‹ Journal des savants (volume 4)Chapitre 43 sur 53 · NS · texte numérisé non relu

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du genre humain seroit une ejfpression qui n'ofîHroît pas d'idée bien préciie , à moins qu*on n'entendît par-là une description physique des variétés d'hommes établies dans chaque contrée , de leurs habitudes , considérées dans les rapports qu'elles peuvent avoir ^vec la diversité des races , les particufarîtés d organisation , les différences de climat , de sol, ôic.

Le sujet de Touvrage de M. Virey n'est pas toul-à-faii celui que nous venons d'indiquer. Ce ne sont pas les rapports ou les dilî^rences des individus entre eux quil veut étudier, mais les traits caractéristiques qui leur sont communs, et par lesquels ils se distinguent des aurres êtres. En un mot, c'est Vhommû et non pas les hommes, c'est tespkc , être abstrait, et non le genre, être collectif, dont it a entrepris fa description. Son frontispice eût donc donné des notions pfus exactes des objets qu'il a voulu traiter, s'il tût intitulé son livre Hista'tre naturelle de V homme ou de VcspUe humaine.

Ainsi déiînie , la matière que M» Vijey a choisie est encore intéressante et vaste. Des philosophes dont il aime à invoquer Tautorité, ont dit depuis (ong-temps que la plus digne étude de rhorome étoit Fhomme lui-même; et quoique ces philosophes aient fU en vue riiomme moral plutôt que Thomme physique , on ne ^auroit nier que fa connoissance du premier ne soit intimement liée à celle du second , et qu'on ne soit perpétuellement ramené de Tun à l'autre II résufte de cette étroite fiaison que ks considérations les plus variées et hh faits fes plus disparates se présentent en foule à celui qui veut tracer l'histoire de notre espèce, et que, pour approfondir par lui-même toutes les questions qui s'offrent à son examen , il lui fàudroit être à*Ia-fois anatomiste, physicien, moraliste j mélaphysicieni antiquaire, et se montrer versé dans l'étude de fa physiologie, de l'hygiène, de féconomie politique, de la philosophie, de fhistoire et de la législation. Un tel ouvrage ne peut donc être que le fruit des réflexions d'un philosophie durant sa vie entière , ou le produit d'une lecture immense. JVlême dans ce dernier cas, il y a tant de choix à faire entre fes sources où l'on peut puiser, et une si grande inégalité dans les autorités dont on a besoin de s'appuyer» que ce ne seroit pas un mérite médiocre pour le naturaliste obligé de sortir si fréquemment du domaine le plus habituel de %^% recherches, s'il parvenoit à échapper aux erreurs où peuvent à chaque instatit l'entraîner des voyageurs peu îîistruîts, des observateurs superficiels ou des compilateurs ignorans. Parmi les devanciers de M. Virey, bien peu ont su éviter cet écueilj et Bufibn lui-nrême, en trailani

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<îes varîefe^e l'espèce hiuiiaine, n*est pas toujours parvenu à s'en garantir,

Les conM'dératîons qui précèdent fusiifierom le peu d'étendue que nous comptons donner h Texirait de 1 ouvrage de M. Virey; car, quelque important quVn soit le sujet, et quelque intérêt que Tauteur «e soit efforcé dy jeter, nous ne saurions j sans tomber dans une prolixité excessive , entreprendre Texamen suivi , moins encore la critique détaillée, d'un livre oii des madères si diverses sont traitées ou effleurées, er uo si grand nombre d'auteurs misa contribution ou invocjués en téïnoigniige. La revue rapide des principaux faits qui sy trouvent indiqués prouvera seule la difficulté de les souinettre tous à une analyse approfondie.

Al, Virey a partagé son ouvrage en six livres: le premier traite en sept sections, de la race humaine en général , de ses rapports avec lés sanres espèces, de la constitution physique de l'homme, des caractères qui le distinguent des autres animaux , et des effets de la station verticale qui lui est propre ; des sens de Thomme et de son instinct , dont les effets nécessaires se montrent dans la sociabilité; de Tenfànce et de la puberté; de la femme, et de ses .attributs physiques et moraux chez les différentes races humaines; du mariage, de la fécondité, et du nombre relatif des individus de chaque sexe; de la durée de la vie , et de la variation qu'on observe à cet égard chez les différentes nations; de la mort et du suicide*

Le second livre , partagé en trois sections seulement , renferme I exposition des idées de fauteur sur la distribution du genre humain, suivant la nature des terrains , ou, comme il le dit , suivant les divers ierritiùrcs du globe, et sur les espèces et races d*hommes. AL Virey exainine si le genre humain ^sl composé de plusieurs espèces dis* tînctes; et sa concfusîon , contraire au sentiment de Biumenbach « seroît de nature à autoriser^ du moins dans un sc^ns nouveau, fem^ ploî du mot gfnre qu'il a mis sur son frontispice , puisque c'est le terme par lequel on a coutume de désigner plusieurs espèces réunies. Les deux espèces qu'il reconnoît , paringces eji six races, se subdivisent encore en onze variétés. Enfin le second livre est terminé par une liîstoire naturelle de Tfsplce nègre en particulier, Lauieur y traite de fesclavage en général, de la traite des nègres, qui remonte à lan 1 \Q% , à lepoque même oîi Saint-Domingue commença d*être cultivé régulièrement, de sorte que rexploifation du sucre et la traîîe, ou, dit fauteur, ce quil y a de plus doux et de plus amer au monde, egmmcfifa l'un avec l'aulre.

Dans le troisième livre» M. Virey recherche Torigine et les causeï des variétés humaines , 1 mfliience des climaïs , les différences dans la stature des homitie^;y,je»^,,Jes divers alimem dunt se servent les difîerens peuples* Il lermhie ce livre en examinant pourquoi 1 homme est le pJus maladif des aiiiiiiaux, et en faisant une histoire succincte des maladies qui sont propres k l'espèce humaine, et de celles qui affectent plus parïîculiéretuem les habîtans des diverses parties du globe.

Les livies IV et v sont remplis en entier par des observations sur l'homme intellectuel et moral , sur les facultés qui drsiînguent noire espèce des autres animaux , sur les rapports qui existent entre ces facultés et noire organisation» sur les divers modes de communiç^tioii et les religions, les gouvernemens , considérés dans leur influence sur le développement de la sociabilité* L'intelligence , ' passions, finslinct, les sciences, les ans, la fatniHe, la propriu les lois.^ la civihsation , tek sont les principaux objets qui s'offrent successivement à tatiejuion de fauteur. Ces deux livres réunis occuj>eni li:s deux cent cinquante-cinq premières pages du troisième volume*

L'état de f homme dans les temps primitifs, et Tépoque où Ion peut faire remonter forigine de notre espèce , sont le sujet des recherches de AL Virey, dans son sixième et dernier livre. Il y a joint f examen de quelques faits particuliers relatifs à fétat sauvage , à fanthro* pophagie, à Ycunuchisme; il traite encore des habitations, des voteiwens , des fards , du tatouage , et de quelques autres habitudes établies chez certaines nations. La dernière section est consacrée îi une histoire des animaux les plus voisins de la race humaine , tels que lorang-outang et fe chimpanzé,

, Cette indication sommaire du contenu du livre de M* Virey sufBt pour fiire voir quelle singulière variété rfobjets a dû y trouver place. Sans doute nous n'aurions que leu) barras du choix si nous voulions extraire quelques-uns des faiis curieux et des observations importaJites que fauteur a empruntés à ses devanciers, ou transcrire quelques-unes des réflexions îngénieustfs et des développemens iniéressans qu'il a su y joindre de son propre fonds. Il seroit plus facile encore de relever un certain nombra d erreurs de détails ou de propositions hasardées ; un prodige seroit d'avoir su ^i^n garantir entièrement dans le cours de trois volumes consacrés aux sujets les plus étendus, les plus variés, les plus controversés de tous ceux sur lesquels l'homme peut diriger he^ études. I-a plus grande quaniiié de celles que nous avons cru remarquer provient peut-être de {a nécessité oii l'auteur s'est trouvé, dans une matière que les recherches

moniielles d'aucun homme ne sauroient embrasser toute entière-, de

tf'en rapporter à des écrivains d'une autorité douteuse ou tout-à-faû

jcontestabie. Cet inconvenant nous a sur^mut frappés dans ce qui

^M rapport aux traditions historiques , au5C langues» aux rtligions et

[•aux coutumes des nations lointaines. C'est aussi là ce qui est le

moins étroitement li^ à rohjet priticrpal que s'est proposé M. Vîrey,

Let ce qui n*a sans doute obtenu de lui qu'une attention passagère» H

test aussi beaucoup pfus ordinaire d'être induit en erreur par les rap-

l.pons des Toyageurs ou par les conjectures des savans, que par les

écrits des naturalistes, parce qu'il faut des connoîssances toutes

spéciales pour apprécier les témoignages des uns à leur juste valeur,

; tandis que les assertions des autres restent soumises à une vérification

^immédiate que M. Virey n*a sans doute pas négligée dans les occa-

[sions essentielles.

. II t^t une matière où Ion doit de toute nécessité réunir et com- •biner les deux sortes de documens dont on vient de parler; c'est ITiistoire des races ou variétés d'hommes , lorsqu on ne sen tient pas aux différences les plus tranchées, et qu'on veut descendre dans i examen des caractères de chacune des familles dont se compose notre espèce; car si Ton peut étudier dans nos cabinets cette variété de structure qui est empreinte jusque dans les parties les plus dures ! du corps humain , il faut absolument s*en rapporter aux voyageurs pour ces nuances délicates et ces traits fugitifs par lesquels la physionomie de chaque peuple décèle une origine particulière. M. Virey a exposé ce sujet avec uit soin proportionné k importance qu'il y a reconnue , et Von peut dire qu if Ta traité deux fois dans son ouvrage, puisque , après avoir indiqué» en parlant des sexes, la diversité des races de femmes sur le globe (i),J' ^ consacré toute la pi'emière moitié de son livre deuxième à la classification des variétés de ITiomme (2I Nous recueillerons dans ce dernier morceau , qui est le plus coïnpiel et le mieux approfondi, quelques particularités qui donnent lieu à de courtes observations.

Les nations du nord de f Europe ont souvent la chevelure blonde ou rousse» et l'iris dune couleur bleue ou verdâtre. Les teintes s'approcfaent du brun dans les contrées plus méndionales > et passent au noir en avançant vers le tropique. Toutefois cette progression semble particulière à la race caucasienne ; car on n'observe rien de semblable chez les peuples de l'Amérique , ni dans celte grande race asiatique

(1) Tarn, /; p, iS^'ZtJf, €C 2j8^2j^ — (i) Mcme volume, J<?,-j/^,

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