
(f) Voyelle prccfs des expériencei de M. Pouillet, dans le Jvumat di pAyëhhg'tc de M. Magcn4iC|ram, V sPS ^tmiy%
AI 182^ — ^— — ^8j
concîur^S^^îhénomène physique qu on oF>ser^^sri€ résultait d'une action chijuique entre Je métal de l'aiguille et les parties organisées avec lesquelles on fa mise en conmct. Il n*y a jamais d*oxidaiîon de méfaf saas dévefoppemeiit d'électricité : fe fluide positif passe d'un calé , le fFiiJde néjgatif de Tautre; et quand on offre à ces fluides un cercle voltaïque asse« bon conducteur et entièrement fermé, comme dans les eiepérîences de M. PouiHel, ils se rejoigneni et forment le courant électrique que ce savant a observé. If est donc à-peu- prés certain que ce courant n*est pour rien dans le soulagement quont éprouvé les malndes , et Ton doit regretter que les physiciens n'en aient pas administré une dernière preuve , en vérifiant si le même effet électrique ne se manifesteroît pas sur le cadavre , placé dans les mêmes conditions thermoméfriques et hygrométriques que le corps vi%ant. Nous penchons k croire que cette expérience décisive achevéroil de montrer le peu de sohdité des hypothèses physiques et pathologiques dont nous avons parlé.
Quant aux effets physîoîogiques de facupuncture , indépendamment du soulagement des malades qu'on a remarqué particulièrement dans les cas de rhumatisme et de névralgie , on a observé le plus souvent les phénomènes suîvans. L'introduction de Taiguiile est peu douloureuse , si Ton a la précaution de bien tendre la peau , et si Ton fait tourner ralguîHe au lieu de la pousser directement. Généralemeni^ Texiraction est plus douloureuse que fintroduciron. II sort peu de sang; quelquefois cependant on en voit suinter une ou plusieurs gouttelettes. La peau est quelquefois soulevée autour de Tins tru ment , conservant sa couleur naturelle; mais bientôt elle s'affaisse, et Ion voit ordinairement se former une aréole rouge et comme érysîpélateuse. Le malade ressent alors des élancemens qui se dirigent vers la pointe, des contractions musculaires , de l'engourdissement suivant le trajet des gros cordons nerveux , des tremblemens fibriilaires, U n est pas rare de voir survenir des sueurs répandues sur la parrie de la peau qui répond au siège de la douleur. Cette dernière a dès-lors cessé, ou se trouve diminuée ou transportée. C'est encore vers ce temps que surviennent des lipothymies plus ou moitis prononcées , plus ou moins durables,' ël qu'on ne snuroît guère attribuer à la douleur produite par la piqûre, puisqu'elles ont lieu après que la sensation douloureuse a disparu ; cVst même !à le seul accident qu'on voie communément résulter de Tacupuncture. Je ne parle pas des blessures graves et des suites funestes qui pourroient survenir, si Taiguide ifftversoit de gros troncs nerveux, des artère*, des cavités arlicataîres,
un z
ou des organes essentiels à In vie. Quelques chirurgiens ont prétendu que J'extréine ténuhe des aiguilles garantissoii de cl^ inccmvéniens* Il en est qi>î se sont vantés d^avoîr percé le nerf sdaiique sans produire de convuisioils, et réstoinac sans que le ninlade eii^^ût éprouvé la moindre indisposition* M» Bretoiuieau introduisit Hn^M^uille dans le cerveau de six jeunes chiens de rîès-forte race, en la faisant pénétrer d'abord par fa fontanelle antérieure, et ^en Ii dirigeant davant en arrière jusqu'îl roccî])ut : il n'y eut aucuii accident consécuiîf» et ^lexpérience fiit renouveiée plu.qeunâ foiî iiins aucun inconvénient. -Chez d'autres animaux, (e poumon fiit traversé sans qu'aucun résultat iitcheuxVs\»n,'^uivît, Le nièfue piaticien traversa des artères de tous les cîilibres avec le même bonheur. II y a deux ans> M. Velpeau fit j>as&er une aiguille très-fine îi travers les parois du cœur d\in chien, et ly laissa pluiiieurs minutes. L*animal ne donna aucun ^igap de douleur et néprouva pas le moindre accident. Un chat auquel on traversa h poitrine doutre en outre ne fut pas moins heureux. On suit que les Japonais , qiwrnd les mouveniens du fétus fatiguent la itiére I ne craignent pus de piquer l'utérus et le fétus lui-même de part en part pour l'obliger à rester en repos. Malgré ces dittérens essais, lien ne pourroît excuser la monsti'ueusc téjïiêrité du praticien imprudent qurcomprojneîtroit la santé et b vie d'un malade, que de pareilles tentaiives rendroient viciime, en un temps plus ou moins court, dimévrysmea , d'hémorrhagîes, de tétanos ou d'autres accidens non moins irrémédiables.
La troiDiéme partie de la thèse de M. Morand contient vmgt-huit observations dacupuncture applicables à des cas de céphalalgie et dhémicranie, de névralgie et de rhumatisme, de pleurodynie, de luxation âpontatiée, dhémaiétnése , d'oph thaï nue, et inêtne de goutte iereine. Dans deux ou trois circonstances seulement, la cure a été nulle ou incomplète : tous les autres malades observés par M. Morand ont été guéris ou du moins considérablement soulagés. Le }>ius éclatant de ces succès seroJt sans contredit celui qu'on avoir obtenu sur une jeune fille affectée d'amaurose. En moins d'un mois , la vue 4}ueIIe avoit entièrement perdue lui avoit été rendue, et cVst dans ce élément que M, Morand avoit eu connoivsance de ce prodige, Maliieureusement on assure qu'une nouvelle attaque de la même maladie 41 mi lieu, et que cette fois elle a résisté au moyen même par lequel on -avoit précédemment si bien réussi à Li combattre.
On s*aperçoit, dos le frontispice de fouvrage de M. Sarlandtérc, ffûd a été guidé par des idé^s particulières. Le mot ^éUuroftunituri,
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gu'Ua suLsiitaé à celiii d acupuncture t indique au chav^g^ment ûnporlant dans (a manière de considérer les effets du proccdé» ^l p»ir $uue da«3 la manière de l'appliquer. Sous i|n4;extaiu rappoU, il a seulement généralisé l'idée qui s'éïoit présentée -v^ -uieurs des premières expériences, en combinant ensemble lapi i de rêleciricité et fintroduciion des aiguilles. Il ne s'agit plu^ avec (ui de f^ire^mie soignée d'un genre particulier, en soutirant Téleclriciié accumulée sur un ïnuscle ou sur un rameau nerveux, mais d'y porter un siimuJanr nécessaire, en introduisant dans l'épaisseur des chaire un corps chargé de ce fluide; el comme il assure avoir tiré d'excellens effets du procédé ainsi modifié, on voit quil ne faut encore adopter quave|C quelque. restriction une hypothèse expHcative qui devrait s'appliquer à dp>ix phéno* mènes absolument opposés. i .
Lelecirisaiion par )->ain> par cournns, par aigrettesi par frictions» par étincelles et par commotions , a été préconisée pour un graud nombre de maladies ; elle paroît sur-tout avoir été suivie de quelques succès dans les affections douloureuses des muscles et des tissus fibreux, dans les affections nerveuses, convulsives ou paralytiques* On la recommandée dans plusieurs inflammations dermoïdes circonscrites, et dans les lumtfaciion^ non inflamn%aioîres^ telles que le goi;re, ks scrofules, les tumeurs blanchts , et les engorgemens du tissu ceilulaiie et des glandes. A dire vrai pourtant, ce moyen est de ceux ijont l'effet est tou|ours incertain, qui nuisent queîf; "^ ' ■ ' ^ quiJs ne servent, et qui, lors même qu'ils procurent un s ^ a rccl, lais)ent le prA* ticien dans Tignor-inçe de leur véritable mode d*^c^pn , «et par conséquent dans rembarras, toutes les fois qu'il se voit forcé d'y recourir.
M. Sarlandière paroît avoir un peu plus de confianc/e qu^ nous ne vénotis d en exprimer pour l'application r-nionnelle d^ rt^let-lriçité j^uiois il ûît observer que le p[us,sôuV€!Ut,raciion,de ce moy^n est jfendue imparfaite par h manière dont on I applique. A son avis , le flnide électrique ne. traverse pas nos organes ^u niomciu de In commotion, pu du départ jde l'étincelle vers Ja sjujf^ce de la peauj mais la cpaî^ motion ou le choc de I étincelle sont seuls iransn^is; de sorte que Taction stimulante nest pas .ponée immédiatement sur les organes aHeaés, mais leur est iransmise ^condairement; il y a sem^dion ^ non siimulaiion. De cette mnnièr^ de voir découle naturel' f le
|3rocédé par^Guliçr .à AL Sarlandière, et qui consiste à pors'. , Lésinent sur Torgane affecté Je fluide électrique par le mpy^nde l^aigulile, laquelle n'est là vériuifJement qu'un con4ucleur, ayant pour objet» non de rétablir Fj^q^Iibre élecliiqwejîarJe,fi^H^t,d^'iin îjinpfc conducteur,
âM JOURNAL DES SAVANS,
mais d*apérer une décharge et de fa diriger $wt les parties qu'on Juge mile de slîmulen «* ♦•»*
Le procédé opératoire est peu douloureux ; une très-Iégère sensation accompai^ne rintroduction de Taiguiffe au travers de la partie nerveuse et vasculaire de la peau; fes légers accîdens douloureux qui pourroient survenir se calment aussitôt que TaTguitle a été introduite à quelques lignes de profondeur. Les aiguilles dont M. Sarlandiêre fiiir usage sont dor ou d'argent, et construites de manière h pouvoir s'adapter, d'une ]îart, 4 un manche de cristal que Fopêrateur tient sans être en communication avec le malade, et, de Pautre, à un fil d'or ou de laiton qui sert de conducteur. La tênurié et la longueur des aiguilles doivent varier selon qu'on se propose de fes enfoncer dans les chairs t ou de les faire glisser à une certaine dislance dans la couche musculaire souscutanée. Une fois les aiguilles introduites, on les maintient en place au moyen d'un tube de verre qui sert en même temps h les soustraire au contact des corp^ environnans. Cela fait, on établit la communication entre ) aiguitie et les conducteurs d'une machine électrique en mouvement, et Ton présente à la partie supérieure de faiguille le boulon d'un excitateur. A Finstant où Pétîncelle passe d\tn bouton sur fautre, le choc se communique de la pointe de Taiguiffe à toutes les ramifications nerveuses de la partie qu'elle touche. Si, au lieu d*un excitateur à bouton, on se sert de pointes, lé tnafade ressent un pkotement assez aigu dans le tissu que pénèrre fa pointe de raiguilfe. Les grosses boules de métal, en se déchargeant sur le bouton de l'aiguille, donnent des comtnoiions très-vives qui ébranlent fortement les muscles ou les tissus fibreux. M, Sarlandière annonce qu'if Ji'a pas encore osé éprouver Teffet de la décharge d'une bouteille de Leyde; il a craint, dit-il, les effets d'une aussi forte détonation dans l'intérieur de nos organes. 11 paroît pourtant persuadé que I» doufeur produite par l'introduction des étincelles n'est jamais excessive, si Ton garde quelques précautions en les excitant. Il rapporte même un fait que quelques personnes auront peine à admettre: il s'agit d*un cas de colique de peintre, qui fut guérie comme par enchantement au moyen de l'acupuncture. Le malade soumis à l'expérience éprouvoit uni sensation si éfé/kicuse, dhon-H^ des commotions électriques qu'on lui admînîstroit, qu'il supplioit que l'on continuât, quoiqu'il ne ressentît plus aucune douleur*
Dans toute la partie de son opuscule qui est relative aux effets de Fékctropuncture , M. Sarlandière s'exprime en homme qui a fait sur C6* procédé une multitude d'expériences, qui l'a appliqué à un grand nombre de cas divers^ et qui en a très*souvent obtenu les plus
heureux résultats. Toutefois îl ne donne iu aucune oliservation détaillée , et i! se borne h. énoncer quelques règfes générales , réservant, dit- il, pour un autre mémoire, les applications elles preuves pratiques. H en annonce de ircs-nmarqua^Us ei d^ fori surprenantes; ce sont les termes quil emploie, A la vérité, il restreint le nombre des cas où il convient de recourir à Télectropuncture, et il ne la conseille que dans^Ies occasions ou les douleurs nerveuses ou rhumaiismales ne sont accompagnées d'aucune aliérauoa organique, ni dlflfi^mmation prononcée. Que si Toa s'étonne de voir ks irritations guéries par remploi d*un moyen stimulant. M* Sarlandière répondra que Ion ne réussit fe plus souvent à déplacer la douleur qui Taide de vioft^ns révulsifs, tels que la moutarde, les fricuon* , les moxas, les vésicatoires, les drastiques, le cataplasme de Pradier. Fabrice de Hilden rapporte que des hommes qui avoient subi la question, avoient été pour toujours guéris de la goutte. C est le cas de répéter rapliorisme d'Hippocrate, Duobuî doforilms simul oiortîs, non in eodem loau vclicmentior obscurat alterum. Mais cet aphorisme exprime une condition qui ne paroît pas remplie dans ielectropuncture, et qui est pourtant la «base de to#te la théorie des révulsifs : il faut que les deux douleurs n'aient pas le même siège , non In cbdim loco, et au contraire le procédé de M. Sarlandîère dirige Taction irritante sur (a partie même qui est le siège du mal , sur les branche» nerveuses dont la sensibilité exaltée produit la douleur. Il faut donc recourir à un moyen d'explication quTlippocrate ne suggère pas ; et c'est ce quç Ion fait çn si^fiposaût q^îe l'éJeciropuncture chmge U moJi d'ipe des ntrfs mêmes qui font ressentir la douleur, trouble un mode vkhux d'ûcihn et de scnsiMHié ; les nerfs de la partie souffrante se trouvent îmdffiés par dts secousses subites et réitérées, et la douleur e$,t dénaturée. Viit^U^pu^cjurô ^giroU ajmi par une sorte de vertu occulte, dont l'effet seroic réel quoiqu'on ne put en apprécier la nature avec précision , à-:pçuTprès comme ces médicamens internes qu on nomme alûvans , pour exprimer qu'on ne sait trop comment expliquer la manière dont ils àgisient, quoiqu'on se plaise à supposer que cette action inconnue s*exerce à l'avantage des malades auxquels on les administre. Au re^te, il est possible qua la théorie de M. Sarlandière ait éprouvé quelque changement ultérieur; car il annonce , en terminant son opusnile, quil a considérablement modifié Tapplication de Ielectropuncture et les mstrumens qui y servent. Son mémoire étant imprimé , dit-il , il en rendra compte dans un autre travail.
patU un mouient où les espérances que quelques praticiens avoient
i«f ~ JOURNAL DES SAVANS,
fondées sur les heureu?c effets de rintroducîîoa des aiguilles étoient encore dms louie leur force, plusieurs personnes auroi^^nt désiré que fes Kv^rès ùh les medecirts de lâ Chine et du Japon ont consigné les l'cssnJtnts de leurs observations pânîculîêres fussent consultés , et qu'on étt xhh tout ce qui pou voit être propre à éclairer sur les avantages f'èefs de ce procédé. On pouvoh en eflei supposer que des hommes qtiî font depuis sî long-f^rnps un si fréquent tirage de facupuncture, aofoîent eu occasioiî de constater Pefficncité de ce moyen curatif, et de distinguer le cas où ît peut être employé av^c Utilité, de ceu% ob H Seroît impuissant ou ntéme dat^géréuic. M. Sarbndière a travaHfé à satîsfàîrece voeu, en publiant la Iraducnon dun petit ouvrage Japonais sur cette matière, eî quelques observations quî se rapportent au même ùhfét, et que le hasard fa mh à portée de recueillir.
M. Tîtsîilgh, ancien ambassadeur de la compagnie des Indes Bollandaise au Japon, est fauteur de la traduction dont il s'agît* J^gnore pourquoi M, Sarbndîère ne fa pas nommé» ef s'est borné h le désigner pa^ le titre de traducteur , en ajoutant que c'etoit une persOtihe qui avôh résidé au Japon pendant fesnace de dix-huit ans. Oïl sait cjue la manière de travailler de Thsîngh, et les connoîssances philologiques quil avojt pu acquérir* ne dey^oient faire attendra de sa pan ni des traductions fort exactes, ni des recherches très- approfondies. Le mémoire qu*on a décoré du nom de Traité, ressemble , sous té rapport, à tous les autres ouvrages qu*il avoît composés : ce n'est eri effet qiie la traduction d'un petit opuscule qui, dans foriginal, occupe sômnte-huit feuillets d'un très-petit format, sur lesquels quatorze sont i^femplis par dei planches. Il est intitulé en clrinois Tchin kitou ki pi tckhao^ c'e&l'à'dlre, Trûnscription àa meilleurj secrets pour temploï di tûf^ailU €1 du caustique, II a été composé à Foukousîma , dans la province dé Moût*, en J780, par ||n médecin ilommé (en chînoîs) TiA'tihourg-yùuah de Ki-moara, disciple du docteur FanltaVyan de Mîyako (i). J ai cru devoir suppléer par cette courte note bibliograpWqu^ à i msuffisânce des rehseignemens fournis par Titsîngh , ainsi qu'a la traduction incorrecte et fautive qu*tl â donnée de la piiéfacb de son auteur.
Suivant fe médecin japonais , facupuncture a été îrtttoduite aiu Jïipon 'p'Ht fan médecin de la province de Kaï, nommé Na^ata-mk-fon
(1) Ce petit volume japonais, oui m'a été comniuoiquéi 11 y € quelques am^ces , par les hcriuefs de M. liuiogh, doit se trouver » a^cc quel t^ues autres opu»- CtiWî du MfWle éiAife/Aez *M. Ntrpvéu Jibraire de t^aris.
MAI 1825. a89
( Tchang-thian*te-pen) , dans les années ki-tcha ( 1 5 t$-îdi4 ). H avoit appris Tusage de ce remède d*un médecin chinois nommé Kin-u*pang, et il l'enseigna lui-même à Tanaka-si-sin, On en fil un secret au public pendant quelques années ; et maintenant encore que l'an en esi exposé dans des ouvrages imprimés , il nY a qu'un médecin, fjm réside à Mîyako, qiiî enseîgne la méthode pour l acupuncture, et qui donne aux aspirans des certificats de capacité. Tout le mystère consiste dans le choix des endroits où îl faut enfoncer les aiguilles» et dans la connoissance de la profondeur où elles peuvent pénétrer, et de la direction qu'elles doivent suivre. Pour le premier article, qui est le plus important, on a fixé sur la surface du corps humain trois cent soixante-sept points» c|uî ont reçu des noms particuliers d'après les rapports où Ton a supposé qu'ils étoîent avec les parties internes; et afin que les candidats pussent s exerrer sans compromettre la santé des hommes , on a fabriqué de pefhes figures de cuivre nommées tsou bvsi, -et sur lesquelles on a ménagé de très-petirs rrous nx\x endroits convenables. La surface de ces figures est recouverte de papier collé, «tTétudiant doit porter Taiguille sans hésitation et rencontrer l'ouverture au lîeu qu'il faut opérer suivant laffection sur laquelle on rinierroge. M. Titsingh avoit rapporté du Japon une des figures dont on vient de parler: elfe a été examinée par plusieurs médecins, et M. SarJandiére, qui Ta fait dessiner, en donne ici une gravure très-exacte, avec un index (1) de* noms quon donne en /aponafs aux points sur lesquels le nioxa ou TatguiUe peuvent être appliqués.
Après avoir satisfait aux condiiiom de cet examen, le candidat est admis au grade de docteur; mais il est tenu de s'engager, par un serment , à ne jamais essayer ce moyen sans guide , et à ne donner d'explications il ce sujet à aucune personne étrangère à la profession chirurgicale, dans la crainte des conséquences funestes qui suivroient infailliblement la néghgence des règles qui sont prescrites.
On voit que (acupuncture n'est pas pratiquée au Japon sans règle ei sans méthode , ni abai:donnée au caprice des hommes qui Texercent. Mais que peuvent signifier toutes ces prtcautionst lorsque, dans
(ï) Cet index ne contient pas la prononciation mandarine des noms dont il i*agit , comme Ta cru M* Sarlandiére, mais au ccniraire la prononciation du Jiipon, dcfigurcc pour nous par la transcription qii*cn a laite un HoUandais, Par exemple, au lieu de Sjo-mon fSio-mon), ï\ faut lire Tchang-men j au lieu de Quan-rjo ( /Couan-icho J , il faut lire, Hoan-ttac, et ainsi des autres.
2po JOURNAL DES SAVANS,
rîgnorance profonde où sont ces médecins de la sittiation des organes et de leurs connexion^» ils se règlent uniquement sur les principes cTune routine aveugle > ou sur les théories plus absurdes encore d'une physiologie fantastique l C'est ce qu on peut voir dans les préceptes tant généraux que particuliers que l'auteur japonais a rassemblés. Il part de ce principe que les artères vont toujours de haut en bas ,^i les veines toujours de bas en haut ; c'est pourquoi il prescrit ae piquer en tournant la pointe de i*aîguille vers le haut , quand on se propose d'aller contre le cours du sang, et de piquer en dirigeant la pointe en bas, quand on veut alfer avec le cours du sang. On doit piquer de fa première de ces deux nïanières à la partie moyenne et postérieure du cou, à la hauteur de la quatrième vertèbre cervicale, et, de la seconde, à fa dépression susternale, au pli du jarret, et h J*épigastre. Si, par imprudence, on piquoii à contre-sens au-dessous de la tubérosicé 'occipitale I le patient deviendroit muet. Une piqûre intempestive, ou maladroitetnent dirigée sur certains points, se corrige en piquant sur d'autres points qui y correspondent ; par exeuiple, on répareroit le mauvais effet d*une acupuncture sur la crête de Tos des îles, en en appliquant à l'instant même une autre à la partie inférieure et latérale du cou. La rnoiué des prescriptions qui composent le corps de l'ouvrage sont dignes de ce qu'on vient de dire. Dans les syncopes qui suivent une forte chute, on pique h la partie supérieure du cou, devant le larynx, h la profondeur de cinq lignes, et à la partie externe de la cuisse, au-dessus du genou, à huit lignes de profondeur. Dans les maux de reins , on pique le jarret ; dans les toux sèches , on pique k la partie externe et un peu postérieure du bras, à une ligne de profondeur^ ou au milieu de Tavant-bras, ou à [a base du petit doigt; et, dans les diarrhées sanguinolentes, Tacupuncture peut être appliquée avec avantage au-dessous de fombilic, aux hypochondres, à huit lignes de profondeur, au vertex, au jarret ou au milieu de la jambe, M. Sarlandière, considérant combien tous ces endroits sont éloignés les un des autres , suppose que It^s médecins japonais cherchent à agir îcé par dérivation : c'est, à mon avis, leur faire beaucoup d'honneur que de leur prêter une idée aussi nette du système de la révubinn. Dans cette occasion, comme dans beaucoup d autres , ils semblent agir au hasard, d'après les suggestions d'un empirisme ignorant et créduft.
Au reste, je ne prétends pas qu'on doive juger définiiivemenf la doctrine médicale des Japonais d'après un petit ouvrage sans autorité, ou se trouvent consignées quelques recettes qui noivt peui-éire p?^ fassentJment des véritables hommes de Tart. Il y a des ouvrages d'